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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 00:41
LUmi--re-d-a----t.jpgLumière d’Août : retour à Faulkner.
1ere publication : 1932.
 

Le titre : Light In August : mot qui désigne des lueurs d’incendie, un incendie criminel, de fortes chaleurs étouffantes, et le moment où la colère s’embrase.

Titre de dérision car il s’agit davantage ici des ténèbres d’obscurité, et de feu d'enfer, que de lumière.


La lumière aveuglante et éclatante d’août met en relief les ténèbres de la pensée et de la vie humaine.

 

Léna Grove, 18 ans qui vient d’Alabama, arrive à Jefferson, Mississipi, enceinte de huit mois, pour y chercher le père du bébé, un certain Joe Brown, qui travaille à la scierie.

Elle y rencontre un ouvrier, Byron Bunch, qui l’héberge, et lui tait que l’homme qu’elle recherche s’appelle Lucas Burch et qu’il fricote avec Joey Christmas, métis marginal qui a travaillé trois ans à la scierie et s’y faisait remarquer. Tous deux ont quitté leur emploi, font du marché noir et pis encore.

 

Ce même jour, Joey Christmas, 33 ans, métis, orphelin, vient de quitter la maison de Miss Joana Burden, femme de 40 ans, abolitionniste militante, avec qui il vivait depuis deux ans.

Les deux amants avaient des relations tumultueuses, souvent violentes. Joana, trop tôt ménopausée, déprimée, prenait du plaisir avec Joey et ne le supportait pas. Lui non plus.

Elle avait voulu l’aider à se reconnaître comme noir  : mais Joey, qui est métis, hait son sang "noir "autant  que son sang "blanc".
Joana Burden a été étranglée, sans doute par Joey.

Il a fui.

Lucas Burch présent dans la maison de Miss Burden, et sachant ce qui est arrivé, y allume un incendie pour attirer l’attention sur la maison, faire découvrir le corps, et toucher une prime pour avoir livré l’assassin.


Pendant trois semaines Joey se cache, effectue de multiples déplacements jusqu’à Mottstown, où vivent ses deux grands-parents, les Hines, qu’il ne connaît pas.
Mr. Hines, raciste fou et hanté par l’obsession du Mal a autrefois tué le père de Joey, un forain, et Milly, sa mère, n’a pas survécu à l’accouchement.

Hines veut inciter la foule à lyncher ce petit fils maudit, qu’il avait déposé, bébé, à la porte d’une église trente trois ans plus tôt et qui a erré d’orphelinat en famille d’accueil, de Memphis à Jefferson en passant par l’Oklahoma, le Missouri… toujours chassé et persuadé d’être damné.

Mrs Hines, terrifiée par son époux, veut  tout de même sauver le fugitif. Elle s’adresse au prêtre.
Le révérend Hightower, rongé par un passé problématique (femme adultère, grand-père tué pendant la guerre alors qu’il poursuivait un poulet), marginalisé par la communauté, cache Joey, puis reçoit Léna, envoyé par Bunch, sans rien pouvoir faire de significatif pour eux.


Le fugitif est libéré par Mrs Hines.

Léna vient chez elle, conduite par Hightower, pour y accoucher de son bébé.

la vieille femme perd la raison confond Lena avec Milly sa fille, et le bébé avec Joey. Elle revit le traumatisme de la naissance de Joe ( emporté par son époux) et de la mort de Milly.

Le révérend tente d’aider Léna,  effrayée, aux prises avec une histoire dont elle ne sait rien, et qu'elle ne peut comprendre.

Mr. Hines, aidé par quelques amis racistes, sérieusement allumés, réussit à faire lyncher Joey par la foule. Joey meurt, tué par un militant d’extrême droite.


Léna et Byron Bunch se font prendre en stop dans un camion avec le bébé, par un marchand de meubles ; ils vont vers le Tennessee...


Je ne m'attendais pas à ce que que ces personnages restent en vie! je suis presque contente, malgré le pessismisme de ce roman. Pesssimisme qui n'est absolument pas exagéré, par ailleurs.

Si j'ai raconté l'histoire plutôt que de la commenter, c'est pour mettre de l'ordre. Je n'étais pas toujours bien sûre, au fil de la lecture,  de qui avait fait quoi et  quand... maintenant, oui.


C’est un roman très puissant et lourd de tous les travers des peuples : racisme, haine de soi comme de l’autre, jusqu’au crime, culpabilité étouffante, impossibilité de sublimation, solitude extrême de tous les personnages.

Un ouvrage à relire plusieurs fois. Je l'avais emprunté en bibliothèque mais je vais l'acheter.

J'ai aimé aussi " Sanctuaire" mais je le trouve moins bon... quant au "Bruit et la fureur, je suis carrément passée à côté".

Je pense que mon prochain Faulkner sera " Tandis que j'agonise" : il existe en poche dans la collection "lire en anglais" ce qui est appréciable.


24 aout 08 : cet article atteint cent visiteurs. Mais sans un seul commentaire! il ne s'agit donc que de simples clics?

Je crois que Google a envoyé des internautes sur cet article pour une émission de radio ou de télé qui porte le même titre ( Lumière d'Août) c'est malin!

 

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4 juin 2007 1 04 /06 /juin /2007 20:30

le-Bruit-et-la-fureur.jpgJe me suis lancée à 17 ans dans « Le Bruit et la fureur ». A mes yeux c'était un livre incontournable si je ne voulais pas passer pour une « idiote » .

J’abordais cette lecture avec confiance, sans connaître l’histoire, ni les procédés narratifs, avec la seule phrase de Shakespeare pour guide « La vie est une histoire pleine de bruit et de fureur (sound et non noise) contée par un idiot (idiot et non fool) qui n’y comprend rien. »

Ma première surprise ce fut donc sound plutôt que noise, et idiot au lieu de fool.


    Les deux frères sont amoureux de leur sœur, et l’un d’entre eux se fait passer pour un idiot ; il ne pousse que des grognements alors que le narrateur lui attribue de vraies pensées articulées et lui confie un point de vue, une façon de voir qui n’est pas franchement d’un handicapé mental.

Je n'ai pas compris que Benjy était vraiment idiot.

Au deuxième chapitre, l’autre frère, Quentin, prépare minutieusement son suicide.  Je n’ai pas compris cela d’emblée, et lorsque la lumière me vint, je crus que cette minutie,  cette accumulation de détails, signifiait qu’il reculait son geste et peut-être ne l’accomplirait pas.

Mais le temps s’écoule et cela seul. Quentin n’est pas Hamlet, il ne se demande à aucun moment s’il va ou non le faire, il n’hésite pas, il ne cherche pas d’arguments ni d’alibis, il ne s’afflige plus guère, n’a que des soucis matériels concernant la réalisation de son acte. Mort avant que ne commence la relation de cette dernière journée. Cette morne épreuve endurée, je n’ai pas continué la lecture.

   Par la suite, je ne suis jamais devenue intime de Faulkner ; à l’université, j’ai étudié « Absalom ! Absalom ! » J’ai passé encore plus de pages ; j’ai d’ailleurs été très bien notée, ne connaissant que le cours, et donc sachant exactement ce qu’il convenait de dire. Lorsque, outre le cours, je lisais le livre à étudier, cette lecture entrait souvent en conflit avec l’autorisée et je ne savais plus traiter le sujet.

On peut aussi lire le livre et ne pas s’occuper du cours : cela donne d’assez bons résultats mais rien ne paye davantage que le cours et seulement le cours.

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1 juin 2007 5 01 /06 /juin /2007 20:50

vie-mode-d-emploi.jpgUn riche anglais, Percival Bartlebooth, ne sait à quoi employer son existence. Il est cousin du Barnabooth de Valéry Larbaud (« Les voyages de Barnabooth ») tout autant que du scribe suicidaire Bartleby de Hermann Melville. Barnabooth voyageait pour trouver une raison de vivre, Bartlby recherchait l’effacement de sa personne.

 

Lourd de ces héritages littéraires, persuadé que tout est prédéterminé, il décide de souligner cette absence de liberté en formant un projet complètement arbitraire pour remplir sa destinée, une contrainte de vie( qui répète le concept de contrainte oulipienne) et qui s’énonce ainsi : il apprendra l’aquarelle pendant 10 ans, ; peindra ensuite 500 marines dans 500 ports différents ; les expédiera à un artisan qui sera chargé pour chaque toile d’en faire 750 morceaux de puzzle ; reconstituera lui-même les marines ; après chaque reconstitution, enduira la surface où la peinture apparaît d’un dissolvant qui restituera à la toile sa virginitude.

Ceci implique une exigence de pureté (on comprend le prénom de Percival , et son caractère d’une « innocence mortelle ») ; faire disparaître toute trace d’une œuvre gigantesque que l’on a accomplie apparaît comme une quête d’absolu. C’est aussi une préfiguration de la mort : il n’en restera rien ; on ne laisse pas de trace.

Ce projet « ne pas laisser de trace » se rapporte chez Pérec, dont la mère fut déportée, au génocide nazi. Il y a une corrélation entre cette volonté d’effacement de ce qui fut, les disparitions tragiques qui parsèment le roman, relatées sous forme de faits divers, et le projet de détruire la race juive.

Ces projets, issus de volontés délirantes, échouent.

La mort surprendra Bartlebooth dans l’inachèvement de son œuvre destructrice, à cause de l’autre, l’artisan Gaspard Winckler, qui le trompe et a livré au moins un puzzle tronqué où il semble qu’il manque des pièces, où un « m » a été transformé en « w » son inverse. « W » c’est le Souvenir qui empêche que tout soit effacé.

 

La nouvelle-cadre, nous présente un autre personnage important , également peintre, Serge Valène, qui veut réaliser un tableau de l’immeuble de la rue Simon Crubellier où il vit, ( qui, dans la réalité n’existe pas, mais ce quartier du 17eme arrondissement de Paris est réel) tableau qui montrerait aussi l’histoire de l’immeuble et de ses habitants. Sa démarche est l’inverse de celle de Bartlebooth, elle témoigne de la recherche et reconstitution du passé. L’orgueil absolu de Bartlebooth (ma fin coïncide avec celle de mon œuvre) s’oppose à l’humilité de Valène pour qui la vie et l’histoire de son art le dépasse infiniment.

Cependant Valène, lui aussi, laisse œuvre inachevée : il ne parvient pas non plus à restituer chaque étape de la vie de l’immeuble.

Le roman raconte surtout le projet de Valène et en est le chantier : chaque chapitre inventorie une portion de l’espace de l’immeuble en question, les objets, les habitants et les histoires qui y sont liées. D’où le sous-titre : romans au pluriel.

Il est le résultat de contraintes formelles et précises ( 21 séries et 21 éléments doivent se combiner entre eux de manière à ce qu’aucun schéma ne soit semblable à un autre, ce qui n’est pas complètement réalisé non plus…)

Cette combinaison d’éléments apporte une certaine fantaisie dans le déploiement des récits. Ces éléments sont des séquences, des phrases toutes faites, des citations- les séries sont des « situations » des intrigues.

Pérec n’écrit pas avec des audaces ou des trouvailles au niveau de la syntaxe, du lexique, des rapprochements inédits de mots. Pas de néologismes non plus. Il a , cependant beaucoup d’idées esthétiques et éthiques. Il n’exprime sa pensée qu’en redistribuant des éléments tout faits.

Il est metteur en scène, scénariste et monteur … son art relève de l’artisanat du style. Dans « le Souvenir » le résultat, très émouvant, procède également d’un montage.

La séduction du roman procède de la manière dont les histoires fort nombreuses jaillissent apparemment de n’importe quel petit prétexte : un objet trouvé sur une marche d’escalier (l’incipit nous mène dans un escalier de l’immeuble).

Un tableau, l’expression d’un visage, un détail saugrenu.

Bien des histoires qui nous frappent et dont on attend impatiemment la suite appartiennent à la série des disparitions tragiques dont j’ai parlé plus haut : la jeune fille au pair et le bébé noyé, l’archéologue disparu dans les ruines de Lesbit, l’ethnologue qui voulait vivre l’existence de certaines tribus africaines, le double assassinat dans les Ardennes…

Le comique est fréquent aussi et apparaît par exemple dans la description de la secte « des trois hommes libres » et de leurs techniques de méditation.

 

On se plaît à reconnaître les insertions d’autres livres qui surgissent dans le corps du récit : Kafka y est trsè présent avec la reprise de la nouvelle « l’artiste de la faim », mais aussi le surprenant tableau cauchemardesque qui trône dans une des salles à manger, et représente les deux messieurs du Procès emportant Joseph K. vers sa fin sinistre.

Pérec excelle dans les raisonnements méthodiques absurdes à priori, et descriptions minutieuses étranges qui nous entraînent soit vers le fantastique soit vers le comique.

L’un des personnages Cyrille Altamont réfléchissant de façon morose sur le fâcheux état de ses relations conjugales écoute à la table contiguë à la sienne le dialogue d’un couple issu de la Montagne Magique de Thomas Mann ( Pepperkorn et Clawdia Chauchat) ; cette rencontre est justifiée par son état d’esprit.

Pérec ne cherche pas la vraisemblance à tout prix ; mais pour que son ouvrage ne soit pas un fourre-tout, il faut des motivations pour chaque rencontre entre l’élément de ce monde-ci et l’élément de cet autre monde qui est un autre livre.

Le procédé permet d’introduire pour notre plus grand plaisir un nombre élevé de genres littéraires ou de procédés : poésie, récit d’enquête, récit picaresque, fait divers, et bien sûr listes de toute sortes…

 
  Références : Pérec Georges
 
 
 
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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 12:51
homme-licorne.jpgL’Homme Licorne de James Lasdun ( USA)
 
Gallimard (Du monde entier)2003
 
Lawrence Miller, prof dans une université à New York nous conte une étrange histoire
 

Un matin il a constaté que son marque page avait été déplacé trente page en arrière dans un livre appartenant à la précédente occupante de son bureau. Des objets anodins ou menaçants apparaissent ou disparaissent de ce bureau créant le trouble dans son esprit. Les anciens occupants du bureau dont un citoyen bulgare au nom étrange, et une jeune femme à présent morte, reviennent hanter les lieux. Un récit de la vie de ce Trumlicik apparaît dans un fichier d’ordinateur et a disparu le lendemain.


Lawrence tente de mettre de l’ordre dans son esprit. Il est séparé de sa femme celle-ci s’étant rendue dans un club échangiste, et il s’est inscrit dans une association contre le harcèlement sexuel, groupe qui se veut politiquement correct mais qui pèche par puritanisme.

Lui-même se veut irréprochable, mais voilà qu’il croit apercevoir sa psy qui tapine à Central Park, reçoit des messages amoureux d’Elaine une des plus sévères membre de l’association.

Lawrence scrute son passé pour y trouver des renseignements. Pour calmer ses migraines, sa mère lui faisait prendre de petites pilules homéopathiques au contenu mystérieux.

 

Et voilà qu’en lisant les notes de son père qui écrivait sur l’histoire de la pharmacopée, il découvre qu’il a ingéré ainsi de la poudre de corne de licorne! Pure ou diabolique, bénéfique ou maléfique? c’est indécidable…

 

Le récit décrit avec un grand luxe de détails l’envahissement de symptômes psychotiques chez un individu qui sombre dans la confusion mentale d’ordre paranoïde, et relève avec soin ces indices,les interprétant à sa guise.

Il ne croit pas complètement ce qu’il vit mais assez pour que l’on trouve certains épisodes cocasses voire hilarants, d’autres mystérieux, plein de suspense, ou sinistres telle cette humiliation du garçon qui veut fréquenter un club de jeunes très » upper class » en Angleterre son pays d’origine et s’en trouve chassé de manière impitoyable. Cet épisode, comme ceux qui concernent le fonctionnement de l’association contre le harcèlement, relèvent d’une bonne critique sociale. D’autres épisodes sont davantage liés à la folie du narrateur ; ses délires empruntent au folklore, au mythe, au fait divers… l’ensemble est un peu long mais intéressant.

 
 
 
 
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13 avril 2007 5 13 /04 /avril /2007 09:40

Jennifer Ehle rôle Elizabeth Bennet

Lizzie ( Jennifer Ehle)
Orgueils et préjugés Jane Austen 1813.
 

Les Bennett qui habitent dans le domaine de Longbourn ont cinq filles à marier.


C’est un problème car, en l’absence d’héritier mâle, et vu les oncles que ces jeunes filles ont la malchance d’avoir, le domaine revient  à ces messieurs. Les filles doivent se trouver un mari à la situation honorable, en ne faisant usage que de leurs charmes pour les conquérir.

Le second obstacle, c’est qu’aucune d’entre elles n’est décidée à épouser quelqu’un pour qui elle ne se sentirait aucune inclination sérieuse.

Les Bennett, enfin, n’ont, c’est le troisième obstacle, pas donné d’éducation sérieuse à leurs filles. Elles n’obtenaient des professeurs que si elles souhaitaient par elles même étudier quelque chose, et cessaient lorsque cela leur chantait.

 

A Netherfield , beau domaine près de chez elles, les filles voient arriver deux mecs : Mr. Bingley jeune et riche célibataire 4 à 5000 livres de rentes, et Mr. Darcy jeune, beau, fier, 10 000 livres de rentes.


Cela semble bien s’annoncer pour Jane Bennett et Mr. Bingley. Lizzy, la cadette, et Mr. Darcy, qui ont l'un et l'autre un peu d’esprit, débutent une relation  piquante sur le mode ironique, en se louant l’un l’autre par antiphrases.

 
 

Pendant ce temps, Kitty et Lydia, les benjamines, font la chasse aux officiers de Meryton, petite ville voisine.


Seule, Mary Bennett s’abîme dans des études compliquées qui ont le résultat, fâcheux pour sa réussite sociale féminine, de la faire parler par citations. Pire : elle ne veut ouvrir la bouche que si elle a quelque chose à dire d’intelligent!

 

Tout d’un coup, Netherfield se vide pour de mystérieuses raisons... Mr. Bingley et ses sœurs, ainsi que Mr. Darcy partent pour Londres et ne veulent pas revenir. Elizabeth décide d’enquêter…

 
  _____________________________________________________________________________________
 

Les personnages sont nombreux ; certains sont plaisants, d’autres inutiles.

Mrs Bennett, la mère,  est sotte et gaffeuse. Ces caractéristiques servent l’intrigue car elle fait fuir les prétendants qu’il faudra ensuite reconquérir.

Mrs Long, qui est une marieuse invétérée, favorise les contacts et complique les situations.

La sœur de Mr. Bingley, Caroline, et Mrs Hurst intriguent pour empêcher Lizzy d‘épouser Darcy. Les mêmes tentent de mettre Anne Darcy dans les bras de Charles Bingley.

Ces dames veulent créer des mésalliances, moins par méchanceté que pour tromper leur ennui.

Mr. Collins, le pasteur d’Hunsford, cousin des sœurs Bennett, hérite de Longbourn ; il devrait avoir de bonnes chances d’épouser une des sœurs. Homme peureux, quoique sensé, il répète sans trêve des phrases de cérémonie et de conciliation qui le font paraître extrêmement ennuyeux à ses cousines ; il épousera Charlotte Lucas amie d’Elizabeth, qui ne répugne pas à un pur mariage d’argent, et son amie la méprisera pour cela.

Charlotte n’est pas un personnage intéressant, ni drôle, mais elle est essentielle à l’action donc utile et l'on s'intéresse à elle.

 
 

  Elizabeth( Lizzie) est  ironique, intelligente, beaux yeux. Aime Mr. Darcy , met longtemps à s’en apercevoir, d’abord attirée par George Wickham, lieutenant « plein de charme douceâtre » qui doit gagner sa vie, alors qu’aucun métier ne lui convient.

Ce Darcy cultivé, orgueilleux fort riche, élégant, s’éprend d’Elizabeth qui n’est pas un parti pour lui.

Et cependant il s’y tiendra, ce qui donne au roman son allure « conte de fée ».

 

 

Lizzie et Mr Darcy

 

Lizzie et Mr Darcy

 

 

 

 

Leur relation qui se maintient longtemps sur le mode négatif, intéresse parce qu’ils se repoussent autant qu’ils s’attirent. Malgré les embûches mises sur leur route, leur lien évolue lentement mais sûrement ver la reconnaissance d’une inclination mutuelle.

Le prince et la princesse, quoique imparfaits, se retrouvent à l’état pur au milieu d’un univers réaliste qui ne cache rien des mesquineries de la société.


Mary la jeune sœur est une femme savante : elle ne trouve aucun parti. Représente l’auteur qui est restée célibataire. C’est un personnage esquissé, qu’on aimerait plus approfondi.

 

Certains personnages semblent inutiles et gagneraient à être supprimés : Kitty qui est Lydia en plus faible, n’est qu’un doublon. Les Bennett n’auraient dû avoir que quatre filles.

Mrs Hurst ne fait que « doubler » Caroline Bingley qui saurait aussi bien semer des obstacles seule.

 

 

 


 

la vieille peau

la vieille peau

 


 Jane Bennett et Charles sont là pour mettre en valeur Lizzy et Darcy : mais ils sont très conventionnels et finissent par ennuyer.

Il n’y a  pas dans « Mansfield Park »( voir l'article précédent)  de personnage "en trop "et de ce fait la composition a plus de force.


Mais dans  ce même Mansfield Park , on  subit une avalanche de sentiments chrétiens qui nous lassent sans compter la condamnation du théâtre par le jeune Edmond qui me le fait trouver assez antipathique alors que jusque là je l'avais à la bonne...


Ni dans ce livre-là, ni dans l’autre nous ne sommes dispensés d’une surabondance de lettres pour rendre compte de faits qui font progresser l'action. Ces péripéties nous parviennent de façon distanciée au travers d’une narration épistolaire.


Décidément je ne me fais pas aux longs récits par lettres !

Cependant les romans de Jane Austen ont  des qualités  d'intrigue, de suspense dramatique bien entretenu,  d'ironie fine et d'observation aiguë des moeurs de son époque.

Bah...! j'en lirai un troisième...un jour.
  Lire une  autre chronique d'Orgueil et préjugés  sur Passion des  livres
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13 avril 2007 5 13 /04 /avril /2007 09:36
mansfield-park.gifJane Austen

Mansfield Park. roman de mœurs et psychologique.
Année de publication : 1815
Edition : 10/18.


Trois sœurs, Lady Bertram, Mrs Norris et Mrs Price ont épousé la première un Lord, la deuxième un bourgeois, la troisième un matelot alcoolique.

 Mrs Norris n'a pas d'enfant et veut être charitable pour se prouver qu'elle est bonne. Elle fait venir de Portsmouth, sa nièce défavorisée Fanny Price âgée de dix ans pour l'élever chez elle à Mansfield Park, propriété familiale commune.

Mais la fillette devra habiter chez les Bertram et à leurs frais, Mrs Norris étant, en dépit de ses bonnes intentions,  trop avare pour la prendre.

Effrayée dans sa nouvelle demeure, tolérée davantage qu'aimée, la timide et honnête orpheline à l'on confie trop souvent des tâches ménagères, trouve un allié et un confident dans la personne de son cousin Edmond, seize ans. Un tendre sentiment les unit qu'ils ne s'avouent pas.

Quelques années plus tard, au presbytère des Grant, autres résidents de Mansfield Park, arrivent de Londres deux jeunes gens de bonne mine et à la rente confortable : Mary Crawford et son frère Henry.

Edmond s'éprend de Mary, mais, cette jeune femme un peu frivole va-t-elle vouloir d'un pasteur pour époux ?

Pendant que Mary intéresse Edmond, la pauvre Fanny, telle une Cendrillon, supporte un abandon relatif mais violemment ressenti : la jument qu'elle monte lui est ravie pour permettre à Mary de faire des balades ; lors d'une excusion familiale à Sotherton, elle passe la journée assise seule  sur un banc tandis que les couples passent à ses côtés.

 


 Cepndant, Henry tente sa chance auprès de toutes les filles de Sir Thomas Bertram, et fait une cour assidue à Fanny, qui vient d'avoir dix-huit ans et va faire son entrée dans le monde. Mais Fanny, que son oncle voudrait bien marier, va-t-elle vouloir d'un époux séducteur, malgré sa fortune et son beau parler ?

Un jeune homme Yates, fait son apparition chez les Bertram pendant l'absence du chef de famille et propose de monter une pièce de théâtre, Lover's vows, un drame  au langage assez libre dont l'héroïne est une mère célibataire...

Les jeunes gens et leur mères,  investissent la salle de billard, fabriquent des costumes et des décors, se répartissent les rôles. Edmond, le futeur pasteur juge tout cela inconvenant, mais  se laisse entraîner à donner la réplique à Mary!

Fanny, encore plus choquée que lui par la pièce, se révèle incapable, dans son "innocence" d'orpheline, de jouer un rôle.

L'arrivée inopinée de sir Thomas, le père, met fin aux réjouissances, et place au coeur d'Edmond une culpabilité qui  pourrait le rapprocher de Fanny et l'éloigner de Mary.

La condamnation du théâtre comme corrupteur des moeurs de cette famille fait penser à ce qu'en dit Rousseau ( Lettre à d'Alembert sur les arts et les spectacles), trente ou quarante ans plus tôt.

 

Fanny Price : un nom qui n'est pas choisi au hasard. Ses cousines qui sont censées valoir bien davantage ne font que se vendre au plus offrant, mais à des personnages médiocres. Fanny, qui paraît l'humilité même, et qui, à la vérité se sent redevable de la faveur qu'on lui a fait de l'éloigner de son milieu social défavorisé, ne peut que désirer la richesse spirituelle.

Et cependant, pour être retournée à Portsmouth, huit ans après avoir été adoptée par sir Thomas, son oncle, elle se rend compte que l'argent est nécessaire à faire valoir une personne qui a du prix …

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29 mars 2007 4 29 /03 /mars /2007 20:58
miss-harriett.jpg 

Mardi 27 mars,  J’ai  regardé le téléfilm   «  Miss Harriet » sur A2 d’après la nouvelle du même titre publiée en 1884.

 


C’est l’histoire d’un vieux peintre qui raconte comment dans, dans sa jeunesse alors qu’il vivait en nomade, s’arrêtant dans des auberges pour peindre à la façon impressionniste, tout occupé alors de son art et aussi de goûter la liberté d’une existence au jour le jour où l’on fait ce qui vous plaît sans obligations, il lui arriva de prendre pension chez la mère Lecacheur, en Normandie, près de la mer, et d’avoir pour voisine une anglaise de cinquante ans, vieille fille, qui adore la nature que dieu a faite, faute de trouver un homme car «  son corps est disgracié »  

On jase dans le village ; l’anglaise est taxée tantôt d’ »athée » tantôt d’ »hérétique » parce qu’elle distribue des images pieuses. Elle a passé sa vie à voyager parce que « sa famille l’a chassée… »

Au lieu d’être seule et libre, comme le peintre, elle est considérée comme une anomalie parce qu’une femme n’a pas le droit de vivre seule : on doit se marier, entrer dans les ordres, se prostituer  ou faire la demi-mondaine : miss Harriet ( c’est un prénom pas un nom…) n’est rien de tout cela 

 On la montre du doigt.

Le peintre lui-même la trouve d’abord insupportable

«  une de ces vieilles bonnes filles insupportable qui hantent toutes le tables d’hôtes de l’Europe »

«  Sa figure de momie encadrée de boudins de cheveux gris roulés, me fit penser à un hareng saur qui aurait porté des papillotes »

 

Cependant ses penchants artistiques lui font observer les humains d’une façon inédite, et il abandonne bientôt les préjugés.

 

 «  celle-là me paraissait tellement singulière qu’elle ne me déplaisait point ».

 

Miss Harriet surnommée «  la démoniaque » soigne et nourrit un crapaud qu’elle garde dans sa chambre. On pense au crapaud des contes censé se transformer en jeune homme.

 

Bizarre, d’abord farouche, elle prend plaisir à accompagner l’artiste, et admire ses toiles  en présentant son exaltation devant l’oeuvre d’art  comme hommage au divin.

Mais lorsque le jeune homme lui montre une toile où il a voulu représenter deux amants s’embrassant dans la brume, à peine visibles et d’autant plus présents, elle manifeste un émoi qui laisse à penser qu’elle s’est éprise de lui.

Le peintre annonce son départ pour le lendemain. 

 Miss Harriet se jette dans le puits.

Il raconte alors longuement la manière dont il s’est occupé du cadavre, l’a lavé, veillé, contemplé, peut-être peint (sans le dire). «  Ce regard spécial des cadavres qu’on dirait venu de derrière la vie »

L’ensemble du texte est parcouru de formules saisissantes dont certaines sont rapportées par la voix off du peintre évoquant la passion qu’il fit naître et à laquelle il n’était pas question pour lui de répondre.

Miss Harriet, dont on ne sait rien, dont on ignore le pourquoi de sa solitude mal assumée, doit en passer par le trépas pour  faire  l’objet de soins attentifs de la part d’un homme bien de sa personne.

 Aussi vaine et pitoyable dans sa virginité forcée que des femmes dont on use et abuse.

« Quels secrets de souffrance et de désespoir était enfermé dans ce corps disgracieux dans ce corps porté ainsi qu’une tare honteuse durant toute son existence enveloppe ridicule qui avait chassé loin d’elle toute affection et tout amour ? »

Le téléfilm montre le peintre tout le temps en train de peloter la servante devant Miss Harriet

ce qui énerve

dans  la nouvelle,  il glisse discrètement que ceci  n’est arrivé  qu’une fois la veille de la mort de miss Harriet, comme une défense de sa part contre la mort qu’il pressentait.

 

Pas de vrai sujet, ou peut-être simplement la mort, ( que miss Harriet préfigure)  c’est ce qui fait la force d’une telle nouvelle.


 Bien qu’une femme  y voie forcément aussi l’injustice de la condition  féminine.

 
 Miss Harriett jeremie-renier-236328
 
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25 mars 2007 7 25 /03 /mars /2007 21:46
51hLDxA87-L.-AA240-.jpgElizabeth Taylor « Angel » (1957) trad. 1988.
 

Elizabeth Taylor, (1912-1975), excellente romancière anglaise, fut éclipsée par son homonyme l’actrice.

Maintenant que François Ozon vient de l’adapter au cinéma, on lui souhaite davantage d’audience. El Taylor a écrit douze romans et plusieurs recueils de nouvelles de trente à 60 ans publiées en traduction aux éditions Rivages.

« Angel » est son cinquième roman.

Angelica, dite « Angel » est prénommée ainsi parce qu’un peu démoniaque mais elle ne fait le malheur de personne, sauf le sien.

El Taylor, s’est inspirée de la vie de Marie Corelli romancière bien oubliée qui fit les délices de la reine Victoria et la précéda de peu dans la célébrité. Pendant trente ans elle fut l’auteur de 21 best-sellers mondiaux, avant le déclin, et ses « Souffrances de Satan » se sont vendues à cinquante mille exemplaires, le jour même de la parution. Honnie des critiques et adorée des medias, extravagante, romantique, travaillant six heures par jour, et contentant des milliers de lectrices et de lecteurs avec un exotisme de pacotille.

Le roman : Angel seize ans, vit à Norley, ville industrielle des environs de Birmingham dans une modeste maison qu’elle partage avec sa mère, qui tient une épicerie. Tante Lottie a inscrit sa nièce dans une école religieuse et vient prendre le thé régulièrement pour voir si sa protégée tient ses promesses.

Pendant ses visites, elle raconte Paradise House la vie et la propriété de Madame dont elle est la femme de chambre et qu’elle vénère. Madame a une fille, et Angel a été nommée comme elle Angelica, parce qu’elles sont nées presque en même temps.

Angel, raconte aussi la vie de rêve que l’on mène à Paradise House à ses copines, y ajoutant qu’elle ne vit pas chez cette riche parente parce que sa mère a été « mésalliée et déshéritée »

Les copines bavardent, Angel doit quitter l’école sa mère s’étant trouvée très embarrassée. Feignant la maladie, Angel écrit « Heaven Castle » en s’inspirant des récits de tante Lottie, brodant sur ce canevas, rien de plus, car elle ne lit pas.

Son manuscrit atterrit chez Théo Gilbright qui pense que réécrit, le livre peut se vendre, et cela ne coûte rien d’essayer avec un petit tirage. Le manuscrit doit être sorti du cerveau ramolli d’un vieux monsieur ou d’une célibataire âgé un peu folle. L’arrivée d’Angel le plonge dans la stupéfaction.

Le roman se vend bien et devient livre de chevet de l’Angelica de Madame.

Les critiques l’abreuvent le roman d’injures le qualifient de tas d’inepties. Angel est piquée mais elle continue à écrire.

Angel a dépassé 25 ans lorsqu’elle rencontre Nora, adoratrice de ses œuvres et Esmé peintre raté qui « fait des intérieurs de pubs et des terrains vagues ». Grand, mince, délicat, il plaît à Angel. Nora devient sa dame de compagnie et, à vrai dire, la seule vraie relation de cette femme asociale.

Esmé a réussi à lire un de ses livres et lui fait un petit compliment. Angel se laisse portraiturer, emmène Esmé à Paradise House, désertée par ses occupants, qu’elle a racheté.

Esmé lui fait une déclaration d’amour de politesse ; à sa surprise elle se déclare aussi et semble sincère… Ils s’épousent et se fâchent. L’amour sexuel lui paraît « un jeu bizarre et grotesque au cours duquel Esmé et elle perdent toute dignité et leur identité même ». Elle s’y soustrait. Esmé fait le jardinier jusqu’à la déclaration de guerre part au front, voit une femme pendant ses permissions, revient amputé et déprimé, se noie dans l’étang. Angel lui fait dresser un mausolée.

Paradise House où elle s’est installée et qu’elle veut remettre en état, est un gouffre financier. Quarante ans, le succès est loin derrière, les dettes s’accumulent et Nora souffre de la goutte. Les domestiques fuient la maison qui se délabre et se remplit de chats.

Angel reçoit un jeune critique Clive Fennelly qui lui rappelle Esmé. Par ses yeux on contemple Angel vêtue de vieux vêtements, excentriques, et en loques mais qui se croit très belle et il se voit offrir des pêches toutes pourries. Elle embrasse les chats et sa chevelure est couverte de poux.

« Elles était parfois violente à l’égard des hommes, ses contemporains, comme le sont les gens qui aiment les animaux ».

Hiver rigoureux : bronchiteuse chronique, Angel arpente son domaine en ruine pour sauver un petit chaton perdu dans la neige. Le greffier s’en tire mais pas elle. Claudicante, la fidèle Nora suit son cortège funèbre, et pense « Elle n’aimera pas ça, restée couchée au cimetière, parmi les morts ».

Clive, le jeune critique est là aussi, il imagine la fin du domaine lorsque la nature reprend ses droits sur les lieux en une fort belle page.

Car le personnage principal n’est pas Angel mais le rêve d’Angel, ce qui lui a servi d’inspiration, le domaine enchanté de Paradise House.

Le roman est ironique, réaliste, sans concession, tous les personnages sont soignés jusqu’aux plus petits rôles. Angel y est un être complexe, orgueilleux, arriviste, naïf, inculte, qui flatte les goûts du public avec de mauvais romans et entretient le rêve au détriment de la pensée chez un lectorat qui lui ressemble toutes classes sociales confondues ; elle n’en sait rien, c’est pour elle qu’elle écrit. La fin de sa vie nous la rend touchante et pathétique. Elle ne réussit pas à aimer les humains et déborde d’affection pour les chiens les chats et les objets.

La deuxième partie de cette biographie imaginaire qui dépeint le déclin et la chute inexorable d’ Angel et de son pauvre empire est remarquable.

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25 mars 2007 7 25 /03 /mars /2007 21:40
2070401189.08.MZZZZZZZ.jpgPierre Michon «  Vies minuscules » 1984.
 

Ce sont des hagiographies des biographies miniatures et des fragments d’autobiographie.

 

IL ne s’agit pas de décrire la quotidienneté banale de gens de conditions modestes, ni de montrer leurs insuffisances tragiques, comme le fait Annie Ernaux dans « La Place » ; c’est    l’inverse, à l’exception près de « Claudette «  et «  Eugène ».

En 1984, l’époque est favorable aux documents qui nous content la vie des gens sous forme documentaire (exemple «  Grenadou paysan français ») et le roman régional romanesque (exemple : Signol) connaît aussi un grand essor.

Cependant cette littérature finissait par devenir ennuyeuse, aussi l’apparition des Vies minuscules fut-elle un quasi-miracle.

Le narrateur fait ressortir le caractère d’exception de personnages de conditions sociale et culturelle défavorisées, qui, d’une manière ou d’une autre, ne se sont pas pliés à la vile nécessité, l’ont niée, s’en sont détournés, en ont fait un objet de scandale. Ils sont rendus comme des héros (au sens grec, et au sens médiéval du terme)  il  leur rend hommage à l’aide d’un style recherché, baroque souvent, stylisé à l’extrême, proche de la prose poétique, se voulant aussi éloigné que possible  du constat sec et de l’universel reportage.

 
 

André Dufourneau : l’auteur recueille les fragments de son existence par sa grand-mère Elise, paysanne excellente conteuse.  L’apparition du héros (un orphelin envoyé à la ferme familiale pour y être utile plutôt qu’adopté) est imaginée  (je me plait à croire qu’il arriva un soir d’octobre) ce qui en renforce le caractère énigmatique qui fait de chaque petit fait un événement unique.

 Le mental du personnage reste incommunicable, donc sublime : «  Il eut une pensée que nous ne connaîtrons pas. Il s’assit et mangea la soupe. Il resta dix ans. »

Sublime renforcé par cette activité secrète  qui gagne en intensité par la brièveté des phrases destinées à figurer  la routine des jours qui s’éternisent. Les épisodes de la vie du héros sont imaginés  en forgeant  des hypothèses  à partir d’indices ; un paquet de café  envoyé d’Afrique, gardé comme une relique

Sa mort, dont on ignore les circonstances, revécue de diverses façons par le narrateur biographe : une mort qui est assimilée à une mauvaise mère «  quant à la façon dont frappa la marâtre, les conjectures peuvent être infinies ».

L’avantage de cette vie tout en hypothèses, c’est qu’elle montre un récit en train de se faire et qui ne s’épuisera jamais. Une façon de concevoir « l’œuvre ouverte ».

 

 On sait que Dufourneau voulut partir en Afrique et qu’il le fit sans tarder

« Sa vocation fut ce pays où les pactes enfantins qu’on passe avec soi-même pouvaient encore, en ce temps-là, espérer d’accomplir d’éblouissantes revanches pourvu que l’on acceptât de s’en remettre au dieu hautain et sommaire du « tout ou rien ». 

Le personnage vit sans concession, fidèle à ses convictions premières enracinées dans une enfance rêvée. C’est un « pur ».

Ce qu’on dit «  en famille » c’est qu’il est parti pour faire fortune devenir planteur, et avoir des esclaves à battre.

« Mais dit le narrateur j’ose croire qu’il n’en fut rien… qu’il était trop orphelin, irrémédiablement vulgaire et non né pour faire siennes les dévotes calembredaines que sont l’ascension sociale…. Qu’il partit comme jure un ivrogne, émigra comme il tombe ».

Et aussi «  l’assurance que là-bas un paysan devenait un blanc, fût-il le dernier des fils mal-nés » Dufourneau gagne ses lettres de noblesse se forge une identité.

 

La citation unique de Dufourneau «  j’en reviendrai riche, ou y mourrai… » Se double de celle de Rimbaud «  Ma journée est faite, je quitte l’Europe ». Les deux premières des Vies minuscules sont placées sous le signe du poète.

 Arthur Rimbaud. André Dufourneau. A+O.

Antoine Peluchet, parent de la même grand-mère Elise, est lui aussi un fugueur «  quitta sa famille à dix-sept ans, un soir, et ne revint pas pour labourer le champ le lendemain après s’être disputé » ( querelle présentée de l’extérieur, ombres chinoises)

 

« Il avait tout, presque, pour être un auteur intraitable, l’enfance aimée et rompue désastreusement, l’orgueil férocequelques lectures canoniques… le bannissement et le père refusé… : et qu’il s’en fût fallu d’un cheveu, je veux dire d’une autre enfance…pour que le nom d’Antoine Peluchet résonnât dans nos mémoires comme celui d’Arthur Rimbaud ».

 
Vie des frères Backroot :

Des héros que tenaillaient la haine et l’amour. A partir de ces deux camarades de pensions du narrateur il se met davantage en scène comme personnage et autobiographise son récit sans voler la place d’honneur à ces deux créatures qui semblent sorties d’un «  Grand Meaulne » réinventé, ou d’un roman de collège magnifié : les deux frères ( Backroot évoque on ne sait quel retour aux racines…) sont des fils de fermiers flamands que leur rivalité farouche pousse chacun à dépasser l’autre. La jalousie qui pousse le cadet à voler le livre offert à son aîné Roland ( « L’Homme qui voulut être roi »)  par un prof de latin, se clôt par une terrible bagarre.

La suite du récit ressemble souvent à un tableau flamand, avec l’effet clair/obscur.

 

Avec «  Vie du père Foucault «  on entre de plus en plus dans la vie du narrateur lié à une actrice Marianne, à ses déboires, son impossibilité d’écrire, ses drogues, son alcool, tout cela écrit dans un style plus ordinaire qui laisse loin derrière le morceau de bravoure des « frères Backroot ». Voisin d’hôpital du narrateur, le père Foucault refuse de se faire conduire à Villejuif pour qu’on y opère son cancer malgré de réelles chances de survie. Il avoue aux médecins être illettré «  un sentiment fraternel m’envahit : dans cet univers de discoureurs et de savants, quelqu’un comme moi peut-être, pensait quant à lui ne rien savoir, et vouloir en mourir… le père Foucault était plus écrivain que moi : à l’absence de la lettre, il préférait la mort ».

 
 

L’abbé Georges Bandy  lui aussi refuse les soins d’un hôpital, tant il est vrai que toutes ces vies trouvent leur dénominateur commun et leur beauté dans la passion du refus. Il trouve la mort dans un sous-bois et le narrateur qui l’a si peu connu lui chante son agonie comme une révélation.

 

Le narrateur évoque sa sœur dans «  Vie de la petite morte » qui a vécu huit mois entre 1941 et 1942 et meurt sans avoir parlé, trois ans avant sa propre naissance. Ainsi que les décès plus tragiques encore, de deux petites filles qu’il a connues terrifiées par la souffrance et la peur.

La description du supplice de la petite Bernadette l’aide à évoquer sa sœur, si présente à son esprit qu’il croira l’avoir vue devant lui, âgée de dix ans avant de reconnaître la fille d’un voisin. Dans ce peuple de fantômes où les deux grand-mères feraient merveille si elles ne supplantaient pas si facilement les deux grands-pères, où sœur et père ont disparu avant qu’il ne les voie, le narrateur tombe dans la perplexité : on ne prononce jamais devant lui le mot « mort » pour désigner un défunt, ni aucun des synonymes ; on dit «  ta pauvre petite sœur » « ton pauvre père ».

 

Ne passez pas à côté de ce beau texte inspiré.

 
 
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20 mars 2007 2 20 /03 /mars /2007 17:00

En-lisant-Tourgueniev.jpg" En lisant Tourgueniev" est Le deuxième opus  de “ Two Lives”que William Trevor appelle des «  romans miroirs ». Tous deux sont traduits et  publiés chez Phébus ( comme toutes les oeuvres de Trevor) , de façon séparées.


Les héroïnes de ces deux romans s’opposent point par point et se rejoignent d’autant mieux.

 Emily (Ma maison en Ombrie) est  une femme de petite vertu, orpheline,  qui  a beaucoup voyagé, beaucoup bu,  et s’est réalisée dans l’écriture de romans ; Marie-Louise, restée vierge malgré un mariage et une grande passion,  n’a jamais quitté son  village, n’a jamais bu que de l’eau, est envahie par les contraintes familiales, a vécu claustrée et s’est épanouie dans la lecture de romans. L’une et l’autre ont également subi un traumatisme…  Elles ont toutes deux 57 ans lorsque leur vie nous est contée. Ironiquement opposés, leurs destins se font écho.

 
 

 Les textiles « Quarry » sont l’affaire la plus prospère de Culleen, 2500 habitants. Lorsque Marie-Louise, de la ferme Dallon, se voie courtisée par Elmer le propriétaire du magasin, elle  y voit des avantages : habiter en ville, travailler au magasin ce qui est nettement plus agréable que les tâches requises par  la  ferme. Le mari lui importe peu.

Les barrières entre protestants et catholiques sont tranchées mais la sœur de Marie-Louise, énergique et réaliste, se cherchera  un mari plausible et épousera un catholique.

Marie-Louise, elle, rêve depuis toujours. Toute petite elle voue un culte particulier à Jeanne d’Arc…


Non consommé,   le  mariage mène Elmer honteux et confus à l’alcoolisme, et Marie-Louise chez son cousin Robert qu’elle n’a pas vu depuis l’école ; Robert a 21 ans lui aussi, condamné par une déficience organique il ne quitte pas la maison et  fait partager à Marie-Louise  son univers de songes : batailles  avec les soldats de plomb appartenant à feu son père, contemplation d' un héron vers l’étang, lecture de Tourgueniev où l’on  suit les aventures  d’Elena, amoureuse d’un étranger, le Bulgare Insarov, qui meurt jeune, laissant son amie en deuil éternel.

« Elle butinait à travers les pages, ouvrant le livre au hasard. Elle adorait voir Elena Nicolaïevna , incapable de fermer l’œil, se prendre les genoux dans les mains et y poser la tête ».  

 Les cousins se récitent la nouvelle et l’apprennent par cœur, dans le cimetière du village auprès du caveau d’une famille Attridge.

 A la mort de Robert,  Marie-Louise s’enferme dans  ce monde imaginaire, sous les combles de la maison  Quarry. Ses deux belles-sœurs qui n’ont jamais cessé de la maltraiter moralement vont tirer partie de cette désertion.

 

ELT se présente de façon classique comme le choix de la troisième personne du singulier, le point de vue de Marie-Louise l’héroïne est dominant mais n’est pas le seul observé. ELT est un roman de moeurs autant que « psychologique » ; il nous fait vivre dans la petite ville de Culleen ,2500 habitants dans les années 50, et les rêveries et folies de Marie-louise alternent avec les descriptions de la vie prosaïque des habitants et de leurs préoccupations.

Les deux noces du roman font l’objet de longs récits réalistes et fouillés.

De même, dans la maison de repos où Marie-Louise  séjourne, les autres pensionnaires et leurs univers décalés nous  deviennent familiers.  

 
 
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