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17 mars 2007 6 17 /03 /mars /2007 14:40

Nuit-enchant--e.jpg

Titre original " Enchanted Night" publié en 2000.

 

Livre de poche, 2002, 180 pages.

 

Mis en exergue " Thou that mak'st a day of night,

Goddesse, excellently bright.

Hymn to Diana

Ben Johnson ( il s'agit de Ben Johnson le dramturege contemporain de Shakespeare).

 


 



Conte onirique, absolument respectueux des lois du genre.

 Madame la lune est le  personnage principal.
 On y entend des  onomatopées le chant du grillon, du criquet.

 Un mannequin s’éveille et sort de sa vitrine. Des poupées dansent et Pierrot poursuit Colombine.

 Un joueur de flûte invisible entraîne des enfants qui ont quitté leur maison.
 Une adolescente est suivie par un voyeur.

 Un jeune homme s’endort dans son jardin et la déesse sort de son char pour le chevaucher dans son rêve, avant de regagner l’Olympe.

 Un écrivain raté va boire du vin chez une femme d’un certain âge. Puis retourne chez sa mère, bien amer.

 Un couple d’amoureux se retrouve sous les épicéas près d ‘une balançoire.

 Une vieille dame reçoit chez elle un gang d’adolescentes masquées qui s’introduisent la nuit chez les gens et y laissent un message «  Nous sommes vos filles ». Elle leur offre de la citronnade.

C’est une petite ville dans le Connecticut. A l’aube tous se rendorment.

 

c'est écrit simplement, avec une poésie naïve,  malicieuse, tendre.

 
C’est génial.

"Par une chaude nuit d'été dans le sud du Connecticut, l'océan se retire et la lune monte encore. Laura Engstrom, quatorze ans, s'assoit dans son lit et repousse les draps... Minuit cinq. Parents, savez-vous où sont vos enfants?;....

Le monde, empli de silence à ras bod, soudain déborde : une branche remue dans la haie, à travers laquelle apparaît une main, et puis il est là, dans le jardin, les yeux levés et les cheveux lui tombant sur le front, pour regarder les fenêtres...

" Dans les greniers éclairés par la lune et remplis d'objets au rebut s'ébattent les poupées. La poupée en chiffon aux cheveux de ficelle jaune ramasse une bille et la met dans la poche de son tablier, le petit tambour va et vient dans un carré de lune qui fait briller la manche bleue de sa veste, l'ours câlin qui n'a qu'un oeil contourne un vieux coffre à jouets pour aller dans un coin sombre om il voit une paire de vieux gants de boxe, une luge retournée aux patins rouillés,une imposante commode.
 
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17 mars 2007 6 17 /03 /mars /2007 14:31
-Ma-maisonjen-Ombrie.jpgEmily Delahaye
C’est le pseudonyme qu’elle  préfère ; de nom elle n’en pas
 Vieille dame oisive, raconte sa vie à la première personne.

Les Trice, des aubergistes londonniens , l’achètent, encore bébé, à des acrobates de cirque

M. Trice la viole tant et plus jusqu’à ce qu’elle s’enfuie à seize ans.

 Longue vie en ménage avec Ernie Chubbs qui l’emmène dans l’Idaho croupir dans un vague hôtel.

Plusieurs avortements aseptisés au whisky

Déceptions la vie n’y est pas   comme dans les westerns

 Ernie n’a  ni ranch, ni sex-appeal, rien que des affaires louches et  n'épouse pas Ernie.

 Echappée en Afrique avec un aventurier raté nommé Quinty

 Elle vend ses charmes au café Rose avec Rose Crevelli, et commence à écrire des romans sentimentaux

où des héroïnes vivent une existence  à l’exact opposé de la sienne.(...)

 Avec ses ventes, s’installe en Ombrie lac Trasimène Sienne.

Quinty devient son majordome, Rose la cuisinière,

 Elle directrice d’hôtel.
Elle lit avec plaisir les lettres de ses admirateurs (ices)

Le 13 mai 1987, à 56 ans, une bombe explose dans la voiture du train où elle revenait de Rome avec ses nouvelles robes.

Rescapée, comateuse puis cotonneuse, elle installe trois autres survivants de l’explosion dans l’hôtel : le  Général, Otmar l’allemand (qu’elle soupçonne d’avoir mis la bombe), et une petite américaine de huit ans, Aimée.

Déjà portée sur la bouteille, Emily devient sérieusement accroc à la grappa.

 Un M. Riversmith arrive de Pennsylvanie pour recueillir Aimée, sa nièce à présent orpheline.

Emily ne veut pas la perdre, elle qui n’a pas eu d’enfants, et harcèle le nouveau venu pour qu’il la lui laisse,

en même temps elle tente de le séduire, car il ressemble à Joseph Cotten… et ne parvient plus à écrire de romans rose. Ni d’aucune sorte.


Le texte est cousu comme patchwork, avec des débris de monologue qui passent insensiblement d’une phase à l’autre de ces moments de vie, mêlant le vécu ( sans doute enjolivé) d’Emily avec des passages de ses romans.

 La vieille dame se montre pathétique, insupportable, naïve, menteuse, sentimentale, et le lecteur la suit, avec sympathie et un peu d’ennui tout de même malgré le charme de ces petits bouts de vie qui vont et viennent ….

 
 
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9 mars 2007 5 09 /03 /mars /2007 13:22

ravel.gifRavel prend un bain ; c’est ainsi qu’il entame sa dernière décennie de vie terrestre.

Pourquoi un bain ? Ravel a pour anagramme « laver ». Et d’autres anagrammes assez nombreuses, dont certaines que je n’aimerais pas mentionner. Aucun nom de compositeur français n’en a tant, ai-je l’impression.

Sa baignoire est montée sur des pieds de griffons. Il griffonne encore de très bonnes partitions et ne se fait pas mousser. Longuement il tente de profiter de son bain. Seul.

Il rencontre une femme : Hélène Jourdan-Morhange à la gare Saint-Lazare.

Hélène : l’héroïne de troie, l’éclat du soleil ravélien, un é fermé un è ouvert, le H comme une barre fixe ( vous avez fait votre gym ce matin), Jourdan ( c’est qui ?) dent du jour, Morhange : ce talc si doux et si mortifère, l’ange de la mort qui plane sur Ravel...

Ah les signifiants ! N’en jetez plus… !

Puis d’autres femmes, toutes des cantatrices, avec des noms composés et des toilettes soignées, non sans charme, des admiratrices empressées.

Ce n’est pourtant pas que Ravel puisse se trouver en galante compagnie.

Jamais de la vie.
Pas de rave(l)-party.

Nous n'affirmerons pas non plus que Ravel est sage.

Ni puritain.
Ni… nous ne savons pas.
 

Ravel/travel. Elle (n) le conduit gare Saint-Lazare pour un petit voyage jusqu’au Havre, d’où il va partir pour l’Amérique. Il vivra un an de plus que le France (qui n’en a plus que pour neuf ans) sur lequel il voyage, et qui sera vendu aux japonais.

A qui a-t-on vendu Ravel ?

 

Assez souvent, il va sur le pont du navire, (assez long tRavelling) explore le paquebot : « les rouages plus que les flots lui donnent des idées rythmiques ».

Ravel n’est pas un romantique ; c’est un vrai compositeur. Il fuit les états d’âme, et se passionne pour la technique.

Il lui arrive cependant d’avoir des faiblesses : « ce petit truc en ut mineur »qu’il a torché sans vraiment s’amuser, et qu’on appellera son œuvre la plus célèbre – ce Boléro, puisqu’il faut l’appeler par son nom…

Ravel ravale sa déception.
Mais il ne déteste pas ses appartements.

Il a « un bon sourire sec », mesure "un mètre soixante et un pour quarante-cinq kilos et soixante-seize centimètre de périmètre thoracique."

Je n’ai rien contre. J’ai horreur des poids lourds.

Il avait réussi à s’engager pendant la Grande Guerre en insistant beaucoup.

Ravel est un brave.

Il va fêter ses cinquante-trois ans le sept mars « avec Gershwin qu’il a voulu revoir pour l’écouter jouer«The Man I Love »…il ressemble paraît-il à Faulkner, qui au même moment, « partage sa vie entre deux villes Oxford-Mississipi et la Nouvelle Orléans, deux livres Mosquitos et Sartoris, et deux whiskeys-Jack Daniel’s et Jack Daniel’s ».

Mais ils ne vont pas se rencontrer.

En Amérique, comme ailleurs, Ravel « peut avoir fort à faire même s’il n’en fait rien ».

Il écoute du jazz, boit du bouillon, lit Joseph Conrad et part en tournée. New York, Carnegie Hall, Cambridge…

Il joue mal, s’embrouille un peu : n’est pas Ravel(ing) pour rien. Mais personne ne s’en aperçoit et ça lui est égal. Il ne veut pas donner des leçons de musique à son ami Gershwin.

Ça y est : on a découvert l’Amérique avec Ravel ; c’est dur la vie d’artiste.

Quand il revient en France, c’est bientôt la fin. Cantatrices et bains à nouveau. Il prend des tonnes de médocs et se fait opérer. Dégénérescence musculaire. Ravel râle et vêle. Ravale sa souffrance. Le début et la fin se donnent la main.

Que nous révèle Ravel ?

 

A sa mort il n’a laissé de lui ni image, ni enregistrement de sa voix ou d’un instrument.

Entendons ce message : Ravel est frère des littérateurs qui ne montrent aucune image d’eux (comme Dieu, dont on ne doit pas en principe garder d’image…) et ne laissent que des écrits et pas de voix (tables de la loi). Après lecture, signons-nous. Et ne cherchons pas à comprendre.

 
Never can unravel the mystery.
 

Après cette rave (l)- party, je n’aime plus prendre des bains, je déteste les bateaux et les croisières, je n’aime plus l’Amérique, et surtout pas Gershwin, je hais la date du 7 mars, mais le 9 je me remets lentement.

Je me demande comment j’ai pu écouter du Ravel un jour, et je me sens envahie d’une déprime tenace…

 

Réf .Jean Echenoz, « Ravel »Minuit, janvier 2006.

 
 
 
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9 mars 2007 5 09 /03 /mars /2007 12:48

La-T--l--vision.jpgLa Minuit Touch (l’expression est de Pierre Assouline) : ce sont les ouvrages de fiction publié chez Minuit par des romanciers qui s’inspirent de leurs aînés du Nouveau Roman.

C’est un genre un peu particulier, difficile à cerner. On y trouve le pire comme le meilleur…

 

Jean-Philippe Toussaint publie encore à Minuit. Il fut longtemps à la collection d’ouvrages de fiction ce que Pierre Bayard est encore à la collection « Paradoxe ».

Son meilleur livre me semble être "La Télévision".

Les éditions de Minuit ne proposent pas d'image de couverture. Mais les allemands ont fait un choix différent ...
 

   La première de couverture annonce un roman ; Cela ressemble à un journal intime désintimé ou à des notes réaménagées sans souci de faire un récit. De petites narrations, qui ne se rapportent à aucun fil conducteur aucun noyau dur.

On y décèle pourtant une réflexion générale sur l’image, la représentation visuelle( pas seulement celle de la TV), l’imago, et même le « scopique » soit l’observation, tout ce qui implique de regarder et d’examiner.D’être regardé, de voir ou d’être vu.

Ainsi le narrateur, faux naïf, s’exhibe devant le lecteur, indiquant qu’il est toujours à un moment donné en train de s’habiller ou de se déshabiller, à poile, en train de faire l’amour, (il en indique la façon) de se masturber ( devant la TV, toujours ! que faire d’autre devant la TV ??) Il insiste sur ses parties génitales ; se servant d’un certain nombre de termes familiers ( «  boutique » mot délicieusement désuet pour l’organe mâle très en faveur dans les années 60 pour désigner le pénis des garçonnets).

Nous avons aussi la description de sa calvitie le « duvet de caneton », de son pyjama … tout cela n’est jamais érotique, toujours très ironique, humoristique à l’occasion. Certaines scènes s’inspirent de Chaplin ou Buster Keaton, entraînant le fou rire du lecteur : le narrateur était censé arroser les plantes de ses voisins partis en vacances ; malgré la grande chaleur il n’en a rien fait : il se rend compte qu’il aurait souhaité être payé pour cela.

Il se contente de regarder la TV chez les voisins puisqu’il a décidé de ne plus la regarder chez lui...

J'oubliais ! il semble que la tension dramatique  dans  ce livre  découle de  multiples  tentatives de ne plus regarder la TV pour se consacrer à des tâches plus sérieuses.

Peu avant leur retour, les plantes étant desséchées, il essaie d’en rattraper une ( décrite comme un sexe féminin) en la mettant au frigo. Au retour des propriétaires le narrateur  tente de  sortir incognito la plante du frigo, allant même jusqu’à s’enfermer dans les toilettes avec son butin et  s’en évader   par la fenêtre pour regagner celle de la cuisine en face… : c’est l’épisode le plus réussi du livre.

Un autre épisode assez bien venu s’inspire également du cinéma comique : un Monsieur s’assoit sur son sandwich dans la salle des Dürer au musée Dahlem.

 JPT s’amuse à rappeler ses ouvrages précédents :

La « Salle de bain » :   on y décortique un poulpe … (oui dans la Salle de bain, je veux dire la cuisine de la salle de bain, évidemment), et ici (dans la TV) un oursin, d’une façon très similaire.

La Réticence (roman noir de JPT publié en 1996, injustement oublié) : Lorsque ici ( dans la TV) on  aperçoit un faux malfaiteur «  qui porte un prétendu cadavre dans l’escalier à minuit et demie », le narrateur voit son ex-persécuteur (de la Réticence) monter dans une voiture et parler à un type  «  à qui il a fait peur ». Le «  cadavre » était un poste de TV. Ce livre-ci apparaît comme l’envers de la Réticence qui le précédait : loin de se laisser fasciner par un scénario « noir » le narrateur se plaît dans des scènes ouvertement comiques.

 

Nous sommes à Berlin (j’oubliais !)où le narrateur  s’isole pour écrire un ouvrage sur Titien Vercelli (Initials TV).

Cesse-t'il  de regarder la TV pour se consacrer à ces nobles réalisations picturales du quattrocento ?

Non, pas vraiment !

Il ramène  cette anecdote à quoi l’on a droit chaque fois qu’on lit un ouvrage sur l’art : le pinceau du Titien ramassé par Charles quint venu surveiller la progression du tableau qu’il a commandé au peintre. Mince ! Encore cette anecdote ! Et pire encore, le narrateur veut intituler son œuvre future «  l’art et la politique au seizième siècle »

Il  formule des hypothèses sur  ce que  la célèbre anecdote peut signifier : 1) le Titien a laissé tomber le pinceau de surprise de voir le souverain arriver dans on atelier. 2) il l’a fait exprès par mépris pour voir la réaction de l’autre, s’il s’abaisserait à le ramasser … etc.  dans  tous les cas le conflit entre l'art et la politique est serré.

 Le pinceau est décrit comme un objet phallique avec une insistance un peu outrancière comme si le lecteur n’aurait pas compris les allusions discrètes. C’est la seule critique que l’on puisse faire à un ouvrage réjouissant, sympathique, et  où l’on pose de bonnes questions.

C’était la télévision d’il y a dix ans.

 Le livre a été publié en 1997.

 Aujourd’hui, il n’y a plus ni pinceau ni toile. Il y a sans doute deux personnages dans une sorte d’atelier mais qui est Titien qui est Charles, on ne sait pas, et ils bavardent à n’en plus finir, sous les projecteurs.

Jean-Philippe Toussaint a publié «  Fuir «  et on dit que ce n’est pas drôle du tout.

 
 
 
 
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15 janvier 2007 1 15 /01 /janvier /2007 10:28

La chair est triste...

C'est la première fois que je lis un ouvrage en entier dans la catégorie " érotisme". Catherine Millet écrit bien, et son roman autobiographique pose un certain   nombre de questions intéressantes.

J'ai choisi de croire que Catherine disait la vérité.

Ce récit est divisé en 4 chapitres dont le premier «  le Nombre «  semble vouloir dire que Catherine se range dans la catégorie des Dom Juan féminins. Ce qui compte c'est d'en avoir toujours un de plus (ou un de moins) à conquérir.

Remontant à son enfance, elle se souvient s'être demandée si une femme pouvait avoir plusieurs maris en même temps ou seulement l'un après l'autre. Vers l'adolescence elle devient très catholique et veut « épouser Dieu «  et partir comme missionnaire.

«  Dieu était la voix tonnante qui rappelait les hommes à l'ordre ».

Catherine comprends que la religion ne va pas la satisfaire, et perd sa virginité à 18 ans (fin des années soixante). Elle cesse de croire juste après ses premières relations sexuelles. Mais ensuite elle va très vite apprécier les partouzes :

« Je suis entrée dans la vie sexuelle adulte comme, petite fille, je m'engouffrais dans le tunnel du train fantôme, à l'aveugle, pour le plaisir d'être ballottée et saisie au hasard. Ou encore « absorbée comme une grenouille par un serpent ». La sexualité garde un lien avec les plaisirs enfantins et s'en coupent en même temps dans une délicieuse contradiction.

 

Si elle se déshabille vite, c'est qu'elle ne se sent pas trop à l'aise dans l'échange verbal et préfère les propos qu'on s'échange en baisant. « Craintive des relations sociales j'avais fait de l'acte sexuel un refuge : esquiver les regards et les échanges verbaux pour lesquels je manquais de pratique ». Dans l'acte sexuel au contraire elle peut parler : un récit à deux voix en contrepoint de l'échange corporel, l'impression de communiquer.

 

La Sous-mission

 «  Tu ne disais jamais non ne refusais rien. Tu ne faisais pas  de manières. Tu ne jouais ni à la femme qui veut faire plaisir à son mec ni à la grande salope. Ni réticente, ni vicelarde. Tranquillité et maniabilité. » Catherine a été fière que certains de ses amants lui fassent ce type de compliments.

 C'est contraire au schéma classique que nous apprenaient parfois nos aînées nées avant guerre, si elles consentaient à avoir des échanges verbaux avec nous, à savoir que la femme pour se faire respecter devait résister et se faire difficilement conquérir en y mettant de vrais obstacles.

 Contraire aussi à l'idée répandue qu'il faut jouer un rôle pour plaire. Contraire même aux idées issues de mai 68 selon lesquelles il fallait jouir de sa liberté sexuelle, et «  ne pas se refouler ». Non : Catherine est soumise. Rien de plus.

 

 L'Objet : la grande découverte de Catherine, au rayon du plaisir sexuel, c'est le « dé hermétique »: l'extrémité est une tête de poupée le front marqué d'une étoile et dont les cheveux forment un cran qui correspond au bourrelet du gland. Cette tête décrit des cercles plus ou moins larges tandis qu'une sorte de petit sanglier qui se détache à la moitié du cylindre fait vibrer plus ou moins vite sa langue très longue destinée à solliciter le clitoris ». Grâce à cet appareil elle réussit à avoir un fort orgasme « déclenché sans se raconter d'histoire ».

 Jusque là nous croyions que Catherine faisait l'amour parce qu'elle y trouvait son compte sur le plan sexuel. On se trompait ou l'on avait mal lu. Elle aime le corps des hommes, elle s'excite facilement, mais la conclusion orgasmique, si atteinte, ne l'est que par la branlette.

 

L'Espace.

 Catherine parle de l'espace comme métaphore des parties génitales féminines, espaces clos, ouverts, lieux rêvés, choisis pour accueillir le désir. «  Qui n'a pas rêvé de polluer avec des parties de jambes en l'air les lieux les pus ordinairement innocents  qu'il fréquente... »

Les lieux extérieurs l'inspirent : un hall d'immeuble, où deux quidams la prendraient en sandwich, un mur à claire-voie entre le parking de la porte de Saint-Cloud et le Périphérique, de nuit, éclairées par des phares, sur le fond de lait caillé d'une montagne escarpée, le corps en équerre.

 «  Je n'ai guère investi les bureaux en dehors des horaires de travail » nous dit Catherine, voulant par là signifier son dégoût de la vulgarité : elle n'est pas cette nana écervelée qui se  fait mettre dans un bureau par son collègue : précisément, ces petits interdits mesquins ne jouent aucun rôle dans son parcours ; son geste requiert une esthétique lié à une éthique. C'est là que se noue le lien qui lie son travail à son activité professionnelle. Catherine répond là à cette question de l'influence des interdits sur le désir et l'excitation sexuelle : cela lui parait trivial, elle ne s'y laisse pas prendre. L'acte sexuel tel qu'elle le conçoit, c'est de la beauté à l'état pur.

 

 L'Ennui : dans un dernier chapitre « Détails » Catherine renchérit sur le fait qu'elle n'a pas recherché la satisfaction des sens et ajoute qu'elle ne savait même pas jusqu'à au moins trente-cinq ans que c'était en principe le but recherché. «  J'ai parlé de l'ennui qui me prenait pendant les réunions entre amis et de l'échappatoire que je trouvais en m'éclipsant avec l'un d'eux pour baiser. Mais il arrive qu'on s'ennuie en baisant. Toutefois je supporte mieux cet ennui là ».

 Pendant tous ces échanges sexuels ou non elle trompe son ennui en s'inventant des histoires ; il arrive qu'on la mène dans des appartements dont la décoration l'intéresse. « Le cours de ma pensée est si détaché des contingences qu'il ne se laisse pas entraver par un corps, celui-ci serait-il retenu dans les bras d'un autre corps ». Mieux, la pensée est d'autant plus libre que l'éventuel interlocuteur s'occupe avec le corps.

Mais alors, à quoi bon avoir autant de partenaires, si c'est aussi peu gratifiant ?

 

 

 

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14 janvier 2007 7 14 /01 /janvier /2007 14:30

Nouvelles
Année de publication : de 1967 à 1990.
Edition : Phébus, (Domaine étranger), 2000.

 

9 récits brefs publiés à des dates diverses, réunies sous le titre " Collected Stories ". Des nouvelles réalistes, psychologiques, avec des thèmes communs la trahison, la vengeance, parfois on va jusqu'au tragique.
Ci-dessous, 3 nouvelles :


Mrs SILLY : Michael, garçonnet de neuf ans, va fréquenter la Prep-Scool, d'Elton Grange, où son père, divorcé, le fait entrer. Il a l'occasion de jeter un regard neuf sur sa mère qu'il n'avait jamais quittée , qui était tout pour lui : elle porte des vêtements de quatre sous, s'habille plus mal que les bonnes, bavarde à tort et à travers, prend un professeur pour un élève, confond l'intendante et la directrice,… et la société est féroce ., Pour sa confirmation, il est content que ses camarades ne l'aient pas reconnue pour sa mère, et prétend que c'est une tante dont il ignore la parenté. Pourtant cette femme a été tout pour lui, l'est encore…


VIRGINS : En visitant la cathédrale de Sienne, Laura, quinquagénaire, reconnaît son ancienne amie Margaretta. Leur lointaine amitié reprend possession d'elles, un instant , leurs couples et enfants ne comptent plus . laura évoque le passé pour elle-même, tandis qu'elles bavardent.
Laura était surnommée " vierge sage ", et Margaretta, " vierge folle "par le père de cette dernière. Malgré leurs différences, elles n'en tombèrent pas moins amoureuses toutes deux à 14 ans de Ralph, plus âgé, atteint d'un rhumatisme articulaire qui le condamnait à brève échéance. Après sa mort, Margaretta se fâche que Laura aille sur sa tombe et lui montre la correspondance amoureuse qu'ils échangeaient. Laura se rend compte qu’elle recevait les mêmes lettres à la virgule près. Elle n'en dit rien.
Trente -huit ans plus tard, elle n'en dira toujours rien.

 

MISS SMITH : James, un petit garçon un peu en retard, et trop timide, que l'institutrice a pris comme souffre-douleur. Lorsque Miss Smith a un bébé et cesse d'enseigner, James continue à se faire traiter de " vieux mollasson " par l'ancienne institutrice qui refuse de lui montrer le bébé. James trouve le moyen de s'introduire chez elle, et progressivement, il accumule les petites vengeances jusqu'au drame.

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13 janvier 2007 6 13 /01 /janvier /2007 11:39

C’est un roman autobiographique de Catherine Clémenson publié chez Maurice Nadeau, 2001.

 
En exergue ces propos d’Eugène Delacroix :

«  Ne pas craindre, quand le ton de chair est devenu trop blanc par l’addition de tons froids, de remettre franchement les tons chauds du dessous, pour les mêler de nouveau ».

 

Ces paroles d’un artiste sur la couleur deviennent dans le discours de ce roman lorsque l’on est frigide ne pas craindre de se laisser échauffer par de multiples expériences pour tenter de parvenir à l’orgasme  : les souvenirs d’enfance y pourvoiront et le tout donnera un mélange attrayant 

 

Anne fraîchement quinquagénaire, multiplie les contacts à la recherche d’un quidam qui puisse la mener à l’orgasme qu’elle n’a jamais éprouvé ou si peu ce n’est pas très clair elle a été est toujours regrette t’elle une femme bien dressée.

Son passé : Sa chère tante Suzie qui fréquentait beaucoup, le père inconnu, le mari Samuel dont les parents étaient « de petites gens » et deux fils.

Un amant géologue Marc avec qui elle a vécu quelque dix ans militant à l’OCI guide de montagne et motard.

Elle s’est débarrassé de tout ce monde là et n’a pas de problèmes d’argent.

Bonne occasion pour jouer à la femme libérée : « ces idées de petite bourgeoise catho me hantaient toujours …l’innocence…une relation vraie et profonde… l’autre n’est pas qu’un partenaire c’est une personne… un être humain avec une histoire. Chaque rencontre est un événement. Une circonstance unique. J’y croyais encore à ces sornettes, j’étais bien la dernière …pourtant j’avais fait des études, j’avais milité pour l’avortement…j’avais admiré simone et lu henry miller dans le texte en plus…ma génération  avait fait la révolution sexuelle et institué le droit à l’amour …moi j’avais traversé cette immense partie de jambe en l’air comme une somnambule… »

 

Elle compare sa bonne éducation et le fait d’aller à l’opéra ; elle devait s’y retenir pour ne pas faire de bruit et gêner.  On n’a pas le droit de tousser et de roter à  l’Opéra ! Anne y allait elle peut vous le confirmer. Ce que c’est ch… d’être une petite bourgeoise ! A propos d’Opéra «  il n’y a jamais eu de Pamino.  Qui serait  « Tamino plus viril et Pamina ». Le « P » lui paraît plus moelleux. Elle préfère les sourdes.  Seulement si l’on considère les personnages de la  Flûte c’est la reine de la nuit ( Die Königin dure et sonore)qui est la plus virile et peut-être papageno s’il n’était pas dans un problématique position de valet,    mais les deux jeunes premiers n’inspirent nulle sensualité d’autant plus que les serpents n’ont pas touché le brave petit jeune homme.

 

Le défilé des amants d’un jour d’Anne avec qui elle recherche le sexe sans le sentiment et surtout pas « un compagnon de vie » peut paraître divertissant. La lueur dangereuse qu’ellelit dans certains yeux, lorsqu’elle voudrait bien se dérober ; le mec qui casse la vaisselle et qu’elle blesse avec un couteau ; la cave de Macumbo et son décor de jungle avec piscine «  tu la veux alors prend-là c’est un cadeau ; ses rencontres alternent en contrepoint avec les souvenirs de Marc et Samuel des tantes et de la mère ; sa manière allègre de conter trois histoires en même temps l’enfance, la vie adulte en couple, les rendez-vous récents avec le sexe, préserve le lecteur de l’ennui.

Conclusion : Anne renonce «  à ces contorsions… qui vous déformaient la bouche et vous faisaient mouiller comme une vieille calebasse trouée » dont elle rêvait au début. Elle se retire à la campagne, seule, passionnée désormais par des problèmes de vieux robinets qui gouttent.

Son récit est bien enlevé, les métaphores inventives.

 
 
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3 décembre 2006 7 03 /12 /décembre /2006 12:56
Tristesse-et-beaut--.jpgKAWABATA , YASUNARI ( 1889-1972)
Tristesse et beauté
Roman
Année de publication :1970
Edition : Gallimard
Oki est un écrivain quinquagénaire marié à Fumiko, dont la seule occupation est de servir de secrétaire à son époux. Ils ont deux enfants, Taichiro, professeur de littérature à l'université de Tokyo, et une fille plus jeune et dynamique. Il y a vingt-cinq ans de cela, Oki a eu une liaison avec Otoko, une jeune fille de seize ans. Enceinte, elle perdit l'enfant à dix-sept ans et tenta de se suicider. Oki ne put rester auprès d'elle à cause de la jalousie de sa femme.
Maintenant, il apprend  qu'Otoko , devenue artiste peintre, vit à Kyôto et s'y est fait connaître. Il sait aussi qu'elle peint dans le style traditionnel et vit avec une autre femme, artiste également, Keiko, qui  s'investit dans le style abstrait.

Oki part à Kyôto, brûlant de recevoir son ancienne maîtresse et d'écouter avec elle le carillon du nouvel an, notamment la belle cloche du monastère de Chion.
Otoko n'a pas refusé cette rencontre mais elle s'entoure d'un cortège de protection, son amie Keiko, deux geishas, deux jeunes gens et le lieu de rencontre pour le dîner est public.
Keiko, qui connaît le passé de son amie , sait à quel point il pèse sur elle. Otoko ne s'est pas mariée, elle ne peut oublier Oki, et moins encore le roman qu'il a écrit sur leur liaison " Une Jeune fille de seize ans ". 
Et elle  a formé le projet de  peindre son enfant mort-né qu 'elle n'a jamais vu.

Amitié ou jalousie, Keiko décide de venger son amie. Avec sa peinture, sa présence, ses insinuations ,ses menaces à peine déguisées, elle réussit à troubler Oki et sa femme. Et ce n'est pas encore assez : Taichiro sera sa proie : jeune homme innocent, victime désignée et presque consentante, il se laisse séduire par Keiko, et n'offre aucune résistance lorsqu'il a compris qu'elle voulait se venger sur lui. Personne d'ailleurs ne se presse de le sauver, comme si tout le monde acceptait ce sacrifice…
On ne trouvera là ni tristesse ni beauté au sens occidental du terme à moins de se souvenir  de  la beauté que d'aucun ont pu trouver dans les tragédies, et de la tristesse majestueuse qui s'en dégage. C'est une tragédie, on sait dès le début qu'il y aura un sacrifice, qui va jouer le rôle et pourquoi. On suit le déroulement comme les étapes d'un rituel attendu, participant à la douleur des personnages : ceux qui consentent au sacrifice, la victime, et le bourreau également.

On s'intéresse au monde d'Otoko, à son attachement mélancolique pour ce qu'elle a vécu à seize ans, au bébé mort-né qu'elle ne sait comment représenter. Keiko est son instrument de vengeance, mais elle sait que cette vengeance ne servira à personne, ni à elle, ni à Keiko.
Le sentiment cultivé ici par tous les personnages, et mis en avant, c'est la jouissance,  qui comprend le plaisir et son contraire, et qui ne se limite pas à la sexualité.
 Pris dans ce filet, les personnages entretiennent des relations intenses et ambiguës, par le truchement d'œuvres d'art, de passions sexuelles, entre autres.
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3 décembre 2006 7 03 /12 /décembre /2006 11:30
51F1SQJ87PL.-AA240-.jpgHaruki Murakami : Kafka sur le rivage, Belfond, 2003.
 
Un jeune garçon de quinze ans fait une fugue vers l’île de Shikoku ; il se fait appeler Kafka Tamura, prenant le prénom d’un de ses écrivains préférés. Il veut s’éloigner de la maison familiale son père lui répétant depuis l’enfance une terrible prédiction qui n’est autre que celle qui fut jadis faite à Œdipe, aggravée d’une mesure supplémentaire : « tu me tueras et tu coucheras avec ta mère et ta sœur ». Il ne connaît ni l’une ni l’autre qui ont quitté tôt la demeure familiale.  Même son père, célèbre sculpteur,  lui reste assez obscur.
Réfugié  dans une bibliothèque, il se fait embaucher par le responsable Oshima qui l’a pris en amitié.
Alternativement un autre récit nous narre la vie de Nakata, âgé de soixante ans aujourd’hui, qui, en 1944, à l’âge de neuf ans, alors qu’il cueillait des champignons avec les élèves de sa classe et son institutrice sur la colline du Bol de riz, fut victime d’un coma inexpliqué dont il se réveilla sans mémoire et frappé d’altération intellectuelle. Lors d’une recherche pour retrouver la chatte de ses voisins, Nakata, d’habitude doux et effacé est confronté au kidnappeur de chat et le tue sur sa demande. Il s’enfuit vers l’île de Shikoku. Le même soir, Kafka Tamura, se réveille après minuit, dans un buisson, couvert d’un sang qui n’est pas le sien, sans souvenir de ce qui a pu lui arriver. Le lendemain, on apprend la mort de M. Tamura. Kafka craint de l’avoir  tué sans le savoir, Nakata sait qu’il l’a tué et fuit avec un jeune conducteur de camion avec qui il a sympathisé.
Kafka, très inquiet, apprend en outre le secret d’Oshima  (victime du syndrome de Morris, assez fréquent dans la fiction, rare dans la réalité) qui le plonge dans l’embarras.
 
C’est un roman initiatique basé sur le thème du fatum. Peut-on échapper à sa destinée ? Riche en péripéties, en éléments qui se veulent comiques  et ne le sont pas toujours,  autant qu’en suspense, loufoque souvent, et d’une lecture  agréable la plupart du temps, facile en tous cas . On se demande s' il faut admettre tous les faits surnaturels qui se produisent ou s’ils seront rationnellement expliqués...
 
Puis... arrivée à la page 300 environ, on ne se demande plus rien, on se lasse des nombreuses répétitions, des objets particuliers nécessaires à trouver pour continuer la quête.
Une quête qui accumule beaucoup de clichés,  et ne sort pas assez de l'ordinaire. On l'aurait supporté d'un thriller, d'un roman d'aventure,  dont on attend des rebondissements, des situations drôlatiques, mais pas d'un roman comme celui là qui véhicule le nom de Kafka dans le titre.

On doit  justement ajouter que le héros, Kafka, et le récit qu'il porte, ne ressemblent pas le moins du monde à leur éponyme.  C'est peut-être cela que je lui reproche.

On espérait que Kafka Tamura aura une relation privilégiée avec cet être particulier qu’est Oshima, mais il tombe amoureux du fantôme d’une femme qui se désespère d’amour !!!
J’ai lâché tout le monde.
Bon départ, mais enlisement sévère.


Ce romancier est l'auteur d'autres récits qui sont moins célèbres. Peut-être essayerai-je un de ses romans antérieurs.
 
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19 novembre 2006 7 19 /11 /novembre /2006 22:10
le-journal-d-Edith.jpgEdition : Gallimard- Folio 1977.
 
   Lorsque Edith et Brett viennent s'installer en Pennsylvannie, le vieux Georges, oncle de Brett , célibataire de 70 ans qui ne se plaît  plus dans sa maison de retraite vient habiter avec eux.
C'est curieux que Brett veuille le prendre: à quoi bon s'embarrasser d'un vieux parent que l'on connaît à peine? C'est encore plus étrange qu'Edith accepte et ne le renvoie pas lorsqu'il affecte la maladie pour rester dans sa chambre et se faire servir comme un enfant.
Cliff, le fils unique, jalouse le vieux Georges. Ce garçon violent, aboulique, déscolarisé, devrait inquiéter ses parents.
Mais Edith et Brett n'ont jamais le temps de se faire du souci. Occupés du journal qu'ils ont créé, La Gazette, leurs inquiétudes se  concentrent  sur  la politique nationale et étrangère, les conflits sociaux, un certain militantisme.
Pourtant la situation se dégrade  : Brett prend  une maîtresse . Edith n'est pas trop affectée. Y-a-t-il quelqu'un dans sa vie?
Rien d'autre qu'un gros volume brun, relié, son journal, qu'elle tient d'une façon un peu particulière: son fils y est brillant au point d'intégrer une grande école; il se marie, lui donne des petits enfants. Brett vient d'y mourir...


 
" Le Journal d'Edith" est un roman psychologique   où sont mises en scène plusieurs pathologies :

 Edith s'éloigne de la réalité qu'elle devrait affronter. D'abord, comme le font la très grande majorité des gens en ignorant ses problèmes les plus gênants, et en se tournant vers des activités qui ne la remettent pas sérieusement en cause, d'autant plus que ces activités sont utiles à la société. Puis, elle joue à transformer cette réalité de plus en plus inavouable mais ne sait pas garder ses distances vis-à vis de la fiction: l'histoire idéale de sa famille qu'elle relate dans son journal est écrite à la première personne, les personnages en sont les membres de sa famille, elle se contente de changer de façon manichéenne les " réalités insupportables" par "d'heureux événements".

Brett, son époux, pragmatique, choisit la fuite dans une autre réalité plus acceptable : mais que représente ce vieil oncle dépressif qu'il impose à Edith, et qui exigera d'elle des soins qu'on réserve aux nourrissons? N'est-ce pas une autre personnalité de lui-même, régressive, qu'il délègue à un autre, pour ne pas en souffrir?
Que signifie de la part de Brett, cette violente colère à la mort ( qu'il soupçonne à juste titre criminelle), du vieil oncle qu'il avait "oublié" chez Edith?
Et si Brett est resté, sans le savoir, un nourrisson sans défense, dont la vie sociale apparemment adaptée est un leurre, comment s'étonner que son fils souffre de graves troubles mentaux?  Le fils  hérite des maux ignorés de ses parents.

Ce personnage irresponsable, capable de meurtre, ressemble à l'être monstrueux, couplé à sa mère, que rencontre l'infortuné architecte de " L'Inconnu du Nord-Express".
Patricia Highsmith s'est surpassée pour nous montrer les ruses tortueuses du psychisme humain. A propos de ce livre, elle disait avoir imaginé ce qu'aurait été sa vie si elle avait accepté une demande en mariage qui lui avait été faite dans ses jeunes années.
 
 
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