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6 octobre 2006 5 06 /10 /octobre /2006 19:49
Une-vie-fran--aise.gif
     C’est l’autobiographie désenchantée de Paul, qui débute par le récit d’un traumatisme : Paul a perdu son frère aîné, Vincent, emporté par une péritonite à l’âge de dix ans. Le narrateur en avait huit. Il ne s’en remettra pas plus que ses parents, d’autant qu’aucune nouvelle naissance ne viendra adoucir ce chagrin.
 
    Né en 1950, à Toulouse, de parents petits bourgeois, Paul est un baby-boomer qui assume tant bien que mal quelques-unes des caractéristiques (qu’à présent des fâcheux dénoncent comme des tares…) de sa génération : gauchiste, oui mais faux, qui feint de lire les maîtres et apprend par cœur quelques citations, musicien, dans un groupe de rock, mais faux aussi, qui se fait jeter de toutes les boîtes de nuit pour incompétence, étudiant faux qui accumule les diplômes sans jamais étudier ni passer le moindre examen, gigolo à ses heures, finalement marié, père, divorcé, bientôt veuf et couvert de dettes… on   s’arrête là, Paul donne vraiment des verges pour le battre à ceux qui dénigrent cette génération et ce n’est peut-être pas une très bonne idée.
Des verges ? En effet, c’est au moins autant la vie d’une personne que celle de son membre viril,  dont l’existence  nous est rappelée à chaque page.
C’est vrai que Paul est préoccupé de question sociopolitiques (les titres des chapitres sont les noms des présidents de la 5eme République : de Gaulle à Chirac), et s’emploie à nous démontrer à travers son destin personnel que les trente glorieuses furent en réalité navrantes, et marquées par l’impuissance des gouvernements successifs.
Mais cette démonstration tourne court, car on s’aperçoit vite que  notre héros  ne veut nous parler en réalité que de ses prouesses sexuelles ; il en rajoute  en nous régalant des  pustules qu’il découvre sur son précieux bout de boyau, des particularités et des humeurs d’icelui, de ses  fantasmes qu’il détaille à l’envi,  de ses combats contre un rival arracheur de dents etc. d’où une sorte de fétichisme de son organe qui rappelle d’autres romanciers contemporains, du sexe masculin( hélas nombreux...) dont il parait s’inspirer et épouser le combat. 
 Il ne s’intéresse aux femmes que dans la mesure où elles se passionnent pour son organe chéri, et s’en détourne dès qu’elle veulent aborder un autre sujet ou tournent leur regard vers autre chose.
 Le style de l’auteur lui n’a rien de particulier si ce n’est qu’il affectionne les clichés, notamment « jouir sans entraves », qui revient une bonne cinquantaine de fois sous sa plume monotone.

ça vaut le coup de le lire, pour information, sur cette génération de types misogynes et pas très futés, nés  dans les années 50, même avant, même après...
 
 
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21 septembre 2006 4 21 /09 /septembre /2006 10:04

l'Idole des Cyclades

 

Deux archéologues, Somoza et Morand ont déterré une statuette dans une petite île grecque Skoros pendant leurs vacances. Morand est avec Thérèse et Somoza porte la chandelle ce qui gêne le couple. Tous trois font passer la frontière à cette « idole » primitive datant des temps préhistoriques. Thérèse a caché l'idole avec succès dans un sous-vêtement de sa propre lingerie.

Deux ans plus tard, Somoza possède toujours la statuette dans son atelier. Il est tombé amoureux de cette déesse préhistorique et en a fait de nombreuses copies ; il n'est satisfait d'aucune mais tient des propos bizarres à Morand comme s'il était  possédé et cherchait à se mettre en transe. Tout cela semble concerner Thérèse...

 la situation se retourne brutalement en une chute d'autant plus excellente qu'elle est rapide et parfaitement logique sans être vraiment attendue...

 

La Nuit face au ciel

«  Et à certaines époques, ils allaient chasser l'ennemi : on appelait cela la guerre fleurie »

 

C'est une nouvelle à un seul personnage (comme  le singulier  récit «  N'accusez personne » ) ; un jeune motocycliste est victime d'un accident de moto en voulant éviter une femme qui traverse au vert. Après l'évanouissement, il revient à lui, se voit transporté, prend acte d'un membre cassé, de son transport à l'hôpital et perd conscience de nouveau. Sa conscience de blessé hospitalisé, plâtré, buvant un bouillon, ou de l'eau minérale, écoutant les malades autour de lui, alterne avec un mauvais rêve dans lequel il doit lutter contre les Aztèques pour éviter d'être sacrifié.   Le récit est une vraie réussite ; insoutenable de part en part à cause de tout petits détails de vie quotidienne se mêlant au grand rêve du guerrier luttant contre les barbares, à cause du rendu  de l'interminable souffrance physique et morale du personnage.

 

Fin d'un jeu

La nouvelle qui donne son titre au recueil est l'une des plus réussies.

Le peu que je sais de la biographie de Cortazar ne fait pas état de frère ou de sœur ni de progéniture ; cependant plusieurs de ses nouvelles mettent en scène des enfants ou de jeunes adolescents et ce ne sont pas les moins bonnes.

Ici  c'est une narratrice d'une douzaine d'années qui prend la parole ; elle est la cadette de trois sœurs qui ont l'habitude de se déguiser et de faire du théâtre après le déjeuner aux alentours de la maison familiale «  au bas d'un remblai  à l'ombre des saules près de la voie ferrée ». C'est beaucoup plus sophistiqué. Le jeu est dirigé par Léticia leur aînée qui tire au sort l'une d'entre elle et le jeu qu'elle doit jouer : soit une statue, soit une attitude ; les « attitudes sont des allégories de sentiments : l'Envie, la Charité, la Honte... qui doivent être jouées avec un maximum de mimiques expressives et peu d'ornements.

Léticia l'aînée, maîtresse du jeu, est invalide ; elle souffre d'une malformation de la colonne vertébrale. La narratrice l'appelle aussi la « Vénus de Nino » qui renvoie effectivement à une statue, mutilée de surcroît.

«  Elle savait qu'on ne lui dirait rien, que dans une famille où quelqu'un a un défaut de conformation et beaucoup d'orgueil, tout le monde, à commencer par la malade elle-même, fait semblant de l'ignorer ou plutôt ont fait ceux qui ne savent pas que l'autre sait. »

 

Si les filles se donnent autant de  mal c'est  qu'elles ont des spectateurs . Le jeu va prendre une nouvelle tournure le jour où un l'admirateur se manifeste...

 

 

Chaque nouvelle du recueil «  Fin d'un jeu «  révèle en effet la dangerosité du jeu ( de la mise en scène à laquelle se livrent des partenaires liés par une sorte de mauvaise plaisanterie qui débute de façon très ordinaire, comme un jeu ou comme une  politesse qu'on se fait, une histoire que l'on se raconte pour éviter la réalité gênante, l'embellir, ou n'en parler que par euphémisme. Cependant le jeu se développe, prend une ampleur inattendue et  les personnages  s'y trouvent englués, parfois incapables de s'en sortir  autrement que par une issue fatale. Beaucoup de ces nouvelles sont des histoires de possession

 

 

(voir aussi «  Les Ménades »)

 

 

 

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19 septembre 2006 2 19 /09 /septembre /2006 23:44
Memento-Mori.jpgMuriel Spark
Mémento Mori ( 1958) traduction Fayard 1993.
 
J’avais décidé de lire quelque chose de cette rentrée littéraire mais à la faveur d’une tournée à la bibliothèque Muriel Spark m’a accrochée ; une vieille dame respectable qui n’a rien à voir avec la rentrée littéraire et qui ne publie plus.
 
Lettie Colston une vieille dame seule de 79 ans, qu’on appelle Dame Lettie, grande bourgeoise,  passe son temps à rédiger son testament en le modifiant tous les jours, et à écrire à son neveu Eric, gigolo aigri et vaguement romancier pour lui promettre de l’argent à certaines conditions dont elle sait qu’il ne les remplira pas.

Son emploi du temps comporte aussi des visites à Mlle Taylor l’ancienne gouvernante de sa belle sœur, invalide, qui vit le reste de son âge dans la maison de retraite d’un hôpital partageant une salle avec une douzaine d’autre « mamies » qui se divertissent à leur manière en attendant la fin. 
Elle fréquente aussi Alec Warner, vieil original qui enquête sur les mœurs des personnes âgées avec le sérieux de celui qui prépare une thèse de doctorat, et a toujours de précieux renseignements à glaner pour les mettre en fiches. 
Malgré tout les journées se traînent un peu en longueur... mais voilà que de coups de téléphone anonymes viennent retenir son attention, et tromper son ennui d’une façon sinistre, mais efficace. Le mystérieux interlocuteur dit seulement «  Rappelez-vous qu’il faut mourir » et raccoche.
Lettie modifie son existence en fonction de cette conjoncture nouvelle. Elle engage une servante mais le messager morbide continue son œuvre, elle va chez son frère et sa belle-sœur, qui ont dépassé les quatre vingt ans, et qui, pour autant , ne cessent de nourrir des conflits conjugaux et de se cacher des secrets dont va profiter Mme Pettigrew, une ancienne gouvernante maître chanteur ( ou maîtresse chanteuse ?) accomplie.  

Et voila que tout ce monde , ( ceux qui possèdent un téléphone) tout l’entourage de Lettie, commence à entendre aussi la voix au téléphone.  Plus exactement: la même phrase, mais pas la même voix.
Charmian, ancienne romancière à succès dont les romans se vendent encore, croit tomber sur un journaliste ou un admirateur ; Alec le vieux monsieur thésard pense qu’ils sont tous victimes d’une hystérie collective (aujourd’hui il dirait « psychose »), Guy Leet, ancien amant de (presque ) toutes ces dames entend un collégien farceur et s’amuse de la blague, Percy Mannering, qui essaie d’être poète depuis toujours, y voit l’occasion de composer un sonnet shakespearien pour une fois assez réussi. Le commissaire à la retraite Mortimer qui mène l’enquête ( et entend aussi la voix…) pense qu’il s’agit de la Mort elle-même.

C’est aussi l’avis de Mlle Taylor, qui n’a pas l’occasion de recevoir des appels téléphoniques. Mais elle soupçonne également ce vieil original d’Alec. Mortimer et Taylor sont croyants et l’âge les transporte aux frontières d’un mysticisme non sans lucidité. Il y a aussi ceux qui ne pensent rien mais qui ont peur. Ceux qui deviennent la proie d’un délire de persécution qui les met en danger. Et ceux qui refusent de se souvenir du coup de fil et n’en reçoivent plus.
Outre ces différentes attitudes devant la mort excellemment décrites, Muriel Spark fait vivre (et mourir) les pensionnaires de la maison de retraite avec réalisme et humour ; la plus âgée Mrs Beans et son centième anniversaire fêté avec les journalistes est une Jeanne Calment des années cinquante, mais plus alerte.
Mamie Valvona qui annonce à chacune son horoscope pour la journée, manie l’humour noir sans le savoir … avec ses bonnes prédictions.
Le récit des obsèques d’une de ces personnes est aussi un morceau de bravoure.

 
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19 septembre 2006 2 19 /09 /septembre /2006 15:05
le-portrait-de-Dorian-Gray.jpgSibyl Vane....
 
Le Portrait de Dorian Gray est un roman publié en 1890 par Oscar Wilde.

Dans mon rêve sur Sibyl Vane,  le film d’Albert Lewin (qui adapte Dorian Gray
en 1945) et ses images, se télescopent avec le roman. Le film est plutôt sentimental ; les personnages s’en ressentent.
 
Sibyl Vane est une actrice, de condition modeste, qui joue un répertoire de qualité dans un petit théâtre. Dorian s’éprend d’elle en la voyant jouer « Juliette ».

Il retourne la voir plusieurs fois, se croit véritablement amoureux et fréquente sérieusement la jeune fille, également éprise.
Mais l’amour transforme les deux partenaires au point que Sibyl ne joue plus comme avant ; c’est du moins ce que juge Dorian ; elle joue mal depuis qu’ils se sont rencontrés. Pire encore : Sibyl déclare vouloir renoncer au théâtre pour se consacrer à lui.

Elle aime dans la réalité : c’est bien mieux que jouer un rôle au  théâtre.

Dorian découvre alors que son intérêt est tout autre : il n’aime Sibyl que sous le masque d’une héroïne ; dans la réalité ils n'ont pas d'affinités. Peut-être y a-t-il aussi un problème d’impuissance sexuelle au moins partiel, ou de déception. On ne va pas  le dire dans un roman du dix neuvième siècle mais le lecteur peut interpréter certaines phrases dans ce sens.

Dorian découvre n’aimer que le spectacle, de qualité si possible, conformément à ses goûts d’esthète. La jeune fille croit à la réalité et aux charmes d’un amour qui se satisferait de la vie quotidienne et du mariage. Leurs intérêts divergent complètement. C’est en toute logique que Dorian rompt. Ce n’est pas une « faute «  de sa part. Il s’est seulement trompé et n’a pas agi pour le plaisir de séduire et rompre. Si elle se suicide, il n’en est pas responsable.
On dirait que je me fais le plaidoyer de Dorian!
Pourquoi pas?
 
La problématique mise  en jeu dans l'épisode Sibyl, c' est le peu de réalité de la vie quotidienne et la fascination exercée par les arts qui modifient cette réalité, la transcendent, la rendent plus brillante.
Un prénom qui n’est pas choisi au hasard. Sibyl est la prophétesse qui annonce sa vérité à Dorian.
A partir de cet épisode, il se plaira sérieusement à la contemplation de son portrait ; il croit découvrir  que celui-ci a changé notablement de traits. Il se trouve à présent un « regard cruel » et le tableau lui renvoie sa propre culpabilité.
 Il n’agira plus désormais que pour découvrir des transformations sur ce portrait. Bonnes ou mauvaises actions ne lui seront que prétextes à contempler ce que révèle le tableau.

Ce n’est pas exactement du libertinage ; si l’infortunée Sibyl a été déçue par cet amant, lui aussi l’a été par elle. Il aimait une actrice qui jouait « Juliette » ;  après avoir fréquenté l’actrice il n’a plus d’objet de désir  : ni l’actrice ni la vraie Sibyl.
 Il  lui reste le « portrait ».  
Installé dans sa chambre d’enfant,  le Portrait, au milieu d’autres objets ( également importants) est entouré d’un rituel. Le retour au portrait, après chaque action considérée comme bonne ou mauvaise, participe du rituel. Pire, après l’affaire «  Sibyl Vane » le Portrait devient une sorte de monstre (avant elle, c’était un visage inexpressif, une sorte de page vierge) .
Le Portrait  ne s' humanise qu’à l’occasion  de l’épisode « Sybil Vane ». Il acquiert  une expression.
A l’épisode suivant, il commence à devenir monstrueux.


Ce monstre du tableau est , dans le film, grotesque, carnavalesque, plutôt que terrifiant. C’est, vers la fin, une sorte de tête de cadavre qui pourrait, s’il parlait, dire comme Maldoror «  Je suis sale, les poux me rongent, les pourceaux vomissent en me regardant… »( Chant IV).


Mais que s’est-il passé ?
Dorian s’est fait voler son être par Basil ( le peintre)qui l'a portraituré.

Il récupère le  tableau, et, en croyant avoir le pouvoir de le modifier par ses actions, il le recrée pour lui-même, il se l’approprie. C’est sa seule façon d’exister. A tel point que lorsque Basil veut voir « son » portrait, Dorian ne peut qu’assassiner le peintre, dont le regard sur le tableau met en danger la création de Dorian.      
 
Le film le montre prêt à obéir à une machination proposée par Lord Henry, qui lui dit d’exiger de Sibyl qu’elle se donne à lui, sinon il ne la reverra plus. Puis de lui écrire une lettre de rupture parce qu’elle a cédé, et qu’il voulait voir si elle allait résister. La manigance rappelle les « liaisons dangereuses ». Valmont agit de même avec cette pauvre dame si jolie et si pieuse  (Mme de Tourvel)  qui  lui cède  aussi, et ne s’en trouve pas mieux…

Aujourd'hui, on ne dit plus " céder" à un homme. On accepte sa proposition d'avoir des relations sexuelles, si cet cet homme nous plaît, et que l'on est libre de tout engagement. Cela paraît simple! Hélas, ça ne l'est pas plus qu'auparavant...un jour ou l'autre, on regrettera... d'avoir cédé ( ou de ne pas avoir... c'est selon).
Dans le roman, Dorian obéit à Lord Henry pour se débarrasser de cette maîtresse devenue encombrante.
Il n’y prend pas de plaisir spécial, et s’en veut de sa mort. Le narrateur veut souligner une innocence graduellement perdue.
Dorian regarde le tableau pour la première fois ; conséquemment à ce qui précède le film accrédite l’idée que c’est le « péché » qui s’inscrit sur le tableau.
De ce point de vue le film est un peu simpliste. 

Je préfère le roman...



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7 septembre 2006 4 07 /09 /septembre /2006 09:11
la-vie-trop-br--ve-d-Edwin-Mulhouse.gifSteven Milhauser « La Vie trop brève d’Edwin Mulhouse, écrivain américain, 1943-1954 racontée par Jeffrey Cartwright ». Albin Michel (Grandes traductions).
 
 Le roman se présente comme la biographie d’un écrivain prodige écrite par un de ses camarades de classe, admiratif et férocement jaloux.
 
« Edwin Abraham Mulhouse, dont la mort tragique, le 1ER août 1954 à 1h06 du matin a privé l’Amérique du plus doué de ses écrivains, était né le 1er août 1943 à 1h06 du matin dans la sombre ville de Newfield, Connecticut ».
Le père sans imagination approuve la mère qui  admire toutes les manifestations de son fils, les trouvant prometteuses et digne d’un être exceptionnellement doué. Ainsi tient-elle un cahier révélant par le menu les infimes progrès du bébé dans tous les domaines, chaque nouveauté étant considérée comme un événement : gestes, borborygmes, pousse dentaire, apprentissage de la marche, langage articulé, jeu, et bien sûr tout ce qui relève des acquisitions scolaires.
A lire ces constats de précocité, on découvre qu’Edwin fait à peu près la même chose au même âge qu’un enfant normal…mais habitué à être admiré il prête un intérêt très particulier à ses productions.
De même lorsqu’il écrit son chef d’œuvre un récit en forme de « cartoons », beaucoup d’enfants de dix ans ont sans doute réalisé des «  cartoons » tout aussi honorables…
Cette satire féroce  de l’enfant prodige qui se révèle être l’enfant obéissant, le fils modèle  jusqu’à l’autodestruction radicale, se double de descriptions justes des enchantements et déceptions enfantines.
 
 
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23 août 2006 3 23 /08 /août /2006 17:52

 

Deuxième nouvelle de " Tous les feux le feu" ( 1966),je brûle d'en faire un billet séparé...

 


   L’humour noir y est prédominent, davantage encore que dans la précédente : Il s’agit aussi d’une situation courante mais pathologique. Les membres d ‘une famille entretiennent la vie de leurs morts par discours lettres et pensées. Les vivants sont les vrais morts. Dans cet univers carcéral, quitter la mère, c’est mourir : (Ceux qui ont quitté la maison familiale succombent à des accidents) Alexandre le fils, ayant terminé ses études,  a pris un avion  pour  Buenos Aires où l’attend une bonne situation. L’avion s’écrase sans survivants…

 

 

L’agencement ingénieux du récit c’est de le débuter sur Célia qui va mourir puis de faire un long flash-back sur Alexandre.

 

 

On a caché à maman ( diabétique, dépressive) la mort d’Alexandre qu’elle n’aurait pas supporté de savoir. Garder le mort en vie pour la mère, se révèle un avantage : Charles prend la place de son frère plus brillant …et mort. Maintenant il faut lui dissimuler la mort de Célia dont les malaises et le passage de vie à trépas sont évoqués entre parenthèse ou par petites phrases rapides pour laisser place au grand jeu : comment maintenir une morte de plus en vie pour maman ?

 

 

Les filles se racontent à l’envi «  la vie des morts » qu’elles inventent pour en faire le récit à maman. Il y a aussi ces lettres innombrables que les vivants doivent écrire pour en faire la lecture à maman et qui remplacent les visites que les morts remettent toujours à plus tard grâce à d’ingénieux prétextes. C’est aussi ce que fait l’écrivain avec ses personnages pour le lecteur. La création littéraire est souvent montrée dans ces situations apparemment sans rapport.

 

 

C’est un thème  fréquent et on  l’exploite pour montrer que le « disparu » dont on veut cacher le décès par égard pour quelqu’un  n’est mort pour personne surtout pas pour les mystificateurs, très heureux de maintenir sa présence ! On se souvient  du film «  Good Bye Lenin » où c’est la chute du mur de Berlin qui est cachée à la mère  dont la santé chancelante ne pourrait le supporter… à grennd renforts de moyens audio-visuels sophistiqués ; plus récemment, on pourrait aussi évoquer le film de Julie Bertuccelli «  Depuis qu’Otar est parti » qui exploite le même thème  avec autant de talent que Cortazar me semble t’il.

 

 

 

 

 

La pointe qui clôt le récit est l’une des meilleures jamais trouvées.  L’une des filles survivantes reçoit une lettre d’Alexandre ( écrite à l’intention de maman par son frère sa sœur ou elle ) la lettre d’un mort qui s’adresse à une morte puisque maman elle aussi s’est éteinte, rendant inutile la comédie qu’ils se jouaient . Mais comment vivre si les morts doivent être vraiment morts ?

 

 

Aussi la jeune femme  qui reçoit la lettre se demande spontanément : «  comment annoncer à Alexandre la mort de maman ? »

 

 

 

 

 

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19 août 2006 6 19 /08 /août /2006 10:09

       Antonioni s'est inspiré de cette nouvelle pour « Blow up » : je me souviens d'un photographe de mode, David, qui, dans un parc londonien, prend une photo de couple et s'aperçoit, l'image développée tirée et agrandie, qu'il s'agissait d'un crime  et non de jeux amoureux... 

     Le narrateur de la nouvelle, Michel, qui parle de lui à la 1ère et troisième personne, tantôt relate ce qu'il fait, tantôt le critique ( « A quelle personne faudrait-il raconter cela ?» et «  qui a vu ? ») prend des photos en  amateur et ne souhaite pas faire de l'esthétique  (il est traducteur d'espagnol de son métier) mais lui aussi tient à dérober une part de réel, à traquer,  à voir ce qu'il ne devrait pas voir, et le retenir. 

Jusqu'ici  il s'est borné à surprendre de petits spectacles étranges,   des moments d'instabilité  «immortaliser  un chat en équilibre précaire sur une vespasienne »...


  Ce jour-là il est intéressé par un couple à la pointe de l'île St Louis ( ici  l'action est à Paris)un garçon très jeune et une jolie femme qui pourrait être sa mère : jeux amoureux qu'il regarde «  s'il y a une chose que je sais faire c'est regarder » inventant une petite biographie pour l'adolescent et s'amusant à supputer jusqu'où iront les choses, s'il perdra sa virginité ou non avec cette femme, et imaginant la suite de l'histoire.

 

Quand il a pris enfin son cliché, la femme l'a vu, la femme réclame l'image, le garçon s'enfuit, un homme plus âgé apparaît...


« Ils me regardaient, lui surpris et interrogateur, elle irritée et hostile de corps et de visage, qui se savaient volés, ignominieusement pris dans une petite image chimique » ; le récit le dit et le répète à l'envi sous diverses formes prendre la photo c'est aussi un crime, c'est voler les gens, voler leurs corps leur image,  et peut-être leur âme.

 

Et  l'on ne prend la photo que pour surprendre ( et prendre)  quelque spectacle interdit. Celui qui prend la photo est criminel, voleur,  ceux qui se font prendre se rendent également coupables de quelque étrangeté qui justifie précisément qu'on  les « prenne », étrangeté qui devient un délit au moins dans l'interprétation du photographe. 


La photo en question n'est pas récupérée, et il n' s'agissait pas non plus d'un crime de sang. Tout au plus un couple pervers  voulait-il corrompre un mineur lui promettant de l'argent ; c'est ce qui apparaît sur l'image qui hante le photographe ; une interprétation à partir des gestes, des expressions  et de ce qui advint lorsque son cliché fut pris. «  cette femme n'était pas là pour son plaisir, elle n'encourageait pas, ne caressait pas pour s'emparer de l'ange dépeigné et s'amuser ensuite de sa terreur de sa grâce haletante. ..le maître véritable attendait ...il n'était pas le premier à  envoyer une femme en avant-garde pour lui ramener des prisonniers ligotés de fleurs »    Mais le photographe a  interrompu la manœuvre et «  sauvé  le garçon pour cette fois.  Ce spectacle interdit peut s'énoncer « un homme et une femme persécutent un enfant  qui veut faire comme les adultes »  variante de la scène du crime imaginée par Antonioni.


Pourquoi  « les fils de la vierge » ? Ici une ambiguïté surgit du fait qu'en français  fils (ficelles) et fils (rejeton) sont  homonymes. Ce n'est pas le cas en espagnol.

Le garçon aux prises avec les adultes mal intentionnés «  prit se jambes à son cou ... et se perdit comme un fil de la vierge dans l'air du matin » dès lors que l'altercation au sujet du cliché  détourne l'attention de ses persécuteurs supposés. « Mais les fils de la vierge s'appellent aussi dans mon pays la bave du diable et Michel dut  supporter  de minutieuse invectives ...de la part de la femme et l'homme en gris. »  Double signification : cheveux  d'ange ( le garçon est plusieurs fois comparé à un ange )  et  aussi fils minuscules secrétés par les araignées pour tisser leur toile.  Le narrateur se laisse prendre dans le filet où les deux adultes voulaient faire tomber le jeune garçon. Ce filet, c'est aussi et en définitive lui qui le tisse, écheveau inextricable de rêveries fascinées par les images vues et ce qu'elles supposent de luttes d'enfant ange avec les parent- démons, de crime,  de perte de virginité...



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14 août 2006 1 14 /08 /août /2006 18:08

 

     Le narrateur assiste à un programme de musique classique  varié et sans surprise ( le Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn, le Dom Juan de Strauss, la Mer de Debussy, La Cinquième…) 

le chef d’orchestre fête ses cinquante ans de métier ; ce n’est pas, de l’avis du narrateur, un orchestre réellement génial, mais  ses performances sont honorables et même intéressantes.  Le public :  «  des gens tranquilles  et comme il faut » qui ont l’habitude des concerts de ce type.  Rien qui puisse déclencher le moindre trouble… et pourtant, ce soir là  cet auditoire ( hommes et femmes de tous âges ) se montre  dès le départ étrangement sur excité comme s’il s’agissait d’un événement  d’une extrême importance.  Leur exaltation se traduit d’abord en paroles : un enthousiasme que le narrateur juge  exagéré et puéril à l’égard des mérites du Maître : on  a ressenti  l’interprétation  comme vibrant d’une intensité dramatique irrésistible ; le narrateur l’a jugée au contraire «  sèche et retenue ».
 

 

Pendant le deuxième acte, il remarque une femme vêtue d’une robe rouge qui passe entre les sièges et semble hystériser la salle. L’assistance se transforme progressivement en une meute de fans déchaînés qui envahit la salle  et s’empare des musiciens de leurs instruments, saisissent le Maître par les chevilles et l’entraînent  hors champ. Le narrateur reste étranger à ce délire ( ainsi qu’un autre  auditeur aveugle un  sage aède ) et commente ironiquement les agissements de cette foule dont la vénération outrancière  devient agressive et volonté de destruction aveugle, à cause de « la femme en rouge et son fidèle cortège ».

Il est comique d’imaginer pareille fête dionysiaque dans ce type de concert et le narrateur ne se prive pas d’en suggérer les détails….

 

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14 août 2006 1 14 /08 /août /2006 16:21

   

    Le recueil : «  Fin d’un jeu » (1956-64) ; déjà traduit en français rassemble une assez grande diversité de nouvelles.


  La surprise ( toujours renouvelée)  c’est « N’accusez personne » ( No se culpe a nadie) dans la première partie du recueil, un récit des années cinquante, d’une grande virtuosité, cruel, angoissant, violemment ironique, et qui mérite la plus grande attention. Trois pages, deux ou trois longues phrases, un personnage, un homme, un lieu, sa chambre avec fenêtre  grande ouverte, une action : enfiler un pull-over bleu marine, action qui se révèle  malaisée, impossible,  générant des sensations effrayantes.  L’injonction qui sert de titre à ce récit, indique au lecteur aussi bien qu’aux proches de l’homme aux prises avec le maudit vêtement, que l’on ne peut pas conclure à  l’intervention d’une puissance maléfique,  ni davantage à  une volonté autodestructrice du  personnage.  C’est un processus  (au départ simple gêne) qui se révèle  fatal.

 

Il repose sur une  difficulté mineure, courante, que tout un chacun a déjà éprouvée mainte fois : enfiler un vêtement un peu juste qui vous colle à la peau et se trouver pris dedans de manière à ne plus pouvoir sortir la tête ; un moment d’anxiété ou de perturbation, perte des repères spatio-temporels, peut s’en suivre qui trouve en principe un rapide dénouement.

Et si cela tournait mal ?  L’auteur tire de tous les côtés sur le tourment éprouvé le transformant en cauchemar!

 

Lisez-le!vous éprouverez de l'effroi,ainsi qu'une singulière jubilation...

 

 

 

 

 

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11 août 2006 5 11 /08 /août /2006 12:48

  Cette nouvelle est incluse dans le recueil " Les Armes secrètes"


Vous pourrez aussi la lire séparémenr dans la collection de poche Folio- 2 euros

 

 

       Bruno est le biographe de Johnny saxophoniste de jazz, suicidaire et victime d’hallucinations. C’est le récit de l’impossible dialogue entre le critique  et l’artiste, et de tous les malentendus  qu’ils endurent.

 

«  Ce que je pense est au-dessous du plan où le pauvre Johnny essaie d’avancer avec ses phrases tronquées, ses soupirs, ses rages soudaines et ses pleurs… il est la bouche, lui, et moi l’oreille…tout critique, hélas est le triste aboutissement de quelque chose ».

 

L’artiste lui, se situe toujours dans les commencements.

 

Cependant Bruno va tenter d’appréhender la quête musicale de Johnny  avec des mots que ce dernier ne pourra que critiquer. Cet entretien infini et impossible prend place dans la vie quotidienne de Johnny, vie déréglée, précaire, chaotique, pleine de drogue d’alcool et de séjour psychiatriques avec de fréquent changement de compagne de vie, comportements de destruction   il détruit parfois son saxo quand il ne l’abandonne pas plus ou moins volontairement  sans pouvoir le retrouver; on doit toujours lui procurer un nouvel instrument à la dernière minute ; parfois il joue très bien mais s’éclipse avant la fin du concert ou de l’enregistrement, parfois il refuse de jouer etc… tous ces détails peu surprenants d’ailleurs sont consignés et  répétés par Bruno, qui ressent les évolutions de  la création difficile que Johnny  ressent comme ratée.   En écho le biographe évoque parfois en deux ou trois phrases de dérision sa propre vie bourgeoise et bien réglée.

 

Placer ses histoires dans la réalité quotidienne la plus banale et y faire pointer l’étrange ( parfois l’on  peut opter pour le surnaturel mais rien ne l’entérine à priori) qui envahit progressivement tout le paysage, est un des secrets de la réussite de l’auteur et de l’attachement immédiat que l’on éprouve à la lecture de textes qui ne sont pas d’une lecture facile si l’on veut  y porter toute l’attention qu’ils méritent.

 

Ici l’élément « fantastique » ce sont les impressions de Johnny ses voyages dans un imaginaire qu’il éprouve comme réel et  que la musique lui a apportée (décalages et distorsions dans  sa perception de la temporalité). Bruno tente de traduire ses propos confus en un langage de critique musicale « politiquement correct » :

 

« Johnny a abandonné le langage hot- en vigueur jusque dans les années 40-parce que ce langage violemment érotique était trop passif pour lui. Chez lui le désir s’oppose au plaisir et l’en frustre parce que le désir le pousse à aller de l’avant, à chercher  et l’empêche de considérer comme des audaces les trouvailles de jazz traditionnel …

 

De telles phrases provoquent le fou rire, l’irritation ou la colère du créateur  qui lui ,n’a pas de démarche rationnelle ni de conception esthétique, ne sachant qu’une chose : que sa musique lui a changé la vie pour le pire surtout, rarement pour le meilleur :«  sûr de quoi, dis-moi un peu, alors  que moi, pauvre diable pestiféré j’avais assez de conscience pour sentir que le monde n’était qu’une gelée, que tout tremblait autour de nous et qu’il suffisait de faire un peu attention, de s’écouter un peu de se taire un peu, pour découvrir les trous ».

 

Johnny a un avantage et un inconvénient sur la plupart des  artistes : il ne s’est jamais pris pour un personnage important, n’est pas entré dans le jeu de ses admirateurs. Il leur a résisté.

 

 Dans cette résistance pourtant, on  soupçonne que Johnny n’a pu éviter le piège : il est entré dans le jeu de Bruno, négativement, jouant les artistes maudits à sa manière,  faisant tout pour gâcher son art..

 

 Ainsi résiste t’il à son biographe, maladroitement mais non sans se faire un peu entendre jusqu’à ce que Bruno finisse par douter réellement de lui : Johnny n’est qu’un pauvre type, faillible et même pas bon musicien, un pauvre diable, une victime lâche et souffreteuse.

 

Puis Bruno se reprend :  la musique de Johnny est géniale, bien sûr, « un jazz qui se situe sur un plan apparemment désincarné où la musique se meut enfin en toute liberté comme la peinture délivrée du représentatif peut enfin n’être que peinture…cette musique que J’aimerais pouvoir qualifier de métaphysique, Johnny semble vouloir l’utiliser pour s’explorer lui-même pour mordre à la réalité qui lui échappe un peu plus tous les jours »

 

Sans parvenir à donner de lui en tant qu’homme une image avantageuse.

 

   Ces deux personnes n’en font qu’une, finit-on par penser : c’est l’écrivain lui-même qui  se débat avec ses intuitions qu’il doit se résoudre à rédiger non sans les déformer, non sans se trahir. C’est la vie qu’il mène imaginairement comme personnage, en face de sa réalité bourgeoise et bien réglée qui compte si peu pour lui qu’il l’évoque de temps à autre avec une  ironie désenchantée. L’existence de Johnny  dans laquelle il  tente d’intervenir est bien plus réelle. Et lorsque Johnny meurt, faute d’être juste, le livre de Bruno a quelque chose d’un achèvement.

 

Dans ces conditions, le créateur et celui qui tente d’interpréter sa propre pensée n’est jamais le même et jamais tout à fait un autre.

 

 

 

On vérifie cette intuition dans la nouvelle suivante qui donne son titre au recueil «  Les Armes secrètes » : un homme qui vient de rencontrer une jeune femme qui compte pour lui, commence à ressentir les intrusions d’une conscience qu’il ne connaît pas et qui prend partiellement  de la place au point qu’il ne peut plus le repousser. Cette conscience appartenait au précédent amant de la jeune femme lequel n’était pas précisément un ami…

 

 

 

 

 

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