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5 octobre 2017 4 05 /10 /octobre /2017 23:20

Grasset, 326 pages, 2017

Le narrateur, qui vient de perdre sa femme,  décide de retourner au pays de son enfance Liévin, qu’il a quitté en 1974, juste après la terrible catastrophe minière, qui a coûté la vie à 42 mineurs ; son frère Joseph fut la quarante-troisième victime, et, depuis, Michel. son jeune frère, vit dans le deuil. Suite eu décès de Joseph, son père a mis fin à ses jours, sa mère s’est éloignée. Michel  a vécu seul toutes ces années ( bien qu’avec son épouse) dans la culte de Joseph dont il garde les effets comme autant de reliques dans une cave.

Mais à présent, il est temps d’agir. Il va chercher à retrouver le contremaître qui assurait la sécurité de la mine, en ce temps là, et s’est montré particulièrement négligent…

  "J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, mort en paysan. Venger ma mère, morte en esseulée. J’allais tous nous venger de la mine. Nous laver des Houillères, des crapules qui n’avaient jamais payé leurs crimes.

Michel a une raison particulière de se venger, qui donne à son action un sens double. Ce vengeur se définit aussi comme écrasé par une forte culpabilité. En dépit de son mariage, il a vécu dans le deuil de son frère, et n’a rien fait d’autre que célébrer les rituels de son passé avec lui.

Un récit émouvant, terrible à bien des égards ; certaines choses étonnent : que Joseph ait choisi d’être mineur dans les années 70, (un choix, oui, car il avait un autre job) m’a saisie ; décider d’être mineur dans les années 70 ?? Il n’y avait aucune tradition familiale dans ce sens, son père était fermier.

Joseph a invoqué la fierté la solidarité l’amitié qui lie les ouvriers. Il l’a si bien fait sentir à son petit frère, que celui-ci était prêt à le suivre ! Il n’empêche, ce choix laisse à penser.  Les mineurs sont considérés comme des héros, la tradition de ce métier a une aura bien particulière, qui perdure dans les années 70 ; à Liévin, on recrute encore, mais beaucoup de mines ferment.

Sans vouloir dévoiler la fin, je dirais que la lettre d’adieu du père (qui va revêtir une énorme importance dans ce récit) m’a beaucoup choquée.

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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 16:42

Fleuve noir, 2014, 281 pages.

 

Exergue : « la folie est peut-être un chagrin qui n’évolue plus « Cioran.

 

De la folie là-dedans, il n’y a presque que cela ! On est servi en schizophrénie !

Dans une famille défavorisée, la violence règne : la mère est épuisée par le travail ; le père cogneur s’est fait la malle, et les enfants Sébastien six ans et Valérie 12, se détestent…

Un soir funeste, Valérie s’est retrouvée dans la cuisine avec un couteau dans le ventre. La mère accuse Sébastien, mais comment peut-on incriminer son petit garçon de six ans ?

Le petit Sébastien s’impute le crime lui aussi, puis se rétracte : à l’évidence c’est maman qui a poignardé sa fille. Prison ferme.

Valérie et Sébastien vont en foyer d’accueil. Lorsqu’ils sont mis en présence, Valérie terrorise son frère : le psychiatre qui s’occupe du garçon la fait enfermer  et permet à Sébastien d’être adopté. Il va devenir médecin, fonder une famille.

Lorsqu’il rencontre Claire, commissaire de police déprimée, mais prête à refaire sa vie, un tendre sentiment naît entre eux. Mais très vite, des meurtres se produisent au sein du service hospitalier de Sébastien.

Valérie n'est plus internée, et maman a disparu dans la nature...

Voilà un thriller abominable, avec de terribles courses-poursuites, des enfermements, et d’où tout happy- end semble impossible à mesure qu’on progresse dans la lecture ! Claire et le lecteur sont sans cesse aux prises avec des psychopathes avérés ou en herbe.

C'est pour  le perroquet gris du Gabon, également rendu fou, que je suis le plus triste!

Dans l'ensemble, je conseille ce truc de dingues ; on ne s 'ennuie pas une seconde.

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28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 21:37

Denoël (Sueurs froides), 334 pages.

C’est l’histoire de plusieurs femmes qui se retrouvent un jour ou l’autre sans-abri, et parquées de force par « les autorités » dans un cimetière de voitures «  la Casse » ; le gouvernement a décidé qu’aucun sans-abri n’errerait dans le pays, et n’a trouvé mieux que de les enfermer dans cette sorte de bidonville : la Casse. Surveillés par des gardiens armés et autorisés à en découdre.

Chaque entrant se voit attribuer un véhicule accidenté dans lequel il va loger ; pour se nourrir, il faudra travailler dans les champs, ou, comme Ada, la vieille Afghane qui est là depuis longtemps, s’occuper des malades à l’aide de ses potions préparées avec des herbes. Elle a un statut à part, considérée un peu comme une magicienne. Plusieurs jeunes femmes vivent autour d’elle comme une sorte de communauté. La dernière venue c’est Moe, une jeune femme venue des îles, qui a suivi Rodolphe promesse d’une vie meilleure. Mais cette vie fut pire,  et Moe finit à la Casse avec son bébé.

Malgré la sympathie et l’entraide des autres femmes, Moe voudrait échapper à cet affreux destin, surtout pour son fils. Elle accepte de se prostituer, de transporter de la drogue, pour se faire plus d’argent. Car avec une forte somme, on peut payer le droit de retrouver sa liberté…

Dans ce dernier opus, l’auteur m’a nettement moins séduite que dans les précédents. Son écriture, toujours très soignée, est moins nerveuse, moins inspirée. Les histoires des femmes autour d’Ada et Moe finissent par se ressembler, et l’auteur appuie avec complaisance sur l’horreur de leurs situations, multipliant les détails atroces, inutiles pour bien comprendre. L’histoire de Moe et celle d’Ada suffisaient au propos, les autres, on pouvait les évoquer en quelques lignes, mais elles s’étalent,  et je les ai endurées tant bien que mal.

La «  Casse » est une possibilité qui transforme le récit en « science-fiction »; cela correspond à un gouvernement totalitaire, mais  nous n’avons pas d’autres  renseignements sur ce qu’est devenue la France. Au lieu de s’appesantir sur quelques destins, l’auteur aurait dû imaginer la situation politique et sociale dans son ensemble, de cette  société qu’elle situe dans

un avenir proche.  

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13 juillet 2017 4 13 /07 /juillet /2017 23:40

Minuit, 2017, 173 pages.

L’intrigue du roman tient en peu de lignes, elle est tout entière résumée dans la 4me de couverture ; l’homme appelé Kermeur narrateur du récit, a investi une forte somme dans l’achat d’un appartement devant être construit dans les deux ans par un promoteur immobilier ( Lazenec) venu apparemment pour construire des immeubles avec vue sur la mer.

Mais si le vieux château a bien été détruit, le complexe immobilier, censé relancer la croissance dans une petite ville plombée par le chômage, n’a jamais vu le jour… Lazenec est donc un escroc, mais chose curieuse, il est resté sur place, n’a jamais été inquiété.

Et donc, Kermeur , le roman débute ainsi, a précipité le soi-disant promoteur dans l’eau, le regardant se noyer.

Ce premier chapitre (la noyade de Lazenec) est d’un humour réjouissant, même si retenu ( ce sont les sternes qui rient de voir le type se noyer, et les mouettes qui pourraient raconter l’histoire…)

 

C’est aussi le début d’un dialogue entre le narrateur et le juge qui instruit l’affaire. Peut-être est-ce un dialogue fictif inventé par Kermeur en lieu et place de celui qui aura lieu, pensé-je au début de ma lecture ?

Car, aucun accusé ne parle à un juge comme Kermeur le fait, et aucun juge ne réagit non plus comme celui-là…

Pourtant,  la suite nous fait entrer dans l’histoire, et le lecteur s’identifie au juge, il écoute de la même façon que lui, le déroulé du récit, et comment, non seulement Kermeur, mais toute une ville s’est fait rouler et ruiner en quelque années de temps.

Et Kermeur qui ne cesse de se demander comment il a pu se laisser séduire par ce Lazenec à qui il ne faisait même pas confiance, car Kermeur a toujours été socialiste, et il voyait parfaitement en Lazenec le capitaliste véreux... il n'aimait pas non plus les futurs grands immeubles, et préférait ce vieux château dont il était le gardien; et surtout, il avait ce projet d'acheter un bateau avec son indemnité de chômage...comment il en est arrivé à faire le contraire de ce qu'il voulait, de ce en quoi il croyait...

Malgré l’humour et l’ironie toujours sous-jacente, beaucoup de passages sont dramatiques. Dans ce registre,  J’ai aimé la soirée de la cuite prise avec le maire, et le passage où l’on voit Kermeur, au cours d’une fête foraine, s’accrocher à la grande roue, qui emmène son fils, la grande roue de l’infortune…

Le style est un mélange de réalisme vif, notamment dans les dialogues, et de rêverie sur le temps et l’espace de cette presqu’île bretonne ; ces rêveries englobent aussi l’espoir qui a saisi les malheureux riverains à la vue de la maquette que Lazenec a présenté : «  les Grands Sables »  seul résultat palpable du projet de transformation de la ville.

« Maintenant je vous raconte ça comme si j’avais eu les clefs en main dès le début mais bien sûr pas du tout, j’étais aveugle comme saint Paul après sa chute de cheval ».

Cette comparaison vient couronner le premier contact qu’il a eu avec Lazenec, lui parlant d’appartement, avec vue sur la rade, et de « rendement » . Curieuse comparaison qui fait de l’escroc l’équivalent de Dieu, persuadant Paul de se convertir au christianisme. Il y eut aussi «  les petits costumes de flanelle… on aurait dit comme des témoins de Jéhovah venu expliquer la Bible. Sauf qu’en guise de Dieu ils avaient Lazenec ».

Lui, Kermeur a traité directement avec Lazenec, devenu Judas  « à force donc, il m’a même appelé par mon prénom, et à force encore, oui, il a fini par m’embrasser ».

Les métaphores bibliques nous suivent jusqu’à la fin « souvent quand je respire l’air libre de la mer…je récite à voix haute les lignes de l’article 353, comme un psaume de la Bible écrit par Dieu lui-même… ».

C'est donc aussi l'histoire d'un homme qui aurait voulu pêcher dans un bateau lui appartenant, et se retrouve à pécher comme dans la Bible...

 

 

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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 10:12

Flammarion, 2017, 476 pages

 

Le commissaire Adamsberg, réside en Islande depuis le roman précédent. Une petite île loin de la civilisation. Il accepte d’être rappelé à Paris pour résoudre une affaire criminelle qui lui prend peu de temps.

Puis meurent trois messieurs octogénaires, piqués chaque fois par une « recluse » un petite araignée qui ne s’attaque pourtant pas à l’humain, et si elle le fait, son venin est faiblement nuisible. Le commissaire trouve qu’il y a anicroche, et va  consulter un entomologiste au Museum d'histoire naturelle . Il en revient avec la certitude que les victimes de recluse, ont été assassinées. L’enquête commence, sans le concours de Danglard violemment opposé à cette procédure, tandis que le restant de l’équipe suit Adamsberg, en y croyant plus ou moins.

Je dois dire que c’est Danglard qui a raison, cette enquête n’aurait pas dû avoir lieu, je me suis ennuyée à la suivre. Le charme « Vargas » n’a pas opéré, cette fois ci sur moi. Je me demande pourquoi j’ai lu tout ce roman, alors même que de mystère il n’y en a pratiquement pas. On sait tout de suite, qui a tué, et comment, les explications du professeur le laissent facilement deviner ! Le pourquoi vient aussi assez vite…

Mais ce n’est pas pour cela qu’on lit Vargas, m’objecterez-vous, c’est parce que Adamsberg et son équipe sont tellement originaux et sympathiques… et leur monde si particulier… eh bien, cette fois, Adamsberg m’a carrément horripilée.L’auteur en rajoute avec son intuition extraordinaire, ses « proto-pensées », nous versons dans une ambiance ésotérique appuyée.

Et l’écriture ? mais l’écriture ne m’a pas plu, justement. Il y a beaucoup trop de dialogues, et de répétitions des mêmes informations et états d’âme du commissaire, dans ces propos auxquels Le lieutenant Veyrenc prête une oreille bien trop complaisante.

Et à l’opposé des précédents romans (ceux que j’ai lu tout au moins) manque l’évocation d’une légende, d’un monde autre… les araignées ne sont que de vulgaires insectes (non, je n’en ai pas peur, elles ne m’inspirent pas non plus…) le parcours du coupable est un peu trop héroïque, et ceux des victimes vraiment très méchants; qu'ajouter? C’est puéril.

A lire mes anciens comptes-rendus, j’avais pourtant déjà remarqué des défauts qui pouvaient paraître énervants chez les personnages de Vargas. Le moment est arrivé où je ne les supporte plus…

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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 11:10

Marseille, la corniche Kennedy, le mois d’août, le fort ensoleillement, des blocs de rocher d’où l’on peut sauter dans l’eau : 3 mètre c’est simple, 7 mètres c’est le Just Do It, déjà assez casse-cou, et 12 mètres c’est le Face to Face dangereux, car on ne voit pas trop où l’on tombe,( il y a en bas des récifs périlleux à éviter), riche en production d’adrénaline et de bravoure adolescente. Ces sauts sont interdits. Eddy et Mario deux adolescents vivant dans la précarité des cités nord sont les seuls à le pratiquer. Bientôt ils seront rejoints par Suzanne, qui s’ennuie dans son existence bourgeoise feutrée. Silvestre Opéra est un flic qui doit surveiller les troubles de l’ordre public ; il devrait arrêter les trois jeunes….

L’écriture de Kerangal , intense , portée au lyrisme, accompagne bien les révoltes, réjouissantes insolences , effervescences adolescentes, leur vertiges, leur attirance pour le danger.

Et même cette façon qu’ils ont d’échapper au pire, de préférer la vie.

En revanche, la vie du policier frustré, endeuillé ( pourquoi porte-t-il ce nom Silvestre Opéra ?) m’a plutôt ennuyée.

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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 23:53

Gallimard, 202 pages, 2015

L’année 1968, vue par Anne, 21 ans en mai, jeune épouse de Jean-Luc Godard 37 ans. Elle vient de tourner un film avec Philippe Fourastié, Bruno Cremer la traitait durement. D’autres engagements l’attendent : Marco Ferreri, Carmelo Bene et Pasolini pour Porcherie. Des cinéastes dont on voit encore les films avec intérêt, même si certains ont mal vieilli.

Jean-Luc tente de tourner avec les Beatles, et finalement ce sera les Rolling Stones ( One plus One ) puis emmènera Anne vers Montréal et encore plus loin pour tourner le quotidien des mines de charbon en Alaska. Jean-Luc cherche à faire « un autre cinéma » après mai 68. La période est chahutée. Anne ne veut pas de révolution. Elle comprend mai 68 comme une fête de la jeunesse, pas plus. Elle s’affirme jeune bourgeoise nantie voulant profiter de ses belles années ; et apprentie actrice, avide d’expériences variées dans ce domaine.

Jean-Luc se veut révolutionnaire, tendance Mao. Présenté comme Anne le fait, on dirait un hystérique en pleine confusion. Son engagement n’est pas facile à comprendre. Lui aussi est un bourgeois aisé, que peut-il saisir de la cause des classes opprimées ? Que peut le cinéma pour eux ? Et depuis quand Jean-Luc cherche-t-il l’intérêt des autres plutôt que le sien propre ? Des questions épineuses, difficiles à résoudre…

On aime les pérégrinations d’Anne en patins à roulettes dans les rues du quartier latin. En fait, je comprends les deux points de vue.

Le couple s’est installé dans un appartement rue St Jacques. Déjà ils ne s’entendent plus très bien et même encore moins. Début 1969, Jean-Luc fait une tentative de suicide après avoir eu une crise de jalousie non fondée.

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 13:15

C

Gallumard, 2016

 

Vie d’un ami de Catherine qu’elle appelle Thomas Bulot ; avec qui elle a eu une brève liaison. Il allait de femme en femme avec préférence pour le BDSM ; sa carrière de jeune intellectuel le mène aux USA : il quitte la France après avoir échoué deux fois au concours de l’ENS.

Là-bas il est étudiant-chargé de cours, puis enseignant lui-même, de Ny à Portland et de Salt Lake City à Richmond. Il réussit toujours à décrocher un poste même si ce n’est pas dans une université brillante. Ce n’est qu’un début !

Il ne se range pas, là où ses amis se mettent en ménage, commencent à faire des bébés. Lui, a des peines de cœurs mais beaucoup de liaisons avec des femmes intéressantes. Il vit mal chaque fin de liaison, même s’il nous paraît évident qu’avec lui ( et elles ! ces femmes qui partagent un moment son existence) la vie de couple longue durée ne convient pas.

Le problème c’est qu’il dépense sans compter et se trouve criblé de dettes car au départ il est bien moins riche que le train de vie qu’il mène. Le problème c’est la thèse qu’il a terminée mais n’arrive pas à transformer en livre.( il faut reconnaître que ces travaux universitaires sont ennuyeux dès lors qu’on a la sensation de répéter tout le temps la même chose…) . Bref on le comprend sauf lorsqu’il dépense trop, et se dépense trop toujours à courir d’un endroit à l’autre

Diagnostiqué bipolaire, il finit par se suicider : le traitement impose de ne pas boire, et il ne peut se passer d’alcool…

Ça se lit, mais la narratrice ne réussit pas à nous convaincre que Thomas était quelqu’un de très particulier, voire de particulièrement intéressant… la faute en est à son style assez plat sans doute…on ne pense pas qu’on l’aurait adoré mais qu’il nous aurait fatigué avec son train de vie très « tourbillon ».

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 02:54

Verticales, 2010, 317 pages.

C’est à Georges Diderot ingénieur, chef de projet que le prologue est consacré : nous voyons tout de suite que c’est un homme exceptionnel. Il m’a curieusement fait penser à l’Alexandre Yersin de Peste et choléra ; présenté un peu de la même façon comme un aventurier de la vie, un homme sans attaches, passionné par ce qu’il fait, tout entier dans l’instant présent, et le présent, ce n’est pas la contemplation, c’est engager toutes ses ressources à la résolution d’un problème.

D’autres personnages : Summer Diamantis, ingénieure des travaux publics, préposée à la production du béton, Sanche Alfonse Cameron, grutier ( de Dunkerque) et foreur, Mo Yun ancien mineur, ouvrier, nomade, réellement parti de Chine… Duane Fisher et Buddy Loo, ouvriers affectés au contrôle des effluents, surveillant la régularité des flux dans les pompes, évitent que les moteurs chauffent… Katherine Thoreau conductrice de bulldozer, chargée d’une famille nombreuse et problématique… sont de la même trempe.

Tous ces personnages et d’autres, différents, plus fragiles, vont se retrouver sur le même chantier de la ville de Coca en Californie, le maire, surnommé le Boa, ayant décidé d’y faire construire un pont pour relier les deux berges d’une large rivière. Le titre parle de « naissance » plutôt que de construction, et ce n’est pas par hasard ; le dynamisme, l’énergie des protagonistes augurent d’une vie nouvelle.

Ils auront à vaincre des obstacles ; parmi ceux que gênent la construction du pont, certains n’hésiteront pas devant des manœuvres crapuleuses voire criminelles, des écologistes s’en prennent à Diderot lui-même, des ouvriers vont protester contre leur exploitation, Ralph Waldo l’architecte rêve de paysage, ne se comprend pas avec Diderot, pragmatique avant tout.

Ecriture dense, lyrique, longues phrases travaillées dans l’oralité, documentation très fouillée dans les domaines de la construction d’un pont, et bien distribuée : ça ne ressemble jamais à un mode d’emploi ni à un ouvrage technique, c’est toujours poétique et sensible en même temps que réaliste. L’intrigue comporte des péripéties diverses, les liaisons amoureuses sont de la partie, et la ville recèle des lieux quasi magiques, comme cette forêt si dense, et les chutes de Sugar Falls.

Cependant, je ne me suis pas intéressée à l’histoire de la ville, et j’ai passé ces pages ; je suis gênée aussi par certains noms : Diderot (même si le personnage est éclairé…) Thoreau, voire Diamantis, et surtout « Coca » … reprendre les noms d’écrivains célèbres et les attribuer tels quels à des personnages de roman crée un effet de néantisation de ces personnages. Cela n’empêche pas de les aimer ces êtres…comme dans tous les romans de Kerangal, ils sont magnifiés, rendus exceptionnels par l’intensité de leurs implications dans leurs quotidiens, dans leurs gestes les plus banals.

Il n'y a que des défauts mineurs, l’ensemble est une belle création littéraire.

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 09:59

Gallimard, 227 pages, 2016.

 

Avec un exergue de La Fontaine, et ses fameux pigeons :

« Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ?

Que ce soit aux rives prochaines ;

Soyez-vous l’un à l’autre un monde toujours beau.

Toujours divers toujours nouveau ;

Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste.»

 

Un jeune couple sur une décennie ( de 2005 à 2015) et d’environ 25 à 35 ans. Cela ressemble à une reprise de « Les Choses « de Pérec, adapté à une autre époque. D’ailleurs lorsque Théodore et Dorothée (des noms anagrammatiques) pendent leur crémaillère, on leur offre le roman de Pérec.

Qu’ils ne liront pas. Mais ils liront Houellebec et même Sartre et Camus, et ce sera assez drôle...

Le contexte sociopolitique est différent, les biens de consommation désirés ne sont pas les mêmes, mais on retrouve la thématique des Choses, avec moins d’ambition, et une certaine frilosité ; et le couple retombe toujours sur ses pieds, recherchant une nouvelle façon de se ressourcer. C’est bien tourné, assez humoristique, satirique aussi ( les personnages de Gisswein, l’énarque ultra-libéral, et de Manu le social-démocrate, sont chargés comme il faut! ).

Il ne s’agit pas seulement de peindre une époque, et des façons de vivre, mais de montrer comment un couple peut durer dix ans ( comme le dit l’exergue, ne comptant que l’un sur l’autre) sans enfant, sans réussite particulière, sans changement de situation ni de logement, sans ascension sociale… on les appellerait des « losers relatifs »- mais ils sont gagnants puisque toujours ensemble, et surmontant vite les turbulences et passages à vide, pour se lancer dans d’autres mini-aventures ; des périodes se succèdent : on se passionne pour le végétalisme, la décoration d’appartement, diverses formes de sexualité ( ne sortant jamais de l’ordinaire), l’écriture de livres ( jamais achevés) , les séries télé, diverses sortes d’engagements sociaux ( vite renoncés) ; le tango, la littérature de fiction, et celle d'idées...

Ce couple banal et sans histoire, nous amuse et nous ennuie aussi un peu. Si au début, on pense au couple des Choses, la suite ressemble davantage à Bouvard et Pécuchet ( en moins drôle). Le roman vaut pour sa construction, son esprit satirique, les questions qu'il pose, et les réponses qu'il ne donne pas; par exemple, un couple ne peut-il tenir qu'en parfaite symbiose comme ces pigeons? Et de qui ou de quoi sont-ils exactement la dupe?

 

 

 

 

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