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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 00:34

La mort en ete Mishima305 pages folio 1953, dix nouvelles courtes.

 

Il  y a une contradiction dans ces textes, c’est que ces nouvelles sont parfaitement achevées et pourtant donnent  une impression d’inachèvement de suspension comme si tout n’était pas dit.

 

Patriotisme :

le narrateur décrit le « seppuku » ( terme que nous traduisons parfois par «  hara kiri »bien que le terme noble soit Seppuku : ce suicide est réservé aux samouraï) d’un soldat qui en 1936 ne veut tirer ni sur ses amis devenus mutins  pour s’opposer à l’armée impériale ,ni se joindre à eux…

Il entraîne dans la mort sa jeune épouse Reiko !

Dès qu’elle entend dire à la radio que les compagnons de son époux se sont mutinés elle sait immédiatement ce qui va suivre : pour racheter l’honneur de son groupe il va se suicider selon le célèbre rituel, et elle mourra aussi. Elle range leurs effets, et se prépare au grand départ .

Le jeune homme doit se suicider en public : rentré chez lui, il annonce à Reiko qu’elle sera seule ce public. Quel honneur !

Après lui,  Reiko se suicidera en se tranchant la carotide ; les femmes n’ont pas le droit de pratiquer le seppuku…qui est une façon bien particulière de s’entailler l’abdomen, puis de faire glisser le poignard afin de faire sortir les viscères.

Ce récit est impressionnant : Mishima était fasciné par ce type de suicide cependant le narrateur du texte émet quelques réticences à l’endroit d’un conditionnement auquel les jeunes mariés adhèrent sans hésitation.

En effet la lettre d’adieu du jeune homme stipule simplement  «  vive l’armée impériale » , ce qui est relativement banal comme texte pour accompagner un tel geste…

 La perfection de l’exécution du suicide montre à quel point  ce jeune couple héroïque veut incarner les valeurs inculquées. Dans un tel geste, il n’y a plus de place pour une quelconque individualité, les corps et esprits des deux jeunes appartiennent à la société.

En fait, il y a davantage que l’héroïsme : une véritable attirance pour la mort vécue comme une aventure terrifiante : la mise en scène du suicide est relatée avec précision, ainsi que les petits obstacles rencontrés pour se donner la mort…

La main droite sur le sabre le lieutenant commença de s’entailler le ventre par le travers. Mais la lame rencontrait l’obstacle des intestins qui s’y emmêlaient et dont l’élasticité la repoussait constamment … saisi d'une violente nausée, le lieutenant laissa échapper un cri rauque.

Vomir rendait l'affreuse douleur plus affreuse encore, et le ventre qui jusque-là était resté ferme, se souleva brusquement,  la blessure s’ouvrit en grand et les intestins jaillirent comme si la blessure vomissait à son tour"

Les  jeunes croient à un au-delà, et j’ai été intéressée par la sensualité qui accompagne le geste .Avant de le perpétrer, ils ont  eu des relations sexuelles pour la dernière fois , et l’ont fait  mieux et plus fort que d’ordinaire.

Pour un lecteur occidental, il est difficile de croire à des valeurs que la communauté ou la société inculque, comme l’indique le titre. Cependant  la tentation de se détruire lorsque l’on est jeune existe en Occident.

 Pour nous lorsqu’un jeune couple se suicide, Il y a soit rébellion contre la société, ou refus de vieillir et d’affronter la médiocrité de l’âge  adulte, et l’on pense à Tristan et Iseut.

 

Patriotisme  inspira à Mishima un court-métrage dans lequel on  a voulu voir une  répétition générale de son propre et spectaculaire suicide, qui eut lieu le 25 novembre 1970 ; Mishima tentait paraît-il un coup d’état pour restaurer les valeurs du Japon traditionnel. Ayant échoué ( je ne pense pas qu’il souhaitait réussir, car il n’avait pas de propension à devenir un homme d’état…) il se suicida avec l’aide d’un comparse devant une assemblée nombreuse.

 

 

 

Dans  ce court métrage ,Mishima a filmé le double suicide raconté dans "Patriotisme". Si l'image n'est pas très claire, c'est néanmoins très impressionnant.... et assez beau. Vous n'êtes pas obligés de  tout  regarder.

 

 

Si vous aimez ce type de récit, vous pouvez aussi lire «  le Maître du thé «  de Yasushi Inoué  qui relate un autre suicide du même type chez un homme plus âgé.

 

 

La mort en été

 

C’est le récit du deuil de Tomoko, jeune femme qui a perdu deux enfants et sa belle-sœur qui les gardait. Les enfants ont péri  noyés ( un  instant d’inattention) et la femme de crise cardiaque due au choc  et peut-être aussi au désir d’en finir après avoir vu ce dont sa rêverie avait été la cause.

Les enfants ont péri  noyés dans une vague, sous le grand soleil d’été, ce fait accentue l’horreur de la tragédie…qui est parfaitement décrite, ainsi que la beauté de l’océan et du rayonnement solaire.

 

Ce deuil comporte la culpabilité ( Tomoko pense qu’elle aurait dû être là) et le désir de mourir : elle retourne sur la plage avec son mari, l’enfant survivant et la petite fille née après ces événements : elle se tient debout devant les vagues sur la plage «  Qu’est ce qu’elle attend ? » se demande son mari. Il le savait d’ailleurs très bien.

Le récit s’achève sur cette inquiétude.

Elle attend qu’une vague l’emporte à son tour, si elle est vraiment coupable. Mais aussi l’on sent cette attente folle que ses enfants renaissent miraculeusement de la vague !

Dans cette fin de ce récit, il y ambigüité. Que vat-elle faire ?

Je crois qu’elle va  repartir chez elle et se résigner. Elle et son mari sont réalistes.

C’est la nouvelle qui donne son titre au recueil,  et la meilleure aussi à mon sens.

Onnogata : le titre signifie «  acteur spécialisé dans les rôles féminins »

Cet amour d’un jeune universitaire pour Mandjiku un acteur de Kabuki qui joue les femmes à la perfection sur scène comme dans la vie, est d’abord un culte rendu à sa beauté androgyne. Purement  esthétique. Il se transforme en jalousie lorsque l’objet d’amour, Mandjuki, tombe réellement amoureux d’un jeune metteur en scène moderne très différent de lui.

On ne sait ce que l’adorateur tombé dans la jalousie va pouvoir faire, il se le demande lui-même….

Il se pourrait qu’il se suicide.

La nouvelle a l’avantage de présenter le théâtre Kabuki, ces gestes ritualisés, si différents de notre propre théâtre, lequel repose davantage sur le contenu des pièces, narration dialogue et intrigue. Ici c’est l’observation d’un  rituel qui compte. On se rend compte que le théâtre japonais va à l’essentiel, là où nous pourrions passer pour des bavards…

Le style est précis, sobre et incroyablement efficace.

 

 

Trois millions de Yens

Est une nouvelle amère,  qui critique la société occidentale où l’on cherche à s’approprier des biens à consommer. Un jeune couple « moderne »( années 60) projette de parvenir au bonheur, en programmant toute sorte de réalisations ( posséder des objets indispensables ; procréer et élever des enfants suivant une logique consumériste…) et se procurer l’argent pour y parvenir par des moyens fort discutables.

 

Je n’ai aimé que ces quatre nouvelles sur les dix proposées…je ne vais donc pas parler des autres, qui se laissent lire sans plus.  Le recueil en vaut la peine !

 

Lu dans le cadre du challenge  nécrophile, organisé par Fashion.

 

Pour la suite de mes lectures mishimiennes je pense me tourner vers une histoire qui se déroule à la mer, car je le trouve excellent à décrire le littoral et l’océan.

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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 00:11


         GF Flammarion 2 tome, 947 pages et 64 chapitres titrés.

DAVID Copperfield 

           En1850 Charles Dickens a neuf enfants nés et huit romans publié, donc un de retard, c’est normal, car David Copperfield, le dernier en date,  lui a pris beaucoup de temps, et c’était son préféré.

 

Le narrateur nous raconte « David Copperfield », son autobiographie, de sa naissance à l’âge de trente-cinq ans environ. C’est un roman de formation qui relate à peu près tout des expériences de David durant ces trente et quelques années : orphelin de bonne heure, enfant battu par un beau-père pervers et sa sœur, séjours dans divers internats, dont le premier très éprouvant,  abandon par des parents indignes, obligé de gagner sa vie à dix ans, SDF très tôt sur la route de Londres à Douvres, attachement à des figures maternelles secourables ( dont son excentrique tante Trotwood, et la servante au grand cœur Pegotty) , expérience de l’amitié avec le séduisant James Steerforth, le curieux monsieur Dick( Dickens ?), la surendettée et cyclothymique famille Micawber, de l’inimitié avec des méchants intégralement méchants , apprentissage d’un métier en rapport avec la justice, amours diverses avec des femmes moyennement intéressantes, mariage, paternité, et réussite en temps qu’écrivain.

 

Le roman contient donc une multiplicité d’intrigues, toutes ou presque en rapport avec  la vie du narrateur David (parfois surnommé pour notre plus grand bonheur « Trot » ou encore « Pâquerette »…par certains des personnages les plus intéressants)

Il n’arrive rien de particulier à David mais tout lui arrive ! Du bon du mauvais de la joie et des deuils, des péripéties loufoques, une grande variété de tons et d’atmosphère destinés à accompagner le lecteur sans l’ennuyer dans un parcours de  longue durée.

C’est en général avec plaisir que l’on suit ces aventures qui pourtant traînent parfois en longueur.

 

L’auteur a voulu rendre le langage et les mœurs de couches sociales diverses, dont la famille de la servante Pegotty, des gens  de conditions modestes et ce n’est pas toujours réussi : il mime tant et tant le langage de ces gens qu’il en fait parfois un vrai charabia qui relève de la caricature : de plus, dans sa volonté de montrer le peuple bon honnête et plein de bonnes intentions, il met en scène  des personnages exagérément naïfs à la limite de la bêtise. Parfois, il exagère dans l’autre sens…

Je préfère le peuple tel que le dépeint Maupassant, Zola ou même Simenon, qui sont plus proches d’une certaine réalité.

 

Autre petite déception, les personnages féminins jeunes( Agnès un vrai bonnet de nuit, Dora stupide, Emilie sans beaucoup de traits frappants),  m’ont franchement ennuyée.  

 

En ce qui concerne la bourgeoisie, les milieux juridiques, les caractères sont bien enlevés, certains seconds rôles sont fort plaisants.

 

Lu dans le cadre du challenge Dickens organisé par Isil pour  le 198eme anniversaire de naissance de l'auteur.

 

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 21:17

                                                

 

Edtions Faber paperback 1972, 258 pages                                                 

Gallimard ( L'Imaginaire) 2007, 271 p

 

 

 

C’est un des livres les plus anciens de ma PAL. Il m’attend depuis 1974, et j’en lisais de temps à autre quelques pages, sans comprendre suffisamment. Ma lecture était toujours longue et laborieuse. Mon anglais n’est pas fameux et la langue américaine m’est encore moins familière.

J’ai fini par acheter  une  traduction à laquelle j’ai eu hélas souvent recours.

C’est donc la seule œuvre de type romanesque de Sylvia Plath, écrite un an avant sa mort en 1962 .

 

Elle s’y met en scène sous le nom d’Esther Greenwood, jeune étudiante de dix-neuf ans, venue à New-York , après avoir gagné un concours organisé par un magazine, pour lequel elle a composé des poésies, histoires, et slogans publicitaires. Elles sont une douzaine de jeunes lauréates qui vont travailler à la rédaction du magazine pendant quelques semaines. Travailler pour tenter d’être admises au cours d’écriture organisé par un écrivain célèbre au mois d’août.

Mais Esther qui n’a jamais quitté  sa Pennsylvanie natale se trouve prise dans un tourbillon de sorties de soirées dansantes décevantes avec sa copine Dorreen et des types de rencontre bêtes et méchants… cela convient à sa nature exubérante mais pas à son esprit critique. Le magazine en question ne donne pas dans la littérature et elle se sent aussi dépaysée intellectuellement.

D’entrée de jeu, la narratrice éprouve un malaise encore plus sérieux ; le roman s’ouvre sur l’exécution des Rosenberg ( nous sommes à la fin du printemps 1953) qui terrifie Esther. Elle ne sait pas grand-chose de ce couple maudit, c’est l’idée de l’électrocution qui la torture…

Puis elle se sent vide comme aspirée par la fameuse cloche de verre qui la menace et revient comme un leitmotiv tout le long du texte.

E n même temps qu’elle évoque de façon très imagée, vive, cocasse, humoristique, les événements de ce mois new-yorkais,  elle revient à son jeune passé ( disparition du père ; déception sentimentale avec un étudiant en médecine particulièrement buté ; conflits avec sa mère ;

et cette curieuse expérience en montagne où, débutante,  elle s’est précipitée sur une piste de ski dangereuse, sachant qu’elle allait tomber et éprouvant une sensation enivrante…)

 

«  The thought that I might kill myself  formed in my mind coolly as a tree or a flower.

… people and tress receded on either hand like the dark sides of a tunnel as I hurtled on to the still, bright point at the end of it, the pebble at the bottom of the well, the white sweet baby cradled in its mother’s bell"

 

De retour chez sa mère, Esther apprend qu’elle n’a pas été retenue pour le cours d’écriture du mois d’août. Elle sombre dans la dépression, fait une tentative de suicide sérieuse, se trouve ballotée d’hôpitaux psychiatriques en cliniques où les traitements qu’on lui inflige sont les pires qui soient. Elle ne semble même pas avoir bénéficié d’une psychothérapie, ou alors c’était tellement succinct que cela ne lui a pas laissé de souvenirs…

Ce récit est tout ensemble terrible et comique au second degré : les portraits des personnages et situations comportent une bonne part  de dérision et d’ironie. La plupart des personnages, femmes, hommes, jeunes, vieux, professeurs, psychiatres, femmes au foyer, compagnes de classe, voisines de chambre, boy-friends,  sont ridicules ( descriptions de vêtements bizarres, de posture, de gestes, de répliques sottes) ou affligeants de bêtise. Pas épargnée non plus,  cette auteure, Philoména Guinéa, qui lui est venue en aide, en la transférant dans une clinique moins dure que la précédente :

C’est le monde où a vécu l’auteur,  et elle n’idéalise pas. Nul ne résiste à sa plume, qui l’air de rien, est bien féroce. Souvent aussi, elle engendre de belles métaphores.

 

Un très bon récit…  

 

 

Lu aussi par Titine et Lilly

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 09:20

la fille du fossoyeur

 

  Philippe Rey, 2010, 650 pages.

   Titre original » The Gravedigger’s Daughter « 

 

    Rebecca Schwart travaille dans une usine de caoutchouc pour élever son petit garcon de trios ans Niley. Nous sommes dans la vallée du Chautauqua état de New-York en 1959.

     Rebecca a aussi un mari Tignor, délinquant et violent qui ne lui donne pas d’argent, et la bat.

 

      Sur le chemin de halage qui mène jusque chez elle, un homme la suit, qui l’appelle “Hazel Jones” puis disparaît. Rebecca rêve sur ce nom, qui lui semble tellement plus léger que le sien…

 

       Le récit se poursuit par un flash back  : on remonte à la naissance de Rebecca, 23 ans plus tôt  sur le bateau qui transportait ses parents et ses frères, ainsi que d’autres juifs fuyant l’Allemagne nazie.

 

 

 

Les Schwart, juifs allemands non pratiquants, issus de la bourgeoisie moyenne cultivée, se retrouvent tout en bas de l’échelle sociale, en tant que réfugiés aux Etats Unis. Après l’éprouvante traversée en mer, le père de famille, Jacob, est employé comme fosssoyeur à Milburne petite ville de l’état de New-York. Le logement de fonction est une masure insalubre.

  La métaphore du gardien de cimetière, ne pousse pas Jacob Schwart à enterrer le passé, mais il ne peux pas non plus s'en prévaloir...c'est bien plus un mort qui garde les morts...

Envahis par les soucis matériels,  inadaptés au groupe social dont ils font désormais partie, poursuivis par un fort antisémitisme, les Schwarts se replient sur eux-même, maltraitent leurs enfants, sombrent dans la dépression et la paranoia…

 

Les flashback évoquant le passé de Rebecca alternant avec un présent guère plus réjouissant pour Rebecca. Victime des violences de son père, elle l’est aussi de son mari, épousé sur un coup de tête, pour oublier un passé traumatisant, et va bientôt fuir ce destin malheureux avec son petit garcon…

 

Un gros roman qui relate la vie presque entière de Rebecca qui va s’efforcer  de transformer son existence dangereuse et misérable, en vivant de petits travaux et de fuites  perpétuelles. Puis des périodes de sédentarité de plus en plus longues

Petit à petit la fille du fossoyeur fait son trou, rend possible à son fils l’épanouissement de ses facultés artistiques, et dans le dernier chapitre va se réconcilier avec sa filiation.

 

C’est  sa grand-mère à qui est dédié le roman, dont JC Oates a relate l’histoire, une femme courageuse et pleine de resources dans l’adversité.

Un grand roman social qui montre l'antisémitisme, la difficile intégrations de réfugiés à peine tolérés, et met en scène comme presque toujours chez Oates les relations de victimes et bourreaux, la perversion et la maladie mentale, des thèmes qui lui sont familiers.Une écriture très simple mais qui sonne juste.

 

 

 

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 09:18

Moon Palace

 

LP, 317 pages, 1990

 

Citation en exergue «  Rien ne saurait étonner un américain »

                                                            Jules Verne «  De la Terre à la Lune ».

 

Marco Stanley Fogg nous fait le récit de sa vie de 1965 à 1972 .

De dix-huit ans lorsqu’il arrive  à l’université Columbia à NY pour y commencer ses études jusqu’à vingt cinq ans où nous le trouvons dans un lieu fort différent ,et de toutes autres dispositions , il connut  une période qui s’avéra capitale pour son initiation.

Ce récit est tout entier résumé dans le premier paragraphe du roman qui fonctionne comme une longue quatrième de couverture.  Cette présentation laisse à penser que le roman est bien structuré. Inversement, pendant la lecture , nous aurons l'impression d'une errance sans fin.

Lisons donc attentivement ce premier paragraphe, afin de n'être pas trop dérouté  par cette histoire qui comporte sept chapitres très denses, et de fréquentes digressions.

 

A dix-huit ans, Marco quitte son oncle Victor, la seule famille connue qu’il lui restait. L’oncle, un brin désordonné, et aussi rêveur que lui, l’a persuadé que son nom Fogg le même que celui du héros de Jules Verne,  et ses  prénoms Marco Stanley étaient signes du destin :

» D’après lui, cela prouvait que j’avais le voyage dans le sang, que la vie m’emportait en des lieux où nul homme n’avait encore été. Marco, bien entendu rappelait Marco Polo, premier européen à se rendre en Chine. Stanley, le journaliste américain qui avait t=retrouvé la trace du Dr Livingstone au cœur des ténèbres africaines"

Pour commencer son aventure se déroule en chambre : les livres de son oncle rangés dans des cartons de tailles différentes lui servent de mobilier jusqu’à ce qu’il soit forcé de les vendre ( non sans les avoir lus) car il n’a plus d’argent, son oncle est décédé, et il ne cherche pas de travail.

Pourquoi chercher du travail dit Fogg au concierge de son immeuble, je me lève tous les matins, je vis, j'endure ma journée,  et je vais jusqu'au bout de celle-ci,  c'est déjà une tâche importante...

Il a parfaitement raison! 

 Il vit en mangeant très peu, en remuant le moins possible, faisant de sa grande précarité une expérience quasi mystique (Je voulais vivre dangereusement) Il va et vient dans sa chambre à présent vide, s’étend sur son matelas, consigne des réflexions dans son carnet. Il est heureux, parfois. Mais fait l’expérience que nous sommes conditionnés par la matière, car il souffre  de la faim. 

On a souvent dit que les pages dans lesquelles Fogg fait l'expérience de l'inanition étaient inspirées de "La Faim" de Knut Hamsun. Je n'ai pas lu cet ouvrage, mais à  présent j'en ai bien envie.

Expulsé de son appartement, il traîne quelque temps dans Central Park, fouillant les poubelles et regardant les étoiles.

Nous voilà en 1969, deux hommes ont marché sur la Lune «  Depuis le jour de son expulsion du Paradis, jamais Adam ne s’était trouvé aussi loin de chez lui ».

 

Pas vraiment suicidaire, Marco va se remettre et chercher tout de même un emploi : Le voilà au service d’un vieil homme en chaise roulante, Thomas Effing, un vieux despote qui lui conte sa vie ( qu'il appelle sa "notice nécrologique" )que Fogg doit ensuite dactylographier.

En dépit du caractère difficile du vieux monsieur, une relation forte s’établit entre lui et Marco, qui a souffert  du manque de père dans sa vie.

Le vieux monsieur irascible se révèle un être passionnant, et même parfois comique, lorsqu'il tient à se balader dans les rues de Manhattan un parapuie ouvert, sous un soleil resplendissant...

Les récits d’Effing lui plaisent, bien qu’il le soupçonne de mentir, en particulier lorsque le vieux monsieur évoque son passage dans une caverne pleine de bandits de trésors de pillage, qui semble sortir des Mille et une nuits, et d’autres aventures à caractère  plutôt « Robinsonniennes « 

Fogg continue à rêver, encouragé par son mentor» le projet Apollo. Apollon dieu de la musique. L’ouest, la guerre contre les Indiens ; la guerre au Vietnam, jadis appelée l’Indochine. Je me disais : armes bombes explosives nuages nucléaires dans les déserts de l’Utah et du Nevada ; et puis je me demandais Pourquoi l’ouest américain ressemble-t-il tant au paysage de la Lune ? »

Marco apprend à décrire ce qu’il voit dans la rue pour en faire le récit à son patron ; ce dernier prétend être aveugle ( Marco n’en est pas sûr…) et l’oblige à des descriptions minutieuses ;  Ces exercices lui apprennent à écrire !

Ce roman est sympathique car fort optimiste. Faire de pareilles rencontres lorsque vous êtes seul, attaché à la solitude, et indigent, cela relève du rêve ou du conte.

Le héros est agréable le récit parfois poétique, toujours aventureux.

Les histoires s’emboîtent les unes dans les autres. Fogg raconte quelques années décisives de sa vie, Ce faisant, il rapporte l’histoire de la vie de Thomas Effing le vieux monsieur qui en fait son « nègre » en quelque sorte.Son nègre , et davantage encore...

Et la relation de la vie contient aussi celles de Blakelock peintre et ses toiles «  au clair de Lune » , des toiles très étranges, poétiques sans être romanesques qui entraînent une réflexion sur l'art et ses buts; de Samuel Barber, autre personnage qui revêt une grande importance tant pour Effing que pour Marco. Puis viendra la relation du livre de Barber, véritable conte de science fiction…

 

Livre ambitieux, car voulant nous donner la mesure de l’imaginaire américain,   souvent intéressant, parfois poétique, d’une intelligence aigüe, avec des passages comiques.

Mais aussi des longueurs impitoyables. J’ai passé une cinquantaine de pages sur 317, car certaines histoires ne font que répéter les précédentes.  Ce qui est faible dans ce livre, c'est la relation sentimentale avec une jeune chinoise, qui reste bien conventionnelle, mais qui occupe une trop grande part du récit. De même, le personnage de Samuel Barber est...barbant.

 

Dans l’ensemble je m’attendais à apprécier beaucoup plus ce roman. Dès que Fogg en a terminé avec l'excentrique vieux monsieur Effing, le récit m'a moins plu. Le héros semble fluctuant, on sait qu’il recherche son père, à travers ses pérégrinations, mais il ne semble pas pour autant tendre vers un but pour lui-même.

Le roman d’ailleurs, à mon sens ne s’achève pas !

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 23:42

le quai des brumesTexte de 1927.


Paris, un soir d’hiver vraiment rude.  Jean Rabe entre à l’auberge du «  Lapin agile » à Montmartre. Il a vingt ans, bachelier mais tout de même SDF, a tenté plusieurs fois de travailler mais s’est toujours fait jeter, n’a pas de famille, et cherche la chaleur un peu de nourriture et un endroit  où dormir.

Le patron Frédéric lui donne du café. Bientôt arrivent d’autres personnages également en situation de grande précarité : un déserteur de la Légion, une jeune fille de 17 ans, Nelly, un peintre allemand Michel  Krause , qui souffre de visions et d’obsessions, un boucher qui  est poursuivi par de mystérieux  ennemis et a perdu un important « paquet gris ». Après une soirée beine arrosée , la compagnie sort dans le froid, chacun pour soi, et nous suivons les destinées désespérantes, souvent tragiques , de ces personnages.


Je ne vous dis rien de la suite.

 

D’après mes souvenirs, le récit de Mc Orlan est très différent du film que Marcel Carné  en a tiré. Ce dernier a  fait vivre les différents personnages en tissant entre eux des liens qui n’existent pas dans le texte original.  Dans ce récit, il n’y a par exemple aucune histoire d’amour : les personnages en question ne peuvent se permettre un tel luxe, ils  cherchent à survivre, quitte à succomber. S’il y a meurtre comme dans le film, les motivations en sont bien différentes. Bref il y a peu d’intrigue, et  l’accent porte sur l’atmosphère de froidure, de frayeur, de cauchemar éveillé, émaillé de détails cruellement réaslistes…

 


Le roman  est pas moins baigné d’une atroce poésie, urbaine, lugubre.  On adit que Mc Orlan avait dépeint le Paris de l’entre-deux guerre.  On se rend compte que cette période est vraiment terrible. Il est frappant que les dernières  pensées de ceux qui  succombent sont pour leurs animaux domestiques, seuls à leur avoir donné un peu de chaleur humaine.

 

 

Un auteur que je lis pour la première fois! Ce ne sera pas la dernière...

 


 

 

Découvrez aussi:


Vies Minuscules et refus majuscule

 

Alain-Fournier Le Grand Meaulnes

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 23:08

l'auberge de la Jamaïque

1935.

Voilà un roman de 350 pages environ qui ressemble beaucoup à ceux que je lisais entre douze et quinze ans d’Elizabeth Goudge ou de Rosamond Lehmann, voire des sœurs Brontë…

 


Sauf que ce n’est pas la même lande. Ici c’est la Cornouaille du nord, vers Penzance, des paysages arides et marécageux, des roches de granit aux formes étranges, qui évoquent les légendes arthuriennes. La description des paysages est très fouillée et,  en dépit de nombreux événements romanesques, c’est avant tout un roman d’atmosphère. Les personnages sont assez convenus mais si bien intégrés au décor, qu’on les suit sans ennui.

 

Mary Yellan, vient d’enterrer sa mère et va rejoindre sa tante Patience  et son époux qui tiennent l’auberge de la Jamaïque. On ne sait pourquoi elle est ainsi nommée, ce qui est sûr c’est que l’on s’ y approprie  du rhum, sans doute venu  de Jamaïque.

 


L’auberge, Mary le remarque dès le premier soir est un repaire de brigands, et son oncle Joss  Merlyn, un tyran domestique alcoolique, qui  persécute la pauvre tante. Et il a des complices, des sous-fifres et un chef ! Mary se dresse seule contre ces malfaiteurs, cherche à savoir ce qu’ils trafiquent, se perd  maintes fois dans la lande, se confie à un prêtre albinos, s’intéresse à Jem le jeune frère de Joss dont on ne sait jusqu’à quel point il trempe dans de louches combines…

 


En bonne pâte de lectrice j’ai joué le jeu au point de ne rien chercher à deviner, de sorte que cette lecture fut très agréable.

 

Il me tarde de voir ce que Hitchcock en a fait....

 

 

 

Découvrez aussi :

 

Poussière ( Rosamond Lehmann)

 

Les Oiseaux ( Alfred Hitchcock, 1963)

 

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 09:30

 Folio 2 eurosgibier d'élevage

120P 1958.

 

 

      le grand  écrivian japonais Oe Kenzabûro, lauréat du prix Nobel de littérature en 1994 a écrit ce texte dans les années 50; cette nouvelle est l'une de ses toutes premières oeuvres, et a reçu un prix au Japon en 1958.

 

 

      Pendant la seconde guerre mondiale, dans un village retiré, un avion américain s’est écrasé dans la forêt , et les villageois ont fait prisonnier l’unique rescapé, un soldat noir et l’ont enchaîné dans une cave. Le prisonnier est signalé à la ville et l’on attend qu’un fonctionnaire surnommé «  Gratte-papier » en informe la préfecture qui doit décider de son sort.

        Ces villageois vivent de façon très rustique. Ils n’ont pas l’eau courante, ni savon, ni vêtements de rechange, se baignent dans la fontaine du village et dans la rivière en contrebas. Les enfants sont livrés à eux-mêmes et n’ont pas reçu d’éducation.

Le narrateur est un garçon de huit-dix ans qui vit avec son père et son jeune frère. Le père chasse les belettes  pour leurs peaux qu’il vend à la ville.

 

C’est l’été et les enfants ne vont plus à l’école. Le narrateur et ses amis sont pénétrés par la crainte de la présence du prisonnier noir. Pour eux ce n’est pas un « ennemi » ;ils assimilent les gens de couleur  à des animaux. Le Noir est bien plus grand et plus fort qu’aucun être humain adulte du village. Son langage, ils ne le saisissent pas comme une langue étrangère. Ils éprouvent une terreur sacrée.

Ce personnage va devenir pour les enfants un animal-dieu, un être plus ou moins sacré «  à cause de son absolue beauté ».  Les mois passent  et les adultes s’en désintéressent en attendant les ordres de la préfecture tandis que pour le narrateur et ses amis il est le principal centre d’attraction. D’inquiétant, il devient bienveillant, voire un compagnon de jeu pour les enfants, sans cesser d’avoir pour eux un caractère animal et sacré. La relation est ambigüe, mais elle évolue…

Puis les adultes interviennent à nouveau, changeant la donne.  La fin est très cruelle et ne laisse aucune illusion sur les relations humaines, «  A War of Everyone against Everyone » comme disait le philosophe  Hobbes.

Et pourtant j’ai été assez satisfaite du tout dernier événement, d’une sorte de justice sauvage perpétrée par les enfants.  

 

Le narrateur a bien le point de vue d’un enfant, privé de toute éducation, mais il s’exprime dans un langage soutenu, une prose simple mais élaborée, qui ne convient guère à sa condition sociale telle qu’il la décrit. On le suppose adulte, sorti de  la misère et de l’inculture, et relatant de façon aussi réaliste que possible un terrible souvenir d’enfance, en le plaçant dans une perspective mythique.  

Un récit remarquable de justesse et de vérité.****

 

 

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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 08:54

Washington Square

Cercle du Bibliophile,1964, 255 pages.

 

 

Ce roman est paru pourla 1ere fois en1881. Henry James est âgé de 38 ans. Peu après il fera paraître « Portrait Of A Lady », que certain disent son chef d’oeuvre.

 

 

 

A 22 ans, Catherine Sloper rencontre Morris Townsend dans une soirée. Elle a l’impression de lui plaire. Catherine n’a jamais été courtisée encore. Elle est très timide, effacée, sans charme apparent, et de l’avis de son père s’habille comme « un chien savant » autant dire qu’elle ne sait pas se mettre en valeur…Morris est le plus beau jeune homme qu’elle ait jamais vu. Elle ose presque croire au conte de fée…

 

Elle a toujours vécu dans l’ombre de son père, qu’elle admire et craint. Le docteur Sloper médecin apprécié vit dans une spacieuse maison près de Washington Square. Ce parc n’a rien de séduisant, au milieu du 19eme siècle, mais il est plein d’arbustes et d’ombres bienveillantes. Catherine a été élevée par sa tante Mrs Penniman : une dame romanesque et chimérique, tout le contraire de Catherine.

 

Aussitôt que le prétendant a fait son apparition, Mrs Penniman s’empare de l’affaire, invite le jeune homme , rêve pour Catherine de mariage secret, de rendez-vous dans le fameux square, dont elle serait l’instigatrice. Mais tout aussi bien rêve-t-elle du contraire, car les séparations ne manquent pas de charme non plus… Pour le docteur qui a tout de suite appréhendé Morris comme un coureur de dot , ce mariage ne doit pas se faire : en effet, Catherine possède une rente confortable de feue sa mère, et devrait hériter de bien plus de la part du docteur. Morris n’a pas un sou, est aventurier, beau parleur, bien de sa personne vit chez sa sœur, et ne se presse pas de trouver une situation.

Amoureuse, presque autant que sa tante, et d’une façon fort différente, Catherine va trouver là l’occasion d’affirmer, lentement mais sûrement, sa personnalité face à ces deux adultes contre qui elle apprend à se battre, son père et sa tante, et de même face à son prétendant: et ce ne sont pas des cadeaux !

On a parfois comparé Washinton Square à Eugénie Grandet : c’est bien la même histoire, mais le roman de James est plus subtil à mes yeux. Les quatre personnages principaux sont bien plus intrigants, et l’ambiguïté quant à leurs vraies motivations s’amplifie au fil du texte, et ne se résout jamais de sorte que le lecteur reste libre d’interpréter les faits. Tour à tour dramatique et drôle, jamais dépourvu de fine ironie, et même de passages ouvertement comiques.

Bien que Catherine soit l'héroïne du roman, et le conflit avec son père le sujet dominant, je ne suis pas loin de penser que Mrs Penniman dans toute sa perversité et ses contradictions est le personnage le plus réussi.

Ce roman est tout simplement remarquable.

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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 08:51

Nouvelles de la Maison Bleue

Actes sud Babel, 2004.

 

Dans un petit village hollandais deux sœurs âgées d’environ 60 ans viennent d’emménager dans la Maison Bleue où elles ont passé leur enfance. C’est pour y faire leurs adieux car elles vont vendre cette demeure…

 

Les habitants du village se souviennent de Nina et Felicia lorsqu’elles étaient jeunes et de leur père, un architectede talent, qui a conçu la fameuse Maison Bleue, ainsi que de leur mère surnommée l’Argentine, qui les a emmenées à Buenos Aires après le décès de son époux.

 

Veuve d’un ambassadeur, Felicia est une femme mondaine qui s’est toujours ennuyée dans la vie. Nina est veuve de Ramon chanteur et guitariste, qui a sillonné l’Amérique du sud avec elle etle groupe des Companeros :ces artistes étaient aussi engagés politiquement, et Nina a vécu une existence difficile et mouvementée , mais elle aimait Ramon et supportait son guérillero de fils. Les deux sœurs ne s’entendent pas…

 

Dans les environs immédiats de la Maison Bleue, deux autres femmes vivent aussi un destin problématique : Wanda Meening, jeune femme instable, mécontente de sa vie et de son couple. Nora Mount qui reste fixée à une jeunesse humiliée, et à un unique moment de bonheur qu’elle idéalise… Plusieurs drames vont se jouer dans l’espace de La Maison Bleue, commentés par la voix off, en italique, le « nous » des habitants du village qui se veulent aussi « le chœur de cette tragédie ». Je n’ai pas trouvé cette Maison aussi envoûtante que prévu .

 

Les quatre femmes ont des préoccupations bien différentes qui se rejoignent de manière un peu forcées. Le récit tend à se disperser quelque peu dans des directions diverses : les personnalités des femmes, largement représentées par leurs souvenirs passés qu'elles évoquent,  sont peut-être trop rapidement campées pour le petit nombre de pages( 183.). Pour parler sérieusement de Nora et Nina ( les plus intéressantes) il  eût fallu leur consacrer plus de texte ou peut-être mettre en place des éléments plus significatifs.

 

De sorte que je ne suis pas trop convaincue par cette composition malgré tout assez habile…

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