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3 décembre 2007 1 03 /12 /décembre /2007 19:54

Emmanuelle Pagano «  Les Adolescents troglodytes » POL, 2007.

 

Adèle, la narratrice conduit un bus scolaire dans une nature rude, montagneuse, épargnée par la civilisation, qui peut évoquer les Causses, le Vercors… Au gré de ses trajets et de ses pauses elle monologue longuement : observation inquiète et amicale des scolaires qu’elle transporte, filles et garçons de 2 à 15 ans, vivant comme elle dans les environs, une nature belle mais souvent hostile, qu’elle aime sans l’idéaliser.

Son esprit vagabonde en flash back jusqu’à son enfance ; un frère Axel, la mère décédée lors d’un accouchement difficile ainsi que le bébé.

Elle évoque son opération, elle qui, jusqu’à l’âge universitaire, était un garçon et ne pouvait se sentir que fille.

 « J’ai été la petite sirène de ma mère »

L’enfant  se rêvait « fendue de douleur » comme la sirène du conte.

 

   Nous avons tous un sexe biologique auquel nous essayons de ressembler psychiquement. Nous avons coutume de nous identifier vaille que vaille à ce comportement social et sexuel qu’implique le fait d’être né fille ou garçon.

L’anatomie ne conditionne pas le psychisme. La nature et la culture ne se confondent pas. Le fait que certaines personnes n’acceptent pas « leur sexe », nous fait prendre conscience que même si nous nous sommes suffisamment  accommodés du nôtre pour le supporter voire l’apprécier, vis à vis de  notre corps,   nous éprouvons parfois une étrangeté irréductible.

A l’époque des neurosciences pour lesquelles nous ne sommes que des machines programmées par un ADN, ceux qui se sentent mal dans leur corps, ne se contentent parfois plus de rêveries, mais veulent que leur fantasme devienne réel :   
 
quel est ce fantasme ?  Que le psychique et le biologique soient en accord?
C'est impossible!
 

Et pourtant, Adèle y a cru, 

Elle  détaille toutes les souffrances qu’elle a endurées pour accéder à une vie qu'elle juge à peu près acceptable.

Et aussi comment elle fera face à l’incompréhension des gens qui, peu à peu, vont apprendre qu’elle n’est pas une femme comme les autres.

Adèle fréquente un  homme, un chasseur, avec qui elle réussit à avoir des relations sexuelles, et qui ne s’aperçoit de rien.

(Difficile à imaginer…)

 Je préfère lorsqu’ Adèle  évoque  sa relation complexe et conflictuelle avec son  frère qu’elle aime toujours et réciproquement.

Le frère, géologue et alpiniste, affronte les éléments avec un courage physique, une virilité qu’apprécie Adèle.

Mais lui est effrayé par la démarche de son frère devenue sa sœur.  Comme, avouons-le, nous le sommes un peu tous.

Raison de plus pour ramener à la surface leur ancienne complicité d’enfants.

«  S’il venait à moi les yeux pleins, je me levais en répondant à ses questions aphones.

Les bavardages étaient ramassés pour jamais autour du temps.

On avait plusieurs hypothèses, des sucs de mots en silence, le souffle émondé, les excuses silencieuses de la montagne.

La nature, Adèle ne veut pas en parler comme pour une carte postale.

Elle en décrit les dures nécessités, la difficulté d’y vivre, la joie aussi.

« L’automne de littérature, il ne dure pas. La flamboyance, les orangés lyriques des fayards, les ors brillants des saules, les verts acides mangés de soleil sur les bouleaux les rouges massifs étalés écarlates des érablières, ou à l’inverse, les rouges en pointillés et piquants des érables isolés dans les jaunes des autres arbres, juste le temps de la décrire le temps pour le vent de retourner au sol quelques feuilles et 2 ou 3 trajets avec mes gosses c’est fini.

Il est intéressant de remarquer que Sylvain, l’adolescent qui connaît l’histoire d’Adèle et la raconte à tous, lorsque le refuge dans la grotte autorise un certain rapprochement, Sylvain donc, qui admet parfaitement la démarche d’Adèle, se comporte lui-même comme un macho, en tatouant son doryphore sur la nuque de son amie, et annonçant que par ce geste, il pose son sceau sur son territoire avec l’assentiment de la jeune fille. Ils sont très tolérants et, cependant  se comportent de  façon traditionnelle…

 Dans l’ensemble, l’expression est souvent juste, la langue est belle, recherchée, mais toujours sobre.

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1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 19:11

le-canap---rouge.jpgAnne est parti rejoindre son ami Gyl, à présent domicilié près du lac Baïkal. Elle voyage à bord de ce Transsibérien que Blaise Cendrars a rendu célèbre. Le style sera tout à fait différent. Il n’empêche : va t’elle réussir à faire exister ce train une fois encore ? 

En chemin, c’est pourtant à sa vieille amie Clémence, que va une grande part de ses pensées.

Clémence, modiste retraitée, est restée à Paris sur le canapé rouge, où elle est seule à s’asseoir désormais. Avec Clémence, Anne évoquait des femmes remarquables et leurs destins, leurs écrits : Olympe de Gouge, Marion du Faouët, Milena Jesenska…et même des vivantes telle la chanteuse Anna Prucnal.

Ensemble elles ont aussi évoqué leurs hommes. L’ami de Clémence, Paul, la funeste année 1943, et Gyl qu’Anne veut rejoindre, de plus en plus mythique. Tous les deux incarnèrent à des époques différentes des rêves de révolution en rapport avec la Russie. Les héros ont disparu, les rêves se sont sclérosés et pourtant Anne est en route vers Gyl. De ce trajet, elle goûtera les éléments même du voyage, cahots du train, paysages, monuments, statues, écoute de la langue chantée et parlée, propos échangés avec les compagnons de voyage. 

Michèle Lesbre s’appuie, pour étoffer le texte,  sur des souvenirs littéraires en grand nombre qui ne se limitent pas aux femmes remarquables et aux auteurs russes. Le livre possède une certaine puissance d’évocation, avec ses mélanges de flash-back portant sur des époques et des lieux diversifiés.

 Ce roman, assez intéressant,   figure dans la liste du Goncourt. Je les ai tous feuilleté, c'est le seul que j'ai eu envie de lire.

Il est publié chez Sabine Wespieser.

 
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30 octobre 2007 2 30 /10 /octobre /2007 19:05

caissiere.jpgUn truc incroyable, publié aux éditions de la Différence en 2001.

Le récit est construit avec des citations mises bout à bout au petit bonheur la chance.

 
Exemples :
 

 «  Au réveil, il était midi. Emmanuel but une tasse de café, puis s’assit à sa table de travail. Sa tête lui semblait un grelot, que sa folie nocturne secouait encore »

 

«  Les grand paysages où la réalité se transfigurait selon la loi baudelairienne des correspondances, où se conjuguaient palpablement dans l’exaspération ou les joies du ciel, les vents obliques de l’esprit »


Ouh ! le vertige que j'éprouve!

 

Un livre : «  il l’avait donné à lire à Emmanuel, qui s’était brûlé à ce torrent de lave… »

 Voyez comme on est encore sentimental...


«  Sa nuit était peuplée de rêves, et ces rêves l’abandonnent au matin plus essoré que la veille…il y en a qui s’impriment à jamais sur le palimpseste de sa mémoire, ô Baudelaire, merci. »

 Du fond du coeur...



« La vraie vie absente continuait son train »

Celle-là elle me plaît tout spécialement!!! 
 

«  N’était-il pas lui-même un mendiant d’azur, et ne se posait-il pas la question formulée par Mallarmé même : « Où fuir dans la révolte inutile et perverse ? »

 

Et pendant ce temps-là, Juana, hôtesse de caisse, amie bonne à tout faire du narrateur  bosse grave, huit heures par jour, pour que  notre écrivain ait le temps d’écrire de faire des phrases !

 C'est fou ce que la littérature française se porte bien!!
 
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3 octobre 2007 3 03 /10 /octobre /2007 09:50

Gallimard, 2007.

De Pierre Péju j'ai déjà lu «  Naissances », nouvelles qui disent avec justesse et sensibilité   trois façons de devenir parents jusque dans la tragédie

 «  La Petite  Chartreuse » assurément son meilleur, a pour sujet le désespoir, la tentation du suicide, et le Rire de l'ogre  le combat plus ou moins réussi contre le leg rédhibitoire de parents  affectés par le nazisme.

Ces récits sont divers et  intéressants souvent teintés d'onirisme  mais jusque-là  c'était toujours  des histoires  réalistes pourvues d'un déroulement qui mène à une conclusion. Dans celui-ci, rien de tel. L'avant-propos semble nous dire que l'on va  se colleter avec la métempsycose ; je n'en  crois rien parce que l'auteur ne me semble pas animé de telles croyances. Les histoires qui ont lieu ont à peine le temps de prendre forme qu'elles se délitent mystérieusement et tentent de reprendre un peu plus loin. Plusieurs personnages tentent de vivre ou de survivre. Schulz, qui va être expulsé de son logis malgré l'hiver et son mauvais état de santé. Il part à la dérive. Leila, qui fugue de sa cité de banlieue pour rejoindre Marseille avec un ami. Larsen, écrivain qui part aussi dans sa voiture comme le premier alors que son logis va être rasé ressemble à Schulz mais nous apprenons en route qu'il a créé ce personnage ainsi que celui de Leïla : cette jeune fille le rencontre et lui somme de changer l'histoire.

 Mais Larsen rencontre aussi deux autres femmes et quelques personnages secondaires  qui semblent aussi  sortir de sa plume et peine à leur trouver quelque réalité. Lui-même n'est pas sûr de vivre son histoire propre, se demande ce qui a été écrit pour lui ?

« Tout est écrit sur le grand rouleau » disait Jacques le Fataliste  à son maître.  Mais ce Jacques là ce Jacques Larsen  n'en convient pas aussi facilement. Plusieurs théories sont proposées : tout est écrit sur le ruban d'ADN, tout est l'œuvre d'un  être qui  élabore votre histoire... qui tire les ficelles et comment changer de destin ?

Il y a bien sûr des références appuyées au fatum dans la tragédie grecque : ce cœur (chœur) qui mène à la demeure de Jacques et survit à sa démolition ; indestructible.  La femme qui cherche en vain un rôle de théâtre  à sa mesure.


Je ne sais ce qu'il faut comprendre je suis déconcertée  

Aidez-moi mes chers amis.



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1 octobre 2007 1 01 /10 /octobre /2007 22:14
Publié récemment aux éditions Verticales, voilà un de ces livres de la rentrée dont nul ne semble se soucier.
Sans doute parce qu'il est très intéressant.

Il se présente comme des réflexions sur la maladie d’Alzheimer prenant diverses formes littéraires du document à la poésie.

Dialogue au style direct d’une personne atteinte Monsieur T. qui répond à des questions après avoir poignardé sa femme un jour de juillet 2004.

Monologue à la première personne d’une femme qui s’efforce de vivre comme si elle était atteinte perte, effacement, sensation d’être un corps étranger, ressenti et vécu. Confrontée à l’idée de la maladie et définitivement concernée par Cette maladie cherchant à vivre avec.

Récit de la vie d’Alzheimer et de ses découvertes forme du documentaire. Rapports médicaux en italiques datés.

Récit de la vie de M. T. et de sa femme jusqu’au geste fou de M.T.

Questions posées au lecteur par la narratrice, ou affirmation, hypothèses, courtes tenant sur une page.

Récit de fragments de la vie de la narratrice. Qui mêle sa vie à celle de M.T. , à clle d’Alzheimer…

S’interroge sur la famille sur la maladie de A. comme psychosomatique. Le A. serait le bouc émissaire d’une famille pathologique qui ne se soutiendrait que de rejeter l’un des siens pour garder son équilibre.

Tous ces textes de forme et de narrateurs différents se fondent les uns aux autres de sorte que l’on ne sait plus, parfois, qui parle et de quoi. Nous sommes désorientés et confus comme des malades atteints de la maladie d’A.

« Je me laisse aller, je me laisse tomber, je me laisse plonger, je me laisse faire, je me laisse torcher et baigner et caresser ; c’est un plaisir incroyable de lâcher prise »

« Si on n’éprouvait pas en même temps des déficiences, la maladie d’A. serait la maladie des conquérants.rosenthal.jpg

« Faites un exercice

Souvenez-vous du plus intense moment que vous ayez jamais vécu et projetez-vous dans une vie om ce moment se répèterait à l’infini, exactement égal à lui-même.

Cette projection vous parait-elle définir convenablement la forme idéale que devrait prendre le bonheur ?

« Mon arrière grand père tenait une maroquinerie à Frankfort.

Phrases poétiques :
Tu n’aimes pas voir les malades de A.
Tu n’aimes pas les voir marcher
Les voir trébucher
Les voir balbutier
…….
Parce qu’à travers eux c’est toi que tu vois c’est toi que tu vois décliner.
Et mourir

Un texte magnifique sur l’angoisse la mort la difficulté de vivre avec tout cela. La narratrice est concernée par la maladie d’A. proprement dite, mais elle s’en sert aussi comme métaphore de la condition humaine, comme moyen d'interroger  le fonctionnement du psychisme humain.

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16 août 2007 4 16 /08 /août /2007 10:54

guerillero.gifA travers ces diverses nouvelles, l’auteur cherche à faire la lumière sur certaines périodes riches de l’histoire, et ,à l’intérieur de celles-ci montrer comment certains événements ou certaines façons de les vivre, ont été occultés par les récits officiels et les « on-dit ».

 

Le Monument : un soldat, pendant la première guerre mondiale, déserte après avoir été condamné à mort pour avoir chanté la chanson de Craonne. Il porte une lettre d’un de ses compagnons d’infortune qui vient de se suicider. Cette précieuse missive qu’il doit remettre en main propres à une femme, l’amie du mort, il la garde par devers lui, court mille danger avec elle, imaginant son contenu amoureux. Mais la fille est devenue prostituée, et le message était qu’il la hait, qu’il a tout appris, et qu’il se tue…

 

On aime aussi le récit fort bien documenté, d’un ouvrier qui commence à travailler à seize ans, au début du Front Populaire. Le jeune homme décrit les espoirs les manifestations, les grèves dures, les moments de liesse et de découragement, la sensation d’une victoire et les relations intenses (parfois bonnes) que les ouvriers entretenaient. Les problèmes avec le pouvoir en place. 

 Et la conclusion en 1948, bien amère.

 

En attendant Rodolphe : Catherine Chasseneuil, se marie avec un musicien zaïrois, Patrick qui a un orchestre. La famille Lohé-Lohé au complet avec ses traditions mi-païennes, mi-catholiques s’est rendue près de Bruxelles pour la cérémonie. Le père digère mal ce gendre noir. Et sa fille qui est enceinte ! Puis arrive Rodolphe, le frère aîné, qui doit sauver la face. Il s’est expatrié au USA, comme parachutiste. La fierté de ses parents …

Le voilà qui sort d’une limousine, déguisé en drag-queen. Il est devenu en fait chanteuse de cabaret et c’est pour cela qu’il tardait tant à revenir. Il tente tout de suite de draguer son futeur beau-frère, et Cathy lui rétorque :

«  Maintenant que je suis grande, je ne te laisserais plus jouer avec mes poupées ! « 

 
Incroyable chute !
 

Tragiques, dures ou pleines d’humour, ces nouvelles sont remarquables

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5 août 2007 7 05 /08 /août /2007 10:38

411G8FKD7QL.-SS500-.jpg«  Les hommes qui se perdent de désirer feraient bien de s’en tenir à leurs besoins. Dans un monde où l’hubris du désir sera muselée pourra naître une organisation sociale neuve, lavée des luttes et des oppressions et des hiérarchies délétères. »

     Renée Michel, gardienne d’immeuble, qui s’annonce rageusement « la concierge », ouvre son histoire avec cette sentence et nous apprend qu’elle cite la onzième thèse sur Feuerbach dans « l’idéologie allemande » de Marx.

   Un Marx que l’on croyait dépassé, usé, mais que le programme de l’agrégation semble relancer avec un certain succès.

Et Mme Michel ajoute «  Qui sème le désir, récolte l’oppression ».

Mais comment  suivre ces conseils de sagesse, Mme Michel?
Oui, comment, M. Marx (puisque c’est lui)? Avez-vous bien réfléchi?
car les hommes ne peuvent s’en tenir à leurs stricts besoins. Ce n’est pas dans leur nature. C’est même cela qui les distingue des animaux.

Les animaux sont parfaits. Nous, pas.

Le bébé qui a déjà assez bu pour satisfaire son besoin de nourriture continue à réclamer le sein. Et parfois, c’est l’inverse, il n’en veut pas, alors que son corps le réclame.

L’homme ne veut pas avoir de relations sexuelles juste pour procréer. Et parfois, il s’en fiche de procréer… l’homme a toujours affaire au désir.

Ça commence mal ! je vais m’engueuler avec ma concierge ! On m’a toujours dit que je n’étais pas conviviale.

 
Heureusement, je ne vais pas avoir affaire à elle....
Renée Michel est la concierge des Riches.

Elle tient la loge d’un immeuble de gens hyper-aisés, dont on sent qu’ils ont pour préoccupation principale d’échapper à l’impôt sur la fortune.

 

    Renée Michel se veut une concierge différente. Depuis 27 ans, elle bouquine, des lectures très sérieuses, elle regarde des DVD de cinéma d’auteur, et malgré cet entraînement intensif, elle réussit à être concierge dans l’escalier, à  feindre d’avoir l’esprit d’escalier,   à faire reluire la rampe, et même à se fabriquer un semblant de vie de concierge à l’ancienne : vilaine mise, soupe aux choux qui mijote, TV allumée toute la journée.

Elle fait le service minimum en ayant l’air d’en assurer le maximum.

« Concierge «  doit se lire comme une métaphore «  Dans la recherche du temps perdu oeuvre d’un certain Marcel, autre concierge notoire, Legrandin est un snob écartelé entre deux mondes, celui qu’il fréquente et celui dans lequel il voulait pénétrer ».

Là je comprends bien ce qu'à voulu faire l'auteur! mais je ne suis pas sûre qu'elle ait réussi.


Mme Michel souffre qu’une virgule soit mal placée : «  Madame Michel, pourriez-vous, réceptionner les paquets » la rend malade pour la journée.

Je tremble, que, Mme Michel, ne lise, mon blog.
 

Heureusement, elle se fait des amies : Paloma, douze ans, pré-adolescente surdouée qui s’ennuie à mourir chez ses riches et stupides parents. Un monsieur japonais, qui, en dépit de son compte en banque affreusement garni, se révèle un miracle de raffinement et de distinction. Et Manuela, l’amie de toujours, qui cuisine des gloutofs.

Les thés chez Mme Michel sont amusants.

C’est bien dommage que les Bons soient d’un côté et les Méchants de l’autre…

Nous, le lecteur, ni bon ni méchant, on pense que l’on ne serait admis ni chez Mme Michel ni chez les Riches.

Où c’est que l’on va aller ?

Patatras !  A peine la jeune Paloma a t’elle  trouvé un but à sa vie «  plus tard je serais concierge » que le récit sombre dans une sorte de mélodrame trop bien connu.

Les aventures de Mme Michel prennent fin dans la rue du Bac.

Son péché c’était donc bien d’avoir étudié sans autorisation.  

Moi je ne l’aurais pas laissée mourir.

Référence : Murielle Barbery " L'Elégance du hérisson" ; Gallimard, 2006.
 
Une autre que l' Hérisson hérisse : Mlle Bille : lisez son billet, vous allez enfin rire un peu.

lisez aussi
Acide critique  sur la question, c'est  pas mal non plus.

 
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31 juillet 2007 2 31 /07 /juillet /2007 10:13

v-6-ill-813109-f.jpgNancy Huston Lignes de faille Actes-sud, 2006. 481 pages prix Fémina 2006.

 

Le roman consiste en quatre monologues de quatre enfants de six ans chacun pris à une époque différente et à un moment crucial de sa vie.

 

A 6 ans, en 2004,  Sol est un petit garçon prodige qui vit en Californie une existence couvée par sa mère, qui le déifie ; «  la célébrité est héréditaire dans la famille peu importe par quoi je me distinguerais »

Cependant, au square, il arrive que la mère de Sol réponde à l’appel d’un autre enfant qu’elle confonde sa voix avec celle de son fils. Sol est scandalisé, pourtant cette erreur de la mère prouve qu’ils ne sont pas en parfaite symbiose.

Avec soixante ans de différence, il a bien des points communs avec «  Edwin Mulhouse » le petit héros du roman de Steven Milhauser. Sa mère possède aussi les mêmes caractéristiques.

Parfois, nous sourions de sa grande naïveté paranoïde : 

«  Mon esprit est gigantesque. Du moment que mon corps est propre et que la nourriture y circule comme il faut, je peux traiter toutes les informations. Je m’empiffre de Google et devient le président Bush et Dieu en même temps ».

 

« Maman voudrait avoir un autre enfant un jour… mais quelque soit le nombre d’enfants dans notre famille, je ne redoute pas la concurrence. Jésus avait une flopée de frères lui aussi et on n’en entend jamais parler, il n’y a tout simplement pas de comparaison ».

On aura compris que l’auteur fait parler ce petit américain pour distiller une satire sociale féroce sur la société actuelle (pas seulement américaine) et des méthodes d’éducation consternantes.

Le père de Sol Randall, dirige une usine où l’on teste un procédé pour fabriquer des robots que l’on enverrait en Irak pour remplacer les faillibles soldats. En attendant, il joue pour Sol le rôle du futur héros de guerre. Le petit garçon se plaît à contempler sur Internet, toute sorte d’images de soldats massacrés et de femmes violées, seule désobéissance à l’endroit de sa mère…

Mais Sol le tout puissant va connaître un désagrément particulier à cause de sa tache de naissance dont on veut l’opérer.

La tache de naissance c’est, dans les ouvrages de fiction, ce qui permet de révéler une filiation entre des personnes que rien ne prédisposait à savoir ou à dévoiler qu’ils étaient du même sang.

Sol partage une tache de naissance avec son père sa grand-mère paternelle et son arrière-grand-mère ; elle a eu une grande importance pour chacun d’entre eux. L’enlever sonne comme une sorte de sacrilège.

 

Alors que Sol est parti en famille à Munich, il commence à s’intéresser à sa famille : Son arrière grand-mère vient de retrouver une sœur et elles se disputent pour une vieille poupée…

Commence le second monologue : vingt ans plus tôt, Randall, son père,   vit à New-York avec son père Aron, juif incroyant que sa mère Sadie a épousé précisément pour cette judaïté, en souvenir de l’homme qui lui servit de père. Elle pratique assidûment et fait des recherches sur un mystère familial. Pendant ce temps Aron, dramaturge dans le registre comique, s’occupe du garçon. Mais voilà que Sadie les fait déménager à Haïfa. C’est la guerre entre juifs et arabes.  Randall fait une rencontre perturbante…

En 1962, Sadie, la mère de Randall, vit à Toronto où ses grands parents sévères et ennyeux l’élèvent pendant que sa mère tente de se faire un nom comme chanteuse.

Ce monologue est le plus réussi avec celui de Sol : Sadie vit dans un univers de contraintes et d’obsessions qui sont bien mises en valeur : la torture de la fillette quand elle doit se vêtir avec des porte- jarretelles  à Six ans ! Son penchant à la destruction  autopunitive symbolisé par « l’Ennemi » qui lui commende de se faire souffrir à chaque manquement à la Règle en se cognant la tête cent fois contre le mur…

Alors qu’elle est reprise par sa mère et le compagnon de celle-ci et commence à vivre une existence bohème, agréable, un homme inconnu fait son apparition et se jette dans les bras de sa mère…

En 1944, Kristina, mère de Sadie, vit dans une famille allemande, et, dans la guerre, éprouve de la frayeur au sujet de la mort, de nombreuses interrogations à propos des automates, des pendules, de la façon d’interpréter l’immobilité des êtres et des choses…

Un soir, sa sœur Greta lui fait d’inquiétantes révélations pour se venger du fait que Kristina a joué avec sa poupée…

 

A travers ces monologues d’enfants assez plausiblement imaginés, nous voyons défiler les grands événements qui ont secoué l’Occident pendant soixante ans- les conflits armés et leurs conséquences en particulier. Nous apprécions aussi la manière dont les enfants de six ans se posent d’importantes questions, qu’ils oublient par la suite. 

 
 
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1 juin 2007 5 01 /06 /juin /2007 20:50

vie-mode-d-emploi.jpgUn riche anglais, Percival Bartlebooth, ne sait à quoi employer son existence. Il est cousin du Barnabooth de Valéry Larbaud (« Les voyages de Barnabooth ») tout autant que du scribe suicidaire Bartleby de Hermann Melville. Barnabooth voyageait pour trouver une raison de vivre, Bartlby recherchait l’effacement de sa personne.

 

Lourd de ces héritages littéraires, persuadé que tout est prédéterminé, il décide de souligner cette absence de liberté en formant un projet complètement arbitraire pour remplir sa destinée, une contrainte de vie( qui répète le concept de contrainte oulipienne) et qui s’énonce ainsi : il apprendra l’aquarelle pendant 10 ans, ; peindra ensuite 500 marines dans 500 ports différents ; les expédiera à un artisan qui sera chargé pour chaque toile d’en faire 750 morceaux de puzzle ; reconstituera lui-même les marines ; après chaque reconstitution, enduira la surface où la peinture apparaît d’un dissolvant qui restituera à la toile sa virginitude.

Ceci implique une exigence de pureté (on comprend le prénom de Percival , et son caractère d’une « innocence mortelle ») ; faire disparaître toute trace d’une œuvre gigantesque que l’on a accomplie apparaît comme une quête d’absolu. C’est aussi une préfiguration de la mort : il n’en restera rien ; on ne laisse pas de trace.

Ce projet « ne pas laisser de trace » se rapporte chez Pérec, dont la mère fut déportée, au génocide nazi. Il y a une corrélation entre cette volonté d’effacement de ce qui fut, les disparitions tragiques qui parsèment le roman, relatées sous forme de faits divers, et le projet de détruire la race juive.

Ces projets, issus de volontés délirantes, échouent.

La mort surprendra Bartlebooth dans l’inachèvement de son œuvre destructrice, à cause de l’autre, l’artisan Gaspard Winckler, qui le trompe et a livré au moins un puzzle tronqué où il semble qu’il manque des pièces, où un « m » a été transformé en « w » son inverse. « W » c’est le Souvenir qui empêche que tout soit effacé.

 

La nouvelle-cadre, nous présente un autre personnage important , également peintre, Serge Valène, qui veut réaliser un tableau de l’immeuble de la rue Simon Crubellier où il vit, ( qui, dans la réalité n’existe pas, mais ce quartier du 17eme arrondissement de Paris est réel) tableau qui montrerait aussi l’histoire de l’immeuble et de ses habitants. Sa démarche est l’inverse de celle de Bartlebooth, elle témoigne de la recherche et reconstitution du passé. L’orgueil absolu de Bartlebooth (ma fin coïncide avec celle de mon œuvre) s’oppose à l’humilité de Valène pour qui la vie et l’histoire de son art le dépasse infiniment.

Cependant Valène, lui aussi, laisse œuvre inachevée : il ne parvient pas non plus à restituer chaque étape de la vie de l’immeuble.

Le roman raconte surtout le projet de Valène et en est le chantier : chaque chapitre inventorie une portion de l’espace de l’immeuble en question, les objets, les habitants et les histoires qui y sont liées. D’où le sous-titre : romans au pluriel.

Il est le résultat de contraintes formelles et précises ( 21 séries et 21 éléments doivent se combiner entre eux de manière à ce qu’aucun schéma ne soit semblable à un autre, ce qui n’est pas complètement réalisé non plus…)

Cette combinaison d’éléments apporte une certaine fantaisie dans le déploiement des récits. Ces éléments sont des séquences, des phrases toutes faites, des citations- les séries sont des « situations » des intrigues.

Pérec n’écrit pas avec des audaces ou des trouvailles au niveau de la syntaxe, du lexique, des rapprochements inédits de mots. Pas de néologismes non plus. Il a , cependant beaucoup d’idées esthétiques et éthiques. Il n’exprime sa pensée qu’en redistribuant des éléments tout faits.

Il est metteur en scène, scénariste et monteur … son art relève de l’artisanat du style. Dans « le Souvenir » le résultat, très émouvant, procède également d’un montage.

La séduction du roman procède de la manière dont les histoires fort nombreuses jaillissent apparemment de n’importe quel petit prétexte : un objet trouvé sur une marche d’escalier (l’incipit nous mène dans un escalier de l’immeuble).

Un tableau, l’expression d’un visage, un détail saugrenu.

Bien des histoires qui nous frappent et dont on attend impatiemment la suite appartiennent à la série des disparitions tragiques dont j’ai parlé plus haut : la jeune fille au pair et le bébé noyé, l’archéologue disparu dans les ruines de Lesbit, l’ethnologue qui voulait vivre l’existence de certaines tribus africaines, le double assassinat dans les Ardennes…

Le comique est fréquent aussi et apparaît par exemple dans la description de la secte « des trois hommes libres » et de leurs techniques de méditation.

 

On se plaît à reconnaître les insertions d’autres livres qui surgissent dans le corps du récit : Kafka y est trsè présent avec la reprise de la nouvelle « l’artiste de la faim », mais aussi le surprenant tableau cauchemardesque qui trône dans une des salles à manger, et représente les deux messieurs du Procès emportant Joseph K. vers sa fin sinistre.

Pérec excelle dans les raisonnements méthodiques absurdes à priori, et descriptions minutieuses étranges qui nous entraînent soit vers le fantastique soit vers le comique.

L’un des personnages Cyrille Altamont réfléchissant de façon morose sur le fâcheux état de ses relations conjugales écoute à la table contiguë à la sienne le dialogue d’un couple issu de la Montagne Magique de Thomas Mann ( Pepperkorn et Clawdia Chauchat) ; cette rencontre est justifiée par son état d’esprit.

Pérec ne cherche pas la vraisemblance à tout prix ; mais pour que son ouvrage ne soit pas un fourre-tout, il faut des motivations pour chaque rencontre entre l’élément de ce monde-ci et l’élément de cet autre monde qui est un autre livre.

Le procédé permet d’introduire pour notre plus grand plaisir un nombre élevé de genres littéraires ou de procédés : poésie, récit d’enquête, récit picaresque, fait divers, et bien sûr listes de toute sortes…

 
  Références : Pérec Georges
 
 
 
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25 mars 2007 7 25 /03 /mars /2007 21:40
2070401189.08.MZZZZZZZ.jpgPierre Michon «  Vies minuscules » 1984.
 

Ce sont des hagiographies des biographies miniatures et des fragments d’autobiographie.

 

IL ne s’agit pas de décrire la quotidienneté banale de gens de conditions modestes, ni de montrer leurs insuffisances tragiques, comme le fait Annie Ernaux dans « La Place » ; c’est    l’inverse, à l’exception près de « Claudette «  et «  Eugène ».

En 1984, l’époque est favorable aux documents qui nous content la vie des gens sous forme documentaire (exemple «  Grenadou paysan français ») et le roman régional romanesque (exemple : Signol) connaît aussi un grand essor.

Cependant cette littérature finissait par devenir ennuyeuse, aussi l’apparition des Vies minuscules fut-elle un quasi-miracle.

Le narrateur fait ressortir le caractère d’exception de personnages de conditions sociale et culturelle défavorisées, qui, d’une manière ou d’une autre, ne se sont pas pliés à la vile nécessité, l’ont niée, s’en sont détournés, en ont fait un objet de scandale. Ils sont rendus comme des héros (au sens grec, et au sens médiéval du terme)  il  leur rend hommage à l’aide d’un style recherché, baroque souvent, stylisé à l’extrême, proche de la prose poétique, se voulant aussi éloigné que possible  du constat sec et de l’universel reportage.

 
 

André Dufourneau : l’auteur recueille les fragments de son existence par sa grand-mère Elise, paysanne excellente conteuse.  L’apparition du héros (un orphelin envoyé à la ferme familiale pour y être utile plutôt qu’adopté) est imaginée  (je me plait à croire qu’il arriva un soir d’octobre) ce qui en renforce le caractère énigmatique qui fait de chaque petit fait un événement unique.

 Le mental du personnage reste incommunicable, donc sublime : «  Il eut une pensée que nous ne connaîtrons pas. Il s’assit et mangea la soupe. Il resta dix ans. »

Sublime renforcé par cette activité secrète  qui gagne en intensité par la brièveté des phrases destinées à figurer  la routine des jours qui s’éternisent. Les épisodes de la vie du héros sont imaginés  en forgeant  des hypothèses  à partir d’indices ; un paquet de café  envoyé d’Afrique, gardé comme une relique

Sa mort, dont on ignore les circonstances, revécue de diverses façons par le narrateur biographe : une mort qui est assimilée à une mauvaise mère «  quant à la façon dont frappa la marâtre, les conjectures peuvent être infinies ».

L’avantage de cette vie tout en hypothèses, c’est qu’elle montre un récit en train de se faire et qui ne s’épuisera jamais. Une façon de concevoir « l’œuvre ouverte ».

 

 On sait que Dufourneau voulut partir en Afrique et qu’il le fit sans tarder

« Sa vocation fut ce pays où les pactes enfantins qu’on passe avec soi-même pouvaient encore, en ce temps-là, espérer d’accomplir d’éblouissantes revanches pourvu que l’on acceptât de s’en remettre au dieu hautain et sommaire du « tout ou rien ». 

Le personnage vit sans concession, fidèle à ses convictions premières enracinées dans une enfance rêvée. C’est un « pur ».

Ce qu’on dit «  en famille » c’est qu’il est parti pour faire fortune devenir planteur, et avoir des esclaves à battre.

« Mais dit le narrateur j’ose croire qu’il n’en fut rien… qu’il était trop orphelin, irrémédiablement vulgaire et non né pour faire siennes les dévotes calembredaines que sont l’ascension sociale…. Qu’il partit comme jure un ivrogne, émigra comme il tombe ».

Et aussi «  l’assurance que là-bas un paysan devenait un blanc, fût-il le dernier des fils mal-nés » Dufourneau gagne ses lettres de noblesse se forge une identité.

 

La citation unique de Dufourneau «  j’en reviendrai riche, ou y mourrai… » Se double de celle de Rimbaud «  Ma journée est faite, je quitte l’Europe ». Les deux premières des Vies minuscules sont placées sous le signe du poète.

 Arthur Rimbaud. André Dufourneau. A+O.

Antoine Peluchet, parent de la même grand-mère Elise, est lui aussi un fugueur «  quitta sa famille à dix-sept ans, un soir, et ne revint pas pour labourer le champ le lendemain après s’être disputé » ( querelle présentée de l’extérieur, ombres chinoises)

 

« Il avait tout, presque, pour être un auteur intraitable, l’enfance aimée et rompue désastreusement, l’orgueil férocequelques lectures canoniques… le bannissement et le père refusé… : et qu’il s’en fût fallu d’un cheveu, je veux dire d’une autre enfance…pour que le nom d’Antoine Peluchet résonnât dans nos mémoires comme celui d’Arthur Rimbaud ».

 
Vie des frères Backroot :

Des héros que tenaillaient la haine et l’amour. A partir de ces deux camarades de pensions du narrateur il se met davantage en scène comme personnage et autobiographise son récit sans voler la place d’honneur à ces deux créatures qui semblent sorties d’un «  Grand Meaulne » réinventé, ou d’un roman de collège magnifié : les deux frères ( Backroot évoque on ne sait quel retour aux racines…) sont des fils de fermiers flamands que leur rivalité farouche pousse chacun à dépasser l’autre. La jalousie qui pousse le cadet à voler le livre offert à son aîné Roland ( « L’Homme qui voulut être roi »)  par un prof de latin, se clôt par une terrible bagarre.

La suite du récit ressemble souvent à un tableau flamand, avec l’effet clair/obscur.

 

Avec «  Vie du père Foucault «  on entre de plus en plus dans la vie du narrateur lié à une actrice Marianne, à ses déboires, son impossibilité d’écrire, ses drogues, son alcool, tout cela écrit dans un style plus ordinaire qui laisse loin derrière le morceau de bravoure des « frères Backroot ». Voisin d’hôpital du narrateur, le père Foucault refuse de se faire conduire à Villejuif pour qu’on y opère son cancer malgré de réelles chances de survie. Il avoue aux médecins être illettré «  un sentiment fraternel m’envahit : dans cet univers de discoureurs et de savants, quelqu’un comme moi peut-être, pensait quant à lui ne rien savoir, et vouloir en mourir… le père Foucault était plus écrivain que moi : à l’absence de la lettre, il préférait la mort ».

 
 

L’abbé Georges Bandy  lui aussi refuse les soins d’un hôpital, tant il est vrai que toutes ces vies trouvent leur dénominateur commun et leur beauté dans la passion du refus. Il trouve la mort dans un sous-bois et le narrateur qui l’a si peu connu lui chante son agonie comme une révélation.

 

Le narrateur évoque sa sœur dans «  Vie de la petite morte » qui a vécu huit mois entre 1941 et 1942 et meurt sans avoir parlé, trois ans avant sa propre naissance. Ainsi que les décès plus tragiques encore, de deux petites filles qu’il a connues terrifiées par la souffrance et la peur.

La description du supplice de la petite Bernadette l’aide à évoquer sa sœur, si présente à son esprit qu’il croira l’avoir vue devant lui, âgée de dix ans avant de reconnaître la fille d’un voisin. Dans ce peuple de fantômes où les deux grand-mères feraient merveille si elles ne supplantaient pas si facilement les deux grands-pères, où sœur et père ont disparu avant qu’il ne les voie, le narrateur tombe dans la perplexité : on ne prononce jamais devant lui le mot « mort » pour désigner un défunt, ni aucun des synonymes ; on dit «  ta pauvre petite sœur » « ton pauvre père ».

 

Ne passez pas à côté de ce beau texte inspiré.

 
 
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