Elle installe son décor plutôt bien,à Neuvy sur Loire, dans les environs, autour de la centrale, une propriété qui jouxte le cimetière, un atelier de peintre , le musée local et ses peintures dont certaines accompagnent l’histoire.
l'histoire banale, d’une femme qui refait surface à Neuvy, au musée : s’y trouve l’employé, assistant du conservateur, qui la connut bien lorsqu’ils étaient adolescents : Marie –Hélène, une belle fille hardie et délurée, qui venait passer des vacances à la propriété chez une femme un peu dérangée par un passé tragique, qu’elle appelait sa « tante » ( lorsque le récit se développe, l’identifiera plutôt comme « sa grand-mère »…)
Pierre, solitaire, est resté au pays est devenu peintre paysagiste, une réelle vocation, mais peu de succès… il est chamboulé par la réapparition de Marie-Hélène : on dirait qu’il n’a pas connu d’autres femmes… il se rappelle que plusieurs des garçons avec qui elle sortait, lui en voulaient « une allumeuse qui vous prend qui vous laisse » dans un milieu où la liberté sexuelle n’est pas pour les femmes…
Marie –Hélène n’aurait pas dû revenir à la propriété ; elle se fait assassiner !
Par petites touches, on nous fait vivre le passé ambigu de Pierre et des garçons de son âge , tournant autour de Marie-Hélène et quelques autres ; et le présent, plein de nuits pas vraiment noires et de crépuscules, de feuilles mortes et d'averses ; de déambulations et de filatures...
Jeanne, ses études dans le domaine « métiers du livre » sont achevées ; elle monte à Paris, où elle a trouvé un job d »accueillante «, un CDD reconductible, à la Tannerie un institut culturel qui vient de s’ouvrir dans une usine désaffectée de Pantin. Jeanne participe à l’inauguration, une grande fête sur une péniche au début de l’été . Elle est attirée autant que déconcertée par l’effervescence, la nouveauté, et un homme un peu plus âgé qu’elle Julien, responsable du service Accueil.
Elle revient en septembre prendre son poste. Très intimidée ( elle n’a connu que sa Bretagne natale) et la difficulté de se faire au job ; tantôt elle fait un peu de tout, pas seulement accueillir les visiteurs et les inscrits à un spectacle, mais d’autre petites tâches souvent ingrates , tantôt elle n’a rien à faire que signaler les toilettes aux arrivants. Elle se fait une amie Marianne, mais ne réussit pas à intéresser Julien comme elle voudrait. Les spectacles auxquels elle assiste pour se mettre dans l’ambiance et se cultiver la laissent dubitative ( ce sont des installations et des performances ) et pour dominer un peu la chose, elle note religieusement les tirades, remarques et suggestions de lecture de Julien.
Elle retient par cœur ses phrases pour les resservir dans d’autres conversations et paraître dans le coup. Elle reste un mois à tenter de lire Sebald parce que Julien l’a vivement conseillé… non Jeanne n’est pas stupide, au contraire, elle tente de se faire à ce nouveau milieu d’en apprendre les codes, d’exister là où le destin l’a posée.
Pendant deux ans nous suivons les essais de Jeanne pour s’intégrer et les hauts et bas de la Tannerie dans son fonctionnement. Jeanne est vivement frappée par les migrants qui campent jusqu’aux portes de la Tannerie. Que faire ? Elle s’intéresse aux actions de « Nuits Debout » en suivant des manifestations contre la loi El Khomri sur le travail ; elle se sent concernée, c'est le moins! on s’étonne qu’il ne soit pas question des attentats de 2015, car on comprend qu’elle est arrivée à la Tannerie en 2014…
A part ce détail, les deux ans d'apprentissage de Jeanne sont relatés de façon passionnante. Son histoire, le titre l'indique , c'est aussi celle de l'évolution du centre culturel qui reflète les préoccupations sociales et artistiques les engouements de notre époque. Une auteure peu connue qui en est encore à ses débuts. Un prix Goncourt permettrait de mieux la faire connaître.
On est dans un hameau, près de La Bassée, l’un de ces bouts de villages qui périclitent aux marges des marges de nos campagnes. Ce n’est presque rien, trois maisons presque perdues, loin de tout. Il y a la ferme de Bergogne, rejeton d’une ancienne famille paysanne qui s’obstine à faire tourner l’exploitation, la maison de Christine, qui approche de soixante-dix ans, artiste peintre installée là depuis vingt ans, après son divorce, et une troisième maison, vide et à vendre. La Bassée est un lieu familier aux lecteurs de Mauvignier : Jeff, l’un des personnages de Dans la foule (Minuit, 2006), en venait et c’est là que se déroule le drame Des hommes (Minuit, 2009).
( en Attendant Nadeau)
On retrouve dans ce roman quelques un des thèmes de prédilection de Mauvignier, les trois voyous avec le petit dernier qui peine à exister derrière ses frangins ( un trio un peu semblable dans « Dans la foule « par exemple), un couple qui fait mal semblant d’être soudé pour l’enfant et pour survivre eux-mêmes, ( Bergogne et Marion ) un couple où l’un aime trop et l’autre n’en peut plus de se laisser aimer… et la façon de mettre en scène plusieurs personnages qui vont prendre la parole l’un après l’autre et exprimer leur ressenti, dans une narration polyphonique . Ici, sept personnages ( c’est beaucoup plus que d’ordinaire chez Mauvignier) endurent la narration tour à tour, et cette chorégraphie est très bien maîtrisée !
De même que la montée progressive de la tension ; cela commence par les lettres anonymes que reçoit Christine, l’habitante d’une des trois maisons du hameau ; cette femme de 69 ans, est peintre et s’occupe principalement de sa toile en cours « la Femme rouge » , ce tableau aura de l’importance par la suite et la façon dont l’image initiale s’impose à Christine (une robe) et ce qu’elle devient sur la toile sera un des moments forts du roman. Au début, on note simplement que le rouge la couleur et l’air de la femme , indiquent qu’il y aura de la violence .
Ce n’est pas un jour comme un autre : ce sont les quarante ans de Marion, la voisine de Christine : on lui prépare une fête d’anniversaire que Christine juge un peu outrée à l’image de l’amour que Bergogne porte à son épouse. Mais elle veut y participer car elle aime Bergogne comme un fils . La première scène inquiétante c’est l’arrivée d’un jeune homme teint en blond (l’air punk ?) qui voudrait visiter la maison vide ( la troisième maison du hameau qui est à vendre) ; il est d’un politesse obséquieuse qui instille un certain malaise. Christine a l’impression qu’il la connaît alors qu’elle ne l’a jamais vu. Bientôt les événements vont se précipiter…
On a dit que ce roman ressemblait à Funny Games : certaines situations sont en effet reprises de ce film, mais l’atmosphère et les personnages sont complètement différents. Dans Funny Games les voyous n’ont aucune raison personnelle de s’en prendre à la famille à laquelle ils s’attaquent, ils ne les connaissent pas. Nous avons du sadisme pur. C’est bien autre chose que Mauvignier met en scène.
Ses personnages ont une psychologie et des identités socioculturelles, une réelle densité que soulignent la façon très particulière qu'a Mauvignier de décrire au ralenti des scènes diverses ( scènes ordinaires apporter un plat , déboucher une bouteille; scènes d'introspections, ça bouge dans la conscience d'un protagoniste; scènes d'action violente...) et de répéter ces scènes avec des variations significatives. Du grand art ! un roman qu'on ne lâche pas...
Adam, un journaliste qui revient sur le lieu où il a enduré ses années de lycée, persécuté par ses camarades, parce que perçu comme homosexuel, préférant la lecture aux sports ce qui dans ce milieu fruste est une hérésie. Pendant ces années, il a tout de même été protégé quelques mois par Ethan, un garçon un peu plus âgé, champion de tennis et foot. Or, Ethan, trente ans plus tard est accusé de viol et meurtre sur une adolescente, à Drysden, à l’endroit même où Adam et lui s’étaient connus et plus ou moins appréciés.
Adam part en investigation à Drysden, prêt à aider son ancien condisciple, sauf que la situation n’est pas exactement celle qu’il avait imaginée…
Le personnage d’Ethan est peu caractérisé à l’époque : jeune dieu, blond, solaire, adulé par les camarades, tout cela ne signifie pas grand-chose : je n’ai jamais constaté d’adoration totale pour un( e) élève au lycée : cela existe mais c’est toujours le fait d’un petit groupe et ne concerne jamais l’ensemble des élèves . En bref c’est toujours plus complexe que ce qui est relaté ici.
En outre, Ethan adulte reste aussi peu caractérisé qu’adolescent ; on reste sur sa faim. Quant au complot que dénonce Adam, et qu’il rattache à d’autres manigances, c’est le côté démonstratif du livre et ces propos ne sont pas neufs et enfoncent des portes ouvertes sans faire avancer la réflexion !
Mon père, c’est le plus fort, et ma mère, la plus belle. Mais à vivre, ils sont impossibles, compliqués à mourir. Virginie Linhart, douze ans après avoir brossé le portrait de son père mélancolique, dresse celui de sa mère abandonnique et maltraitante. La position qu’adopte l’auteure vis-à-vis d’elle est étonnante : elle nage entre plusieurs eaux, mêle dans son texte un témoignage (intéressant) sur une époque et un jugement sévère fait d’admiration et de mimétisme sur sa mère. Parfois elle retombe en enfance, multipliant les occurrences du mot «maman».
Son père s’appelle Robert Linhart. Normalien, militant, il s’établit en usine au nom de son engagement maoïste en 1967. En 1981, après une tentative de suicide, il cesse de parler. Virginie Linhart l’a raconté dans le Jour où mon père s’est tu (Seuil, 2008), qui était aussi le tableau triste et perspicace d’une génération. En envoyant promener bien des obligations et des hiérarchies, notamment celle qui règle les relations entre les enfants et les adultes, certains soixante-huitards ont abîmé leur progéniture en la laissant pousser comme on tolère la mauvaise herbe.
(site Next-libération)
L’expérience de Virginie concerne principalement sa mère, adepte d’une totale liberté sexuelle, comme l’ont pratiquée certaines femmes, devenues adultes dans les années 1970, surtout dans le milieu de la bourgeoisie intellectuelle.
Dès l’adolescence Virginie a partagé des hommes avec sa mère, c’était difficilement évitable dans le contexte qu’elle nous relate, et cela ne l’a guère épanouie : cette belle maison de vacances familiale « c’est moi qui l’ai payée « dit l’auteure avec amertume ; sa mère n’ayant pas les moyens de l’acquérir, a en quelque sorte jeté Virginie dans les bras d’un possible donateur à qui elle plaisait. La fille est « manipulée « par la mère… en même temps, elles s’adorent, se détestent parfois…et passent de bons moments ensemble ! Une configuration complexe, et Virginie se bat pour trouver son indépendance, financière et affective. C’est le sujet du récit et il est plutôt bien traité…
Au milieu de toutes ces intrigues, Virginie se retrouve enceinte d’un homme plus âgé, qui ne veut pas de sa paternité. Elle l’assume, mais cela se révèle plus difficile qu’elle ne l’aurait cru : des jumeaux dont l’un, malformé et n’ayant aucune chance de survie doit être euthanasié au sixième mois.
L’auteure se retrouve à patienter les trois derniers mois avec un fœtus mort et un autre vivant et en bonne santé. Elle donne naissance à Lune, à la vie, et au petit garçon, à la mort…
C’est sa première expérience maternelle et elle sait trouver les mots pour nous intéresser.
Le Mont-Orcières dans le Lot, ancienne province du Quercy, près d’un village nommé Limogne ( qui existe).Une maison tout là –haut, pleine nature assez sauvage.
Un chien croisé avec un loup, sorti de nulle part. Qui cherche un maître.
Deux récits en alternance, l’un se situe de nos jours, et met en scène un couple venu passer trois semaines au mois d’août. Frank et Lise sont presque retraités du monde du cinéma. Ils n’ont pas l’expérience de « la nature sauvage » et Frank n’aime pas ce type de vacances. Toutefois le chien sans maître lui plaît bien ; ensemble ils partent à l’aventure, trouvent une cage à fauves, devenue piège pour les braconniers, dans une combe (une « igue »).
L’autre récit : Le village d’Orcières (disparu), en 1915, la Grande Guerre. Une jeune veuve Joséphine, un dompteur de cirque Wolfgang, allemand francisé, déserteur, dissimulé sur la colline avec ses lions et tigres, qu’il doit empêcher de s’attaquer à un troupeau de moutons non loin de là…
Des répétitions fastidieuses et de belles descriptions tout de même. Serge Joncour a du souffle.
Franchement, à la place de Frank, je n’aurais pas supporté ce chien qui le suit partout, quand il ne le précède pas.
Automne 1944 ; Guillaume Arnoult arpente Paris et rencontre plusieurs personnes qu’il a perdu de vue depuis la guerre, pour leur demander des nouvelles d’Irène ; c’était sa maîtresse ( non sa compagne, car ils ne vivaient pas ensemble, se retrouvaient à des moments précis dans des situations précises) ; elle a rompu ,il la cherche à nouveau. L’un de ces personnages secondaires va lui donner l’adresse d’Irène. Ils vont passer une après-midi et une nuit ensemble comme avant la guerre : dans une chambre d’hôtel, près d’une plage, une plage du Nord comme celle de Scheveningen. « la Plage de Scheveningen » est un tableau de Ruisdaël qui les a fait rêver autrefois. Ils n’ont jamais vu l’original mais l’ont cherché, dans divers musées, Scheveningen c’est un peu comme Catleya pour Swann et Odette.
celle-ci c'est celle de Van Gogh
Ils vont tenter de s’expliquer pendant cette longue nuit, et Guillaume essaie de reconquérir Irène sans y parvenir ; de ce qui les a séparé on comprendra qu’il s’agissait d’un enfant que Irène attendait, Guillaume n’a pas réagi comme elle l’aurait souhaité et elle a dû avorter sans doute ( bien que ces mots ne soient pas prononcés on comprend facilement le problème).
Le récit est fait de nombreux flash-back et de subits retours au présent, sans que ces retours soient indiqués clairement ( et c’est une bonne chose, car on plonge dans le fouillis des pensées de l’homme et de ses réminiscences ). Irène reste plutôt mystérieuse. Ce conflit de couple est ce que le récit nous offre d meilleur. L’autre thème c’est l’ami de Guillaume, « Hersent » , condamné à mort pour collaboration. Nous sommes en plein dans cette époque qu'on a appelé " l'épuration".
Là-dessus le narrateur développe une théorie fumeuse à propos de Caïn.
Il évoque son ami, ses prises de position d’avant-guerre , des moment passés avec lui, cherchant à le comprendre, pourquoi pas, mais je dois dire qu’à sa place je n’aurais pas supporté un ami défendant des conceptions aussi scélérates. Je ne le suis pas sur ce coup là…
Un auteur que je lis pour la première fois; je le situe très "à droite" et donc je ne suis pas la mieux placée pour le comprendre... Malgré tout, un récit à la langue et à la narration très travaillés, souvent poétique, cultivant le mystère.
François, chirurgien orthopédiste renommé, va dans le massif des Bauges, chasser le cerf. Au moment de tirer sur la bête, il aperçoit une voiture dans laquelle il croit reconnaître sa fille, et cette voiture est poursuivie par un gros scooter conduit par deux personnes en capuchonnées. Inquiet, il va rater le cerf et ramener la bête blessée à son relais de chasse pour la soigner.
Il y rencontre son fils, Mathieu ( qui, comme son nom l’indique) est dans la finance, et lui raconte ses histoires de trader auquel François ne comprend rien ( le lecteur non plus) sauf que sa sœur est impliquée dans ce trafic complexe, avec son copain. François saisit que la fille dans la voiture était bien la sienne ! Elle a vraiment des ennuis. Va-t-il pouvoir la sauver ? Ce ne serait pas la première fois. lorsqu’elle était petite il l’a protégée d'un environnement hostile.
Sa femme, italienne d’origine, il a compris qu’elle avait un gros problème de pathologie mentale, mais au lieu de recevoir des soins psychiatriques, elle est allée dans divers couvents faire des « retraites « et la façon délirante dont ses enfants appréhendent le monde, ils le tiennent d’elle… en fait, ses enfants n’ont pas de projets de vie, ils ne veulent qu’amasser de l’argent, et curieusement ils croient à l'amour...
Ils ont choisi des partenaires de vie complètement toxiques ( elle, un délinquant notoire, lui un mannequin snob et fragile) à l’image de leur père !
On s’interroge sur le titre … quelle est cette tentation ? La tentation de réécrire l’Apocalypse à l’échelle d’une famille perturbée qui explose ?
Reste l’écriture qui est très brillante, à la fois sublime dans son verbe, et d’une grande exactitude technique, que ce soit pour décrire la beauté des paysages de montagne enneigés, l’énigme et le désespoir des êtres , la magnificence de la tragédie.
Cora voulait devenir photographe, mais elle a dû renoncer à ses rêves de jeunesse pour avoir un emploi stable et un vrai salaire : la voilà au seuil de la trentaine avec un campagnon un bébé et ce travail au sein de la compagnie d’assurance Borélia , au service marketing : pendant son congé de maternité, Borélia a rachetée par des actionnaires : il n’y a plus de »patron » mais une direction moderniste soucieuse de faire des économies : Edouard , le collègue à qui elle était très attaché , qui était plus un ami qu’un supérieur hiérarchique a négocié un départ volontaire. L’entreprise déménage à la Défense, et Cora doit travailler dans un « open space « ; elle ne s’y fait pas…
Accepte une entrevue avec un collègue anonyme qui lui donne rendez-vous dans un restau, après le travail, un rendez-vous évidement ambigu, elle croit que c’est son nouveau chef ,Frank Tommaso, à qui elle plaît, et qui ne lui est pas indifférent, ceci dit, ils se détestent…
Cora se met à vivre plusieurs aventures qui la déstressent de son travail, qu’elle essaie sans y arriver vraiment, de rendre moins routinier. Elle tombe littéralement sur un réfugié malien qui squatte dans la gare st Lazare ; l’aider, lui trouver un avocat susceptible de lui faire avoir un droit d’asile, parler longuement avec lui, admirer ses dessins, le photographier ainsi que le contexte dans lequel il vit, cela devient sa priorité. La jeune femme s’investit dans trop de choses à la fois, et commence à perdre pied…
Je ne sais trop quoi penser de ce livre, qui veut faire le procès de l’entreprise livrée au capitalisme, et fait surtout le portrait d’une femme qui a beaucoup de mal à " gérer son quotidien"comme on dit maintenant. Le récit de sa relation avec Maouloun pourrait faire l’objet d’un roman à lui seul, mais il témoigne bien du mal être de la jeune femme et de sa détermination à vivre une existence qui lui plaît, parallèle au quotidien qui la déçoit.
Au final, pour l’aspect positif du roman, on a un portrait de femme très intéressant, une femme de notre époque, qui a pas mal d’atouts dans sa manche ( un compagnon intelligent et sympathique, large d’esprit, un CDI et un vrai salaire, un peu de temps pour se cultiver et vivre une vie personnelle) et des problèmes sérieux ( un métier difficile, moyennement attrayant, des supérieurs hiérarchiques pénibles, des aspirations déçues ) qui fait une dépression et remonte la pente. L’autre bon côté du roman c’est l’écriture, classique et efficace .
Le côté négatif c’est le drame qui se produit aux deux tiers du roman très peu crédible, eus égard à la personnalité du personnage principal. S’il fallait que Cora soit victime d’un gros pépin en rapport avec son « burn -out » , on aurait pu trouver mieux ! Quant à l’enquêteur qui relate son histoire, vu son identité qu’on découvre à la fin du roman , j’ai été choquée qu’il ait accès aux carnets intimes de Cora…
A l’été 1930, sur l’île Blanche, la plus reculée de l’archipel du Svalbard, une exceptionnelle fonte des glaces dévoile des corps et les restes d’un campement de fortune. Ainsi se résout un mystère en suspens depuis trente-trois ans : en 1897, Salomon August Andrée, Knut Fränkel, et Nils Strindberg s’élevaient dans les airs, déterminés à atteindre le pôle Nord en ballon à hydrogène – et disparaissaient. Parmi les vestiges, on exhume des rouleaux de pellicule abîmés qui vont tout de même devenir des images assez nettes.
A partir de ces photographies au noir et blanc lunaire et du journal de bord de l’’expédition, Hélène Gaudy imagine l grande aventure d’un envol et d’une errance. Ces trois hommes seuls sur la banquise , très moyennement préparés, ballotés par un paysage mobile, tenaillés jusqu’à l’absurde par la joie de la découverte et l’ambition de la postérité , incarnent l’insatiable curiosité humaine qui pousse à découvrir, parcourir, circonscrire, et finalement rétrécir le monde.
(Présentation des éditeurs)
En trois parties et un certains nombre de chapitres titrés l’auteur imagine la chute du ballon surt la banquise et la dérive (elle durera environ trois mois de juillet à octobre ) des trois aventuriers : c’est Andrée le plus âgé qui a initié le périple , les deux autres sont encore des jeunes gens ; l’un d’entre eux, Nils est assistant à l’université des sciences, Fraenkel technicien et Andrée ingénieur. Nils a une fiancée qui ne le reverra pas, et sur le destin de qui l’auteur s’attarde de façon un peu longuette.
Les trois hommes attendent prés de Tromsø, en Norvège, qui le vent du sud soit suffisant pour s’envoler. Le ballon est gonflé à l’hydrogène ( ce n’est pas une montgolfière ) il n’est pas ce qu’on appelle « un dirigeable « bien que Andrée prétende le contraire ; il n’est pas non plus tout neuf , il est parsemé de petits trous et il faut le regonfler fréquemment ; d’autres ont refusé de partir avec Andrée, le voyage leur a paru trop aléatoire. Les trois aventuriers ont attendu trois mois –tout le printemps – que le vent du sud se mette à souffler suffisamment !
A peine partis, au bout de deux-trois jours, ils s’échouent sur la banquise, et vont y passer l’été à dériver, jusqu’en septembre en marchant ( mais la dérive les ramène vers le sud) et dormant sous une tente lorsque la fatigue se fait sentir. Ils chassent l’ours, et le phoque en priorité et s’en nourrissent. Arrivés à l’automne arctique ( très court ) ils se sont posés et ont commencé à construire un igloo : cette construction s’est brisée lorsque la glace s’est rompue et les trois hommes ont gagné l’île Blanche tout près – une vraie île, mais inhospitalière. Les dernières lignes écrites par Andrée dans son journal datent du début octobre.
A la découverte des corps, on constate que Nils est mort le premier ( ils lui ont fait une tombe de fortune). On ne sait pas de quoi ils sont morts. Les photos que prenait Nils ont été développées, sont intéressantes : l’auteur montre qu’ils y posent pour la postérité. Les journaux de bord sont enthousiastes, plus que ne devrait l’être ce périple sans fin, où les explorateurs sinistrés ( le ballon s’est échoué et ils ont dû l’abandonner ) dérivent plus qu’ils n’avancent et ne savent où ça les emmène… Cependant ils ont des vivres en abondance, ils chassent, un équipement, de quoi cuire les aliments, des tentes, des traîneaux , des vêtements (pas assez chauds), et des boissons fortes ainsi que de l’opium et de la morphine…on aura l’impression qu’ils sont presque tout le temps shootés, et que c’est là une façon de survivre…
L’auteur ne se borne pas à raconter le périple des trois hommes, elle évoque d’autres expéditions polaires ou non qui se sont plus ou moins bien terminées : celle de Shackleton et ses marins, Celle de Nanson et Johansson, dans un autre bateau, qui furent secourus par miracle après un hiver passé dans un igloo… celle de Crowhurst ( le faux tour du monde en solitaire et le probable suicide du navigateur, je la connaissais ), celle de l’homme qui s’était fabriqué des ailes et se lança de la tour Eiffel ( c’est la plus courte, et la plus navrante !) .
On s’attache à l’histoire imaginée par l’auteur , au périple des trois hommes, entrecoupés d’autres expéditions. Le récit est bien mené. Il est un peu long, car certaines expéditions narrées en plus (autre que celles que j’ai citées) ne sont pas passionnantes. Dans l’ensemble le nombre des bonnes pages l’emporte. L’essai de l’auteur à nous faire partager ce que l’on ressent à dériver sans cesse sur la banquise en marchant sans fin sous le soleil de minuit est réussi.
Le nombre de romans qui se déroulent sur la banquise, témoigne de l’inquiétude des populations à qui les medias rabâchent quotidiennement que le pôle Nord est fichu, qu’il fond à une vitesse déconcertante… on connaît la chanson ! Cela nous vaut quelques récits assez bien menés
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Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr