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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 23:52

invisible

Actes sud mars 2010, 291 pages.

 

    Adam Walker, vingt ans, étudiant à l’université de Columbia, rencontre au cours d’une soirée où il s’ennuie, Rudolf Born et son amie Margot, Ils sont trentenaires, Rudolf est déjà professeur, Margot énigmatique femme en noir est sa compagne.

 

Adam étudie la poésie des troubadours provençaux du Moyen-âge et trouve intéressant voire révélateur, que l’homme porte le même nom qu’un de ces poètes,  Bertrand de Born.

 

     Mais Bertrand de Born n’était pas un poète du  fin’amor : c’est la guerre qu’il chantait. Dante l’a envoyé en enfer, dans l’un des Cercles les plus douloureux.

De fait, Rudolf Born, pendant cette soirée, professe des idées d’extrême-droite, qui ne peuvent que choquer le jeune Adam…

 

     A la fin de la soirée, pourtant, l’étudiant et le jeune professeur se sont si bien entendus que Rudolf a proposé à Adam de lui assurer son avenir, en finançant un magazine dont il serait le rédacteur en chef. Deux jours se passent, il lui a signé un gros chèque et il s’efface opportunément à Paris, tandis que Margot lui offre son corps et ses repas succulents…

 

 

Qu’est-ce qu’ils me veulent ?  pense Adam, dans ses instants de lucidité.

 

Rudolf sait trop de choses sur lui ! À quoi doit-il sa bonne fortune, et comment pourrait-elle durer ?

 

Il  est tombé sur un individu à priori animé d’excellentes intentions à son égard mais énigmatique et  qui se révèle l’une des pires rencontres que l’on puisse faire...

 

 

 

 

Ce récit date de 1967. Trente ans plus tard Adam est au bord de la tombe,  et c’est Jim l’un de ses ancien congénères de Columbia, qui vient  de recevoir son texte.  Avant de mourir,  Adam veut écrire le récit de sa vie, pendant cette année 67 qui décida de toute son existence ultérieure. A son ami, il lègue son premier récit et deux autres, le second écrit à la deuxième personne, le troisième conté par un narrateur omniscient, comme si Adam devait prendre du recul face à des événements éprouvants. Ecrit à la va-vite, car il n'a plus le temps....

 

 

 

 

 

Ce roman est typique d’Auster. On y retrouve ses thèmes favoris, pour commencer le problème de l’antisémitisme.

Adam est juif, et ce titre «  Invisible » c’est son sentiment de devoir se dissimuler.  Sa famille portait un nom polonais imprononçable qui a été anglicisé en « Adam Walker » (idem pour Sid dans La Nuit de l’oracle).

L’un des personnages de cette Nuit, se dissimulait dans un abri anti-nucléaire...dont il ne sortait pas, car Sid ne savait pas comment continuer l"histoire.

 

Ici, guidé si j'ose dire ! par l'invisibilité du titre, nous attendons que plusieurs personnages se rendent invisibles, dissimulant leur véritables personnalité, leurs sentiments, leurs actions leurs motivations.

 

C’est vrai surtout de Born, mais les autres vont se révéler plutôt transparents.

 

 

La pluralité de narrateurs-personnages apporte au roman une apparence de complexité. Ici, nous en avons trois : Jim est en train de lire  le récit d’Adam, qu’au début nous croyons être seulement de lui ; on apprend progressivement à quel point Jim peut et doit l’avoir transformé....

 

Deux écrivains amis, dont l’un recueille le récit de l’autre qui ne peut aller plus loin,  va le mettre en forme, et se faire un devoir de  poursuivre des investigations pour mieux comprendre cette existence qui s'offre à lui : c’est aussi plus ou moins l’intrigue de Léviathan qui est ici reprise. Jim devient une sorte de double d’Adam, et nous allons bientôt comprendre que les textes que nous lisons sont à la fois les siens et ceux d’Adam à qui il aura servi de «  nègre » littéraire, volontairement et par amitié.

 Jim devient narrateur à son tour pour raconter sa réception du récit, les événements qui suivirent, ses recherches ultérieures.

Un troisième narrateur intervient, Cécile, qui clôt l’ouvrage …

 

Ces récits à plusieurs voix  sont fréquents chez Auster.

 

A quoi servent-il dans ce cas ? N’aurait-ce pas été plus simple de donner le récit d’Adam et celui de Cécile, et, pour que nous ayons la version de cette femme,  de faire se retrouver Adam et Cécile ?

 

Encore que la version de Cécile n'étonne pas le lecteur, qui avait compris depuis longtemps le personnage de Born. Et ce qui arrive à Cécile aurait pu tout aussi bien arriver à Adam...!

 

Bref, Auster aurait pu se borner à relater le récit d'Adam, l'année 1967, puis le retrouver plus tard pour une ultime confrontation peut-être plus décisive que celle qui oppose la narratrice Cécile à Rudolf Born. Cécile reste un personnage secondaire dont on n'attend pas grand chose. Je ne vois pas l'intérêt d'avoir rendu Adam incapable de continuer sa narration.  Le fait que sa soeur nie une partie de son récit la concernant ne m'a pas intéressée non plus. Cette soeur, belle, brillante, surdouée, nous-dit-on,  n'a rien de surprenant dans les mots...

 

D'autres personnages ne tiennent pas leur promesse, notamment Margot, qui s'avère n'être rien de plus que ce qu'elle paraissait au départ...

 

 

Auster cherche à déconcerter le lecteur.

Ce n'est pas nouveau, et l'on aime bien qu'il nous "perde" ainsi.Si  le jeu en vaut la chandelle... je ne suis pas sûre que ce soit le cas dans ce nouvel opus.

 

 

Le thème de l’inceste,  je ne me souviens pas de l’avoir déjà rencontré chez Auster ( mais je suis loin d’avoir tout lu de lui). Remarquons aussi les descriptions d’actes sexuels frénétiques, et l’importance qu’Adam accorde à la sexualité.  Ces descriptions ne sont pas ce que j’ai préféré dans le roman ; je ne les ai pas trouvées originales. Peut-être n'est-ce qu'un début, et allons nous découvrir un Auster plongeant dans l'érotisme, sur le tard. Je doute qu'il y excelle...

 

 

 

 

 

Narration, description et dialogues sont pourtant bien équilibrés.

Les parties plus anecdotiques du récit concernant la vie quotidienne des personnages sont étonnamment justes. Notamment, j’ai aimé la façon dont Adam Walker relate son expérience de magasinier dans une bibliothèque universitaire. Pour  avoir connu moi-même une pratique similaire, je ne peux que saluer la remarquable pertinence du propos.

 

Dans  l’ensemble ce roman est  mieux construit   que «  Seul dans le noir », plus cohérent, dans la mesure où le fil conducteur est le personnage  de Rudolf Born, fil qui n’est jamais perdu de vue.

 

Bonus!  trois extraits d'Auster façon érotique :

 

1) Margot dévêtue révélait sa minceur presque sa maigreur, de petits seins d'allure adolescente, des hanches menues, et des bras et jambes nerveux.Une bouche pulpeuse, un ventre plat au nombril légèrement protubérant, des mains tendres, un buisson touffu, des fesses solides et une peu d'une blancheur extrême... Margot était si au fait de l'art de mordiller, de lécher et d'embrasser, si peu réticente à m'explorer des mains et de la langue, à attaquer, à se pâmer, à se donner sans coquetterie ni hésitation qu'il ne me fallut pas longtemps pour me laisser aller.

 

 

 

2) Gwyn la soeur d'Adam déclare : j'adore le corps des hommes, et j'éprouve une affection particulière pour cette chose qu'ils ont que les corps féminins n'ont pas. Etre avec une femme est assez agréable, mais ça n'a pas la force d'une bonne vieille culbute hétéro à l'ancienne.

 

3) ... elle trouve fascinante la toison qui est apparue sur ta poitrine et considère avec un intérêt inlassable la mutabilité de ton pénis : membre inerte et ballottant tel que le décrivent les manuels de biologie, titan phallique dressé de toute sa taille à l'acmé de la bandaison, petit être rétréci et épuisé lors de la retraite post-coïtale. Elle qualifie ta bite de spectacle de variété... emportée par la monte de l'orgasme, elle a tendance , toutefois, à revenir aux utilités contemporaines, recourant pour exprimer ce qu'elle ressent aux mots les plus simples et les plus crus du lexique. Con, chatte, baise. Baise-moi, Adam. Encore et encore... pendant un mois entier tu vis en captif de ce mot, prisonnier volontaire de ce mot, incarnation de ce mot.

 

 

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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 00:20

vann-Suckway Island

Gallmeister, 192 pages

 

    Jim et son fils de treize ans, Roy, sont partis vivre en Alaska sur une petite île , pour un an.  Une cabane les y attend.

 

Ni eau courante, ni électricité, un poêle rustique, et pour tous moyens de communications avec l'extérieur, une radio élémentaire, un avion d'approvisionnement qui passe de temps à autre, et  la possibilité d'allumer des feux de détresse.

Ils devront vivre de chasse et de pêche comme les anciens pionniers, apprivoiser l'île.

Ceci est présenté à Roy comme une aventure, mais le jeune garçon est loin de se sentir enthousiasmé. Son père et sa mère ont divorcé, il est à la garde de la mère, et, sans que l'on sache pourquoi, celle-ci l'a encouragé à partir avec son père, bien qu'elle n'ait nullement confiance en lui.

 

L'expédition n'a pas été bien préparée par le père, et dès l'arrivée, de multiples problèmes pratiques se posent, que Roy doit apprendre à résoudre aussi bien que Jim, comme un adulte.

 

Ce ne serait rien si le père ne souffrait d'une instabilité de caractère qui confine à la manie-dépressive. Toutes les nuits il pleure, raconte à Roy sa vie conjugale compliquée , exprime son désespoir. Le matin, il est de très bonne humeur, le soir il s'assombrit avec la tombée de la nuit.

Tantôt il parle beaucoup, tantôt il est silencieux pendant trop longtemps, mais Roy est sûr d'une chose : son père ne s'adresse jamais vraiment à lui, il ne fait que monologuer...Pire, il ne l'a pas intégré mentalement comme son fils, peut-être même pas comme un être humain à part entière...

Il s'absente fréquemment physiquement ou mentalement , organise des expéditions fort longues en plein hiver, et met leur vie en danger. Un jour, il tombe dans un ravin, chute probablement voulue... Roy se défend comme il peut, fait preuve de sans-froid et d'organisation.... mais on sent qu'un nouveau drame pourrait se produire.

 

J'ai bien aimé la première partie du roman. La relation impossible entre Jim et Roy est présentée avec justesse et intelligence. Le récit est sobre, sans effet de style, et sans beaucoup d'originalité non plus, mais les descriptions sont claires, les mots précis, les réflexions du jeune adolescent intéressantes. D'autre part on attend un événement et la tension entre Jim et son fils monte graduellement avec efficacité. On s'attache beaucoup à ce garçon, très lucide pour son âge.

 

Ce qui arrive à la fin de la première partie m'a beaucoup surprise. Effrayé et déstabilisé, Roy me paraissait  tout de même avoir suffisamment  de bon sens et de solidité...

La deuxième partie m'a semblé ennuyeuse, et je l'ai survolée plutôt que lue. Au début, le changement de situation présente de l'intérêt : comment Jim va-t-il réagir à propos de Roy? Nous avons quelques pages bien rendues, et assez insoutenables.

Si le récit s'interrompait là, nous aurions une longue nouvelle plutôt réussie.

 

Mais les errements de Jim continuent inlassablement, sans rien apporter de plus que dans la première partie. Il ne fait que se répéter. L'action progresse certes, mais je ne me suis pas intéressée au devenir de ce personnage, allez savoir pourquoi...!

l'écriture n'est pas suffisamment attrayante pour que l'on suive avec intérêt une deuxième partie dans laquelle il n'y a plus d'enjeu, et quasiment plus d'intrigue.

 

  De bons billets sur Sukwann Island :

 

In Cold Blog( interview de l'auteur)

 

Avis positifsMartine   

Ys

Keisha

Cuné  

 

Avis plutôt négatifs :  

Fashion 

  Mango 

 

 

 

 

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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 16:12

 

1964, 535 pages ( édition Folio)

 

L' un des romans les plus célèbres de Saül Bellow( 1913-2005), romancier  américain juif et russe, prix Nobel de littérature 1976.

 

Moses Herzog, professeur à l'université de Philadelphie s'est mis en congé et a regagné le Berkshire, Ludeyville, où il a acheté une maison de campagne. Divorcé d'avec Madeleine, il s'inquiète de sa petite fille Junie, dont son ex-épouse a la garde.

Il ne fait pas confiance à Madeleine qu'il juge à présent  un produit navrant de l'intelligentsia américaine, ni à ses caprices, sa soudaine conversion théâtrale au catholicisme ayant précipité le divorce. Quant à son nouvel ami Gerbach, ce « poète des medias », c'est vraiment un pauvre type...

 

La principale activité d'Herzog est la pratique assidue du soliloque. Il revit son passé en zigzag, au hasard des rencontres et des idées qui lui traversent l'esprit.

Chaque soliloque aboutit à un début de lettre, un ou plusieurs pages: le destinataire est soit l'un de ses proches vivant ou mort, soit un de ses maîtres à penser qu'il a longtemps étudiés et dont il doute à présent. Des missives seront ansi destinées à Tocqueville, Nietzsche, Spengler, Roosevelt, Spinoza... et Dieu lui-même plus d'une fois!

 

Autrefois occupé à une thèse intitulée «  Romantisme et christianisme » , il en est détaché aussi. Il faisait confiance à Tocqueville , mais ne sait plus si les Romantiques ont vraiment tort , s'en lise dans les contradictions et se le répète. Il a » du mal » avec Hegel.

 

 

Subitement, il quitte le bled où il se morfondait, gagne Vineyyard, banlieue New-yorkaise , pour aller voir d' anciennes maîtresses, rumine de sombres pensées concernant sa fillette, qu'il suspecte de plus en plus d'être maltraitée. Il se rend chez son avocat Smirkin, pour lui demander son avis. En effet, lorsqu'il se sentait dépressif, Herzog a fait de Valentin le tuteur de sa fille, et l'a nommé exécuteur testamentaire. Grave erreur, se dit Moses, à présent persuadé que Madeleine et Valentin sont irresponsables et dangereux. Autrefois, c'était lui-même qu'il considérait comme irresponsable...

Dans la salle d'attente de Smirkin, il voit un couple accusé de tentative de meurtre sur leur enfant de trois ans qu'ils on fracassé contre un mur. Fortement secoué, Herzog décide soudain d'aller chercher Junie , décidé s'il le faut à tuer Madeleine et Valentin Gersbach...

 

Cinq jours de la vie d'Herzog nous sont ainsi relatées à la troisième ou à la première personnes, cinq journées décisives, en sept chapitres, une crise et son dénouement.

Les pensées d'Herzog, ses règlements de compte avec les penseurs qui forment son horizon intellectuels , et avec ses proches, se télescopent avec ses déplacements dans le réel. Il va d'un endroit à l'autre dans le réel comme dans ses souvenirs.

 

C'est un roman autobiographique ( celle du personnage Herzog, qui forcément, s'inspire de l'auteur).A partir de cette crise, c'est toute sa vie qu'Herzog évoque, ses parents, ses mariages ratés, son parcours intellectuel qui ne lui plaît pas. Nous avons un tableau des mœurs de son époque, de différents couches sociales, de personnages très variés. Le monde du spectacle est satirisé, représenté par Gersbach animateur de télé, et Madeleine, plus actrice dans la vie qu'à la scène, une très jeune femme qu'Herzog a épousée par attirance sexuelle, mais avec qui il ne pouvait guère s'entendre...

 

L'humour est la principale qualité d'un tel roman. Les lettres qu'Herzog commence à rédiger sont souvent à mourir de rire. Lui-même moque plus ou moins sa personne et son parcours. 

 

Saul Bellow est aussi l'auteur des " Avventures d'Augie March" roman picaresque, dont le héros est assez proche d'Huckleburry Finn.

 

.

 Une autre lecture  sur le blog de Phil

 

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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 00:46

The Crying Of Lot 49, 1 er publication mars 1966; traduction en 1987 au Seuil( Fiction & Cie).  

 

Oedipa Maas, l'héroïne, s'ennuie avec quelques amies à une tupperware party. Elle a trop bu.

De retour chez elle, une lettre l'attend pour l'informer de la mort de son ex-amant Inverarity Pierce, promoteur immobilier. Il l'a nommée exécutrice testamentaire, ce qui lui vaut de devoir se rendre à San Narciso ( Californie) pour s'occuper de l'affaire.

 

A San Narciso, elle va rencontrer Metzger autre exécuteur testamentaire. Il faudra vendre l'immense collection de timbres appartenant à Pierce.

Du temps où elle fréquentait cet individu, sa collection l'irritait .A présent, elle trouve sur chacun d'eux le dessin d'un cor postal muni d'une sourdine. Ce dessin, elle l'a vu aussi plusieurs fois sur les murs de la ville ainsi que dans les toilettes d'une auberge avec l'inscription WASTE, un nom ou un acronyme?


Un certain Mike Fallopian au bar du Scope lui conte l'histoire de soldats pris dans une embuscade en Italie, «  des postiers de l'armée » dont on repêcha les os après qu'ils se furent noyés; Lesquels os furent vendus à diverses firmes et servirent à fabriquer des filtres à cigarettes : une société que Pierce exploitait.


Avec la sympathique compagnie, des Paranoïds groupe de rock fondé par de vrais quadruplés ,elle    

assiste à une pièce élisabéthaine «  la Tragédie du courrier »particulièrement sanglante.

L'héritier d'un duché italien, Niccolo, menacé par la famille de son demi-frère bâtard, et tenu à la clandestinité, s'est enrôlé comme postier; il est assassiné par des brigands .


Oedipa médite sur des vers apparemment obscurs «

 Comme Thun and Taxis celui que l'on connut

Tombe sous le stylet toujours par thorn tenu

Tacite désormais pose sa corne d'or

Nulle étoile sacrée ne veille quand il dort

Sur l'ancien compagnon du pauvre Trystero.

 

Le nom de Trystero l'interpelle, bien qu'il ne soit prononcé qu'une seule fois dans la pièce. Il lui faut savoir qui est ce personnage.

Dès lors l'interprétation du testament de Pierce va se confondre avec le possible déchiffrement de ce nom « Trystero », et la démarche d'Oedipa devient une quête fort complexe.

 

Mi résultat d'enquête, mi affabulation de sa part, elle finit par établir qu'un réseau de courrier postal clandestin s'est développé en Europe au 15eme siècle. Le service postal du Saint-Empire romain germanique » Thun and Taxis » fut doublé par un certain « Trystero », l'héritier déshérité d'un membre honorable et décédé dudit service postal.

Ses compagnons et lui pervertirent le service postal ordinaire, soit en volant le courrier , soit en attaquant les messagers officiels, soit en intervertissant les lettres aux destinataires... l'emblème du réseau Trystero fut ce ce cor muni d'une sourdine.

 

Héritier déshérité, imposteur, trafiquant de timbres, bandit des grands chemins,

ancêtre des «  amoureux anonymes », de part sa parenté phonétique avec Tristan, qui fut Trystero ?

 

Oedipa ( Oedipe au féminin) se débat dans une foule de messages mystérieux. Elle attend du «  système Trystero » l'expression d'une marginalisation étouffée depuis longtemps.

 

Ce mystère devrait s'éclairer avec l'apparition de l'acheteur du lot de timbres.

«  49 » est aussi l'âge de l'auteur lors de la parution du livre ( Pynchon est né en 1937).

 

 

 

«  Si Trystero n'est rien alors l'Amérique est fichue » dit Oedipa dans un long monologue final. Elle s'est entichée et nous la comprenons de ce héros marginal mythique et pense qu'il se manifestera par delà les siècles pour lui apporter un Message Essentiel.

 

Pourtant, la reconstitution au fil des siècles du système Trystero ( qui n'est autre que la métaphore de la littérature selon Pynchon ,autre langage que l'officiel, messages parallèles et codés, invention d'une autre vie «  souterraine »; tiers exclu de la société, perversion des messages officiels,...) souffre bien des lacunes.

En effet, notre triste héro-ïne,Oedipa, est amateur de boissons forte : durant toute l'histoire, elle ne dessaoule pas, et ses interlocuteurs non plus,quitte à se pinter...au vin de pissenlit, lorsqu'ils ne trouvent rien de mieux!

 

Dans cette œuvre ouverte ( au sens d'Eco) le nombre de sphinx consultés est élevé : tous se piquent de savoir quelque chose

Il est vrai que souvent c'est l'héroïne qui les met au défi de lui apprendre quelque chose et sollicite des histoires...

 


 

 

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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 23:00

A la poursuite du bonheur

 Blogotrésor n ° 4


Belfond, 2001.

 

Aux obsèques de sa mère, Kate, découvre une femme de 75 ans qu'elle n'a jamais vue, mais qui la regarde avec insistance et semble la connaître. Cette dame se recueille aussi sur la tombe du père de Kate, décédé alors qu'elle était toute petite..

Bientôt cette inconnue lui envoie des messages, lettres,emails,télégrammes,appels téléphoniques...

Cette soudaine intrusion irrite Kate, d'autant plus qu'elle connaît une existence difficile avec son ex-mari, son petit garçon, son frère qui n'entre en relation que pour demander de l'argent, et ce deuil d'une mère avec qui elle ne s'entendait pas...

Mais c'est aussi à cause de toutes ces frustrations qu'elle va accepter de prendre connaissance du récit de Sara Smythe .


En 1945,dans une soirée organisée par Eric son frère, Sara rencontre le père de Kate, Jack Malone. A cette époque, ils ont un peu plus de vingt ans, et fêtent la fin de la guerre. Sara est une jeune femme cultivée, à moitié émancipée, journaliste à New-York, très indépendante pour l'époque. Eric son frère cherche à percer comme auteur dramatique. Jack est soldat, mais lui aussi écrit.

Jack et Sara vivent ensemble une nuit avant qu'il ne reparte au front. Cet amour dure d'autant plus que les amants trouvent sur leur chemin une grande quantité d'obstacles( très variés) à leur bonheur, mais pas de totale impossibilité.


Et même pendant un certain temps, Sara sera très heureuse«  j'adorais la compagnie de Jack,l'avoir dans mon lit, parler avec lui, mais je ne détestais pas me retrouver en tête-tête avec moi-même quand le week-end arrivait. Ma brève et désastreuse cohabitation avec George m'avait prouvé que je n'étais pas de celles qui renoncent facilement à leur jardin privé, et malgré toute la passion que je vouais à Jack, je reconnaissais qu'il était bon de vivre trois jours à mon propre rythme, selon mes seules envies. »

mais cela ne va pas durer, rassurez-vous...!


Certains passages sont très bons : j'ai aimé celui où Sara devient  l' épouse d'un employé de banque obtus, et la  belle fille d'une maîtresse femme sadique, dans une petite ville de province. Les pages sur le marccarthysme dans les années cinquante sont également réalistes et bien documentées.


Mais il y a aussi des dialogues faibles et interminables, et un peu trop de catastrophes inutiles...

 

Voilà un roman bien romanesque, ficelé comme un bon saucisson, un peu trop gros toutefois, réservé aux appétits plutôt gargantuesques, et aux amateurs de fast-food ( de temps à autre, on se laisse tenter...)

 

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13 août 2009 4 13 /08 /août /2009 23:49

 

texte de 1897.

10/18, 1993, 241 pages.

 

Challenge ABC : J

 

Mrs Gereth est en conflit avec Owen, son fils qui, maintenant fiancé, veut s'installer dans la demeure familiale de Poynton dès qu'il aura épousé Mona Brigstock. Il a hérité de ces biens tandis que sa mère devra s'installer dans un modeste cottage à Ricks.

 

Mrs Gereth est très attachée à ce château, qu'elle a meublé et décoré elle-même avec des objets d'une réelle valeur artistique. Son fils ne comprend rien à l'art, sans parler de Mona, qui n'est sensible qu'à la valeur marchande, et à la possibilité d'en jeter plein la vue à ses relations.

 

Heureusement, la dame a rencontré Fleda Vetch, une jeune fille pleine d'esprit et de goût, qui a tout de suit aimé Poynton. Fledan n'a pas de domicile réel, vit tantôt chez son père, tantôt chez sa sœur mariée,dans des quartiers modestes, ou chez les gens qui l'invitent.

Mrs Gereth va la tirer de cette gênante situation en la prenant à son service. Le statut de la jeune fille n'est pas très bien défini. Elle est demoiselle de compagnie, mais doit aussi servir d'intermédiaire entre le fils et la mère qui ne se parlent plus.

En effet, Mrs Gereth a osé faire retirer de Poynton tous les objets de valeur auxquels elle tenait. Elle s'est mise hors la loi, et Mona ne veut plus se marier tant que les objets ne seront pas restitués. Mrs Gereth de son côté, a aussi ses exigences pour restituer lesdits objets, et dans son esprit Fleda doit jouer un rôle primordial auprès de son fils...Fleda accepte jusqu'à un certain point...

 

 

voilà un roman passionnant, une belle réussite d'Henry James. Le personnage de Fleda est vraiment magnifique, cette jeune fille pauvre, qui navigue entre plusieurs écueils, et maintient ses exigences :elle ne se soumettra à aucune bassesse, contrainte pour ce faire, de résister à la fois à Mrs Gereth et à Owen, que pourtant elle aime. Son sentiment amoureux la fait rêver mais ne l'aveugle pas. Mrs Gereth est une femme en même temps ingénieuse et idéaliste, qui croit pouvoir imposer ses volontés en usant d'un stratagème, oublieuse de la vraie nature des êtres. Le personnage du jeune homme est veule, fluctuant, assez bête, prêt à se jeter dans les bras de n'importe quelle femme, qui lui dit ce qu'il veut entendre; un pleutre, comme presque tous les hommes.

Tout cela est présenté, comme à l'ordinaire chez James, avec un grand sens du dialogue, du non-dit, de l'ellipse, toutes les ressources de l'ironie .

 

A ne pas manquer!

 

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 23:10

Vladimir Nabokov Lolita ou la Confession d'un veuf de race blanche

(première publication en 1959)



Ce frisson avant-coureur fut déclenché je ne sais trop comment
par la lecture d'un article de journal
relatant qu'un savant avait réussi, après des mois d'efforts,
à faire esquisser un dessin par
un grand singe du Jardin des Plantes ;
ce fusain, le premier qui eut été exécuté par un animal,
représentait les barreaux de la cage de la pauvre bête. »

(Nabokov, A propos de Lolita)



Comme nous l'annonce le mot mis en exergue, l'amour pour Lolita fut déclenché par cette vision d'un singe qui dessine les barreaux de sa cage.

Ce singe est-il Lolita? Ou est-ce Le narrateur?


Ce roman est présenté comme le récit que fit Humbert Humbert en prison où il attendait d'être jugé pour meurtre. H.H. est bien sûr un pseudonyme.

Celui qui le porte vient de décéder, et , selon son vœu, l'ouvrage peut être publié, Lolita étant morte elle aussi.



La Confession de Humbert est présfacée par un soi-disant docteur en philosophie «  Ray » et suivi d'un «  A propos  de l'auteur de Lolita »


Le Dr Ray donne Lolita comme une leçon de morale;  l'auteur ironisera là-dessus, spécifiant que le Dr Ray représente la «  mauvaise lecture par excellence ». Il insistera lui, sur le «  fait esthétique », que représente son amour pour Lolita...



L'histoire:


La première partie compte 33 chapitres, le dernier compte comme un épilogue.


Humbert s'adresse à ses juges et prétend reconstituer son journal intime, déchiré cinq ans auparavant. Il débute par un récit assez bref de sa vie sur le ton de l'ironie et du sarcasme.

Une vie qui comporte beaucoup d'invraisemblances dans les situations, et des morts violentes.

Malgré tout le narrateur est aussi très fleur bleue, sentimental à l'occasion, analytique dans d'autres cas, (érotique? pas tellement...)  ce qui fait un mélange bizarre.


Suisse franco-anglais, il a rencontré à l'âge de 13 ans Annabelle, aussi jeune que lui, en Italie, en est tombé amoureux, et ils se sont séparés.

Vingt-quatre ans plus tard, Humbert tombe amoureux une seconde fois de Dolorès ( Dolor) qu'il appellera Lolita ou «  ma Lo », lors d'un séjour en Amérique.

Nous sommes en 1947.

Il est professeur de littérature et écrit des manuels de français à l'usage des étudiants anglo-saxons. Il a connu plusieurs dépressions et fréquente des maisons de santé. Il cherche une retraite en Nlle Angleterre, et se sent d'humeur à travailler...

Or, il va hélas, cesser toute activité intellectuelle pour avoir aperçu la fille de sa future logeuse à Ramsdale où on lui propose d'emménager. Humbert constate qu'il plaît à Louise Haze sa logeuse. Ce fait l'insupporte, il  a horreur des femmes faites.

C'est sur une imitation de la Riviera, que Louise Haze la logeuse un peu snob  a posée sur sa pelouse, qu'il voit Lolita ,12 ans ½, nonchalamment allongée.

Il croit revoir Annabelle, son amour de 13 ans «  Annabelle Lee » que Poe chanta.



Il s'explique longuement sur son choix amoureux «  les nymphettes de 9 à 14 ans ». Les filles pépubères, ni complètement petites filles, ni tout à fait adolescentes, avec force références littéraires, et tente de capter le charme qu'elles exercent sur lui. Dante, Virgile, Pétrarque, selon lui,  ont aimé des fillettes et en ont fait leurs inspiratrices ( Béatrice, Didon, Laure).


A cause de Lolita, il emménage dans cette maison, supporte la maman, son club littéraire et ses bavardages, réussit à se satisfaire de Lolita en la touchant à peine. Il détaille une sorte de gymnastique acrobatique incroyable, comico-tragique, à laquelle il se livre, alors que la fillette lui est déjà devenue familière.

Les événements précipitent sa perte, son entrée dans l'illégalité. Lo est envoyée dans un camp de vacances. Pour la revoir, Humbert est contraint d'accepter les avances de sa mère et de l'épouser.

Hélas, la mère veut la mettre en pension. Pire, elle découvre l'agenda secret de son époux. Alors qu'il se croit perdu, assez comiquement, elle se fait écraser par une voiture en traversant la rue.

Nous voyons clairement que l'intrigue n'est qu'un prétexte, mais y prenons goût tout de même.



Le voilà en train de présenter son rival Clare Quilty, auteur dramatique de son âge, qui va aussi s'intéresser à Lolita....


Humbert se rebaptise plaisamment Mr Hyde. Jeune veuf, (il a trente-sept ans) il va retrouver Lolita au camp de vacances, et le périple commence. Il n'osait rien trop lui proposer à « l'hôtel des Chasseurs enchantés », mais elle «  se donne » et n 'était plus vierge. Humbert avait préparé de la drogue pour l'endormir mais n'a pas eu à en faire usage.


La deuxième partie c'est « notre grand voyage à travers les Etats-Unis ( d'aout 47 à 48 et jusqu'en 1952.) La Nlle Angleterre, Le sud, Dixieland, le Pays du coton, les Montagnes Rocheuses, les déserts du sud ( en hiver), la côte Pacifique jusqu'au Canada, l'est jusquà la côte Atlantique, avec pour point de chute le site universitaire de Beardsley où Lo fut à l'école quelque temps.

 

Car " Lolita " c'est aussi et peut-être avant tout, un road-movie très réussi, avec une remarquable course-poursuite...

 



Dans le dernier chapitre Humbert s'adresse à Lo.


L'aventure tourne assez mal.La relation de ce couple un peu spécial évolue vers la séparation.

Le professeur Humbert s'ennuie à mourir avec Lolita, fillette au demeurant assez vulgaire et sans goût pour se cultiver ; il se sent bientôt suivi et remarque que Lo disparaît et revient pour de courtes périodes. Il repère une voiture mais ne pourra empêcher Lolita de lui fausser définitivement compagnie en 1950, lors d'un séjour à l'hôpital.


Deux ans plus tard n'ayant pas trouvé son rival, qui se fait inscrire dans les hôtels sous des noms facétieux, il reçoit une lettre de Lo, mariée et enceinte. Elle a vécu avec Quilty, et s'est sauvée pour échapper à des partouzes. Elle a trouvé un ami de son âge, un ouvrier,l'a épousé...

Humbert va chercher Clarence...


__________________


L'auteur retient ce qu'il y a de pervers dans l'amour, pour à partir de cette perversion, en dégager une transmutation esthétique. De la perversion à l'art s'opère une transformation, qui n'est ni de la sublimation ( Humbert ne renonce pas à la sexualité) ni de l'idéalisation ( il reste cynique et lucide, quoique éperdu d'amour).


Il n'aime pas le Souvenir de Léonard de Freud.

Forcément, car il voudrait que son art soit inné, alors que Freud désignait ,à l'origine des œuvres d'art, des expériences fantasmatiques de l'enfance, que certaines personnes auraient ensuite arrangée de manière à produire une œuvre esthétique.


Nabo nous dit de remarquer le jeu de tennis de Lo . Sa façon de jouer au tennis est « perverse par excellence, » car elle ne cherche pas à atteindre le but fixé par le jeu, ni à marquer des points. C'est même dans cette façon de perdre qu'elle a les poses les plus singulières et les plus esthétiques.


«  Ma Lolita, en arrangeant l'essor ample et ductile du cycle de son service, avait une façon inimitable de lever son genou gauche légèrement plié et pendant une seconde on voyait naître et flotter ans le soleil la trame d'équilibre vital que formaient le bout de ce pied pointé, cette aisselle pure, ce bras poli et brun, sa raquette levée haut en arrière ».


Déesse «  Elle souriait, les dents étincelantes, au petit globe suspendu dans le ciel, au zénith de ce comos puissant et délicat qu'elle avait créé à seule fin de l'abattre d'un coup bref et retentissant de son fléau d'or ».


«  le long essor de la balle, dépourvu d'effet et de mordant »


elle y est toujours gaie ( «  elle l'est si rarement dans sa sombre existence auprès de moi »)


«  Son style de tennis... était au sommet de ce qu'on peut atteindre dans l'art du faux-semblant »

-clarté exquise de ses mouvements

  • contre-partie acoustique dans le claquement de chacun de ses coups.

Lorsqu'il tue Clarence c'est avec un « claquement ridiculement menu et infantile que le coup partit. La longueur du meurtre, le corps à corps dérisoire,le fait qu'il mette Clarence et lui sur le même plan ( un vieux drogué et un pervers au cœur malade) fait penser qu'il tue une mauvaise partie de lui-même, non artistique.


Nabokov cite largement la «  Recherche «  : il est clair que Lolita est une sorte d'Albertine  "je voudrais appeler la dernière partie «  Lolita disparue ».


La conclusion, Nabokov nous la joue « jamesienne » : Lui et Lolita « ce serait la vieille Europe, tendant ses bras fatigués à la Jeune Amérique ».


la « jeune Amérique », Lolita, c'est cette gamine de douze ans, forcée de vivre maritalement avec l'époux de sa défunte mère, puis avec l'homme qui les suivait, espérant être tombée en de meilleures mains; hélas, ce fut pire, et à 17 ans, sans ressources la voilà mariée à un ouvrier de son âge. Et enceinte. Elle se croit enfin tirée d'affaire, et mourra en couches...


Je n'ai pas répondu à la question: Lolita ne fut-elle, en dépit de toutes les grandes théories esthétiques de l'auteur qu'un petit singe que l'on dresse et dont on prend plaisir à voir qu'il sait dessiner les barreur de sa cage? Où est-ce le narrateur qui est prisonnier, et son roman le dessin des barreaux d'une cage?



Lolita a été adaptée au cinéma en 1962, par Stanley Kubrick. Un film critiqué, que, personnellement j'aime beaucoup, au moins autant que le roman. On y voit bien l'évolution de la relation d'Humbert avec l'adolescente qu'il fait passer pour sa fille avec plus ou moins de bonheur, les conflits qui naissent au sein de ce couple, et la composition de Peter Sellars en Quilty est remarquable.


 

 

Pour une autre expérience Nabokovienne, je vous conseille aussi et surtout " La vraie vie de Sébastien Knight" que j'ai chroniquée.


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10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 14:56

Un monsieur âgé et handicapé, August Brill, se raconte une histoire la nuit pour occuper ses heures d'insomnies.

Une histoire comme quoi il y aurait une autre Amérique qui aurait connu avec l'entrée dans le 21eme siècle une destinée divergente de celle que nous connaissons : des état auraient fait césession et seraient devenus socialistes ( du moins en intention), sous le nom d'Etats-unis indépendants.

Les autres états ( Washington Californie, tout le fief de Bush) auraient pris le nom de Pacifica. Les deux groupes d'état se feraient une guerre sans merci.


Notre insomniaque jette dans cette tourmente, un citoyen vivant dans l'Amérique habituelle, Brick.

Brick dormait tranquillement auprès de son amie... le voilà au fond d'un trou, avec un casque de soldat sur la tête.

 

Il se retrouve en pleine guerre, caporal,et chargé d'une mission , tuer l'écrivain qui a créé cette Amérique démoniaque.


Brill s'appuie sur Giordano Bruno «  si Dieu existe, il a pu créer une infinité d'autres mondes ».

 

C'est presque tout. Car le jour, Dieu n'a pas créé grand chose de bon. L'insomniaque Brill ancien journaliste, vit avec se fille Miriam, et sa petite fille Katya : tous ont des problèmes de deuil respectifs et broient du noir, plus ou moins seuls. L'occupation préférée de notre homme est de regarder de vieux films au magnétoscope avec Katya et d'en faire une relecture à partir de l'attention portée à de petits détails restés souvent ignorés du spectateur moyen. Ainsi revoit-on d'un œil neuf Ozu et son «  Voyage à Tokyo ». La plupart des propos tournent autour de la condition féminine.

 

 

L'hi stoire de Brick dans l'autre monde pourrait avoir une certaine force, mais elle tourne court, le vieux monsieur n'ayant pas envie de la poursuivre : c'est l'aube, et Katya sa petite fille vient le rejoindre pour lui demander de raconter sa vraie vie à lui. Qui, on ne s'en étonne pas, sera assez proche de celle de Brick...

 

C'est un récit agréable, avec des réflexions pertinentes, mais un récit de Brick et de broc, pas un roman cohérent. J'ai préféré «  Dans le scriptorium » malgré son côté ... austère, et plus encore «  La Nuit de l'oracle » , pratiquement mon préféré...

 

Mais " Seul dans le noir" a ses afficionados, par exemple Fashion.


je serais plutôt d'accord avec Cuné, qui regrette que l'histoire de Brick ne soit pas plus développée...

 


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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 23:41

Christian Bourgois, 2008. ( titre original «  Feathered ») 227 pages



Deux lycéennes de 18 ans quittent leur Illinois natal : Anne et Michelle vont au Mexique pour les vacances de printemps. Elles sont proche de leur examen de fin d'études secondaires, et ce voyage doit signifier leur entrée dans la vie adulte, même s'il ne dure que cinq jours.


Michelle n'a pas eu de père. Sa mère ne trouvait personne à son goût et s'est fait inséminer artificiellement. Elle semble avoir choisi le spermatozoïde dans un catalogue de vente «  pour mille dollars, je sais qu'il a les yeux verts et qu'il est violoncelliste ».

La jeune fille ne cache pas qu'elle souffre de la situation, répétant souvent qu'être la fille d'un spermatozoïde ne laisse aucun cours à l'imagination, mais semble socialement adaptée. Elle est heureuse de quitter enfin une maman omniprésente,sur protectrice, certaine qu'il va enfin lui arriver quelque chose.


A peine arrivées à Cancun, le soleil et la mer les éblouissent, mais pas l'atmosphère bruyante qui règne dans cet hôtel, un lieu fait exprès pour le bronzage la baignade et la drague. La station balnéaire  touristique n'a rien de dépaysant.


Les deux amies acceptent la proposition d'un homme d'âge mûr, qui se prétend historien et archéologue. Il propose de les emmener au temple de Chichèn Itza. Là-bas, dans un décor impressionnant, se dresse une pyramide, où les anciens Mayas sacrifiaient des jeunes filles vierges pour offrir leur cœur à un dieu du même genre que le Quetzacoatl des Aztèques. Approcher d'un peu plus près une civilisation si différente de la leur serait la moindre des choses...

Ainsi, elles seraient venues au Mexique pour se cultiver, faire des découvertes, et pas seulement se regarder bronzer...

Anne craint l'homme : elles ne le connaissent pas, et n'auraient pas dû accepter la proposition. Les mères leur ont répété sur tous les tons de ne suivre aucun inconnu, même de bonne mine et avec les yeux bleus. D'ailleurs lui-même les raille en les qualifiant d'imprudentes!

Et pourtant, les voilà parties en voiture avec cet individu...

Ses propos sur les sacrifices et coutumes de vie des Mayas ne tardent pas à terrifier Anne.

L'homme est peut-être fou?

Ou simplement pervers?

Tandis que Michelle, au contraire, est de plus en plus heureuse jusqu'à boire les paroles de l'inconnu. Cette évolution contraire des sentiments des deux amies va les mettre en danger, car elles se désolidarisent, et se séparent ; Anne reste en bas de la pyramide, anxieuse, tandis que Michelle grimpe avec légèreté vers le ciel à la suite de son mentor.


Le roman est court, efficace, plein de détails réalistes, qui mettent en valeur les personnages: personnalité exaltée de Michelle son mysticisme ingénu, le désarroi croissant d'Anne. Le portrait au vitriol de la mère de Michelle fait sourire. Certains personnages-clefs restent ambigus aussi longtemps qu'il le faut pour nous tenir en haleine, et le tour que prend le récit ne cesse de surprendre jusqu'à la fin.

Le récit est écrit de deux points de vue alternatifs -Anne à la première personne- Michelle à la troisième.

Les adolescentes se trouvent prises au piège. Pour profiter de leur séjour, elles sont forcées de prendre quelques risques. On comprend qu'Anne soit effrayée et se jette dans la gueule du loup, alors qu'elle croit y échapper et que Michelle cède au désir de visiter une pyramide avec un bel inconnu. Toutefois l'adolescente est en pleine contradiction, voudrait vivre des aventures hors du commun, dont elle regrette qu'elles soient interdites aux femmes, mais en même temps elle est prête se sacrifier à un dieu pour donner un sens à sa vie!!


Le récit fait signe au «  Serpent à plume » de Lawrence, cité plusieurs fois dans le récit. En effet, dans ce roman ( publié vers 1930), l'écrivi anglais DH Lawrence y mettait en scène une femme voyageant au Mexique, qui, tentée par deux beaux jeunes gens qui s'identifiaient aux dieux mayas et aztèques, sacrifiait avec eux à des cérémonies rituelles. Mais cette héroïne, deux fois plus âgées que nos adolescentes, et aventureuse sans être folle, ne mettait   en danger ni ses jours ni sa vertu.

Toutefois les deux filles ne connaissent pas ce texte, et le lecteur, lui, se demande ce que pense Laura Kasischke de Lawrence, qui cherchait dans les rituels des ancien mayas une possibilité de régénération de l'homme spolié par la déshumanisation de l'ère industrielle.

Mais je n'ai pas de réponse à cela.

Simplement, cet ouvrage plein de suspense et au ton juste, est un bon moment de lecture.

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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 23:14

Stock ( Cosmopolite), 1998, 601 pages.


D'après «  We Were The Mulvaney » , 1996.


     l'histoire de cette famille nous est contée par le plus jeune d'entre eux Judd, né en 1963.


En 1993, il a trente ans et réussit à dvenir rédacteur en chef d'un périodique local relativement important de la ville où vécurent les Mulvaney à Mont-Ephraïm dans l'état de New-York.


A la première personne, il raconte, tantôt ce qu'il a vécu, tantôt ce qui lui a été rapporté, tantôt ce qu'il imagine comme vraisemblable d'après ce qu'il sait, de façon à reconstituer un récit linéaire.

«  Ce document n'est pas une confession.... j'y verrai plutôt un album de famille.... fait de souvenirs, de conjectures, de nostalgies, et c'est l'œuvre d'une vie, peut-être grande, et la seule œuvre de notre vie ».


Le ton est assez ironique dans les débuts devient plus grave ensuite, sans jamais se départir d'un léger détachement. Le plus jeune des Mulvaney peut parler de l'épreuve vécue par sa famille, car il y fut, de part son jeune âge, moins impliqué que ses frères et sœur, quoique ayant plus tard, accepté de jouer un rôle important.


Les Mulvaney sont une famille de la bourgeoisie provinciale installée à High Point Farm, une vaste propriété proche de Mont-Ephraïm dans l'état de New-York. Ils possèdent des vaches, des chevaux( chacun a le sien), des chèvres, des chiens, des chats, et des oiseaux.

Ils se servent des bêtes pour faire les intermédiaires dans leurs échanges entre eux. On s'adresse à un animal pour lui demander si Untel  aimerait ceci, ou lui dire ses impressions à propos d' Untel, ce dernier doit se reconnaître et répondre.

Cela paraît soit amusant, soit un peu étrange... et me met mal à l'aise.



La mère de famille, Corinne, aime chiner dans les brocantes et ramène toute sorte d'objets inutiles qui ravissent les enfants ou exaspèrent le père. Le père Michael a été lâché par ses parents, et a une revanche à prendre sur la vie. Il est devenu directeur d'une entreprise de revêtements pour toitures et a réussi à devenir membre d'un club privé de personnes snobs et arrivistes; il a l'impression d'être une sommité.

Corinne et Michael s'aiment. Ils sont un peu exhibitionnistes et se bécotent devant leur enfants, et en public comme s'ils avaient quelque chose à prouver!


Corinne aime son mari, même dans le mariage.

Son secret?

Jouer à s'imaginer qu'ils ne sont pas mariés...

«  lorsque papa et maman se rencontraient en public, même s'ils ne s'étaient quittés que quelques heures et que ce fut à l'école, le jour du matche de foot, au milieu d'une centaine de personnes,, papa accueillait maman avec un grand sourire, un « bon jour chérie! » et lui baisait tendrement la main : même Marianne rentrait sous terre; tellement c'était gênant.

Une des amies de maman lui demande un jour si elle et son mari avaient un secret, et maman répondit à voix basse: «  Oh, cet homme n'est pas mon mari. Nous faisons juste un essai ».



Par petites touches, on nous fait saisir le malaise qui règne dans cette famille ; les personnages sont un peu agaçants mais sympathiques en même temps, fragiles et moins adaptés à la communauté qu'on ne pourrait le croire.




En 1976, lorsque survient la catastrophe, les Mulvaney ont quatre enfants: Michaël 22 ans, Patrick 18 ans ( scientifique, passionné par Darwin), Marianne 17 ans «  belle, parfaite, merveilleuse et très comme il faut", et notre narrateur 13 ans.


Marianne se fait violer au bal de la saint-Valentin par un lycéen plus âgé qui la fait boire et lui raconte qu'il vaut se convertir et qu'elle seule peut le sauver. Marianne est très pieuse, à l'image de sa mère, et même chez les hommes on fait sa prière, à l'exception de Patrick. Cela peut étonner chez des jeunes en 1976, mais nous sommes dans une communauté américaine de petite bourgeoisie, dont l'auteur décrit bien les travers, les hypocrisies, les obsessions.

 

Du jour au lendemain, les Mulvaney sont bannis . Une descente en enfer les attend. En temps que lecteur, je n'ai pas été surprise par la réaction des prétendus «  amis » des Mulvaney mais choquée par l'attitude du père de Marianne, qui la répudie, et encore plus par sa mère, qui se range à l'avis de son mari et expédie sa fille chez une vague parente. A 17 ans, Marianne est livrée à elle-même, ne pouvant faire ses études, allant de place en place, servante, bonne à tout faire, rongée de culpabilité, cherchant à expier son « péché »...! Seul Patrick, son frère, s'émeut de ce traitement infâme, et va chercher à la venger...


J'ai été surprise par le happy end de l'épilogue, la réconciliation de Marianne avec un destin de « femme », tel qu'on l'entend dans cette société-là, ne me paraissait pas trop vraisemblable. Bien sûr qu'elle n'aurait pas dû non plus pardonner à sa mère : on voit à quel point les être humains peuvent être formatés!

La mère a élevé sa fille dans une atmosphère de pudibonderie, de non-dits, et l'a entourée d'animaux, et de croyances en l'innocence. Ni elle ni son mari ne feront jamais leur autocritique!


le mariage heureux et productif de l'aîné, et l'apparition hâtive de nouveaux personnages qu'on n'a pas le temps de connaitre à la fin, ne convainquent pas forcément. Cependant, nous comprenons que le plus jeune des Mulvaney tenait à montrer de quelle manière sa famille survit.




Pour ma première participation au blogoclub de lecture, j'ai apprécié ce roman familial de Oates, son observation aiguë des mœurs de son époque, et les qualités de la narration, même si je n'ai pas compris entièrement ce qu'elle voulait nous dire.

Par exemple, je ne saisis pas le sens de la phrase de Walt Whitman mise en exergue du roman. Elle pourrait avoir été choisie par le narrateur en hommage à son frère Patrick ?«  je me lègue à la terre pour pouvoir renaître de l'herbe que j'aime/ Si tu veux me revoir, cherche -moi sous la semelle de tes souliers.... »


J'ai hâte de lire les autres contributions, d'autres lectures seront les bienvenues pour moi!


je vou propose de lire l'article de Cléanthe qui interroge le texte intelligemment .

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