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22 avril 2006 6 22 /04 /avril /2006 13:52

2070417166-08--SCLZZZZZZZ-AA240-.jpgAprès « Monsieur de Sainte-Colombe » c’est le parcours esthétique et intime d’un peintre que Quignard nous retrace.

Meaume, le héros, graveur lorrain au 17eme siècle a été défiguré par l’eau-forte. Adolescent, son rival amoureux lui a lancé un flacon d’acide au visage. « Afin que privé de visage, il soit tout à son œuvre ».

 

 

Le visage lorsqu’il objet du regard de l’autre force celui qui le possède à se préoccuper de l’image qu’il va donner de lui et qu’il donne malgré lui. Il masque l’intériorité, et on le confond avec la personne. C’est le point de vue de l’auteur. 

Le héros a été défiguré à cause d’une femme qu’il cherchait à aimer en dépit de son refus. Il a vécu une relation authentique qu’il ne croit pas pouvoir revivre une seconde fois .Sa nouvelle compagne Marie fera les frais de ses doutes…et son mal d’amour trouve une expression dans son œuvre.

Meaume expérimente une nouvelle forme de gravure apparue en 1642, technique qui s’oppose à celle de la tradition consistant « à vernir une table rase et à faire mordre le cuivre par l’acide en le repoussant. La nouveauté ce sera de faire table rase du passé en hachurant la plaque et la noircissant intégralement. En appuyant sur la plaque, les blancs ressortent (inversement à la révélation en photographie qui fait surgir le noir du blanc). C’est la même opposition que l’on retrouve dans l’opposition sexuelle ». 

Contexte : la Rome antique (évoquée) et celle du 17eme siècle. Le monde romain ne croyait pas à grand-chose, il y régnait cruauté, lucidité, indécence, décadence. Au 17eme siècle : guerre civile, liens sociaux détruits, persécution des protestants.

On peut trouver la théorie de cette fiction dans "le Sexe et l'effroi".            

 On dit au graveur dont nous est conté ici l’apprentissage qu’il est « un peintre, et non un graveur voué au noir et blanc, c'est-à-dire à la concupiscence ». Pour Quignard, c’est le noir et blanc qui est érotique, pas la couleur. Les contrastes y sont plus forts. La couleur « habille » elle ne montre pas la nudité.

Meaume,fait son choix, il  se veut graveur « Je suis un homme que les images attaquent. Je fais des images qui sortent de la nuit. J’étais voué à un amour ancien dont la chair ne s’est pas évanouie dans la réalité mais dont la vision n’a plus été possible parce que l’usage ne a été accordée à un plus beau visage »
Écriture : condensée, allusive, formules laconiques, débordantes de pensées brillantes, désir de laisser place au silence et à la méditation. Je dirais aussi que le ton est un peu péremptoire.
Narration : histoire pleine d'opacités, de nostalgie contée en successions de petites scènes. Au fil de ses périples (Bruges, Ravello, Rome, les Pyrénées, la Normandie, Paris, Londres, Rome encore, Utrecht où il meurt), Meaume se concentre sur la déception amoureuse qu'il exprime dans son art.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 mars 2006 4 23 /03 /mars /2006 18:51

Orlando-Huppert.jpgOrlando

Virginia Woolf  LP-Biblio

Première date de parution en 1928.


« Cette biographie que je vais m’amuser à esquisser rapidement pendant une semaine… »écrit Virginia Woolf, le 5 octobre 1927 dans son « Journal »à propos d’Orlando.

L’œuvre en question fut publiée un an après. Ce récit dont elle comptait faire un divertissement de plume était devenu un chant d’amour à son amie Vita Sackville-West « belle, brillante et inconstante aristocrate » qui lui plaisait jusqu’à la fascination.

Dans son Journal, elle précise «  Une biographie qui commence en 1500 et se poursuivra jusqu’à notre époque, intitulée « Orlando : Vita » ; mais avec un changement en cours de route ».

 

 

En 1927, Virginia vient de publier « To The Lighthouse »,(dont le sujet est la mère, en particulier la sienne)   et deux ans plus tard, sortira « Une Chambre à soi »( Consacré aux problèmes de la condition féminine). Orlando s’inscrit entre les deux, et se situe à la hauteur de ces grands romans même si ce ne devait être qu’une escapade ou une fantaisie.


L’histoire : Orlando a seize ans en 1500, c’est un aristocrate, favori de la reine Elizabeth. Sous le règne de Jacques Stuart, son successeur, se produit le Grand Gel. La Tamise est prise dans les glaces, un immense carnaval est donné. Orlando y rencontre Sacha, fille de l’ambassadeur de Moscou. Ils vivent une grande passion jusqu’à la fonte des eaux qui autorise les navires à lever l’ancre et à repartie vers leur pays natal. Sacha part sans remords et Orlando se sent trahi. » Les eaux tourbillonnantes s’emparèrent des mots que je hurlais et rejetèrent à mes genoux mouillés un pot brisé et un petit fétu de paille ».

Cet épisode  est transposé et autobiographique : c’est Virginia qui, en l’occurrence est représentée par Orlando et Vita par Sacha.

 Deux siècles plus tard, Orlando est toujours en deuil de sa passion. Le roi Charles lui offre le poste d’ambassadeur à Constantinople (Vita elle-même y avait vécu avec son ambassadeur d’époux). Un soulèvement met la ville à feu et à sang. Orlando, lui s’endort d’un sommeil comateux, une longue léthargie dans une chambre à l’écart, protégée des conflits. Il se réveille transformé en femme ; et cette mutation, dénouement de son chagrin, il la reçoit sans surprise, sans peine et sans souffrance.

 « A tous égards, vous demeurez le même […] le changement de sexe, bien qu’il change l’avenir, ne change en rien l’identité »

Lady Orlando rentre en Angleterre : elle prends la mesure des différences de conduites envers elle-même et de celles que les mœurs de la société lui enjoignent d’observer. Une société qui s’étend sur plusieurs siècles et qu’elle traverse du  haut de sa position d’aristocrate lettrée, observant les mœurs avec un détachement amusé et ironique, qui n’empêche pas les réflexions amères sur la condition féminine à laquelle elle ne se plie pas sans mal.

Nous voilà rendus à l’aube du vingtième siècle, Orlando est mariée à un navigateur qu’elle voit à intervalles lointains (« Il passe son temps à doubler le cap Horn »). Elle joue le rôle de l’épouse qui attend, adossée à un chêne, qui dès le début de l’histoire est son principal confident, évoquant « toute la variété de moi » qu’elle a vécu à travers les siècles.

Le roman s’achève sur cette phrase : « Mais je suis seule ».

Traversé de périodes de gaieté et de tristesse qui se métamorphosent rapidement, le récit s’achève sur la mélancolie.

Dans sa vie, Virginia fut atteinte de dépression au terme d’Orlando.

Orlando ne ressemble à rien de ce que Virginia a écrit auparavant.

  C’est un roman fantastique (dans le sens de «  merveilleux ») proche du conte (éternelle jeunesse du héro/ïne, transformation magique) qui épouse au fil des siècles que traverse Orlando beaucoup de formes de récits ( picaresque, amoureux, intimiste, comique, psychologique, social…).

Cet hommage à l’amie (même trompeuse) est infiniment plus juste et attrayant que l’hommage à la mère (« To The Lighthouse" la Promenade au phare  ).

 

La photo représente Isabelle Huppert dans le rôle; Orlando a fait l'objet d'une mise en scène théâtrale remarquée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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22 mars 2006 3 22 /03 /mars /2006 22:17

9782842611828.gif John Cheever : Insomnies -      (le Serpent à plumes.)    Ces Nouvelles publiées entre 1946 et 1978. JC est le chef de file de l’école dite du « New-Yorker » qui comprend aussi Raymond Carver.

 

 

Récits réalistes, féroces, cocasses. « L’Incroyable radio », l’un des plus curieux, montre comment cet instrument en arrive à mélanger fiction et réalité chez une femme qui s’ennuie seule chez elle. Entendant des histoires censées sortir du poste, elle ne sait pas si ce sont des pièces dramatiques ou ses voisins qui se parlent de l’autre côté des minces cloisons de l’appartement.

 

 

La plupart des nouvelles relatent l’histoire d’un couple qui se fait et se défait à moins que les protagonistes ne restent ensemble par esprit de résignation. Les femmes se révoltent à leur manière contre une vie de servitudes domestiques à quoi elles ont dû se résoudre après avoir obtenu un bon diplôme à l’université. Les hommes ne font rien d’autre que regretter leur jeunesse. Dans « Ô tristesse, ô beauté », Cash se suicide par l’intermédiaire de sa femme. A cinquante ans, il a l’habitude, pour se convaincre de son intégrité physique, de sauter en jogging et à moitié saoul par-dessus plusieurs meubles du salon, devant des admirateurs attitrés et résignés. Juste avant cette prouesse, on doit tirer un coup de pistolet dehors, pour annoncer le départ. Cash a récemment souffert d’une fracture mais il a hâte de montrer qu’il est encore performant. Sa femme Louise devra tirer le coup (D’habitude un voisin s’en charge). Il lui explique comment s’y prendre car elle n’a jamais touché une arme. Comme elle ne réussit pas, il s’énerve et s’élance par dessus le canapé ; le coup part et le tue net.

 

 

Le 8h48 : une femme folle ou qui veut se faire passer pour telle, cherche à se venger de son ancien patron qui l’a séduite puis abandonnée et virée. L’ayant suivi dans le train, elle lui enfonce incognito un revolver dans les côtes et le force à écouter un récit délirant vaguement mystique. Après le voyage, elle le force à ramper dans la boue et l’y laisse. La suite, écrite par Raymond Carver, élimine le diagnostic de folie.

 

 

L’Océan : un récit qui met également en scène une femme qui a un comportement étrange depuis que son mari par inadvertance, l’a prise pour sa propre mère à elle, comme elle passait devant une fenêtre.

 

 

Ce comportement vise à terroriser le mari : feindre d’arroser les côtelettes avec du pesticide. Il en tombe malade et ne sait que conclure : léger empoisonnement ? Réaction psycho somatique ?

 

 

Suspectée de folie l’épouse passe des heures à contempler un bocal à poissons (On pense à la chanson des Frères Jacques que, bien sûr, Cheever ne peut connaître ; ce n’en est que plus drôle !). Finalement, c’est l’homme qui perd la raison pour de vrai.

 

 

 

 

 

 

 

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16 mars 2006 4 16 /03 /mars /2006 14:01

9782070776917.gifCe n’est pas le énième livre sur la survie du corps professoral et des collégiens en ZEP.


C’est un ouvrage important qui restitue sans fioritures mais avec rigueur sobriété humour et émotion le quotidien des profs et des élèves. L’établissement scolaire est situé à Paris dans un quartier défavorisé ; le professeur de français a trente ans nous vivons avec lui une année scolaire d’une classe de troisième dont il est le professeur principal.

Les enseignants sont majoritairement français, les élèves d’ethnies différentes, ont des problèmes de langue, d’exil, d’argent, de famille. Chaque élève porte un sweat shirt, pourvu d’un dessin que l’enseignant reçoit comme un message à déchiffrer, ou un renseignement sur les aspirations des ados. Les rituels quotidiens décrits dans le détail, sont autant de répétitions qui rythment le récit. La scène se passe dans la salle de classe, de permanence, le bureau du CPE, la cour, les escaliers.

Des lieux où tous font le maximum pour apprendre.

Beaucoup de préoccupations s’expriment métaphoriquement à travers le mauvais fonctionnement du distributeur de boisson, de la photocopieuse. On est bouleversé par l’effondrement de certains élèves qui se voient refuser une seconde générale. 

C’est un bon livre. 

A lire aussi : Catherine Henri " Prof sentimental" chez POL. Approche très différente et tout aussi juste.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 mars 2006 3 01 /03 /mars /2006 17:22

Les Particules élémentaires. Michel Houellebecq. Flammarion, 1998.

 

 

Ecrit par un clone d'humain, dans quelques décennies, le récit  concerne deux frères Michel et Bruno, et leur existence à la fin du vingtième siècle. En ce temps où le monde était réduit à l'impuissance du fait qu'on naissait d'une copulation entre un homme et une femme, chose horrible par excellence.

Horrible et impossible à effectuer par Michel et Bruno, tant ils ont trouvé ça détestable.

Ils ont traversé diverses époques, en ne retenant de celles-ci que le côté superficiel, "à la mode" par exemple les étudiants de 68 forcément bêtement gauchistes, la période "hippie" forcément nimbée de drogue-perversion-mysticisme à la noix, l'écologisme forcément " retour à la nature"....et donc ils arrivent à la fin du siècle désespérés et despotiques, car ils n'ont rien approfondi...

 


  Le sujet du roman  c'est  l’impuissance, oui, mais l'impuissance masculine dans ses manifestations  psychiques et physiques.


Deux façons d 'être impuissants :

Un homme qui refuse l'idée de sexualité et même de procréation ; le biologiste, Michel. Il rêve d'un monde à la Huxley qui se réalisera.  C'est un dictateur en ( im)puissance.

Bruno son ami : lui il cherche l'âme soeur, la femme parfaite, le moyen d'avoir des orgasmes satisfaisants ... et n'y parvient pas.

Il est comme tout le monde, quoi...!


Et ce qui me fait dire cela c'est le style de Houellebecque d'une affligeante banalité qui accentue le côté " monsieur tout le monde" du personnage. 

Un style un langage qui sont  grossiers et vulgaires, plutôt que crus. Les personnages secondaires sont caricaturés. La mère de Bruno , évidemment est une "salope droguée prostituée",et un vrai déchet, qui abandonne son fils. Lequel cependant n' jamais manqué d'argent.L'auteur ignore ce qu'est le véritable abandon! moi je le sais. 
Des récits complaisants, notamment l'humiliation de Bruno dans les toilettes de son collège, tombe à plat à cause de l'accumulation de détails sordides.

  L’impuissance, on le voit ici, conduit au racisme et au totalitarisme.
Des auteurs nihilistes, on n'en manque pas( et je n'aime pas ce parti pris), mais certains comme Céline ou Thomas Bernhardt savent écrire et sont intelligents... d'autres au contraire se complaisent dans la médiocrité.

 

 

 

 


Christophe Donner «  L’empire de la morale : le fossile et la marteau » Grasset, 2001.

Ce roman ressemble à celui du précédent comme un frère.


  Nous avons là un  genre d’autobiographie dont les différents personnages sont hâtivement caricaturés.


Vulgaire, sotte, sans esprit, la narration  accumule les clichés les plus éculés (la mère est une salope le père est un con le psy est une ordure… et le Narrateur est un  dom Juan évidemment irrésistible...!  il raconte toute une vie de  sornettes à de très complaisantes maîtresses…
Christophe  Donner est pire   peut-être que houellebecque…ce n'est pas peu dire !


Quand je pense que Christophe Donner a la charge d’une chronique littéraire dans le Monde … !!!!!

 

 

 

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15 février 2006 3 15 /02 /février /2006 17:27
Delaume.jpg
Farrago, 2001.

Roman autobiographique.

Chloé, c’est aussi Chloé, narratrice  dans la fiction.

Je ne connais pas son vrai nom, mais elle  est née le 10 mars 1973. 

Boris Vian est né un 10 mars ( 1920). Et Chloé, vous le savez comme moi, c'est cette amie de Colin qui se trouve mourir d'un nénufar dans la poitrine dans l'Ecume des jours.

Mais rien,  chez Chloé Delaume,  ne  rappelle Vian.

Ici, elle nous raconte un épisode traumatisant de sa vie et l'existence qu'elle mena ensuite.

Son père a tué sa mère, un jour, elle avait dix ans, en 1983. L'épisode est relaté au début du roman de façon très particulière.

Elle s’adresse à une sorte de psy qu’elle a l’impression d’étonner, genre vous comprenez moi je suis revenue de tout…

Elle a une  excellente maîtrise du vocabulaire.Surcharge abondamment dans les vingt premières pages et les trente dernières. 

Le milieu du récit  est  moins recherché.

Ce «  forcing baroque » cet amoncellement de mots qui se demandent ce qu’ils font ensemble et sur quoi l’on tombe, et qu’on relit en s’interrogeant, c’est le récit du crime.

On m’a appris qu'elle composait des alexandrins en prose.

A l’écrit, je ne les entends pas. Je ne reçois que la mauvaise foi de la narratrice, et son impression d'être profondément détachée de tout.

A lire à voix haute, surprise ! le texte chante!
Je dirais que c'est de la littérature orale, exclusivement. 

 


Je vous conseille pour plus de précisions un article très approfondi sur Chaperlipopette
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2 février 2006 4 02 /02 /février /2006 15:41
Dickens, Charles :  Un Conte de deux villes

 Roman historique
Année de publication : 1850
Edition : Folio  
Né en 1812, Charles Dickens aurait eu  194 ans le 7.
   

A Londres en 1775, Mr Lorry , fondé de pouvoir à La banque Tellson, et qui s'occupe des interêtes de Lucie Marette, 17 ans, française, élevée par une gouvernante, Miss Cross, est chargé d'emmener la jeune fille à Paris, faubourg Saint-Antoine, chez Mr Defarge , marchand de vin, qui cache le père de Lucie, dont il a été autrefois le domestique et auquel il reste attaché.Mr Marette, embastillé peu après la naissance de Lucie, sous la foi d'une lettre de cachet , se remet mal de sa longue incarcération.

Par ailleurs, le cabaret de Defarge sert de lieu de réunion, pour préparer un soulèvement social de grande envergure. Malgré les circonstances, Lucie retrouve son père, et les protagonistes regagnent Londres sans encombre.

Lucie y fait connaissance d'un beau jeune homme, Charles Darnay, accusé d'escroquerie, et qui risque la pendaison. Sauvé par le jeune avocat Sydney Carton, il va pouvoir épouser Lucie. Sydney est le rival malheureux Charles. Il s'adonne à l'alcoolisme, mais reste l'ami de la famille, partage leurs joies et leurs souffrances, et renonce complètement à vivre pour son propre compte.

En fait, Charles est un cousin du marquis de Saint-Evremond célèbre pour ses exactions. Il a coupé les liens avec sa famille, porte un pseudonyme, et a chargé un administrateur de s'occuper de ses terres en France. Ce dernier lui envoie un message de détresse: il a été jugé mauvais citoyen, risque le pire, Charles doit le soutenir de sa présence. Il se précipite en France, suivi sans le savoir, par Lucie, maintenant sa femme, leur enfant, et leurs protecteurs Mr Lorry et Miss Cross ainsi que son ami Sydney, lesquels avaient tenté de le dissuader sans résultat d'entreprendre ce périlleux voyage..

Le temps a passé et les événements là-bas sont bien au-delà de ce qu'on imagine même à la banque Tellson...

      Extrait

- Allons-y , alors! " s'écria Defarge d'une voix tonnante. Patriotes et amis, nous sommes prêts. A la Bastille!

Comme si le souffle de la France entière avait vociféré le nom abhorré , le flot humain se soulève en rugissant, vague sur vague, profondeur sur profondeur, et inonde la cité. Le tocsin sonne, les tambours roulent, lea mer fait rage et déferle comme un tonnerre sur cette nouvelle grève, et l'assaut commence.

Fossés profonds, double pont-levis, murailles énormes, huit grosses tours ,canons, fusils, feu et fumée. A travers le feu et la fumée!(...) Defarge le cabaretier lutte en brave de puis deux cruelles heures.

Un fossé profond, un seul pont-levis, murailles épaisses, huit grosses tours, canons, fusils, feu et fumée. Un pont-levis à bas! " A l'oeuvre, camarades! A l'oeuvre, Jacques un, Jacques deux, Jacques mille, Jacques deux mille, Jacques vingt-cinq mille! Au nom des saints ou du diable-comme vous voudrez- À l'oeuvre! " Hurle Defarge le cabaretier, toujours à son canon qui est brûlant depuis longtemps.

- A moi, les femmes! s'écrie Mme Defarge. Nous pourrons tuer tout aussi bien que les hommes quand la place sera prise!

     

Charles Dickens a voulu écrire sur la Révolution française à l'exemple de l'historien Carlisle dont il a épousé les convictions. Les atrocités de L'Ancien Régime ont provoqué " cette terrible époque", dont il décrit certaines actions spectaculaires avec brio, trouvant là l'occasion de se mesurer avec talent aux difficultés du récit épique.

Cependant l'intrigue romanesque est prépondérante dans ce roman. Les manoeuvres de Sydney Carton pour faire échapper son ami à la guillotine plaisent pour leurs suspenses et rebondissements mais son sacrifice n'est pas très vraisemblable, enfin je veux dire il agace un peu.

 
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1 février 2006 3 01 /02 /février /2006 19:47

 

Cette  pièce radiophonique ( créée en 1959) est devenue une nouvelle.


Alfredo Traps, représentant de commerce en tissu indéformables, naïf, bon vivant, et « parti de rien », profite d'une panne de voiture dans une petite ville pour y chercher un bon restaurant et une aventure sexuelle, tout en pensant à sa famille ( une femme et quatre fils ) avec des sentiments mélangés.


Tout est fermé. Il accepte l'invitation de quatre vieux messieurs retraités âgés de 77 à 86 ans qui se réunissent touts les soirs pour rejouer leurs anciens métiers : le premier était  procureur, le second avocat de la défense, les troisième juge, le dernier bourreau. L'ex- bourreau tient une brasserie et fournit le vin à volonté.

Les retraités rejouent d'anciens procès  célèbres. Et même exemplaires et quasi-mythique : ils commencent toujours par Socrate... et changent le verdict, si la procédure jouée par eux tourne autrement que dans l'histoire.

Ce soir ils ont un invité : Alfredo accepte de jouer à l'accusé, soirée originale avec de la bonne chère,  bien arrosée.

Les vieux sont de bons convives rigolards... en même temps Alfredo leur trouve de temps à autre un petit quelque chose de diabolique. Traps remarque des détails qui le gênent comme l'éclat violent des verresde lunettes de l'avocat.


Le lecteur s'inquiète davantage qu'Alfredo : les vieux ne sont-ils pas un peu fous, voire pervers ? Mais ils ont aussi l'air de pauvres créatures qui radotent, tout en émettant des idées intéressantes. Ils ont l'esprit logique, et, pour spécieux que soient leurs arguments, ils se tiennent.


A grand coups de sophismes, les rhéteurs finissent par  suggérer  à  Alfredo que si son supérieur, dont il a pris la place récemment, a succombé à une crise cardiaque, il n'y est pas pour rien.

 

Alfredo est tout content de se sentir assassin : le voilà pénétré par la grandeur de son acte !

Hélas, l'avocat de la défense  le fait déchanter....

 

La Panne est un chef d'oeuvre à la langue simple et d'une grande vérité, sans temps mort,

à la fois tragédie et humour noir cruel.


 

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25 janvier 2006 3 25 /01 /janvier /2006 11:40

274275833X-01--SCLZZZZZZZ-V44494308-SS500-.jpgPaul Auster : La Nuit de l’oracle. Actes sud, 20002.

 

Il s’appelle Sidney Orr, d’une famille polonaise Orlowski, et son nom a été amputé pour cause d’exil. Il se remet d’un grave accident survenu en janvier 1982 (chute dans un escalier, traumatisme, collapsus). Nous sommes le 18 septembre de la même année, il est sorti de l’hôpital depuis trois mois. Avant sa chute, il écrivait avec l’ambition de faire de la littérature et obtenait des succès moyens. 

 

Il s’aventure jusqu’à une nouvelle papeterie tenue par un chinois, choisit un carnet bleu portugais, dans quoi il reconnaît le support adéquat pour recommencer à écrire sur un canevas qui lui a été suggéré par son ami écrivain John Transe.

C’est une anecdote relatée par le détective Tom Spade à Brigid O’Shaugnessey dans le « Faucon de Malte » : un nommé Flitcroft échappe de peu à la mort- une poutre s’écrase tout près de lui dans la rue- et décide que c’est un signe du destin : il va commencer une nouvelle vie et disparaître. 

 

Tenté par le départ à zéro, Sidney invente son propre personnage « Nick Bowen », sorti pour acheter des allumettes, qui voit une gargouille tomber d’un mur à côté de lui. Déjà troublé le matin même par une femme qui n’est pas la sienne, ennuyé par son métier d’éditeur qu’il n’aime plus, il décide de recommencer sa vie et prend arbitrairement un avion pour Kansas City en lisant le dernier livre qu’on lui a donné « La Nuit de l’oracle » (un aveugle devin qui cède au suicide pour sa trop précise connaissance de l’avenir).

 

Deux jours après ses retrouvailles avec l’écriture, Sid s’inquiète du comportement de sa femme Grace, qui semble se sentir coupable, troublée , disparaît et reparaît de la maison sans lui donner d’explication, est enceinte et ne veut pas vraiment de l’enfant, alors que Sid et elle sont mariés depuis peu. Mais il a passé des mois à l’hôpital le plus souvent inconscient, en tout cas invalide.

 

Il continue à écrire, concoctant des fictions diverses pour broder autour de son problème personnel. "Nick Bowen" se trouve sans point de repère à Kansas City, travaille sous terre pour un collectionneur d’annuaires téléphoniques datant de la dernière guerre ; dans ces annuaires on trouve les noms des familles polonaises déportées pendant la guerre. Dont les Orlowski. Le propriétaire du sous-sol a engagé Nick pour garder son abri antiatomique dans lequel il s’installe malgré un sentiment de claustrophobie aigu… 

 

Sid commence par ailleurs un scénario de film à propos d’un garçon qui voyage dans le temps du passé à l’avenir, et d’une fille qui fait ce même voyage en sens inverse, de sorte qu’il se retrouvent en 1963 avec l’ambition d’empêcher l’assassinat du président Kennedy… puis Grace fait un rêve qui reprend l’histoire de Nick Bowen qu’elle n’a cependant jamais lue. 

 

Les fictions s’entremêlent sur papier et dans l’esprit de Sid pour tenter d’élucider les mystères de sa vie, ce qu’il ignore et voudrait savoir ( le comportement de sa femme, ses ancêtres polonais, ses actes personnels qu’il interroge, afin de connaître ses pensées inconscientes. 

 

Sa vision de la littérature tient de la superstition et du fantastique (on écrit ce qui va nous arriver comme un rêve prémonitoire plus ou moins masqué) interroge l’idée de toute puissance (peut-on en écrivant provoquer des évènements ? l’écrivain qui a conté une noyade d’enfant et vu sa fille se noyer par la suite, est-ce une coïncidence ?) et tente d’élaborer des mythes explicatifs de sa propre situation. Ces histoires aident le narrateur Sid qui traverse une phase critique de son existence. 

 

Ces fictions qui s’emboîtent les unes dans les autres, et l’interrogation sur la littérature, sa gestation, ses buts, son utilité, ne parviennent pourtant pas à une reformulation inédite du « pourquoi écrit-on ? » même si l’investigation est intelligente et bien menée.

 

On aime l’humour discret mais insistant, générant des situations absurdes et tragi-comiques qui inquiètent et font sourire : l’époux extrêmement amoureux qui a « sa misérable faiblesse masculine » ; les messages d’amour laissé sur le répondeur d’une femme qui les lit trop tard, l’étrange comportement du papetier Chang, l’histoire des deux jeunes qui remontent le temps pour « annuler » l’assassinat d'un président, le chauffeur de taxi qui collectionne les annuaires téléphoniques et vit dans un abri antiatomique, les messages téléphoniques nombreux que leurs destinataires écoutent trop tard, une abondance de messages qui restent lettres mortes.

 

Un très bon " Auster", davantage ludique que " L'Invention de la solitude", et tout autant générateur de réflexions sur la vie et l'écriture.

 

 

 

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15 janvier 2006 7 15 /01 /janvier /2006 17:45

Ivy-Compton-burnett.gifCOMPTON-BURNETT , Ivy (1892-1969)

 Frères et sœurs. Roman anglais.

L’émission de France-Culture ( ce dimanche soir)  sur Ivy Compton-Burnett, romancière anglaise que présente Christiane  Jordis, donne envie de la  (re) découvrir.

Année de publication : 1929

Edition actuelle: Gallimard (L’Imaginaire).

Andrew Stace, gentleman farmer qui va bientôt mourir laisse son domaine à Christian (son fils adoptif )et une rente à Sophie(sa fille biologique). Les deux jeunes gens, qui ont toujours vécu ensemble, font connaître leur intention de se marier. Stace s’oppose à cette union, puis renonce ,et laisse seulement une lettre dans son secrétaire «  à ouvrir après ma mort par Christian ». le mariage a lieu, puis les obsèques du maître des lieux,  mais personne ne se risque à ouvrir le secrétaire où reste à dormir le document..

Vingt-sept ans plus tard, on va fêter les vingt-cinq ans d’Andrew, premier-né du mariage de Christian et Sophie. Lui, Dinah sa sœur, vingt-quatre ans, et Robin , le petit dernier, vingt-deux, sont traités comme des enfants  attardés et vivent sous l’emprise de Sophie, dans leur ancienne nursery, rebaptisée « studio ». Robin a toutefois le droit de gagner sa vie  à Londres.  Christian, médecin surmené, connaît peu ses enfants

Pour se divertir, la famille reçoit quelques voisins qui fonctionnent en couples ou en trios, des voisins qui les envient : Le cousin Peter, bavard, et pique-assiette, sa fille, la pauvre Tylla, qui tient le ménage de ce  vieux despote, et s’occupe de son jeune frère Latimer, légèrement débile. Un autre couple de frère et sœur de l’âge des Stace, Jullian et Sarah, vivent modestement  et feignent d’avoir de l’argent. Jullian souffre de tourments existentiels qu’il énonce plaisamment ainsi : «  Comment faire pour que mon absence ou ma présence représente un vide non négligeable pour moi comme pour les autres ? »

Un quatrième couple de frère et sœur, Edward, pasteur, et Judith,  vivent dans une de certaine gêne sans le dissimuler, et tentent de se mettre en valeur  en prêchant une morale  chrétienne  qu’ils déplorent, en privé, de devoir pratiquer.

Toutes les jeunes femmes précitées voudraient plus ou moins épouser Andrew, et les jeunes gens Dinah. Mais, au vrai, ils préfèrent rester comme ils sont, car l’inceste, pratiqué ou non, reste plus fort que l’attirance pour un partenaire qui ne soit pas de la famille.

Personne chez les Stace n’a jamais ouvert le secrétaire ni lu la lettre adressée à Christian. Le secret du vieux Stace  semble trop facile à deviner pour qu’on  mette les choses au point.

Un couple de frère et sœur français, Gilbert et Caroline, et leur mère Mrs Lang, qui viennent de s’installer,  va précipiter les événements...

la technique narrative est celle des dialogues et du discours indirect libre, avec peu de descriptions. C’est sur le ton le plus ordinaire que les personnages se disent les pires  méchancetés, et avec beaucoup d’emphase qu’ils se communiquent des choses de peu d’importance. L’absence de chagrin réel de Sophie qu’elle transforme en deuil exubérant est très bien rendu. Peter, Tylla , et Latimer forment un trio comique, et Tylla se venge d’être coincée entre père grincheux et tyrannique et frère demeuré, en devenant l’une des plus belles langues de vipère de la littérature.

Ivy Compton-Burnett n’a pas sa pareille pour dénoncer l’hypocrisie sociale, le chantage affectif, la misère psychologique. Sa galerie de personnages est d’un  réalisme féroce.  

 

Année de publication : 1929

Edition actuelle: Gallimard (L’Imaginaire).
Photo : la romancière , enfant.


 

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