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25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 15:23
  l'austérité telle que nous l'entendons en français n'a pas, d'ordinaire, de points communs avec l'Austérité. Tout au plus avions-nous le dépouillement dans "Anna Blume".

 Voilà pourtant une exception. 
 

Le titre anglais indique qu’il s’agit de « voyages », faisant par là référence au fait que Mr Blank voyage en imagination : dans son passé (souvenirs d’enfance et d’adolescence) dans le manuscrit esquissé d’un certain John Trause dont il imagine la suite.


Ces voyages restent limités. Mr Blank dont le nom évoque la page blanche, l’espace vide, la désincarnation, est un vieux monsieur plus ou moins amnésique, quelque peu handicapé physique, qui vit dans une pièce fermée dont il ne sait s’il peut sortir. On lui conseille en tout cas de rester cloîtré. Il reçoit des visites de la part de gens qu’il se rappelle avoir envoyé autrefois en mission ( des missions difficiles et périlleuses). Ils lui en veulent, tout en étant secourables. C’est Anna Blume qui paraît être le personnage central.


Peut-être le roman  dont  son auteur est le plus satisfait ?


Mr Blank se pense prisonnier de créatures qui lui veulent du mal, mais il sait aussi que c’est plus complexe que cela… 
 

 Mr Blank apparaît cousin des créatures de  Beckett : le thème du vieux monsieur, en détresse, enfermé, entravé dans ses mouvements… surtout l’insistance sur les problèmes matériels, les besoins corporels, les obstacles physiques… mais c’est du Beckett « light ». Mr Blank , si triste que soit sa position, se paye des  petits instant de bonheur et de fantaisie qu’envierait un Molloy.  


De plus il est capable de concevoir une intrigue et de la détailler, en imaginant la suite du récit de John Trause, dont il a lu le début, un manuscrit posé sur son bureau.


Ce récit est intéressant : Les dirigeants du pays imaginé par Trause, La Confédération, veulent à tout prix déclencher une guerre contre leurs voisins les Primitifs (que Mr. Blank va rebaptiser les Djiens) pour exalter le sentiment patriotique; ils veulent également que ce soit les Djiens qui passent pour les avoir attaqués, afin de légitimer ladite guerre. Ils envoient une armée en territoire Djien, et la déciment eux-mêmes, voyant que les Djiens ne réagissent pas. Et se servent d’un haut fonctionnaire Graf, pour lui faire constater, alors qu’il est en territoire Djien, la décimation de cette armée. Ce récit de Graf va servir à laisser croire que les Djiens ont attaqué l’armée en question.


Voilà donc le commentaire d’Auster sur la politique étrangère de son pays. Il n’a rien de rassurant !  Pour pouvoir entrer en guerre contre un pays, faire croire à la population que ce dernier nous a attaqué... 

 

      On croit comprendre que Mr Blank, est sujet d’étude d’un narrateur qui l’espionne avec des micros et des caméras (d’où le ton de précision clinique employé pour décrire ses faits et gestes), et qu’il  a rendez-vous avec les personnages de certains des romans précédents d’Auster, appelés ici « chargés de mission »ou « pupilles » qu’il a envoyés dans le monde  et qu’il ne différencie pas des gens qu’il a connus dans la réalité.

Parce que ses «  créatures », il les avait modelées à partir de personnes réelles.


Il confond ainsi Sophie, son premier flirt dans la réalité, avec Sophie Fanshawe de «  La Chambre dérobée », qui vient lui porter un plateau de repas et le mettre au lit.


 Les personnages sont très remontés contre lui (les femmes excepté) et veulent se venger des destins lamentables qu’il leur a concoctés. Benjamin Sachs, de Léviathan, veut sa mort.

 

Le personnage qui se retourne contre son auteur est un sujet de roman souvent traité. 

Si l’on lit « Cœur de pierre » de Pierre Péju, sorti dernièrement, on constate aussi la présence de personnages de roman qui veulent leur indépendance...


 C’est l’homme qui se fâche contre Dieu, sauf qu’ici les personnages ont des pouvoirs (au moins celui d’inquiéter Mr Blank) et que ce dernier n’est pas tout puissant,  il s’en faut… !


Nous ne savons pas comment le narrateur, certes au courant des faits et gestes et paroles de Blank, à cause des micros et caméras postés dans sa chambre, peut aussi lire dans ses pensées… car, si ce narrateur était vraiment omniscient il n’aurait pas besoin de micros.

S’il  doit en utiliser, c’est qu’il ne connaît pas les pensées de Blank… à la fin du livre, nous apprenons que Blank est devenu le personnage du narrateur, ce qui ne règle pas le problème que j’énonçais.


Le narrateur de l’histoire se présente comme l’un des personnages et parle en leurs noms : «  Mr Blank est l’un d’entre nous désormais, et si désespérément qu’il s’efforce de comprendre, il sera toujours perdu…sans lui nous ne sommes rien, et le paradoxe, c’est que nous, les chimères du cerveau d’un autre, nous survivrons au cerveau qui nous a fabriqués, car une fois lancés dans le monde, nous continuons à exister à jamais et on continue à raconter nos histoires, même après notre mort ».

Il se présente aussi comme le créateur du personnage Blank. Lequel lit le  récit d’un autre parlant de  sa propre personne…

 Auster, Blank, le narrateur, John Trause, tous les mêmes ( écrivains et personnages) mais pas tous dans la même position. 

 

L’ensemble laisse l’impression d’une condition humaine où chacun vit un certain enfermement, (deux des personnages, Blank et Graf, sont prisonniers) sans savoir qui les a enfermés, et ce que sera la suite. Ils se  créent une existence en fabriquant des récits.

 

Ils n’existent chacun que dans le récit ou le rêve d’un autre,( on pense à cette célèbre nouvelle de Borges) y compris s’il se racontent eux-mêmes, ils sont  "l’autre" de leur récit.

Beaucoup de questions métaphysiques hantent le texte : «  Qui est-il ? Que fait-il là ? Quand est-il arrivé là et jusqu’à quand y restera t‘il ? »

 

Un texte riche,  d’où n’est pas absente la réflexion politique.


 
 
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3 novembre 2007 6 03 /11 /novembre /2007 00:00

Flammarion. 485p.

The Sweetest Dream, 2001.

En 1939, Frances a épousé Johnny Lennox dont elle était enceinte.

Johnny est membre du PC beau parleur, menteur, hypocrite, n’a jamais un sou.

Frances élève seule leurs deux garçons  gagne sa vie comme  rédactrice pour le courrier du cœur, puis journaliste d’investigation sociale et assure de petits rôles au théâtre, rêvant d’y consacrer sa vie…

 Quand en 1960, elle accepte de s’installer chez sa belle-mère Julia, qui possède une maison spacieuse à Hampstead, les garçons  invitent  leurs  amis en rupture avec leurs familles qui bientôt squattent  la maison. Frances s’occupe d’une dizaine d’adolescents difficiles et paie pour eux. Elle recueille aussi les maîtresses de son mari et leurs enfants également déprimés et bientôt,  s’étant tout  de même  trouvé un amant, elle accueille ses enfants et sa femme. Julia, sa belle-mère, s’y met aussi et s’occupe de Sylvia, une fillette anorexique qu’elle chérit …

Les années passent et les adolescents grandissent puis vieillissent et restent plu ou moins scotchés à la maison mère. Johnny est comme le chef irresponsable d’une petite communauté où il vient de temps à autre défendre les principes du communisme stalinien en dépit des exactions qui le rendent de plus en plus contestable.

Sur plusieurs générations, Doris Lessing fait vivre des personnages nombreux et «  bien campés » comme en dit !! dont les activités variées lui permettent d’aborder   les grands problèmes sociaux du vingtième siècle générés par les deux guerres occidentales, les guerres africaines, les idéologies socialo-communistes, les modes ésotériques des années 60, le sida, la menace atomique, l’évolution des mœurs sexuelles etc.

Doris Lessing a ses cibles : tous les garçons qui fréquentent l’école d’Eton deviennent des personnages imbuvables, les jeunes qui suivent les cours du lycée alternatif sont  des ratés  sympathiques.

C’est une fresque d’envergure, l’écrivain a du souffle. Mais je ne dirais pas qu’elle aborde tous ces problèmes avec un angle d’attaque neuf même si elle les met en scène avec pertinence.

Le style et l’écriture sont simples comme la construction linéaire qui déroule l’histoire en paragraphes sans chapitre.  

    
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1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 19:11

le-canap---rouge.jpgAnne est parti rejoindre son ami Gyl, à présent domicilié près du lac Baïkal. Elle voyage à bord de ce Transsibérien que Blaise Cendrars a rendu célèbre. Le style sera tout à fait différent. Il n’empêche : va t’elle réussir à faire exister ce train une fois encore ? 

En chemin, c’est pourtant à sa vieille amie Clémence, que va une grande part de ses pensées.

Clémence, modiste retraitée, est restée à Paris sur le canapé rouge, où elle est seule à s’asseoir désormais. Avec Clémence, Anne évoquait des femmes remarquables et leurs destins, leurs écrits : Olympe de Gouge, Marion du Faouët, Milena Jesenska…et même des vivantes telle la chanteuse Anna Prucnal.

Ensemble elles ont aussi évoqué leurs hommes. L’ami de Clémence, Paul, la funeste année 1943, et Gyl qu’Anne veut rejoindre, de plus en plus mythique. Tous les deux incarnèrent à des époques différentes des rêves de révolution en rapport avec la Russie. Les héros ont disparu, les rêves se sont sclérosés et pourtant Anne est en route vers Gyl. De ce trajet, elle goûtera les éléments même du voyage, cahots du train, paysages, monuments, statues, écoute de la langue chantée et parlée, propos échangés avec les compagnons de voyage. 

Michèle Lesbre s’appuie, pour étoffer le texte,  sur des souvenirs littéraires en grand nombre qui ne se limitent pas aux femmes remarquables et aux auteurs russes. Le livre possède une certaine puissance d’évocation, avec ses mélanges de flash-back portant sur des époques et des lieux diversifiés.

 Ce roman, assez intéressant,   figure dans la liste du Goncourt. Je les ai tous feuilleté, c'est le seul que j'ai eu envie de lire.

Il est publié chez Sabine Wespieser.

 
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30 octobre 2007 2 30 /10 /octobre /2007 19:05

caissiere.jpgUn truc incroyable, publié aux éditions de la Différence en 2001.

Le récit est construit avec des citations mises bout à bout au petit bonheur la chance.

 
Exemples :
 

 «  Au réveil, il était midi. Emmanuel but une tasse de café, puis s’assit à sa table de travail. Sa tête lui semblait un grelot, que sa folie nocturne secouait encore »

 

«  Les grand paysages où la réalité se transfigurait selon la loi baudelairienne des correspondances, où se conjuguaient palpablement dans l’exaspération ou les joies du ciel, les vents obliques de l’esprit »


Ouh ! le vertige que j'éprouve!

 

Un livre : «  il l’avait donné à lire à Emmanuel, qui s’était brûlé à ce torrent de lave… »

 Voyez comme on est encore sentimental...


«  Sa nuit était peuplée de rêves, et ces rêves l’abandonnent au matin plus essoré que la veille…il y en a qui s’impriment à jamais sur le palimpseste de sa mémoire, ô Baudelaire, merci. »

 Du fond du coeur...



« La vraie vie absente continuait son train »

Celle-là elle me plaît tout spécialement!!! 
 

«  N’était-il pas lui-même un mendiant d’azur, et ne se posait-il pas la question formulée par Mallarmé même : « Où fuir dans la révolte inutile et perverse ? »

 

Et pendant ce temps-là, Juana, hôtesse de caisse, amie bonne à tout faire du narrateur  bosse grave, huit heures par jour, pour que  notre écrivain ait le temps d’écrire de faire des phrases !

 C'est fou ce que la littérature française se porte bien!!
 
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24 octobre 2007 3 24 /10 /octobre /2007 10:42

Doris-Lessing-Un-enfant-de-l-amour.jpg

 

J'ai lu le dernier roman de Doris Lessing qui vient d'obtenir le prix Nobel de littérature ; il est publié en français chez Flammarion.

En 1939, James Reid est envoyé à la guerre. Dans la vie, il est comptable, idéaliste, croyant au grand amour comme une jeune fille, se nourrissant de poésie romantique. Fils unique, il s’est toujours ennuyé entre ses deux parents mésalliés. 

Au bout de quelques mois d’inactivité, les jeunes appelés embarquent sur un navire de guerre en partance pour Le Cap. En surnombre, ils souffrent d’une sévère promiscuité, du manque d’eau douce, mal de mer, insolations, crainte d’être torpillés… L’horrible traversée des ces militaires en herbe constitue le  moments le plus fort du roman.

A peine débarqué, James est recueilli avec quelques autres dans la propriété d’un gradé. Fort mal en point, tout lui semble enchanteur, surtout la maîtresse de maison.

Lorsqu’il doit repartir pour les Indes, la jeune femme est enceinte.

James ne cesse de rêver à ces deux journées,  lancé dans une recherche obstinée de la femme et du fruit de ses entrailles. La guerre suit son cours et se termine. Il regagne l’Angleterre, doit faire sa vie sans la vivre, fixé à ce souvenir lancinant…

 

C’est un bon livre mais je pense ne pas être tombée sur le meilleur.

 
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3 octobre 2007 3 03 /10 /octobre /2007 09:50

Gallimard, 2007.

De Pierre Péju j'ai déjà lu «  Naissances », nouvelles qui disent avec justesse et sensibilité   trois façons de devenir parents jusque dans la tragédie

 «  La Petite  Chartreuse » assurément son meilleur, a pour sujet le désespoir, la tentation du suicide, et le Rire de l'ogre  le combat plus ou moins réussi contre le leg rédhibitoire de parents  affectés par le nazisme.

Ces récits sont divers et  intéressants souvent teintés d'onirisme  mais jusque-là  c'était toujours  des histoires  réalistes pourvues d'un déroulement qui mène à une conclusion. Dans celui-ci, rien de tel. L'avant-propos semble nous dire que l'on va  se colleter avec la métempsycose ; je n'en  crois rien parce que l'auteur ne me semble pas animé de telles croyances. Les histoires qui ont lieu ont à peine le temps de prendre forme qu'elles se délitent mystérieusement et tentent de reprendre un peu plus loin. Plusieurs personnages tentent de vivre ou de survivre. Schulz, qui va être expulsé de son logis malgré l'hiver et son mauvais état de santé. Il part à la dérive. Leila, qui fugue de sa cité de banlieue pour rejoindre Marseille avec un ami. Larsen, écrivain qui part aussi dans sa voiture comme le premier alors que son logis va être rasé ressemble à Schulz mais nous apprenons en route qu'il a créé ce personnage ainsi que celui de Leïla : cette jeune fille le rencontre et lui somme de changer l'histoire.

 Mais Larsen rencontre aussi deux autres femmes et quelques personnages secondaires  qui semblent aussi  sortir de sa plume et peine à leur trouver quelque réalité. Lui-même n'est pas sûr de vivre son histoire propre, se demande ce qui a été écrit pour lui ?

« Tout est écrit sur le grand rouleau » disait Jacques le Fataliste  à son maître.  Mais ce Jacques là ce Jacques Larsen  n'en convient pas aussi facilement. Plusieurs théories sont proposées : tout est écrit sur le ruban d'ADN, tout est l'œuvre d'un  être qui  élabore votre histoire... qui tire les ficelles et comment changer de destin ?

Il y a bien sûr des références appuyées au fatum dans la tragédie grecque : ce cœur (chœur) qui mène à la demeure de Jacques et survit à sa démolition ; indestructible.  La femme qui cherche en vain un rôle de théâtre  à sa mesure.


Je ne sais ce qu'il faut comprendre je suis déconcertée  

Aidez-moi mes chers amis.



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3 octobre 2007 3 03 /10 /octobre /2007 08:39

Seb-Knight-copie-2.jpgNabokov,Vladimir ( 1899-1977) " La Vraie vie de Sébastien Knight" roman américain.

Année de publication :1941

Edition :SEUIL (-Point roman)

Résumé :Sebastian est né en 1899, à St Pétersbourg, de père russe et de mère anglaise : il est resté très attaché à cette mère, Virginia, qu’il a à peine connue : elle est partie tôt avec un amant. Devenu adulte et écrivain, il adopte son nom de jeune fille , Knight, un nom qui signifie « chevalier », et il écrit en anglais. Son père était mort pour elle, en duel.

Après la mort, en 1936, de Sebastian, son demi-frère, narrateur de l’histoire, veut écrire sa biographie. D’abord pour le réhabiliter, car Sebastian, après un certain succès, est à présent considéré comme un écrivain obscur, pratiquant une écriture trop expérimentale, et d’autre part individualiste, narcissique, étranger à son époque.

Le narrateur, en outre , a toujours été attiré par Sebastian et lui voue une forte admiration depuis l’enfance. Or, Sébastian, de six ans son aîné, « trop jeune pour être un guide, trop âgé pour que s’établisse une complicité, n’a jamais voulu communiquer avec lui. A la fin de sa vie, pourtant, il lui a enfin écrit une lettre dans laquelle il réclamait sa présence. Sans le dire, il était mourant, et son demi-frère restait sa seule famille. Mais le narrateur a également manqué cet ultime rendez-vous : il veillait un autre mourant sans le savoir !

Pour en savoir davantage sur Sébastian, le narrateur s’inspire de ses ouvrages, l’un d’eux, « Objets trouvés « , contient beaucoup d’éléments biographiques. Il contacte les proches du défunt : Mr Goodmann, son dernier secrétaire, qui écrivit sur lui une biographie ironique, Clare Bishop, la compagne essentielle de Sebastian pendant six ans , ne veut pas le rencontrer et décède peu après . Un poète, Sheldon, une amie de Clare, Mlle Pratt lui donnent de quoi recomposer certaines scènes. Un ami de collège, Rosanov, lui parle de sa jeunesse russe et d’une. mystérieuse jeune femme que Sebastian rencontra en Alsace. Il se fait aider d’un détective.

Le narrateur s’est-il réellement approché de Sebastian ? Une série de portraits négatifs mais intéressants, et quelques séquences reconstituées sont un maigre butin. Le narrateur est obligé de compléter subjectivement le portrait, s’exprime en son propre nom, et s’éloigne de son modèle tout en sentant s’être glissé dans sa peau.

Commentaires : Le livre explore les relations de l’écrivain et de son personnage. Sebastian est devenu un personnage de fiction pour son biographe.

Sebastian veut être anglais comme sa mère qui lui a manqué., écrit en anglais et redevient russe dans les dernières années de sa courte vie. Nabokov écrit là son premier roman en anglais. Avons-nous le Nabokov russe qui se penche sur l’exilé anglophone ? Le narrateur recherche très systématiquement ce qui reste de russe chez Sebastian.

Expérimentations : « Sebastian a présenté dans son premier livre les différentes manières de composition à travers des personnages… Dans le second, il explore l’idée du destin, les procédés utilisés pour le rendre ».

Solitude de l’intellectuel : Sebastian est incompris des critiques et écrivains frivoles de son époque, qui le jugent obscur, ne saisissant même pas la parodie, et ignorant la lecture au second degré qu’on doit pratiquer dans son cas. Ils manquent singulièrement de culture : Mr Goodmann ne reconnaît même pas une parodie simple de Hamlet dans une nouvelle de Sebastian.

Fausse autobiographie : Nabokov a mélangé des détails connus de son histoire personnelle avec d’autres qui en diffèrent complètement pour tirer le portrait de Sébastian.

En contemplant le portrait de Sebastian, »sentant que Narcisse se reflétant dans l’eau », éxécuté par un bon peintre qui ne le connut que très peu, le narrateur médite : « Je ne sais quel fut son secret à lui, mais j’ai moi aussi appris un secret à savoir : que l’âme n’est qu’une manière d(être, non un état constant, que toute âme peut être vôtre, si vous découvrez et suivez son ondoiement. L’au-delà , ce n’est peut-être que la pleine aptitude à vivre consciemment en toute âme choisie, en autant d’âmes que l’on veut, toutes inconscientes de ce qu’elles portent d’interchangeables. Et donc, je suis Sebastian Knight… je ne puis sortir de mon rôle : le masque de Sebastian a épousé la forme de mon visage…Je suis Sebastian, ou Sebastian est moi, ou peut-être sommes-nous , lui et moi, un autre que personne ne connaîtSeb-Knight-copie-1.jpg

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13 septembre 2007 4 13 /09 /septembre /2007 17:33

 

A-moi-pour-toujours.jpg

 

 

 

 

 

Titre original «  Be Mine » USA, édition française Christian Bourgois, 2007.

 


           Sherry Seymour, la quarantaine, prof d’anglais dans une université du Michigan. Elle vit en banlieue, Jon son mari est concepteur de logiciels, Chad, son fils unique, pour qui elle a été une vraie mère poule, étudie  le droit à Berkeley. L’existence ordinaire d’une bourgeoise moyenne, jouissant d’une certaine qualité de vie. Son métier, enseigner l’anglais à des étudiants défavorisés, est davantage une mission sociale qu’intellectuelle.

Elle souffre de n’avoir pas d’activité intéressante en dehors de sa routine (ce livre de Virginia Woolf que je ne finirais jamais…) et s’ennuie quelque peu.

Les déclarations d’amour d’un admirateur anonyme sont déposées dans son casier. Malgré la grande banalité de ces missives, Sherry est piquée de curiosité, en parle à tout le monde ( son amie, son fils, son mari) et cherche à savoir de qui il s’agit.

Son mari  s’intéresse beaucoup à ces billets  doux. En effet, Jon et Sherry partagent un fantasme, qui est depuis toujours la base de leur sexualité : chacun s’imagine  en train de séduire un (e) partenaire extérieur(e ) et raconte à l’autre le scénario…c'est leur façon de "jouir".


Mais  si le «  partenaire imaginaire » se matérialisait, qu’adviendrait-il d’eux ?


Voilà une question  à quoi le roman répond adroitement avec réalisme, ironie, une certaine vraisemblance,  et de temps à autre, des morceaux de prose poétique bien tournés.

 Le chemin de la compréhension du problème passe par toute sorte de petits accidents anticipateurs du dénouement. L’intérêt ne faiblit pas parce que l’héroïne considère les incidents de la vie et les comportements de ses proches comme autant de signes à interpréter, qu’elle se trompe, et nous trompe aussi. 

De Laura Kasischke, j’ai déjà lu , avant le blog,«  Un Oiseau blanc dans le blizzard », empli de belles métaphores de « neige » et d’un mystère à propos de la disparition de la mère de l’héroïne adolescente,  élucidé entre les lignes, mais qui n’épuise pas l’intérêt du roman à propos de l’évolution de la narratrice.

Et «  La Vie devant ses yeux », plus tragique et effrayant que les autres est aussi le plus riche poétiquement, tant l’héroïne, également une femme mariée à problèmes, vit dans un passé traumatisant et éprouve des sensations proches de l’hallucination qui créent un univers onirique original. Si on ne devait en lire qu’un il faudrait choisir ce dernier.


 Toutefois on peut lire les trois avec plaisir.


Laura Kasischke est souvent, à juste titre, comparée à Joyce-Carol Oates.

 
 
 
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8 septembre 2007 6 08 /09 /septembre /2007 12:50
Amis-l-INformation.jpg1ere parution en 1995.

Il s’agit de l’information que l’on recueille en faisant de l’espionnage : le renseignement eût également convenu.

 

Richard Tull vient d’avoir quarante ans. En pleine dépression. Dix ans plus tôt il a publié deux romans qui ont obtenu un succès d’estime. A présent il en est à son sixième. «  Sans titre » est un roman à problème, longue suite de monologues plus ou moins interrompus. Tous ceux qui ont tenté de le lire se sont tombés malades avant la dixième page, victimes d’un stress sévère ou de migraines aigues sinusites graves, troubles de la vision.

Richard gagne sa vie en faisant des comptes-rendus de lectures sous-payés et jalouse Gwynn Barry, son ancien mais de collège qui vend bien sa prose, passe à la télé, affiche un bonheur conjugal insolent. Richard lui, est devenu impuissant, ne parvient même pas à tromper sa femme. Obsédé par l’idée de nuire à Gwynn, il entre en relation avec Scozzy, dealer et tueur à gages avec mission de filer l’importun et de lui nuire.

 

«  The War Of Everyone Against Everyone » cet extrait du Léviathan de Hobbes concernant les rapports sociaux vaut également pour les écrivains. La littérature c’est la guerre continuée par d’autres moyens.

 

Gwynn et Barry forment un couple d’écrivains que tout oppose. Quasiment oublié, Richard envie le succès de son adversaire «  Il semblerait que Barry ait su capter une profonde aspiration collective.  Ainsi s’explique le succès de son livre qui ne doit rien à son contenu ».

 

Deux conceptions du monde s’affrontent. Richard Tull a renoncé au « roman » dans sa forme

traditionnelle. Ce dernier lui semble appartenir au monde de «  l’homocentrisme » d’un temps où l’homme se croyait au centre de l’univers ; Gwynn vit encore dans ce monde-là Du moins l’exploite t’il. Ses livres sont des utopies rassurantes, très new-age.

Ricahrd Tull a été lui, affecté par les progrès de la science de l’astronomie en particulier. Il veut témoigner dans ses écrits du fait que la place de l’homme dans l’univers est insignifiante, qu’il est passé du géocentrisme à l’héliocentrisme puis à l’idée que les galaxies s’interpénètrent et se rencontrent anonymement.

 

Ceci pur le côté noble de l’affaire. Car Richard est aussi un pauvre type qui n’assume pas ses désirs et n’est pas ou plus en phase avec l’écriture. Il tente de réduire à néant Gwynn, alors qu’il ne devrait même pas s’intéresser à lui. Imagine t’on un écrivain véritable, fût-il en panne de lecteurs, jalouser un Paolo Coelho et ses mélos pseudo ésotériques ?

En réalité les deux hommes vivent dans le même monde, ont un égal mépris des femmes, une avidité semblable de gloire vaine et d’argent facile, c’est ce qui les rapproche.

 

C’est avant tout un récit basé sur le comique de situations, de gestes, de mots, (néologismes fréquents parfois savoureux). Toutes les vaines tentatives de Richard pour réduire Richard à néant, sont autant de scènes grotesques. La satire du monde de l’édition et du journalisme fait souvent rire. Le portrait du délinquant Scozzy est assez fouillé.

L’écriture est elliptique, originale, mais trop de cynisme font tomber parfois le livre dans la dérision. Excepté les passages où Richard s’entretient avec son fils Marco sympathiques voire émouvants.

 
 
 
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7 septembre 2007 5 07 /09 /septembre /2007 17:47

Wolf.jpg(« Nachdenken über ChristaT. 1969)

 

 

 Evocation en 20 chapitres d’une amie trop tôt disparue inscrite dans le cadre de la RDA avant pendant et après la guerre.

L’autre Christa est une amie de classe. Elles ont douze ans à la deuxième guerre mondiale et sont séparées, victimes de traumatismes. Elles se retrouvent en 1948. A vingt ans, l’amie est institutrice, et suit comme l’auteur, des cours à l’université. La narratrice relate un chagrin d’amour. Christa, l’autre, devient prof de lettres, abandonne après avoir rencontré un vétérinaire qu’elle épouse. Ils achètent une maison dont Christa est assez contente. Trois filles leur naissent, la plu jeune quelques mois avant sa mort.

 

Dans sa manière d’évoquer son amie dénommée tour à tour «  elle », «  Kristine » et «  Krischane » , amie qui est aussi partiellement un double d’elle-même, et – à l’opposé-une femme dont elle sait peu de chose, Christa Wolf est particulièrement originale.
L’écriture est distanciée, cérébrale, oblique et familière en même temps ; ce n’est pas toujours facile à suivre ; mais c’est vraiment différent. Elle adopte parfois une fausse spontanéité qui s’appuie sur des «  visions » quelle aurait de Christa T. ou des hypothèses sur ses pensées et ses actes. ( «  elle aura fait… elle se sera dit… »

Cette manière prudente d’évoquer la jeune femme répond au souci constant de la narratrice de ne pas fabuler en pure perte : «  la couleur du souvenir trompe ».

Méditer, la méditer… Méditer sa tentative d’être soi-même."

C’est l’idée que l’on déchiffre dans les journaux intimes qui restent d’elle, sur les feuilles volantes des manuscrits retrouvés, entre les lignes ses lettres que j’ai lues, qui m’ont appris à oublier le souvenir que j’ai d’elle, Christa T. »

 On perçoit Christa T. de diverses façons,par exemple comme l’envers de la narratrice, un envers qui n’est pas devenu écrivain. Est-elle heureuse d’une certaine façon ? déplore t’elle son mariage ? A-t-elle échoué dans es ambitions ? Même sa maladie, peut apparaître comme une métaphore d’une dépression dont elle n’aurait pas vraiment osé souffrir, ou se plaindre.
L’extrême fatigue éprouvée par l’héroïne dans quoi nul ne décèle la maladie, ce parti pris étonne la narratrice.

« Une chose est sûre : jamais ce qu’on fait ne nous fatigue autant que ce que l’on ne fait pas ou ne peut pas faire ».

On a dit que cette jeune femme ( qui a réellement existé et vécu à peu près comme le dit l'auteur) est aussi pour Christa Wolf, l'auteur du " Ciel partagé ", une métaphore de ce que l'on devient en RDA, la représentation d'une impossibilité à vivre du fait des contraintes imposées par le pouvoir totalitaire. 

 

 
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