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14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 09:26

Actes-sud, 2008. ( The Sorrows Of An American, 2008), 394 pages.

Erik Davidsen psychothérapeute  et sa sœur Inga, prof de philo essayiste, viennent d'enterrer leur père Lars, depuis longtemps malade et vident la propriété familiale. Ils trouvent les Mémoires rédigés par le défunt, mais plus surprenant une lettre datée de 1937 ( le défunt avait 15 ans) écrite par une certaine Lisa parlant du décès d'une personne de sexe féminin dont les circonstances doivent rester secrètes. Inga et Eric  estiment que leur père a gardé cette lettre pour qu'ils la trouvent et qu'ils se mettent en quête de la mystérieuse Lisa avec qui il partageait un lourd secret.


Nous croyons que cette recherche sera le fil conducteur du roman...

Le lecteur se souvient de «  L'invention de la solitude » d'Auster : le fils découvre un secret qui est au cœur de l'intrigue...

Mais dans ce livre, Il n'en est rien !

Plusieurs histoires s'entrelacent entre elles (des tranches de vie racontées ou lues) et  ne mènent à rien de particulier.

Erik Davidsen s'éprend de sa locataire Miranda belle jamaïquaine artiste dessinatrice. Mais Miranda vit une relation complexe avec son ex-ami Jeff Lane surnommé le « Stalker », dont les agissements intriguent ceux qui lui sont proches.

Erik lit les Mémoires de son père, sa vie difficile d'émigré norvégien dans une ferme du Minnesota, ses années de guerre, ses relation avec sa nombreuse famille...

Un autre fil déroule l'existence d'Inga, la sœur d'Erik, veuve de Max Blaustein écrivain célèbre, dont le récent décès a traumatisé toue la famille. On évoque ses souvenirs à lui, son agonie, sa maîtresse, le film qu'il  mit en scène.  Dans cette partie le deuil joue un grand rôle. Inga et sa fille Sonia évoquent souvent les événements du 11 septembre qui les ont frappées car elles vivaient aux alentours du lieu de la catastrophe.

Ajoutons-y les hommes qui gravitent autour d'Inga, une journaliste jalouse,  les patients à risque d'Erik, dont Sarah qui s'est suicidée en 1992 et continue de la hanter,  la nombreuse famille d'Erik (grand-mères, arrières grand-père, cousins, oncles, voisins, amis du défunt) la famille de Miranda  .

Le très grand nombre de personnages (j'en ai dénombré une bonne soixantaine) convoqués dans la mémoire d'Eric, celle de son père, et dans sa vie,  rendent la lecture difficile : On ne les assimile pas tous.

Qui sont Rachild Lund et l'oncle Fredrik qui débarquent au cours d'une page?  Yvar était-il le grand-père ou l'arrière-grand père d'Eric ? Et Olaf ?

Qui Diable est ce Joel ? Ah oui le fils naturel de Max conçu avec une actrice !... Les personnages du film qui a tant compté pour Max, jouent un rôle secondaire mais reviennent à plusieurs reprises, et  se télescopent avec les acteurs ! On ne reconnaît pas le titre du film que l'on confond avec un lieu, là-bas dans le Minnesota, cette brasserie où le père d'Erik travaillait, où Lisa vint le voir  ...  on s'affole lorsque survient « Rosalie » qui a une piste pour retrouver Lisa. Qui donc est Rosalie ? Une cousine, oui, mais  quand et comment a-t-elle fait son entrée dans le récit...

J'ai eu l'impression d'avoir un Alzheimer naissant...

Plus de soixante personnages qui  se partagent 395 pages... c'est trop pour moi ! La plupart sont récurrents, mais ont fait l'objet d'une présentation très rapide, et lorsque je les croise à nouveau, je ne les remets pas.  


Donc plusieurs fils qui ne conduisent à rien de concluant ni de précis. C'est la vie qui va et qui vient...certaines thématiques sont développées avec succès : celle de l'être défunt ou disparu, devenu fantôme, du deuil impossible ...


Le secret de Lars et  Lisa  se révèle moins important que prévu, et même les héros sont déçus : en quoi cette histoire donnerait-elle des clefs pour comprendre mieux leur père ? Pourtant les pages qui  concernent cette dame sont d'une belle force dramatique.

Ce roman ne manque pas d'intensité mais nous n'avons pas de dénouements, de «  chutes »   des différentes intrigues. Après tout, le titre est «  Elégie », cette donnée  n'annonce pas  d'intrigues fortes.  


Il y a un certain nombre de pages intéressantes noyées dans un océan de détails.


Les rêves des différents protagonistes, l'histoire de Miranda de sa fille et de son ex-ami méritait un traitement particulier et eût dû faire l'objet d'un autre roman (court) car elle ne s'intègre pas correctement avec cette histoire familiale complexe. Le docteur Davidsen essaie d'avoir une vie personnelle,  ça on le comprend, envahi qu'il est par les problèmes familiaux remontant jusqu'à la énième génération !! Mais il aurait pu rester simple narrateur pour simplifier le récit.


On peut penser que Hustvedt s'est mise en scène elle-même dans le personnage d'Inga et qu'Auster « est » Max Blaustein. Bien que la différence d'âge soit plus importante : Inga épouse un homme qui pourrait être son père. Huit ans seulement séparent Auster et Hustvedt.

Sophie Auster a aussi plus ou moins a servi de modèle pour « Sonia » l'adolescente révoltée qui » ne veut pas vivre dans ce monde-là ».



Bref des défauts de structure, ou des choix volontaires, qui rendent ennuyeuse la lecture de ce roman pourtant intéressant et ambitieux.


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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 23:14

   A proximité du robinet où l’on branche le tuyau d’arrosage, l’eau est fraîche presque froide, potable, c’est la meilleure boisson qui soit pour la journée. On boit à même le robinet ; parfois, l’on tend les lèvres à l’extrémité du tuyau d’arrosage, lorsque l’on obtient un débit moyen.
L’on est assis sur une des allées d’herbe, qui quadrillent la partie basse du jardin ; d’un côté se trouve le cerisier, de l’autre le plan de fraisier. Il donne relativement peu et l’on n’est pas autorisé à s’en restaurer sinon la cueillette hebdomadaire n’aura plus lieu d’être.

Certaines fraises sont blanches et d’autres jaunes pâles ; on s’autorise à les goûter car elles ne sont pas de la couleur attendue ;  vérifier  qu’elles sont aussi savoureuses que les autres.
On a son livre de poche avec soi ; « le Procès » de Kafka. De source autorisée on a appris que c’était l’un des plus grands livres du vingtième siècle.


Nos parents n’en savent rien !

Grand-père lit le Figaro, Mammie  Femmes d’aujourd’hui, la mère est plongée dans un traité d’homéopathie, le  beau-père se la  joue SAS.

Pauvres gens.

On est assez fier de soi.


L’on monte difficilement chez le peintre, dont Joseph K. espère de l’aide pour son problème judiciaire ; l’atmosphère est irrespirable, comme partout ailleurs, des relents de moisi, d’alcool peut-être ? Et toute cette poussière accumulée! Il ne fait pas bon être asthmatique. On tourne le robinet à nouveau pour se rafraîchir.

 

 La nuit, il est plus agréable d’ouvrir le meuble à liqueur dans l’entrée, et, bravant l’obscurité, les couples  qui  ronflent ou soupirent  dans leurs chambres, qui s’adressent sans doute des remarques lasses cent fois répétées,  leurs possibles curiosité, les émois de l’horloge, et les craquements du meuble, l’on se saisit d’une bouteille plate contenant de la liqueur de framboise ; mais il en reste si peu que l’on n’en prend qu’une gorgée ; ensuite l’on goûte le Martini, cela ne nous plaît guère, la Suze, c’est encore plus âpre, la carafe de Porto, il est nécessaire d’en réduire la consommation à un tout petit fond de verre car cette bouteille ne sert pas à la figuration ; ils en consomment assez régulièrement.

Reste le flacon de Schnaps qui vous incendie l’œsophage.

Le retour dans la chambre  rose au premier, au fin fond du corridor, permet de constater quelques pulsations cardiaques accélérées, un peu de chaleur, un début d’ivresse modeste que l’on renforcera par la consommation de six à sept Gauloises à moins que ce ne soient les Gitanes dont deux paquets occupaient l’assiette à midi, suite à quoi l’on a remercié l’aïeul généreux.

On ne lit pas, on s’exalte.

 Le lendemain à côté des parterres de pensées mauves et pourpres, très près de la maison cette fois, c’est « L’Introduction à la psychanalyse »de Freud qui nous occupe. Nous sommes ravis de lire que nous ignorons presque tout de nos véritables pensées ; à vrai dire nous le savions déjà et il semble que l’on prêche une convertie. Nous pensons à notre famille avec pitié : pauvres gens qui croient dur comme fer dire ce qu’ils pensent et penser ce qu’ils disent, qui s’imaginent pouvoir mentir et dire vrai à volonté !

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26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 23:36

A travers ces 30 monologues alternés, des amis, des proches, et des intimes, invités par une claveciniste pour un  concert privé,  on lit et on entend  les préoccupations, le langage, les problèmes d' hommes et femmes d'âges divers, et  d'il y a vingt ans.


Plus exactement la façon de s'exprimer, une génération plus tôt.


Ainsi en est-il  aussi de la musique. Le goût pour les instruments  d'époque, la mode des « baroqueux », mais aussi l'intérêt porté  à la musique synthétique, une grande variété de pensées qui sont intemporelles et ne seraient plus dites de la même façon, aujourd'hui.

Ce qui fait de ces variations tant un beau livre, qu'un document sur les façons de penser de la fin des années 70 en France.

 


Certains de ces participants font des remarques sur la musique qu'ils entendent, d'autres n'en parlent absolument pas, quelques uns s'ennuient à mourir et le disent....chacun  est dans son monde et tente ou non de pénétrer dans celui de la musicienne, tantôt par l'écoute, tantôt par l'observation des autres, d'elle, de la salle, de souvenirs la concernant.  

Un exercice de virtuosité réussi, même s'il y a deux ou trois variations qui se répètent tant, qu'elles sont presque de trop.

Ces monologues tellement bien composés m' émeuvent au premier degré, en dehors de toue sentimentalité.




 




 



 



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22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 23:54

Are You Somebody ? 10/18 (Domaine étranger), 1996, 313 pages.

L'auteur, journaliste et universitaire irlandaise, devait écrire une préface pour un livre et ce texte s'est transformée en autobiographie. Elle devint donc écrivain de fiction à 56 ans.

Enfance à Dublin, deuxième d'une famille de neuf enfants ; son père était journaliste lui-même, plume élégante et appréciée, aristocrate dans ses façons, alcoolique ainsi que sa femme, aimait sa famille et ne savait pas s'en occuper. Une famille qui ressemble aussi à l'idée que l'on se fait de la famille Dickens.

L'auteur évoque ces années difficiles, puis son passage dans une école privée religieuse, ses études dans diverses universités, finalement à Oxford, et sa carrière universitaire à Dublin, presque toujours seule femme à évoluer dans un milieu intellectuel d'hommes.

Une existence riche et  mouvementée, des liaisons intéressantes, sa prise de conscience en tant que féministe, son engagement politique, et un témoignage sur les années 60 dans les milieux intellectuels anglais et irlandais.

Un livre brouillon, un peu incohérent, mais plein d'intérêt, le témoignage d'une femme qui dut se battre pour  s'affirmer et y a réussi.

Lire l'avis d'Eeguab  

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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 14:07

Publié aux éditions Hors commerce, vous le trouverez à présent en collection de poche " J'ai Lu, mon ptit Lu".


Cinq vieillards quittent l'hospice pour une balade dans une région marécageuse  aux Roches Sourdes. Il s'y trouve deux champs de tourbe avec des sphaignes «  la terre est noire gorgée d'eau, une boue pâteuse qui colle aux souliers ».Les sphaignes sont des mousses « qui rendent l'eau des tourbières si pauvre et acide, incapables d'accueillir la vie .. quelques arbres chétifs, de la bruyère, de la vase et du ciel. »


Cinq vieillards : Francis, grand amateur de chocolat, autrefois camionneur pour un patron qui l'exploitait éhontément ; Elie, ancien musicien alcoolique, divorcé ; Mlle Cayeux, une dame  qui parle tout le temps pour se rassurer ; Marcelle,"prolétaire", et une infirme muette en fauteuil roulant. Les accompagnateurs, deux religieuses, une irlandaise voulant entrer dans les ordres, et  Christophe, 40 ans, qui a vécu là autrefois et recherche Yolande une femme qui a compté pour lui.


Pour les accueillir, Marc, responsable du musée régional, lequel renferme entre autres une statue de femme nue datant de la Préhistoire. Des faits tragiques ont eu lieu : la mère de Christophe était hébergée aux Roches Sourdes pendant la guerre et ses parents livraient des juifs à la Gestapo. Yolande a eu Marc pour compagnon mais elle est partie... Christophe et Marc vont s'affronter. A peine arrivé, l'un des vieillards en balade tombe sur le cadavre d'une femme...

Un roman policier animé par une dizaine de personnes meurtries, mal à l'aise, la recherche éperdue d'un meurtrier : Christophe et Marc s'accusent mutuellement...

Vous allez aprécier le style singulier pour un roman policier, le présent de narration qui fait surgir le passé  les descriptions sobres et belles...



Cl laude Amoz a publié plusieurs romans dont j'ai chroniqué le Caveau son oeuvre la plus

célèbre, et un recueil de nouvelles " Racines amères" que   Dasola a chroniqué.

Vous pouvez lire une interview de l'auteur   sur le site Action-suspense.



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13 juillet 2008 7 13 /07 /juillet /2008 14:00

 

 

 

 

Seuil (Fiction et Cie) 2002. Prix Femina.


Nous sommes en 1810 à Vienne. Agathe, ex-lectrice adjointe de Marie-Antoinette, exilée depuis juillet  se souvient, à l'occasion de ses 63 ans, de sa vie à la cour de Versailles, une expérience qui dura de 1778 à 1789. Surtout elle revoit ces trois journées fatidiques du 14 au 16 juillet 1789 qui virent la chute de l'Ancien Régime, et sa fuite le 16 au soir avec la famille de Polignac.


A Versailles, en 1989, Agathe est une « logeante ». Lectrice adjointe de la Reine, elle travaille peu et ne gagne que le logis. Elle dispose d'une petite chambre, et pour le couvert, mange les reliefs des repas des Grands. Elle ne dispose d'aucune autonomie, n'a pas de rémunération ni d'argent personnel, pas de vie privée. Pourtant, son établissement en tant que lectrice est une planque pour l'orpheline qu'elle est.


La Reine ne prise guère la lecture. Le portrait qu'en fait Agathe  est celui d'une femme-enfant, au caractère incertain, souvent stressée, avec des moments de plaisir éphémères.  Le matin du 14 juillet,  Agathe lira avec elle quelques répliques d'une pièce de Marivaux, puis des catalogues présentant des vêtements réservés à l'aristocratie.

Les nuits, Agathe lit («  avec sa voix d'opium ») pour endormir et  bercer Marie-Antoinette.


La plupart du temps, désœuvrée, Agathe se voue à la lecture personnelle, s'adonne à la broderie avec d'autres dames de compagnie, flâne, admire Versailles, idolâtre la reine.

Versailles est sinistre, lugubre, sale, toujours sombre, envahi de rats, refuge précaire des miséreux, labyrinthique, avec quelques repères : le Petit Trianon où la Reine la fait parfois appeler, le cabinet de Jacobs Moreau, historiographe du roi, source importante d'informations sur ce qui est entrain de se préparer en ces jours difficiles.

... un univers clos, une existence difficile, rebutante, à laquelle Agathe tient plus que tout au monde, car  la vie ne lui a pas donné autre chose.


  L'information est bonne, la documentation soigneuse et très bien utilisée.Ce n'est pas pour autant un simple roman historique. la Révolution n'est pas l'enjeu du livre car il s'agit pour Agathe de faire resurgir un monde passé, dans lequel elle vit encore, et de le magnifier, sans en gommer les aspects effrayants.

C'est un récit poétique traversé de visions étonnantes : les apparitions de la Reine, celles de personnages étranges tels que le curieux docteur Laroche, responsable de la Ménagerie, l'homme qui met un point d'honneur à ne pas se laver, l'Amoureux de la Reine, ce type de personnage bien connu qui tente de séduire une personnalité à laquelle il s'attache,  et qu'il ne lâche plus ( nous les appelons groupies à présent...),  les enfants-pages, les bals de la Reine, les oranges,ces fruits merveilleux ( après avoir lu ce qu'en dit Agathe, vous ne verrez plus l'orange avec les mêmes yeux...) , les lieux étranges du château, et de ses dépendances.

Faut-il relire des pages sur la Révolution pour mieux comprendre ? Non ! Mais la Divine Comédie peut-être...

J'ai  beaucoup aimé ce livre.

Chantal Thomas est aussi l'auteur d'essais, mi-théoriques mi-autobiographiques, tels que «  Comment supporter sa liberté »

http://revueletrait.blogspot.com/2006/05/entretien-avec-chantal-thomas-extrait.html


«  Souffrir » que je viens juste d'acheter

Et aussi les Cafés de la mémoire, sorti en Avril. Il est toujours temps de réécouter l'auteur en parler à l'émission du jour au lendemain du 9 juillet 2008.



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1 juillet 2008 2 01 /07 /juillet /2008 10:44

L'Olivier, 2007.

Une explosion atomique, suite à un conflit dont on ignore les circonstances, a profondément altéré l'environnement.

La faune et la flore ont été détruites presque en totalité. Infertile, la Terre est vaine. Une couche de cendre revêt toutes choses, les arbres sont morts et les eaux à l'aspect noir ne renferment plus de vie.

Un homme survit depuis plusieurs années avec son petit garçon, né juste après la catastrophe. Il pourrait avoir sept ans (il sait lire et tracer des mots dans le sable), raisonne, et a  développé une éthique de vie.

En sept ans, si le gamin a bien grandi, la Terre est toujours dans le même état : la destruction est trop profonde pour que quiconque ait pu faire mieux que de survivre au jour le jour. Sur la route, on rencontre des cadavres calcinés, figés là depuis des années.

L'homme et l'enfant se dirigent vers le sud, espérant y trouver plus de chaleur et la mer,  subsistent en pillant les maisons trouvées sur leur chemin, les maisons désertées où l'on peut trouver encore des vivres et des vêtements.

Il leur arrive de bonnes surprises : un pommier qui  donne des fruits, une canette de coca dans un distributeur.

Les mauvaises surprises ce sont les rencontres avec d'autres survivants. Ceux-ci sont assez nombreux, parfois organisés en bandes, souvent retournés à l'état sauvage,et assassinent les passants isolés pour les dévaliser. Des actes de cannibalisme ne sont pas rares.

Les armes à feu n'ont pas disparu. L'homme et l'enfant en possèdent une, heureusement.

Le roman est composés de paragraphes jamais très longs entrecoupés de dialogues entre le père et le fils propos laconiques, réservés à maintenir  l'essentiel de l'acte de communication.


 La fonction phatique (dirait Jacobson) tient une place énorme dans ces dialogues, (ainsi que l'informative), et c'est ce qui  en fait la force.


« Il faut qu'on sorte de la route.

Pourquoi papa ?

Quelqu'un va venir.

C'est des méchants ?

Oui. Je le crains.

Ça pourrait être des gentils. Pourquoi pas ?

Il ne répondit pas. Il regardait le ciel par habitude mais il n'y avait rien à voir.

Qu'est ce qu'on va faire, Papa ?

Partons.

On ne peut retourner à notre feu ?

Non. Viens. On n'a sans doute pas beaucoup de temps.

J'ai très faim.

Je sais.

Qu'est-ce qu'on va faire ?

Il faut qu'on se cache quelque part. Qu'on quitte la route.

Ils ne verront pas nos traces ?

Si.

Qu'est-ce qu'on peut y faire ?

J'en sais rien. »

Un dialogue  aussi long est à peu près inutile : chacun des deux sait parfaitement ce qu'il faut faire. Il sert à maintenir la communication. Souvent, le gamin, déprimé par la difficulté de la survie en milieu hostile, se tait, et  le père lui dit «  Il faut que tu me parles ».


La construction du roman épouse le rythme du cheminement au jour le jour. Le sujet c'est bien « la route » et rien d'autre, en tout cas, c'est ainsi que je le reçois. L'auteur nous promène dans une existence réduite à l'essentiel, à l'élémentaire de ce qui fait la vie de deux êtres qui ont un passé, mais pas d'avenir. La transmission des valeurs s'est faite du père au fils,  et peut-être l'auteur veut-il nous dire qu'elle s'est d'autant mieux faite que les deux êtes vivent dans le dénuement, et  frôlent quotidiennement la déréliction.

L'impact de la morale religieuse du roman peut  irriter, mais  on doit en parler : dans la Bible, Caïn est le premier à faire la route. Dieu l'a condamné  à l'errance.  L 'enfant qui chemine est contraint à une morale stricte,  il semble  vouloir  incarner une sorte de rédemption.


Comme dans l'autre roman de Mc Carthy que j'ai lu (L'Obscurité du dehors), la langue est riche, précise, somptueuse, et sobre en même temps et la traduction admirable.

Beaucoup de blogguers l'on lus:

Amanda Meyre



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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 15:16

 

 

 

 

 

Belfond, 2007, 378 pages. 


      J'ai emprunté ce roman à Montigny la Bibliothèque Georges Brassens. Il était dans un rayonnage intitulé « romans de plage ». Ces ouvrages sont censés être faciles à lire, divertissants, romanesques.


J'ai été surprise de trouver Milena Agus dans cette sélection : bien que je ne l'aime guère, je crois que ses ambitions se situent à un autre niveau ! 


 

Revenons à Douglas Kennedy, dont je trouve les romans plaisants, en principe. 


Celui-là met en scène Harry, américain et professeur de cinéma, débarqué à Paris en catastrophe, avec peu d'argent,  pour échapper à la justice de son pays : Il a eu une liaison désastreuse avec une étudiante. Les parents de la fille, sa femme, l'amant de celle-ci, l'université,  se sont déchaînés contre lui...

Ses tribulations le mènent à une chambre de bonne dans la rue de Paradis, qu'il loue une modeste somme à Sezer, ressortissant turc. Le même lui propose un poste de veilleur de nuit à 65 euros pour le compte d'une mystérieuse société. Les agissements de l cette entreprise sont forcément illégaux, et Harry ne doit pas chercher à savoir. Il ne doit ouvrir la porte que si le visiteur déclare «  je veux parler à monsieur Monde ».


Ce clin d'œil à Simenon n'est pas le seul ! Harry ne cesse de lire du Simenon dans sa cellule entre deux exercices d'écriture, car il s'est lancé dans un redoutable roman pour raconter sa vie, en partant de zéro.

Il en a déjà écrit six cent pages, pour relater dix-sept ans d'existence,lorsqu ' 'il décide d'aller dans un salon littéraire que lui recommande son ami Douglas, avec qui il est resté en contact.( remarquez que c'est le prénom de l'auteur!).


 


La matrone qui  tient ce salon est affreusement snob, mais  Harry  va y faire connaissance d' une femme plus âgée que lui, encore belle,  pleine de souvenirs ambigus de sa Hongrie communiste natale. Elle vit rue Linné, au cinquième, d'une façon délicieusement surannée, dans  un appartement des années 70, machine à écrire, disques vinyles, élégantes tenues noires...

Une femme merveilleuse... mais aussi  la pire rencontre que l'on puisse faire...!!!


C'est là une lecture très agréable, un rythme alerte, de l'humour, une intrigue bien menée, et la description du quartier de la Goutte d'or excellente, pleine de vie.


 

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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 13:15

Folio, 2007.

Dans la campagne française des années 30 le vieux Silvio reçoit des cousins  Hélène et François, et leurs 4 enfants. La plus âgée Colette vient leur présenter son fiancé Jean Dorin, minotier, un bon garçon à l'air timide et emprunté.  Sa mère Hélène se souvient qu'elle a dû épouser un vieux monsieur pour échapper à sa peu engageante famille, et n'a connu le bonheur qu'une fois veuve. Colette elle ne devrait pas avoir de problèmes...

Mais dès la noce, une jeune femme délurée, mariée à un vieux paysan sur sa faim, et un beau garçon entreprenant des environs, ne tardent pas à  modifier la  donne...

Le pauvre jeune meunier qui ne dort pas assez,  se noie dans l'eau de son moulin.

Le vieux Silvio se souvient...


Un roman vraiment caricatural : les jeunes femmes pleines de feu qui doivent épouser des vieux messieurs au bord de la tombe, les maris sages et ennuyeux et les épouses entreprenantes, les amants  bouillonnants... !

Les vieux volets de bois verts qui grincent d'un son lugubre, les bons feux de bois rougeoyants, et les couchers de soleil...incendiaires !!! Tout est bourré des clichés les plus éculés possibles.

A éviter.



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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 20:18

L'Olivier, 2008. 320 pages

Aaron Appelfeld est un romancier israélien que le Salon du Livre de mars 2008, m'a donné envie de connaître.

Je suis en retard pour le lire mais moins que pour les Salons précédents (Inde et Russie) dont je n'ai pas davantage lu les livres achetés à ces occasions.


Nous voilà en Bucovine, à la frontière de l'Ukraine, de la Pologne et de la Roumanie, en pleine guerre.

Les Mansfeld sont des notables appréciés et tiennent une pharmacie. Persécutés comme tous les juifs, et parqués dans un ghetto. Le père et  l'oncle  d'Hugo ont été déportés, la mère, craignant pour elle et son fils,  doit confier ce garçon de onze ans à une ancienne camarade de classe, Mariana  qui  est employée dans une maison close.  


Hugo doit demeurer la nuit dans un réduit communiquant avec la chambre de Mariana, qui lui ouvre sa porte dans la journée. Cette pièce qui  l'intrigue  est évidemment bien différente de ce qu'il a connu «  Cette chambre ne ressemblait pas à une chambre. Les tentures roses et les effluves de parfum lui conféraient l'aspect d'un salon de coiffure pour dames. Il y en avait un près de chez lui. Là-bas aussi il y avait des meubles roses. On y lavait la tête de femmes plantureuses et on leur faisait les ongles des pieds et des mains. L'ambiance étai à la  nonchalance, au rire et au plaisir. Sa mère n'en franchissait jamais le seuil... »


Au fils des mois, une relation forte se noue entre le garçon et sa protectrice. Mariana est alcoolique, malheureuse, très croyante, persuadée de vivre dans le péché. Elle pense se concilier les bonnes grâces de Dieu en  cachant  un enfant juif à ses risques et périls, en même temps elle s'attache fort à Hugo en souvenir de l'oncle Sigmund qu'elle a aimé.

Hugo vient d'une famille athée («  L'idée que la vie était passagère, et que les morts ne se relevaient pas, lui était déjà douloureuse. ») et, au contact de Mariana,  apprend des prières, des passages de la Bible aussi bien que le développement de sa sensualité et  la méditation, dans son incarcération forcée.  

 Le progrès de cette relation donne au livre la forme d'un roman d'apprentissage.



Ce roman est très prenant, explore les deux destins de la femme et du jeune garçon, sans fioritures avec justesse. Les dialogues sont courts, vifs et justes, et les phrases sobres, sans ornements.

 Ce style contraste avec  les logorrhées de Mariana, ses plaintes diverses, ses  envolées lyriques religieuses, quasi mystiques, et qui finissent par lasser, parce qu'à l'inverse d'Hugo, le lecteur, s'il la trouve sympathique, n'en est pas amoureux, et n'est pas prêt à  endurer tous ses discours.

La façon dont ces jeunes femmes vivent les derniers moments de la maison close, avant leur fuite, est bien vue, la relation de leur procès terriblement vraie,  mais là aussi, les discours religieux de certaines, relatés dans leur intégralité m'ont lassée, alors que peut-être j'aurais dû les trouver poétiques ???


La fin du roman laisse une impression  ambiguë. Lorsqu'Hugo retourne dans sa ville natale, après l'arrivée de l'armée russe et la fuite des allemands, il rencontre le portier du collège où il allait en classe trois ans plus tôt qui peine à  le reconnaître.

« Hugo s'adressa à lui comme autrefois :

-         Bonjour, monsieur Ivan.

Ce dernier transperça Hugo de son regard.

-         Qui es-tu ?

-         Mon nom est Hugo Mansfeld, vous ne vous souvenez pas de moi ?

-         Je vois que les juifs reviennent...

Il était difficile de savoir ce qu'il en pensait. »

Sa famille a disparu, ainsi que ses amis et il n'a plus Mariana.

D'autre part, il rencontre aussi des gens heureux de le voir, et des réfugiés...prêt à endurer d'être à présent seul au monde.


 

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  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
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