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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 00:59

Le-JEUNE-homme-et-la-mort.gif 

 

 

 

Le Masque 1993. 250 pages.

Titre original :  The Face Of Trespass, 1974.


Gray Lanceton n'écrit plus.

Son roman " le Vin de l'étonnement" ne lui rapporte presque plus rien. Il s'est fait prêter une maison en bois dans la forêt d'Epping à trente kilomètres de Londres, et vit chichement et retiré sans calendrier, à relire des romans.

La forêt d'Epping, c'est  beau et surprenant; on y croise même des vaches.  Mais solitaire.

  Deux ans plus tôt Gray a fait la connaissance de Drusilla, jeune femme d'un quadragénaire riche, et ils ont eu une liaison ; mais Dru voulait à tout prix qu'il élimine son mari, et ne pouvant se résoudre au crime, Gray a rompu et remâche ses souvenirs, à peine soucieux de ce qu'il vit au jour le jour. Seul le laitier vient le rappeler à l'ordre, trois fois la semaine. 

Le téléphone l'obsède, il s'interroge« va-t-elle appeler vais je l'appeler ? » et pour se détendre, il le décroche souvent... . Mais voilà que le jour où il se décide à raccrocher le téléphone,  le monde extérieur de précipite sur lui : sa marraine veut qu'il garde la chienne pendant son absence à l'étranger, son beau-père français le presse de venir en Normandie, sa mère étant mal en point...


Sur un thème très classique, le plus courant peut-être de toute la littérature policière, Ruth Rendell construit un excellent roman psychologique, plein de suspense, et de péripéties, une réussite.

Avec de l'humour noir, le principal interlocuteur du jeune Gray étant le téléphone ( un ancien téléphone en bakélite), «  un téléphone immobile expectant, suffisant, qui attendait sa reddition. Et qui, bien que silencieux, semblait dire «je suis le magicien, le sauveur, le briseur de cœurs, le lien entre les amants, le dieu qui redonnera vie à un chien et te replongera dans l'esclavage » 

Que n'eût-il subi de la part d'un portable !!!

La dame est pessimiste comme toutes les psychologues et multiplie les sentences : « Il y a en chacun de nous un enfant effrayé qui sommeille.  Notre degré de maturité correspond à notre capacité de l'obliger à rester, coi, confiné, invisible ».



 

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23 mars 2008 7 23 /03 /mars /2008 00:39

Titre original " Boy A" ;Traduit de l’anglais par Isabelle Maillet en 2006 (Gallimard la noire)

 

313 pages.  


 

Publié dans la série noire, ce roman n’est pas un « policier »mais un roman social. 

 

L’auteur s’est inspiré d’un fait divers célèbre : deux garçons de dix ans avaient tué un très jeune enfant  dans un centre commercial à Liverpool, au début des années 2000. Ils furent condamnés à la perpétuité, considérés comme des monstres.

 

Cette histoire est modifiée, de manière à nous faire pénétrer dans l’existence d’un des jeunes meurtriers qui, sa peine purgée, libéré pour bonne conduite, tente de se réinsérer.  

 

26 chapitres, un abécédaire, de A comme Avocat (l’avocat du diable) à Z comme zéro pour raconter la vie de « », de 12 à 24 ans.

 

"A" vient de bénéficier d’une remise de peine. Il a vingt quatre ans et a passé la moitié de sa vie en détention. Lorsqu’il avait douze ans, il a poignardé une fillette de son âge, avec "B", son copain, une fillette d’une classe sociale élevée, qui refusait leurs avances et menaçait de les dénoncer…

 

A et B étaient en échec scolaire, dans la cité de Stonelee "une ville minière au cœur d’une région montagneuse rude et froide , minante et minée. C’était le règne du chômage et des petits boulots. On prenait ce qui se présentait ». Les garçons passaient leur vie dans la rue, A subissait les coups et humiliations de voyous plus âgés, lorsqu’il se mit sous la protection de B, déjà délinquant, possesseur d' un couteau.

 

« Les accusés furent condamnés à sept ans d’emprisonnement, une peine sévère mais pas injuste compte tenu de la gravité des faits. Le ministre de l’Intérieur, cependant, plus influencé par la volonté du grand public et déjà présenté comme un imbécile par les tabloïds, réclama la perpétuité. Motivé peut-être par un sondage d’opinion. Et parce que les politiques savent-bien mieux que les hauts fonctionnaires n’ayant pas de responsabilités face aux administrés-qu’à l’approche des élections la justice doit condamner »

 

 

 

En prison, B se fait tuer par d’autres détenus, tandis que A en réchappe plusieurs fois de peu, grâce à un voisin de cellule sympathique et éclairé, et à un éducateur spécialisé, Terry avec qui il noue une relation positive. Terry lui a trouvé un job au sortir de prison, des papiers faux et un nouveau nom « Jack. ». L’ancien, on ne le connaîtra pas…

  "A" devenu Jack ne peut cependant espérer de réinsertion véritable. Sa mise en liberté n’a pas été tolérée. L ’opinion, manipulée adroitement par des journalistes, des associations, des militants du parti conservateur, l'oblige à  se cacher, mentir à sa logeuse et à ses collègues de travail.  

 

  « C’est au journal télévisé que Jack a appris le rejet de son ultime recours en appel par la cour européenne des droits de l’homme. D’une manière ou d’une autre, la BBC avait réussi à le savoir avant même que l’avocat de Jack n’ait eu le temps de téléphoner au centre fermé ».

 

 

 

Le récit va et vient de la nouvelle vie de «  Jack » à ses années d’enfer en prison,  de ses errances de petit garçon dans les rues de M. avec son copain, au récit du crime et de ses circonstances.

 

Toujours traqué, Jack s’installe provisoirement dans sa nouvelle vie, s’investit passionnément dans son travail, ses relations sociales et intimes,  profite avec intensité des grandes choses comme des petites : savourer une nourriture correcte, boire de la bière, faire un achat personnel, marcher seul dans la rue, câliner un chat, avoir une liaison amoureuse...

Son bonheur fragile s'étend sur plusieurs mois, avant que tout ne bascule…

 

 

«  Et s’il coule, eh bien c’est que ne devaient pas se passer ainsi. En cette magnifique journée au bord de la mer, il se sent libre. Délivré des remords et de la tristesse. Il a connu l’amour, il a eu un travail, il s’est fait des amis, il a découvert le sexe, il a sauvé une vie. Il a eu sa journée de soleil qui brille toujours ».

   Trigell-Jeux-d-enfants.jpg
 

Un roman profondément émouvant à lire et relire en ces temps répressifs où certains veulent que les détenus présumés dangereux finissent leurs jours en prison.

 

 

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20 mars 2008 4 20 /03 /mars /2008 00:32

Natsuo-Out.jpgNatsuo Kirino «Out »

 

Out (texte original Out en 1997) traduction 2006 Seuil Points Thriller.

 
 

Ce roman permet une incursion dans le polar japonais féminin : cette auteure marie avec bonheur le documentaire social et le suspense policier. Il y a quelques longueurs mais on ne s’ennuie jamais vraiment tout au long des 656 pages bien tassées.

 
 

Quatre femmes entre 30 et 50 ans travaillent de nuit dans une usine à Tokyo, pour préparer des plateaux-repas à la chaîne. Elles gagnent 7200 yens (un peu moins de 52 euros) pour une nuit de travail. Toutes sont dans des situations difficiles : les conjoints sont absents,

ne travaillent pas, ou ne donnent pas leur salaire, sont cruels ou amorphes, les logis sont exigus, les femmes manquent d’argent, l’une d’elle est même surendettée, et poursuivie par des usuriers.  

 

Lorsqu’elles arrivent chez elles le matin, c’est pour faire le ménage, la cuisine, les courses… s’occuper des enfants pour la plus jeune, composer avec  des adolescents difficiles pour les aînées, sans compter que  la plus âgée Yoshié est en charge d’une parente grabataire.

 

Le soir où Kenji Yamamoto rentre chez lui saoul après avoir tout claqué au jeu, et tapé Yayoi, sa jeune épouse, c’en est trop pour elle. Un peu plus tard, elle appelle sa collègue Masako, pour lui demander de l’aide, elle vient d’étrangler le conjoint délinquant… Masako décide de la secourir, et s’assure de l’aide  des deux autres collègues qui se connaissent bien. Découper le corps, en dispatcher les morceaux dans des sacs qu’il faut jeter sans attirer l’attention, voilà la tâche dont elles s’acquittent.  

 

La gent masculine ne tarde pas à rattraper ces femmes courageuses pour exploiter leur talent à éliminer les cadavres gênants. Pressées par  le besoin, Masako et Yoshié, les plus douées, se voient contraintes d'adjoindre des activités criminelles régulières à leurs obligations domestiques…mais d’autres personnages entrent aussi dans la danse soit pour tenter d’exercer une vengeance, soit pour assouvir des pulsions meurtrières à l’encontre de l’une de ces femmes.

 

De plus,  dans les poubelles d’un grand parc, une partie d’un corps est retrouvé et la police enquête…

 

A vrai dire, ce que l’on apprécie  le plus, c’est l’observation aiguë de la vie des classes laborieuses, spécialement les femmes, qui, non sans ironie, passent de la découpe de tranches de viande pour panier-repas, à celle de cadavres. Plus conventionnelle mais non dénuée d’intérêt est la partie où elles sont poursuivies par  un pervers psychopathe.  

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24 février 2008 7 24 /02 /février /2008 16:13

Petits-crimes-contre-les-humanit-s.jpg  

Métailié, 2007.

 

Saltiel (Paul) est prof d’histoire de l’art à Nevers, petite université de province en manque de crédits.

 

Il est « Ater » c'est-à-dire assistant à mi-temps et partage un appart avec Simon, maître de conf’ en littérature.

 

Depuis des lustres, il besogne sur sa thèse «  la mort de l’art », la mort dans l’art, ou l’art de la mort ?? On ne sait pas bien.

 

Simon, lui, travaille sur le roman rose.

 

La vie suit son cours, morose.

 

Saltiel vient de rater son passage à l’échelon supérieur, (maître-assistant)  et son directeur de thèse s’est exilé dans un monastère tibétain…

 

Le dernier cours vient de s’achever dans la maussaderie d’un mai pas du tout soixante-huitard. Kressmann, le doyen des Profs, s’écroule mort en sortant de l’amphi. Il venait de recevoir un mail de menace, on en veut à sa collection d’objets d’art.

 

Saltiel recherche le coupable avec l’aide d’une étudiante « à l’odeur d’herbe fraîchement coupée… »

 

Ça me rappelle l’odeur de foin coupé de certain galant rencontré au salon de l’agriculture.

 

 Je doute que cette odeur soit particulièrement érotique, mais  Saltiel n’a rien trouvé de mieux pour prendre la clé des champs.

 

 

 

C’est un récit satirique sur l’université, et même si c’est très bien fait, on s’ennuie  un peu d’assister à tous ces colloques, conférences, et bavardages divers. L’auteur a voulu donner l’impression que l’université était un monde de fâcheux, et il a vraiment bien réussi.

 

L’intrigue policière n’a pas beaucoup retenu mon attention.

 

Le nom de Saltiel bien davantage. Il me semble que c’est un personnage d’Albert Cohen. Je me suis donc renseignée et, il n’est pas impossible que l’auteur se soit inspiré de « Mangeclous » et qu’il veuille le faire savoir.

 

Personnellement, j’ai lu Solal, et ce personnage  y joue un rôle.

 

 

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27 janvier 2008 7 27 /01 /janvier /2008 00:30

Ale-secret-de-CHimneys-polarspourpresnet-copie-1.jpgnthony Cade a été chargé par son ami Mc Grath de remettre le manuscrit des Mémoires du comte Stylpitch à des éditeurs londoniens, en échange de la somme de mille livres.
Il doit également restituer à une certaine Virginie Revel, des lettres compromettantes qu’un maître chanteur, à présent mort, détenait.
Aventurier qui s’ennuie à faire le guide de voyage en Afrique,  Anthony  accepte cette mission avec joie.

 

A peine à Londres, un baron au nom imprononçable, vient lui déconseiller de remettre le manuscrit, un employé d’hôtel réussit à lui dérober les lettres, il échange le manuscrit à un certain Holmes contre les mille livres, reçoit une invitation de Georges Lomax, politicien à la langue obscure, pour se rendre à la propriété de Chimneys,où il doit rencontrer des gens d’affaires et des diplomates concernés par le manuscrit convoité.
Il décline l’invitation et se rend chez Viriginie Revel pour lui parler de ses lettres dérobées.

 

Lorsqu’elle lui ouvre sa porte, Virginie est  aux abois : elle vient de trouver un cadavre assis dans le meilleur fauteuil de  son  petit salon. Sans façon, Anthony  lui propose son aide pour s’en débarrasser…

 

 

 

L’intrigue est  compliquée et tarabiscotée. En 1925, A. Christie n’a pas encore la maîtrise des « Dix petits nègres ».

On s’irrite aussi des clichés racistes sur les domestiques comparés à des animaux (Boris qui a du » flair » s’attache à un nouveau maître comme un chien, et promet de le servir jusqu’à la mort sans salaire !) sur les noirs   («  j’espère qu’en Afrique, prince Nicolas, vous n’avez pas épousé une négresse ! » « non ne vous inquiétez pas elle est blanche extérieurement et à l’intérieur » …. !!)

 

Le néologisme Herzoslovaquie : à partir de quoi l’a-t-elle formé ?De Herzog ou de Herz ?  

 
 

Le château de Chimneys, à quoi ressemble t’il ?

 

 « Il se dressait là semblable à la description qui en est faite dans le guide de l’Angleterre des monuments historiques » nous dit cavalièrement l’auteur sans tenter la moindre peinture personnelle du lieu. Tata Agatha est une fumiste !

 

Malgré tout, ce récit est amusant....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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26 janvier 2008 6 26 /01 /janvier /2008 00:32

Les démons de Barton House (Minette Walters) , Pocket, 2005.

 
 
 
 
 

Connie Burns est correspondante de guerre au Zimbabwe et en Irak. Elle a remarqué qu’un psychopathe qui se fait appeler Mckenzie sert dans les divers corps d’armée des pays en guerre, profitant de ses avantages professionnels pour violer et torturer des femmes. Il sait qu’elle est sur sa piste et l’enlève, lui faisant subir toute sorte de mauvais traitements humiliants, qu’il filme avant de la relâcher.

 

Connie se terre dans un manoir anglais (son pays d’origine qu’elle connaît peu), dans le Dorset, sans donner à personne ses nouvelles, mais le tueur a emporté le contenu de sa boîte mail…

 

Elle fait connaissance de Jess, quasi muette, serviable, en deuil de sa famille,  qui s’occupe de la ferme contiguë et élève une meute de chiens à priori effrayante, de Peter, toubib local charmeur, et de la propriétaire Madeleine et de ses talons aiguille.

 

 Seront-ils des alliés ou des encombrants ? Que va t’elle faire ?

 

L’univers d’une correspondante de guerre, de son expérience en tant qu’enfant et jeune fille au Zimbabwe, où son père, propriétaire terrien, se trouva menacé à la fois par le peuple révolté et par le pouvoir répressif de Mugabe, les démêlés de la femme avec la violence et la vantardise masculine, les luttes de pouvoirs entre la bourgeoisie provinciale britannique qui tient à son patrimoine, et un membre de la famille méprisé qui cherche à se faire reconnaître, tout cela fait beaucoup de matière, de personnages, de retournements de situations.
L’auteur a voulu que son récit à suspense repose sur des bases psychosociologiques sérieuses, afin de n’être pas simple divertissement. En sort un roman assez bavard, trop long, un peu trop prévisible. Le récit de l’agression du tueur et de la riposte des protagonistes s’éternise et se perd dans les petits détails.

 
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19 décembre 2007 3 19 /12 /décembre /2007 12:09
 Le Chat dans le cercueil. Picquier poche noir
 
Polar japonais. Années 90.
 

Juste après la seconde guerre mondiale, Hariu, fille d’une modeste fleuriste de province, et qui rêve de devenir peintre, trouve à se faire embaucher à Tokyo, comme employée de maison par un artiste qu’elle admire, Gôro, qui promet de l’initier à son art.

 

 Gôro est un jeune veuf séduisant, Hariu se met à rêver à des lendemains qui chanteraient. En même temps, elle cherche à conquérir la petite fille du maître, une enfant de huit ans, solitaire et secrète qui, outre son père, ne se plaît qu’en compagnie de Lala sa chatte blanche à qui elle voue une passion véritable.

 
Le maître lui paraît déconcertant ; Hariu se lie à Momoko et à sa chatte.
 

Elle se considère comme assez heureuse, lorsque survient Shinatsu, jolie femme que fréquente Gôro…

 

La blancheur immaculée de la robe féline dissimule bien de la noirceur.

 

Quelques heures de plaisir assuré pour un roman psychologique noir bien construit et qui apporte un retournement de situation final, une chute intéressante.

 

L’auteur a construit sur le thème rebattu de la vengeance, une histoire simple et captivante qui tient en haleine.

 
 
 

On admet finalement que Momoko n’avait pas surmonté l’abandon de sa mère (surtout qu’il lui fut dissimulé).

 

Son comportement renfermé et son adoration pour sa chatte, cachent une sorte de schizophrénie qu’elle fait partager à Hariu, elle-même assez confuse. Lorsque la mère veut engager une relation avec sa fille, sans se déclarer comme ce qu’elle est, Momoko sait à qui elle a affaire inconsciemment ; l’attitude de Shinatsu, personnage très ambigu révèle autant d’animosité que de maladresse à l’égard de l’enfant et précipite le drame.

 
 
 
 
 
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29 novembre 2007 4 29 /11 /novembre /2007 11:50
Ruth Rendell L’Analphabète.
 

Publié au Masque en 1977, ce court roman bien enlevé porte le titre original «  A Judgement In Stone ». Comme la plupart des romans de Rendell, le titre original n'a rien à voir avec le titre choisi pour plaire au lecteur français. Le titre français met l'accent sur l'impossibilitéde lire, et même de déchiffrer. Le titre anglais sur un châtiment ( jugement) de pierre ( stone). Ce titre ne prend tout son sens qu'à la fin du roman.


Le récit s’inscrit dans la série des thrillers psychologiques, et sur le thème du « serviteur criminel », un genre qui comporte beaucoup de chef d’œuvres parmi lesquels «  Le Tour d’écrou » d’Henry James, « Le Serviteur » de Joseph Losey, " Gosford Park " de Robert Altman, " Mademoiselle Julie" la pièce de... (le nom ne me vient pas, merci de compléter dans les commentaires), mais aussi en français « les Bonnes» de Jean Genet, pour ne citer que les exemples qui me viennent à l’esprit.

J’avoue que je ne serais pas encline à rechercher les  livres  qui mettent en scène le «  bon domestique au grand cœur ».


 Toutes ces œuvres témoignent du conflit entre maître et serviteur, des aspects variés qu’il peut prendre, les frustrations et révoltes  d’une  classe exploitée et humiliée,  s’exprimant, faute de mieux, sous forme de pathologie mentale et/ou vengeance  personnelle.

 

Certes, Eunice Parchmann n’a rien pu lire de tout cela, puisqu’elle est analphabète. Mais elle est l’héritière d’une longue tradition.

Surnommée Vieux Parchemin, Eunice vient d’entrer au service des Coverdale, des bourgeois middle class, qui vivent  dans  une grande propriété à 100 km de Londres dans le Suffolk.

 

Eunice va massacrer toute la famille, c’est ainsi que débute le roman, tout de suite placé sous le signe de l’humour noir. Et souvent, nous trouvons d’ironiques prolepses à propos de chaque personnage : «  S’il avait su qu’une semaine, un mois plus tard, il ne serait pas là pour… », qui indiquent une discrète jubilation du narrateur. Un narrateur qui n’est pas Eunice.

 

Vieux Parchemin a grandi dans un quartier modeste à Londres, et a très tôt souffert de la phobie des lettres et des mots écrits, qu’elle ne déchiffrait pas assez vite au goût des adultes.  Ménagère avant tout, elle s’est occupée de ses vieux parents, avant  de pratiquer l’euthanasie sur son père impotent, un jour de grand ras l’bol.

A quarante ans, « passée maître » dans l’art de mettre à jours les petits secrets inavouables, ayant exercé diverses sortes de chantages chez ses voisins, elle a réussi à subsister.

Grâce à l’une de ses victimes, elle obtient de bonnes références pour se faire embaucher dans une famille qui va bien la loger.

On croit avoir trouvé une authentique servante dans la grande tradition victorienne. Eunice astique, frotte, nettoie. Elle aime tout ce qui est non animé,  sur quoi elle peut exercer une action. Les humains et les animaux, mus par une volonté qui leur est propre, lui répugnent. Les Coverdale attendaient une bonne à tout faire plutôt qu’une employée de maison stylée. Ils envisagent Eunice comme une « machine », parce qu’elle est parfaite.

 

Elle apprécie les séries criminelles à la TV, et, un jour de panne, frustrée de ses feuilletons, elle se balade,  fait la connaissance de Joan Smith l’épicière du village. Joan est évangéliste, fait partie d’une secte  « les Compagnons de l’Epiphanie », qui croit à l’imminence de l’Apocalypse.

 Ancienne  prostituée, elle prend plaisir à se confesser, et  à réciter la Bible.

Par ennui, Eunice accepte de faire des tournées évangéliques avec elle. Eunice est vierge et Joan prostituée repentante : la satire des figures féminines du Nouveau Testament est assez grossière, mais bien tournée. Cet improbable couple féminin tient aussi parce que Joan l’aide à dissimuler son secret (l’analphabétisme) aux Coverdale, parce que Joan cancane sur les Coverdale et Eunice cherche à vérifier ses dires, dans l’espoir de trouver une nouvelle occasion de chantage.

 Les Coverdales ne sont pas de mauvais maîtres. Ils sont seulement conformistes, leurs pensées et actes dépendent  étroitement de  leur appartenance de classe, de ses  marques distinctives, ce qui les conduit  à  interpréter faussement les signes de bizarrerie d’Eunice.

Jacqueline la maîtresse de maison, snob et vaniteuse, sans être méchante, aime que Eunice soit laide, parce qu’elle a le même âge et se sent belle à ses côtés. George, l’époux, PDG plein d’humanité, éprouve de la sympathie pour Eunice, croyant que si elle ne tient pas compte de ses avis écrits c’est que sa vue est mauvaise, et l’envoie chez l’ophtalmo.

On s’étonne néanmoins qu’elle ne manifeste aucune émotion le jour du baptême d’un neveu, né peu après son installation, mais on invoque la timidité.

Eunice ignore que feindre la sympathie pour les maîtres fait partie du service.

 

 Elle apprend que Melinda, la fille de la famille, a un amant et se croit enceinte ; et, comble de malheur, cette Melinda, trop observatrice, a compris qu’Eunice ne savait pas lire, lui confie quelle sait, s’offre à lui donner des leçons. Eunice perd son sang-froid, la menace de révéler sa grossesse supposée à la famille et la traite de sale petite putain.

Elle a tout faux. Melinda raconte tout et Eunice est renvoyée.

Une semaine plus tard le jour de la Saint-Valentin, les Coverdale se réunissent dans leur salon pour  écouter un  Dom Giovanni retransmis en direct à la télévision, spectacle que Melinda enregistre au magnétophone.

Eunice et Joan sont ensemble dans la maison, commencent à s’exciter, font quelques actes de menu vandalisme…Eunice a perdu son emploi, n’a plus rien à attendre de ses patrons, n’a pas de préjugés contre le crime, et Joan ne demande qu’à s’y mettre.


 Quelques jours plus tard, nous comprenons le sens du « Judgement In Stone » : le magnéto où l’on enregistrait Dom Giovanni est retrouvé par la police : on y entend les voix des deux meurtrières menaçant les Coverdale et les coups de feu, en même temps que celles des victimes, des chanteurs, et du Commandeur.


Dans son film, «  La Cérémonie » Claude Chabrol a très bien mis en valeur les dernières scènes.  Le film entier, bien sûr, mérite d’être vu. Les prestations respectives de Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert sont excellentes.

 


A cette occasion, Eunice elle-même se fige comme une statue. Et qu’avait-elle été d’autre qu’une «  statue qui parle » ?

La vengeance est double. Eunice est elle-même le châtiment de ces bourgeois qui ont inconsciemment accepté de courir vers leur perte.

Lorsque Jacqueline lui a serré la main pour la première fois, c’est la main du Commandeur qu’elle serrait sans le savoir. Sa fille Paula, n’a-t-elle pas eu l’impression, en voyant Eunice, de ressentir « le passage d’un courant d’air glacé à vous couper le souffle » ?

 

Et faute d’avoir su déchiffrer «le vieux Parchemin », la famille meurt. 

 

Eunice elle-même est punie par l’existence de l’enregistrement témoin du crime, dont elle ignorait l’existence. Cependant, elle ne cède pas… Après quinze ans de détention, elle n’a toujours pas appris à lire…

 
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9 novembre 2007 5 09 /11 /novembre /2007 00:29

la-voix-indridason.jpgUne semaine avant Noël, le  portier d’un grand hôtel de Reykjavik,  Guldlaugur, est retrouvé assassiné dans le cagibi qu’il occupait. Il était terré là depuis vingt ans homme à tout faire, Père Noël aux fêtes…un homme déchu qui fut autrefois un petit choriste célèbre avant que sa voix ne mue.

Le commissaire Erlendur s’installe dans l’hôtel et réfléchit sur le problème y mêlant les siens guère plus joyeux : sa fille Eva qui menace de replonger dans la drogue, son frère disparu en montagne alors qu’il n’avait que huit ans, son divorce, sa culpabilité, une autre enquête sur un petit garçon maltraité… le roman tourne autour du thème de  l’enfant maltraité,  battu, abandonné, persécuté, contraint par l’adulte à des prouesses hors de son âge.

 Là-dessus les considérations ne sont pas bien nouvelles ( Indridason n'a jamais ouvert  un livre de Freud ou même Dolto mais l'Islande c'est loin...) et le récit sombre parfois dans le sentimentalisme exacerbé. L’intérêt pour l’enquête  s’amenuise à mi- chemin,   à cause du récit assez laborieux des malheurs des uns et des autres.

D’après la traduction, l’écriture serait assez quelconque.

Je m'aperçois en lisant ma liste que j'ai chroniqué plein de polars scandinav(r)es dont  bien peu m'ont plu...

La Voix a obtenu le prix du polar 813. Tout le monde semble l’avoir apprécié.

Que ne l’a-t-on donné à Marcus Malte ou Dominique Sylvain !  non ce n'est pas que je sois chauvine, ne croyez pas ça...
 
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28 octobre 2007 7 28 /10 /octobre /2007 19:01
publié chez Zulma.

Une prostituée reçoit quatre hommes et croit les soumettre en se soumettant elle-même ; le texte s’adresse ironiquement à « toi », aussi dénommé « monsieur Astrid » et  prétend savoir ce  que pense le destinataire ainsi que la fille.

 

 Monsieur Astrid, Alexandre,   prend la parole à son tour en tant que commissaire ex-alcolo, lisant  ce manuscrit qui lui est adressé, non sans revivre  son passé  maintenant  caduc avec Hélène et les enfants.

 

Sur une plage, un certain Matthieu revoit Ariel son ennemi, et s’effraye de cette rencontre clairement menaçante  pour sa famille.

 

  Alexandre  poursuit un assassin depuis des lustres, un assassin  pour lequel il nourrit des sentiments ambigus.

 

Quelles sont les relations entre ces différentes narrations ? Qui parle et à qui ? Le récit  du Marcus de Malte se présente astucieusement déstructuré,  pour nous entraîner dans plusieurs romans familiaux tragiques, sur le thème du double.

 

 Avec une écriture élégante, classique, agréable, on se laisse tenter et on ne lâche pas prise malgré quelques scènes  d’un voyeurisme affligeant comme celle du professeur  et de la bouteille de Perrier qu’il est préférable de passer.   

 

 

Karek van Manden Garden of LoveKarel Van Mandel Garden Of Love

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Présentation

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  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
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