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2 septembre 2006 6 02 /09 /septembre /2006 10:41

un-jumeau-singulier.jpgDonald Westlake “Le Jumeau singulier” («  Two Much ») 2001 

 

« Vous êtes dans un marais sans fond, froid, verdâtre, et  l’eau fangeuse monte dans vos narines. Un ppetit crapaud visqueux s’introduit dans votre corps, dévore vos intestins, votre estomac, et laisse en vous un trou suintant de bile, qui s’étend de vos côtes fragiles à vos organes génitaux, brutalement mis à nu. » 

 

Qu’est-ce qui a pu mettre Art Dodge, dans cet état ?  Propriétaire d’une petite entreprise de cartes de vœux et d’anniversaire humoristiques  dont il compose lui-même le textes ( absolument désopilants),  criblé de dettes,  proche de la faillite, il n’en conservait pas moins un optimisme à toute épreuve. Il avait rencontré deux jumelles riches et démarré avec succès une seconde carrière de gigolo…

 

 

 

 

 

 

 

 

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25 juin 2006 7 25 /06 /juin /2006 18:01

2879294568-01--SCLZZZZZZZ-V46490899-SS500-.jpgCynthia Ozick « Un Monde vacillant » L’Olivier.

 

 

(Titre original : « Heir To The Glimmering World », 2004.)

 

 

 

 

1 Nous sommes en 1935, à Albany dans le Bronx. Rose Meadows , 18 ans, vient de répondre à une petite annonce parue dans le journal. La famille Mitwisser cherche quelqu’un pour s’occuper de cinq enfants de 3 à 15ans et aider le professeur dans ses recherches. Dans un salon encombré de meubles, une femme nerveuse la reçoit, et lui communique des bribes de phrases majoritairement en allemand. Rose ne sait quoi faire, lorsque apparaît Anneliese la fille aînée adolescente autoritaire qui semble tout diriger dans la maison et l’embauche mais sans gages pour le moment. Rose aperçoit trois garçonnets remuants, une toute petite fille et ne réussit pas à voir le chef de famille. Rose déménage aussitôt. Elle n’a pas le choix.

Elle a toujours été dans une situation difficile, vivait avec son père, veuf, professeur de mathématique, mythomane et joueur, qui se faisait régulièrement renvoyer d’établissements scolaires toujours plus douteux, et ne s’occupait pas d’elle, jusqu’au jour où il l’a carrément chassée . Recueillie par son cousin Bertram, elle était inscrite par lui dans une école d’institutrice où les cours de pédagogie l’assommaient. A nouveau elle gêne, parce que la compagne de son cousin, communiste acharnée, veut l’entraîner dans une communauté où Rose n’aura pas sa place.

 

 

2 Elle entre au service des Mitwisser, qui eux non plus n’ont pas le choix, nul d’autre que Rose n’ayant répondu à l’annonce : le chef de famille professeur d’histoire des religions, sa femme, physicienne, et leur cinq enfants ont fui l’Allemagne nazie deux ans plus tôt. Rose ne sait pas à quoi elle est réellement employée ; elle voudrait être la secrétaire du professeur, mais Anneliese , quoique plus jeune qu’elle, lui donne l’ordre de s’occuper de sa toute petite sœur et de sa mère qui, choquée par l’exil forcé, ne quitte plus son lit. Les Mitwisser vivent dans une grande maison éloignée de la ville près des marais. Ils ne sortent guère et ne voient personne.

Rose n’a pas le choix et elle a également appris à ne pas avoir d’état d’âme. Son destin va se trouver lié à celui des Mitwisser et à leurs multiples problèmes (conjugaux, financiers, intellectuels, psychologiques).

D’abord, elle réussit à nouer une relation privilégiée avec Elsa la mère, perturbée mentalement : sa folie ressemble « tantôt à celle d’Ophélie, tantôt à celle d’Hamlet ». C’est par elle que Rose en apprend davantage sur l’exil et la dépendance et observe la famille : selon Elsa, ils sont devenus « des parasites » privés de toute activité positive. De toute manière, elle n’approuvait pas les recherches de Rudolf sur la secte des Karaïtes.

 

 

3 Avec le temps, Rose démontre ses capacités de dactylo au professeur et écrit parfois sous sa dictée. Les Karaïtes, apprend-elle sont des dissidents : ils admettent la Torah et rejettent le Talmud. Mitwisser est à la recherche d’une forme de religion épurée qui ne retiendrait que l’essentiel : c’est du moins ce que Rose croit comprendre. Un jour, le professeur reçoit la visite d’un ex-philosophe indien devenu tailleur ; Rose est autorisée à rester ; l’ex-philosophe explique à Mitwisser qu’il est plus proche de l’athéisme qu’il ne pense et l’enjoint à interroger la notion de divinité. Cette unique visite va progressivement détourner le professeur de ses travaux mais aussi le déprimer et le rendre oisif. Puis Rose reçoit une demande en mariage de cet original. Va-t-elle être obligée d’épouser un vieux monsieur ?

 

4 La deuxième fois que les Mitwisser ouvrent leur porte à quelqu’un, il s’agit de « James » le bienfaiteur et mécène de la famille, détesté d’Elsa, car leur survie dépend entièrement de sa fortune. Et officiellement, on ignore ce qui a poussé cet homme, indifférent aux recherches de Mitwisser à entretenir toute la famille… ainsi que Rose à présent, qui commence à recevoir un traitement hebdomadaire.

Dès lors l’auteur alterne l’histoire de Rose, contée à la première personne, et celle de James (à la troisième). Dès l’âge de trois ans, James a servi à son père dessinateur de modèle pour la réalisation du « Bear Boy », petit garçon héros d’une série d’ouvrages illustrés pour la jeunesse qui ont connu un succès mondial. James est très riche, mais depuis sa majorité il erre dans le monde, alcoolique, sans but ni identité, attachant un temps son existence à diverses créatures qu’il entretient et délaisse brusquement : un acteur dans une troupe de province, une femme affublé d’un garçon rebelle qu’il paie pour qu’il apprenne à lire…

 

 

La situation s’envenime : Anneliese et James disparaissent sans adresse et envoient des mandats ; le professeur s’accuse d’avoir vendu sa fille et dépérit ; l’état d’Elsa empire. Puis le cousin Bertram, devenu indigent, vient frapper à la porte des Mitwisser : il a perdu son emploi et son logement pour ses activités politiques ; mais l’association communiste qu’il avait voulu intégrer l’a rejeté…

 

 

 

 

Parfaite maîtrise romanesque, intrigue solide, personnages tous consistants et vivants même les petits rôles.

Ironie, situations tragi-comiques.

Narration classique

Question centrale : identité, errance, immigration, exil, déréliction, héritages impossibles à assumer. Heir : héritier.

 

  lire l'avis de Papillon 

 

 

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24 mai 2006 3 24 /05 /mai /2006 21:55
   Très difficile d’être un peu objectif à la lecture d’une autobiographie signée Dylan si l’on a été adolescent dans les années soixante et qu’on l’a tellement aimé.
 Puis qu’ensuite on a tourné la page sans oublier ses chansons.
Et chaque fois qu’un scribouillard allumé écrivait un papier pour annoncer le grand retour on se laissait avoir et on se procurait Oh Mercy, Time Out Of Mind… mais ce n’était pas ça, pas tout à fait ou pas du tout, et on se jurait qu’on n’allait pas nous y reprendre.
 
   Et pourtant, nous voilà plongés dans ces Chroniques! Comme s’il avait divorcé avec regret trente ans auparavant, l’ex-fan se tient en alerte au moindre signe qu’il pourrait éventuellement renouer.
 
   En cinq chapitres, Le chanteur ( 65 ans today) nous raconte, de façon achronologique, comment et dans quelles circonstances il a enregistré trois de ses albums : le tout premier fait l’objet de trois chapitres ( 1, 2, 5).

Le chapitre 2 «  La Terre perdue » intéresse : il   se souvient de  New York,  du « Village »,  habite chez un couple bizarre, Ray et Chloe, avec qui il entretient des relations assez lacunaires, mais qui lui prêtent leur appartement pendant la journée. Il travaille de nuit à se produire dans des clubs (Le Gaslight, le Kettle of Fish…) avec une multitude d’autres chanteurs : beaucoup de figures attachantes défilent  avec lesquelles on n’a pas le temps de faire connaissance.
Le jour il dort, puis zappe dans la bibliothèque fournie et fort hétéroclite de ses hôtes.
« J’aurais voulu lire tous ces livres, mais pour ce faire, il aurait fallu qu’on m’envoie dans une maison de repos ou quelque chose comme ça. J’ai commencé Le Bruit et la Fureur sans vraiment bien comprendre, sensible cependant à la puissance de Faulkner…j’ai appris par cœur Les Cloches de Poe que j’ai plaquées sur une mélodie à la guitare ».
 
On saisit qu’il voudrait bien écrire et que la forme «  chanson » est la seule qui soit à sa portée à condition d’en enrichir les possibilités.
 « On voudrait en faire de grandes qui contiennent toute une vie ».
 Il aimait la musique de jazz mais ne pouvait se l’approprier parce qu’elle se suffit d’être instrumentale et qu’il avait besoin de mots.
Je me suis intéressée à tout ce qui relève d’un apprentissage véritable et de temps à autre j’ai été retenue même si l’écriture est parfois déplaisante, qui associe banalités, descriptions soignées très scolaires à trois adjectifs, et courts développements pertinents, ces derniers trop souvent noyés dans la masse. Pourtant, si l’on se réfère au dernier opus de l’auteur de l’auteur en matière de prose (« Tarentula »), on ne peut que lui savoir gré d’avoir fait un sérieux effort de communication.
 
 Deux autres chapitres du livre,(3 et 4) « New Morning » et « Oh Mercy » portent le titre d’albums qu'on connait et portent sur  les périodes contemporaines de ces enregistrements.
New Morning ( chapitre 3): L’auteur se transporte en 1968/ 69. Il a, de fraîche date, une femme et des enfants, et enterre son père. Des moments essentiels dans la vie d’un homme. Il retourne chez lui à Woodstock, car il a maintenant une maison mais cette demeure est assiégée par les « fans » ; des gens qui veulent faire de lui le porte-parole et le guide d’une génération de marginaux révoltés.
C’est pour les faire fuir que Dylan aurait désormais utilisé son talent à ne plus faire que des chansons de variété.

Je ne sais s’il a atteint son but, mais il s’est ainsi aliéné bon nombre de ses vrais admirateurs qui ne sont pas des « fans »…

Hypothèse :
C’est la mort du père, (en juin 1968, entre « John Wesley Harding » et « Nashville Skyline » ), qui semble avoir porté un coup presque fatal au talent de Dylan.
Presque : il a  enregistré un bon disque en 1974 ( Blood On The Tracks ») et quelques chansons intéressantes disséminées de-ci delà.
 
Le chapitre 4,consacré à Oh Mercy ( on situe les faits   vers  1989)  est pénible à lire ; Dylan s’y montre d’un conformisme épais.
 Si, mine de rien, ce livre défend une thèse, c’est que le chanteur veut à tout prix s’inscrire dans une tradition (le blues, la chanson populaire…) et là où on l’aimait c’est plutôt dans la rupture, quand il fit de la chanson un art qu’on ne trouvait pas mineur.
Au chapitre 5, « Fleuve de glace »il retourne à ses vingt ans.   J’ y ai lu quelques pages   qui ne m’ont pas laissée froide.  On trouvera quelques passages inspirés ; c’est après avoir vu une comédie musicale inspirée de Brecht, de « L’Opéra de quat’sous » que Dylan trouve le moyen de faire des chansons de prix, et qui nous furent chères.
 «  Les mélodies de Kurt Weill associaient en quelque sorte l’opéra et le jazz…c’était foncièrement des folksongs, sauf que les folksongs n’ont pas cette sophistication…Woody n’a jamais rien écrit de ce calibre ».

  Les déçus du dylanisme peuvent se dispenser d'acheter ce livre mais pourquoi ne pas l'emprunter en bibliohèque?
 
 
 
 
 
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22 mars 2006 3 22 /03 /mars /2006 22:17

9782842611828.gif John Cheever : Insomnies -      (le Serpent à plumes.)    Ces Nouvelles publiées entre 1946 et 1978. JC est le chef de file de l’école dite du « New-Yorker » qui comprend aussi Raymond Carver.

 

 

Récits réalistes, féroces, cocasses. « L’Incroyable radio », l’un des plus curieux, montre comment cet instrument en arrive à mélanger fiction et réalité chez une femme qui s’ennuie seule chez elle. Entendant des histoires censées sortir du poste, elle ne sait pas si ce sont des pièces dramatiques ou ses voisins qui se parlent de l’autre côté des minces cloisons de l’appartement.

 

 

La plupart des nouvelles relatent l’histoire d’un couple qui se fait et se défait à moins que les protagonistes ne restent ensemble par esprit de résignation. Les femmes se révoltent à leur manière contre une vie de servitudes domestiques à quoi elles ont dû se résoudre après avoir obtenu un bon diplôme à l’université. Les hommes ne font rien d’autre que regretter leur jeunesse. Dans « Ô tristesse, ô beauté », Cash se suicide par l’intermédiaire de sa femme. A cinquante ans, il a l’habitude, pour se convaincre de son intégrité physique, de sauter en jogging et à moitié saoul par-dessus plusieurs meubles du salon, devant des admirateurs attitrés et résignés. Juste avant cette prouesse, on doit tirer un coup de pistolet dehors, pour annoncer le départ. Cash a récemment souffert d’une fracture mais il a hâte de montrer qu’il est encore performant. Sa femme Louise devra tirer le coup (D’habitude un voisin s’en charge). Il lui explique comment s’y prendre car elle n’a jamais touché une arme. Comme elle ne réussit pas, il s’énerve et s’élance par dessus le canapé ; le coup part et le tue net.

 

 

Le 8h48 : une femme folle ou qui veut se faire passer pour telle, cherche à se venger de son ancien patron qui l’a séduite puis abandonnée et virée. L’ayant suivi dans le train, elle lui enfonce incognito un revolver dans les côtes et le force à écouter un récit délirant vaguement mystique. Après le voyage, elle le force à ramper dans la boue et l’y laisse. La suite, écrite par Raymond Carver, élimine le diagnostic de folie.

 

 

L’Océan : un récit qui met également en scène une femme qui a un comportement étrange depuis que son mari par inadvertance, l’a prise pour sa propre mère à elle, comme elle passait devant une fenêtre.

 

 

Ce comportement vise à terroriser le mari : feindre d’arroser les côtelettes avec du pesticide. Il en tombe malade et ne sait que conclure : léger empoisonnement ? Réaction psycho somatique ?

 

 

Suspectée de folie l’épouse passe des heures à contempler un bocal à poissons (On pense à la chanson des Frères Jacques que, bien sûr, Cheever ne peut connaître ; ce n’en est que plus drôle !). Finalement, c’est l’homme qui perd la raison pour de vrai.

 

 

 

 

 

 

 

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25 janvier 2006 3 25 /01 /janvier /2006 22:41

 

2253139076-08--SCLZZZZZZZ-V24159422-SS500-.jpgCe roman est paru en 1992, traduit pour les éditions Actes sud en 1993.

Porte en exergue « Tout état actuel est corrompu » Ralph Emerson.


1) Le Léviathan est dans le Livre de Job un monstre gigantesque, qui sera plus tard représenté par une gueule ouverte ; dans la langue, il passe pour désigner toute chose monstrueuse et terrifiante.


Avec Thomas Hobbes en 1651, il devient l’Etat, l’état despotique, le pouvoir absolu, le seul qui, malgré son visage peu amène semble au philosophe le garant d’une vraie société civile.


Le romancier allemand Arno Schmidt intitule « Léviathan » une de ses nouvelles qui décrit la fuite désespérée de civils à Berlin, sous les bombes en 1943. On y rappelle que Nietzsche appelait l’état « un monstre froid ».


2) La narration est classique en cela qu’elle commence par la fin et reprend tout de suite à un moment antérieur où se sont rencontrés les deux personnages principaux ; puis des allées et venues dans le passé, au hasard semble t’il des souvenirs du narrateur qui cherche à reconstituer le pourquoi de l’événement qui ouvre le livre.


3) Pete Aaron, écrivain et narrateur de l’histoire, vient de lire dans la journal le récit de la fin « explosive » de son ami Benjamin Sachs. Entouré de dynamite, jusqu’à devenir une véritable « bombe humaine », il s’est donné la mort dans sa voiture sur une autoroute.

Pete s’attend à la visite de la police, et n’est pas étonné de cette fin pour Benjamin. Le destin de ce dernier fut marqué par la bombe qui explosa à Hiroshima au moment de sa naissance le 6 août 1945.

Pete évoque la vie de son ami : un itinéraire de quarante ans qui passe par l’écriture. Si Pete et Benjamin sont tout deux écrivains de fiction, Benjamin n’a écrit qu’un seul roman : un livre dans lequel il essaie d’imiter « tous les styles »moins pour faire preuve de virtuosité que faute de pouvoir opter pour une seule solution. Le parcours de Sachs est semé de détails significatifs quant à son problème d’identité et sa conviction d’être « l’enfant de la bombe ».


Par exemple, la mère de Ben l’emmena enfant avec ses copains visiter la statue de la Liberté. Saisie de vertige, elle s’assied sur une marche, tandis que son fils grimpe tout seul dans la « torche » et s’y livre à des contorsions dangereuses… au cours d’une fête, déjà marié, Ben se laisse séduire par une « allumeuse » et la fuit jusqu’en haut d’un échelle de secours d’où il tombe de plusieurs mètres de haut. Sa vie change ; il divorce, cesse d’écrire, se retire dans une maison en forêt.

L’itinéraire de Sachs prend un relief inattendu ; le nouveau livre sur lequel il travaille « Léviathan » , dont on reste à ignorer le contenu, ne l’empêche pas de rencontrer un homme en voiture, qu’il tue, en état de légitime défense. Dans le véhicule, il trouve des explosifs, et beaucoup de billets de banque. Apprenant que l’homme est marié et père, il ne veut pas le livrer à la police et s’obstine à vivre chez sa femme, lui donner l’argent, adoptant sa fillette. Tout cela ne lui apporte guère de satisfaction ; alors, il commence une carrière de terroriste à l’image de l’homme qu’il a tué.

Cet homme travaillait pour le FBI : Sachs, lui, ne s’attaque qu’à des statues de la Liberté en miniature contre lesquelles il commet nombre d’attentats, avant de s’en prendre à sa propre personne.


En conclusion, le couple Pete/Benjamin apparaît comme un organe qui comprend deux individus complémentaires l’écrivain qui a réussi et veut croire aux valeurs de la création littéraire (c’est aussi un personnage mineur, effacé) et celui qui n’y croit plus et cesse vite d’écrire, pour se lancer dans l’action. Des actions un peu dérisoires : attenter à des statues de la Liberté… sans pouvoir s’en prendre à la principale… mais courageuses et d’une valeur symbolique.


Ce roman témoigne à travers ses personnages d’une nation en quête d’identité, qui a perdu ses repères.


  Plutôt intéressant mais les femmes présentées dans le roman sont un peu stéréotypées.

 

 

 

 

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25 janvier 2006 3 25 /01 /janvier /2006 11:40

274275833X-01--SCLZZZZZZZ-V44494308-SS500-.jpgPaul Auster : La Nuit de l’oracle. Actes sud, 20002.

 

Il s’appelle Sidney Orr, d’une famille polonaise Orlowski, et son nom a été amputé pour cause d’exil. Il se remet d’un grave accident survenu en janvier 1982 (chute dans un escalier, traumatisme, collapsus). Nous sommes le 18 septembre de la même année, il est sorti de l’hôpital depuis trois mois. Avant sa chute, il écrivait avec l’ambition de faire de la littérature et obtenait des succès moyens. 

 

Il s’aventure jusqu’à une nouvelle papeterie tenue par un chinois, choisit un carnet bleu portugais, dans quoi il reconnaît le support adéquat pour recommencer à écrire sur un canevas qui lui a été suggéré par son ami écrivain John Transe.

C’est une anecdote relatée par le détective Tom Spade à Brigid O’Shaugnessey dans le « Faucon de Malte » : un nommé Flitcroft échappe de peu à la mort- une poutre s’écrase tout près de lui dans la rue- et décide que c’est un signe du destin : il va commencer une nouvelle vie et disparaître. 

 

Tenté par le départ à zéro, Sidney invente son propre personnage « Nick Bowen », sorti pour acheter des allumettes, qui voit une gargouille tomber d’un mur à côté de lui. Déjà troublé le matin même par une femme qui n’est pas la sienne, ennuyé par son métier d’éditeur qu’il n’aime plus, il décide de recommencer sa vie et prend arbitrairement un avion pour Kansas City en lisant le dernier livre qu’on lui a donné « La Nuit de l’oracle » (un aveugle devin qui cède au suicide pour sa trop précise connaissance de l’avenir).

 

Deux jours après ses retrouvailles avec l’écriture, Sid s’inquiète du comportement de sa femme Grace, qui semble se sentir coupable, troublée , disparaît et reparaît de la maison sans lui donner d’explication, est enceinte et ne veut pas vraiment de l’enfant, alors que Sid et elle sont mariés depuis peu. Mais il a passé des mois à l’hôpital le plus souvent inconscient, en tout cas invalide.

 

Il continue à écrire, concoctant des fictions diverses pour broder autour de son problème personnel. "Nick Bowen" se trouve sans point de repère à Kansas City, travaille sous terre pour un collectionneur d’annuaires téléphoniques datant de la dernière guerre ; dans ces annuaires on trouve les noms des familles polonaises déportées pendant la guerre. Dont les Orlowski. Le propriétaire du sous-sol a engagé Nick pour garder son abri antiatomique dans lequel il s’installe malgré un sentiment de claustrophobie aigu… 

 

Sid commence par ailleurs un scénario de film à propos d’un garçon qui voyage dans le temps du passé à l’avenir, et d’une fille qui fait ce même voyage en sens inverse, de sorte qu’il se retrouvent en 1963 avec l’ambition d’empêcher l’assassinat du président Kennedy… puis Grace fait un rêve qui reprend l’histoire de Nick Bowen qu’elle n’a cependant jamais lue. 

 

Les fictions s’entremêlent sur papier et dans l’esprit de Sid pour tenter d’élucider les mystères de sa vie, ce qu’il ignore et voudrait savoir ( le comportement de sa femme, ses ancêtres polonais, ses actes personnels qu’il interroge, afin de connaître ses pensées inconscientes. 

 

Sa vision de la littérature tient de la superstition et du fantastique (on écrit ce qui va nous arriver comme un rêve prémonitoire plus ou moins masqué) interroge l’idée de toute puissance (peut-on en écrivant provoquer des évènements ? l’écrivain qui a conté une noyade d’enfant et vu sa fille se noyer par la suite, est-ce une coïncidence ?) et tente d’élaborer des mythes explicatifs de sa propre situation. Ces histoires aident le narrateur Sid qui traverse une phase critique de son existence. 

 

Ces fictions qui s’emboîtent les unes dans les autres, et l’interrogation sur la littérature, sa gestation, ses buts, son utilité, ne parviennent pourtant pas à une reformulation inédite du « pourquoi écrit-on ? » même si l’investigation est intelligente et bien menée.

 

On aime l’humour discret mais insistant, générant des situations absurdes et tragi-comiques qui inquiètent et font sourire : l’époux extrêmement amoureux qui a « sa misérable faiblesse masculine » ; les messages d’amour laissé sur le répondeur d’une femme qui les lit trop tard, l’étrange comportement du papetier Chang, l’histoire des deux jeunes qui remontent le temps pour « annuler » l’assassinat d'un président, le chauffeur de taxi qui collectionne les annuaires téléphoniques et vit dans un abri antiatomique, les messages téléphoniques nombreux que leurs destinataires écoutent trop tard, une abondance de messages qui restent lettres mortes.

 

Un très bon " Auster", davantage ludique que " L'Invention de la solitude", et tout autant générateur de réflexions sur la vie et l'écriture.

 

 

 

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14 janvier 2006 6 14 /01 /janvier /2006 18:18

51FSSCN7ZCL.-AA240-.jpgPaul Auster (3/02/1947 à Newark ( New-Jersey).

 

Eléments biographiques

 

 

Diplômé de Columbia University, vit en France de 1970 à 1974, puis à Brooklyn. Il cumule les activités d’essayiste ( « The Art of Hunger » ; « White Space » de traducteur, de poète. ( « Unearth »), et de romancier.

En 1982 , « The Invention of Solitude » inaugure cette carrière de romancier, tardive par rapport aux autres activités. La trilogie new-yorkaise témoigne de recherches poétique et linguistiques. C’est avec « Léviathan » qu’il obtient le prix Médicis étranger en 1993.

 

 

L’Invention de la solitude .

Le récit se divise en deux parties : « Portrait d’un homme invisible « et « le livre de la mémoire ». C’est un roman autobiographique : l’auteur du livre et le narrateur sont les mêmes. Le récit n’est pas chronologique : le narrateur met en présence diverses péripéties et éléments qui lui paraissent se faire écho, entrer en résonance.

 

La mort du père est l’événement déclencheur qui ouvre le récit. Le narrateur vivait loin de son père et les contacts étaient rares et difficiles. Divorcé, ce père continuait à vivre dans la maison familiale pendant quinze ans tout en la laissant à l’abandon. Sa vie se déroulait ailleurs.

 

 

Le fils décide d’écrire sur son père, ayant l’impression que ce dernier ne laissait pas de trace, « ne faisait que se prêter à la vie ». Avant le mariage, à trente-quatre ans, il vit une existence mondaine, et reprendra ce mode de vie après son divorce. Sa femme se rend compte très vite que cette union est une erreur, mais elle a déjà un enfant et ne peut le quitter. Le narrateur a le sentiment de n’avoir jamais réussi à attirer l’attention paternelle. En revanche lorsque sa sœur veut consulter un analyste, le père s’y oppose violemment. Le fils le soupçonne alors d’avoir dissimulé quelque chose. Il enquête sur la famille du père, en particulier à partir d’une photographie où l’on a volontairement fait disparaître l’image du grand-père, disparition qui laisse une trace.

 

 

En 1970, il apprend la vérité : le 23 janvier 1919, sa grand-mère avait tué son grand-père à coups de revolver, en présence des enfants.

Ce grand-père, immigré d’Autriche, spéculateur dans l’immobilier, s’était séparé de sa femme depuis quelque temps. A la suite du meurtre la grand-mère tenta de se suicider, son beau-frère de la tuer…toutefois elle fut acquittée, mais poursuivie par son histoire passa le reste de sa vie à déménager, avec ses cinq enfants , tous unis en un clan. Le père du narrateur, devenu adulte travaille dans l’immobilier et réussit bien sa vie sociale tandis qu’en famille il est « absent » et silencieux.

 

II

Dans la deuxième partie, le narrateur évoque son existence à Paris. Il met en évidence quelques coïncidences mystérieuses. Il a occupé la même chambre que son père, juif, habitait pendant la guerre pour échapper aux nazis. L’espace extérieur reproduit pour lui l’espace intérieur : Amsterdam et ses canaux s’imposent comme la projection de l’Enfer de Dante, et renvoient aussi aux cercles de la mémoire et aux strates du temps.

 

 

Il sauve son fils de la mort-in extremis- et, là aussi, perçoit des similitudes entre sa vie et celle de Mallarmé qui perdit son fils dont la ressemblance avec le sien lui paraît troublante. L’esprit qui conserve dans l’écriture le souvenir, procède à une traduction du réel en fonction des structures mentales dont il a hérité : dans un texte, ce sont les autres qui parlent. Pourtant, il existe une vérité dont on peut chercher le lieu. Les coïncidences témoignent d’une cohérence que le mot « hasard » ne recouvre pas.

 

La mort du père introduit une rupture dans l’existence du fils : grâce à l’héritage, il se consacre à l’écriture. En retour, le fils cherche à donner au père une existence littéraire pour le sauver de l’oubli ; cela oblige à une réflexion sur les fonctions de l’écriture et sur une difficulté fondamentale à quoi elle achoppe. Est-il possible de décrypter l’énigme constituée par un être. Peut-on pénétrer la solitude d’un être, n’écrit-on pas une traduction subjective de la réalité, une déformation inconsciente des souvenirs ?La question du père aboutit à une remise en cause du lien de filiation qui structure la parenté et plus encore aux rapports humains. L’individu ne peut se penser qu’en référence à la collectivité. Le premier groupe humain connu est la famille.

 

Il recherche une explicitation du non-dit, à travers la parole publique émise sur l‘acte commis par la grand-mère. Cet épisode occulté apporte une information pour la compréhension du caractère paternel. Les données nouvelles font vaciller l’image première du père. D’abord indifférent au monde, il s’humanise dans un cadre social qu’il s’est défini. Cependant la somme des hypothèses logiques, rationnelles, ne parvient pas à résoudre l’énigme posée par un individu. En exposant les faits, on se rend compte qu’ils ne parlent guère.

 

 

Pour rendre cohérente son approche de la réalité, le narrateur décide que « l’univers n’est pas seulement la somme de ce qu’il contient, il est le réseau infiniment complexes des relations entre les choses. »Les séquences d’une vie peuvent répéter des épisodes déjà vécus par d’autres qui ont une sensibilité en commun. » tout paraissait se répéter. La réalité ressemblait à l’un de ces coffrets chinois : une infinité de boîtes contenant d’autres boîtes .Ici encore, de la façon la plus inattendue, le même thème resurgissait : "l’absence du père, cette malédiction »

Juif, le narrateur reproduit , en tant qu’individu, le modèle de la diaspora. Il n’a pas de lieu où se fixer, excepté l’écriture qui fixe la mémoire. Le passé, toujours présent dans le souvenir, transforme la solitude individuelle en un témoignage universel.

 

 La réflexion est très poussée.

 

l'un des premiers ouvrages d'Auster, et celui que j'ai préféré jusqu'ici.

 

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