Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 23:05

Gallimard, 1999.

 Roman psychologique avec des analyses de société.

Jane reçoit un paquet un manuscrit anonyme qui décrit sa propre vie sentimentale compliquée et sa carrière universitaire de professeur de français à Yale ceci sur une bonne décennie...

Elle lit avec surprise et inquiétude, se demandant qui peut bien en être l'auteur, qui donc en sait autant sur elle, et réfléchit : une de ses meilleures amies ? son ex-mari, d'autres amants du temps passé ? son ami Francisco ? le  collègue  Bronzino à la fois bienveillant amoureux et hostile ?

 

Ce  manuscrit qui raconte à Jane sa vie est une bonne idée d'intrigue, mais n'est pas exploitée suffisamment pour donner de très bons résultats ; il aurait fallu que Jane ne se reconnaisse pas aussi bien dans l'héroïne du manuscrit, qu'elle en critique des passages, de telle manière qu'on aie l'impression que cette Jane du manuscrit est une autre version d'elle, vraie et fausse à la fois. Cela aurait apporté l'ambigüité nécessaire à la crise d'identité que suggère précisément une intrigue de ce type.    Il  n'est pas agréable que les deux Jane ne fassent qu'un ; or c'est ce qui arrive, car Jane ne cesse de s'étonner que l'on en sache autant sur elle ! Mais pas que d'autre part on en sache aussi peu...

 

 

 

 

 

 


 

De sorte que le personnage du narrateur de ce livre dans le livre n'a pas assez de relief.  

Ensuite, dans l'histoire elle-même, j'ai trouvé de très bonnes choses : la relation de Jane et d'Eric est fouillée et finement analysée ; ses rapports avec Josh, Francisco, et Bronzino sont bien vus, les problèmes de carrière sont intéressants, en particulier les problèmes de titularisation, la jalousie des collègues, le travail de prof épuisant.

Mais les personnages qui occupent les cent dernières pages sont hâtivement campés, me semble t'il, et nuisent au reste du livre. On se prend alors à regretter que le style soit correct mais peu original, détail que je n'aurais pas songé à critiquer au début. Lorsque arrive le personnage d'Alex, je me suis rebellée : encore un ! et j'ai passé des pages, manquant presque la révélation finale !

Pour autant, ce roman ne manque pas de qualités, et j'en lirai certainement un autre.    

Partager cet article
Repost0
23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 23:03

  

      Zulma, 2009

    Un couple de retraités vient d'acheter un pavillon dans la résidence «  Les Conviviales » dans le sud de la France. Odette et Martial ne regrettent pas leur achat, mais ils s'ennuient. Il n'y a encore personne dans cette résidence, sauf le gardien, patibulaire, qui fait songer à un ministre de l'intérieur particulièrement sinistre... et il pleut tout le temps cet hiver sur la côte dite d'Azur... Martial compte ses clous et ses vis en vue de faire du rangement  pour le prochain bricolage, et son épouse s'essaye à la cuisine tropicale, celle qui fait se réveiller la nuit pour avaler plusieurs Alka-seltzer en même temps.

  Mars arrive : enfin, des voisins ! Maxime et Marlène ... de loin  Marlène fait drôlement jeune, mais je te parie qu'elle a soixante -dix ans !! son mari a des dents bien trop blanches. Où a-t-il pu dénicher une telle prothèse ? (des snobs ?)et ce piano blanc qu'ils amènent ? Qui est-ce qui en joue ?

 

De fil en aiguille, la résidence s'anime lentement, une « dame seule » vient y loger, une animatrice est embauchée pour le foyer socioculturel, la piscine ouvre... et des gitans s'installent dans les environ : des gitans !!!  Le gardien s'agite, Maxime veut protéger son monde...une arme à feu fait son apparition, les résidents vont de mal en pis. Problèmes sociaux, amoureux, technologiques, conflits de classe et d'intérêt, on n'en finit pas d'endurer les catastrophes dans cette maudite résidence...

Un humour très noir, une satire sociale très bien faite, un suspens sans faille. Des personnages de beaufs, suffisamment humains pour que la caricature soit évitée.

Partager cet article
Repost0
21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 11:24

Régis Jauffret  Clémence Picot


Publié aux éditions Verticales en 1999.


C'est le portrait par elle-même, d'une infirmière de trente ans dont le prénom est Clémence peut-être parce qu'elle n'est pas clémente le moins du monde. Elle s'occupe principalement à persécuter son entourage, y compris elle-même. Les victimes sont ses patients, son vieil oncle qui vit dans le quartier du Marais, une voisine de son âge, Christine, veuve et alcoolique, Etienne le petit garçon de cette jeune femme, et un chien.


Et pourtant Clémence était pleine de bonnes intentions :

 Un jour lors de sa visite à  son vieil oncle, dans le Marais ( elle vit Boulevard St Michel) elle lui  apporta des gâteaux et lui fit la causette comme à l'ordinaire  non sans  lui annoncer qu'il devrait  bientôt aller en maison de retraite, de façon brutale. Suite à cette conversation,  le vieil homme s'est défenestré. On la désigna comme coupable du suicide, accusation qu'elle ressentit comme injuste. C'est à ce moment-là qu'elle devient pour de bon malfaisante.  Elle s'achète un chien Ric pour le blesser (en légitime défense, mais elle s'était employée à l'énerver) , feint de le soigner, tout en lui ménageant une agonie longue, avec peu de nourriture, obligation de manger son vomi, punitions diverses, promenades forcées alors que la bête est très faible.

Sa voisine d'appartement Christine, est alcoolique, ça m'a rendue folle, dit Clémence ( Qui rime avec démence...). Le petit garçon de Christine, elle le prend comme bouc émissaire : Clémence n'a pas d'enfant et veut procréer en « repeuplant la terre de créature de son cru », sans l'aide d'un homme cela va de soi. Elle sait comment on fait des enfants mais semble croire aussi à l'auto-engendrement. Etienne lui semble  d'une race inférieure et elle réussit à en persuader Christine disons que cette dernière fait mine de lui obéir. Son mode de persécution débute par des diatribes verbales mais se poursuit par des actes : débranchement  du tube à oxygène d'une malade ; saccage de l'appartement de Christine, dans lequel elle s'est introduite par effraction,  et  prétendu meurtre de l'enfant.

 A ce moment-là le lecteur commence à douter. Le texte est écrit à la première personne du singulier mais doit-on croire tout ce que dit la narratrice ?

Le fait qu'elle s'exprime sur le ton du constat sans rajout de sentiments peut accréditer ses propos. Clémence semble raconter sa vie au jour le jour sans fioritures. Elle nous a dit qu'enfant, elle tua un clochard ivre endormi à coups de marteau. Voilà qui nous paraît peu          vraisemblable...


Une seconde  narratrice fait son apparition. En effet, avant que Clémence ne relate le « meurtre » d'Etienne, dans l'appartement saccagé, c'est Christine l'amie qui prend la parole à son tour pour quelques chapitres et nous livre son propre point de vue qui n'est pas délirant. Elle était seule, s'est laissée faire, et même persécuter par Clémence : elle y voyait un jeu et ne soupçonnait pas le danger.

Christine semble parfois parodier Clémence, ce qui donne l'impression que l'autre l'a influencée plus que de raison. Ces pages sont assez désinvoltes.

Et voilà un troisième narrateur : l'intervention d'Etienne devenu adulte, courte, quoique parfaitement rationnelle.

Cette épilogue contredit Clémence mais n'est pas placée à la fin du texte.


On peut penser que Clémence joue à être Christine et Etienne, et laissant partiellement son délire, joue à proposer une autre fin,, avant la vraie.

Le conditionnel : Lorsque Clémence ne dit pas ce qu'elle croit vrai, mais qu'elle est dans un accès d'agitation maniaque, à imaginer ce qui pourrait arriver et ce qu'elle pourrait faire.

Ce conditionnel n'est pas utilisé pour le meurtre d'Etienne. L'a-t-elle tué ? Croit-elle l'avoir tué ? Veut-elle le faire croire ?


Mais peut-être que le lecteur ne doit pas se laisser intriguer ni se demander si, dans cette fiction, Clémence a réellement fait ce qu'elle dit puisque l'on ne peut trancher. Alors la vérité n'aurait pas d'importance. Le but serait simplement de vivre le délire de Clémence en la lisant. Il faudrait faire preuve d'empathie...


Dans les fictions où le narrateur visiblement fou, est conduit à tuer, on sait plus ou moins la vérité de la fiction. Soit que rien ne vienne contredire le narrateur, et qu'on lui donne l'accent de la vérité, soit qu'un document officiel, venant d'un autre narrateur considéré comme fiable, ne donne son point de vue.

Ici ce n'est pas la même chose. On ne peut croire personne. Clémence tient un journal, mais le genre d'artifice que j'appellerais l'accent de la vérité manque. On la croirait probablement si elle était seule à s'exprimer mais la présence de la seconde narratrice et de l'épilogue signé Etienne nous plonge dans la confusion.


L'écriture, le style :

Le ton est monotone. L'évolution du délire de Clémence n'a rien d'une aventure ni d'une découverte. Il n'y a pas de conflit intérieur. Clémence expose ses mauvaises et bonnes raisons sans état d'âme. Elle décrit des périodes d'agitation effrénées : courses la nuit dans les rues fous-rires incontrôlables dès l'enfance, gestes agressifs de destruction violente, course folle de la pensée lancée au mode conditionnel.

Puis relate des épisodes dépressifs : elle a pris des calmants pour dormir, dommage que je me réveille, heures passées à ne rien faire, ennui mortel. Le lecteur éprouve lui-aussi de l'ennui après être passé par la perplexité (l'enfance de la narratrice contée par elle-même) le dégoût (faire manger au chien son vomi) l'effroi (on craint pour l'enfant) la répulsion ( la narration accumule une foule de petits détails concrets, réalistes...)

Finalement le lecteur éprouve terreur et pitié, comme dans la tragédie grecque. (Et oui ! Régis Jauffret est bon !)  Pas pour Clémence ni pour Christine, mais pour l'enfant le chien et le jeune opérée du cerveau que Clémence dit avoir débranchée. Victimes innocentes d'un  méchant destin  qui les met entre les mains de Clémence.

Dans son délire, elle ne dit rien de très intelligent ni poétique, ce n'est pas Schreber. Rien de très étonnant on plus. Elle ne nous émeut pas ne nous fait pas peur. Ce délire est même assez ennuyeux. Il ressasse et tourne en rond.

C'est sur le plan du rythme ( conjugué à la monotonie du ton, aux détails salement concrets) que  ce délire est convainquant, un délire maniaco-dépressif qui va crescendo... puis retombe, une pensée extravagante qui  tourbillonne inlassablement, comme une feuille emportée à folle allure  puis lâchée et ré entraînée encore  par un vent capricieux.   

Partager cet article
Repost0
12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 00:44

Dès ma première lecture au début des années 70,  j'ai aimé Julien Sorel ! Et plus encore , le ton vif de ce roman et  la façon dont Stendahl nous mène de surprise en surprise.

Voilà une passion qui perdure...

L'imprévisibilité des actions ou réactions de Julien donnent du piquant au récit. Et l'on se laisse mener en bateau.

Je ne mets aucune image, car Julien n'a pas pour moi l'apparence des comédiens qui l'ont  incarné, des films que je n'ai pas vus, et ne souhaite pas voir le moins du monde.



En   1825 à Verrières dans le Jura. M. de Rénal, maire de cette petite ville » qui peut passer pour l'une des plus jolies de la Franche-Comté », est jaloux de son voisin Valenod qui vient de s'acheter une nouvelle voiture. Pour faire bonne figure, il décide d'engager un précepteur pour ses garçons. Ce sera moins coûteux que la bagnole et plus distingué.

Il choisit Julien Sorel, dix-neuf ans, fils d'un charpentier, car ce garçon a été éduqué par l'abbé Chélan et on dit qu'il sait le latin.

Julien est fan de Napoléon, mais pour s'élever socialement il lui faut devenir prêtre.

 Engagé comme précepteur, il pense que ce serait utile, pour aider à sa carrière, de séduire la maîtresse de maison. Mme de Rénal en est  tombée amoureuse aussitôt vu, et  elle ne lui est pas indifférente même s'il ne se l'avoue pas. les voilà bientôt amants ce qui donne à Julien l'occasion de s'investir dans l'amour, sans renoncer à son ambition.

Une femme de chambre jalouse, vend la mèche. Julien doit fuir. Grâce à l'abbé Chélan, il est admis au séminaire de Besançon, se fait aimer de l'abbé Pirard, et détester de l'abbé Frilair .


Lorsque Pirard s'en va à Paris, il recommande Julien au marquis de la Môle. Il fait l'apprentissage des mondanités à Paris dans les salons du marquis. Mathilde, fille de cet homme, a dix-neuf ans et Julien un peu plus de vingt. « Elle rêve d'un grand amour exotique » comme dit la chanson. Exotique et tragique, comme son ancêtre Boniface, amant de Marguerite de Navarre, la célèbre conteuse.

Julien est «  exotique » parce que roturier et venant de la province. Il est aussi plus instruit que les jeunes nobles qui fréquentent le salon. Mais, alors qu'ils sont devenus amants, Mathilde fait souffrir Julien en feignant de s'éloigner de lui.  L'amour entier et naïf de Louise de Rênal ne l'avait pas accoutumé à ces cruautés. Il entre dans le jeu, se venge, en écrivant des lettres d'amour à une autre femme, et en le faisant savoir. Par la même occasion il prépare un complot » ultra » à Strasbourg pour le compte du marquis.

De retour à Paris, on apprend que Mathilde est enceinte et veut épouser Julien. Le marquis finit par s'y résoudre et donne à Julien un titre de noblesse et une rente. Le jeune homme est content.

Louise a appris tout cela. Jalouse, elle envoie un courrier au marquis pour discréditer son ex-amant. Pris de folie, Julien se rend à Verrières, et tire sur Louise pendant la messe.

C'était aussi à la messe qu'il l'avait vue pour la première fois.


Il est incarcéré à Besançon. Louise vient le voir, la passion renaît entre eux. En  prison, Julien se réconcilie même avec son père l'avare charpentier. Le jugement venu il plaide coupable, prétend avoir prémédité son acte. Il prononce un discours dans lequel il explique qu'il est un paysan ayant voulu s'élever au-dessus de sa condition et met en accusation les hypocrisies de la bourgeoisie et de la noblesse. Devenu lucide, il ne peut envisager autre chose que la mort, et s'en va sans vrai regret. 

Mathilde s'empare de sa tête pour aller l'ensevelir elle-même, toujours fidèle à ce que fit Marguerite de Navarre pour son ancêtre Boniface...

On pense à Salomé avec entre les mains la tête du Baptiste, mais aussi à l'histoire contée dans le Décaméron, de la femme dont le mari avait décapité son amant et lui avait offert la tête. Qu'elle conserva dans un pot où elle avait planté du basilic... Là je m'égare... ! 

______________________________________________________


Julien Sorel , donc "arriviste" et naïf, découvre progressivement d'autres valeurs que l'ambition  et la satisfaction de l'amour propre :  le plaisir d'un amour partagé. De 19 à 25 ans il fait l'apprentissage de la vie : Verrières, le Séminaire, l'hôtel de La Mole, la prison.La mort ne signifie pas son échec. Georgy Luças appelle dans la Théorie du roman ce type de personnage «  l'idéaliste abstrait ».

 

Les femmes du roman :

Je pense que Julien n'aurait pu vivre avec Louise ( ennui prévisible) ni avec Mathilde ( problème de classe sociale).


Maintenant, je trouve que Louise et Mathilde sont deux figure féminines sans grande surprise par rapport à leur rôle social. Elles servent surtout à mon sens de faire-valoir à Julien. Mathilde est un peu plus complexe et plus intéressante. Au contraire, dans la Chartreuse, Gina  est un personnage aussi solide que Fabrice.  Je n'arrive plus à croire que Julien soit réellement amoureux de Mme de Rénal...!

D'ailleurs il s'agit plus de « la joie de posséder, lui, pauvre être malheureux, si méprisé , une femme aussi noble et aussi belle que Mme de rénal »


«  Cette éducation de l'amour donnée par une femme extrêmement ignorante, fut un bonheur ».



A la fin il éprouve de la jouissance, davantage que le goût de posséder qu'il n'a plus.


Mathilde est la femme qui sert ses ambitions et assure sa descendance. Elle est utile, elle a été agréable. 


L'aspect social du roman est loin d'être à dédaigner.


Les écclésiastiques : l'abbé Chélan est un brave homme, Frilair un dangereux Tartuffe, Pirard un intellectuel janséniste.


Il y a la Congrégation, organisation de surveillance et ses espions qui contrôlent l'opinion, s'immiscent dans la vie privée et destituent Chélan, Pirard et même M. de Rénal trop «  timide », quoique royaliste convaincu. Je dois dire que cet aspect-là m'avait totalement échappé autrefois.


Les nobles : le marquis de la Mole est juste un politicien sans scrupule, le comte Altamira a du cœur, le comte Chalvet de l'esprit. A Paris, l'aristocratie est la sur vivance de l'Ancien Régime. Ils fomentent un complot « ultra «  contre la monarchie du roi-bourgeois, et échouent, pas étonnant car ils ne savent vivre que de mondanités.


Les bourgeois : Valenod est une vraie crapule, M. de Rénal asservi à l'opinion est faible, trop tiède pour cette société de rapaces.


La   société offre ses bienfaits aux arrivistes sans scrupules dont Valenod, et aux hypocrites. Valenod est le gagnant de cette histoire comme l'est Homais dans Bovary...


C'est un roman qui semble s'achever en apothéose. Julien  a tout  réussi. Même à se réconcilier avec son père et sa classe sociale dont il finit par parler avec la distance suffisante mais sans rancœur. Pourquoi cette distance ? parce que Julien, le roman le laisse entendre, n'est peut-être pas le fils de son père. Dès le départ il est différent. il ne cherche pas à gommer cette singularité, il veut la  réaliser pleinement. Il a compris à la fin que ce vieux connard de Sorel l'y a aidé, même si c'était par avarice. Il fait peur au maire et exige que Julien  ne soit pas traité comme un domestique. Dans le fond il respecte ce garçon et lui trouve de la valeur même si cette valeur est surtout à ses yeux marchande.

Et l'on se rend bien compte qu'être différent, ce n'est pas renier sa naissance, ni sa culture, et pas davantage les  accepter. Etre différent, c'est assumer une situation impossible... Impossible aussi pour Julien de vivre la vie des bourgeois ou celle des aristocrates.

«  Je ne suis pas jugé par mes pairs ; je ne vois aucun paysan enrichi dans la tribune. Rien que des bourgeois ».

Partager cet article
Repost0
10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 12:10

Je ne me suis jamais intéressée de près au prix Goncourt !

Lorsque j'ai commencé à lire l'actualité littéraire (dans le Magazine Littéraire et le Nouvel Obs),  j'étais furieusement révoltée et je détestais par principe tout ce qui avait l'allure d' une institution. Il faut dire que c'était aux alentours de 1968. Le " prix Goncourt" dès que j'en ai entendu parler m'a fait l'effet d'une organisation créée pour couronner de mauvais livres, forcément " de droite", gnangan ou répressifs,inféodés au pouvoir, manquant d'originalité de toute manière.

Je ne lisais donc surtout pas de Goncourt, sauf par inadvertance. Les autres prix littéraires je les  considérais d'un oeil à peine moins critique.

C' est curieux car les deux medias que je lisais ci-dessus cités, ne condamnaient pas le Goncourt... Le Magazine Littéraire de Décembre 1968, que je possède encore, consacre une double page au prix Goncourt  de l'année, Bernard Clavel, et se dit satisfait d'un tel choix.
Bernard Clavel était labellisé "socialiste" , "roman du terroir", et  relativement passéiste pour le style. Rien qui pouvait me plaire à l'époque. Ni maintenant.

Dans ce même Magazine Littéraire de décembre 68, ( le numéro 24, il valait 3F.) j'apprends qurante ans plus tard que le Renaudot fut décerné à Yambo Ouologuen pour le " Devoir de violence".
" un africain lyrique visionnaire et lucide en même temps qui hausse cette littérature" , sur le plan du "roman", au même niveau qu'un Césaire, par exemple, lui avait déjà fait atteindre au théâtre."

Qui s'en souvient?

 Jean-Louis Bory  journaliste au Nouvel Obs et écrivain avait lui-même obtenu un Goncourt longtemps auparavant, et ne pouvait donc pas s'en gausser...
 
J'ai lu des Goncourt, sans le savoir au début. Dans le grenier de mes grands-parents se trouvait  " La Maternelle " de Léon Frapié, un roman  à propos d'une institutrice qui s'occupe d'enfants déshérités à Ménilmontant au début du siècle. Ce roman a eu le Goncourt, un des premiers, je l'ai su plus tard. Alors je l'ai trouvé  débile, misérabiliste...

 L e " Rivage des Syrtes" de Gracq est un Goncourt ( refusé) qui est  devenu un classique. Ansi que " les jeunes filles en fleurs" de Proust.
Y-en-a t'il d'autres?

En 1984 on m'a offert " L'Amant" de Duras qui venait d'obtenir le Goncourt. je ne voulais pas le lire et je l'ai trouvé mauvais par principe puisqu'il avait obtenu ce prix. Mais je me suis aperçue plus tard que ce bouquin était bien meilleur que ce que j'avais pensé.
Bientôt j'ai jeté un oeil sur les Goncourt dans la mesure où ils étaient publié chez un éditeur à priori non-Goncourable.
Il y eu " les Champs d'honneur" de Jean Rouaud en 1990, et je l'ai lu.
Depuis, je ne sais pas.

Je compte sur les blogs pour me faire savoir si le Goncourt de cette année  vaut d'être lu.

Partager cet article
Repost0
9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 17:05

J'ai lu, vers 1970,  le Procès verbal pour lequel il a obtenu le Renaudot en 1963.

Ainsi que le Livre des fuites et Fièvre deux essais publiés à la fin des années 60.

J'aimais bien tout cela à 16 18 ans et même à vingt. Fièvre me semblait l'indice d'un caractère passionné. Le Livre des Fuites qui n'est pas un traité de plomberie mais un essai de réflexion sur le nomadisme m'a plu également c'était ces années où l'on rêve de ne pas se fixer, de vivre complètement de faire la route, ce sont des livres fait pour plaire aux adolescents.

Je  me souviensque le Procès verbal  figurait dans mes romans préférés.

Le personnage principal s'appelle Adam et il erre pendant tout le livre, tente de s'expliquer lui-même et le monde, se retrouve à l'hôpital psychiatrique. Content d'avoir trouvé un asile, il renonce au langage et s'enferme dans le mutisme. Le Procès verbal est le procès du verbe...

Ce roman a été considéré comme moderne   (et kafkaïen aussi ! tout y est passé !)  parce que Adam a été pris pour un rebelle que la société récupérait. Moi je l'avais cru en tout cas. C'était l'époque où l'on publiait des ouvrages sur l'antipsychiatrie.

Les aspects parodiques du roman étaient amusants et Le Clézio m'a fait rire pour la première fois ( et la dernière).

Le Clézio été pris pour un romancier expérimental, voire révolutionnaire, ce qui était un total contresens. Je pense qu'aujourd'hui, on a oublié tout cela. Cet Adam qui trouve son bonheur dans le non-langage, cet Adam sans Eve.


Plus tard j'ai apprécié le recueil de nouvelles « la Ronde » qui montrent à quel point Le Clézio sait être sensible aux problèmes sociaux et en exprimer le tragique en phrases sobres. Je me souviens de cette jeune fille qui se fait violer dans un HLM, des ces adolescents qui roulent trop vite en moto parce qu'ils sont mal à l'aise.

 Les enseignants savent aussi que « Mondo et autres histoires » sont des nouvelles que l'on fait volontiers lire en sixième cinquième et qui aident les élèves à aimer la lecture.


On m'a aussi donné à lire « Désert » un long récit poétique sur le périple toujours recommencé d'un peuple de nomades (toujours le sujet du Livre des Fuites ?), un récit aux accents mystiques. Les nomades sont silencieux. On retrouve le renoncement au langage d'Adam.

 Une jeune fille nommée Lalla parcourt ce récit, je ne sais plus ce qu'elle devient.


Et puis ce fut « le Chercheur d'or », un roman initiatique, et « Printemps et autres saisons », troisième recueil de nouvelles.  Je n'ai pas tellement aimé ces livres là. Il me semble qu'ils véhiculent une idéologie contestable.

Printemps et autres saisons est une saison de pleurs. L'un des personnages féminins de Printemps et autres saisons, s'exile, dit adieu à l'ami qu'elle avait sur son île tropicale. ce garçon un peu simplet qui la suivait partout en l'assurant de son amour « Ticoco », une autre version de l'Adam du Procès verbal.

  La jeune femme ne réussit pas à faire sa vie en milieu urbain, les malheurs pleuvent sur elle comme autant de divines malédictions et l'on dirait que l'auteur veut la punir d'avoir cherché à s'affranchir de ses origines. Ce serait un péché que de quitter son île et plus encore de larguer le garçon qui est hors-langage.  

Cela m'a fâché, car l'histoire est carrément édifiante !


Depuis Le Clézio publie tous les deux ans environ un gros roman, sans doute une variation sur les mêmes thèmes. Nostalgie de l'exilé, vraie communication primitive absente... Il y a eu ce roman à propos de cris d'oiseaux qui seraient de la vraie musique... le Clézio un écrivain qui cherche à s'affranchir du langage humain !  Je ne le comprends pas.








Partager cet article
Repost0
9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 19:00

POL, 2008. 168 pages.

Quatre narratrices d'âges divers vivent chacune une épreuve, le soir où le couple mal assorti du domaine de la Pierre Mauve reçoit des invités qui ont en commun d'avoir tous fréquenté la même classe de CM2 au village, presque trente ans plus tôt en 79-80.

Cette réunion est de très mauvais goût, nous le sentons...

La femme du maître de maison, la quarantaine, souffre de l'oreille : un insecte y a pénétré qui ne sait comment sortir «  La douleur juste un peu loin forte, juste pour que je puisse sentir comme inversé le corps de la bête, il me semble qu'elle a de longues pattes remuantes, une araignée fine. Mais la douleur se tourne un peu, et mes sensations ne sont pas les mêmes, elle a des ailes, c'est sûr, elles vibrent, légères, et ça me cisaille, ça me creuse jusque dans la tête comme une perceuse minuscule et pourtant d'une efficacité extrême, un cri, ça creuse mes nerfs, jusqu'à l'intérieur de ma gorge... ».  Cet objet qui la fait souffrir, elle tente de l'apprivoiser en fantasmant sur lui en attendant la délivrance...

Son employée de maison l'intrigue aussi, elle l'envie d'avoir le droit de nettoyer » s'occuper du temps et de l'espace autour de soi, avoir conscience du corps et de l'espace, et dut temps qu'il occupe. Se situer. Faire le ménage, aussi, c'est écrire ».

Mais la femme de ménage possède un carnet dans lequel elle écrit des  « poèmes plutôt hard... » pour parler de mains obsédantes, des mains gamines, « d'un sexe aux lèvres cousues...des sexes bogues, aux piquants rétractiles, qui se baissent lorsqu'on écarte les cuisses, avec une châtaigne de lait comme une couvade défendue, qu'aucune mains n'éboguera ». La femme de ménage faisait partie de la fameuse classe de CM2 et ne s'en est pas remise. Mais elle est devenue écrivain. 


A la Pénibe, un domaine proche, une femme âgée souffrant elle aussi de l'oreille (déséquilibres dus au syndrome de Ménière ) et tourmentée aussi par un animal ( un loir qui loge à proximité de sa chambre) évoque  la mise au monde de son fils. Elle fut « mal recousue » et tellement abîmée qu'elle n'a pu, depuis cette époque, supporter les rapports sexuels. Son fils Claude est invité ce soir à la Pierre Mauve. Il était de cette fameuse classe de CM2 avec ceci de particulier qu'il n'ennuyait pas Emma, (la femme de ménage, nommée une seule fois) à l'inverse des autres garçons. La narratrice se plaint : pourquoi aller à la Pierre Mauve, ils sont trop riches pour nous, on va être mal à l'aise.



A l'Ensoleillée, maison de retraite, l'institutrice de cette classe de CM2, finit ses jours, mal en point, souffrant d'acouphènes, de bourdonnements incessants : « j'entends pas certains sons, et les autres grossissent par-dessus... et alors je comprends pas les mots, tellement j'en ai du son... ». Emma, femme de ménage à la Pierre Mauve, et aide-soignante ici, lui demande de se souvenir de cette année là, lorsque les garçons la tourmentaient « avec leurs mains ». L'institutrice feignait de ne rien voir....


A la Pénibe, une fillette de douze ans, petite fille de la mère de Claude, et nièce de cet   homme, se raconte des histoires somptueuses (elle va au bois près de l'étang et y voit une licorne boire, passe sa main le long de la corne). Elle aime « le Moyen Age, et les troubadours, et les stylos » ( c'est fou ce qu'elle me ressemble...)

La petite sait tout : elle a entendu parler par son tonton Claude du viol (avec les mains) d'Emma .

La petite a souffert, enfant d'une hernie, » là où je me pense » (dit sa grand-mère) et de ce fait, elle craint ses premières règles imminentes...

Lorsqu'elle racontera sa soirée à la Pierre Mauve, elle aura encore davantage enduré, malgré la protection de son oncle.

En effet, la femme qui a un insecte dans l'oreille, se fait violenter, au moment où on lui retire l' »insecte », Un « flocon de laine urticant », soit un peu du drame qu'elle partage avec son employée...

C'est donc une longue métaphore que l'on tisse à propos de vers à soie : pour la femme violée ils servent à la protéger, du moins elle en rêve : lui tisser un cocon protecteur du sexe.

Mai selle écrit sur ce sujet des textes poétiques (des « vers à soi », de la poésie personnelle ...)

 Pour la femme de maître de maison ingrat (et violeur), l'insecte se niche dans son oreille, et le geste de le lui retirer équivaut à un viol(les hommes s'en sont mêlés, ils étaient saouls...).

Pour la femme âgée, le viol s'est produit à l'occasion d'un accouchement et le fils qu'elle a engendré a tellement conscience d'avoir abîmé sa mère qu'il ne touchera jamais

 aucune femme. La fillette elle a été malformée (une hernie, l'opération fut ressentie comme un viol).


Ce que l'on aime dans ce roman : que les femmes parlent si bien de leur corps, de leurs douleurs, avec des mots à la fois précis et poétiques, des métaphores délicatement tournées. Que les unes et les autres se retrouvent en un ensemble solidaire qui se comprend sans forcément se parler. Que les hommes n'aient pas le beau rôle. Que l'écriture soit présentée comme une parole singulière qui énonce des vérités que la société ne veut pas savoir. Que toutes ces femmes soient si proches de nous que l'on croit les connaître.

J'avais consacré un article aux  Adolescents troglodytes.

Je compte lire aussi son premier roman " Le Tiroir à cheveux".



Partager cet article
Repost0
26 août 2008 2 26 /08 /août /2008 23:01
Editions Denoël, 2008.

Ce livre m'a été envoyé gracieusement par www.Chez-les-filles.com et je les en remercie.


«  Aujourd'hui, je suis plus vieille que toi alors que j'avais neuf ans de moins que vous. Si je compte en années  depuis le jour de ta naissance, tu aurais 54 ans. Mon âge inversé alors que vous n'avez jamais eu 45 ans. »

Est-ce un problème d'arithmétique pour le CE2 ?


 Non, c'est cette façon qu'a la narratrice de nous confier d'emblée son embarras à propos de l'être cher qu'elle a perdu et qui vit toujours dans ses pensées, même si elle revendique sa liberté  ( «  tu es rangé quelque part. Je ne sais pas très bien où, mais en tous ca tu n'es plus posté sur mon épaule, à surveiller qui me touche, qui je touche »)


La narratrice a perdu son amant, victime d'un accident cérébral ? Quand ? Ben je suis nulle en arithmétique, mais pour vous, ce doit être clair... Journalistes l'un et l'autre, lui marié, désireux de garder le silence sur cette liaison, ils se sont fréquentés en se cachant, ce qui donnait du piment à l'affaire. Puis ont vécu neuf mois au grand jour, avant que ne se produise la maladie qui  laissé son ami tétraplégique (« pentaplégique », dit-elle, puisque ses cinq membres ne fonctionnaient plus.)


Elle raconte  son vécu de «  fausse veuve ». Après l'accident, la femme légitime l'a repoussée dans l'ombre, et aussi dans l'opprobre. Elle a eu un rôle difficile à jouer.

Cependant, elle va le voir dans l'hôpital où il a été transféré.  Certaine que son cerveau est intact, elle communique avec lui, en interprétant les clignements de son œil valide.

La fausse veuve veuvoie et tutoie son ami. Ce n'est pas courant mais elle a des raisons de le faire.

D'abord, il lui est devenu étranger par son immobilité. Ensuite, parce qu'ils ont feint longtemps dans leur vie officielle de n'être pas intimes, et par conséquent se vouvoyaient pour les autres. Cette contrainte avait fini par leur plaire et devenir un  élément érotique.

D'autre part, son ami jouait volontiers avec le vous et le « tu ». Il s'était remis à voussoyer son père au moment de l'adolescence.

Le glissement du « je » au « tu » est pratiquement  le seul artifice de cette écriture sans prétention.


La relation de ces moments étranges et éprouvants qu'elle passa avec lui à l'hôpital avant qu'il ne meure tout de bon, est entrecoupée de souvenirs de son enfance et de sa vie adulte avec et sans lui. Le ton est dur et offensif, on sent qu'elle en veut à la femme légitime  qui lui vole son statut :

«  Je suis celle qui n'est pas, n'a pas été et ne sera jamais du côté de votre famille. Une famille devient-elle la votre uniquement quand on a des enfants du même lit ? Om alors quand on prend le nom de son mari ? Et maintenant qu'on ne le prend plus forcément. ?

 

Elle manque d'identité mais cela remonte à plus longtemps :

... Moi je ne connais que mon côté paternel et encore si peu, j'ai été amputée de mon histoire maternelle et catholique dés le plus jeune âge... j'étais juive par mon nom et goy par la naissance.

Enfant, elle est victime de l'antisémitisme...  mais «  oui je suis juive, mais pas juive aux yeux des Juifs ».

Elle a même fait des démarches pour obtenir « un certificat de confirmation de judaïcité ».


Dan l'ensemble, c'est un fragment autobiographique( je ne dirais pas  « roman ») intéressant, le récit d'une  femme qui s'est battue toute sa vie pour son «  bonheur » . Elle nous fait ressentir son mal de vivre au moment où elle écrit, et ne se résigne pas.



Partager cet article
Repost0
20 août 2008 3 20 /08 /août /2008 23:47

Minuit, 2004. 171 pages.

Ils se sont connus adolescents. Tony aimait Pauline qui ne le lui rendait pas. Pour ne pas la perdre tout à fait il a joué la comédie de l'amitié, l'a hébergée chez lui lorsqu'ils étaient étudiants, et endurait ses liaisons. Pauline se prêtait au jeu, tous les voisins les croyaient amants, et il en était fier.

Pauline un jour est partie rejoindre un homme, « faire sa vie ». Tony n'a pas fait la sienne. Il a abandonné ses études, fait de petits boulots épuisants, vagabondé un peu, eu des maîtresses d'un soir, en pensant toujours à Pauline. Qui est revenue, quelques années plus tard.  Est-ce que Pauline veut de lui enfin ?

«  Oui les rêves scandaleux qu'il avait faits, qui n'étaient rien, juste de voir Pauline partager un appartement avec lui, de la voir seule, sans homme avec elle, et ne pas avoir cette torture à endurer d'être bousculé dans son rêve par un troisième larron. Et là au plus fort, voir coïncider ce rêve et la réalité quand il a ouvert la porte de chez lui et qu'elle est entrée la première dans l'appartement. « 

 Tony a, pour elle, refait à neuf, l'appartement où il vivait dans la négligence, sans  l'habiter vraiment.  

Mais le rêve tourne court.  Pauline à nouveau ne recherche que l'hébergement.  Et son ami qu'elle a connu au loin vient la rejoindre.  Pauline est contente, je vais déménager.  Tony craque....


C'est le père de Tony qui raconte la première partie de l'histoire, puisqu'un jour, ce fils qu'il ne voyait jamais, est venu tout lui dire, après avoir quitté son logis, également déserté par Pauline. La seconde partie est  le récit de Guillaume, l'ami de Pauline,  confronté à cet étrange rival qu'est Tony, maintenant absent, plus dangereux qu'un vrai...


De phrase en phrase, de ressassement en détails de vie clairement décrits, on s'interroge toujours plus sur ce lien entre Tony et Pauline, à travers la parole du père, et les rapports conflictuels qu'il entretient avec son fils.

La jeune femme change de visage au cours de ces narrations qui sont tout autant des évocations que des enquêtes pour préciser les choses.

Pauline semblait n'avoir  pas compris les véritables sentiments de Tony à son égard, mais il apparaît qu'elle savait. Jouait-elle à le faire souffrir, profitait-t-elle de lui, appréciait-t-elle cette amitié ambiguë, ou à l'opposé n'osait-t-elle pas le lâcher, de peur de provoquer un désastre ?  


« mais au début trop d'ivresse. Au début, trop de souvenirs et d'histoires à se raconter, avec la ferveur de voir et de ressentir qu'il y avait entre eux toujours la même facilité, le même abandon à se laisser être bien, comme ça, plein de la certitude que dans le regard en face il n'y a rien des doutes et des méfiances dont on se protège des autres. »

Cette ivresse n'est là que pour masquer un profond malaise, que tous deux éprouvent et ne disent pas.

 L'auteur excelle à rendre cette «parodie du couple » qu'ils jouent jusqu'à l'impensable avec un zèle qui masque la haine et l'effroi

«  Il fallait qu'il dise à quelqu'un comment pour se protéger d'elle, des doutes qu'elle aurait pu avoir sur ce qu'il osait rêver d'eux, il avait fallu encore davantage se moquer de ce qu'ils partageaient, un appartement ensemble, rire d'un baiser sur le front qu'on donne en rentrant, rire des mots, tu as passé une bonne journée, tout saccager pour ne pas rendre possible ce qu'il aurait voulu, parce qu'il savait  que pour profiter seulement de la présence de Pauline, il fallait qu'elle ne doute pas de l'innocence entre eux, ni de la vieille amitié, ni du sentiment de fraternité."

La langue de l'auteur souple et bien rythmée, n'a rien d'abstrait pour ce qu'elle parle de sentiments (après tout, il s'agit d'une version moderne de ce que l'on appelait jadis le roman psychologique). Beaucoup de descriptions sont étonnantes de précisions, de crudités, de petits   détails qui se répètent en révélant un peu plus à chaque fois.

«  Qu'elle puisse se dire, Pauline, après ce jour, l'étendue du mensonge et la terreur qui s'ouvrait, qu'elle aurait refusé de croire si les images ne lui étaient pas revenues, ni les odeurs, atroces, écœurantes, des flaques jaunâtres de la pisse du chat, des sacs-poubelles éventrés qui dégueulaient dans la cuisine leur pourriture de viande et d'os rongés, de jus mêlé de cendres et de mégots ».

 

Voilà, c'est un chef d'œuvre.


 

 

Quelques bonnes chroniques à propos de Mauvignier :


Lily pour «  Apprendre à finir »

lily pour "Apprendre à finir"

La Lettrine pour «  Dans la foule »

Anne-Sophie pour " Dans la foule"



Partager cet article
Repost0
14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 22:33

Le Dilettante, 2007.

La narrateur conte ses vacances en Corse avec sa copine Mathilde accroc aux malabars et à la cocaïne. J'ai déjà eu des " 10" pour avoir bien raconté mes vacances,  mais  la publication s'est cantonnée au journal de la classe...

Il faut dire que le narrateur sait se justifier : la fréquentation intensive de jeux vidéo et les scènes de ménage terrifiantes qui l'opposent à Mathide l'ont tellement  lessivé qu'il ne peut faire autrement que de changer d'air.

Il est prudent car il a eu une enfance difficile" Je n'aime pas trop la coke à cause de mes parents; des soixante-huitards qui m'avaient eu à dix-huit ans en pleine '" Flower-power-révolution" à base de trips des seventies, d'acides, d'Ardèche, de vie en communauté; n'importe quoi."

Nous suivons un parcours réaliste, et apprécions une narration vigoureuse,  problèmes de circulation avec un scooter, le ferry qui ne tient pas ses promesse. La Corse qui ressemble à n'importe quelle autre lieu de vacances sauf que « les cagoulés » et les " FNL ché pas quoi" nous fichent la trouille autrement plus que les tueurs de jeux vidéo, surtout que ces gens là on ne sait pas les identifier.

Ils ont masqué les noms des patelins au feutre noir : on trouve cela partout en France notamment en Bretagne mais on dit « les enfoirés » pas les « cagoulés ». Les  snobs disent "les indépendantriste ont encore masqué la destination"

Il y a une vieille dame  qui monnaye cher son affreux taudis (comme dans le massif central dirai-je...) et  là comme ailleurs certains paysages sont tout de même «  le kif intégral ».  

Nous ne sommes pas dépaysés.

Pendant ces vacances pas plus ratées que d'autres, il pense à ses virées avec son pote Matteo ; avec lui ils allaient voir des putes. Même que le narrateur, ça ne lui plaisait pas : elles ont la simulation trop outrée, on n'y croit pas ; et tu peux pas les toucher comme tu veux, elles te répondent «  je ne suis pas ta femme ».

Même ta femme, de toutes manières, mon pote, te fais pas d'illusions, elle est pas à tes ordres, figure-toi...

 

Bonnes vacances, à bientôt peut-être...

 J'ai programmé des chroniques de bouquins légers, des polars entre autres, pour agrémenter mon absence.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Nuagesetvent
  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
  • Contact

Rechercher

Archives Récentes