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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 15:49

Le Voyage à Rome Arléa

(Il viaggio a Roma, 1988).

Arléa, 2010, 298 pages.

 

Mario un jeune homme de 20 ans prend l’avion pour Rome. Il y est invité par son père qu’il n’a pas vu depuis sa prime enfance. Quinze ans auparavant, ses parents se sont séparés, et la mère est venue vivre à Paris avec son fils. Elle est morte peu après, et Mario est allé vivre avec son oncle.

Désormais, le père veut que Mario  partage son existence.

Dans l’avion, Mario s’endort sur l’épaule d’une femme et fait un rêve érotique la concernant. Aussitôt réveillé, il fait sa connaissance et celle de sa fille de 13 ans,Alda, une adolescente plutôt mal élevée, qui appelle sa mère par son prénom, et semble vouloir intervenir dans sa vie. Jeanne, la femme mûre, est enseignante, et Mario aime la poésie, surtout celle d’Apollinaire, qu’il voudrait imiter, et va citer abondamment pendant tout le récit… qui n’a rien de poétique.

Il note le numéro de téléphone de ce couple mère-fille, sans vraiment savoir si il et elles veulent se revoir et pourquoi…

l'accueil exubérant et affecté de son père gêne Mario, qui le ressent comme un mauvais acteur, pourtant sincère dans son incessant cabotinage.

L’intrigue se met en place : la mère de Mario était nymphomane ; son père le savait depuis toujours, il souffrait et se délectait de la situation, la faisant suivre, cherchant à la surprendre, puis essayant de jouer les maquereaux en lui présentant des hommes avec qui elle aurait forcément une aventure… jusqu’à ce qu’elle s’aperçoive de la supercherie, et s’enfuie avec Mario encore petit.

A la vue du salon où sa mère se tenait, Mario a une vision ; il se revoit surprenant sa mère en pleine action avec un amant. Ce n’est sans doute qu’un « souvenir-écran » mais l’image le poursuit. Pour l’effacer, il faudrait pense-t-il, rejouer la scène au même endroit, avec lui dans le rôle de l’amant. Ce serait une sorte de catharsis.

Cette envie de répéter le passé, avec des variantes, hélas, il la partage avec son père… et lorsque, voulant respirer un autre air, il retrouve Jeanne et sa petite peste d’Alda, il a l’impression  qu’une sorte de piège l’attend…


Grâce à cette éducation sentimentale, Mario va apprendre que les gens autour de lui (et lui-même pour l’instant) ne sont pas attirés sexuellement par des partenaires qu’ils trouvent désirables. Non ! Ils sont attirés par celui ou celle qui leur est interdit(e),  ils jouissent de la sensation d’être manipulateurs, de tendre des pièges, de faire des mises en scènes, et c’est le sentiment d’être en effraction qui les excite. Dès lors que c’est permis et légitime, ils se détournent. De sorte que le charme ou la beauté supposée d’un être qui leur plaît, ne joue aucun rôle dans leur choix «  amoureux ».


C’est là le dernier ouvrage publié du vivant de Moravia, et aussi son ultime roman. Il était déjà octogénaire. Ce n’est pas l’un de ses livres considérés comme les meilleurs. 

Et l’on a raison de le dire, car ce roman psychologique, où Moravia veut utiliser ce qu’il a retenu de psychanalyse, se révèle trop explicatif.  Les causes des agissements et troubles des personnages se devinent aisément, sans que l’on ait besoin des nombreuses interprétations et hypothèses que se formule le narrateur. Pour ne pas dire ses radotages. Et si quelque chose devait rester ambigu, tant mieux ! Mais là, il n’y a vraiment aucune chance ! On nous mâche trop les mots, on prolonge inconsidérément les dialogues, et on détaille trop les situations.

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 14:08

Mort à Venise 

D’après Thomas Mann

 

Aschenbach était professeur dans la nouvelle de Thomas Mann, et il regrettait de n’avoir su écrire autre chose que des manuels scolaires. C’était à Venise qu’il faisait l’expérience que décidément il ne serait jamais romancier dans le sens d’ « artiste de la langue ».  L’objet d’amour qui aurait pu servir à réaliser une telle œuvre, le jeune polonais Tadziou, résistait à cette transmutation d’un être aimé en un outil faisant fonctionner une œuvre d’art.

Le drame d’Aschenbach c’était la fascination le trouble sexuel, face au jeune garçon, absolument indépassable, impropre à toute sublimation, aussi bien qu’à une consommation d’acte.

Visconti transpose le professeur en «  musicien qui ne peut plus créer ». Cet artiste, tout occupé du son, va découvrir tout d’un coup l’espèce de fascination exercée par le visuel et sombrer dans la déchéance et la mort.

Ce n’est pas tout à fait la même histoire.

Visconti a choisi un accompagnement musical  profondément dramatique, lyrique, impressionnant un peu faux à  mon goût, qui convient à son cinéma : des extraits de symphonie de Gustav Malher. Les passages sont bien choisis, on apprécie les longues plaintes mélancoliques.

Tadziou est un petit Polonais ( il semble que l’acteur soit en réalité scandinave) de quatorze ans au seuil de la puberté. Il est bouclé comme un ange sorti d’une peinture italienne du quattrocento.

Il évolue dans l’univers de la plage, des plages à la mode de 1920. Les baigneuses sont moches, le temps est gris. La caméra suit et poursuit le garçon dans ses évolutions dans les rues et à la plage. : elle le perd et le retrouve, espère le traquer, mais il n’est jamais surpris. C’est Ascenbach qui se surprend lui-même à tenter de lui faire signe. Dirk Bogarde s’est donné l’allure d’un homme plutôt gauche auquel il arrive une incompréhensible mésaventure. Il semble frappé de stupeur. Dans le livre, il pensait tout le temps, dans le film il a l’air stupide comme tous les amoureux.

Il ne comprend rien à ce qui lui arrive. L’incident des valises le fait rester, il ne semble pas savoir pourquoi. Le professeur Aschenbach, lui avait des hésitations des résistances, se créait des alibis pour approcher le garçon, «  Je devrais pouvoir lui dire un mot, le toucher, cela me dégriserait peut-être ».

Des hypothèses étaient suggérées sur ce qui arrivait à Aschenbach, sur la passion.

Il le considérait comme « sacré » et s’en rendait compte. L’histoire d’Aschenbach ne s’arrêtait pas à un problème esthétique( cette sublimation qu’empêchait la fascination), elle englobait aussi la problème social, celui de la communication et de la reconnaissance de l’autre que Thomas Mann ne sépare pas de l’art.

Le film est beaucoup plus direct et plus cruel aussi. Il nous plonge dans la fatalité de la passion et ses conséquences. Ascschenbach est immobile, figé, par rapport à Tadziou , qui bouge remue sans cesse, indifférent, malicieux, parfois perplexe. Prend-il parfois la pose, ou est-ce l’autre qui l’imagine ?

Ascehnbach est réduit à néant sous nos yeux, grotesque et tragique, assailli,  avec du rimmel et de la teinture qui lui coule du visage, dévoré par la fièvre, la vue brouillée.

 

 

 

 

 

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 23:38

 

BaudolinoLP, 2001 ; 666 pages.


C’est le quatrième roman d'Umberto Eco, après le Nom de la Rose , le Pendule de Foucault, et l’Ile du jour d’avant.

Le récit qui nous attend en introduction, est un parchemin de Baudolino lui-même, écrit à l’âge de treize ans, un charabia qui ne dépaysera pas le lecteur, si celui-ci est ou a été professeur de collège.

Notre héros  illettré est déjà savant tout de même, sur la façon de s’orienter  dans le brouillard du Piémont, de gratter un parchemin pour le réutiliser, d’organiser des parties lestes en compagnie de jeunes filles et de licornes, et ces mots allemands dont il est si fier. A force de vadrouiller  partout, Le jeune garçon se fait adopter par l’empereur  Frédéric, qui l’achète à ses parents pour trois fois rien.

Le lecteur du parchemin,  est Nicétas, orateur de son état, fuyant Constantinople mise à sac en 1205. Baudolino l’a sauvé, et ils se retrouvent en sûreté, retirés de la ville assiégée et pillée.

Il a environ soixante ans, estime Nicétas, et se montre désireux de raconter la suite de son histoire depuis le parchemin de ses treize ans.  Nicétas va l’écouter car l’homme parle un grec assez fluide et élégant. Et le personnage est vraiment très curieux !

Adopté par l’empereur Frédéric  surnommé Barberousse, Baudolino s’instruit ; c’est à Paris, en étudiant les Arts libéraux, qu’il se fait quelques amis fidèles, sa future petite cour personnelle : Abdul, troubadour ( calqué sur Jauffret Rudel, il aspire à une princesse lointaine) ; Boron philosophe qui discourt sur le vide et cherche le «  gradale » ; le Poète, qui n’écrit aucun vers mais se révèlera bon stratège politique, Kyot, venu de Bretagne chercher aussi le Vase sacré, et Solomon de Gérone rabbin avide de retrouver les dix tribus d’Israël, perdues en terres lointaines. Baudolino, lui, est en quête du royaume du Prêtre Jean. Leurs quêtes différent quelque peu mais pas leur destination ; ils aspirent à se mettre en route pour l’Orient .


Avant cela, ils devront assister Frédéric dans maintes batailles, soit pour assiéger telle ville, soit pour la défendre, manœuvrer  auprès du Pape (ce pape Anglais nommé Adrien,ennemi juré de Frédéric), fabriquer et vendre des reliques…

 

Ce roman appartient au genre picaresque. Baudolino, d’une naissance modeste ( un « gueux ») va s’élever dans la société, plus ou moins marginal, mais diablement intelligent et inventif, et connaître de multiples aventures avec ses comparses : Eco mêle des épisodes quasi bibliques, la quête de l’Amour Courtois, celle du Graal , l’Enfer de Dante et sa forêt obscure, des rencontres de philosophes grecs, de monstres  horrifiques, et même les Mille et une nuits car l’on voyage à dos d’oiseau Roc !

J’ai bien noté quelques longueurs (les démêlés de l'empereur Barberousse qui veut conquérir l'Italie, et du pape Adrien qui peine à défendre son bien, n'en finissent pas...) mais l’ensemble est vraiment bon ; tantôt l’on s’amuse, tantôt l’on s’instruit, non sans rafraîchir ses connaissances.

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 23:31
chambre-du-fils.jpgArte (enregistrement du 7 mai 2007)
 
Titre original « La Stanza del figlio », 2001.
 

Le cinéaste a voulu montrer ce qu’il advient d’une famille équilibrée autant que possible, lors de la perte d’un membre essentiel (le fils) comment ils survivent, et a choisi la profession de psychanalyste pour le père.


Il illustre sa conviction que « la douleur ne réunit pas, elle sépare » dans la deuxième partie de ce film réaliste quasi-documentaire, d’une grande sobriété, mais il ne s’agit pas d’une œuvre esthétique.


Le sujet, au-delà de le mort d’un enfant, est donc la séparation.

 

Stanza veut dire « pièce, chambre », mais aussi « cabinet » .Comme celui de l’analyste ?

 

Giovanni est donc psychanalyste,( nous ne savons de quelle école, mais il paraît sérieux et sincère) et son fils Andrea, pratique la plongée sous-marine, ce qui, inconsciemment, semble être un équivalent symbolique de l’activité professionnelle de son père.

Giovanni et Paola ont deux enfants adolescents très différents. Si Andrea a du goût pour l’exploration des profondeurs, le repli, et aussi les traces du passé (il a subtilisé un fossile d’ammonite dans la salle de biologie), Irena, sa sœur, on la filme souvent en position verticale, phallique, dressée, sur un terrain de basket où elle se montre très performante.

 

Le père juge, sans le dire ni oser l’interdire, que la plongée est dangereuse pour Andréa ; il essaie de l’en empêcher tant qu’il le peut, de remplacer par des discussions des promenades d’autres sports, les dimanches matins où Andréa a coutume de rejoindre des amis pour se lancer à l’aventure des profondeurs sous-marines, du monde du silence…

 

Mais un dimanche matin, justement,injustement, la mort (que Jacques Lacan désigna parfois du terme"l’Autre absolu") fait irruption dans la famille.

Giovanni se rend chez un patient qui vient d’apprendre qu’il est atteint d’une maladie mortelle. Pendant ce temps, Andréa part en plongée et trouve la mort s’étant perdu dans « une grotte sous-marine ».

 

Le drame que l’on attend survient au milieu du film. Il y aura donc un avant et un après. En réalité, la vie « avant » ne paraît pas aussi différente que le voudrait le cinéaste. Le spectateur sait ce qui va se passer, il perçoit une famille menacée, plutôt qu’une famille heureuse. Les images d’ « avant » sont un peu trop connotées « famille idéale » pour emporter l’adhésion.

 

En outre, l’ « après » est constellé de flash-back de la part de Giovanni (narrateur de l’histoire) qui revient sur le passé, persuadé qu’il a dû faire une faute à un moment particulier, que son fils n’est pas mort par hasard, même s’il est mort par accident.

En tant que psychanalyste, il ne peut admettre totalement le hasard. Il se reproche d’être parti ce dimanche matin. Implicite, l’idée que la mort d’Andréa soit un acte manqué (ou plutôt réussi), qu’Andréa ait succombé à quelque chose comme « retourner dans le sein maternel », plane aussi sur l’enquête personnelle de Giovanni à propos des raisons du drame…cependant cette piste-là sera maintenue en suspend.

 

C’est la famille qui doit apprendre à survivre, les parents se querellent, songent à divorcer, Giovanni donne congé à ses patients, se fâche contre Dieu, casse des objets.

Irena erre dans la maison, toujours active et seule levée.

Paola veut retrouver l’ex-amie de son fils, Ariana, comme persuadée qu’elle détient la clef. Ou plutôt le fil.

En effet, la jeune fille se montre, en compagnie d’un autre garçon. N’ayant plus de nouvelles d’Andrea elle s’est trouvé un autre ami. Giovanni et Paola s’intéressent à ce jeune couple, les emmènent à la frontière française. Ariana leur montre que l’on peut continuer à vivre, même séparé d’Andréa. La famille entière va réussir à vivre dans un monde cruel où règne la séparation.

 
 

Ce que j'ai aimé dans ce film, c'est  une représentation du psychanalyste non caricaturale,chose rare dans les œuvres de fiction. En effet, il n’est pas psychopathe, ni victime d’un serial-killer, il ne couche pas avec ses patientes, (et même,il se contente de son épouse !!) ne trempe dans aucune affaire louche, écoute tout banalement des gens raconter leurs symptômes (récits répétitifs et monotones…). Enfin, une approche réaliste de la psychanalyse comme métier, approche un peu sommaire peut-être, mais honnête.

 
 
 
 
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6 août 2011 6 06 /08 /août /2011 23:11


l'amour harcelantGallimard 1995, 280 pages

 

 

C’est  le premier roman de cette auteure  et j’ai commencé par le troisième Poupée volée, suivi par le second Les jours de mon abandon pour finir donc, complètement à l’envers, par son premier opus.

 

Delia, 45 ans,  a perdu sa mère : Amalia s’est noyée dans la baie de Naples, vêtue de son seul soutien-gorge, un modèle aguicheur dont elle n’usait pas d’ordinaire.

Ces derniers temps, Amalia téléphonait à sa fille sans raison précise en riant de façon étrange et  obscène ;

Delia s’installe dans l’appartement de sa mère découvre qu’elle avait repris contact avec son ancien amant, un associé de son père. Le passé revient.

Lorsque Delia était petite, sa mère le retrouvait dans le sous-sol d’une confiserie. Des déboires conjugaux s’en suivirent et Delia, n’y était pas pour rien, mais elle avait ses raisons. Mal remise d’une enfance perturbée, elle tient à son célibat.

La femme fait une enquête : l’ancien amant de plus en plus allumé et hardceleur , avec un beau brin de sénilité en plus, inquiétait même son  entourage.

L’histoire est sordide les personnages vulgaires, fuyants, et à la fin du roman on n’a guère d’espoir pour Delia toujours plus proche de la défunte, amour et haine mêlés.

Dans ses trois roman Elena Ferrante s’emploi à créer une atmosphère déstabilisante avec succès. Sauf qu’ici le malaise est vraiment très fort, et à l’opposé des deux autres romans, la crise ne se résout pas, les personnages n’évoluent pas, le récit  ne sort pas de la glauquerie.

Même si ce roman comme les deux autres, possède une grande qualité d’écriture, de belles métaphores, un langage cru maîtrisé, je ne suis pas sûre que j’aurais lu les deux suivants, si j’avais commencé par l’ordre chronologique ….

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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 13:06

 

Film de Paolo et Vittorio Taviani (1977)

 

 

Vers 1920 en Sardaigne une famille de paysans élève des  chèvres. Ils ont plusieurs enfants et vivent dans la précarité.

Le père fait irrruption un jour à l’école du viallge pour en arrache Gavino son fils aîné âgé de 6 ans . C’est l’incipit du film. Malgré les supplications de l’institutrice, il emmène le gamin non sans avoir expliqué ce que sera sa vie : là-haut sur la montagne, il y a la bergerie familiale ;le garçon va s’en occuper, seul, la nuit comme le jour.

Ce premier épisode est dramatique ; mais nous comprenons que le destin de Gavino, qu’on pressent singulier, est aussi celui de la plupart des autres élèves, qui craignent eux aussi de devoir quitter l’école pour travailler…

 

 

 

retiré de l'école

 

Tout au long du film, les relations de Gavino avec les autres bergers ( souvent contrariées nous sont montrées) ; on a l’occasion d’apprécier que son père est particulièrement sadique.

 

 

Gavino demeure berger jusqu’à ses vingt ans : existence dans une cabane, ne voyant jamais âme qui vive ; il lui est défendu de communiquer avec les autres bergers. Tout manquement aux règles se solde par des corrections paternelles d’une rare violence, dont l’une faillit lui coûter la vie.


battu par le père

 

  Il ne parle qu'avec les chèvres qui lui font des reproches ; aucun pitié n'est à attendre , ni des hommes ni des animaux.

 

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Le paysage montré est rude, les tons sobres. L'être perdu dans l'immensité alterne avec les gros plans.

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 Un jour, au printemps, il voit passer un accordéoniste qui joue une valse de Strauss. La musique va désormais compter pour Gavino ;il réussira à se procurer l’instrument et à en jouer.

 

 

 

Les sons ont toujours beaucoup compté pour lui : mais en lieu et place des bruits de la nature, il va découvrir le monde plus riche de la musique.

 

 

Un hiver particulièrement rude qui met à mal la plantation d’oliviers change le cours de la vie de Gavino.

 

tu étais riche mai ça a mal tourné

 

 

Il va pouvoir quitter la maison familiale, se scolariser, découvrir que le monde existe, la guerre, l’art, la société, s’affronter avec son père, gagner son indépendance et une sorte de liberté.

 

Toutefois,   les  rassemblements de la famille et de la communauté sont fréquents et Gavino y a sa place, un peu différent tout de même. Il a perdu l’habitude de parler, et est affecté par moment d’un balancement rythmique qui évoque la schizophrénie. Ce symptôme revient tout au long du film. Il est  la conséquence de  la solitude d’un isolement répété,  et des mauvais traitements infligés.

 

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La lutte sans merci avecle père est un moment clef du film : la violence extrême y est accompagné du concerto pour clarinette de Mozart, musique insupportable au père. le monstre prend la famille à partie

mon père ce monstre

 

 

Les Frères Taviani se sont inspiré d’un récit de vie autobiographique «  l’Education d’un berger Sarde »écrit par Gavino Ledda, qui prend la parole à la fin du film. Disant à quel point il est attaché à ses racines, et demeurera un fils maudit.

Gavino Ledda

 

Gavino reste un être singulier aux prises avec l’élémentaire de la communication, ce qui suppose de sa part une intelligence des complexités des langues, et de la façon dont elles  gouvernent les civilisations.

Le film a été réalisé avec un petit budget pour la télévision ; cependant il fut présenté à Canne et y remporte la palme d’or en 1977.

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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 10:02

les jours de mon abandon Elena Ferrante

 

I giorni dell'abbandono, 2002

Gallimard, 2004, 225 pages

 

      Olga doit faire face à un grave problème conjugal. Son mari, Mario la quitte pour une jeune fille de 18 ans sa cadette. Elle va d'ailleurs découvrir qu'il la voyait en secret depuis plusieurs années.

Son existence  à Turin avec deux enfants de 7 et 10 ans Ilaria et Gianni,n'est pas de tout repos.

Olga  n'a pas d'emploi, mais aucun problème financier ni de logement. Ce qui est déjà beaucoup, mais pas suffisant pour affronter l'adversité.

 

Cette femme laissée seule avec ses enfants, nous relate les étapes qu'elle a dû franchir pour se faire à la situation et revivre normalement.

Un cheminement difficile qui passe par l'abattement, la dépression, l'auto-destruction, la violence, des situations de panique, des symptômes  de confusion mentale et quasi-démence, le refus obstiné de toute aide, des remontées d'enfance nauséeuses, et l'amélioration progressive de son mental.

 

 

 

Sur un thème très souvent traité, l'auteur sait se montrer originale et émouvante. Elle présente la situation à partir de petits faits parlants, une narration très concrète, vive et pleine de rebondissements.

La solitude, c'est une forme noire qui jaillit d'on ne sait où en pleine nuit et effraie la femme qui réveille les enfants et tue l'intrus. C'était un gros lézard noir...

Mais bientôt elle croira voir des fantômes : une femme abandonnée qu'elle croisait dans l'escalier, enfant, et qu'elle voit maintenant s'asseoir à son bureau et écrire.

Le jour où il est urgent qu'elle sorte de la maison pour appeler à l'aide, la clef ne tourne plus dans la serrure (elle ne fait plus qu'un avec le métal) et le chien, celui de son mari dont elle s'occupe à présent, se meurt : il semble que tout le mal qu'elle souffre et la violence qu'elle ressent se cristallise sur cet animal...

 

Une véritable réussite, un auteur que j'avais déjà découvert avec Poupée volée.

 

 

 

 

 

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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 00:54

 Gallimard, 2009

175 pages

 

     la narratrice, Leda est en vacances au bord de la mer du côté de Naples. Assise sur la plage, elle prépare ses cours de littérature anglaise pour la rentrée, et observe les estivants.

Elle suit les évolutions de Nina une jolie jeune fille et de sa petite fille de 3 ans, Elena, ainsi qu'à la poupée d'Elena, Nani, à laquelle la fillette est attachée comme à un objet transitionnel. La relation de la fille et de la mère puis de la fillette et de la poupée lui semblent tour à tour fascinantes et insupportables. Elle ne tarde pas à faire des retours sur son passé, et les moments heureux ou douloureux qu'elle endura avec ses filles en tant que mère.

Bientôt, elle se lie avec Nina s'intéresse à son sort : la jeune fille a quitté tôt l'université pour se marier et s'occuper de sa fille et se sent frustrée, d'autant plus que sa belle famille est vulgaire et sans culture.

 

Un jour, Elena se perd sur la plage et c'est Leda qui la retrouve ; chose étrange, la narratrice lui dérobe sa poupée qu'elle entoure de soins, habille, tout en sachant que l'enfant, privée de celle-ci, est désespérée...

 

Le récit décrit et développe cette crise de Leda, prise d'une sorte de folie, accompagnée d'une réflexion sur la maternité. Le propos n'est pas clos sur lui-même, et les gestes des protagonistes restent ambigus. Une histoire qui laisse le lecteur en proie à l'interrogation, à chaque page, et même à la fin!  On ne s'ennuie donc jamais, on participe à l'évolution des personnages, à la crise elle-même. Le ton est très varié, ironie,humour,colère, anxiété, frayeur, doute...des sentiments bien rendus.

L'écriture est classique avec de très bons choix, introspective, tout en restant reste légère et vive, avec des phases orales bien maîtrisées.

 

Malgré l'intrigue fort mince, l'histoire ne manque pas de suspense et tous les personnages sont fort bien vus y compris les petits rôles.

 

Je ne sais si l'histoire de Leda et du Cygne joue un rôle dans cette histoire...Leda a eu deux filles comme la déesse de la mythologie...à vous de voir.

 

 

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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 17:16

4166S57SA4L.-AA240-.jpgMoravia Alberto ( Rome, 22 /11/ 1907- Rome 26/0/ 1990)

 
Eléments biographiques :
 

Fils d’un architecte, famille juive, ni rite ni conviction religieuse ; sa mère préfère le catholicisme. Formation marquée par une maladie ( tuberculose osseuse) et le fascisme montant puis triomphant ( 1917-1927). Mussolini prends les pleins pouvoirs en 1925.

1929 ; parution de « les Indifférents » qu’il avait commencé à l’âge de 17ans.


En suite, pendant quinze ans il fait de « l’expérimentation littéraire » selon des propres mots. On retient « L’imbroglio » et « Rêves du paresseux «


En 1943 Mussolini est arrêté et constitue dans le sud de l’Italie une « république sociale » qui s’achève avec la défaite allemande. Menacé par les rafles allemandes, Moravia se réfugie avec Elsa Morante son épouse, dans un village de la banlieue romaine. Il vivent alors dans une communauté paysanne pauvre dont il fit plus tard la description dans un roman « La Ciociara » en 1957.

Avec la fin de la guerre, Moravia publie « Agostino » en 1944 et retrouve la notoriété des « Indifférents «. On considère qu’il est un des représentants du courant néo-réaliste avec Pavese. On admire chez lui l’analyse psychologique ; mais il se réclame de l’existentialisme sartrien dans des œuvres comme « Le Mépris « en 1954 , « L’Ennui » en 1960 ; on apprécie ses « fresques sociales » ses descriptions d’individus aux prises avec la société dont la vie difficile, violente rappelle celle des « Ragazzi di vita » que Pasolini , dont il est l’ami, montre au cinéma. Dans cet ordre d’idées , il convient de citer « Le Conformiste « en 1951 (mis en scène par Bernardo Bertolucci, 20 ans plus tard), « La Provinciale et autres récits »,en 1952, « Nouvelles romaines » en 1954.

Il fut également voyageur et journaliste pour Le Corriere della sera et livre ses réflexions sur le monde contemporain qui ont été publiées. Considéré par certains comme un compagnon de route des communistes, il ne s’engagea jamais mais accepta en 1984 de se porter candidat à l’élection au parlement européen et fut élu sur une liste d’indépendants de gauche.

Il vécut 25 ans avec Elsa Morante, 18 avec Daria Maraini, dix avec Carmen Llera, sans compter de nombreuses aventures féminines.

 

 
 
Le Mépris.

Richard Molteni, scénariste, et Emilia sa femme forment un couple sans histoire mais Emilia se montre d’une froideur déconcertante, et un jour dit à son mari qu’elle ne l’aime plus et même qu’elle le méprise. Le récit est consacré aux vains efforts déployés par Richard pour tenter de comprendre. Ai-je commis une faute ? Me méprise-t-elle pour ce que j’ai fait ou pour ce que je suis ?

Emilie le quitte, et meurt peu après la rupture, d’un accident de voiture.

Molteni envisage d’écrire ses souvenirs à la première personne, pour comprendre ce qui s’est passé. Les récits rétrospectifs, assortis de réflexions, doivent préluder à l’écriture proprement dite du narrateur.


Au début de leur union, ils habitaient dans une chambre meublée ; Richard écrivait pour le théâtre mais n’avait que de petits revenus. Emilia souffrait de n’avoir pas de maison. C’est à la suite d’un achat d’appartement qu’il se voit contraint, pour payer les échéances, de devenir scénariste pour des films à succès, emploi qui lui est proposé par un producteur de cinéma ( Battista). Richard n’aime guère ce travail, qui n’est pas, pour lui, créatif . De plus, il est au service de Battista qui s’oppose à toute sorte de productions (par exemple, au réalisme dans le cinéma, parce qu’il montre des aspects négatifs de l’existence). Emilia se prend d’aversion pour Battista alors même que Richard tente de composer avec lui. Dans le même temps elle devient froide à l’égard de Richard ; il comprend d’autant moins son attitude que c’est pour elle qu’il a dû prendre cet emploi déplaisant.

Suit la scène pénible : Emilie lui dit qu’elle ne l’aime plus et qu’elle le méprise. Elle ne dit pas pourquoi.


II
Richard et Emilia partent travailler à Capri. Battista et Rheingold, metteur en scène allemand, tournent un film sur Ulysse, et Richard doit se joindre à eux.

Rheingold explique que cette histoire mettra en lumière le problème conjugal entre Ulysse et Pénélope : Ulysse tarde à rentrer à Ithaque non par goût pour l’aventure ou du fait du hasard, mais parce qu’il craint, en retrouvant sa femme, d’essuyer son mépris à cause des prétendants qu’il a laissé s’installer dans sa maison et combler Pénélope de leur dons. Il ne s’est pas comporté en « homme ». Pire : il multiplie les obstacles pour retarder son retour et aggrave la situation comme en témoigne le nombre d’indésirables qu’il a dû finalement affronter... Le travail de Richard est d'écrire un scénario sur ce sujet,àpartir de l'Odyssée.

Richard ne peut éviter de le comparer à sa propre histoire ; il craint qu’Emilie le méprise pour les mêmes raisons, et finit par comprendre qu’il a donné à sa femme l’impression qu’il souhaitait qu’elle séduise Battista pour améliorer leurs revenus. Bref qu'il l'a prostituait...

Qu'y-a-t-il de vrai dans tout cela?


Malgré tout, il ne croit pas à l’interprétation de Rheingold, et a pour ce film des idées précises qui le mènent à cent lieues de son « problème conjugal ».

Se considérant dans une impasse, il décide de rompre avec Battista, de renoncer au film et plier bagage illico avec Emilie.

Cependant, Emilie a sans doute cédé à Battista : elle part avec lui en voiture et l’accident se produit peu après.


III  


Malgré les faits , ce qui s’est passé est loin d’être clair ; qui était vraiment Emilie ? Et lui-même ? A-t-il poussé Emilie dans les bras du producteur ? Si c’était le cas, l’a-t-il fait parce qu’ils ne s’entendaient plus ? Sinon est-ce une méprise d’Emilie qui la conduit au mépris? Pourquoi l’accident ? Ne pouvant répondre aux questions il commence à écrire « pour exorciser « un fantôme"


Roman d’analyse psychologique, le Mépris s’explique au premier abord par des considérations d’ordre social qui rendent Emilie moins « mystérieuse » que son amant ne le voudrait. L’origine sociale modeste d’Emilie la conduit à s’éloigner de Richard ; c’est avant tout une femme d’intérieur qui se plaît à s’occuper de sa maison. Lui est surtout préoccupé d’écriture et de théâtre. Tous deux s’ennuient peut-être ensemble et ne se l’avouent pas pour préserver leur entente sexuelle.Là, j'interprète, je lis entre les lignes...


Lorsque Richard lui présente le producteur Battista,si elle le soupçonne de vouloir la lui vendre, c’est que Battista est plus proche d’elIe. Il ressemble aux hommes qu’elle a dû côtoyer autrefois, dans son milieu social : inculture, vulgarité, promptitude à la séduire sans y mettre les formes. Si Richard ne s’aperçoit de rien, c’est qu’il ne veut pas savoir. Aussi se demande-t-on s’il ne cherche pas à se débarrasser de sa femme tout simplement, sans nécessairement chercher à la « vendre » ?

S’il la juge mal, pourquoi cède-t-elle au producteur ? Mais cet accident ne serait-il pas un suicide maquillé ?

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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 11:56

 

Métailié Suite ; noir



Monologue d'une femme quadragénaire à Turin, alcoolique au vermouth ; Elle est employée de maison mal payée son mari est au chômage. Elle est dépressive depuis longtemps, Elle vient de tuer sa fille de vingt ans qui la narguait en collectionnant des bibelots en plastique.


Cette jeune fille énervait sa mère, qui, intoxiquée par la télé, voulait qu'elle se présente à plusieurs émissions pour avoir une chance de devenir actrice ou mannequin de publicité. Ou encore qu'elle se dégote un mari riche. La fille ne veut pas  se prostituer ,la mère devient folle de voir que sa fille reste pauvre comme elle ; elle l'a aussi privé de son ami marocain sans-papier en le dénonçant à la police.

Un affrontement a eu lieu. La mère a tué la fille ; elle est ivre et délire : elle croit que la télé les avocats, les curieux sont derrière la porte à tenter de l'enfoncer et leur livre un discours qui est ce monologue désespéré que nous lisons.

 

C'est terrible! On a peine  à y croire... et si ce n'était  qu'un délire? Mais à mesure que le récit avance, on est pleinement convaincu.

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