Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 00:41
LUmi--re-d-a----t.jpgLumière d’Août : retour à Faulkner.
1ere publication : 1932.
 

Le titre : Light In August : mot qui désigne des lueurs d’incendie, un incendie criminel, de fortes chaleurs étouffantes, et le moment où la colère s’embrase.

Titre de dérision car il s’agit davantage ici des ténèbres d’obscurité, et de feu d'enfer, que de lumière.


La lumière aveuglante et éclatante d’août met en relief les ténèbres de la pensée et de la vie humaine.

 

Léna Grove, 18 ans qui vient d’Alabama, arrive à Jefferson, Mississipi, enceinte de huit mois, pour y chercher le père du bébé, un certain Joe Brown, qui travaille à la scierie.

Elle y rencontre un ouvrier, Byron Bunch, qui l’héberge, et lui tait que l’homme qu’elle recherche s’appelle Lucas Burch et qu’il fricote avec Joey Christmas, métis marginal qui a travaillé trois ans à la scierie et s’y faisait remarquer. Tous deux ont quitté leur emploi, font du marché noir et pis encore.

 

Ce même jour, Joey Christmas, 33 ans, métis, orphelin, vient de quitter la maison de Miss Joana Burden, femme de 40 ans, abolitionniste militante, avec qui il vivait depuis deux ans.

Les deux amants avaient des relations tumultueuses, souvent violentes. Joana, trop tôt ménopausée, déprimée, prenait du plaisir avec Joey et ne le supportait pas. Lui non plus.

Elle avait voulu l’aider à se reconnaître comme noir  : mais Joey, qui est métis, hait son sang "noir "autant  que son sang "blanc".
Joana Burden a été étranglée, sans doute par Joey.

Il a fui.

Lucas Burch présent dans la maison de Miss Burden, et sachant ce qui est arrivé, y allume un incendie pour attirer l’attention sur la maison, faire découvrir le corps, et toucher une prime pour avoir livré l’assassin.


Pendant trois semaines Joey se cache, effectue de multiples déplacements jusqu’à Mottstown, où vivent ses deux grands-parents, les Hines, qu’il ne connaît pas.
Mr. Hines, raciste fou et hanté par l’obsession du Mal a autrefois tué le père de Joey, un forain, et Milly, sa mère, n’a pas survécu à l’accouchement.

Hines veut inciter la foule à lyncher ce petit fils maudit, qu’il avait déposé, bébé, à la porte d’une église trente trois ans plus tôt et qui a erré d’orphelinat en famille d’accueil, de Memphis à Jefferson en passant par l’Oklahoma, le Missouri… toujours chassé et persuadé d’être damné.

Mrs Hines, terrifiée par son époux, veut  tout de même sauver le fugitif. Elle s’adresse au prêtre.
Le révérend Hightower, rongé par un passé problématique (femme adultère, grand-père tué pendant la guerre alors qu’il poursuivait un poulet), marginalisé par la communauté, cache Joey, puis reçoit Léna, envoyé par Bunch, sans rien pouvoir faire de significatif pour eux.


Le fugitif est libéré par Mrs Hines.

Léna vient chez elle, conduite par Hightower, pour y accoucher de son bébé.

la vieille femme perd la raison confond Lena avec Milly sa fille, et le bébé avec Joey. Elle revit le traumatisme de la naissance de Joe ( emporté par son époux) et de la mort de Milly.

Le révérend tente d’aider Léna,  effrayée, aux prises avec une histoire dont elle ne sait rien, et qu'elle ne peut comprendre.

Mr. Hines, aidé par quelques amis racistes, sérieusement allumés, réussit à faire lyncher Joey par la foule. Joey meurt, tué par un militant d’extrême droite.


Léna et Byron Bunch se font prendre en stop dans un camion avec le bébé, par un marchand de meubles ; ils vont vers le Tennessee...


Je ne m'attendais pas à ce que que ces personnages restent en vie! je suis presque contente, malgré le pessismisme de ce roman. Pesssimisme qui n'est absolument pas exagéré, par ailleurs.

Si j'ai raconté l'histoire plutôt que de la commenter, c'est pour mettre de l'ordre. Je n'étais pas toujours bien sûre, au fil de la lecture,  de qui avait fait quoi et  quand... maintenant, oui.


C’est un roman très puissant et lourd de tous les travers des peuples : racisme, haine de soi comme de l’autre, jusqu’au crime, culpabilité étouffante, impossibilité de sublimation, solitude extrême de tous les personnages.

Un ouvrage à relire plusieurs fois. Je l'avais emprunté en bibliothèque mais je vais l'acheter.

J'ai aimé aussi " Sanctuaire" mais je le trouve moins bon... quant au "Bruit et la fureur, je suis carrément passée à côté".

Je pense que mon prochain Faulkner sera " Tandis que j'agonise" : il existe en poche dans la collection "lire en anglais" ce qui est appréciable.


24 aout 08 : cet article atteint cent visiteurs. Mais sans un seul commentaire! il ne s'agit donc que de simples clics?

Je crois que Google a envoyé des internautes sur cet article pour une émission de radio ou de télé qui porte le même titre ( Lumière d'Août) c'est malin!

 

Partager cet article
Repost0
4 juin 2007 1 04 /06 /juin /2007 20:30

le-Bruit-et-la-fureur.jpgJe me suis lancée à 17 ans dans « Le Bruit et la fureur ». A mes yeux c'était un livre incontournable si je ne voulais pas passer pour une « idiote » .

J’abordais cette lecture avec confiance, sans connaître l’histoire, ni les procédés narratifs, avec la seule phrase de Shakespeare pour guide « La vie est une histoire pleine de bruit et de fureur (sound et non noise) contée par un idiot (idiot et non fool) qui n’y comprend rien. »

Ma première surprise ce fut donc sound plutôt que noise, et idiot au lieu de fool.


    Les deux frères sont amoureux de leur sœur, et l’un d’entre eux se fait passer pour un idiot ; il ne pousse que des grognements alors que le narrateur lui attribue de vraies pensées articulées et lui confie un point de vue, une façon de voir qui n’est pas franchement d’un handicapé mental.

Je n'ai pas compris que Benjy était vraiment idiot.

Au deuxième chapitre, l’autre frère, Quentin, prépare minutieusement son suicide.  Je n’ai pas compris cela d’emblée, et lorsque la lumière me vint, je crus que cette minutie,  cette accumulation de détails, signifiait qu’il reculait son geste et peut-être ne l’accomplirait pas.

Mais le temps s’écoule et cela seul. Quentin n’est pas Hamlet, il ne se demande à aucun moment s’il va ou non le faire, il n’hésite pas, il ne cherche pas d’arguments ni d’alibis, il ne s’afflige plus guère, n’a que des soucis matériels concernant la réalisation de son acte. Mort avant que ne commence la relation de cette dernière journée. Cette morne épreuve endurée, je n’ai pas continué la lecture.

   Par la suite, je ne suis jamais devenue intime de Faulkner ; à l’université, j’ai étudié « Absalom ! Absalom ! » J’ai passé encore plus de pages ; j’ai d’ailleurs été très bien notée, ne connaissant que le cours, et donc sachant exactement ce qu’il convenait de dire. Lorsque, outre le cours, je lisais le livre à étudier, cette lecture entrait souvent en conflit avec l’autorisée et je ne savais plus traiter le sujet.

On peut aussi lire le livre et ne pas s’occuper du cours : cela donne d’assez bons résultats mais rien ne paye davantage que le cours et seulement le cours.

Partager cet article
Repost0
15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 12:51
homme-licorne.jpgL’Homme Licorne de James Lasdun ( USA)
 
Gallimard (Du monde entier)2003
 
Lawrence Miller, prof dans une université à New York nous conte une étrange histoire
 

Un matin il a constaté que son marque page avait été déplacé trente page en arrière dans un livre appartenant à la précédente occupante de son bureau. Des objets anodins ou menaçants apparaissent ou disparaissent de ce bureau créant le trouble dans son esprit. Les anciens occupants du bureau dont un citoyen bulgare au nom étrange, et une jeune femme à présent morte, reviennent hanter les lieux. Un récit de la vie de ce Trumlicik apparaît dans un fichier d’ordinateur et a disparu le lendemain.


Lawrence tente de mettre de l’ordre dans son esprit. Il est séparé de sa femme celle-ci s’étant rendue dans un club échangiste, et il s’est inscrit dans une association contre le harcèlement sexuel, groupe qui se veut politiquement correct mais qui pèche par puritanisme.

Lui-même se veut irréprochable, mais voilà qu’il croit apercevoir sa psy qui tapine à Central Park, reçoit des messages amoureux d’Elaine une des plus sévères membre de l’association.

Lawrence scrute son passé pour y trouver des renseignements. Pour calmer ses migraines, sa mère lui faisait prendre de petites pilules homéopathiques au contenu mystérieux.

 

Et voilà qu’en lisant les notes de son père qui écrivait sur l’histoire de la pharmacopée, il découvre qu’il a ingéré ainsi de la poudre de corne de licorne! Pure ou diabolique, bénéfique ou maléfique? c’est indécidable…

 

Le récit décrit avec un grand luxe de détails l’envahissement de symptômes psychotiques chez un individu qui sombre dans la confusion mentale d’ordre paranoïde, et relève avec soin ces indices,les interprétant à sa guise.

Il ne croit pas complètement ce qu’il vit mais assez pour que l’on trouve certains épisodes cocasses voire hilarants, d’autres mystérieux, plein de suspense, ou sinistres telle cette humiliation du garçon qui veut fréquenter un club de jeunes très » upper class » en Angleterre son pays d’origine et s’en trouve chassé de manière impitoyable. Cet épisode, comme ceux qui concernent le fonctionnement de l’association contre le harcèlement, relèvent d’une bonne critique sociale. D’autres épisodes sont davantage liés à la folie du narrateur ; ses délires empruntent au folklore, au mythe, au fait divers… l’ensemble est un peu long mais intéressant.

 
 
 
 
Partager cet article
Repost0
17 mars 2007 6 17 /03 /mars /2007 14:40

Nuit-enchant--e.jpg

Titre original " Enchanted Night" publié en 2000.

 

Livre de poche, 2002, 180 pages.

 

Mis en exergue " Thou that mak'st a day of night,

Goddesse, excellently bright.

Hymn to Diana

Ben Johnson ( il s'agit de Ben Johnson le dramturege contemporain de Shakespeare).

 


 



Conte onirique, absolument respectueux des lois du genre.

 Madame la lune est le  personnage principal.
 On y entend des  onomatopées le chant du grillon, du criquet.

 Un mannequin s’éveille et sort de sa vitrine. Des poupées dansent et Pierrot poursuit Colombine.

 Un joueur de flûte invisible entraîne des enfants qui ont quitté leur maison.
 Une adolescente est suivie par un voyeur.

 Un jeune homme s’endort dans son jardin et la déesse sort de son char pour le chevaucher dans son rêve, avant de regagner l’Olympe.

 Un écrivain raté va boire du vin chez une femme d’un certain âge. Puis retourne chez sa mère, bien amer.

 Un couple d’amoureux se retrouve sous les épicéas près d ‘une balançoire.

 Une vieille dame reçoit chez elle un gang d’adolescentes masquées qui s’introduisent la nuit chez les gens et y laissent un message «  Nous sommes vos filles ». Elle leur offre de la citronnade.

C’est une petite ville dans le Connecticut. A l’aube tous se rendorment.

 

c'est écrit simplement, avec une poésie naïve,  malicieuse, tendre.

 
C’est génial.

"Par une chaude nuit d'été dans le sud du Connecticut, l'océan se retire et la lune monte encore. Laura Engstrom, quatorze ans, s'assoit dans son lit et repousse les draps... Minuit cinq. Parents, savez-vous où sont vos enfants?;....

Le monde, empli de silence à ras bod, soudain déborde : une branche remue dans la haie, à travers laquelle apparaît une main, et puis il est là, dans le jardin, les yeux levés et les cheveux lui tombant sur le front, pour regarder les fenêtres...

" Dans les greniers éclairés par la lune et remplis d'objets au rebut s'ébattent les poupées. La poupée en chiffon aux cheveux de ficelle jaune ramasse une bille et la met dans la poche de son tablier, le petit tambour va et vient dans un carré de lune qui fait briller la manche bleue de sa veste, l'ours câlin qui n'a qu'un oeil contourne un vieux coffre à jouets pour aller dans un coin sombre om il voit une paire de vieux gants de boxe, une luge retournée aux patins rouillés,une imposante commode.
 
Partager cet article
Repost0
19 novembre 2006 7 19 /11 /novembre /2006 22:10
le-journal-d-Edith.jpgEdition : Gallimard- Folio 1977.
 
   Lorsque Edith et Brett viennent s'installer en Pennsylvannie, le vieux Georges, oncle de Brett , célibataire de 70 ans qui ne se plaît  plus dans sa maison de retraite vient habiter avec eux.
C'est curieux que Brett veuille le prendre: à quoi bon s'embarrasser d'un vieux parent que l'on connaît à peine? C'est encore plus étrange qu'Edith accepte et ne le renvoie pas lorsqu'il affecte la maladie pour rester dans sa chambre et se faire servir comme un enfant.
Cliff, le fils unique, jalouse le vieux Georges. Ce garçon violent, aboulique, déscolarisé, devrait inquiéter ses parents.
Mais Edith et Brett n'ont jamais le temps de se faire du souci. Occupés du journal qu'ils ont créé, La Gazette, leurs inquiétudes se  concentrent  sur  la politique nationale et étrangère, les conflits sociaux, un certain militantisme.
Pourtant la situation se dégrade  : Brett prend  une maîtresse . Edith n'est pas trop affectée. Y-a-t-il quelqu'un dans sa vie?
Rien d'autre qu'un gros volume brun, relié, son journal, qu'elle tient d'une façon un peu particulière: son fils y est brillant au point d'intégrer une grande école; il se marie, lui donne des petits enfants. Brett vient d'y mourir...


 
" Le Journal d'Edith" est un roman psychologique   où sont mises en scène plusieurs pathologies :

 Edith s'éloigne de la réalité qu'elle devrait affronter. D'abord, comme le font la très grande majorité des gens en ignorant ses problèmes les plus gênants, et en se tournant vers des activités qui ne la remettent pas sérieusement en cause, d'autant plus que ces activités sont utiles à la société. Puis, elle joue à transformer cette réalité de plus en plus inavouable mais ne sait pas garder ses distances vis-à vis de la fiction: l'histoire idéale de sa famille qu'elle relate dans son journal est écrite à la première personne, les personnages en sont les membres de sa famille, elle se contente de changer de façon manichéenne les " réalités insupportables" par "d'heureux événements".

Brett, son époux, pragmatique, choisit la fuite dans une autre réalité plus acceptable : mais que représente ce vieil oncle dépressif qu'il impose à Edith, et qui exigera d'elle des soins qu'on réserve aux nourrissons? N'est-ce pas une autre personnalité de lui-même, régressive, qu'il délègue à un autre, pour ne pas en souffrir?
Que signifie de la part de Brett, cette violente colère à la mort ( qu'il soupçonne à juste titre criminelle), du vieil oncle qu'il avait "oublié" chez Edith?
Et si Brett est resté, sans le savoir, un nourrisson sans défense, dont la vie sociale apparemment adaptée est un leurre, comment s'étonner que son fils souffre de graves troubles mentaux?  Le fils  hérite des maux ignorés de ses parents.

Ce personnage irresponsable, capable de meurtre, ressemble à l'être monstrueux, couplé à sa mère, que rencontre l'infortuné architecte de " L'Inconnu du Nord-Express".
Patricia Highsmith s'est surpassée pour nous montrer les ruses tortueuses du psychisme humain. A propos de ce livre, elle disait avoir imaginé ce qu'aurait été sa vie si elle avait accepté une demande en mariage qui lui avait été faite dans ses jeunes années.
 
 
Partager cet article
Repost0
15 novembre 2006 3 15 /11 /novembre /2006 12:27
2020194236-08--SCLZZZZZZZ-V24241512-AA240-.jpgnouvelle, 1891 (72 pages en français) 10/18 Domaine étranger.

Pemberton, jeune homme désargenté n’a plus de quoi payer sa chambre d’hôtel. Il a acquis de bons diplômes de Yale et Oxford qui ne lui servent à rien et une petite expérience de l’enseignement. Par relation il en arrive à se proposer comme précepteur dans une famille américaine les Moreen, installée à Nice. Morgan, le futur élève a douze ans. c’est le dernier né de la famille ne peut aller au collège, pour cause de faiblesse cardiaque.
Pemberton trouve l’enfant assez laid et intelligent. L’histoire s’ouvre sur un problème crucial. Combien Pemberton peut-il espérer être payé ? Il ne sait comment aborder la question et Mrs Moreeen à laquelle il trouve des airs de grande dame, le rassure sans l’éclairer. Quant à Morgan qui écoute la conversation, il lui décoche quelques flèches ironiques (« vous aurez tout ce que vous voulez » ; « nous sommes du dernier bien ») nettement au-dessus de son âge.
Pemberton n’a d’autre choix que de se faire embaucher sans avoir plus de précision sur son salaire. La famille habite une belle villa, ne semble manquer de rien mais « les deux sœurs se coiffent et se font leurs robes » le frère aîné Ulik « semble vivre de son club ». Comme d’ordinaire chez James les modalisateurs abondent et noient le lecteur sous les hypothèses de Pemberton.
La famille et l’élève le déconcertent par leur façon de vivre, imprévisible, bohème, quoique essayant d’être « chics ». Le fait qu’ils parlent un dialecte inventé par eux, mélange d’italien d’anglais et de français leur donne un charme particulier aux yeux de Pemberton.
Le temps passe insidieusement. Les Pemberton déménagent sans cesse de la Suisse à Florence, puis retour à Nice et subitement les voilà à Paris. Plus d’un an s’est écoulé et, Pemberton toujours sans salaire, soupçonne la famille d’accumuler des dettes et de se sauver au moment de payer, là encore ils déploient un savoir-faire digne d’admiration. Au cours d’un froid hiver parisien il reçoit trois cent francs : son premier et ultime salaire. Morgan est logé quasiment à la même enseigne et partage avec lui son argent de poche. Un jour il lui achète une cravate.
Les deux grandes sœurs reçoivent des « princes » certains jours de la semaine. Il s’avère que ce sont des vieux messieurs auxquels on essaie de les marier et qu’elles les reçoivent très mal, et les découragent. Grande fierté mais attitude suicidaire.
Malgré les avertissements répétés de Morgan qu’il devrait « filer », que c’est lui qui va être contraint de le mettre à la porte, que l’on ne se laisse pas exploiter ainsi, Pemberton n’écoute pas son élève et reste : à mesure que l’argent se fait des plus en plus rare, les découvertes de P. sur les Moreen lui fond perdre ses illusions sur une famille qu’il persistait à trouver remarquable : les Moreen pensent-il maintenant sont de petits aventuriers, voleurs autant qu’il peuvent, n’ayant goût que pour le paraître et ils l’entraînent avec eux dans la déchéance.
P trouve le moyen de se tirer de ce mauvais pas. Un élève stupide mais dont la famille le paie bien l’attend à Londres. Il n’y reste pas longtemps. Les Moreen lui font du chantage et peut-être Morgan aussi mais il n’ose pas le penser. Il quitte le confort et l’ennui parce que Morgan est « à l’article de la mort ». A peine est-il arrivé que la famille installée dans un hôtel parisien, visiblement menacée de graves problèmes financiers, lui enjoint pour toute récompense d’être venu, d’emmener Morgan (de les en débarrasser). Quelque mois s’écoulent, la famille est expulsée, se retrouve à la rue. Pemberton, vous devez partir avec Morgan supplie la maîtresse de maison ! Mais où ? P. n’a plus le sou vaillant lui non plus… heureusement, Morgan, trop ému soit par la détresse de sa famille, soit par la pensée d’aller vivre enfin avec son précepteur, meurt d’une providentielle crise cardiaque. Le récit se clôt sur Mr. Moreen , le père : « Mr. Moreen tremblait de tous ses membres et était à sa façon aussi affecté que sa femme. Mais dès qu’il se fut repris, il supporta sa perte en parfait homme du monde ».
Le récit est présenté comme un souvenir de Pemberton, à un âge non précisé. Le narrateur dit devoir suppléer à des souvenirs parfois défaillants, confondre les périodes les unes avec les autres. La transformation progressive de Morgan, d’abord enfant précoce intelligent qui charme son précepteur, en « fardeau anéantissant » est remarquable. P. apprend à être moins naïf, à moins se mentir, et c’est aussi la perte des illusions que le sujet de cette cruelle nouvelle. Le génial Morgan devient un garçon de 15ans qui fait pitié et irrite P. « c’était très joli de la part de Morgan de considérer comme une réparation le fait qu’il allait s’établir avec lui pour toujours, mais il y avait un vice irritant dans un pareil point de vue. Il voyait bien ce qui se passait dans l’esprit du jeune garçon. Puisque son ami avait eu la générosité de revenir, il devait lui montrer sa gratitude en lui donnant la vie. Mais le malheureux ami n’avait aucune envie de recevoir ce cadeau que pouvait-il bien faire de la misérable petite vie de Morgan ?...il se rappelait la raison première de tout ceci, raison très honorable pour Morgan et qui consistait tout simplement dans le fait qu’il vous faisait complètement oublier qu’il n’était q’un méchant galopin »
Le pauvre enfant est largement démasqué : tout simplement un enfant intellectuel qui s’emmerde dans une famille non attirée parles choses de l’esprit et fascinée par le paraître. Et qui ne peut les quitter parce qu’il est malade et sans le sou.
Le chantage : un thème qui court à travers toute l’œuvre de James, affectif et pécuniaire tout ensemble. L’examen des relation humaines comme marché de dupes voilà à quoi James excelle et il le montre avec talent dans un tel texte.
L’énigme restante : à la fin de cette nouvelle on ne sait toujours pas grand’ chose de cette étrange famille Moreen. On croit deviner bien des choses et l’on reste à ignorer l’essentiel. Ces gens profitent avec plus ou moins de bonheur d’un argent dont il peuvent s’emparer mais comment et jusqu’à quel point ?
Partager cet article
Repost0
15 novembre 2006 3 15 /11 /novembre /2006 12:17
225303813X-08--SCLZZZZZZZ-AA240-.jpgRoman en deux parties : la première est contée selon le point de vue du prince Amérigo, la seconde selon son épouse, Maggie.

Jeune noble d'une vieille famille italienne, Amerigo va conclure un mariage de convenance avec Maggie Velver, jeune américaine dont le père est très riche. Il a accepté cette union afin de poursuivre la relation sexuelle et sentimentale qu'il entretient avec Charlotte Strant : cette dernière est pauvre, fière jusqu'à un certain point, aventurière par obligation plutôt que par choix. Ils sont devenus amants en Italie, deux ans plus tôt.
Reçue par Mr Velver, le père de Maggie, et aimée de lui, Charlotte espère qu'il va l'épouser. Ces deux unions seront fort pratiques pour permettre à Charlotte et Amerigo de se retrouver plus souvent.

Voici donc plusieurs couples :
1. Maggie et Amerigo qui feignent le bonheur des jeunes mariés. Maggie aime Amerigo. Elle a eu tout de suite l'intuition de son infortune, mais n'en devient que progressivement consciente.
2. Amerigo et Charlotte, couple adultère, qui se voient en secret, toujours épris l'un de l'autre, mais las de cette situation.
3. Mr Velver et Charlotte : le vieux monsieur riche, amoureux, et la jeune femme sans ressources, contrainte de vendre ses charmes par la voie respectable du mariage.
4. Mr Velver et sa fille Maggie. Le père et la fille sont de vieux complices depuis toujours, qui resserrent leurs liens à la naissance du petit fils.
5. Bob et Fanny Assingham : deux Anglais d'âge avancé, sans enfants. Elle est une intrigante , une "marieuse", se flatte de faire et défaire les destinées faute d'en avoir une significative, amuse son mari qui rentre flegmatiquement dans son jeu. Elle a marié le prince Amerigo , elle influence tout le monde... Ils assistent en voyeurs gourmands à ce qui se trame autour d'eux (ce qu'ils croient en deviner).


Deux jours avant le mariage de Maggie et d'Amerigo, Charlotte et lui dénichent à Londres chez un antiquaire, une coupe qui attire leur attention. Elle veut la lui offrir, il refuse, lui faisant remarquer la fêlure sur l'objet.
Quatre ans plus tard, Maggie ira elle-même chez cet antiquaire, situé dans le quartier où ils résident. Le commerçant se souvient de Charlotte et d'Amerigo et la renseigne implicitement sur le type de relations qu'ils entretiennent. Après achat de la coupe, elle la brise et annonce à son époux : " J'ai décidé de ne plus faire comme si je ne savais pas."

La situation se renverse. Amerigo commence à respecter sa femme. Il va rompre avec Charlotte, que son vieux mari a décidé d'éloigner et qu'il emmène à l'autre bout du monde. Ce sera aussi l'occasion pour Maggie de se détacher de son père.

Cette opération de redistribution des couples est contée au moyen de dialogues pleins de sous-entendus où il est difficile de démêler ce que chacun sait ou ne sait pas, veut ou ne veut pas. Ce roman qui, comme les " Ailes de la colombe" exploite la situation du ménage à trois, procède de façon beaucoup plus allusive et suggestive. La substance du récit est diluée dans un produit qui en rend la couleur pâle et indéfinissable.
Les personnages se ressentent du perfectionnement de la technique : moins vigoureux, moins dynamiques, éloignés de la vie. Charlotte ne sera guère plus qu'une amante déçue et mollement vengeresse. Pour décrire les sentiments, James parle d'un buffet, des oscillations d'un lustre au plafond. Les déplacements d'une théière autour des convives rendent compte du désarroi profond des êtres. Les bavardages de Mrs Assingham noient le poisson des événements. Les intrigues compliquées qu'elle déploie, sont un miroir déformant dans lequel il faut retrouver le vrai.
Partager cet article
Repost0
15 novembre 2006 3 15 /11 /novembre /2006 12:15
51X23K5AD6L--AA240-.jpgPublié en 1898.
Edition livre de poche ( biblio), 1987.

Au cours d’une soirée de noël relatée par un premier narrateur, l’on se raconte des histoires de fantômes « délicieuses et horribles » .
Douglas, un des invités, prend la parole pour lire le témoignage de son amie, à présent décédée, qui lui a légué le récit de son expérience traumatisante d'institutrice d'enfants étranges.

Le troisième récit, écrit par l’institutrice,   est donc lu par Douglas à voix haute. Et la femme qui s’y exprime parle à la première personne. Henry James a voulu que le récit soit filtré à travers deux relais de paroles. Comme s’il s’agissait d’une part de préparer un suspense pour le lecteur à travers ces présentations, de capter un auditoire, et d'autre part de rendre douteux le récit de la jeune gouvernante. Nous n’oublions jamais que l’auteur n’a pas voulu qu’elle s’adresse à nous directement.


Cette Jane, institutrice sans le sou, ayant un peu d’instruction, se fait recommander auprès d’un riche propriétaire pour  s’occuper de ses neveux orphelins. Avant même d’entrer dans la place, elle s’interroge, à mots couverts, sur la possibilité de se faire épouser, et part là-bas avec cette idée en tête.
L'idée de se faire épouser par son employeur... cette composante de l'histoire, je ne l'avais pas perçue à ma première lecture. Elle est implicite, mais tout à fait réelle.

C’est l’intendante Mme Grose, une femme « qui ne saurait mentir » et en qui la jeune fille a une sorte de confiance, qui lui présente les enfants et la maison.
Flora et Miles sont des « enfants trop parfaits » pourvus d’un charme irrésistible. Ils ont trop d’intelligence, et surtout se font trop de signes d’intelligence . Leur préceptrice se sent exclue... et comblée en même temps d'avoir de bons élèves.  Jane ressent un sentiment d’étrangeté, de crainte manifeste.

Et bientôt elle se demande anxieusement : que peuvent-ils bien se raconter ? Des secrets ?
Ils semblent mener une double vie. Remarquables pour les études, faisant toujours ce qu’on attend d’eux, ils sont également « toujours absents » regrette Jane. Le petit Miles s’est fait renvoyer de son collège, on ignore pourquoi.

Elle se promène seule, au crépuscule, à côté de l’étang, dans la propriété de son maître, rêvant de le rencontrer. Las ! C’est un homme inconnu qu’elle voit…fort séduisant, mais qui la scrute d’une façon non équivoque.
A parler avec Mrs Grose, elle apprend qu’il s’agit d’un domestique peu scrupuleux qui régentait la maison l’an passé... et qui est déjà mort.
Bientôt Jane « voit » également feu miss Jessel, la gouvernante qui l’a précédée, apprend de Mrs Grose que le domestique et miss Jessel « se conduisaient mal » et qu’ils étaient très proches des enfants. Jane imagine que les fantômes des domestiques ont pris possession des enfants et qu’elle doit les exorciser.

De temps à autre elle se demande si elle n’est pas folle, et cherche des preuves. Elle veut faire avouer Miles ; a t’il vu les domestiques fantômes et diaboliques, et que l’obligent-ils à faire ? Sans s’en apercevoir, elle harcèle le gamin et sa sœur, entretient avec eux un dialogue obscur, interprète leurs réponses comme des aveux de lubricité. Commence à voir les spectres la nuit et va les guetter dans tous les lieux du vieux château. Les enfants prennent l’habitude des promenades nocturnes … un jeu bizarre qui suppose que Jane surveille à la fois les enfants et les « apparitions » d’une fenêtre ou dans un corridor, tandis que les enfants, se sachant vus, prennent la pose dans le jardin, se font surprendre dans un couloir ; et la folie qui gagne la pauvre jeune femme les affole peu à peu…

James utilise au maximum le procédé appelé par Freud « inquiétante étrangeté » de ces « choses » qui sont dans la maison (heimlich) et n’en font pas partie ( unheimlich).Chaque fois que l’on pense au Tour d’écrou, si l’on ne s’interroge plus guère sur ce qui s’est vraiment passé, on relit avec plaisir les passages les plus insolites, spécialement les scènes nocturnes et crépusculaires.

Voir aussi l'avis de Cuné


Partager cet article
Repost0
10 novembre 2006 5 10 /11 /novembre /2006 21:18

Le narrateur, journaliste spécialisé, veut s'emparer de documents inédits  concernant l'écrivain Aspern, qu'il vénère presque autant que Shakespeare. Ces documents  recèlent peut-être un chef d'œuvre, une correspondance secrète, un journal, à défaut des révélations sur la vie privée d'Aspern. Ils devraient être essentiels à éclaircir ces " zones d'ombre" qu'un fanatique réussit toujours à cerner chez Son Ecrivain.


Ils  doivent se trouver entre les mains de la vieille Miss Bordereau, américaine d'origine française, résidant à Venise avec sa nièce. Miss B est une ancienne maîtresse  du maître. Le narrateur réussit à s'introduire dans le palais vénitien occupé par les deux dames en acceptant de louer le premier étage à un prix ridiculement élevé. Quoique ayant voulu passer pour un touriste, il sait que la vieille demoiselle n'ignore rien de ses buts.


La nièce de cette personne, à priori  inaccessible, semble gentille et soucieuse du bien de son hôte. C'est à   elle que  le journaliste, prudent,  tente d'exposer son projet. Les affaires vont un peu plus loin qu'il ne le souhaiterait : il promet le mariage à cette jeune personne (un peu sotte, pas très jolie, mais transfigurée par le sang d'Aspern, qui vraisemblablement, coule dans ses veines...)

La vieille Miss Bordereau meurt après lui avoir soutiré beaucoup d'argent pour  sa "nièce", mais sans avoir rien révélé sur les papiers supposés en sa possession. Le narrateur découvre que le prix à payer pour l'accès aux précieux documents, dont il n'est plus très sûr qu'ils existent, est au-dessus de ses forces : il ne pourra pas épouser la "nièce".

S'étant détourné de cette femme, après moult promesses,  elle lui annoncera sa vengeance : j'ai brûlé les papiers. Avaient-ils une réelle valeur, si toutefois, ils existaient vraiment?

Notre héros conservera un petit portrait "ironique" d'Aspern, qui semble lui dire chaque fois qu'il l'observe: " Je t'ai bien eu".


Ressassant les étapes de son entreprise infructueuse, il se répète qu'il n'a jamais été sûr de l'intérêt des documents en question, ni même de leur existence. C'est à Miss Bordereau qu'il s'intéressait tout en la dénigrant avant même de la connaître. Que désirait-il au juste?

Le malheureux héros de cette histoire, bon journaliste, mais écrivain raté, en est réduit à admirer plutôt que créer, et il lui advient  de ne plus savoir  quoi dire d'intéressant sur l'auteur dont il est spécialiste et qu'il idéalise à l'excès. Ayant voué sa vie à la littérature, et plus spécialement à Aspern, il en vient à chercher à travers lui à nouer des liens conjugaux et filiaux avec " ses femmes", liens dont il s'est gardé dans sa vie propre.

 

Mais feu Aspern ne lui donnera rien de ce qu'il désire, car son commentateur zélé le considère comme un père interdicteur sans le savoir. Les deux femmes, elles, en ont l'intuition, et tirent tous les avantages possibles de la situation.

Cette longue nouvelle devrait avoir une morale : «  Gardez-vous du culte de la personnalité ».


Partager cet article
Repost0
7 septembre 2006 4 07 /09 /septembre /2006 09:11
la-vie-trop-br--ve-d-Edwin-Mulhouse.gifSteven Milhauser « La Vie trop brève d’Edwin Mulhouse, écrivain américain, 1943-1954 racontée par Jeffrey Cartwright ». Albin Michel (Grandes traductions).
 
 Le roman se présente comme la biographie d’un écrivain prodige écrite par un de ses camarades de classe, admiratif et férocement jaloux.
 
« Edwin Abraham Mulhouse, dont la mort tragique, le 1ER août 1954 à 1h06 du matin a privé l’Amérique du plus doué de ses écrivains, était né le 1er août 1943 à 1h06 du matin dans la sombre ville de Newfield, Connecticut ».
Le père sans imagination approuve la mère qui  admire toutes les manifestations de son fils, les trouvant prometteuses et digne d’un être exceptionnellement doué. Ainsi tient-elle un cahier révélant par le menu les infimes progrès du bébé dans tous les domaines, chaque nouveauté étant considérée comme un événement : gestes, borborygmes, pousse dentaire, apprentissage de la marche, langage articulé, jeu, et bien sûr tout ce qui relève des acquisitions scolaires.
A lire ces constats de précocité, on découvre qu’Edwin fait à peu près la même chose au même âge qu’un enfant normal…mais habitué à être admiré il prête un intérêt très particulier à ses productions.
De même lorsqu’il écrit son chef d’œuvre un récit en forme de « cartoons », beaucoup d’enfants de dix ans ont sans doute réalisé des «  cartoons » tout aussi honorables…
Cette satire féroce  de l’enfant prodige qui se révèle être l’enfant obéissant, le fils modèle  jusqu’à l’autodestruction radicale, se double de descriptions justes des enchantements et déceptions enfantines.
 
 
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Nuagesetvent
  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
  • Contact

Rechercher

Archives Récentes