ça vaut le coup de le lire, pour information, sur cette génération de types misogynes et pas très futés, nés dans les années 50, même avant, même après...
l'Idole des Cyclades.
Deux archéologues, Somoza et Morand ont déterré une statuette dans une petite île grecque Skoros pendant leurs vacances. Morand est avec Thérèse et Somoza porte la chandelle ce qui gêne le couple. Tous trois font passer la frontière à cette « idole » primitive datant des temps préhistoriques. Thérèse a caché l'idole avec succès dans un sous-vêtement de sa propre lingerie.
Deux ans plus tard, Somoza possède toujours la statuette dans son atelier. Il est tombé amoureux de cette déesse préhistorique et en a fait de nombreuses copies ; il n'est satisfait d'aucune mais tient des propos bizarres à Morand comme s'il était possédé et cherchait à se mettre en transe. Tout cela semble concerner Thérèse...
la situation se retourne brutalement en une chute d'autant plus excellente qu'elle est rapide et parfaitement logique sans être vraiment attendue...
La Nuit face au ciel
« Et à certaines époques, ils allaient chasser l'ennemi : on appelait cela la guerre fleurie »
C'est une nouvelle à un seul personnage (comme le singulier récit « N'accusez personne » ) ; un jeune motocycliste est victime d'un accident de moto en voulant éviter une femme qui traverse au vert. Après l'évanouissement, il revient à lui, se voit transporté, prend acte d'un membre cassé, de son transport à l'hôpital et perd conscience de nouveau. Sa conscience de blessé hospitalisé, plâtré, buvant un bouillon, ou de l'eau minérale, écoutant les malades autour de lui, alterne avec un mauvais rêve dans lequel il doit lutter contre les Aztèques pour éviter d'être sacrifié. Le récit est une vraie réussite ; insoutenable de part en part à cause de tout petits détails de vie quotidienne se mêlant au grand rêve du guerrier luttant contre les barbares, à cause du rendu de l'interminable souffrance physique et morale du personnage.
Fin d'un jeu
La nouvelle qui donne son titre au recueil est l'une des plus réussies.
Le peu que je sais de la biographie de Cortazar ne fait pas état de frère ou de sœur ni de progéniture ; cependant plusieurs de ses nouvelles mettent en scène des enfants ou de jeunes adolescents et ce ne sont pas les moins bonnes.
Ici c'est une narratrice d'une douzaine d'années qui prend la parole ; elle est la cadette de trois sœurs qui ont l'habitude de se déguiser et de faire du théâtre après le déjeuner aux alentours de la maison familiale « au bas d'un remblai à l'ombre des saules près de la voie ferrée ». C'est beaucoup plus sophistiqué. Le jeu est dirigé par Léticia leur aînée qui tire au sort l'une d'entre elle et le jeu qu'elle doit jouer : soit une statue, soit une attitude ; les « attitudes sont des allégories de sentiments : l'Envie, la Charité, la Honte... qui doivent être jouées avec un maximum de mimiques expressives et peu d'ornements.
Léticia l'aînée, maîtresse du jeu, est invalide ; elle souffre d'une malformation de la colonne vertébrale. La narratrice l'appelle aussi la « Vénus de Nino » qui renvoie effectivement à une statue, mutilée de surcroît.
« Elle savait qu'on ne lui dirait rien, que dans une famille où quelqu'un a un défaut de conformation et beaucoup d'orgueil, tout le monde, à commencer par la malade elle-même, fait semblant de l'ignorer ou plutôt ont fait ceux qui ne savent pas que l'autre sait. »
Si les filles se donnent autant de mal c'est qu'elles ont des spectateurs . Le jeu va prendre une nouvelle tournure le jour où un l'admirateur se manifeste...
Chaque nouvelle du recueil « Fin d'un jeu « révèle en effet la dangerosité du jeu ( de la mise en scène à laquelle se livrent des partenaires liés par une sorte de mauvaise plaisanterie qui débute de façon très ordinaire, comme un jeu ou comme une politesse qu'on se fait, une histoire que l'on se raconte pour éviter la réalité gênante, l'embellir, ou n'en parler que par euphémisme. Cependant le jeu se développe, prend une ampleur inattendue et les personnages s'y trouvent englués, parfois incapables de s'en sortir autrement que par une issue fatale. Beaucoup de ces nouvelles sont des histoires de possession
(voir aussi « Les Ménades »)
Muriel Spark
Sibyl Vane....
Steven Milhauser « La Vie trop brève d’Edwin Mulhouse, écrivain américain, 1943-1954 racontée par Jeffrey Cartwright ». Albin
Michel (Grandes traductions).
Deuxième nouvelle de " Tous les feux le feu" ( 1966),je brûle d'en faire un billet séparé...
L’humour noir y est prédominent, davantage encore que dans la précédente : Il s’agit aussi d’une situation courante mais pathologique. Les membres d ‘une famille entretiennent la vie de leurs morts par discours lettres et pensées. Les vivants sont les vrais morts. Dans cet univers carcéral, quitter la mère, c’est mourir : (Ceux qui ont quitté la maison familiale succombent à des accidents) Alexandre le fils, ayant terminé ses études, a pris un avion pour Buenos Aires où l’attend une bonne situation. L’avion s’écrase sans survivants…
L’agencement ingénieux du récit c’est de le débuter sur Célia qui va mourir puis de faire un long flash-back sur Alexandre.
On a caché à maman ( diabétique, dépressive) la mort d’Alexandre qu’elle n’aurait pas supporté de savoir. Garder le mort en vie pour la mère, se révèle un avantage : Charles prend la place de son frère plus brillant …et mort. Maintenant il faut lui dissimuler la mort de Célia dont les malaises et le passage de vie à trépas sont évoqués entre parenthèse ou par petites phrases rapides pour laisser place au grand jeu : comment maintenir une morte de plus en vie pour maman ?
Les filles se racontent à l’envi « la vie des morts » qu’elles inventent pour en faire le récit à maman. Il y a aussi ces lettres innombrables que les vivants doivent écrire pour en faire la lecture à maman et qui remplacent les visites que les morts remettent toujours à plus tard grâce à d’ingénieux prétextes. C’est aussi ce que fait l’écrivain avec ses personnages pour le lecteur. La création littéraire est souvent montrée dans ces situations apparemment sans rapport.
C’est un thème fréquent et on l’exploite pour montrer que le « disparu » dont on veut cacher le décès par égard pour quelqu’un n’est mort pour personne surtout pas pour les mystificateurs, très heureux de maintenir sa présence ! On se souvient du film « Good Bye Lenin » où c’est la chute du mur de Berlin qui est cachée à la mère dont la santé chancelante ne pourrait le supporter… à grennd renforts de moyens audio-visuels sophistiqués ; plus récemment, on pourrait aussi évoquer le film de Julie Bertuccelli « Depuis qu’Otar est parti » qui exploite le même thème avec autant de talent que Cortazar me semble t’il.
La pointe qui clôt le récit est l’une des meilleures jamais trouvées. L’une des filles survivantes reçoit une lettre d’Alexandre ( écrite à l’intention de maman par son frère sa sœur ou elle ) la lettre d’un mort qui s’adresse à une morte puisque maman elle aussi s’est éteinte, rendant inutile la comédie qu’ils se jouaient . Mais comment vivre si les morts doivent être vraiment morts ?
Aussi la jeune femme qui reçoit la lettre se demande spontanément : « comment annoncer à Alexandre la mort de maman ? »
Antonioni s'est inspiré de cette nouvelle pour « Blow up » : je me souviens d'un photographe de mode, David, qui, dans un parc londonien, prend une photo de couple et s'aperçoit, l'image développée tirée et agrandie, qu'il s'agissait d'un crime et non de jeux amoureux...
Le narrateur de la nouvelle, Michel, qui parle de lui à la 1ère et troisième personne, tantôt relate ce qu'il fait, tantôt le
critique ( « A quelle personne faudrait-il raconter cela ?» et « qui a vu ? ») prend des photos en amateur et ne souhaite pas faire de l'esthétique
(il est traducteur d'espagnol de son métier) mais lui aussi tient à dérober une part de réel, à traquer, à voir ce qu'il ne devrait pas voir, et le retenir.
Jusqu'ici il s'est borné à surprendre de petits spectacles étranges, des moments d'instabilité «immortaliser un chat en équilibre précaire sur une vespasienne »...
Ce jour-là il est intéressé par un couple à la pointe de l'île St Louis ( ici l'action est à Paris)un garçon très jeune et une jolie femme qui pourrait être sa mère : jeux amoureux qu'il regarde « s'il y a une chose que je sais faire c'est regarder » inventant une petite biographie pour l'adolescent et s'amusant à supputer jusqu'où iront les choses, s'il perdra sa virginité ou non avec cette femme, et imaginant la suite de l'histoire.
Quand il a pris enfin son cliché, la femme l'a vu, la femme réclame l'image, le garçon s'enfuit, un homme plus âgé apparaît...
« Ils me regardaient, lui surpris et interrogateur, elle irritée et hostile de corps et de visage, qui se savaient volés, ignominieusement pris dans une petite image chimique » ; le récit le dit et le répète à l'envi sous diverses formes prendre la photo c'est aussi un crime, c'est voler les gens, voler leurs corps leur image, et peut-être leur âme.
Et l'on ne prend la photo que pour surprendre ( et prendre) quelque spectacle interdit. Celui qui prend la photo est criminel, voleur, ceux qui se font prendre se rendent également coupables de quelque étrangeté qui justifie précisément qu'on les « prenne », étrangeté qui devient un délit au moins dans l'interprétation du photographe.
La photo en question n'est pas récupérée, et il n' s'agissait pas non plus d'un crime de sang. Tout au plus un couple pervers voulait-il corrompre un mineur lui promettant de l'argent ; c'est ce qui apparaît sur l'image qui hante le photographe ; une interprétation à partir des gestes, des expressions et de ce qui advint lorsque son cliché fut pris. « cette femme n'était pas là pour son plaisir, elle n'encourageait pas, ne caressait pas pour s'emparer de l'ange dépeigné et s'amuser ensuite de sa terreur de sa grâce haletante. ..le maître véritable attendait ...il n'était pas le premier à envoyer une femme en avant-garde pour lui ramener des prisonniers ligotés de fleurs » Mais le photographe a interrompu la manœuvre et « sauvé le garçon pour cette fois. Ce spectacle interdit peut s'énoncer « un homme et une femme persécutent un enfant qui veut faire comme les adultes » variante de la scène du crime imaginée par Antonioni.
Pourquoi « les fils de la vierge » ? Ici une ambiguïté surgit du fait qu'en français fils (ficelles) et fils (rejeton) sont homonymes. Ce n'est pas le cas en espagnol.
Le garçon aux prises avec les adultes mal intentionnés « prit se jambes à son cou ... et se perdit comme un fil de la vierge dans l'air du matin » dès lors que l'altercation au sujet du cliché détourne l'attention de ses persécuteurs supposés. « Mais les fils de la vierge s'appellent aussi dans mon pays la bave du diable et Michel dut supporter de minutieuse invectives ...de la part de la femme et l'homme en gris. » Double signification : cheveux d'ange ( le garçon est plusieurs fois comparé à un ange ) et aussi fils minuscules secrétés par les araignées pour tisser leur toile. Le narrateur se laisse prendre dans le filet où les deux adultes voulaient faire tomber le jeune garçon. Ce filet, c'est aussi et en définitive lui qui le tisse, écheveau inextricable de rêveries fascinées par les images vues et ce qu'elles supposent de luttes d'enfant ange avec les parent- démons, de crime, de perte de virginité...
Le narrateur assiste à un programme de musique classique varié et sans surprise ( le Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn, le Dom Juan de Strauss, la Mer de Debussy, La Cinquième…)
le chef d’orchestre fête ses cinquante ans de métier ; ce n’est pas, de l’avis du narrateur, un orchestre
réellement génial, mais ses performances sont honorables et même intéressantes. Le public : « des gens tranquilles et
comme il faut » qui ont l’habitude des concerts de ce type. Rien qui puisse déclencher le moindre trouble… et pourtant, ce soir là cet auditoire (
hommes et femmes de tous âges ) se montre dès le départ étrangement sur excité comme s’il s’agissait d’un événement d’une extrême
importance. Leur exaltation se traduit d’abord en paroles : un enthousiasme que le narrateur juge exagéré et puéril à l’égard des mérites du
Maître : on a ressenti l’interprétation comme vibrant d’une intensité dramatique irrésistible ; le narrateur l’a jugée au
contraire « sèche et retenue ».
Pendant le deuxième acte, il remarque une femme vêtue d’une robe rouge qui passe entre les sièges et semble hystériser la salle. L’assistance se transforme progressivement en une meute de fans déchaînés qui envahit la salle et s’empare des musiciens de leurs instruments, saisissent le Maître par les chevilles et l’entraînent hors champ. Le narrateur reste étranger à ce délire ( ainsi qu’un autre auditeur aveugle un sage aède ) et commente ironiquement les agissements de cette foule dont la vénération outrancière devient agressive et volonté de destruction aveugle, à cause de « la femme en rouge et son fidèle cortège ».
Il est comique d’imaginer pareille fête dionysiaque dans ce type de concert et le narrateur ne se prive pas d’en suggérer les détails….
Le recueil : « Fin d’un jeu » (1956-64) ; déjà traduit en français rassemble une assez grande diversité de nouvelles.
La surprise ( toujours renouvelée) c’est « N’accusez personne » ( No se culpe a nadie) dans la première partie du recueil, un récit des années cinquante, d’une grande virtuosité, cruel, angoissant, violemment ironique, et qui mérite la plus grande attention. Trois pages, deux ou trois longues phrases, un personnage, un homme, un lieu, sa chambre avec fenêtre grande ouverte, une action : enfiler un pull-over bleu marine, action qui se révèle malaisée, impossible, générant des sensations effrayantes. L’injonction qui sert de titre à ce récit, indique au lecteur aussi bien qu’aux proches de l’homme aux prises avec le maudit vêtement, que l’on ne peut pas conclure à l’intervention d’une puissance maléfique, ni davantage à une volonté autodestructrice du personnage. C’est un processus (au départ simple gêne) qui se révèle fatal.
Il repose sur une difficulté mineure, courante, que tout un chacun a déjà éprouvée mainte fois : enfiler un vêtement un peu juste qui vous colle à la peau et se trouver pris dedans de manière à ne plus pouvoir sortir la tête ; un moment d’anxiété ou de perturbation, perte des repères spatio-temporels, peut s’en suivre qui trouve en principe un rapide dénouement.
Et si cela tournait mal ? L’auteur tire de tous les côtés sur le tourment éprouvé le transformant en cauchemar!
Lisez-le!vous éprouverez de l'effroi,ainsi qu'une singulière jubilation...
Cette nouvelle est incluse dans le recueil " Les Armes secrètes"
Vous pourrez aussi la lire séparémenr dans la collection de poche Folio- 2 euros
Bruno est le biographe de Johnny saxophoniste de jazz, suicidaire et victime d’hallucinations. C’est le récit de l’impossible dialogue entre le critique et l’artiste, et de tous les malentendus qu’ils endurent.
« Ce que je pense est au-dessous du plan où le pauvre Johnny essaie d’avancer avec ses phrases tronquées, ses soupirs, ses rages soudaines et ses pleurs… il est la bouche, lui, et moi l’oreille…tout critique, hélas est le triste aboutissement de quelque chose ».
L’artiste lui, se situe toujours dans les commencements.
Cependant Bruno va tenter d’appréhender la quête musicale de Johnny avec des mots que ce dernier ne pourra que critiquer. Cet entretien infini et impossible prend place dans la vie quotidienne de Johnny, vie déréglée, précaire, chaotique, pleine de drogue d’alcool et de séjour psychiatriques avec de fréquent changement de compagne de vie, comportements de destruction il détruit parfois son saxo quand il ne l’abandonne pas plus ou moins volontairement sans pouvoir le retrouver; on doit toujours lui procurer un nouvel instrument à la dernière minute ; parfois il joue très bien mais s’éclipse avant la fin du concert ou de l’enregistrement, parfois il refuse de jouer etc… tous ces détails peu surprenants d’ailleurs sont consignés et répétés par Bruno, qui ressent les évolutions de la création difficile que Johnny ressent comme ratée. En écho le biographe évoque parfois en deux ou trois phrases de dérision sa propre vie bourgeoise et bien réglée.
Placer ses histoires dans la réalité quotidienne la plus banale et y faire pointer l’étrange ( parfois l’on peut opter pour le surnaturel mais rien ne l’entérine à priori) qui envahit progressivement tout le paysage, est un des secrets de la réussite de l’auteur et de l’attachement immédiat que l’on éprouve à la lecture de textes qui ne sont pas d’une lecture facile si l’on veut y porter toute l’attention qu’ils méritent.
Ici l’élément « fantastique » ce sont les impressions de Johnny ses voyages dans un imaginaire qu’il éprouve comme réel et que la musique lui a apportée (décalages et distorsions dans sa perception de la temporalité). Bruno tente de traduire ses propos confus en un langage de critique musicale « politiquement correct » :
« Johnny a abandonné le langage hot- en vigueur jusque dans les années 40-parce que ce langage violemment érotique était trop passif pour lui. Chez lui le désir s’oppose au plaisir et l’en frustre parce que le désir le pousse à aller de l’avant, à chercher et l’empêche de considérer comme des audaces les trouvailles de jazz traditionnel …
De telles phrases provoquent le fou rire, l’irritation ou la colère du créateur qui lui ,n’a pas de démarche rationnelle ni de conception esthétique, ne sachant qu’une chose : que sa musique lui a changé la vie pour le pire surtout, rarement pour le meilleur :« sûr de quoi, dis-moi un peu, alors que moi, pauvre diable pestiféré j’avais assez de conscience pour sentir que le monde n’était qu’une gelée, que tout tremblait autour de nous et qu’il suffisait de faire un peu attention, de s’écouter un peu de se taire un peu, pour découvrir les trous ».
Johnny a un avantage et un inconvénient sur la plupart des artistes : il ne s’est jamais pris pour un personnage important, n’est pas entré dans le jeu de ses admirateurs. Il leur a résisté.
Dans cette résistance pourtant, on soupçonne que Johnny n’a pu éviter le piège : il est entré dans le jeu de Bruno, négativement, jouant les artistes maudits à sa manière, faisant tout pour gâcher son art..
Ainsi résiste t’il à son biographe, maladroitement mais non sans se faire un peu entendre jusqu’à ce que Bruno finisse par douter réellement de lui : Johnny n’est qu’un pauvre type, faillible et même pas bon musicien, un pauvre diable, une victime lâche et souffreteuse.
Puis Bruno se reprend : la musique de Johnny est géniale, bien sûr, « un jazz qui se situe sur un plan apparemment désincarné où la musique se meut enfin en toute liberté comme la peinture délivrée du représentatif peut enfin n’être que peinture…cette musique que J’aimerais pouvoir qualifier de métaphysique, Johnny semble vouloir l’utiliser pour s’explorer lui-même pour mordre à la réalité qui lui échappe un peu plus tous les jours »
Sans parvenir à donner de lui en tant qu’homme une image avantageuse.
Ces deux personnes n’en font qu’une, finit-on par penser : c’est l’écrivain lui-même qui se débat avec ses intuitions qu’il doit se résoudre à rédiger non sans les déformer, non sans se trahir. C’est la vie qu’il mène imaginairement comme personnage, en face de sa réalité bourgeoise et bien réglée qui compte si peu pour lui qu’il l’évoque de temps à autre avec une ironie désenchantée. L’existence de Johnny dans laquelle il tente d’intervenir est bien plus réelle. Et lorsque Johnny meurt, faute d’être juste, le livre de Bruno a quelque chose d’un achèvement.
Dans ces conditions, le créateur et celui qui tente d’interpréter sa propre pensée n’est jamais le même et jamais tout à fait un autre.
On vérifie cette intuition dans la nouvelle suivante qui donne son titre au recueil « Les Armes secrètes » : un homme qui vient de rencontrer une jeune femme qui compte pour lui, commence à ressentir les intrusions d’une conscience qu’il ne connaît pas et qui prend partiellement de la place au point qu’il ne peut plus le repousser. Cette conscience appartenait au précédent amant de la jeune femme lequel n’était pas précisément un ami…