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27 juillet 2008 7 27 /07 /juillet /2008 09:20

La Princesse de Clèves (1678)

Editions Librio, 2 euros.

C'est un roman historique dont l'intrigue se situe à  la cour d'Henri II, dans les dernières années de ce règne. (1555 à 1559), donc un siècle avant sa parution. Il paraît sans nom d'auteur. Aujourd'hui, on pense que ce roman est autant le fait de Mme de Lafayette, que de ses amis, dont La Rochefoucauld, pour ne citer que le plus illustre. 

 

L'auteure décrit tout d'abord les mœurs de cette société aristocratique préoccupée d'amour, de fête, de plaisirs, à l'image de son roi, un peu écervelé.

 

Nous avons là quelques pages où se succèdent des noms de nobles et des descriptions dithyrambiques

" esprit vif et éloquence admirable... âme noble et élevée... égale capacité pour la guerre... ambition démesurée... vie glorieuse... dispositions pour les belles choses..."

tous ces compliments n'étant là que pour introduire  le duc de Nemours :

" ce prince était un chef d'oeuvre de la nature ; ce qu'il avait de moins admirable, c'était d'être l'homme du monde le mieux fait et le plus beau. Ce qui le mettait au-dessus des autres était une valeur incomparable, et un agrément dans son esprit, dans son visage et dans ses actions que l'on n'a jamais vu qu'à lui seul..." 

Cette description typique des coutumes lexicales littéraires de ce que l'on nomme le Grand siècle, peut nous paraître bien abstraite! Ayant lu ce qui précéde, nous ne savons toujours rien de l'apparence physique de Nemours, de ses particularités. Nous n'avons que des superlatifs.

 

Cela vient en partie du fait que Mme de Lafayette a pris des leçons de "préciosité" . La littérature des " Précieux" veut enrichir le langage en l'épurant.

 

Le lecteur doit imaginer Nemours  conforme à son idéal  personnel de beauté masculine, en y mêlant   un habillage  de ce qu'il connaît et préfère des accoutrements de ce temps, tels qu'il a pu les admirer en regardant des tableaux de peinture, ou des films en costume d'époque.

Si le lecteur ne fait pas cet effort, il risque de lâcher le livre...

 

Le récit se concentre sur les personnages autour desquels va se nouer l'intrigue : le duc de Nemours, le prince de Clèves, et Mlle de Chartres, bientôt Mme de Clèves, soit l'amant, le mari, et la femme, trio bien connu des intrigues romanesques...

 

A cause de conflits opposant Catherine de Médicis (femme du roi, future régente) à Marie Stuart ( sa belle-fille) et à Diane de Poitiers( maîtresse du roi), Mme de Chartres craint de ne pouvoir faire épouser à sa fille un prince de sang. Tous  les prétendants se retirent, pour ne pas déplaire au roi. Reste M. de Clèves, qui passe outre, parce qu'il est amoureux de la  jeune fille (elle a 16ans). Elle l'estime mais ne partage pas son inclination.

Alors .... Alors l'irrésistible séducteur, le « chef d'œuvre de la nature », le Duc de Nemours, le Duc, regagne la cour et y rencontre la nouvelle Mme de Clèves, au cours d'un bal. Ils s'éprennent l'un de l'autre. Mais Mme de Clèves dissimule son sentiment. Sa mère l'a mise en garde : Nemours a un passé de séducteur impénitent et,  présentement, vise le cœur d'Elisabeth, nouvelle reine d'Angleterre. (Il s'agit d'Elisabeth 1ere, qui eut de nombreux prétendants, mais n'épousa personne..)

 

Mme de Clèves et Nemours ont l'occasion de se voir chez la reine Dauphine (Marie Stuart, même âge que Mme de Clèves). Nemours se comporte avec discrétion, renonce à la galanterie.

Une sorte de jeu secret commence entre les deux «  amants »  qui se font des signes pour s'assurer de leur mutuelle inclination. Nemours ignore, ou feint d'ignorer, que sa passion est payée de retour. 

Mme de Clèves est culpabilisée par son entourage.

Sa mère décède.

 

II

Son mari lui conte l'histoire d'une « perfide » qui avait promis son cœur à deux hommes; cette histoire édifiante semble longue à Mme de Clèves comme au lecteur : la conversation d'un mari n'est pas toujours excitante...

Mais voilà que la reine Dauphine lui fait savoir que Nemours semble profondément amoureux d'une femme qui ne le lui rend pas.

Et  Nemours trouve l'occasion de se déclarer, entre les lignes !

- les grandes afflictions et les passions violentes repartit M. de Nemours, font de grands changements dans l'esprit : et, pour moi, je ne me reconnais pas depuis que je suis revenu de Flandre...et même Mme la Dauphine m'en parlait encore hier.

Mme de Clèves approuve...l'air de rien.

- Je ne suis pas fâché, madame, répliqua M.de Nemours, qu'elle s'en soit aperçue ; mais je voudrais qu'elle ne fût pas la seule à s'en apercevoir. Il y a des personnes à qui on n'ose donner d'autres marques de la passion qu'on a pour elles que par les choses qui ne les regardent point ; et, n'osant leur faire paraître qu'on les aime, on voudrait du moins qu'elles vissent que l'on ne veut être aimé de personne. L'on voudrait qu'elles sussent qu'il n'y a point de beauté, dans quelque rang qu'elle pût être, que l'on ne regardât avec indifférence, et qu'il n'y a point la couronne que l'on voulût acheter au prix de ne les voir jamais.

 

Admirez  les imparfaits du subjonctif qui pointent le bout de leur nez sur ce blog aux frais de la Princesse.  Puis toutes les complétives que qu',et  les relatives...

 

Les femmes jugent d'ordinaire de la passion qu'on a pour elles,  continua t-il par le soin qu'on prend de leur plaire et de les chercher; mais ce n'est pas une chose difficile pour peu qu'elles soient aimables ; ce qui est difficile c'est de ne pas s'abandonner au plaisir des les suivre... c'est de les éviter... et ce qui marque encore mieux un véritable attachement , c'est de devenir entièrement opposé à ce que l'on était, et  de n'avoir plus d'ambition, ni de plaisir, après avoir été toute sa vie, occupé de l'un et de l'autre...

Nous avons là l'énoncé du béaba de la séduction : pour plaire il faut se faire désirer, donc feindre de n'éprouver rien pour la personne que l'on aime, et même en cas de rapprochement intime avéré, prendre soin de n'être jamais complètement disponible. L'autre vous désire pour autant que vous n'êtes pas tout (e) à lui ou à elle.

 

Mais le Duc  ajoute qu'en réalité, il a renoncé à toute autre femme pour elle, Mme de Clèves, dont nous ne connaîtrons pas le prénom...ici des prénoms, il n'y en a pas.

 

Pour fuir sa passion, la princesse se retire à la campagne et vit en recluse.  Son mari l'oblige à revenir à la cour. Nemours dérobe un portrait d'elle chez la Reine Dauphine ; il se blesse au jeu de paume et cette fois elle ne peut cacher son émotion.

 

Autre source de tourment : la lettre tombée de la poche de Nemours, apparemment adressée à une femme ! Nemours se justifie : c'était une lettre pour le vidame de Chartres, amant de Catherine de Médicis (cela ne veut pas dire qu'ils entretenaient un commerce charnel) et qui craignait sa fureur car il l'avait trompée.  Le Vidame ayant demandé à Nemours de le couvrir, la lettre devait feindre de lui être destinée...

Mme de Clèves et Nemours écrivent ensemble une lettre de substitution. Moments délicieux...

 

Pourtant Mme de Clèves se retire à Coulommiers. Nemours trouve un prétexte pour s'y rendre au cours d'une partie de chasse.

Il s'introduit dans le pavillon et assiste à l'aveu de son amante à M. de Clèves. Nemours l'entend lui dire je suis courtisée par un autre, et j'ai de l'inclination pour lui, mais je ne réponds pas à ses avances.

La Princesse  se donne des verges pour se faire battre...

 

M. de Clèves, qu'elle a rendu jaloux, espionne, et découvre qui est son rival. Nemours se confie au vidame sans dire le nom de son objet d'amour. On en parle à la cour. Les de Clèves s'accusent mutuellement de ces bruits. 

Survient la mort d'Henri II  suite à un duel : il avait fort stupidement forcé Gabriel de Montmorency à se battre contre lui, par jeu.

 

François II monte sur le trône de France. Catherine assure la régence.

Mme de Clèves se retire à Coulommiers, se querelle avec son mari. Nemours s'y rend à nouveau, suivi par un espion du prince. Après un parcours d'obstacles , il voit Mme de Clèves, sans être vu, et «  a des preuves de son amour ».

Elle ne pense qu'à lui, croit le voir, ne lui fait pas signe, s'agite, ferme ses volets.  C'est la deuxième fois qu'il la contemple et s'imagine on ne sait quoi,  sans être vu.

Le Duc est un "voyeur" avant tout.

Informé par son espion, M. de Clèves croit que sa femme l'a trahi, tombe malade et meurt.

Nemours demande en mariage cette jeune veuve de vingt ans. Elle refuse, persuadée que si elle lui accorde tant, il se détournera d'elle. Elle lui dit seulement «  devoir se retirer au monastère par devoir envers le défunt et pour son repos personnel". Et elle entre au couvent et n'en sort plus!

Cette chute est quelque peu invraisemblable; tout comme l'est le récit que Mme de Clèves fit à son époux de sa passion pour un autre que lui...si un homme que vous aimez ,déclare éprouver la même chose, et vous propose de vivre avec lui, allez-vous refuser, sous prétexte que cela risque de ne pas durer???

Il faut croire que La princesse de Clèves était littéralement dévorée par la culpabilité.  Cela explique son comportement névrotique à l'excès. La pauvre jeune femme renonce une deuxième fois au peu de bonheur qu'elle pouvait espérer sur terre.

Une fin bien triste.

 

 




 

 
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26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 23:36

A travers ces 30 monologues alternés, des amis, des proches, et des intimes, invités par une claveciniste pour un  concert privé,  on lit et on entend  les préoccupations, le langage, les problèmes d' hommes et femmes d'âges divers, et  d'il y a vingt ans.


Plus exactement la façon de s'exprimer, une génération plus tôt.


Ainsi en est-il  aussi de la musique. Le goût pour les instruments  d'époque, la mode des « baroqueux », mais aussi l'intérêt porté  à la musique synthétique, une grande variété de pensées qui sont intemporelles et ne seraient plus dites de la même façon, aujourd'hui.

Ce qui fait de ces variations tant un beau livre, qu'un document sur les façons de penser de la fin des années 70 en France.

 


Certains de ces participants font des remarques sur la musique qu'ils entendent, d'autres n'en parlent absolument pas, quelques uns s'ennuient à mourir et le disent....chacun  est dans son monde et tente ou non de pénétrer dans celui de la musicienne, tantôt par l'écoute, tantôt par l'observation des autres, d'elle, de la salle, de souvenirs la concernant.  

Un exercice de virtuosité réussi, même s'il y a deux ou trois variations qui se répètent tant, qu'elles sont presque de trop.

Ces monologues tellement bien composés m' émeuvent au premier degré, en dehors de toue sentimentalité.




 




 



 



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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 14:07

Publié aux éditions Hors commerce, vous le trouverez à présent en collection de poche " J'ai Lu, mon ptit Lu".


Cinq vieillards quittent l'hospice pour une balade dans une région marécageuse  aux Roches Sourdes. Il s'y trouve deux champs de tourbe avec des sphaignes «  la terre est noire gorgée d'eau, une boue pâteuse qui colle aux souliers ».Les sphaignes sont des mousses « qui rendent l'eau des tourbières si pauvre et acide, incapables d'accueillir la vie .. quelques arbres chétifs, de la bruyère, de la vase et du ciel. »


Cinq vieillards : Francis, grand amateur de chocolat, autrefois camionneur pour un patron qui l'exploitait éhontément ; Elie, ancien musicien alcoolique, divorcé ; Mlle Cayeux, une dame  qui parle tout le temps pour se rassurer ; Marcelle,"prolétaire", et une infirme muette en fauteuil roulant. Les accompagnateurs, deux religieuses, une irlandaise voulant entrer dans les ordres, et  Christophe, 40 ans, qui a vécu là autrefois et recherche Yolande une femme qui a compté pour lui.


Pour les accueillir, Marc, responsable du musée régional, lequel renferme entre autres une statue de femme nue datant de la Préhistoire. Des faits tragiques ont eu lieu : la mère de Christophe était hébergée aux Roches Sourdes pendant la guerre et ses parents livraient des juifs à la Gestapo. Yolande a eu Marc pour compagnon mais elle est partie... Christophe et Marc vont s'affronter. A peine arrivé, l'un des vieillards en balade tombe sur le cadavre d'une femme...

Un roman policier animé par une dizaine de personnes meurtries, mal à l'aise, la recherche éperdue d'un meurtrier : Christophe et Marc s'accusent mutuellement...

Vous allez aprécier le style singulier pour un roman policier, le présent de narration qui fait surgir le passé  les descriptions sobres et belles...



Cl laude Amoz a publié plusieurs romans dont j'ai chroniqué le Caveau son oeuvre la plus

célèbre, et un recueil de nouvelles " Racines amères" que   Dasola a chroniqué.

Vous pouvez lire une interview de l'auteur   sur le site Action-suspense.



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13 juillet 2008 7 13 /07 /juillet /2008 14:00

 

 

 

 

Seuil (Fiction et Cie) 2002. Prix Femina.


Nous sommes en 1810 à Vienne. Agathe, ex-lectrice adjointe de Marie-Antoinette, exilée depuis juillet  se souvient, à l'occasion de ses 63 ans, de sa vie à la cour de Versailles, une expérience qui dura de 1778 à 1789. Surtout elle revoit ces trois journées fatidiques du 14 au 16 juillet 1789 qui virent la chute de l'Ancien Régime, et sa fuite le 16 au soir avec la famille de Polignac.


A Versailles, en 1989, Agathe est une « logeante ». Lectrice adjointe de la Reine, elle travaille peu et ne gagne que le logis. Elle dispose d'une petite chambre, et pour le couvert, mange les reliefs des repas des Grands. Elle ne dispose d'aucune autonomie, n'a pas de rémunération ni d'argent personnel, pas de vie privée. Pourtant, son établissement en tant que lectrice est une planque pour l'orpheline qu'elle est.


La Reine ne prise guère la lecture. Le portrait qu'en fait Agathe  est celui d'une femme-enfant, au caractère incertain, souvent stressée, avec des moments de plaisir éphémères.  Le matin du 14 juillet,  Agathe lira avec elle quelques répliques d'une pièce de Marivaux, puis des catalogues présentant des vêtements réservés à l'aristocratie.

Les nuits, Agathe lit («  avec sa voix d'opium ») pour endormir et  bercer Marie-Antoinette.


La plupart du temps, désœuvrée, Agathe se voue à la lecture personnelle, s'adonne à la broderie avec d'autres dames de compagnie, flâne, admire Versailles, idolâtre la reine.

Versailles est sinistre, lugubre, sale, toujours sombre, envahi de rats, refuge précaire des miséreux, labyrinthique, avec quelques repères : le Petit Trianon où la Reine la fait parfois appeler, le cabinet de Jacobs Moreau, historiographe du roi, source importante d'informations sur ce qui est entrain de se préparer en ces jours difficiles.

... un univers clos, une existence difficile, rebutante, à laquelle Agathe tient plus que tout au monde, car  la vie ne lui a pas donné autre chose.


  L'information est bonne, la documentation soigneuse et très bien utilisée.Ce n'est pas pour autant un simple roman historique. la Révolution n'est pas l'enjeu du livre car il s'agit pour Agathe de faire resurgir un monde passé, dans lequel elle vit encore, et de le magnifier, sans en gommer les aspects effrayants.

C'est un récit poétique traversé de visions étonnantes : les apparitions de la Reine, celles de personnages étranges tels que le curieux docteur Laroche, responsable de la Ménagerie, l'homme qui met un point d'honneur à ne pas se laver, l'Amoureux de la Reine, ce type de personnage bien connu qui tente de séduire une personnalité à laquelle il s'attache,  et qu'il ne lâche plus ( nous les appelons groupies à présent...),  les enfants-pages, les bals de la Reine, les oranges,ces fruits merveilleux ( après avoir lu ce qu'en dit Agathe, vous ne verrez plus l'orange avec les mêmes yeux...) , les lieux étranges du château, et de ses dépendances.

Faut-il relire des pages sur la Révolution pour mieux comprendre ? Non ! Mais la Divine Comédie peut-être...

J'ai  beaucoup aimé ce livre.

Chantal Thomas est aussi l'auteur d'essais, mi-théoriques mi-autobiographiques, tels que «  Comment supporter sa liberté »

http://revueletrait.blogspot.com/2006/05/entretien-avec-chantal-thomas-extrait.html


«  Souffrir » que je viens juste d'acheter

Et aussi les Cafés de la mémoire, sorti en Avril. Il est toujours temps de réécouter l'auteur en parler à l'émission du jour au lendemain du 9 juillet 2008.



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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 13:15

Folio, 2007.

Dans la campagne française des années 30 le vieux Silvio reçoit des cousins  Hélène et François, et leurs 4 enfants. La plus âgée Colette vient leur présenter son fiancé Jean Dorin, minotier, un bon garçon à l'air timide et emprunté.  Sa mère Hélène se souvient qu'elle a dû épouser un vieux monsieur pour échapper à sa peu engageante famille, et n'a connu le bonheur qu'une fois veuve. Colette elle ne devrait pas avoir de problèmes...

Mais dès la noce, une jeune femme délurée, mariée à un vieux paysan sur sa faim, et un beau garçon entreprenant des environs, ne tardent pas à  modifier la  donne...

Le pauvre jeune meunier qui ne dort pas assez,  se noie dans l'eau de son moulin.

Le vieux Silvio se souvient...


Un roman vraiment caricatural : les jeunes femmes pleines de feu qui doivent épouser des vieux messieurs au bord de la tombe, les maris sages et ennuyeux et les épouses entreprenantes, les amants  bouillonnants... !

Les vieux volets de bois verts qui grincent d'un son lugubre, les bons feux de bois rougeoyants, et les couchers de soleil...incendiaires !!! Tout est bourré des clichés les plus éculés possibles.

A éviter.



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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 13:08

L'Olivier, 2008.

233 pages.


Lancelot Rubinstein, un nom difficile à porter ! Ni chevalier, ni musicien, nir rien.

Le pauvre homme plie sous le poids d'une l'existence complètement subie, à peine revendiquée.  Heureusement il a rencontré Irina.

Oui Irina, Sa voix ressemble à des clochettes qu'on agiterait pour éloigner les esprits

 

Irina encore : ses cheveux se détachant de son chignon en mèches folles ( qui avaient quelque chose d'aquatique, c'était comme des algues noires qui se balançaient mollement), sa silhouette minuscule auprès de lui malgré le vertige de ses talons gris, les cernes sous ses yeux de mosaïque byzantine formant de grands arcs bleus, toute sa personne luisant d'une façon si spéciale- c'était ce que Lancelot s'était dit, il ne pouvait exprimer la chose autrement-, quand il avait marché auprès d'Irina la première fois, il s'était senti si chaviré qu'il avait pu enfin entrevoir sa vie sous de justes proportions. 

 

Une passion sexuelle partagée s'en suit.

Lancelot  ne vit que pour elle.

Ni chevalier ni musicien, ni rien. Amoureux, c'est tout.

D'Irina, qui aime et protège activement les animaux et la nature, et qui l'aime aussi lui, et peut-être d'autres, c'est ce qu'il craint..

 

Il faut dire que Lancelot se montre vraiment collant, et on comprendrait que cette femme incomparable se tire sur la mointe des pieds.

il la prit dans ses bras,

Je vais t'attendre... répéta-t-il,

Et, au moment où il se mit à la serrer dans ses bras le plus délicatement possible, à lui caresser les chevaux et le visage, devinant ses os de mésange, à ce moment-là, Lancelot se sentit capable d'oublier le peignoir volé, le vinyle qui crissait et les ours mangeurs d'hommes. »


 

Irina meurt. Sa voiture est précipitée dans l'eau.

Lancelot recherche d'éventuels responsables, et  se souvient d'Irina, souvenir avec quoi il lui faut désormais vivre.

 

«  Quand il avait marché auprès d'Irina la première fois, le jour où elle portait son affreux imper mastic, »

« je vais t'attendre...

il pensa, Mon trésor ma mie ma lumière,

Tu reviendras saine et sauve...


On assiste à une intrigue policière vaseuse, qui mène Lancelot à interroger tous ceux qui pourraient savoir quelque chose concernant la mort d'Irina.
Mais ce qu'est le roman c'est avant  tout un poème d'amour sentimental, une  écriture précieuse, léchée, mièvre, un style de midinette, non sans ferveur certes, mais se lâcher à ce point-là, tout de même...!


Si vous êtes amoureux et que cette personne vous manque, peut-être serez-vous en phase avec Lancelot? Qui sait? On devient parfois stupide dans ces cas-là...on écrit de drôles de choses. Il n'est pas forcément  bon de les publier.

 

Un autre avis : Amanda Meyre


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6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 18:13

  A partir de six ans, j'ai lu   beaucoup d' histoires d'enfants battus, bien évidemment la célèbre comtesse, mais aussi «  Le Petit chose » et «  La petite Cosette ».

 Je me disais «  Il n'y aura pas de Jean Valjean pour toi, rien que des Jean Foutre ».

 J'ai lu l'histoire du Petit Chose en pensant que je lui ressemblais mais aujourd'hui  cela m'indispose que l'on fasse lire aux enfants  l'histoire lamentable de ce jeune homme qui veut devenir poète et finit vendeur d'assiettes.

Je versais presque autant de larmes sur la destinée calamiteuse du pauvre Daniel Eyssette que lui-même, et ce n'est pas peu dire ! L'entrée du petit C. au collège de Lyon ressemble à celle de Charles Bovary dans un collège normand, excepté que l'auteur ne s'y entend pas à décrire quelque fabuleuse casquette. Le narrateur se moque de lui-même gentiment, dit-on et inquiète ou fait sourire les enfants avec ses «  Pauvre petit Chose, tu ne savais pas ce qui t'attendait » et « Qui était sur le mont du navire ? Voyez-vous ça ! le petit Chose qui se prenait pour un grand Philosophe » .

On s'énerve et on pleure lorsque le petit C. rencontre un certain abbé Germane qui ne lui apprend rien, excepté qu'il « restera toujours un enfant ».

Plus tard, vers dix ans, je lus en livre de poche l'intégralité de cette détestable histoire, qui nous emmène dans la loge d'une actrice vénale pour que Petit Chose  fasse  fonctionner sa petite chose en vue d'une perdition certaine ; celle-ci devient définitive lorsque, recueilli par « la Princesse et son Père » (mademoiselle Pierrotte, autrefois appelée «  les yeux noirs », devenue une brave jeune fille sans attrait et pleine de compassion, et son  Papa qui tient boutique), il devient le Petit Chose de porcelaine, vendeur d'assiettes et de théières sous la protection des bienfaiteurs ci-dessus nommées. On a dit que Mme Daudet est l'auteur du «  Petit Chose » ainsi que de tous les mélos non régionalistes signés Alphonse. Je crois en effet que seule une femme peut ridiculiser un personnage du sexe 1 avec autant de férocité.

Cependant je me sentais moi-même atteinte, fragilisée, comme si j'étais promise au même sort.

 

 

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6 avril 2008 7 06 /04 /avril /2008 23:20

 

Publié aux éditions ArHsens, le 23 janvier 2008.

 


Edouard Prince s'est retiré dans un chalet des Vosges, vers  les Mille Etangs avec son  chien Pavlov. Il n'aime plus beaucoup sa vie : les livres pour enfants qu'il a écrits, il voudrait passer à la fiction pour adultes. Isabelle, son amie, il ne sait trop s'il veut s'engager sérieusement avec elle. Son passé aussi lui pose problème ; il ne sait comment vivre avec  ce qu'il a perdu.

 Voilà qu'allant faire ses courses, un enfant l'interpelle...

Qui s'appelle Edouard comme lui et lit ses romans pour enfants.


Une génération plus tôt, Gloria travaille dans une usine comme manutentionnaire. Elle voudrait tellement  avoir son propre bébé plutôt que de se contenter de garder ses neveux, les enfants de Mireille. Elle y pense tout le temps. Elle se distrait avec ses collègues et amis : Ginette, René, Sophie...

Edouard rentre chez lui après avoir évoqué la mort de son jumeau, enfant et son enfance triste,  rencontré Isabelle, et beaucoup cogité.  Nous faisons connaissance avec  la famille d'Isabelle, son  père, artiste peintre, qui paraît-il, ne l'aime pas, ne saurait aimer que son art. C'est du moins ce que pense la lampe qui pend au plafond de l'atelier de ce monsieur. Cette lampe est le troisième narrateur ; elle exprime  son indignation .


Lucien Cordo (père de Mireille et donc grand-père d'Edouard Prince) dont l'histoire est contée à la troisième personne, est le plus original de ces personnages. Il a quitté sa femme et ses filles (Gloria et Mireille)  parce qu'il avait été commotionné pendant la guerre et qu'il perdait la mémoire. Réfugié chez des paysans, Geneviève et Jacquot, il  s'adonne à l'art de façonner le métal pour en faire une  structure mi-humaine, mi animale.


Longtemps après ses épreuves, Edouard rencontre le gamin qu'il avait connu au centre commercial vosgien, et qui a dix-huit ans.

Les années ont fui... Edouard junior  s'inquiète : «   un homme sans passé peut-il vivre libre ? »


 Le récit est donc formé en partie de monologues à plusieurs voix, on s'exprime avec naturel,  en usant de termes  familiers. Le lecteur n'est pas tenu à distance, mais il  côtoie nombre de  métaphores et néologismes surprenants.

Voici un extrait afin que vous puissiez  entrer dans l'univers de Christine :

« C'est que je m'habitue moi à être sans joie ronchon décalé autocentré. Si elle m'aide je vais être obligé de lucidifier un verbe qui n'existe pas et qui fait vachement peur parce qu'en plus il ressemble à Lucifer. Elle est capable de me transformer en Edouard sûr de lui serein productif créateur responsable. Et qu'est-ce que je ferais du vieil Edouard ? Où est ce que j'entreposerais son cadavre ? Sur mes étagères entre deux phrases tartes ? Je ne sais pas si c'est très recommandé de marcher sans béquille. »


Christine anime aussi, avec RV, le blog  Posuto,, chroniques politiques et sociales nimbées d'humour et de fantaisie.


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9 janvier 2008 3 09 /01 /janvier /2008 00:52
Simone de Beauvoir.  L’Invitée. 1943.
 
502 pages Livre de Poche.
 
 
 

Ce roman porte en exergue «  Toute conscience poursuit la mort de l’autre » , tirée de La Phénoménologie de l’esprit  de Hegel.

 
 
 

Simone de Beauvoir est philosophe de formation. Lorsqu’elle écrit son premier roman, autobiographique, elle cherche à vérifier à quel point le processus décrit par Hegel est juste.

 

La théorie de » la dialectique du maître et de l’esclave »à laquelle se réfère cette sentence,  implique de penser les relations  humaines en termes de rapports de force. Pour s’accomplir La « conscience » veut asservir l’autre soit détruire son autonomie, sa liberté, le réduire à néant, pour assurer sa supériorité. Le « gagnant s’appelle le maître, le perdant l’esclave »,  positions qui les lie à jamais, avant que ces rapports ne s’inversent.

 

  Sartre, dont Simone  se sent redevable, enfonce le clou dans «  L’être et le néant » :

 

«Quand autrui me regarde, il me transforme en chose, il me met en danger car je me découvre en position d'objet; autrui, par son existence même, me fait tomber dans le monde des choses…"Autrui est d'abord pour moi l'être pour qui je suis objet" alors que "je suis moi, pour moi-même inaccessible"

 

Françoise est une jeune femme d’environ trente ans qui s’essaie à l’écriture : elle écrit sur la difficulté d’être. Elle partage la vie de Pierre, dans un hôtel à Montparnasse.

 

Pierre est metteur en scène et acteur, et voudrait faire accepter sa conception du théâtre , mélange de stylisation et de réalisme. Des conceptions qui sont bien entendu celle de Sartre ( on peut trouver des similitudes entre Huis clos et l’Invitée…) et, en 1937/38, au moment de l’action, ne sont pas révolutionnaires.

 

Le «  Théâtre et son double » d’Artaud peut paraître plus novateur.

 

Le théâtre joue son rôle dans ce roman. Françoise, au début a une conception arrêtée de des rapports humains et de la perception. En tant qu’existence séparée, elle se sent metteur en scène de ce qui l’entoure.

 

«  Au centre du dancing, impersonnelle et libre, moi je suis là. Si je me détournais d’eux, ils se déferaient aussitôt comme un paysage délaissé »

 
 
 

Tout ce à quoi elle ne pense plus, disparaît sans laisser de trace, croit-elle.

 
 
 

Elle a un souvenir récurrent : enfant, elle aperçut un veston pendu à une patère, et le prit pour une personne vivante, avant de s’apercevoir avec angoisse, que c’était un objet «  qu’il n’était rien pour lui-même ». Elle tenta alors de lui insuffler la vie en lui parlant , ne pouvant supporter cette découverte.

 
 
 

Or, ce veston reparaît dans les créatures que Pierre incarne et qui ne sont rien pour elles-mêmes.

 

C’est pourquoi, pense t’elle, elle a en Pierre une conscience absolue. Elles s’imaginent qu’ils pensent les mêmes choses et sont deux dans un. Ils se disent tout, et nul ne fait quelque chose sans penser à l’autre. I
ll s’agit là d’un pacte qui peut paraître contraignant mais représente pour Pierre,  qui a de nombreuses aventures, un arrangement pratique.

 
 
 

Malgré une existence qu’elle espère riche et remplie, Françoise s’ennuie. C’est ainsi qu’elle s’entiche d’une très jeune fille de 17/18 ans qui vient de Rouen, Xavière, qu’elle reçoit quelques jours et emmène danser dans un night club. Xavière n’a rien qui puisse intéresser Françoise : sans culture, sans curiosité, , n’ayant d’autres conversation que ses haines et ses enthousiasmes soudains pour un mot, un objet , une quelconque futilité.

 

Françoise, cependant la présente à Pierre. On peut penser qu’elle veut lui procurer une maîtresse, dont elle "saura tout" et  qu'elle va pouvoir contrôler.

 

Xavière refuse les propositions que lui fait Françoise de la faire embaucher ici ou là par une de ses amies.

 

«  En somme, qu’est-ce qui vous intéresserait ? Faire des études, du dessin, du théâtre ? »

 

Je ne sais pas dit Xavière. Rien de spécial. Est-ce qu’il faut absolument faire quelque chose ? demanda t’elle avec un peu de hauteur.

 

-   Quelques heurs de travail ennuyeux, ça ne me semblerait pas payer trop cher votre indépendance…

 

-    Xavière fit une grimace de dégoût :

 

-    Je hais ces marchandages : si on ne peut pas avoir la vie qu’on désire, on n’a qu’a ne pas vivre.

 

Nous voyons que d’emblée, Xavière parle en maître. Le propre de l’esclave de Hegel c’est qu’il travaille, pour le maître à qui  tout doit être donné. Toutefois, dans les premiers temps elle manifeste surtout son pouvoir de dénégation, lequel est propre à l’esclave.

C'est ce que l'auteur veut démontrer. 

 
 
 

Françoise croit qu’elle va exercer une influence absolue sur Xavière, la façonner entièrement comme elle le ferait de l’enfant qu’elle n’a pas l’intention d’avoir.

 

 Le couple  installe Xavière à Paris et l’entretient, faisant mine de croire qu’elle évoluera.

 
 
 

Ce qui advient alors, apparaît vite comme une sorte de délire ou du moins d’obsession amoureuse. Françoise et Pierre passent de plus en plus de temps avec Xavière, non contents de l’entretenir, ils s’acharnent tour à tour à vouloir l’amuser, lui arracher un sourire, passent au peigne fin toutes ses déclarations, et même ses moues, ses expressions, pour tenter de les déchiffrer.

 

Françoise pense qu’elle a rencontré une conscience qui lui résiste, qui est entièrement autre.

 

Pierre imagine de créer un « trio sacré » Françoise, Xavière, et lui. Ce trio se consacrerait à lui-même, chacun des membres aux deux autres pendant cinq ans. C’est en somme le «  Grand Jeu » mais à la manière existentialiste, soit une folie qui se donne pour raisonnable, qui ne cesse de se trouver des alibis.

 

Cette symbiose  est le mode particulier à Françoise d’avoir des relations humaines.
Elle ne conçoit aucune distance entre elle et l’autre.

 

Si bien qu’autrui n’est pas pour elle l’intermédiaire entre soi et soi-même, pas la possibilité d'une humanité. Soit autrui ne doit faire qu’un avec elle (Pierre), soit autrui la rejette comme non humaine.

 

«  Xavière ne renonçait jamais. Si haut qu’elle vous situât, même lorsqu’elle vous chérissait, on restait un objet pour elle. »

 

 Françoise va envisager de tuer Xavière, d’abord en pensée, puis sérieusement. : C’est elle ou moi. Elle ne la pense pas en terme de simple rivale ( à moins que le simple sentiment de jalousie soit suffisamment fort pour la déposséder).
  Xavière est une menace pour sa vie. Elle existe indépendamment de Françoise, et cette dernière le ressent de façon intolérable. Elle est devenue l’esclave de Xavière. Doit s’assurer que Xavière pense des choses tolérables pour sa conscience à elle, sinon elle capitule et doit penser la même chose que la jeune fille.

 

Ainsi Xavière pense que Françoise l’a trahie en lui « prenant  ce joli garçon Gerbert, talentueux montreur de marionnettes."

 

 La donne a changé : les deux femmes  se querellent pour un autre.
Pierre, lui, s’est retiré du jeu…

 

Françoise est donc un traître tant que Xavière ne change pas d’avis.

 

Il lui faut supprimer Xavière pour supprimer cette pensée. Etrange folie qui s’empare de Françoise. L’autre s’est mis à exister réellement pour elle. En termes hégéliens Xavière est devenue le «  maître du maître » et Françoise lui est entièrement soumise, on le voit jusqu’à la possession.

 

«  Qu’a fait Xavière ? Que fera t’elle ? Que pense t’elle ? Pourquoi ? Soir après soir, l’obsessions renaissait aussi harassant, aussi vaine, avec ce goût de fièvre dans la bouche, et cette désolation du cœur, et cette fatigue du corps sommeilleux. Quand les questions auraient enfin trouvé une réponse, d’autres questions toutes pareilles, reprendraient la ronde implacable : que veut Xavière ? Comment ? Pourquoi ? Il n’y avait aucun moyen de les arrêter ».

 
 
 

Toutes ces considérations philosophiques ne pourront cependant faire oublier que, dans cette histoire, l’homme se retire, laissant les deux femmes en état de conflit mortel, ce que Xavière ignore, bien que la situation finisse par la gêner.

 

Derrière Xavière, qui obsède Françoise, n’y a t’il pas Pierre, n’est-ce pas lui qu’elle voudrait tuer ? Ne s’est-elle pas trompée de cible ?

 

La dernière page refermée, beaucoup de question, d’un récit riche et ambigu, restent en suspens.

La seule chose de sûre, c'est que le couple Sartre-Beauvoir, tel qu'il est montré ici, suppose à l 'évidence  un seul maître, et c'est l'homme, qui se retire du jeu, avant les problèmes qu'il a lui-même engendrés,  ne l'atteignent. 

Simone de Beauvoir a toujours douté que l'égalité entre homme et femme se ferait réellement. 

 
 
 

Pour lire le témoignage d’une Xavière qui a survécu, Bianca Lamblin « Mémoires d’une jeune fille dérangée ».

 
 
 
 
 
 
 
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21 décembre 2007 5 21 /12 /décembre /2007 12:28
Marie N’Diaye. Mon cœur à l’étroit (Gallimard, 2007)
 
 
 

Nadia et Ange, instituteurs d’un certain âge, qui exercent leur métier avec passion, sont discrédités pour une raison que Nadia la narratrice ignore.
Ange revient de son travail, un soir blessé d'une plaie au flanc gauche, et ne peut ni ne veut bénéficier de soins médicaux. Le  couple  se terre dans l' appartement.
Nadia vit un cauchemar, elle ne sait vers qui se tourner, doit accepter l’aide d’un voisin Noget, auquel elle n’accorde aucune confiance, mais que tous appellent bizarrement «  le grand Noget ». On lui insinue aussi qu’elle devrait savoir la raison de cette hostilité profonde et agressive contre eux ; elle se sent coupable de l’ignorer et ressent aussi qu’elle ne veut pas savoir.

 

Nous avons l’impression que Nadia est juive pendant l’occupation allemande, ou arabe aux temps d’une immigration choisie et sévèrement contrôlée, ou encore première chrétienne tombée sans le savoir dans l’arène aux fauves… nous avons peur, elle se fait traiter d’ »infidèle » par quelques passants, et, sans édulcorer le sens religieux du mot, commence à s’accuser de ses manquements, réels et imaginaires, à l’égard de ses parents, son fils, son premier mari…

 
 
 

Mais voilà, quand elle demande à ses connaissances aussi bien qu’aux inconnus
pourquoi on est hostile envers elle, qui est «  le grand Noget » qui s’est imposé au chevet de son Ange, pourquoi la brume envahit Bordeaux, sa ville chérie, et tant d’autres questions insolubles, on lui fait cette réponse : «  Vous ne regardez donc pas la télévision ? »

 
Non, répond Nadia, courageuse, voire intrépide, Ange et moi ne regardons jamais la télévision, nous n’avons pas de poste.

(Et aussi, c'est plus discutable , Ange et elle ne lisent pas de journaux..).
 

Les gens s’éloignent alors, décontenancés, inquiets, réticents, et ne lui apprennent rien de plus.

 

Mais si Ange, son compagnon, ne regardait pas la télé, il semble bien connaître le programme, à la différence de Nadia, qui a toujours joué le jeu…

 

 Dès lors, faut-il continuer le combat avec ou sans Ange ?

 
 
 

Nous suivons Nadia dans son parcours angoissant et plein d’humour noir,  sa recherche ardue où il s’agit de redécouvrir ses origines,  lever un peu le voile sur le vrai visage de ses proches,  en préservant ses acquis culturels, et sa personnalité.


On apprécie de ressentir avec elle, son vécu physique et mental, ses malaises, ses errements, ses goûts et dégoûts, bref on s’identifie totalement à elle, tant le langage est bien choisi !

 

Pour un noël sans télé, avec une nourriture simple et goûteuse, et tout de même un enfant dans la crèche....

 
 
 
 
 
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