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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 16:01

  les revenants

 

 

 

Christian Bourgois, 598 pages.

 

Titre original : The Raising »

 

Une université américaine dans l’Ohio.

Craig étudiant de seconde année et Perry sont colocataires à la résidence Godwin Hall la plus ancienne du campus. Perry vient de la campagne ( Bad Axe, middle West) et Craig de la ville ( Massachussetts près de Boston).

Cette année s’annonce difficile. Au printemps, il s’est produit un tragique accident. Craig était en voiture la nuit en compagnie de Nicole Werner son amie( issue de la même ville que Perry) et l’auto s’est déportée. Nicole y a perdu la vie et Craig traumatisé  ne se souvient pas de l’accident ni des circonstances de sa virée en voiture, et à peine des mois qui suivirent.

Il aimait passionnément Nicole et se reproche de l’avoir tuée .

Mais Shelly, une femme quinquagénaire, qui travaille à l’école de musique de l’université, a vu l’accident, appelé les secours, et sait que sa version des événements ne correspond pas à e qui fut relaté dans les journaux et communément admis. Seulement nul ne veut l’écouter !

L’événement a aussi bouleversé Perry, qui connaissait Nicole depuis toujours et en était épris , quoique ses relations avec elles soient différentes de celles de Craig.

Depuis la rentrée, plusieurs étudiants ont cru voir le fantôme de Nicole. Dont Perry, qui veut y voir clair et s’inscrit au cours de Mira, anthropologue spécialiste des rituels funéraires, des manifestations de deuil,  et de tout ce qui touche  à la mort. Mira ne croit  pas aux fantômes, bien qu’elle ait vu de drôles de choses dans sa jeunesse. Sa vie est difficile entre un mari qui reste à la maison, et deux jumeaux dont elle n’arrive pas bien à s’occuper, en l’absence d’un personnel compétent.

C’est là un récit d’enquête ;  les quatre narrateurs, Mira, Shelly, et les deux étudiants Perry et Craig, rivaux et néanmoins amis, vont se croiser, parfois s’affronter, réfléchir sur l’accident du printemps, revenir sur certains faits, évoquer la vie à l’université, et leur existence passée, quelquefois à leurs risques et périls.  Nicole Werner, objet principal des investigations, faisait partie d’une sororité, organisée comme une véritable société secrète, aux rites  étranges…

 

Voilà encore un très bon livre de Laura Kasischke, certains disent son meilleur. Aussi bon en tout cas que « A moi pour toujours, également très intéressant pour l’étude socio-psychologique de quelques personnages et milieux sociaux. L’intrigue est tout simplement passionnante et fort bien menée, les personnages tous très attachants, le propos intelligent. Je n’ai qu’un reproche à faire, il  concerne l’épilogue un peu long et qui n’apporte rien au reste du récit.  

 

Des liens:

 

  Gammaphibêta , site de la plus ancienne sororité américaine.

 

 

D’autres billets sur les Revenants et de très bons!

 

  Sunclub

 

Lecture-écriture


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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 14:25

Desolations-David-Vann

 

Titre anglais "Caribou Island"

Gallmeister (Nature Writing), 2011.

 

Comme dans son précédent roman, il s’agit d’une île perdue dans l’océan au large de l’Alaska. Sinon déserte, du moins désertée. Un homme, Gary, veut s’y rendre pour y vivre par ses propres moyens pendant un temps assez long ; c’est un défi qu’il se lance. Il veut aussi nouer de profonds liens avec la nature sauvage.  Il a travaillé autrefois sur des sagas nordiques dans lesquelles l’homme est seul face aux éléments déchaînés. On pense à Robinson, et ce pourrait être une aventure excitante. Sauf qu’il entraîne avec lui un membre de sa famille récalcitrant, pour l’aider et lui tenir compagnie.  Et cela engendre des complications. Ici c’est Irène, sa compagne, qui doit jouer les Vendredi.

Irène n’approuve pas ce projet, d’autant plus , que pour vivre dans Caribou Island, il faudra construire une cabane. Son époux apparaît comme un grand rêveur qui n’a pas les moyens de ce qu’il se propose d’entreprendre : on pourrait construire une cabane avec des planches, dit-elle, pourquoi tiens-tu absolument aux rondins ?

Les rondins font partie du mythe.  La cabane ne saurait être qu’en rondins !

Irène n’a pas envie de suivre son époux, mais craint plus que tout d’être abandonnée, comme le fut sa mère, qui ne s’en est pas remise. Elle va donc se faire violence. Cependant une terrible migraine se déclare dont on ne trouve pas la cause, et que les analgésiques ne calment pas…

Le lecteur a beau savoir que David Vann n'a aucun goût pour les happy end, ça ne l’empêche pas d’être choqué par la tournure que prennent les événements.

 La nature est là, ni bonne ni hostile,et curieusement, c'est dans les grands espaces que  les personnages sont victimes d’enfermements…

 

Cependant le roman n’est pas réduit à ce huis-clos !

A l’opposé de  Sukkwann Island, l'auteur nous offre  les histoires d’autres personnages que le couple Irene-Gary, et cette diversion est la bienvenue.  Nous avons Carl et Monique, un couple d’étudiants venus passer l’été en Alaska, et obligés de camper ( brrr…) jusqu’à ce que Monique se tire d’affaire d’une manière qui m’a fait sourire. Mark, le fils d’Irene, et sa compagne Karen,  eux non plus ne font pas partie des affligés ! Enfin Rhoda, fille d’Irene, et son ami Jim, sont touchants de naïveté et de détresse.

Les dialogues simples et directs alternent avec  les descriptions de la nature, très justes, car elle est belle la nature, sans être magnifiée ni diabolisée.

Le roman précédent m'avait plu en partie et en tout cas vivement interpellée. Celui-là est meilleur, plus diversifié, plus approfondi.

 

David Vann est vraiment un auteur à suivre...

 

  Martine a lu aussi Désolations. Elle aime et en parle avec d'autres mots.

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 23:53

la Passerelle 21 avril 2011

 


Dans l’Illinois, une année de la vie de Tassie, une étudiante de vingt ans à la recherche d'un job de baby sitter. C’est Sarah une femme de 45 ans, blonde peroxydée, amateur de musique classique qui l’emploie. Elle tient un restaurant de luxe,ce type d'établissement dans lequel vous pouvez commander des plats aux noms bizarres comme des titres de tableaux; vous vous demandez si c'est vraiment de la nourriture? et puis en définitive c'est tout simplement raffiné et excellent... sauf pour votre carte de crédit.

Sarah, on le sent tout de suite, est la carte maîtresse du récit. Un personnage complexe, à la fois intellectuelle, avec des penchants artistiques, excellente commerçante, souffrant de fréquentes sautes d'humeur, et d'égarements,

 

  Le bébé de Sarah n’est pas encore là! En fait, Sarah va acheter un bébé à une agence d’adoption ; celle-ci s’occupe de faire des transactions entre des »mères biologiques «  qui ne peuvent pas s’occuper de leurs enfants, et des parents voulant s'en procurer rapidement.

Tassie assiste aux procédures pour l’adoption de Mary-Emma une petite métisse de deux ans. Cette enfant est confiée à Sarah pour six mois à l’essai, avant l’adoption définitive.

 

 Tassie est narratrice de cette année si particulière de son existence.  Il s’agit non seulement du devenir de la fillette dont elle s’occupe, mais de ses relations avec  Sarah et son mari qui participe à l’adoption.  La fillette est en butte à un racisme tantôt violent tantôt bien pensant, et Sarah convoque d’autres parents d’enfants métisses ou de couleur pour discuter.

Nous avons droit à de longues conversations lassantes car rien de neuf n’en sort.

Mary-Emma est une fillette très sympathique ; en dépit de son exsitence compliquée et instable, elle est curieusement bien équilibrée, toujours contente, et plus raisonnable que les adultes. Cela est-il vraisemblable ?J'aurais aimé que l'enfant soit plus revendicatrice.

Plus intéressant : les futurs parents de Mary-Emma ont un secret, qui va être révélé…

 

Moins bien : la vie de Tassie chez ses parents à la campagne. Son père est agriculteurs et s’occupe principalement de la culture de certaines variétés de pommes de terre. Sa mère est dépressive et son frère va s’engager en Afghanistan.  Tout cela n’est pas rendu de façon bien neuve… 

 

Un ensemble assez intéressant, pas très original, malgré de bonnes pages. J’ai passé toutes les conversations assommantes entre parents qui racontent leurs vies, ainsi que pas mal de pages relatives  à la  mère de Tassie, à son frère, aux obsèques de son frère, à ses réactions… je suis sévère, mais j’ai lu tellement de romans et quelques uns dont ces types d’événements et les pensées qui en résultent ont des accents plus justes …

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 23:26

portrait de femme2   10/18 690 pages.

     1er publication en 1881 c’est le dernier roman de la première période de James.

 


Je le trouve intéressant, parfois répétitif, avec  de merveilleux  passages que j’ai soulignés mais que je ne parviens pas à retrouver…

Isabelle Archer, orpheline, vit à Albany dans une maison spacieuse qui va bientôt être vendue par ses sœurs qui s’occupent des aspects pratiques de l’existence.  Elle vit seule, s’ennuie un peu, rêve de voir le monde, de voyager.

Arrive Mrs Touchett, Lydia, sa tante installée en Angleterre mais qui ne reste jamais longtemps en place ; Isabel plaît à sa tante, qui décide de s’occuper d’elle et l’emmène en Angleterre dans la propriété familiale de Gardencourt. Isabel y fait la connaissance de son oncle déjà malade, de son cousin Ralph, tuberculeux, de Lord Warburton  un ami de Ralph… tout le monde adore Isabel !

Elle a pour eux un charme particulier qui tient de ses manières assez libres (en paroles) de son sens de la répartie, de son langage brillamment impertinent. Et surtout, elle ne cherche pas à se marier, comme la plupart des jeunes filles de cette époque, elle donne l’impression » d’avoir des projets personnels », mais nul ne sait lesquels, cette ambiguïté plaît.

Isabel ressemble un peu au personnage de la Bête de la jungle, un homme persuadé d’avoir un destin, qu’elle doit découvrir.

Son soupirant américain Goodwood l’a suivie en Angleterre et lui fait une cour acharnée et assez agressive. Henrietta son amie journaliste, traverse aussi l’Atlantique, elle doit faire des articles sur le mode de vie anglais.

Isabel reçoit la demande en mariage de Lord Warburton qui est fort riche, puissant, et radical d’opinions.

Elle refuse ces deux prétendants (elle en aurait trois si Ralph n’était pas malade) elle veut vivre découvrir l’Europe, voyager, avant les chaînes du mariage. Le lecteur  croit comprendre aussi  qu’elle n’est pas amoureuse de ces messieurs, elle espère pouvoir se marier par amour.

A la mort de son oncle, elle hérite d’une belle fortune, grâce à son cousin.  Son train de vie va changer. Et les coureurs de dot attendent, ayant flairé la bonne fortune. Une Mme Merle lui fait du charme à l’aide de quelques notes frappées sur un piano ; à Florence cette dame lui fait  rencontrer Gilbert Osmond quadragénaire qui se pique de culture et d’art. On se doute qu’il en veut à son argent, mais Isabel éprouve enfin le sentiment amoureux ; elle va l’épouser.

Là,  je crois que je ne la comprends plus… et je ne suis pas la seule ! Son cousin, sa tante, son amie … ils sont nombreux à avoir saisi la supercherie, mais Isabel ne veut rien savoir.

Les charmes des ces merveilleuses villes italiennes (Florence mais aussi Rome) offrent un décor propice au développement du sentiment amoureux.  Décrites par James , elles donnent envie de s’y précipiter…

D’autre part, Isabel a une personnalité complexe, qui se dévoile peu à peu différente de ce que l’on avait cru au départ.

Préfère-t-elle donner sa main à un homme sans fortune, pour être sûre de le dominer ?

Eprouve-t-elle une sorte de culpabilité à avoir hérité de tant d’argent et se croit-elle tenue de le donner ?

Est-elle paralysée par l’admiration de son bienfaiteur de cousin, condamné à être  spectateur de la vie et surtout de celle d’Isabel qu’il observe incessamment?

 

Isabel ne peut souhaiter tant que cela la liberté et l’autonomie. L’exemple de son amie Henrietta , femme relativement libérée, qui travaille pour un journal, se met en ménage, se mariera plus tard, sûre de s’entendre durablement avec son ami, Isabel ne peut le suivre. Elle est très dépendante des hommes (et même d’une femme) qu’elle écoute beaucoup trop, qu’elle endure bien trop longtemps, car elle aime être courtisée, refuser les avances, et  se faire relancer.  Une tendance au masochisme  surgit aussi, entre les lignes, et ces jeux finissent mal…

Osmond se révèle un  tyran domestique, elle sera malheureuse. Ses anciens soupirants refont leurs apparitions à plusieurs reprises (en fait, ils la suivent partout, surtout l’homme d’affaire, le collant Goodwood, dont elle ne parvient pas à se débarrasser). Etonnant !

Dans ce gros roman riche, de nombreux personnages  dialoguent abondamment,  s’expriment entre les lignes et finissent par nous perdre.

Chaque lecteur interprète à sa manière les événements. Pour ma part j’y vois une suprême ironie de la part de l’auteur, d’avoir suscité l’impression que c’est le bienfaiteur qui fait le plus de mal.

 

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 23:17

 

 

 

la Femme d'en face roman USA ; Joëlle Losfeld, 2001.

Titre original : The Divining Road., 1998.  ****


Est-ce la route du divin, de la divination, ou de la devinette? Ce roman est il vraiment religieux ?

En tout cas il raconte de façon assez captivante l’éternelle histoire de l’adultère.  Alternance de narration : tantôt l’auteur, tantôt le personnage Simon Bell, à l’état de fantôme mais qui raconte une histoire bien réelle. On est ému par la transformation de Simon Bell prenant conscience qu’il est réellement amoureux. L’auteur conduit l’histoire à la tragédie tout en évitant le mélodrame. Le ménage à trois est campé sobrement efficacement. Simon Bell-Sam Holloway-Délia.

Et aussi la vieille Betty Fowley qui cherche le trésor de son défunt mari avec une baguette de coudrier dans le terrain de golf. Et la petite Maddie Robinson. Le roman se clôt sur elle et Bob Robinson ( le père) qui veulent montrer que la vie continue,  pour Delia en tout cas.

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 13:18

 

 

 

ron-rash-un-pied-au-paradis,M25887

 

Edition Le Masque, trad de l’américain.

 

 

Oconee une petite ville de Caroline du sud, dont les environs sont condamnés à plus ou moins brève échéance.  Carolina Power une entreprise hydro-électrique a annoncé qu’elle noierait  les terres alentour  pour en faire un lac artificiel. Les villageois  ignorent quand,  mais ils en sont déjà affectés.

Le shérif Alexander est  à la  recherche  d’Holland Winchester. La veille, Holland s’est saoulé dans un bar, a provoqué une rixe et exhibé des oreilles humaines qu’il se vante d’avoir tranchés à des ennemis lors de la guerre.

Le soir même, il a disparu.

Alexander suspecte Billy,  paysan pauvre et travailleur, voisin d’Holland. La mère de l’ex-soldat  a entendu un coup de feu venant de chez Billy. Elle prétend que  la femme de Billy très avenante, «  avait des relations avec Holland ». Crime passionnel, pense Alexander. Mais Billy  n’a rien à dire, continue à bêcher son champ, et le supposé cadavre reste introuvable…

Dans la deuxième partie la femme de Billy, Amy, raconte l’histoire de son point de vue, évidemment bien différent. Son mari et elle furent confrontés à un grave problème, et , pour son malheur, elle s’en fut demander conseil à la veuve Glendower, qui passe pour une sorcière…

 Trois autres protagonistes vont à leur tour rendre compte de l’histoire, chacun à sa manière, les deux derniers, vingt ans après les faits,  au moment où le pays tant aimé est noyé sous les flots.

 

Récit  bien fait, belle langue, poésie simple, rurale et  émouvante, très bon suspense. Davantage qu’un simple roman policier, un très bon roman.

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 22:25

   PointOmegaDonDelilloActes sud 2010, 139 pages.

 

     C'est la première fois que je lis cet auteur. Et c'est son dernier livre.

L'idée m'en est venue en lisant lecture-écriture. Don Dellilo est l'auteur du mois choisi    par Sibylline.

 

         Je lis peu d'auteurs américains ( en dehors de Paul Auster,  et de certaines romancières).De temps à autre je me met en devoir de lire un de ces grands auteurs, avec des fortunes diverses.  Je n'ai jamais réussi àm'intéresser à Philip Roth, par exemple.

 

       Le texte consiste en  une introduction et une conclusion intitulées Anonymat 1 et anonymat 2 ; au milieu, le récit proprement dit en 4 parties.

 

        Dans « Anonymat » un homme  regarde «  24 heures psycho » de Douglas Gordon,  œuvre –vidéo qui consiste à projeter le film d’Hitchcock «  Psychose » au ralenti, de telle façon qu’il dure 24 heures. Sans le son, faut-il préciser.

Cette œuvre est ce que l’on appelle de nos jours «  une installation ».

 

         Elle occupe une salle d’un grand musée de New-York. Voir l’œuvre en continu n’est pas possible, car le musée ferme tous les  soirs  à 19 heures. L’homme en question considère que cette expérience de voir le film au ralenti «  c’était comme du film pur, du temps pur. L’horreur du vieux film d’épouvante était absorbée dans le temps. Combien de temps allait-il devoir rester là combien de semaines ou de mois, avant que le temps du film n’absorbe le sien  ». On voit qu’il  aspire à une  expérience plus ou moins métaphysique, en tout cas capable de changer radicalement ses habitudes de pensée et de perception des choses.

 

Le spectateur est « privé de tout recours à l’anticipation ». La narration et l’histoire racontés dans le film disparaissent. A une époque où l'idée que l'espace et le temps puissent se confondre nous est familière, on est intéressé par  toute tentative d'approcher un tel mystère. On pense aussi aux deux formes d'appréhension du temps dans la philosophie grecque? l'aion( le temps cosmique) et le chronos( le temps linéaire). Bref,cela peut nousentraîner bien loin!

 

Imaginant moi-même ce que peut donner un ralenti d'une telle intensité, il me semble que le résultat doit être déréalisant, voire angoissant pour le spectateur. Le ralentissement tend vers la mort...

 

L’homme  réfléchit en regardant ces mouvements étirés en longueur »Moins il y avait à voir, plus il regardait intensément, et plus il voyait… C’était le but du jeu. Voir  ce qui est là regarder, enfin, et savoir qu’on regarde, sentir le temps passer, avoir conscience de ce qui se produit à l’échelle des registres les lus infimes du mouvement. »


La deuxième  partie du récit commence, alors que "l’homme" n’a pas terminé son investigation. A présent,  nous sommes dans une région désertique, un pays tropical,  près d’un bungalow de fortune. Un jeune cinéaste Jim Finley est venu interviewer Richard Elster, 73 ans, qui fut employé au ministère de la guerre pour  y déployer son savoir en géopolitique. «  Division des opérations spéciales, troisième étage du Pentagone, disait-il. Le muscle et la frime. »

 

A présent, retraité, il vit dans son bungalow, sans autres repères  temporels que ceux fournis par la nature.

 

Jim Finley est l’auteur d’un film atypique dans lequel il filmait « des extraits de films et des programmes télévisés des années 50 « représentant  « Jerry Lewis jour et nuit et jusqu’au lendemain, héroïque, tragicomique, surréel ».

Jim ne sait pas si Elster va consentir à se laisser interviewer. Il est son hôte depuis douze jours, ils parlent ,mais la négociation n’avance pas.

Puis arrive la fille du maître, Jessie, et cela lui fait une compagnie.

 

Cette partie est faite de propos apparemment décousus,  mais toujours en relation avec cette réflexion sur le temps :

la façon de le ressentir bizarrement, a chronologiquement. Jessie raconte «  qu’elle s’est engagée sur un escalator immobile et, ne parvenant pas à s’adapter, elle avait dû fournir un effort conscient pour gravir les marches… une espèce de marche, mais qui donnait l’impression de n’aller nulle part parce que l’escalator ne bougeait pas ». C’est là une expérience banale ( et assez déroutante ) que tout le monde a faite un jour ou l’autre…

 

Elster voudrait que le tout soit contenu dans un seul instant. Le haïku l'inspire comme forme d'art.

 

Bientôt il sera aussi question de l'oeuvre  «  24 heures psycho » que les protagonistes ont également vu, et ce qu’ils ont ressenti….Elster évoque sa formation «  j’étudiais l’œuvre de Teilhard de Chardin…il disait que la pensée humaine est vivante, qu’elle circule. Et que la sphère de la pensée humaine collective approche de son terme, de l’explosion finale ».

 

 

Le texte est donc, vous l’aurez compris une longue méditation sur les grandes questions élémentaires qu’est l’homme comment peut-il vivre, comment trouver un sens à la vie promise à la mort ect…Elster semble penser que l’espèce humaine veut retourner à la matière inorganique.

  Elster  pense-t-il réellement comme ce théologien que l'homme doit rejoindre dieu en un point oméga?

 

Ses interlocuteurs ne le contrent ni ne l'approuvent. Nous ne lisons pas une discussion suivie, ni  une suite de dialogues où chacun défendrait un point de vue argumenté. Chaque personnage parle pour son propre compte, sans véritablement répondre à un autre, chacun enfermé dans son monde, même si  tous les trois semblent parler de la même chose...

 

Là-dessus, Jessie disparaît, seul événement survenant dans ce récit....

 

Nous avons là beaucoup de réflexions intéressantes sur lesquelles le lecteur peut argumenter à sa manière suivant  ses expériences et convictions personnelles.

 

Pour découvrir Don Dellilo romancier, il faudra que je me tourne  vers un autre titre.

 

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 15:50

La fille tatouée

Joyce-Carol  Oates  La Fille tatouée ***

Stock Cosmopolite ( The Tattooed Girl, 2003)

374 pages.

 

 

Alma , la fille tatouée est arrivée dans la petite ville de Mount Carmel.  Vingt ans plus tôt elle naissait en Pennsylvanie dans l’Akron Valley, connue pour  son air pollué par la suie. Elle a fui sa famille usée par le travail à la mine et l’alcoolisme, la police qui la recherchait pour drogue et prostitution.

Et ce la ne fait que commencer. A peine échouée dans la première brasserie venue, elle est repérée par Dmitri, barman et proxénète à l’occasion, qui voit en elle une  aubaine….

Sur la Colline, dans une demeure cossue, désordonnée, pleine de livres, Joshua Sieg l écrivian de bientôt quarante ans est en train de traduire l’Eneide. Il est l’auteur de plusieurs livres dont »les Ombres »dans lequel  il relate la déportation de ses ancêtres juifs, récit transmis dans sa famille paternelle. Il n’aime plus ce récit, se sentant gêné d’avoir écrit à la première personne ce qu’il  n’a pas lui-même vécu.  Non seulement il ne l’a  pas vécu mais il l’a  arrangé pour que les victimes aient l’air héroïques… Il  s’inquiète aussi  de sa santé. Des symptômes lui sont apparus qui font penser à une dégénérescence  musculaire.

Joshua se cherche un assistant pour l’aider à trier ses papiers faire du secrétariat répondre au téléphone, et peut-être davantage, il ignore comment son mal va évoluer.

Aucun candidat  ne lui convient…

Il est peu probable qu’Alma la fille tatouée puisse faire l’affaire ! et pourtant, il va l’embaucher ; il n’a pas honte de ses symptômes devant Alma, et peut les lui cacher. Elle n’est pas  non plus, croit-il, en mesure de critiquer ses écrits ni de lui poser des questions gênantes et en cas de besoin, elle pourra servir d’infirmière.

Au-delà de leurs préjugés, ces deux êtres vont se trouver pris dans une relation qui va les transformer tous es deux.  La haine qu’éprouve Alma  pour son employeur, va  évoluer vers la  considération et  davantage. Joshua va pouvoir l’apprécier au-delà de ce qu’il pensait… dès lors qu’ils auront des  conversations sérieuses sur la shoah, l’antisémitisme, la  misère à Akron Valley abandonnée par les pouvoirs sociaux, les  problèmes humains fondamentaux.

Deux portraits d’être humains et l’histoire d’une relation qui sonne étonnamment juste. A mes yeux tout au moins…  Deux êtres qui réussissent à communiquer au-delà de leurs différences de classe sociale.  Mais la société autour d’eux  va se montrer stupide, féroce, impitoyable…un  récit très noir qui s’achève encore plus mal que les précédents.

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 19:40

kasischke monde parfait

 

Christian Bourgois, 2010, 332 pages.

 

Edition originale 2009  même titre.

 

Jiselle, hôtesse de l’air romanesque, vient d’épouser son beau pilote Mark Dorn. Lune de miel dans les pays les plus exotiques, argent qui coule à flot, belles fringues, bijoux de prix, bonne entente physique, mariage en grande pompe… ! Elle nage dans le bonheur…

 

En dépit des avertissements de sa mère «  Quel genre de femme consent à épouser un homme qu’elle connaît depuis trois mois ? Un homme qui a trois enfants ? Un homme dont elle n’a pas rencontré les enfants ? »

… «  Bien sûr, il y avait quelque chose en plus, en plus de l’amour, sinon pourquoi le mariage et pourquoi cette hâte ? Mais comment aurait-elle pu expliquer à quiconque le mystère étrange et fou que c’était pour elle ? Se prenant à s’imaginer en mariée, elle avait capitulé ! Et puis …le commandant Dorn ! Le plus bel homme de la terre ! »

 

Jiselle s’installe dans la propriété des Dorn, au vert, à soixante kilomètres de Chicago et vingt du premier centre commercial, avec les enfants de Mark.  Ses deux belles-filles adolescentes la détestent, la cadette ouvertement, mais elle s’entend bien avec Sam le petit dernier. Mark est veuf d’une belle femme, Joy, dont le portrait la toise en plusieurs endroits. Elle apprend à devenir « femme au foyer ». N’a aucune peine à préférer les tâches domestiques, dont elle ignore tout, au métier d’hôtesse qui était devenu une insupportable routine. En effet, ces tâches domestiques apparaissent comme de véritables conquêtes, et Jiselle se met à régner sur ce petit monde, qui va s’agrandir du fait de circonstances particulières.

 

Elle voit son époux en coup de vent entre deux escales : c’est bon pour l’amour ! La frustration entretient le désir, et elle n’apprend pas à le connaître, restant sur de bons souvenirs.

 

Un jour, Mark est retenu en Allemagne, à cause de l’épidémie de » grippe de Phoenix ». 

Après quelques temps d 'affolement,  Mark va s'effacer de sa mémoire et encore plus vite de celle de ses enfants et voisins, pour faire place à de vraies priorités...

 

Jiselle ne s’est jamais beaucoup informée de la "grippe de Phoenix", mais elle constate des difficultés croissantes. Pannes de courant, omniprésence de la maladie qui rôde insidieusement, renaissance de superstitions, relations des époques de peste par son voisin historien, communiqués peu éclairants des médias lorsqu'ils fonctionnent.

L’existence qui l’attend est  très différente de ce qu’elle avait pu imaginer…

 

L’auteur a mis en scène une détérioration des USA, qui pourrait bien évoluer comme «  La Route » de Mc Carthy, mais nous arrête à mi-chemin, détaillant avec finesse les stratégies et la volonté de survie d’un groupe plein d'entrain, dans lequel Jiselle tient le rôle principal.

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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 10:58

fille-noire-fille-blanche,M28051    Philippe Rey, 2009, 378 pages.

(Black Girl, White Girl, 2006.)

 

     A la rentrée 1974, Genna Meade intègre le Schuyller College pour y débuter ses études supérieures. Cette université a été fondée par une ancêtre de sa lignée paternelle dans l’intention d’y cultiver un harmonieux mélange des races. Genna espère y trouver ses repères. Le foyer familial qu’elle a connu était confus et instable : son père, activiste gauchiste se voue à des causes généreuses, mais verse dans la délinquance, et il est toujours en fuite. Sa mère est de mœurs très libérales. La maison était envahie en permanence par des amis squatters, drogués, fêtards, hippies… on suppose «  que le FBI les espionne » .

 

        Au contraire de Genna, sa camarade de chambre, Minette, vient d’une famille hyper conservatrice  son père est pasteur, sa mère à la maison.  Elle est croyante et très pratiquante, lit la Bible et prie. Peu fortunée, alors que Genna a toujours eu de l’argent.

L’autre différence, annoncée  dans le titre  c’est que Genna est blanche, et Minette noire.

           Deux jeunes filles que tout oppose, et qui pourtant ont un point commun, la dépendance mortifère à leurs pères respectifs. Minette se récite la Bible toute la journée, Genna se récite le catéchisme du militant révolutionnaire, voulant être à la hauteur des idéaux de son père, dont elle ignore les dérapages.

Genna voudrait être l’amie de Minette. Et de toute sa famille, si différente de la sienne.  C’est même chez elle une obsession. Or Minette la tient à l’écart, s’aperçoit à peine de sa présence, pas plus que de celle des autres filles, parmi lesquelles d’autres jeunes noires, apparemment plus sociables que Minette. Laquelle n’est guère aimée. Genna ayant remarqué les difficultés de sa camarade, se consacre à sa protection.

Quelques temps après son arrivée, Minette remarque un carreau fêlé à la fenêtre, devant son bureau. Cela pourrait être la tempête qui a sévi hier. Mais pour Minette, manifestement il s’agit d’un acte malveillant qui la vise. D’autres suivront : on a déchiré son anthologie de littérature, volé un de ses gants, puis se commettent des actes à connotation ouvertement raciste. Là encore, Genna intervient pour « protéger » Minette, contre son gré semble-t-il.

Minette est persécutée : qui peut lui en vouloir ? Pourquoi les autres jeunes filles noires ne se plaignent-t-elles  de rien ?

 

Le roman ne donne pas toutes les réponses. Chacun interprète à sa façon.

 

Nous avons là un huis-clos entre deux jeunes femmes, comme dans « Solstices », dont l’une fragile psychologiquement, est  fascinée par l’autre, qui souffre d’une pathologie différente.

 

Ici, par la voix de Genna, revenant sur son passé, quinze ans plus tard, Oates réussit un portrait bouleversant de Minette, jeune étudiante noire, inadaptée, perdue dans un monde hostile, que sa situation incline à s’identifier à ses ancêtres réduits en esclavage,  et de sa descente aux enfers sous le regard impuissant de sa camarade qui peut-être ne fait qu’aggraver les choses… L’agitation bien-pensante autour de Minette et des persécutions racistes dont elle se plaint, sont dénoncées avec vigueur comme des manifestations de vaine bonne conscience.

On regrette toutefois que la défense des droits de l’homme, le socialisme, la justice sociale, soient représentés dans ce roman par des êtres aussi irresponsables que les parents de Genna !  

Genna dont l’existence, vouée à la personne de son père, son travail qui ne témoigne pas non plus d’un choix personnel, nous navre presque autant que la tragédie de Minette.

 

Malgré ses grandes qualités, encore un roman très pessimiste !

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