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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 21:47

Le Salon du Wurtemberg  

Gallimard, 1986.

367 pages. 6 chapitres portant tous des noms de lieux.

C’est le recueil de souvenirs d’un violoncelliste retiré dans la demeure de son enfance ( Bergheim près de Stuttgart) qu’il a rachetée à l’occasion d’un héritage.

Le sujet du roman n’est pourtant pas un lieu, mais un homme, Florent Seinecé, ami du narrateur Charles Chenogne : « un nom qui chuinte et l’autre qui siffle ».

Le narrateur a perdu son ami, quatre ans plus tôt et écrit pour lui rendre hommage, et lutter contre l’oubli. Il est important de garder une trace –de ce qui bientôt ne nous importera plus et «  Qu’est-ce qui nous importe ? Qu’est-ce qui nous plaît ? Nous attire ? … un corps ou le vide qui nous en sépare ? Je parierai pour le vide qui nous en sépare ».

C’est au service militaire en 1963, qu’il fait la connaissance de Florent dans un salon de coiffure vide, après s’être fait arraché une dent. La demande initiale vient de Florent lui-même qui se met à chanter-mal- une comptine dont il réinvente les paroles. Ne l’ayant pas vu, l’autre rectifie naturellement les paroles et l’air. Florent est enchanté de cette intervention. , demande encore d’autres comptines, et offre des bonbons. Il collectionne les comptines et les bonbons.

Beaucoup de comptines rythment agréablement le récit. Elles ressemblent un peu à des haïkus. Les chansons sont encore plus nombreuses, dont on cite deux ou trois vers de temps à autre.

Les deux jeunes gens vont se fréquenter chez la vieille dame qui héberge Florent ( « la maison de St Germain en Laye ») . La pièce où loge Florent rappelle à Charles la salle de musique où il jouiat enfant, à Bergheim. Les Chenogne sont des Français ayant toujours vécu dans une province le Wurtemberg, aux frontières incertaines, revenue aux Prussiens en 1971, mais pas à la France en 1919, contrairement à l’Alsace et à la Lorraine. Charles et sa famille sont donc resté bilingues.

Florent et lui sont des personnages antagonistes, Florent connait bien les langues anciennes et Charles le violoncelle et l’allemand, Florent a déjà, jeune une femme et un enfant, et Charles passe de femme en femme, sans se fixer.

Le troisième lieu c’est Borme en Provence, où va se nouer une intrigue, puisque Isabelle, femme de Florent y sera entre les deux hommes.

Il n’y aura pas d’autres intrigues, dans ce roman, sauf l’évolution de la relation entre Charles et Florent. A l’occasion de nombreux passages « à vide », Charles s’interroge sur le lien qui l’unit à Florent. «  Le premier, Seinecé, m’avait offert, plus loin que la camaraderie, un peu d’affection désintéressée. Quelque chose qui me paraissait l’apanage des héros d’Homère mais certes pas des dieux , ni des disciples de Jésus ». L’égalité des échanges, et l’échange des positions entre les deux n’est que rarement obtenu. Le plus souvent, Florent est actif et demandeur dans la relation, et Charles est dans la position de celui qui reçoit d’où son insatisfaction, et sa culpabilité.

Le thème de l’amitié est ce qui m’a plu davantage dans le roman, mais il n’est pas le seul. Nous avons aussi les relations amoureuses de Charles ( un peu répétitives, les femmes sont toutes semblables à la première), ses souvenirs d’enfance, son évolution en tant que musicien, l’expérience du deuil, et ces lieux divers où il vit à des moments différents : le quai de la Tournelle, où il va revoir son ami, la Muette sur les bords de la Loire ( le narrateur y vit seul dans une ancienne maison de pêcheur à certains moments) ; la villa de Saint-Martin en Cause ( il y vit une liaison courte et orageuse) et la route des Grandes Alpes…

Au total, un récit poétique, et rempli de réflexions intéressantes ( qui sonnent souvent comme des citations), de belles descriptions, trois personnages au moins auxquels on s’attache, un rythme lent méditatif ( agréable à mes yeux, mais il faut aimer) et quelque longueurs tout de même. Les longueurs ce sont les récits des aventures amoureuses de Charles, dont il aurait pu ne retenir que la première, seule vraiment importante…

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 00:01

Une année étrangère 2  ***Stock 2009

 


Laura, 17 ans, part dans une famille allemande, officiellement pour parfaire, avant le bac, ses connaissances linguistiques, en fait, elle fuit sa famille. Depuis la mort accidentelle de son petit frère l’atmosphère familiale est détruite, ses parents s’accusent mutuellement.

Là-bas au nord de l’Allemagne, les Bergen ne sont guère plus drôles. Il y a un problème que Laura n’arrive pas à identifier. Bonne élève en France, elle a des difficultés avec la langue orale  et ne comprend pas tout ce qui se dit.  D’autre part,  les Bergen semblent indolents, se lèvent tard, la fillette manque souvent l’école, la mère de famille semble souffrir mais de quoi ?

Laura n’a pas de tâche définie, mais la famille pèse sur elle. On  ne lui demande rien mais on exige sa présence constante, sans qu’elle en sache la raison. Elle s’occupe à déchiffrer La Montagne magique, tous les soirs, mais ne peut aller dans la ville de Thomas Mann toute proche, pour faire un peu de tourisme culturel. Dommage car Lübeck (non nommée dans le livre) est un lieu charmant.


A défaut, elle s’identifie à Hans Castorp, venu au Berghof, mener la vie des tuberculeux, sans être malade lui-même, et se laissant envoûter par cette ambiance confortable étrange et mortifère… cette lecture aide Laura à s’interroger sur sa vie dans cette famille. Ses obligations envers les Bergen, apparemment bien floues,  vont se révéler très lourdes à porter…

Récit linéaire, écriture simple, rédigée comme une longue rédaction. Un récit d’apprentissage ; Laura apprend à manœuvrer dans des conditions délicate, et de loin, considère sa famille différemment.

L’auteur en profite pour explorer quelque peu cette situation curieuse, d’être au milieu d’un groupe dont on comprend imparfaitement la langue : les êtres et les conversations les plus banales vont être autant de messages à déchiffrer, et dans un lieu géographique où l’on peine à s’orienter. C’est ce qui est mis en avant dans le titre, un très bon titre.

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 00:00

dora bruder

Folio, 2011 1ere publication 1997

145 pages.

 

A partir d’une annonce de disparition lue dans un vieux journal du 31 décembre 1941, L’auteur se met en quête de la jeune fille dont il était question, Dora Bruder, âgée de quinze ans au moment de ce qu’il identifiera comme une fugue.

Ses parents étaient des juifs immigrés d’Autriche et de Hongrie et tous trois vivaient dans une chambre d’hôtel du boulevard d’Ornano.

Au cours de son enquête complexe, pour laquelle il reçut l’aide du grand avocat Serge Klarsfeld, L’auteur identifie peu à peu Dora Bruder , l’invente comme un personnage, la réinvente plutôt, puisqu’elle a existé.

Outre ses mêmes origines juives, il se découvre des affinités avec Dora Bruder ( ce patronyme signifie « frère ») d’autant plus que le quartier de Clignancourt, où elle a vécu  lui rappelle bien des souvenirs. Etant enfant, il s’y rendait avec sa mère.

 «  je me souviens du boulevard Barbès et du boulevard d’Ornano déserts, un dimanche après-midi de soleil, en mai 1858. A chaque carrefour, des groupes de gardes mobiles, à cause des événements d’Algérie. »

Rue Championnet. 1965. «  je n’étais rien, je me confondais avec ce crépuscule, ces rues ».

Ce que j’ai pu attendre dans ces cafés… très tôt le matin quand il faisait nuit. En fin d’après-midi à la tombée de la nuit. Plus tard, à l’heure de la fermeture …

Les hivers se mêlent l’un à l’autre. Celui de 1965 et celui de 1942.

Petit à petit, on apprend que Dora fréquentait un établissement pour jeunes filles, rue Picpus ( Le Cœur de Marie), qu’elle s’en est enfuie, et a disparu quelques mois avant d’être victime avec ses parents des rafles nazies.

L’auteur ayant lui aussi fugué d’un internat à l’âge de dix ans trouve de nouvelles coïncidences entre Dora et lui.

«  la fugue-paraît-il- est un appel au secours et quelquefois une forme de suicide. Vous éprouvez quand même un bref sentiment d’éternité. Vous n’avez pas seulement tranché les liens avec le monde mais aussi avec le temps. »

De très belles phrases poétiques sur l’extase de la fugue. 

La fugue de Dora ayant duré plusieurs mois, en plein hiver, rigoureux, elle a dû être hébergée quelque part ; à mots couverts, il lui souhaite d’avoir pris du bon temps (le peu qu’elle pouvait en obtenir en ce temps-là).

Nous sommes dans le Paris de l’Occupation, et la situation des juifs y devient de plus en plus intenable. » Cette ville de décembre1941, son couvre-feu, ses soldats, sa police, tout lui était hostile et voulait sa perte. A seize ans, elle avait le monde entier contre elle, sans qu’elle sache pourquoi ».

Le narrateur ne se contente pas d’accompagner la jeune fille, dans la plupart de faits et gestes, devinés, supposés, inventés ; il l’associe également à quelques célèbres figures de la littérature telle Cosette, cachée par Jean Valjean dans ce quartier de Picpus, dont Hugo invente quelques rues et un couvent.

A partir de récits divers, il étoffe son héroïne, et ce destin, tout en préservant pour tous les personnages (lui-même y compris) une certaine impersonnalité qui se mêle aussi à des scènes très familières et souvent déchirantes.

Un ensemble d’une grande beauté ! C’était ma première lecture de Modiano. Il me semble pourtant le connaître depuis longtemps.

Nous voilà au cœur de l’hiver, soixante dix ans après que Dora Bruder ait disparu (j’ignorerais toujours à quoi elle passait ses journées, où elle se cachait, en compagnie de qui elle se trouvait…)  franchissons l’année nouvelle…

 


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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 21:46

La Mauvaise rencontre

Grasset, 2009.

 


Loup est tout pour Nine, une tante qui l’a élevée. Tout pour Mando,   un garçon de son âge rencontré au Parc Monceau ; presque tout pour Gaby, une femme âgée, amie de sa mère.  Il les connaît depuis si longtemps que ses premiers souvenirs ce sont eux. Aucun des trois ne saurait se passer de lui, mais Nine est tellement chiante qu’il finit par l’éviter, Mando est tellement exigeant qu’il finit par lui échapper grâce à ses cours de psychanalyse, et Gaby est tellement chouette qu’il ne s’en lasse pas. Il les enterre tous les trois, avec mention passable pour Nine, morte de chagrin parce qu’il l’a délaissée, mention spéciale pour Gaby (importante veillée funéraire musicale et charnelle) et plus que spéciale pour Mando qui voulait se suicider et l’entraîner dans la mort. Cela fait trois mauvaises rencontres et non une.  Des rencontres, il faut bien en faire pourtant, et la plupart sont problématiques. Heureux l’être humain qui  survit et vit en croisant quelques êtres humains à qui il ne devra rien de plus qu’un salut. Cet être existe-t-il ? Même Robinson a fini par rencontrer Vendredi.

Loup soupçonne qu’être tout pour quelqu’un, c’est en fin de compte être le troisième pied d’un tabouret  qui  sans cet appui s’effondrera.  Ces êtres pour qui vous êtes tellement chers, vous vous rendez compte que cela n’a été qu’un grand vide, sans vrai dialogue. Mais comment exister  pour quelqu’un d’autre  sans être «  tout ou rien» pour lui ? Loup n’en sait rien. Moi non plus.

Voilà donc un roman psychologique, qui soulève d’intéressantes questions parfois assez bien posées. Mais un récit qui reste ennuyeux à lire, manquant de dynamisme et d’humour. Même lorsqu’il décrit les jeux d’enfants avec Mando, Loup reste lourd. Même lorsqu’il évoque la vieille dame originale avec qui il passait ses soirées, Loup demeure fort sérieux.  Même lorsqu’il évoque son professeur qui maniait bien l’humour noir, son propos reste sage et pesant.


Lu aussi par

 

Miss Alfie de croqlivres

 

à qui j'ai emprunté l'image de la première de couverture. Lisez son billet qui comporte des citations, lesquelles montrent bien à quel point le texte est ennuyeux. J'ai la flegme de citer...

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 13:14

j'apprends l'hébreu

Actes sud 2011, 236 pages

A Berlin, j’ai vu des noms projetés sur un mur. Ma classe avait quitté le lycée pour visiter le mémorial consacré aux juifs exterminés pendant la Seconde Guerre mondiale. Une liste interminable de noms… j’avais lu beaucoup de noms et  tout à coup, j’ai commencé à les entendre.

Une voix répétait ceux que j’avais  déjà oubliés.

… depuis ce jour de janvier 2007, les voix ne se taisent pas souvent…ces voix m’effraient. Je ne connais pas ces timbres de femmes, d’hommes, et d’enfants.

Dans sa détresse, Frédéric  a perçu les voix des déportés  juifs, et les a entendues de l’extérieur.

Deux ans plus tard Frédéric quitte Berlin pour Tel Aviv, et c’est le début de ce récit. C’est le récit du combat mené par l’adolescent contre les agressions d’une psychose qui le mine, le récit du questionnement  qu’il poursuit pour comprendre le monde, pour se situer quelque part. Frédéric a dix-sept ans, est français d’une mère suisse. Depuis qu’il est au monde il voyage souvent, au hasard des déplacements professionnels de son père.  Ses parents ne sont d’aucune aide. Il dissimule tant bien que mal ses symptômes, sentant le danger supplémentaire que représenterait une intervention de sa famille.

Il ne saisit plus ce que disent les autres à l’oral, et les enregistre au dictaphone, pour les retranscrire ensuite, y mettre de la distance.  Ses premiers moments dans la capitale administrative d’Israël sont difficiles, mais il voit une porte de salut à apprendre l’hébreu, langue si différente de celles qu’il a apprises. Elle se lit de droite à gauche, l’alphabet est totalement autre. S’appropriant la langue, pourra-t-il intérioriser les voix ?

Bientôt, il découvre Benjamin Herlz et ses écrits, s’en fait un ami, noue de bonnes relations avec ses voisins quoique toujours avec le dictaphone, interroge les passants dans la rue sur le sens du mot « territoire ». Les gens sont sympathiques et lui répondent. Il y en aura un pour lui dire je n’ai pas de territoire. C’est aussi le cas de Frédéric. En s’immergeant à sa manière dans les écrits de Benjamin son ami, il continue paradoxalement à s’enfoncer dans le délire.

C’est avec plus que de l’intérêt que l’on suit les pérégrinations mentales de Frédéric. Le personnage plongé dans la déréliction et ses courageuses et ingénieuses tentatives de tenir le coup suscitent l’empathie. Le récit est bien mené avec ses phrases courtes, tantôt questionnement, tantôt dialogue souvent impossible avec sa famille, possible avec ses voisins, tantôt constat. Les phrases qu’il énonce évoluent vers des sortes de « mantras » protecteurs, plutôt que de prières, lorsque la situation l’exige…

D’autres personnages que Frédéric interviennent dans le récit à la troisième personne. Son père, son frère ( il s’appelle César !) sa mère… des personnes assez insignifiantes, mais non dénuées de pouvoir, qui n’approchent pas du monde de Frédéric. Ils ne font que souligner son extrême solitude.

 

Merci à Sybilline sans qui je n'aurais pas découvert ce récit.

 

Lectrice des trois premiers romans de Denis Lachaud, je ne l'avais plus suivi après " Comme personne" et je vois que j'avais tort.

 


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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 00:02


 nous-voila    Folio, 2009, 392 pages.

 


Février 1973 : lors d’une manifestation contre l’extension militaire du plateau du Larzac. Un manifestant s’empare d’une estafette, pendant l’absence momentanée du conducteur. Elle appartient à des types d’extrême-droite, et Salvador, ayant vu que le coffre est plein, espère y trouver des armes.

Le coffre renferme le cercueil du maréchal Pétain !

Au lieu d’abandonner quelque part le camion et son incroyable cargaison, il se confie à son ami Paul, et  planque le cercueil dans le garage du «  34 rue Chevaleret ». Paul y vit avec une communauté de jeunes gens tous acquis aux idées à la mode du temps.  Militantisme révolutionnaire, expériences de drogues hallucinogènes, pratiques d’avortement, sexualité dite « libre ».

On ne sait pas pourquoi ils ont décidé de garder ce cercueil.  Il n’y a pas d’explication plausible à ce sujet.

Le groupe d’extrême-droite cherche bien entendu à le récupérer (ils avaient décidé de transporter clandestinement la dépouille du maréchal à Douaumont parmi les héros de la Grande Guerre). Les deux jeunes gens, bientôt aidé par un troisième, veulent les en empêcher ce qui donne lieu à une course-poursuite sur plusieurs décennies.  Visiblement l’auteur veut nous divertir avec cette histoire, qui n’est pas drôle du tout. Les jeunes gens jouent le jeu de  l’extrême-droite, accordant une importance exagérée au  cercueil du maréchal et au cimetière  où il devrait se trouver…

Pendant ces années,  Paul, personnage principal (avec le maréchal) vivra sa vie sous nos yeux : il fait de petits travaux à mi-temps pour avoir le temps de penser. Et il pense principalement à Lena, une fille de cette communauté, qui lui donne du fil à retordre.

Il se récite aussi les lamentables sentences du maréchal, qui continue ses ravages, post mortem, de façon inattendue !

L’action se déroule de 1973 à 2007. De temps à autre, l’auteur livre le fil des événements politiques en un raccourci ironique.

Dans l’ensemble, c’est écrit de façon ordinaire, correct. Le constat est très pessimiste. L’auteur traite  ses personnages de façon fort désinvolte. Des personnages un peu trop caricaturés. La critique sociale pratiquée m’a semblé superficielle.

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 23:47


Minuit, 2011. 188 pages.

 

 

 

Prologue

Claire, une jeune femme de 24 ans remonte l’avenue Niel ( dix-septième arrondissement) en vélo pour rejoindre son ami Antoine, elle est excitée à l’idée d’aller au théâtre ce soir.

Le récit commence à la troisième personne, et glisse au monologue intérieur avec des bribes de dialogue s’intercalant sans que l’on s’en aperçoive tellement c’est bien agencé.

 

Claire se dépêche, pourtant elle n’aime pas Antoine avec qui elle ne partage pas grand-chose

 «Lui qui n’y va que pour me faire plaisir et bouge tout le temps ou s’endort… il est exactement comme papa… Vingt-cinq,  il peut attendre. J’irai seule au théâtre et je vais lui offrir son DVD de merde, tiens, grande et généreuse, si  si, je te l’offre, ça me fait plaisir, j’ai gagné au loto tu savais pas ? »


Claire a gagné un peu d’argent au loto, et sa grand-mère lui a fait la morale

 «  Elle qui roule sur l’or sans jamais avoir eu  à gagner un sou de sa vie, comme maman et toutes ces bonnes femmes qui ont tiré le gros lot rien qu’en… et moi, si j’épouse Antoine, si… mon gros lot, lui, mon… ? »

 

Pourtant, Claire est heureuse , elle rêve

offrant son visage au soleil, éblouie par quelque chose de beaucoup  plus grand que l’excitation de se rendre seule au théâtre le vendredi, comme si, sortant d’un bois, elle s’élançait en pédalant au milieu des champs de colza, la lumière et l’odeur et Claas l’attendant les bras ouverts au bout du chemin… Claas, près de la grange où enfin ce serait elle, son tour à elle, enfin…


Et c’est l’accident :

Il a freiné. Elle a senti la masse sombre et chaude se rapprocher et la frôler en grondant sur sa gauche : je tombe, grelots, Anne ma sœur Anne et Claas et Nathalie, maman et  Claas, maman, vrombissement aigu de son cri rouge, orange, bolide, fusée plongeant soudain dans du caoutchouc élastique, puis dur, noir, et tout fut silencieux.

 

Que va-t-il arriver à Claire ? Va-t-elle vivre ou mourir ?

Qui est ce Claas, tombeur de ces dames ?

Pourquoi  le papa de Claire est-il si nul ?

Pourquoi Claire croit-elle devoir faire un mariage d’argent de nos jours ?

 

 

Et voilà la « pièce rapportée » qui entre en scène : Elvire, la mère de Claire, bouleversée, qui voudrait bien se rendre au chevet de sa fille hospitalisée, mais sans rencontrer son mari, ce type arrogant hypocrite et vulgaire,  qui forcément s’y trouve aussi à l’hôpital. Les époux en conflit s’envoient des messages comme autant de flèches empoisonnées ; grâce au portable, Elvire évitera peut-être la confrontation.

Elvire dispose d’un appartement rue Bayen, qu’elle a acheté pour sa fille, elle s’y réfugie et, lorsque la panique la quitte momentanément, plonge dans les souvenirs:

 

Elle a épousé Frédéric vingt-cinq ans plus tôt « elle n’avait attentivement regardé l’homme qu’après avoir entendu le nom : Bohlander, qui, prononcé par Claas, semblait basculer doucement comme un rocking-chair, les accents se déplaçant vers l’avant, la première syllabe était longue, la deuxième lançait la dernière pour en faire un A juste entrouvert…Elvire Bohlander… des milliers de fois répétés avec la diction de Claas dans l’oreille, tandis que Frédéric poussait la balançoire plus haut, toujours plus haut, jusqu’à son père : Pierre Bohlander

«  C’est le nom et le père que j’épouse…ma bague, c’était celle de sa mère, il l’a donnée à Frédéric dans l’écrin original d’un joailler de Vienne...Je lui ai déjà parlé de toi, mon cousin allemand, mon frère, c’est ce que je dis aux gens maintenant pour te situer dans ma vie.

Simplement ça pendant dix ans, le regard aimant du père, une compréhension muette qui passai t aussi dans la voix


Entre Pierre le beau-père aimé à présent mort,  Frédéric le méchant mari, et Claas l’être merveilleux idolâtré, Elvire n’a pas eu la vie facile. Et Claire a été entraînée dans ce désordre.

Une écriture maîtrisée, agréable et souple, attentive aux détails, une exploitation judicieuse du langage familier, des passages poétiques,  un récit qui progresse vite et bien, de monologues angoissés butant sur les mots qui font peur,  en saynètes cruelles et tragi-comique.

On se demande jusqu’à quel point Elvire va devenir lucide ?

 

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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 23:54


balconJosé Corti 1958

 

C’est le quatrième roman de Julien Gracq et le dernier qu’il publie.

On a pu le rapprocher du précédent le Rivage des Syrtes ( 1951). Gracq y avait imaginé un lieu et des fictionnel entre deux pays (également de fiction) en guerre depuis longtemps sans que des hostilités soient encore déployées. L’attente que la guerre reprenne , attente pleine d’ennui, de charme mortifère, de frayeur, jusqu’à provoquer l’incident  de reprise du combat, en était l’argument.

Ici l’on attend également le commencement des combats, mais il s’agit d’une situation réelle : les lieux décrits existent( et sont à peu près repérables sur une carte) et le conflit  aussi .

L’action débute en octobre 1939. La seconde guerre mondiale vient d’être déclarée et  Grange, appelé en tant que capitaine d’infanterie, arrive à Moriarmé ( Monthermet, qu’il a rebaptisée) dans les Ardennes. Huit mois vont s’écouler entre la déclaration et l’attaque proprement dite, cette gestation qu’on appelle la « drôle de guerre » ou « la fausse guerre » pour dire comme les anglais.

Grange prend le commandement d’une unité de quatre hommes en pleine forêt. Les soldats habitent une maison forte, surplombant le hameau des Falizes. A première vue, elle ressemble à un chalet alpin. Le premier étage est une habitation tout à fait normale, le rez de chaussée est un blockhaus équipés d’armes e combat prêtes à l’emploi et muni d’un boyau d’évacuation.

Dans ce lieux qu’il trouve magnifiques, il domine toute la vallée et l’appellera le Toit( comme le Toit du monde, on ne peut aller plus haut…ce qui donne l’idée d’un accomplissement), Grange se sent tellement loin de tout, dans un lieu magique et enchanté, que la guerre semble impossible.  En même temps , il sait bien être en première ligne  si l’armée ennemie attaquait ; Les Hautes Falizes sont toute proches de la frontière belge. En outre, si sa visibilité du côté français est bonne, il ne verrait rien arriver de l’autre côté, semble-t-il.

Le chef hiérarchique de Grange lui signifie qu’ici c’est un piège à cons et qu’à la première attaque, vous serez faits comme des rats » Il propose à Grange de le muter dans une unité de réserve à la compagnie « hors-rang »mais ce dernier refuse «  Je me plais ici » dit-il , ce constat n’ayant rien à voir avec le désir de combattre, qui ne l’habite pas, mais l’idée que  quelque chose de fatal se produira est important pour apprécier son séjour. Il est souvent saisi d’anxiété, imagine l’attaque future, sans laquelle la félicité de son séjour n’aurait aucun sens.

Pendant plusieurs mois longs et courts à la fois, Grange va vivre des moments particuliers, à la fois banals et enchanteurs. Les événements météorologiques  tiennent une place importante, pluie, neige, froid, chaleur, sont ressentis comme exceptionnels ainsi que le retour du matin et la tombée du jour. Les végétaux et la forêt sont magnifiés, le moindre petit détail prend une signification comme de croiser deux pies sur un chemin.

Des souvenirs lui viennent en comparaison se sa situation, qui sont toutes liées à l’enfance, à ces moments où il partait en vacances, découvrait la mer…

D’autre part, il guette la progression de l’attaque future….

 Grange découvre aussi le génie du lieu, une curieuse jeune femme sortie de nulle part, si gaie si légère, avec qui il entretient une liaison.

La prose de Julien Gracq est toute faite de suggestion, évocation, implicite, elle installe un décor une atmosphère, troublante inquiétante, bien des phrases restent en suspens.

 

 

boucle de la Meuse à Monthermé 2boucle de la Meuse à Monthermé

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11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 23:21

 

Livre de poche, 1971, 435 pages.

C’est le 17 eme volume des Rougon-Macquart

 

 

 

la bête humaine

 

      Il met en scène en particulier Jacques Lantier, troisième fils de Gervaise, qui est devenu mécanicien, conducteur de locomotive. Il pilote sa « Lison »du Havre jusqu’à Paris Saint-Lazare et retour tous les jours. Excellent travailleur, amoureux de son engin, il est dans la vie privée rongée par une obsession , étrangler une femme. Il craint énormément le passage à l’acte, et ne les approche pas de peur de céder à la tentation. Zola semble croire au gène du meurtre ou à l’hérédité de l’alcoolisme.

Mais le problème de Jacques vient de plus loin ; il a l ‘impression confuse de devoir venger toute une lignée d’ancêtres…

Le roman débute par la violence. Un autre homme, Roubaud, apprend que Séverine sa femme, orpheline de bonne heure, recueillie, élevée et dotée par un protecteur ami de la famille, couchait avec lui en échange de ses faveurs depuis fort longtemps. Roubaud est d’autant plus furieux qu’il a lui-même bénéficié des largesses de cet homme, grâce à qui il est devenu chef de gare. Après avoir battu Séverine comme plâtre, il ne se calme qu'en décidant de tuer le gredin.Séverine est contrainte de lui servir de complice.

C’est ainsi que pour son plus grand malheur, et celui des époux maudits , Jacques Lantier va se rapprocher de Séverine. Il a vu le meurtre dans un wagon de train, et recueilli le cadavre jeté sur la voie.

 

Voilà un Zola très noir, peut-être le plus sombre de toute la série. Car le meurtre de Grandmorin ne sera pas le seul, il s’en faut… il n’y a que des crimes dans ce roman. Empoisonnement, suicide, déraillement volontaire de train, crime de jalousie… ce roman de Zola est souvent dénommé un thriller, et c’est vrai que de ce point de vue l’action est rondement menée avec beaucoup de suspens et se lit sans souffler, et que les crimes y sont d’une grande variété et fort bien décrits : un vrai plaisir !

Zola a créé u lieu maudit la Croix de Mauffat, propriété sise à côté de la voie ferrée entre le Havre et Paris, et ses environs, dont  la maison du garde-barrière. , un lieu qui attire le mal.

Ce récit de crimes, n’en est pas moins un roman de mœurs avec beaucoup de documentation sur les développements du chemin de fer en 1870, et les conditions de travail des ouvriers extrêmement dures.

La locomotive, seul vrai amour de Jacques, est humanisée et magnifiée. Les hommes et les femmes, qui ont su créer d’aussi belles et utiles choses se conduisent comme de vraies bêtes… humaines car les humains tuent pour d’autres raisons que les animaux.

 

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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 23:17


   1869 éditions folio

 

 

En 1940, Frédéric Moreau revient de chez un oncle, chez qui sa mère l’avait envoyé pour montrer sa sollicitude en vue d’un héritage. Procédure humiliante, que le jeune homme s’est efforcé d’oublier en passant un jour à Paris, où il ira faire son droit à la rentrée prochaine.

Le voilà sur le bateau qui le ramène à Nogent-sur-Seine  chez  sa mère. Il cherche l’aventure et l’amour auxquels le prédispose son mental naïf et exalté. Bien sûr il va trouver !  Attiré par un homme deux fois plus âgé que lui, qui lui en impose tellement il est bien vêtu et hâbleur :Jacques Arnoux, dont le costume est savamment décrit en particulier des bottes rouges en cuir de Russie ( un avantage indiscutable que l’on va retrouver par la suite).  Arnoux mène Frédéric à sa femme Marie, et c’est la coup de foudre. Marie est comme »une apparition ».  Là aussi c’est la parure qui va compter et aussi l’exotisme : Frédéric s’imagine que cette femme est andalouse, voire créole, à cause de ses cheveux noirs, de sa peau brune, de son châle. Il faut qu’il ait de l’imagination…

Il se passera plusieurs mois avant que Frédéric, devenu étudiant à Paris, ne retrouve l’atelier d’Arnoux. Marchand de tableaux, apte à vendre 300 francs une croûte qu’il a achetée 1500 en produisant une fausse facture de 4000… totalement ignorant de l’art véritable. Quelques mois se passent encore, avant que Frédéric ne puisse pénétrer rue de Paradis où vit la Dame.  C’est aussi la décoration très kitsch des appartements, abondamment décrite par le narrateur, qui augmente le charme de Marie aux yeux de Frédéric.

Rue de Paradis, ce sera aussi une sorte d’enfer. Pour voir Marie le plus souvent possible, Frédéric se fait l’obligé d’Arnoux, son esclave, devient un parasite de la maison,  ira même jusqu’à lui donner de l ’argent . En effet, Arnoux s’étant aperçu plus ou moins  de la  situation, prétendra souvent être au bord de la faillite et devoir quitter la ville :s’ils quittent la ville, comment la revoir ?

L’existence de Frédéric s’organise donc autour de Marie Arnoux, dont on reste longtemps à ignorer quels sentiments elle éprouve pour Frédéric.  Marie est cependant un repère important pour une vie aussi fluctuante que celle de ce jeune homme.  L’autre repère, c’est Charles Deslauriers, son ami de collège. Tout les sépare : la classe sociale, les intérêts, les penchants, le tempérament, voire les idées politiques, ils sont tout le temps fâchés et se retrouvent avec plaisir quelques temps plus tard, à intervalles réguliers.Cette amitié réelle et durable est un point positif dans un roman fort pessimiste.

 

 

 

L’Education sentimentale c’est aussi une fresque sociale. Plusieurs groupes humains  sont décrits plutôt férocement : les amis de Frédéric : Sénécal  pur et dur, inspiré de Saint-Just, Hussonnet, journaliste opportuniste, assez rigolo par moment, Martinon très conservateur, Dussardier  révolutionnaire au premier degré, Pellerin le plus mauvais peintre que l’on puisse rêver, Regimbart, un homme politique : il passe son temps dans les bistrots à boire et bavarder …

Sans compter les femmes, la jeune provinciale Louise Roque, l'épouse du financier Dambreuse ( très redoutable devant le cercueil de son mari...), Rosanette  orpheline illettrée qui a survécu grâce à ses charmes, Mlle Vatnaz vieille institutrice intriguante et féministe ...

Flaubert s'est inspiré, dit-on, des Caractère de La Bruyère pour camper ses personnages et il a très bien réussi.

 

 

De l'Education sentimentale, il a aussi eu l'ambition de faire  un roman historique, relatant la Révolution de 1848, celle de 1851, qu'il a vécues lui-même au même âge que Frédéric  et c’est tout à fait passionnant. Son récit du sac des Tuileries en particulier.

 

Dans l'ensemble, en épit de certaines descriptions un peu lassantes, mais pouvant toujours enrichir le vocabulaire, je trouve ce roman aussi bon que Madame Bovary.

 

 

 

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