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13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 19:57

 

 

Recueil de nouvelles, se déroulant en  1988, dans des lieux divers , au nord est des States ; kes personnages sont des  célibataires de 30 à 40 ans, que l'on veut "caser" et qui ne se laissent pas faire... Des intrigues secondaires viennent se mêler habilement à ce scénario.

Vissi d’arte : voici Harry, dramaturge en herbe depuis quatre ans, endurant son existence  dans un quartier misérable de New York «  près de Times Square au-dessus d’un  peep show minable qui vendait des filles à 25 cents ». Sa rupture avec Breckie son amie qui va habiter à l’ouest un appartement plus confortable , ses refus arrogants de besognes alimentaires comme écrire des  articles dans les journaux locaux, sauf lorsqu’il n’a plus un sou, ses rêveries chimériques à propos de sa grande pièce de théâtre en gestation, sa solitude de plus en plus intense… ses illusions…

Joie : Jane une femme qui travaille dans une fromagerie, et va porter son chat chez le vétérinaire.

Elle chante tout le temps, des airs sentimentaux et n’a pour fréquentation que l’autre employée de fromagerie.

Et en plus, vous êtes moche :c'est une tranche de vie, de Zoé Hendricks professeur  d’histoire dans une petite faculté  de l’Illinois.

Cette histoire est de loin la plus cruelle : Zoé a une personnalité complexe, pathologique ; elle raconte des plaisanteries au sens obscur,  dont elle rit beaucoup, a l’habitude de sortir des répliques de mauvais goût à tout le monde (sauf sa sœur) d'un ton enjoué,  et tourne tout en dérision, y compris sa santé ( elle refoule son sentiment d’avoir un problème sérieux …) 

Nous la voyons se mentir à elle- même ; malgré tout, sa sœur  l’invite à une soirée d’Halloween pour lui présenter un homme :

 Elle est  déguisée en os à moelle, et le prétendant en « femme nue, avec un tampon Jex collé à ‘l’endroit stratégique sur son body, et de grands seins en plastique , qui dépassaient comme des jambons »

Est-ce  parti pour le grand amour?...

Le chasseur juif : là aussi une célibataire frisant la quarantaine accepte de rencontrer un homme avec qui on veut la caser. Tout de suite, ils ne s’entendent pas mais font semblant… il lui passe des films sur l’holocauste  tous les soirs (toute sa famille a été déportée) et elle trouve contradictoire qu’il aime chasser … en outre il y a le conflit lui ruralité / Elle urbaine depuis toujours ; elle littéraire, lui pas du tout…

Ce sont là les meilleures mais les autres se lisent bien aussi ; un recueil de grande qualité. Maître de l'humour noir, de l'ironie, des situations cocasses, ne reculant pas devant un certain hyperréalisme, et sachant présenter ses personnages de telle façon qu'on s'interroge sur eux, telle est Lorrie Moore. Je n'ai qu'une envie: la lire encore!

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18 juin 2018 1 18 /06 /juin /2018 12:04

 

Page à page, 190 pages.

J’ai été un peu surprise que Véronique Ovaldé signe la préface de ce livre, je m’en étonne moins au lu du contenu.

Plusieurs de ces nouvelles appartiennent au genre fantastique, ou plutôt s’en réclament, mais ce fantastique là pour moi c’est du grand n’importe quoi : Notre père,  la maîtresse de quelqu’un l’épouse de quelqu’un, la virée, la saisie, la barge, tu va mourir, vieil homme disparu, les prisonniers » … je n’ai pas du tout accroché, le surnaturel survient trop vite, l’atmosphère ne s’installe pas, elle est déjà là au début de la lecture, et ce n’est pas vraiment  une atmosphère, c’est une suite de saynètes qui semblent écrites au fil de la plume… même si ce n’est sûrement pas vrai, c’est l’impression que ça me laisse. Les autres nouvelles ( Mona, Melody, ça doit être comme ça en enfer, si un inconnu vous aborde… » appartiennent à un genre proche du réalisme, elle sont assez bien écrites, fourmillent de métaphores suffisamment inventives pour rendre une certaine réalité mentale, mais je ne les trouve pas tellement convaincantes pour autant.

 De cette auteure , j’aime les romans, en principe ( quoique le tout premier Suspicious River m’ait agacée) et certains tel « Esprit d’hiver » m’ont fait grand effet, mais ces nouvelles ne me plaisent pas. Dans le second récit «  Melody » bien construit, autour de quelques leitmotivs, tel le bourdonnement des câbles électriques, la petite fille aimée et mal acceptée, le rapport ambivalent aux femmes, et les retours au passé, il manque toutefois un rythme : la colère du narrateur est d’intensité égale du début à la fin, sans progression, ni palier ni chute , comme un ligne mélodique lisse, même si de haute tension, ou un encéphalogramme presque plat ( voilà que je cherche des métaphores surprenantes moi aussi !) ce n’est pas mélodique ( et ça s’intitule Melody… !) et son propos est répétitif aussi, à ce monsieur… pourtant cette nouvelle est sans doute la meilleure (ou la moins mauvaise).  

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10 juin 2018 7 10 /06 /juin /2018 12:27

L’Olivier, 2017 ( The Fates and Furies)

Ce gros roman touffu relate le vécu d’un couple sur les quelques vingt cinq ans qu’ils ont enduré ensemble, sans se lasser l’un de l’autre, et sans enfants pour faire diversion. C’est une réussite, et cela mérite un récit. Dans la première partie, nous avons le point de vue de Lotto ( Lancelot) né en Floride , d’un père riche, qui a su exploiter des sources sur ses terres pour la vendre en bouteilles, et d’une mère extrêmement possessive… à 16 ans, on l’envoie dans une pension bien cotée du New Hamshire pour le séparer de ses copains délinquants du sud. Quelques années plus tard, il rencontre Malthide ,ils se plaisent et se marient presque aussitôt. Lotto veut devenir comédien ,il rêve de jouer du Shakespeare, mais c’est comme dramaturge qu’il s’accomplira. Mathilde, semble discrète à ses côtés, d’abord employée à divers travaux mal payés, elle devient « épouse » à plein temps lorsque Lotto commence à réussir. C’est un couple à l’ancienne, mais bien équilibré, non seulement ils se plaisent sur le long terme, mais ils ont des échanges intellectuels. Autour d’eux gravite une petite cour d’amis plus ou moins fidèles, et Rachel la sœur de Lotto.

Dans une seconde partie, nous sauront la vie difficile de Mathilde avant qu’elle ne rencontre son mari  qui ne l’a jamais tellement interrogée sur son passé : il ne voulait rien savoir, et faisait en somme comme si elle était apparue sur terre le jour où il avait posé les yeux sur elle, comme s’il l’avait conçue …attitude typiquement masculine ! mais Mathilde résiste et existe , en particulier, en lui refusant d’avoir des enfants.

Agréable au début, le récit devient ennuyeux aux deux tiers et j’ai eu  du mal à le terminer… dommage pour Mathilde !

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31 mai 2018 4 31 /05 /mai /2018 23:13

 

2017 , Gallmeister, 301 pages, 1ere publication 1996.  USA

Journal d’une jeune fille de 17 ans, Pénélope, (surnommée tantôt Nell, tantôt Pumpkin…) qui vit dans la propriété de ses parents avec sa sœur Eva (18 ans) sur une période d’un an. Les deux filles sont dans une situation critique : à 50 km de San Francisco, et 15 de Redwood, la ville la plus proche, elles vivent seules, orphelines depuis environ six mois.

Les parents sont morts l’un après l’autre et, en même temps, (comme si c’en était la métaphore), la qualité de vie aux USA s’est détériorée  à toute allure : coupures d’électricité, puis cessation complète de distribution, y compris  d’eau, et d’essence, magasins qui se vident et ferment, gens qui abandonnent leurs maisons et s’en vont à l’aventure, parfois chassés par des bandes de pillards. Une guerre (ou plusieurs) ont mis le pays KO, on ne sait trop s’il y a encore un gouvernement et ce qu’il fait… la vie se dégrade à tel point, que les gens meurent de maladie faute de médecins et de médicaments, introuvables…. Toute cette situation de science fiction reste dans le flou : guerre, épidémies, assorties de catastrophes nucléaires et naturelles localisées mais répétitives. La romancière se saisit de la dégradation de la société comme argument pour son récit, mais ne se préoccupe pas de nous expliquer le pourquoi de cette sorte de « fin du monde » : on pense au roman « la Route » de Mc Carthy ; ma lecture est lointaine, il me semble que «  La Route » avait davantage de puissance, mais il faudrait que je le relise…

Les deux filles sont restées chez elles, et se sont débrouillées ; car avant le désastre, la famille pratiquait  déjà une quasi- autarcie : loin de tout, à la lisière d’une forêt ; leurs parents avaient développé une façon spéciale de vivre : la mère avait délaissé sa carrière à la naissance du premier enfant, le père étant seul à avoir un lien social d’ailleurs modeste. Ils n’ont pas envoyé leurs filles à l’école et les ont éduquées à la maison, les jeunes de leur âge, elles les voyaient peu, et n’en fréquentaient pas  sérieusement.   C’est de l’expérience de leurs parents disparus qu’elles vont tirer leurs ressources. Il y a dans ce récit un côté « parents exemplaires, filles qui marchent sur leurs traces ».

 Apparemment cette éducation leur permet de se débrouiller plutôt mieux et différemment  des  autres …pour ce qu’elles en savent, et autrui quant il se manifeste représente une menace ou une option vaine ( le personnage d’Eli par exemple) …

La narratrice est très attachante et on s’identifie à elle ; l’intrigue progresse bien, et

La façon dont les filles  tirent parti des plus petites choses, et des situations critiques, avec courage et adresse, rendent la lecture agréable. La puissante relation sororale ajoute à l’intensité du texte. cette relation influence la fin de cette histoire; on aura l'impression que c'est la soeur qui gagne; la soeur dont les tendances schizophrènes sont renforcées par la situation

La traduction est globalement bonne, et l’original, on le sent bien, écrit avec un bon sens du suspens, des descriptions soignées, parfois inventives, bref on ne peut pas s’empêcher d’aimer ce texte, même si  dans la deuxième partie, la romancière ajoute une péripétie un peu trop romanesque, inutile, et peu convaincante.

La fin nous fait réfléchir : le retour à l’état sauvage étant impossible, le retour à la civilisation également, on se demande comment la situation pourrait évoluer. Je n'ai pas digéré que

Nell renonce à l’encyclopédie  qui la reliait au monde, c’est moche.

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5 décembre 2017 2 05 /12 /décembre /2017 11:21

Albin Michel, 2017, 403 pages.

Henrietta vient de perdre son mari, et elle est encore toute déboussolée. Oona , sa fille, vient de se séparer de son mari, et est venue vivre chez sa mère. Lydia fille d’Oona, 15 ans, quitte un collège BCBG, dans le Vermont. Son petit ami lui a volé une photo d’elle nue et la fait circuler sur le net avec diverses variantes.

Toutes trois vont affronter leurs problèmes respectifs et améliorer leur ordinaire en s’entre aidant.

Il ya quelques invraisemblances dans cette histoire. Henrietta, et son mari tenaient à la fois une ferme et un restaurant haut de gamme (qui a périclité quelques temps avant le décès du mari). On se demande comment Henrietta pouvait élever les bêtes (dont la viande servait au restaurant), s’occuper du potager (idem pour les légumes) et du verger, toute seule ??? ça me paraît difficile d’autant que cette femme nous est présentée comme passionnée par les objets et les livres (elle était professeur dans on jeune temps) et n’a rien d’une fermière. Pour dîner, elle commande des plats indiens !

Autrefois, Henrietta , en plus de s’occuper de la ferme, a écrit un roman érotique, qu’elle envisage de republier pour éponger les nombreuses dettes contractées avec son époux. On ne sait pas trop pourquoi elle a eu besoin d’écrire ce roman, ni pourquoi son mari n’avait pas d’opinion là-dessus ???

La fille Oona , chirurgienne orthopédique, n’a pas une minute à elle, au début du roman ; puis elle semble avoir tout son temps subitement, pour s’occuper de sa mère et de sa fille.

Le papa de Lydia est franchement pénible, et les amours éphémères d’Oona avec un psy d’opérette ne tiennent pas debout !  Seule l’histoire et la personnalité de Lydia la lycéenne, entubée par son copain pervers, et malmenée par un groupe de filles dans une pension pas très honnête, a quelques cohérences. Dans l’ensemble, je me suis ennuyée, et l’auteur n’a pas su me faire avaler ses couleuvres.

Abandons : La Daronne Hannelore Cayre ( pouvait faire un bon sketch ou une courte nouvelle mais pour un roman même court, la lassitude vient vite).

Le Temps est assassin Michel Bussi.

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8 novembre 2017 3 08 /11 /novembre /2017 10:38

Laffont, Pavillons 2011 (1ere publication 1986)205 pages.

Au début de la 2 eme guerre mondiale, les Shepard père et fils se rendent dans une clinique d’optométrie au sud de Manhattan, pour tenter d’améliorer la mauvaise vue de Charles, le père. Ils n’y arriveront pas, la voiture tombe en panne dans le Queens. Bien qu’Evan, le fils soit mécanicien, il faut sonner chez les gens pour téléphoner à un garage. Ils tombent sur la famille Drake !

 Gloria est une femme de 50 ans, bavarde et esseulée, et ne veut pas laisser repartir les deux hommes. Sa fille Rachel est jolie, quoique effacée et intimidée. Phil le jeune frère de 16 ans, s’ennuie mortellement pendant les vacances, cherche un homme plus âgé à admirer... Tous trois sont subjugués par Evan, bien de sa personne, et Gloria mise sur le père. Les deux hommes se laissent plus ou moins faire. A Cold Spring, leur demeure, ils ne sont pas à la noce  avec la maman alcoolo-neurasthénique. Evan a déjà contracté un mariage,  est divorcé avec une petite fille qu’il voit toutes les semaines.

La situation s’envenime, lorsqu’Evan accepte d’épouser Rachel, et qu’ils louent une maison à Cold Spring avec la fatigante Gloria…

Ces deux familles sont très bien mises en scène avec leurs défauts, leur banalité, leurs manques divers, et assez souvent une certaine bonne volonté plus ou moins mise à mal. Le jeune Phil est presque le personnage que j’ai préféré, mais tout le monde est très bien, et cette humanité rend triste. Ces hommes qui ne pensent qu’à partir au front pour … devenir ou redevenir « des hommes » ! Ces femmes qui tournicotent dans leur logis, boivent, bavardent, perdent la tête… ! L’auteur est un admirateur de Raymond Carver et cela se sent.

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3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 09:06

Seuil, 2013, 411 pages

 

Titre original : Clearing

Au début du 20eme siècle, une scierie en Louisiane près de la petite ville de Poachum, où l’on travaille sur une grande forêt de cyprès chauves.

Le chantier c’est le père de Byron, de Pittsburgh en Pennsylvanie,  qui l’a acheté, ayant appris que son fils s’y était établi comme constable ( agent de sécurité). Parti faire la guerre en Europe sur l’ordre de son père, Byron en est rentré, traumatisé surtout psychiquement. Il n’ plus de contact avec sa famille. Le père envoie Randolph le cadet, diriger l’exploitation.

Le récit relate la vie du chantier pendant la durée de l’exploitation ( environ 4 ans). Tout d’abord, les retrouvailles des deux frères, et l’évolution de leur relation. Randolph a toujours eu de l’admiration pour son aîné, qu’il juge supérieur à lui, comme son père, dont il est le préféré.

Il doit faire face à une importante transformation du comportement de Byron, dû à ce qu’il a enduré pendant le guerre. De la violence, du désespoir, et cette façon de se consoler avec les chansons sentimentales sur son pick-up.  

Le problème essentiel de la scierie, c’est le saloon qui ouvre tous les dimanches ; les ouvriers s’y saoulent, jouent leur paie aux cartes, et des rixes éclatent dues au fait que le patron Buzetti ( affilié à la mafia sicilienne) envoie des gens de sa famille pour tricher et fomenter l’agitation. Les ouvriers se querellent aussi à propos des prostituées. Enfin, ils sont violents, parce qu’exploités, mal payés, vivant dans des conditions misérables. Randolph en est conscient, mais il na va pas changer le monde… l’améliorer peut-être.

Il faudrait fermer le saloon, mais Buzetti et sa bande menacent et n’hésitent pas à se venger, lorsqu’on veut les empêcher de nuire.

La violence et la corruption sont des sujets au cœur du roman, comme dans les Disparus ; s’y adjoignent aussi le racisme : la jeune gouvernante métisse de Randolph, voudrait partir vers le nord, s’émanciper et « avoir un enfant tout blanc ». On la comprend, vu la façon dont les noirs sont méprisés, et séparés des blancs pour tout ce qui fait la vie ordinaire.

En ce début de siècle, il est normal d’exploiter les forêts ; pourtant, il arrive à de nombreuses reprises à nos héros, de regretter l’abattage de ces magnifiques arbres.

Tout aussi intéressant que « Nos disparus » ce roman d’être connu davantage. A la bibliothèque, les deux romans parus de Tim Gautreaux ne sont jamais empruntés, et c’est dommage.

Tim Gautreaux est vendu comme « le Conrad du bayou » ce qui est plutôt inexact. Le monde de Conrad est complexe, retors, et ambigu, pas celui de ce romancier. Ces récits sont intenses,  foisonnants, mais clairs et nets. Tout y est expliqué, il n’y a ni non dits, ni zones d’ombre.

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14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 09:19

Philippe Rey, 2016, 357 pages.

En 1987, à Pascaine dans le New-Jersey, un quartier majoritairement noir, et défavorisé ; une rivière la Passaïc très polluée, qui empuantit l’atmosphère.

Ednetta cherche partout sa fille Sybilla, de 14 ans, qui a disparu. Une prof de son collège, Ada, finit par la retrouver dans une cave, blessée en plusieurs endroits, ligotée avec de la corde à linge, maculée de merde de chien, avec des inscriptions racistes écrites sur son corps.

Sybilla est conduite à l’hôpital et sa mère est convoquée. Toutes deux refusent les examens pour déterminer si elle a été, comme elle le dit, violée. Et aussi une partie des soins qu’on veut lui prodiguer ; et surtout, elles ne veulent pas parler, ni déposer plainte. La policière hispanique portoricaine, Iglesias désignée pour s’occuper du cas, pense qu’il s’agit d’une mise en scène. Sybilla a sans doute reçu une correction de quelqu’un que sa mère veut protéger. Son beau-père Anis par exemple. Mais elle a des doutes. Les deux femmes repartent sans avoir rien dit.

Sybilla est hébergée par sa grand-mère ; Ednetta n’ouvre pas à Iglesias, refuse de parler.

Et pourtant, le cas Sybilla va être récupéré, d’abord par un pasteur qui organise une croisade de justice, afin de récupérer de l’argent pour son propre compte, et du pouvoir. Il leur fait faire de faux témoignages, faciles à contrer, et la situation devient gênante ; les deux femmes pourraient être conduites au tribunal. Puis c’est un islamiste extrémiste, « le Prince Noir », qui s’occupe des deux femmes, parès avoir, sans vergogne, poignardé le pasteur… ! Sybilla est éloignée de sa mère, kidnappée par les extrémistes, et nous savons qu’elle souffre de quelque chose (grossesse qui se passe mal, infection génitale ???) et qu’elle n’est pas soignée…

Pas beaucoup de suspense, dans cet horrible récit : nous comprenons dès le départ, avec Iglesias, que la jeune Sybilla a été blessée sérieusement par son très dangereux beau-père Anis,(lequel a déjà fait de la prison pour meurtre d’une ou deux femmes), et qu’Ednetta a, contre toute attente décidé de le protéger. Elle dit d’ailleurs, que quoique fassent les femmes noires, quoiqu’elles disent ou non, la police ne les protège pas. Et c’est vrai. Toutefois, on est anéanti par cette obsession d’Ednetta à aider un homme qui est néfaste pour elle et ses enfants.

Le récit est à plusieurs voix, celle de la mère, de la fille, du beau-père, de la policière impuissante, du pasteur corrompu, de son frère, de la professeur du collège, de la cousine de Sybilla, de l’un des hommes accusé par faux témoignage… cela fait beaucoup de voix. Oates tente d’imiter le langage des noirs vivant dans des logements défavorisés. Elle en contrefait le style oral, les élisions dans les phrases, les mots tronqués, le débit souvent saccadé et confus.

De l’ensemble, ressort des détails sordides, un misérabilisme accentué, des portraits de noirs, vivant dans des conditions infâmes, et devenus forcément criminels, alcooliques, malades mentaux… une plongée dans l’horreur et le désespoir…

Une lecture très pénible.

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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 10:55

j'ai appris le décès récent de cette romancière dont j'avais abandonné autrefois un récit ( La Légende de la servante) en dépit de ses indéniables qualités.

Cette fois, J'ai choisi le dieu des cauchemars à la bibliothèque , espérant aller jusqu'au bout!

 

Joëlle Losfeld, 2002 ( 1ere publication 1990). 215 pages.

Helen débarque pour la première fois loin de chez elle. Sa mère l'a envoyée  à La Nlle Orléans pour y retrouver Lulu, la sœur avec qui elle a dansé jadis dans les cabarets, et la ramener en Nouvelle Angleterre. 

C'est dans ce lieu et ce climat très éloigné de ce qu'elle connaît qu'Helen, âgée de 18 ans, va faire son apprentissage.

Le récit couvre essentiellement  ces quelques mois qui précédèrent l’entrée en guerre des USA en 1941. Helen travaille dans un magasin de prêt à porter, loue une chambre à un couple singulier et sympathique Gerald ( poète) et Catherine ; fait connaissance de Claude, homosexuel traqué par la police et des groupes extrémistes ; rencontre Lulu devenue alcoolique au dernier degré, aidée par Len un jeune homme juif   dont elle tombe aussitôt amoureuse. Figurez-vous que Len possède une extraordinaire chevelure argentée...mais il tarde à répondre à ses avances...

Puis elle se fait une amie de son âge Nina Weir, dactylo, elle aussi vivant d’une façon assez précaire, chaotique …. Tout ce monde bohème, et le climat de la Nlle Orléans, les moeurs différentes, le racisme, les rivalités amoureuses, la jeunesse.

Tard dans sa vie, Helen se rendra compte que sa vie était basée plus ou moins sur un mensonge. Le lecteur lui s’en était rendu compte, mais cela ne gâche pas la lecture!

L' écriture est basée sur le ressenti intime d' Helen ; des passages parfois originaux, parfois incompréhensibles ( la dernière lettre de la mère ???) le non-dit entre les lignes souvent bien rendu, parfois un peu charabiesque. Un peu d’ennui tout de même…Certes, Paula Fox était bien une voix singulière dans la littérature, et ce récit ne manque pas de charme.

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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 09:23

Laffont (Pavillons) 2010, 258 pages.

1ere publication 1976.

Par l’auteur de la Fenêtre panoramique, ce roman tout aussi bon, et nettement moins connu.

C’est l’histoire d’Emily Grimes, née en 1935, du côté de NY, de parents divorcés, avec une sœur de 4 ans son aînée, Sarah.

Leur mère, Pookie, un peu fofolle, et changeant tout le temps de job, déménage tous les ans, et elles voient leur père 3 ou 4 fois l’an. Celui-ci est préparateur de copie pour le journal Sun. Le roman débute par une visite à l’imprimerie du Sun, destinée à montrer aux filles à quel point leur père est un personnage important…mais seule Sarah est vraiment subjuguée...

Emily se rend compte en grandissant, qu’il n’est pas vraiment journaliste et que le Sun est un journal médiocre. Leur mère, elle va comprendre à l’adolescence qu’elle n’a plus grand-chose à lui dire.

Sa sœur Sarah se fiance avec un de leur voisin, Tony, qui « ressemble à Laurence Olivier ». Sarah et lui ont été photographiés et très admirés pour la parade de Pâques, mais les désillusions viennent vite…

Emily d’abord envieuse, découvre assez vite, que Tony n’a pas fréquenté une public School anglaise, comme il s’en vante, qu’il n’est « pas tout à fait ingénieur » ( en fait, il est simple mécanicien…) et que s’il a l’air de présenter bien, il est en fait très mal élevé, et pire, va se révéler violent et de tendance alcoolique…

C’est une grande partie de la vie d’Emily, que retrace le récit, une fille pas vraiment comme les autres, puisqu’elle va obtenir un diplôme universitaire, travailler pour son indépendance, et choisir les liaisons amoureuses plutôt que le mariage, dans lequel s'embourbe sa soeur.

En dépit de son esprit rationnel, elle va endurer de nombreuses désillusions, concernant les gens de sa famille et ceux qu’elle va fréquenter. Plus que des désillusions, d’ailleurs, un vrai désespoir !

Mais cela reste tout à fait vraisemblable. Easter Parade est écrit simplement de façon très réaliste, récit admirablement conduit, et vraiment lucide. On décrit la difficulté des femmes à s’épanouir, à exister au milieu du 20 eme siècle aux Etats Unis. C'est aussi un tableau de société où,  derrière les apparences parfois flatteuses, se dissimulent la misère morale et intellectuelle. 

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