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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 13:33

Thu Huong Duong5

Photo de l'auteur

 

 

 

 

LP 620 pages  


Ce roman est situé dans un village du Sud-Vietnam, le Hameau de la Montagne, dans les années 80. La guerre civile est encore présente dans tous les esprits. La plupart des hommes encore jeunes de ce village l’ont vécue.

Mien une jeune femme de trente ans s’est remariée, après que son époux ait été déclaré mort et qu’un certificat de décès ait été établi. Elle a épousé en seconde noces un propriétaire terrien l’homme le plus riche de la contrée qui vit de l’exploitation de champs de caféier et poivriers. De plus, cet homme est agréable à vivre, bien éduqué, d’un physique avenant, plutôt cultivé, et lui a donné un petit garçon. Bien que femme au foyer ( les mœurs ne sont guère évoluées) elle se considère comme heureuse.

Hélas , son ancien mari soi-disant mort, revient au pays après 14 ans d’absence. On le lui avait fait épouser à 18 ans juste avant qu’il ne parte à la guerre, par convenance.

La voilà ex-veuve, et femme de deux hommes ! son ancien mari veut absolument revivre avec elle. Il est en mauvaise santé, pauvre, ne possède qu’une masure délabrée en guise de demeure. Le village le tient pour un héros de guerre, et fait pression sur elle pour qu’elle retourne avec lui, de sorte qu’elle n’ose s’opposer à la vindicte populaire.

 

C’est un roman fleuve, où l’on nous fait partager les mœurs, coutumes, la vie de ce petit bourg dominé par un régime communiste, des pratiques moyenâgeuses, et des superstitions pour la plupart.

Chaque chapitre débute par une série de considérations générales et particulières sur un sujet précis concernant la vie du village, puis se focalise sur un des personnages principaux ( surtout Mien et ses deux maris) et livre ses pensées, ses visions (en italiques,) son parcours passé et présent, ses pérégrinations, et son rôle dans la progression de l’action. L’intrigue avance petit à petit…

Un récit vraiment long avec des passages très intéressants et d’autres moins. Des pages terribles sur le jeune soldat perdu dans une guerre très meurtrière. Des passages poétiques assez bien tournés, et une description minutieuse des mœurs . Trop de sentimentalité aussi et du délayage.

 

L’ensemble vaut le détour.

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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 23:49

Pauline

Douzième tome des Rougon-Macquart, publié en 1884 juste après «  Nana » ,  Pauline est tout son contraire…

 

La famille Chanteau recueille Pauline Quenu 10 ans, orpheline d’un couple de charcutiers déjà connus des lecteurs du Bonheur des dames. Mme Chanteau présente cela comme une bonne action. En réalité, Pauline dispose d’une bonne fortune qui tranquillise cette dame, bien qu’elle n’ait pas l’intention d’y toucher : les Chanteau sont ruinés. Le mari est handicapé précocement par la goutte et n’a fait que de mauvaises affaires.

 

Pauline a pour compagnon son cousin Lazare déjà jeune homme. Comme elle est gaie de nature elle le distrait de ses tristes pensées. En effet Lazare est tourmenté par l’angoisse de mort, lecteur de Schopenhauer, souvent nihiliste, de caractère instable.

Les Chanteau vivent à Bonneville un petit village perdu sur la côte normande, souvent battu par les tempêtes.

Le temps passe et Lazare se lance touts les trois mois dans une occupation différente, vite abandonnée. Tour à tour il veut devenir médecin, puis compose de la musique, enfin exploite chimiquement le varech, fait construire un barrage pour retenir la mer lors des tempêtes… ces dernières occupations avec l’argent de sa cousine.

On prend l’habitude de  puiser dans la fortune de Pauline, même pour les dépenses courantes.

En grandissant, elle a l’espoir d’épouser son cousin qui lui plaît. Mais survient Louise, une voisine qui se révèle être  une rivale….

 

 

Ce roman est particulièrement éprouvant, et, je partage l’opinion de ceux qui ont vu dans le titre « la joie de vivre » un sous-entendu ironique. En effet, ce n’est que malheur et misère que l’auteur nous décrit : le père Chanteau ne fait que souffrir abominablement de la goutte du début à la fin du roman, et comme il survit à tout, cette souffrance rappelée à chaque page nous accompagne sans relâche. Lazare souffre moralement et gâche tout ce qu’il entreprend, la maîtresse de maison meurt dans d’horrible souffrance ; nous avons encore la maladie de Pauline, un accouchement difficile et fort long, la misère des villageois abondamment décrite, leurs maisons périodiquement détruite par la mer, sans compter le suicide de la servante… et le médecin Cazenove, qui assiste à tous ces malheurs en déclarant qu’il ne peut rien faire.

Et nous avons  Pauline, l’incorrigible optimiste qui semble être la bonté même, abandonne ses rentes à tout le monde, la famille, les miséreux du village, et sacrifie son bonheur à Lazare.

En y regardant de plus près, on voit que Pauline, recueillie par Mme Chanteau par intérêt et n’y pouvant rien, en donnant son bien ne fait qu’anticiper une spoliation qui aurait lieu de toute manière. Lorsqu’elle a grandi et pourrait quitter la famille, que le docteur Cazenove lui propose un établissement plus prudent, il est déjà trop tard. Elle s’est engagée dans un processus, et surtout fabriqué une identité de femme généreuse et sublime dans ses sacrifices à laquelle elle ne peut renoncer sans danger pour sa propre image d’elle-même.

Sa manière de sacrifier son bonheur en mariant Lazare avec sa rivale, n’est là encore qu’une façon de sauver son honneur, car elle se rend bien compte que le jeune homme lui a échappé, et que s’il l’épousait elle, il ne renoncerait pas à l’autre…

Bref, à mes yeux, Pauline ne fait que se tirer d’affaire au mieux, dans  une situation fort délicate.

Zola a décrit plutôt bien ses manœuvres avisées, la cupidité et l’hypocrisie effrayante de sa tante, le personnage ombrageux de Lazare, l’omniprésence de la mer, même les animaux sont bien observés, le chien fidèle qui ressemble à Pauline et la chatte maniérée,  version animale de Louise.

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 11:06

Le Souffle de l'ogre

Sept vient  d’échapper à la mort ; son père a trucidé tous ses frères et sœurs (sauf Un chétif contrefait, pas intéressant) , qui va vendre leur viande au boucher et leurs cheveux au barbier. Les deux frères se réfugient chez la femme de l’ogre , et s’enfuient de justesse avant de servir d’entremets.


A force de courir le pays, ils rencontrent d’autres fuyards avec qui ils font route. Felipe le Chat, conteur de comptine et sniffeur de coca, qui a fui le château du marquis de Caramba, suite à une histoire de famille compliquée, Blanche que sa belle-mère jalouse recherche pour la tuer.

 

L’infante déguisée en âne qui a fauché compagnie à son incestueux de père et se déplace avec des livres une carte et une boussole… tous veulent gagner le port et embarquer sur un navire loin de ces contrées troublées où  Messire Desfossés et Lord Manor pères respectifs des deux jeunes filles et  chefs sanguinaires se livrent une guerre sans merci où  succombent les populations civiles…

 

Un Moyen-Age de fantaisie, des personnages de conte de fées bien connus, mais recréés de façon convaincante

Plusieurs sont vraiment bons : Felipe le Chat le gentilhomme qui cause en comptines et sniffe de la cocaïne, L’infante déguisée en âne qui fuit son père, avec ses cartes et sa boussole, le héros Sept, plus traditionnel, mais auquel on s’attache.

Travaillé au niveau du vocabulaire ( langage moyenâgeux et invention verbale bien conduits), humour pas trop lourd.  

 

Road-movie, ambiance , roman d’apprentissage, humoristique, parodie de plusieurs contes de fées...

J’ai goûté un exercice de style réussi, et qui tient la longueur ( 297 pages, on ne s’ennuie pas !)

Ce n’est  pas un roman policier ni même un roman noir, en dépit de la collection dans laquelle il est sorti...

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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 09:15

Zola page d'amour

 Le Livre de poche, 1961 

 

 


 

 

Huitième volume de la série des Rougon-Macquart, publié en 1878, Une Page d’amour est sans doute le moins connu.

Mérite-t-il ce passage aux oubliettes ?

 

Hélène Grandjean, l’héroïne est la fille d’Ursule Macquart ( pour ceux qui ont lu la Fortune des Rougon).

En 1853, c’est une jeune veuve de trente ans elle vit à Paris dans le quartier de Passy, un appartement spacieux, avec Jeanne sa fillette de presque douze ans.

Le récit s’ouvre sur Jeanne atteinte de convulsions en pleine nuit ; sa mère fait alors connaissance avec le docteur Henri Deberle venu pour soigner l’enfant. Ce docteur est le premier homme pour lequel Hélène va éprouver le sentiment amoureux. Son époux n’était pas désagréable, mais elle ne le prenait guère au sérieux. Jeanne, qui a eu le temps de connaître son père n’y fera jamais allusion.

 

En fait,  Hélène et sa fille vivent une relation fusionnelle, ne se quittent jamais, vivent cloîtrés, ne rencontrent que l’abbé et son frère qui viennent diner une fois la semaine. Elles n’ont d’autres occupations que les travaux d’aiguille, et la contemplation de Paris par la fenêtre de leur pièce principale. La fillette ne fréquente pas d’école, n’étudie rien, parce qu’elle est en mauvaise santé, et cette oisiveté ainsi que l’enfermement, aggravent son état.

 

On la dit atteinte d’une névrose chloro-anémique, soit un état mélancolique avec un cortège de symptôme physiques variés et inquiétants, bien ciblés pour attirer le docteur, que Jeanne pourtant hait, car elle devine qu’il intéresse sa mère.

 

Hélène et elle vont se risquer dehors, dans le jardin du docteur. L’auteur a enfin l’occasion de faire un peu de critique sociale à l’encontre de Juliette Deberle la femme du docteur, frivole très enfant, qui donne des réceptions court les bonnes œuvres, bavarde à propos d’articles de mode, s’entiche mollement d’un jeune homme fat le « petit Malignon » , toujours flanquée de Pauline sa jeune sœur godiche à marier.  Tout ce monde ne divertit guère Hélène et sa fille qui retournent à leur fenêtre assister aux coucher levers de soleil( flamboyants) à la pluie et aux brumes qui embellissent les monuments parisiens, dans le meilleur goût impressionniste.

Aujourd’hui, elles contempleraient d’autres fenêtres, la télé, en ouvriraient mille autres sur Internet, et Jeanne serait accro aux jeux vidéo… ce qui ne changerait sûrement pas grand-chose à leur mal de vivre…

 

J’ai presque tout dit. Le sentiment amoureux ne va pas s’épanouir, on le sent, chez Hélène, et une situation quasi vaudevillesque est créée qui ressemble peu à cette héroïne si timide.

Zola n’explore aucun milieu socio-économique dans ce roman. Le portrait de Jeanne est celui d’une fillette qui dépérit, par absence de socialisation,  et d’acquisitions culturelles, coincée qu’elle est toujours dans l’attente de sa mère. Un personnage pitoyable et qui rend triste.

Les portrait des personnages secondaires sont assez bien enlevés, on peut citer celui de la mère Fétu, une vieille dame miséreuse, qui voudrait intriguer.

Sur 435 pages, j’en ai passé au moins cinquante…

 

Un Zola en tout cas très très noir, une situation qui va toujours vers le pire, sans évolution…

 

mon exemplaire  est vieux, vous trouverez plus sûrement ces couvertures :

 


Page d'amour 3Page d'amour 4

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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 09:44

Un brillant avenir


Folio, 366 pages.

 

L’auteur nous raconte la vie d’Elena Tiberescu, née vers 1938 en Bessarabie ;elle a le souvenir d’une vie calme a la campagne et d’une belle jeune femme qui aurait été sa mère… peu après, elle doit émigrer chez sa tante et sa grand-mère en Roumanie ; sa vie ne sera qu’une longue suite de déracinements.

 

Même après son établissement aux USA, l’instabilité et la crainte demeurent. Elena , devenue Helen aux Etats Unis, reste marqué par plusieurs traumatismes. Elle ne saura jamais vraiment qui sont ses parents biologiques. Sa vie en Roumanie sous le régime de Ceausescu, ayant choisi un compagnon juif, est une épreuve.  

 

Le brillant avenir est un titre à la fois grave et  ironique, concernant une femme pas très heureuse en dépit de réussites spectaculaires ( ses études brillantes, son poste prestigieux, la réussite remarquable de son fils, la descendance pleine de promesse, la belle-fille idem…réussite qui se confirme d’un point de vue conjugal ( chacune trouve et épouse l’homme de sa vie !)

 

 

La vie de cette femme nous est racontée en trois récits alternés suivant trois périodes de sa vie.

 

1 Le troisième âge avec un événement dramatique qui ouvre le livre : cette ouverture est bien réussie et accroche le lecteur.

 

2 la jeunesse et une partie de l’âge mûr, couvrant les déménagements et arrachements successifs d’Elena,  jusqu’à son départ pour les USA , avec un mari et un fils.

 

3 Le troisième  récit est consacré aux  relations conflictuelles et enrichissantes qu’Elena (devenue Helen en s’américanisant) entretient avec sa belle fille française, Marie, deuxième personnage important du roman. Cette partie est la meilleure, les confrontations entre les deux femmes dynamise un récit qui, ailleurs, quoique bien conduit, reste un peu conformiste.

 

Certains passages sont excellents notamment la visite faite à ses grands-parents roumains par Alex et son amie Marie, le point de vue de la jeune française et celui des personnes âgées sur la  Roumanie est intéressant.

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 12:52

Qui comme Ulysse

Edtions  Anne Carrière

 

 

J’ai lu “Un éléphant de Pattaya” ; “une incartade” ; “ Qui comme Ulysse” ; “ Le Voyage vers le frère”; “ La Marche dans le désert” ;  “ La Route de la soie” ; “ Confiteria Ideal”;  “ La Partie des petits saints”; et la première nouvelle ( j’ai oublié le titre) donc j’en  ai  lu 9 c’est suffisant pour se faire une idée c’est plus que la moitié.

 

Flipo connaît les ficelles du métier : il réussit à entraîner son lecteur  à sa suite même lorsque celui-ci trouve le propos un peu agaçant. Mais le savoir-faire n’est pas tout. 

 

La Marche dans le désert souffre d' invraisemblances : l’atmosphère d’inquiétude que l’on devrait éprouver n’a pas le temps de s’installer. Le patron de l’entreprise d’accessoires de table s’éloigne du groupe pour aller pisser, c’est bien trop vite qu’il conclut l’avoir fait exprès pour se suicider, et qu’il veut rédiger un testament et se résigne à la mort. On n’y croit pas. Parce qu’il y a trop de grands mots, trop de renseignements sur ce monsieur. On y croirait davantage si aucune indication n’était donnée sur sa vie antérieure et sur son état d’esprit.

 

Le Voyage vers le frère :cet homme part dans la montagne enterrer son  supposé frère jumeau qu'il ne connaissait pas avant d'apprendre  son décès. Il va s'enliser dans la neige et s'allonger dans le cercueil qu'il trouve vide. 

Le propos est ambitieux!  Mais je n'ai pas ressenti d'angoisse, ni même d'anxiété. Je n'ai pas eu froid !

Finalement, " Les Neiges du Kilimandjaro", petit tube sans prétention, est beaucoup plus réussi.

 

Confiteria ideal : c’est l’histoire d’un garçon qui veut épater des jeunes filles lesquelles veulent aussi le bluffer ; seules, elles  y réussissent. L’histoire est banale, elle l’est d’autant plus que c’est présenté sans mystère.

 

Dans la Partie des petits saints,  l'auteur tente de filer une métaphore d’une façon appliquée :comparer le temps à un câble, que l’on perçoit diversement selon les cas. C’est un peu lourd…. On s’attend à ce qui va arriver ; il va perdre aux échecs contre un modeste cafetier mystique… les mots non plus n’étonnent ni ne ravissent.

 

J’ai cité les meilleures des nouvelles , il y a aussi la Route de la soie, peut-être la meilleure .

 

un Eléphant de Pattaya "tout comme  "Une incartade" cèdent à une critique sociale grossière et caricaturale. J'ai pensé à un écrivain tel que Lydie Salvayre. Elle aussi,cède à la caricature dès son deuxième roman, et  je ne la lis plus.

 

Plusieurs nouvelles sont situées en Amérique latine mais on n’arrive pas à croire que l’on y est vraiment ! l'auteur nous transporte dans divers endroits et nous en retire trop vite pour que l’on y croie. L’homme qui cuisine des empenadas, au lieu d’écrire, nous met l’eau à la bouche, mais son problème d’écriture n’est pas bien exposé.

 

La Route de la soie est une nouvelle plus convaincante. Parce que l’homme ne voyage pas justement !  Et l’on ne se dit pas « nous sommes dans tel pays sans ressentir de dépaysement ».Derrière son ordinateur, on ne ressent rien de spécial et cela n'étonne pas...

 

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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 23:52

invisible

Actes sud mars 2010, 291 pages.

 

    Adam Walker, vingt ans, étudiant à l’université de Columbia, rencontre au cours d’une soirée où il s’ennuie, Rudolf Born et son amie Margot, Ils sont trentenaires, Rudolf est déjà professeur, Margot énigmatique femme en noir est sa compagne.

 

Adam étudie la poésie des troubadours provençaux du Moyen-âge et trouve intéressant voire révélateur, que l’homme porte le même nom qu’un de ces poètes,  Bertrand de Born.

 

     Mais Bertrand de Born n’était pas un poète du  fin’amor : c’est la guerre qu’il chantait. Dante l’a envoyé en enfer, dans l’un des Cercles les plus douloureux.

De fait, Rudolf Born, pendant cette soirée, professe des idées d’extrême-droite, qui ne peuvent que choquer le jeune Adam…

 

     A la fin de la soirée, pourtant, l’étudiant et le jeune professeur se sont si bien entendus que Rudolf a proposé à Adam de lui assurer son avenir, en finançant un magazine dont il serait le rédacteur en chef. Deux jours se passent, il lui a signé un gros chèque et il s’efface opportunément à Paris, tandis que Margot lui offre son corps et ses repas succulents…

 

 

Qu’est-ce qu’ils me veulent ?  pense Adam, dans ses instants de lucidité.

 

Rudolf sait trop de choses sur lui ! À quoi doit-il sa bonne fortune, et comment pourrait-elle durer ?

 

Il  est tombé sur un individu à priori animé d’excellentes intentions à son égard mais énigmatique et  qui se révèle l’une des pires rencontres que l’on puisse faire...

 

 

 

 

Ce récit date de 1967. Trente ans plus tard Adam est au bord de la tombe,  et c’est Jim l’un de ses ancien congénères de Columbia, qui vient  de recevoir son texte.  Avant de mourir,  Adam veut écrire le récit de sa vie, pendant cette année 67 qui décida de toute son existence ultérieure. A son ami, il lègue son premier récit et deux autres, le second écrit à la deuxième personne, le troisième conté par un narrateur omniscient, comme si Adam devait prendre du recul face à des événements éprouvants. Ecrit à la va-vite, car il n'a plus le temps....

 

 

 

 

 

Ce roman est typique d’Auster. On y retrouve ses thèmes favoris, pour commencer le problème de l’antisémitisme.

Adam est juif, et ce titre «  Invisible » c’est son sentiment de devoir se dissimuler.  Sa famille portait un nom polonais imprononçable qui a été anglicisé en « Adam Walker » (idem pour Sid dans La Nuit de l’oracle).

L’un des personnages de cette Nuit, se dissimulait dans un abri anti-nucléaire...dont il ne sortait pas, car Sid ne savait pas comment continuer l"histoire.

 

Ici, guidé si j'ose dire ! par l'invisibilité du titre, nous attendons que plusieurs personnages se rendent invisibles, dissimulant leur véritables personnalité, leurs sentiments, leurs actions leurs motivations.

 

C’est vrai surtout de Born, mais les autres vont se révéler plutôt transparents.

 

 

La pluralité de narrateurs-personnages apporte au roman une apparence de complexité. Ici, nous en avons trois : Jim est en train de lire  le récit d’Adam, qu’au début nous croyons être seulement de lui ; on apprend progressivement à quel point Jim peut et doit l’avoir transformé....

 

Deux écrivains amis, dont l’un recueille le récit de l’autre qui ne peut aller plus loin,  va le mettre en forme, et se faire un devoir de  poursuivre des investigations pour mieux comprendre cette existence qui s'offre à lui : c’est aussi plus ou moins l’intrigue de Léviathan qui est ici reprise. Jim devient une sorte de double d’Adam, et nous allons bientôt comprendre que les textes que nous lisons sont à la fois les siens et ceux d’Adam à qui il aura servi de «  nègre » littéraire, volontairement et par amitié.

 Jim devient narrateur à son tour pour raconter sa réception du récit, les événements qui suivirent, ses recherches ultérieures.

Un troisième narrateur intervient, Cécile, qui clôt l’ouvrage …

 

Ces récits à plusieurs voix  sont fréquents chez Auster.

 

A quoi servent-il dans ce cas ? N’aurait-ce pas été plus simple de donner le récit d’Adam et celui de Cécile, et, pour que nous ayons la version de cette femme,  de faire se retrouver Adam et Cécile ?

 

Encore que la version de Cécile n'étonne pas le lecteur, qui avait compris depuis longtemps le personnage de Born. Et ce qui arrive à Cécile aurait pu tout aussi bien arriver à Adam...!

 

Bref, Auster aurait pu se borner à relater le récit d'Adam, l'année 1967, puis le retrouver plus tard pour une ultime confrontation peut-être plus décisive que celle qui oppose la narratrice Cécile à Rudolf Born. Cécile reste un personnage secondaire dont on n'attend pas grand chose. Je ne vois pas l'intérêt d'avoir rendu Adam incapable de continuer sa narration.  Le fait que sa soeur nie une partie de son récit la concernant ne m'a pas intéressée non plus. Cette soeur, belle, brillante, surdouée, nous-dit-on,  n'a rien de surprenant dans les mots...

 

D'autres personnages ne tiennent pas leur promesse, notamment Margot, qui s'avère n'être rien de plus que ce qu'elle paraissait au départ...

 

 

Auster cherche à déconcerter le lecteur.

Ce n'est pas nouveau, et l'on aime bien qu'il nous "perde" ainsi.Si  le jeu en vaut la chandelle... je ne suis pas sûre que ce soit le cas dans ce nouvel opus.

 

 

Le thème de l’inceste,  je ne me souviens pas de l’avoir déjà rencontré chez Auster ( mais je suis loin d’avoir tout lu de lui). Remarquons aussi les descriptions d’actes sexuels frénétiques, et l’importance qu’Adam accorde à la sexualité.  Ces descriptions ne sont pas ce que j’ai préféré dans le roman ; je ne les ai pas trouvées originales. Peut-être n'est-ce qu'un début, et allons nous découvrir un Auster plongeant dans l'érotisme, sur le tard. Je doute qu'il y excelle...

 

 

 

 

 

Narration, description et dialogues sont pourtant bien équilibrés.

Les parties plus anecdotiques du récit concernant la vie quotidienne des personnages sont étonnamment justes. Notamment, j’ai aimé la façon dont Adam Walker relate son expérience de magasinier dans une bibliothèque universitaire. Pour  avoir connu moi-même une pratique similaire, je ne peux que saluer la remarquable pertinence du propos.

 

Dans  l’ensemble ce roman est  mieux construit   que «  Seul dans le noir », plus cohérent, dans la mesure où le fil conducteur est le personnage  de Rudolf Born, fil qui n’est jamais perdu de vue.

 

Bonus!  trois extraits d'Auster façon érotique :

 

1) Margot dévêtue révélait sa minceur presque sa maigreur, de petits seins d'allure adolescente, des hanches menues, et des bras et jambes nerveux.Une bouche pulpeuse, un ventre plat au nombril légèrement protubérant, des mains tendres, un buisson touffu, des fesses solides et une peu d'une blancheur extrême... Margot était si au fait de l'art de mordiller, de lécher et d'embrasser, si peu réticente à m'explorer des mains et de la langue, à attaquer, à se pâmer, à se donner sans coquetterie ni hésitation qu'il ne me fallut pas longtemps pour me laisser aller.

 

 

 

2) Gwyn la soeur d'Adam déclare : j'adore le corps des hommes, et j'éprouve une affection particulière pour cette chose qu'ils ont que les corps féminins n'ont pas. Etre avec une femme est assez agréable, mais ça n'a pas la force d'une bonne vieille culbute hétéro à l'ancienne.

 

3) ... elle trouve fascinante la toison qui est apparue sur ta poitrine et considère avec un intérêt inlassable la mutabilité de ton pénis : membre inerte et ballottant tel que le décrivent les manuels de biologie, titan phallique dressé de toute sa taille à l'acmé de la bandaison, petit être rétréci et épuisé lors de la retraite post-coïtale. Elle qualifie ta bite de spectacle de variété... emportée par la monte de l'orgasme, elle a tendance , toutefois, à revenir aux utilités contemporaines, recourant pour exprimer ce qu'elle ressent aux mots les plus simples et les plus crus du lexique. Con, chatte, baise. Baise-moi, Adam. Encore et encore... pendant un mois entier tu vis en captif de ce mot, prisonnier volontaire de ce mot, incarnation de ce mot.

 

 

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 23:44

la petite cloche au son grêle

 

Un premier roman très apprécié dans la blogosphère.

 

 

Je l’ai donc emprunté par curiosité, comme Sukwann Island. Je savais que c’était l’histoire d’un jeune garçon qui se met à lire Proust, et en voit son existence bouleversée.

 

 

   Seulement la "Recherche" ne s’intitule pas « la petite madeleine au goût  suave » ou quelque chose de ce genre….

 

Il s’agit d’un petit roman d’apprentissage. Le narrateur a treize ans, il  vit dans un petit patelin dans le nord de la France. Son père tient un café-bar sur la Nationale. Sa mère s’ennuie, et le soir elle lit des livres à son fils unique, regrettant qu’il ne lise pas lui-même et qu’il fasse tellement de fautes dans ses rédacs. Elle voudrait que son fils soit un poète ou un écrivain, pas un cafetier.

Le père sait cela, mais il ne se fâche même pas de ce mépris !

Ce qui est invraisemblable....

Tout le monde s’aime dans ce récit…aucun conflit sérieux n'est mis en scène.

 

Le garçon va bientôt se mettre à lire : Une femme qui lui plaît et qu’il contemple tapi dans un buisson près de son jardin, a oublié son livre dans l’herbe. Il s’en saisit et commence à lire. C’est la Recherche, donc il lira la Recherche…

Sa mère s’y met, son père aussi. Tout le village va être au courant, et jouer du Proust…

 

Ce récit n’évoque pas du tout Proust, mais plutôt la Petite gorgée de bière de Philippe Delerm.

 

Ces nouvelles semblables à des rédacs de collège, étaient du même tonneau, avec la même tonalité mièvre, rendait le même son désuet d’une France profonde improbable et dépourvue de connexion d’avec le monde réel. Ce roman ressemble à une image d’Epinal, ou à une image pieuse…

 

Honnêtement,  je ne comprends pas que ce roman ait charmé  tant de lecteurs...

 

 

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3 avril 2010 6 03 /04 /avril /2010 23:35

le Renoncement

Année de publication :2002

Edition :Gallimard, 2002


Le narrateur évoque et relate une liaison qu'il a eue huit ans auparavant pendant neuf mois environ. Il était étudiant en lettres,  venait de la province, y avait laissé un père alcoolique, un milieu social modeste. Auprès de ses condisciples, il passait pour naïf et un peu démodé.

C'est dans ces conditions qu'il commence à fréquenter Catherine, vendeuse dans un grand magasin, divorcée, isolée elle aussi. âgée de 47 ans (Il en a 22.).   Ce couple n'ose  pas s'afficher réellement à cause de la différence d'âge.

Il consent à cette liaison plutôt qu'il ne la goûte. Catherine lui paraît l'initiation obligée avec la femme mûre, et elle «  fait jeune ».Le rassure parce qu'elle n'a pas de culture (« Ma littérature l'impressionnait »).L'ennuie aussi («  le plus souvent, nous restions assis l'un en face de l'autre sans rien avoir à nous dire »).


Progressivement, il s'aperçoit qu'il sort avec Catherine parce qu'il se sent une dette envers ses parents pauvres et laissés en province, et qu'il ne s'autorise pas de relation  avec une femme jeune et plus proche de ses goûts intellectuels.

Pourtant cette dette ne fait que grandir : En effet, Catherine se croit enceinte mais  ce sont les premiers effets de la  ménopause.  Bientôt, elle tombe en dépression, veut rompre  et il ne la retient pas.

D'autre part son père meurt  avec lequel il n'avait jamais eu beaucoup de contacts...

Il prend un travail en province dans un bureau, abandonnant toute prétention intellectuelle, et sort avec une femme de son âge, et de son milieu universitaire, se met en ménage avec elle....


C'est un récit qui parle essentiellement de la culpabilité et de l'insatisfaction qu'elle engendre. Le narrateur n'est pas très heureux avec Catherine. Lorsque la liaison cesse, il se reproche son attitude envers elle (qui, aux yeux du lecteur n'a rien de répréhensible).

Au lieu de se consacrer à la littérature qu'il aime, il s'en dégoûte, et va travailler dans un bureau se faire humilier des années durant par un petit chef.

Quand à sa nouvelle amie, il la supporte avec beaucoup de réserves. Leur rencontre : «  Une attirance physique, l'envie de rompre ma solitude, le besoin de changer de vie. Il n'est pas rare de voir des célibataires, lassés des aventures ou de l'abstinence, prêts à prostituer leurs goûts, leurs convictions, et à troquer leur solitude contre une compagnie médiocre ».Il est mécontent de son bonheur, de son confort matériel, de l'enfant à venir, tout cela l'écoeure.

Timidement pourtant, il renoue avec la littérature, pour écrire sur Catherine, certes et s'accuser, mais pour écrire tout de même.

Moraliste : c'est un roman d'analyse psychologique. L'auteur se réfère à  «  Adolphe «  et Benjamin Constant.  Il croit avoir vécu à peu près la même histoire. De nombreuses sentences parsèment le texte :

«  Le bonheur montré et cette sorte de suffisance béate qui l ‘accompagne, m'a toujours semblé de loin, plus que n'importe quel aveu, impudique, parce que cette joie, surtout, démesurée à mon sens, exprimait le vide de sa vie, son absence de projets personnels, son incapacité à profiter d'une certaine liberté ».

 Cependant, le malheureux narrateur  souffre du même vide que ceux qui affichent leur bonheur d'une façon obscène.

Une telle sentence signe surtout le choix d'un style d'écriture, qui peut sembler désuet mais ne manque pas de qualités.

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 23:58

passion simple

 

 

Gallimard, 1991.


En exergue «  Nous deux le magazine est plus obscène que Sade »


La passion décrite par Annie Ernaux ne ressemble ni à Nous Deux ni à Sade. Elle se rapproche d'une vue cartésienne.


Elle évite le mot amour. Chaque fois que l'on a un sérieux penchant, on invoque l'amour plutôt que la passion, terme délibérément philosophique qui s'emploie dans les traités. Annie Ernaux prend donc le recul avec son sujet. Une fois, elle substitue le mot « obsession » à passion.


Les faits qui l'inspirent ont duré de « à partir du mois de septembre l'année dernière » à «  cet été » au moment où pour la première fois, elle verra «  en flou », un film classé X.

A vrai dire je me suis demandé si «  cet été » n'était pas  antérieur au 9 février 91, date qui termine le livre.


Le ton est volontairement neutre. On note que l'objet de cette passion était nettement moins exigeant qu'elle d'un point de vue intellectuel et qu'elle en prit facilement son parti allant jusqu'à régresser dans ses options personnelles. 

» il n'est pas attiré par les choses intellectuelles et artistiques malgré le respect qu'elles lui inspirent ».

Autrement dit, si elle avait vécu avec lui, elle eût été fort malheureuse. Comment vivre avec quelqu'un qui n'a pas les mêmes valeurs, les mêmes priorités ?


 C'est une bonne chose qu'elle l'ait eue comme amant et rien de plus...

Mais ce n'est pas facile non plus. La passion rend bête et fait délirer .


Exemple :

- Elle fait la liste des activités qu'elle doit faire ou ne pas faire le concernant :


- Elle fréquente les cartomanciennes et redevient très superstitieuse.

- Tout ce qu'elle lit sur les relations entre couple concerne son ami et elle.

- Elle ne fait qu'attendre sa venue ou un appel de lui.

 


« Où est le présent ? »


Cette interrogation qui la taraude «  avant/après, toujours attendre, « où est le présent » n'est pas spécifique à la passion...

Elle compare les rencontres faites avec lui à des épreuves .

Le nombre de jours sans nouvelles de lui amène la crainte d'être recalée.


«  Vivre cette passion comme j'aurais écrit un livre : la même nécessité de réussir chaque scène, le même souci de tous les détails » ;

Cette phrase me semble très importante !


J'ai écrit plus haut qu'Annie Ernaux évite le mot amour et par suite le romanesque ; et même en quelque sorte le récit : elle décrit plus qu'elle ne narre. Par cette narration, elle donne l'impression de décrire en utilisant le style du constat, une voix sans timbre.


En dépit du recul qu'elle prend, et de la détermination d'observer froidement les faits, elle manifeste toujours son désarroi.

Cela se sent à l'absence de sentences, de discours, de conclusion, de métalangage...

C'est surtout parce qu'elle se garde du mot amour que tous les « passionnés » revendiquent ; elle ne s'est pas crue amoureuse.


«  Je ne savais pas de quelle nature était sa relation avec moi... » Elle suppose qu'il éprouve la même chose et après quelques temps conclut qu'il vient seulement pour satisfaire un désir sexuel. «  la seule vérité incontestable était visible en regardant son sexe ».


Il est "étranger"par la nationalité et la langue, mais cette manière de dire est une métonymie : l'objet d'une passion nous est toujours étranger et l'autre est toujours un étranger, attirant ou non.


S'il était français elle comprendrait assez vite qu'il a plusieurs manières de parler français et que la sienne lui échappe de toutes manières.


Page 60, un indice de chronologie apparaît «  Deux mois après le départ de A. elle a commencé à raconter «  à partir du mois de septembre ...ensuite p 69 c'était le moment où elle allait vivre la fin de sa passion. Cela signifie vire d'espérance lorsqu' n'y en a plus ( toujours très superstitieux) lui envoyer une carte postale en allant dans un pays étranger  et s'y rendre rien que pour cela.

 P 66 «  Maintenant c'est avril «  elle fait un progrès dans le deuil. «  Il m'arrive de me réveiller sans que la pensée d'A. ne vienne aussitôt «  Nous sommes au présent de la narration. Elle cherche toutefois « quelque chose d'impérissable  que ne donnent pas les souvenirs ».  


Relisant ce qu'elle a écrit sur sa passion, elle en éprouve de la honte. Inquiétude des jugements de valeurs normalisantes du monde qui va la lire.


Donc 4 moments : Février 91; Avril 91; Printemps 89, et ce mois de septembre 1988.

Elle le revoit ce n'et pas le même. Et c'est la dernière fois pense-t-elle. Même si ce n'était pas la dernière cela ne changerait rien...


Intérêt des notations hétéroclites opposant deux réalités de registres différents et d'importance différentes

«  J'ai voulu apprendre sa langue ; J'ai conservé sans le laver un verre où il avait bu. »


Tout le livre est dans ce type d'opposition, également le décalage entre le sujet et la manière de le traiter.


Donc ce serait plut tôt une sorte de documentaire sur la passion entre le récit et le document. Certains diront «  l'autopsie d'une passion »


La conclusion peut sembler déroutante : Annie Ernaux fait l'apologie de la passion. c'est, dit-elle, un luxe. Elle se serait approchée de la limite qui la sépare de l'autre. Au point d'imaginer la franchir (mais jamais plus on ne méconnait davantage l'autre que dans la passion).


«  Absence de dignité » dit-elle  dans la passion.


«  ce que son existence m'a apporté ; le souvenir que l'on garde d'une passion ce sont de furtifs moments érotiques, des images de ce genre, des sensations-images. Il n'en reste jamais rien d'autre.

Le « don « dont elle parle n'existe pas dans la passion. Les souvenirs si vifs soient-ils n'ont aucune signification.


Le souvenir d'une passion ( si l'on a écrit en « direct » ce que l'on vivait ) est désastreux. C'est tout ce temps passé à l'autel d'un autre qui n'existait pas, ce sont toutes ces phrases répétitives, témoins d'une obsession amoureuse de tous les instants. Certes, elle a bien noté ces faits, mais avec recul. Elle aurait dû dire qu'au jour le jour, si ça s'écrivait, c'était beaucoup plus insensé plus vil, plus bas plus stupide. Elle a de la chance si les passions lui rapportent quelque chose lui montrent de quoi elle est capable. Lui permettent de mesurer le temps de tout son corps. Les souvenirs qui en restent peuvent paraître précis et durs s'ils se rapportent à un être qui a cessé de nous intéresser.

 

Un livre d'une intelligence aiguë.


 

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