Après la mort de Gerald Candless, romancier célèbre sa femme Ursula se sent soulagée. Geradl lui menait la vie dure. Il ne l'avait épousée que pour avoir des
enfants et la calomniait auprès d'eux. Avec ses deux filles, Sarah et Hope, il formait un trio inséparable dans lequel la mère n'avait pas sa place. Dépossédée de ses enfants, Ursula
peut-elle les regagner ?
Sarah la plus âgée des deux filles est pressentie pour écrire la biographie de son père. Elle se rend dans sa famille qu'il ne fréquentait pas, et découvre
que le vrai Gerald Candless ne saurait être son père. Déconcertée, elle mène une enquête pour savoir la vérité, embauche un étudiant, descendant des Candless, pour faire des recherches. Ils
lisent les romans de « Gerald » supposés autobiographiques. Pourquoi avait-il fait imprimer sur ses couvertures de livres une phalène noire ?
Dans l'ensemble c'est un bon roman la plupart des personnages sont intéressants, le père les deux filles, et même les second rôles tels que Jason l'étudiant
et sa grand-mère Thague,qui participent à l'enquête, ou encore David l'ami avec lequel Sarah entretient une curieuse relation amoureuse. On s'intéresse aux intrigues secondaires bien
intégrées à la principale. l'arrière-plan social est réaliste.
Le roman relance l'intérêt grâce à de bonnes trouvailles, comme ce « jeu de mains » qui fut choisi pour le titre français, ce jeu que Gerald pratiquait
avec ses filles, jeu apparemment incompréhensible, rite de passage, à signification symbolique. Si un étranger comprend de quoi il retourne il est intégré au trio ; or, le
lecteur ne saisit pas avant longtemps...
Un certain délayage nuit pourtant au roman. L'histoire d'amour d'Ursula est un peu trop convenue et gagnerait à être coupée de moitié. Les quarante pages finales
qui achèvent de nous livrer la clef de l'énigme sont interminables d'autant que nous avions compris déjà ce qui était en jeu. Condensées en dix, ces quarante pages auraient pu être
intéressantes.
Les meilleurs roman de Rendell décidément sont ceux qui ne dépassent pas les 350 pages en français.
Denoël (D'ailleurs) 2008, 262 pages. traduit du canadien.
C'est l'histoire de Bassam, à Beyrouth au début des années 80. Lui et son ami Georges finissent leur adolescence dans une ville en guerre où des bombes éclatent
tous les jours. Ils n'ont jamais connu que la guerre, laquelle leur a pris une grande partie de leur famille.
Lorsque tout le monde se réfugie dans les abris souterrains, Bassam reste sur place « Moi, je refusais de descendre. Héritier d'une longue lignée de
vaillants guerriers, je ne voulais mourir qu'à l'air libre, debout sur la terre aux boues fertiles, la chanson du vent à mes oreilles ! »
Il aurait pu chanter « Let Me die in my footspteps before I go down under the ground », mais de la radio de sa mère ne s'échappent que les
trilles de Faïrouz « cette pleurnicheuse qui fait de ma vie un lugubre enfer »
Dans un monde sans foi ni loi, Georges et Bassam ont versé dans la délinquance pour survivre et profiter de leur jeunesse. La guerre, c'est aussi la
fête et des jeux d'autant plus dangereux, que la mort rôde partout. Georges est surnommé De Niro : il organise des soirées délirantes où chaque participant se tire dans la tempe avec
un revolver à barillet.
Par ailleurs les deux jeunes gens travaillent pour presque rien, Georges au casino, et Bassam au port à décharger des navires. Pour gagner un peu plus, ils
détournent de l'argent, vendent du mauvais whisky à Beyrouth Ouest... Georges cherche à s'engager dans la Milice chrétienne et Bassam voudrait fuir à l'étranger.
Ce roman distille un réalisme très bien venu qui donne l'exacte mesure du désarroi et de la révolte des jeunes dans une ville en guerre. Ce
pourrait être n'importe quelle ville...
Par ailleurs la dernière partie est fort intéressante : le contact du jeune homme avec une ville en état de paix sociale ( Paris) et ses réactions de jeune
traumatisé par la guerre, toujours sur la défensive, mais essayant d'idéaliser son appréhension à l'aide de souvenirs de leçons d'hisoire sur la France, cette partie est d'un ton fort
juste.
Hélas à certains moments, quand le récit avance, le narrateur se livre à des exercices de style dans le genre lyrico-délirant dont l'effet me semble
fâcheux.
Exemple : le garçon est sur le toit de sa maison et songe à regagner sa chambre :
« j'ai regardé le canon bien en face. Je pensais aux innombrables façons de partir : le fantôme pouvait te tordre la bras et te décharger l'armes sur
la tête et si tu avais de la chance mon mai, il pouvait te pousser par-dessus bord pour voir si la perdrix te rattraperait sur son dos en gloussant, ou pourchasser les roquettes qui nous pleuvent
dessus jusqu'au désert du Nevada, au tic-tac de Big-Ben ou à la tour penchée de Pise. Je pouvais aussi m'accrocher à la perdrix plonger dans la Méditerranée, donner la chasse aux poissons
toxiques et me faire pincer les doigts par les moules....tirer au pistolet à eaux sur lesa anges byzantins asexués en faisant bien attention de ne pas renverser de champagne sur les robes du soir
des touriste... Immoler des nymphes sous-marines, recueillir leurs petitscostumes verts... » Etc. il ya en a pour une demi-page d'élucubrations de ce genre et je ne les
trouve pas du tout poétiques, lassantes seulement... et j'ai cessé assez vite de les lire... heureusement on suit très bien le propos en évitant ces accès de lyrisme qui semblent
avoir été rajoutés, mais pourquoi???
Et bien pour le plaisir des lecteurs! la plupart ont été séduits par ces effusions surréalistes. Moi pas, mais moi de toute façon je n'aime pas grand
chose....
Ce roman mêle le très bon et le mauvais. Il gagnerait en force et en concision d'être lesté d'au moins cinquante pages...
Merci à Violaine et à
de m'avoir expédié ce roman.
D'autres avis ? presque tout le monde en a parlé; je suis la dernière! Ces derniers temps je n'ai aucune inspiration...
J'ai lu, vers 1970, le Procès verbal pour lequel il a obtenu le Renaudot en 1963.
Ainsi que le Livre des fuites et Fièvre deux essais publiés à la fin des années 60.
J'aimais bien tout cela à 16 18 ans et même à vingt. Fièvre me semblait l'indice d'un caractère passionné. Le Livre des Fuites qui n'est pas un traité de plomberie
mais un essai de réflexion sur le nomadisme m'a plu également c'était ces années où l'on rêve de ne pas se fixer, de vivre complètement de faire la route, ce sont des livres fait pour plaire aux
adolescents.
Je me souviensque le Procès verbal figurait dans mes romans préférés.
Le personnage principal s'appelle Adam et il erre pendant tout le livre, tente de s'expliquer lui-même et le monde, se retrouve à l'hôpital psychiatrique. Content
d'avoir trouvé un asile, il renonce au langage et s'enferme dans le mutisme. Le Procès verbal est le procès du verbe...
Ce roman a été considéré comme moderne (et kafkaïen aussi ! tout y est passé !) parce que Adam a été pris pour un rebelle que la société
récupérait. Moi je l'avais cru en tout cas. C'était l'époque où l'on publiait des ouvrages sur l'antipsychiatrie.
Les aspects parodiques du roman étaient amusants et Le Clézio m'a fait rire pour la première fois ( et la dernière).
Le Clézio été pris pour un romancier expérimental, voire révolutionnaire, ce qui était un total contresens. Je pense qu'aujourd'hui, on a oublié tout cela. Cet Adam
qui trouve son bonheur dans le non-langage, cet Adam sans Eve.
Plus tard j'ai apprécié le recueil de nouvelles « la Ronde » qui montrent à quel point Le Clézio sait être sensible aux problèmes sociaux et en exprimer
le tragique en phrases sobres. Je me souviens de cette jeune fille qui se fait violer dans un HLM, des ces adolescents qui roulent trop vite en moto parce qu'ils sont mal à l'aise.
Les enseignants savent aussi que « Mondo et autres histoires » sont des nouvelles que l'on fait volontiers lire en sixième cinquième et qui aident
les élèves à aimer la lecture.
On m'a aussi donné à lire « Désert » un long récit poétique sur le périple toujours recommencé d'un peuple de nomades (toujours le sujet du Livre des
Fuites ?), un récit aux accents mystiques. Les nomades sont silencieux. On retrouve le renoncement au langage d'Adam.
Une jeune fille nommée Lalla parcourt ce récit, je ne sais plus ce qu'elle devient.
Et puis ce fut « le Chercheur d'or », un roman initiatique, et « Printemps et autres saisons », troisième recueil de nouvelles. Je n'ai
pas tellement aimé ces livres là. Il me semble qu'ils véhiculent une idéologie contestable.
Printemps et autres saisons est une saison de pleurs. L'un des personnages féminins de Printemps et autres saisons, s'exile, dit adieu à l'ami qu'elle avait sur son
île tropicale. ce garçon un peu simplet qui la suivait partout en l'assurant de son amour « Ticoco », une autre version de l'Adam du Procès verbal.
La jeune femme ne réussit pas à faire sa vie en milieu urbain, les malheurs pleuvent sur elle comme autant de divines malédictions et l'on dirait que
l'auteur veut la punir d'avoir cherché à s'affranchir de ses origines. Ce serait un péché que de quitter son île et plus encore de larguer le garçon qui est hors-langage.
Cela m'a fâché, car l'histoire est carrément édifiante !
Depuis Le Clézio publie tous les deux ans environ un gros roman, sans doute une variation sur les mêmes thèmes. Nostalgie de l'exilé, vraie communication primitive
absente... Il y a eu ce roman à propos de cris d'oiseaux qui seraient de la vraie musique... le Clézio un écrivain qui cherche à s'affranchir du langage humain ! Je ne le comprends
pas.
Ce roman le premier de l'auteur, a été
publié pour la première fois en 1982, il n'avait alors que 28 ans.
Il a obtenu le prix du meilleur premier roman 1984. L'exemplaire que j'ai en main est paru dans la collection 19/18(Domaine étranger) en 1990.
Etsuko, la narratrice parle à la première personne. Veuve, elle vit en Angleterre à la campagne, et vient de perdre sa fille aînée Keiko qui s'est suicidée quelque
part à Manchester et dont elle n'avait plus guère de nouvelles. Son autre fille Nikki vient lui rendre une visite d'amitié de quelques jours. Pendant ce séjour, elle évoque sa vie au Japon, à
Nagasaki, au début des années 50, plus précisément une amitié éphémère avec une femme Sachiko qui semble avoir beaucoup compté pour elle. Ses souvenirs alternent avec le récit du séjour de
Nikki.
Juste après les horreurs de la guerre, Etsuko, fraîchement mariée à Jiro, un homme d'affaire très occupé, et enceinte de trois quatre mois, vit dans un HLM, et
s'ennuie à mourir. De sa fenêtre, elle voit un terrain vague, une rivière boueuse, au-delà une maisonnette en bois, et au loin ces fameuses collines dont il est question dans le titre, et qui
sont le seul spectacle qui lui plaise.
« Je passais de longs moments-comme je devais le faire au cours des années qui suivirent- à contempler d'un œil vide la vue de ma fenêtre. Par temps
clair, je pouvais voir, loin au-delà des arbres qui poussaient sur l'autre berge de la rivière, une ligne de pâles collines qui se découpaient contre les nuages. Cette vue n'avait rien de
déplaisant, et elle parvenait quelquefois-rare apaisement- à me soulager du vide des longs après-midi que je passais dans cet appartement. »
« L'œil vide » revient périodiquement dans le récit. Tous les personnages vont avoir à plusieurs reprises un regard ou un œil vide, en toute
circonstance. S'agit-il d'ennui, d'absence, ou de cette tabula rasa que la bombe à Nagasaki semble avoir créé, non seulement chez les survivants mais aussi bien chez leurs
descendants ?
Elle s'intéresse à Sachiko qui squatte la maison en bois où elle vit avec sa fillette de dix ans Mariko. Les voisines cancanent à propos de l'amant américain de
Sachiko, des sa grosse voiture que l'on voit passer, de la fillette qui ne va pas à l'école...
Pendant quelques semaines Etsuko va la fréquenter, lui trouver un petit job, lui prêter de l'argent, s'occuper de sa fillette sauvage, et traumatisée par une
mystérieuse femme (imaginaire ?) qui voudrait l'emmener, suivre l'évolution des rapports de Sachiko avec son ami américain, un personnage qui paraît très négatif, mais auquel Sachiko, qui
rêve de l'Amérique, s'accroche de toutes ses forces. Etsuko passe aussi du temps avec son beau-père ,vieux monsieur sympathique, et son mari qui semble indifférent à tout autre chose qu'à ses
affaires.
Kazuo Ishiguro est un maître dans l'art du suspense : nous attendons tout le temps qu'un drame se produise, comme si un gros nuage noir planait dans un coin du
récit, sans l'assombrir vraiment. Le moindre petit détail pèse son poids d'étrangeté...
Pendant le séjour de Nikki, Etsuko et elle sont toutes deux angoissées, et fuient la chambre de Keiko, de laquelle semble parvenir des bruits légers comme si elle
était hantée. Ce sentiment les rapproche La rencontre avec une voisine renforce le sentiment de malaise : Etsuko n'a parlé à personne du décès de sa fille et la voisine confond Nikki avec la
morte.
Le récit d'Etsuko se clôt de façon énigmatique, à tel point que nous ne savons comment interpréter ses propos. Le récit tout entier que l'on relit, en se livrant à
de multiples hypothèses, y gagne en épaisseur, et nous paraît finalement plus mystérieux qu'énigmatique.
Je me rends compte que l'auteur a prêté à son héroïne un monologue où, à l'opposé de ce que l'on attend d'un semblable discours, elle ne dit pas ce qu'elle pense,
pas plus que si elle parlait d'elle à la troisième personne...et pire, elle semble taire certaines choses, que l'on pourrait deviner mais qui ne se disent pas. Elle note des sensations des
faits, des paroles et des ambiances, d'une façon distanciée.
L'intérêt du récit tient à ce qui est tu, à ce qui est entre les lignes, et confirme mon intérêt pour cet écrivain très original.
Quatre narratrices d'âges divers vivent chacune une épreuve, le soir où le couple mal assorti du domaine de la Pierre Mauve reçoit des invités qui ont en commun
d'avoir tous fréquenté la même classe de CM2 au village, presque trente ans plus tôt en 79-80.
Cette réunion est de très mauvais goût, nous le sentons...
La femme du maître de maison, la quarantaine, souffre de l'oreille : un insecte y a pénétré qui ne sait comment sortir « La douleur juste un peu loin
forte, juste pour que je puisse sentir comme inversé le corps de la bête, il me semble qu'elle a de longues pattes remuantes, une araignée fine. Mais la douleur se tourne un peu, et mes
sensations ne sont pas les mêmes, elle a des ailes, c'est sûr, elles vibrent, légères, et ça me cisaille, ça me creuse jusque dans la tête comme une perceuse minuscule et pourtant d'une
efficacité extrême, un cri, ça creuse mes nerfs, jusqu'à l'intérieur de ma gorge... ». Cet objet qui la fait souffrir, elle tente de l'apprivoiser en fantasmant sur lui en
attendant la délivrance...
Son employée de maison l'intrigue aussi, elle l'envie d'avoir le droit de nettoyer » s'occuper du temps et de l'espace autour de soi, avoir conscience du
corps et de l'espace, et dut temps qu'il occupe. Se situer. Faire le ménage, aussi, c'est écrire ».
Mais la femme de ménage possède un carnet dans lequel elle écrit des « poèmes plutôthard... » pour parler de mains obsédantes,
des mains gamines, « d'un sexe aux lèvres cousues...des sexes bogues, aux piquants rétractiles, qui se baissent lorsqu'on écarte les cuisses, avec une châtaigne de lait comme une couvade
défendue, qu'aucune mains n'éboguera ». La femme de ménage faisait partie de la fameuse classe de CM2 et ne s'en est pas remise. Mais elle est devenue écrivain.
A la Pénibe, un domaine proche, une femme âgée souffrant elle aussi de l'oreille (déséquilibres dus au syndrome de Ménière ) et tourmentée aussi par un animal ( un
loir qui loge à proximité de sa chambre) évoque la mise au monde de son fils. Elle fut « mal recousue » et tellement abîmée qu'elle n'a pu, depuis cette époque, supporter les
rapports sexuels. Son fils Claude est invité ce soir à la Pierre Mauve. Il était de cette fameuse classe de CM2 avec ceci de particulier qu'il n'ennuyait pas Emma, (la femme de ménage, nommée une
seule fois) à l'inverse des autres garçons. La narratrice se plaint : pourquoi aller à la Pierre Mauve, ils sont trop riches pour nous, on va être mal à l'aise.
A l'Ensoleillée, maison de retraite, l'institutrice de cette classe de CM2, finit ses jours, mal en point, souffrant d'acouphènes, de bourdonnements
incessants : « j'entends pas certains sons, et les autres grossissent par-dessus... et alors je comprends pas les mots, tellement j'en ai du son... ». Emma, femme de
ménage à la Pierre Mauve, et aide-soignante ici, lui demande de se souvenir de cette année là, lorsque les garçons la tourmentaient « avec leurs mains ». L'institutrice
feignait de ne rien voir....
A la Pénibe, une fillette de douze ans, petite fille de la mère de Claude, et nièce de cet homme, se raconte des histoires somptueuses (elle va au bois
près de l'étang et y voit une licorne boire, passe sa main le long de la corne). Elle aime « le Moyen Age, et les troubadours, et les stylos » ( c'est fou ce qu'elle me
ressemble...)
La petite sait tout : elle a entendu parler par son tonton Claude du viol (avec les mains) d'Emma .
La petite a souffert, enfant d'une hernie, » là où je me pense » (dit sa grand-mère) et de ce fait, elle craint ses premières règles
imminentes...
Lorsqu'elle racontera sa soirée à la Pierre Mauve, elle aura encore davantage enduré, malgré la protection de son oncle.
En effet, la femme qui a un insecte dans l'oreille, se fait violenter, au moment où on lui retire l' »insecte », Un « flocon de laine
urticant », soit un peu du drame qu'elle partage avec son employée...
C'est donc une longue métaphore que l'on tisse à propos de vers à soie : pour la femme violée ils servent à la protéger, du moins elle en rêve : lui
tisser un cocon protecteur du sexe.
Mai selle écrit sur ce sujet des textes poétiques (des « vers à soi », de la poésie personnelle ...)
Pour la femme de maître de maison ingrat (et violeur), l'insecte se niche dans son oreille, et le geste de le lui retirer équivaut à un viol(les hommes s'en
sont mêlés, ils étaient saouls...).
Pour la femme âgée, le viol s'est produit à l'occasion d'un accouchement et le fils qu'elle a engendré a tellement conscience d'avoir abîmé sa mère qu'il ne
touchera jamais
aucune femme. La fillette elle a été malformée (une hernie, l'opération fut ressentie comme un viol).
Ce que l'on aime dans ce roman : que les femmes parlent si bien de leur corps, de leurs douleurs, avec des mots à la fois précis et poétiques, des métaphores
délicatement tournées. Que les unes et les autres se retrouvent en un ensemble solidaire qui se comprend sans forcément se parler. Que les hommes n'aient pas le beau rôle. Que l'écriture soit
présentée comme une parole singulière qui énonce des vérités que la société ne veut pas savoir. Que toutes ces femmes soient si proches de nous que l'on croit les connaître.
Folio, 2008.440 pages.Titre et parution d'origine" Never Let Me Go", 2005.
C'est l'article deRosequi m'a donné envie de lire ce roman et je ne le regrette pas!
A l'âge de trente ans, Kath, qui est à un tournant crucial de son existence, réfléchit sur son jeune passé. Elle a été élevée au pensionnat de Hailsham, jusqu'à 18
ans environ, qu'elle a quitté pour devenir « accompagnante »auprès de « donneurs », fonctions qui nous semblent énigmatiques au premier abord, mais ne
tarderont pas à s'éclairer, même si la narratrice s'adresse à des lecteurs qui ont vécu à peu près comme elle, et connaîtront le même destin :
« Je ne sais pas quelle était la règle là où vous étiez, mais à Hailsham nous étions tenus de passer un genre de visite médicale presque toutes les
semaines... sous l'égide de la sévère infirmière Trisha, ou tête de Corbeau, comme on l'appelait... »
Hailsham paraît être un de ces internats anglais où sont éduqués des enfants de la bonne bourgeoisie, d'autant que Kath insiste sur le fait qu'elle et ses acolytes
ont été des privilégiés. Sports, études, promenades, encouragement à la créativité, organisation de journées d'Echanges où les enfants exposent et vendent aux autres leurs travaux personnels et
sont payés en « jetons ».
Les élèves vivaient en huis-clos, protégés et instruits par des « gardiens » (cela vous a un air platonicien) communiquant avec le monde
grâce à un camion venu de l'extérieur, qui leur permet d'acquérir des objets personnels.
On murmure parmi les élèves que les plus beaux objets sont choisis par une certaine « Madame » qui vient en choisir de temps à autre pour sa «
Galerie ».
Mais Tommy, le meilleur ami de Kath ne joue pas le jeu. Il ne créé rien, et pique des colères folles. Il ne sait pas pourquoi.
Mus par la curiosité, Kath et Ruth, son amie intime vont chercher à rencontrer cette Madame.
Cette expérience les consterne :
Elle ne cria pas et ne laissa même pas échapper un souffle. Mais nous étions tous concentrés pour capter sa réaction, ce qui explique sans doute l'effet qu'elle
produisit sur nous. Lorsqu'elle se pétrifia sur place, je jetai un bref coup d'œil à son visage
aujourd'hui encore je vois son expression, le frisson qu'elle semblait réprimer, la réelle terreur d'être frôlée accidentellement par l'une d'entre
nous »
Kath et ses amis savent qu'ils sont différents des gardiens et des gens du dehors, on leur a dit en quoi, mais ils n'en ont pas pris la mesure.
Rien ne sera plus comme avant :
« la première fois que vous vous apercevez à travers les yeux d'une personne comme celle-là, c'est un instant terrifiant. C'est comme vous entrevoir dans
un miroir devant lequel vous passez chaque jour de votre vie, et soudain il vous renvoie autre chose, une image troublante et étrange »
La narratrice et ses amis vont progresser en interprétant de petits détails de leur vie. Elle nous laisse découvrir l'absurdité, puis l'indigence réelle
de leur situation, comme eux-mêmes ont pris conscience...
Le roman est passionnant de bout en bout. Et cependant, il me déçoit : j'attendais de Kathe et ses amis une rébellion, une révolte, même désespérée, un suicide
peut-être, pour témoigner de leur noblesse d'êtres humains, comme on peut en constater dans des livres tels que « le Meilleur des mondes » ou « 1984 », romans
auxquels, en dépit de différences de style et de structure, ce livre s'apparente.
« Aujourd'hui, je suis plus vieille que toi alors que j'avais neuf ans de moins que vous. Si je compte en années depuis le jour de ta naissance, tu
aurais 54 ans. Mon âge inversé alors que vous n'avez jamais eu 45 ans. »
Est-ce un problème d'arithmétique pour le CE2 ?
Non, c'est cette façon qu'a la narratrice de nous confier d'emblée son embarras à propos de l'être cher qu'elle a perdu et qui vit toujours dans ses pensées,
même si elle revendique sa liberté ( « tu es rangé quelque part. Je ne sais pas très bien où, mais en tous ca tu n'es plus posté sur mon épaule, à surveiller qui me touche, qui je
touche »)
La narratrice a perdu son amant, victime d'un accident cérébral ? Quand ? Ben je suis nulle en arithmétique, mais pour vous, ce doit être clair...
Journalistes l'un et l'autre, lui marié, désireux de garder le silence sur cette liaison, ils se sont fréquentés en se cachant, ce qui donnait du piment à l'affaire. Puis ont vécu neuf mois au
grand jour, avant que ne se produise la maladie qui laissé son ami tétraplégique (« pentaplégique », dit-elle, puisque ses cinq membres ne fonctionnaient plus.)
Elle raconte son vécu de « fausse veuve ». Après l'accident, la femme légitime l'a repoussée dans l'ombre, et aussi dans l'opprobre.
Elle a eu un rôle difficile à jouer.
Cependant, elle va le voir dans l'hôpital où il a été transféré. Certaine que son cerveau est intact, elle communique avec lui, en interprétant les
clignements de son œil valide.
La fausse veuve veuvoie et tutoie son ami. Ce n'est pas courant mais elle a des raisons de le faire.
D'abord, il lui est devenu étranger par son immobilité. Ensuite, parce qu'ils ont feint longtemps dans leur vie officielle de n'être pas intimes, et par conséquent
se vouvoyaient pour les autres. Cette contrainte avait fini par leur plaire et devenir un élément érotique.
D'autre part, son ami jouait volontiers avec le vous et le « tu ». Il s'était remis à voussoyer son père au moment de l'adolescence.
Le glissement du « je » au « tu » est pratiquement le seul artifice de cette écriture sans prétention.
La relation de ces moments étranges et éprouvants qu'elle passa avec lui à l'hôpital avant qu'il ne meure tout de bon, est entrecoupée de souvenirs de son enfance
et de sa vie adulte avec et sans lui. Le ton est dur et offensif, on sent qu'elle en veut à la femme légitime qui lui vole son statut :
« Je suis celle qui n'est pas, n'a pas été et ne sera jamais du côté de votre famille. Une famille devient-elle la votre uniquement quand on a des enfants
du même lit ? Om alors quand on prend le nom de son mari ? Et maintenant qu'on ne le prend plus forcément. ?
Elle manque d'identité mais cela remonte à plus longtemps :
... Moi je ne connais que mon côté paternel et encore si peu, j'ai été amputée de mon histoire maternelle et catholique dés le plus jeune âge... j'étais juive
par mon nom et goy par lanaissance.
Enfant, elle est victime de l'antisémitisme... mais « oui je suis juive, mais pas juive aux yeux des Juifs ».
Elle a même fait des démarches pour obtenir « un certificat de confirmation de judaïcité ».
Dan l'ensemble, c'est un fragment autobiographique( je ne dirais pas « roman ») intéressant, le récit d'une femme qui s'est battue toute sa
vie pour son « bonheur » . Elle nous fait ressentir son mal de vivre au moment où elle écrit, et ne se résigne pas.
Ils se sont connus adolescents. Tony aimait Pauline qui ne le lui rendait pas. Pour ne pas la perdre tout à fait il a joué la comédie de l'amitié, l'a hébergée chez
lui lorsqu'ils étaient étudiants, et endurait ses liaisons. Pauline se prêtait au jeu, tous les voisins les croyaient amants, et il en était fier.
Pauline un jour est partie rejoindre un homme, « faire sa vie ». Tony n'a pas fait la sienne. Il a abandonné ses études, fait de petits boulots
épuisants, vagabondé un peu, eu des maîtresses d'un soir, en pensant toujours à Pauline. Qui est revenue, quelques années plus tard. Est-ce que Pauline veut de lui enfin ?
« Oui les rêves scandaleux qu'il avait faits, qui n'étaient rien, juste de voir Pauline partager un appartement avec lui, de la voir seule, sans homme
avec elle, et ne pas avoir cette torture à endurer d'être bousculé dans son rêve par un troisième larron. Et là au plus fort, voir coïncider ce rêve et la réalité quand il a ouvert la porte de
chez lui et qu'elle est entrée la première dans l'appartement. «
Tony a, pour elle, refait à neuf, l'appartement où il vivait dans la négligence, sans l'habiter vraiment.
Mais le rêve tourne court. Pauline à nouveau ne recherche que l'hébergement. Et son ami qu'elle a connu au loin vient la rejoindre. Pauline est
contente, je vais déménager. Tony craque....
C'est le père de Tony qui raconte la première partie de l'histoire, puisqu'un jour, ce fils qu'il ne voyait jamais, est venu tout lui dire, après avoir quitté son
logis, également déserté par Pauline. La seconde partie est le récit de Guillaume, l'ami de Pauline, confronté à cet étrange rival qu'est Tony, maintenant absent, plus dangereux qu'un
vrai...
De phrase en phrase, de ressassement en détails de vie clairement décrits, on s'interroge toujours plus sur ce lien entre Tony et Pauline, à travers la parole du
père, et les rapports conflictuels qu'il entretient avec son fils.
La jeune femme change de visage au cours de ces narrations qui sont tout autant des évocations que des enquêtes pour préciser les choses.
Pauline semblait n'avoir pas compris les véritables sentiments de Tony à son égard, mais il apparaît qu'elle savait. Jouait-elle à le faire souffrir,
profitait-t-elle de lui, appréciait-t-elle cette amitié ambiguë, ou à l'opposé n'osait-t-elle pas le lâcher, de peur de provoquer un désastre ?
« mais au début trop d'ivresse. Au début, trop de souvenirs et d'histoires à se raconter, avec la ferveur de voir et de ressentir qu'il y avait entre eux
toujours la même facilité, le même abandon à se laisser être bien, comme ça, plein de la certitude que dans le regard en face il n'y a rien des doutes et des méfiances dont on se protège des
autres. »
Cette ivresse n'est là que pour masquer un profond malaise, que tous deux éprouvent et ne disent pas.
L'auteur excelle à rendre cette «parodie du couple » qu'ils jouent jusqu'à l'impensable avec un zèle qui masque la haine et l'effroi
« Il fallait qu'il dise à quelqu'un comment pour se protéger d'elle, des doutes qu'elle aurait pu avoir sur ce qu'il osait rêver d'eux, il avait fallu
encore davantage se moquer de ce qu'ils partageaient, un appartement ensemble, rire d'un baiser sur le front qu'on donne en rentrant, rire des mots, tu as passé une bonne journée, tout saccager
pour ne pas rendre possible ce qu'il aurait voulu, parce qu'il savait que pour profiter seulement de la présence de Pauline, il fallait qu'elle ne doute pas de l'innocence entre eux, ni de
la vieille amitié, ni du sentiment de fraternité."
La langue de l'auteur souple et bien rythmée, n'a rien d'abstrait pour ce qu'elle parle de sentiments (après tout, il s'agit d'une version moderne de ce que l'on
appelait jadis le roman psychologique). Beaucoup de descriptions sont étonnantes de précisions, de crudités, de petits détails qui se répètent en révélant un peu plus à chaque
fois.
« Qu'elle puisse se dire, Pauline, après ce jour, l'étendue du mensonge et la terreur qui s'ouvrait, qu'elle aurait refusé de croire si les images ne lui
étaient pas revenues, ni les odeurs, atroces, écœurantes, des flaques jaunâtres de la pisse du chat, des sacs-poubelles éventrés qui dégueulaient dans la cuisine leur pourriture de viande et d'os
rongés, de jus mêlé de cendres et de mégots ».
Voilà, c'est un chef d'œuvre.
Quelques bonnes chroniques à propos de Mauvignier :
La narrateur conte ses vacances en Corse avec sa copine Mathilde accroc aux malabars et à la cocaïne. J'ai déjà eu des " 10" pour avoir bien raconté mes
vacances, mais la publication s'est cantonnée au journal de la classe...
Il faut dire que le narrateur sait se justifier : la fréquentation intensive de jeux vidéo et les scènes de ménage terrifiantes qui l'opposent à Mathide l'ont
tellement lessivé qu'il ne peut faire autrement que de changer d'air.
Il est prudent car il a eu une enfance difficile" Je n'aime pas trop la coke à cause de mes parents; des soixante-huitards qui m'avaient eu à dix-huit ans en
pleine '" Flower-power-révolution" à base de trips des seventies, d'acides, d'Ardèche, de vie en communauté; n'importe quoi."
Nous suivons un parcours réaliste, et apprécions une narration vigoureuse, problèmes de circulation avec un scooter, le ferry qui ne tient pas ses promesse.
La Corse qui ressemble à n'importe quelle autre lieu de vacances sauf que « les cagoulés » et les " FNL ché pas quoi" nous fichent la trouille autrement plus que les
tueurs de jeux vidéo, surtout que ces gens là on ne sait pas les identifier.
Ils ont masqué les noms des patelins au feutre noir : on trouve cela partout en France notamment en Bretagne mais on dit « les enfoirés » pas les
« cagoulés ». Les snobs disent "les indépendantriste ont encore masqué la destination"
Il y a une vieille dame qui monnaye cher son affreux taudis (comme dans le massif central dirai-je...) et là comme ailleurs certains paysages sont tout
de même « le kif intégral ».
Nous ne sommes pas dépaysés.
Pendant ces vacances pas plus ratées que d'autres, il pense à ses virées avec son pote Matteo ; avec lui ils allaient voir des putes. Même que le narrateur, ça
ne lui plaisait pas : elles ont la simulation trop outrée, on n'y croit pas ; et tu peux pas les toucher comme tu veux, elles te répondent « je ne suis pas ta
femme ».
Même ta femme, de toutes manières, mon pote, te fais pas d'illusions, elle est pas à tes ordres, figure-toi...
Bonnes vacances, à bientôt peut-être...
J'ai programmé des chroniques de bouquins légers, des polars entre autres, pour agrémenter mon absence.
Titre original « The Point » 1995, trad.2000 pour le compte des éditions Gallimard ( Du monde entier)
Des nouvelles pleines d'ironie sans laisser de côté l'émotion.
Des notations précises et concrètes mais qui suggèrent plus qu'elles ne disent et ces nouvelles sont tout à fait remarquables dans le genre réaliste.
Le fils qui gagne de l'argent à reconduire les gens ivres chez eux et établit une relation improvisée avec une vieille poivrote. Sa mère est alcoolique et il passe tout son temps avec de tristes
fêtards.
Une nouvelle qui raconte l'histoire entre deux hommes dont le premier s'est suicidé et l'autre a épousé la copine de son ami.
Cette femme va à la messe tous les matins et craint que son bébé ne soit condamné, elle se sent coupable de la situation peu claire.
Et aussi cette terrible histoire « Jacinta » ; une jeune femme instruite mais qui s'ennuie à l'université épouse un garçon qui n'a pas de conversation, fruste, Enceinte de lui,
elle ne saura jamais ce qu'il en pense. Elle se veut positive, mais le couple est protégé, sinon chaperonné par un célibataire quinquagénaire qui les loge dans une maison spacieuse et fait
travailler le jeune homme qui, désœuvré, s'alcoolise.
La petite Jacinta naît, le jeune mari s'y attache. Un an plus tard, la fillette meurt d'être montée dans l'abreuvoir et de s'y être noyée. Le jeune homme repique la boisson et commence à battre
sa femme, ne veut plus la toucher, prend une maîtresse antillaise et s'en vante. Le quinquagénaire continue de la protéger et de faire travailler le jeune homme qui se spécialise dans le
sauvetage en montagne, ne vit plus que pour cela. On y voit une façon de « sauver » sa gamine à travers d'autres gens dont certains sont des enfants.
Dorothy, voyant qu'il n'y a plus rien à faire pour sauver son couple, prend un billet d'autobus pour aller vivre chez sa sœur. On espère qu'elle ne reviendra plus mais on n'en sait rien...
Dorothy s'était mise à fréquenter l'église assidûment comme l'héroïne précédente.
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Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr