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14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 23:46

Ce récit a été publié en Argentine en 2005, et chez Christian Bourgois dans la traduction de  Michel Lafon en 2008.


L'auteur l'annonce sans ambages dès l'incipit  («  J'étais une petite fille de sept ans, princesse d'un pays de conte de fées ») il investit le genre du conte.

Il a déjà renouvelé et dévié  le récit de voyage initiatique (Un Episode de la vie du peintre voyageur), le roman  psychologique («  Varamo »), le roman noir («  Les Nuits de Flores ») les enrichissant de sa fantaisie et  de son érudition.


La petite ramasse ce qu'elle croit être une pierre précieuse, mais  au toucher l'objet se révèle mou et sans forme, fait d'une substance onctueuse inconnue, peut-être répugnante, et qui sent bon.

C'est l'annonce de toutes sortes d'expériences à venir, que sa curiosité insatiable lui fera toujours apprécier (je voulais toujours tout essayer...j'étais un cas extrême de je te vois je te veux).

Au deuxième chapitre, elle présente son père «  Le Roi mon père...c'était un saint ou en langage courant un brave homme », et le grand château où ils vivent...


En effet, le héros du conte n'est pas la petite fille en elle-même, mais le couple « la princesse et son père », d'autant plus exemplaire, qu'ils ne sont jamais désignés  par un prénom ou un nom.

Pour la fillette son père fut mal marié avec une fausse psychologue  qui a également menti sur son âge, une marâtre, qui torture son père (Bien évidemment, à sept ans elle prend le parti du père), et «  elle venait d'un autre milieu, du monde phosphorescent des célébrités, ambitieuse, passionnée pourquoi avait-il fallu qu'elle épouse un obscur rêveur impénitent »


Le père, employé de bureau, pour échapper à cette conjugalité atroce accepte de « vendre son âme  aux puissances surnaturelles, en échange de la réalisation de tous ses désirs... pour la première fois de sa vie, il paya au prix fort..»


Nanti de ces pouvoirs, le père achète un domaine, procure à sa femme une petite fille ( la source inépuisable me produisit)  mais s'occupe seul de cette enfant » ma relation avec papa était la source des histoires, de tout ce qui donnait du charme et de l'intérêt à la vie » , et en fin de compte crée un  royaume pour lui et sa fille «  la monarchie turque de Biscaye » qui peut dès maintenant occuper une place de choix dans la prochaine édition du  dictionnaire des « lieux imaginaires » de Manguel.


Le rationnel côtoie le féérique, non sans ironie : ce pays est reconnu par la communauté européenne. Quoique turc, il se situe quelque part dans le pays Basque...il y a des montagnes ténébreuses, des hivers aux pluies interminables, de drôles de vipères...

Ils ont deux principaux  serviteurs : un goûteur de plat (Prospero) et un  « poète classique biscayen » Héctor, que papa nomme juge errant « chargé de rendre la justice là ou la justice ne parviendrait pas ». La description qui est faite d'Héctor est celui d'un bouffon de cour. Nul n'a jamais lu ses vers « mais il savait distinguer entre la simple extériorisation de sentiments et une véritable confrontation avec  la littérature ».


Un jour, le roi est mis en difficulté par ses sujets à cause de  couteaux qui se transforment en vipères. Des hommes-boucs prennent la fillette en otage et la tiennent prisonnière dans un vieux cinéma désaffecté. N'est rendue que contre son âme. «  Dépouillée de mon âme, c'est-à-dire de mon éternité, j'entrais dans le cours inexorable du temps. Et comme aucun père ne veut que sa fille grandisse et cesse d'être une fillette, il devenait impératif de récupérer mon âme ».

 

Ils se mettent en route vers le cinéma désaffecté. Le poète juge devient porte-bagage... 


 Le récit de « la petite goûteuse » est fort savoureux, mais il n'est pas toujours aisé d'interpréter les différentes séquences. On peut méditer longtemps sur la signification des «  hommes-boucs » ; d'un vieux perroquet qui guérit la surdité lorsqu'il profère un mot ; du poète juge qui devient porte-bagage ; du Christ, personnage à barbe noire qui habite un vieux château, avec des Papes pour servir un repas copieux. On discute de l'opportunité de faire installer l'électricité...  

«  Ma Mère me fait un chantage permanent avec sa mauvaise santé »dit aussi ce Christ-là, qui a néanmoins  un but «  arriver à boucler un jour son grand œuvre, l'herbier chimique des émotions ».


Lire la présentation de l'auteur sur le site deChristian Bourgois

Un autre article très agréable à lire sur le site du Matricule des Anges 

Mes  billets sur  Varamo et   Un épisode  de la vie du peintre voyageur

Un article intéressant sur le blog Wodka

 

 

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12 avril 2008 6 12 /04 /avril /2008 23:15


Publié aux éditions Rivages.

Ce livre avait été sélectionné pour le Booker Prize en 1971.

L'un des derniers ouvrages d'Elizabeth Taylor, qui compte parmi mes préférés avec « Noces de faïences ».

 Si son roman le plus célèbre est incontestablement «  Angel », ce n'est pas le meilleur. Celui là, ces 215 pages- là sont supérieures, l'auteur n'a pas changé de style mais elle va à l'essentiel et presque toutes les phrases sont choisies et font mouche.

En 1971, lors de la parution, l'auteur a 59 ans ; elle n'est pas aussi âgée que son héroïne ; sans qu'on le dise Mrs Palfrey semble être septuagénaire. Elizabeth Taylor a encore quatre ans à vivre, son héroïne entame sa dernière, lorsque, veuve, elle s'installe à l'hôtel Claremont «  un dimanche après-midi de janvier ». Au cœur de Londres, cette  pension abrite des hôtes de passage et des personnes âgées, qui ne peuvent plus rester dans leur famille ou n'en ont pas. Ce n'est pas une maison retraite car on n'y trouve pas de personnel de santé.

Comme le dit Mrs. Palfrey à un jeune homme rencontré au hasard d'une chute qu'elle fait dans une rue et qui s'occupe de la réconforter, «  Nous ne sommes pas autorisés à mourir ici ».

Lorsque les pensionnaires de l'hôtel le quittent c'est pour l'hôpital ou l'hospice. L'hospice surtout, attendu que, l'argent dont ils disposaient, ils l'ont dépensé à vivre dans cet hôtel.

Mrs Palfrey a un petit fils Desmond qui travaille au British Museum et vit à Hamstead. Des précisions qu'elle donne avec fierté aux autres pensionnaires, trois veuves et un veuf affectés de problèmes divers : Mrs. Arbuthnot d'arthrite, Mrs Burton d'alcoolisme, Mrs Past de mélancolie, et Mr. Osmond d'obsessions sexuelles.

Mrs Palrey parle de son petit-fils, seul moyen de se mettre en valeur, et annonce imprudemment sa prochaine visite. «  Desmond ne vint pas. Le pull que lui avait tricoté Mrs Palfrey était presque achevé et chacun savait  qu'il n'était pas venu le chercher. Sauver la face avait été un élément important de la vie en Extrême orient et Mrs Palfrey à présent s'y efforçait de nouveau. Une telle attitude entraîne généralement des ennuis, et les ennuis apparurent car elle se trouva obligée de mentir et de se souvenir des mensonges qu'elle avait proférés ».

Les mensonges ne font pas illusion et les autres pensionnaires lui témoignent de la pitié et une sympathie méprisante, quand ils ne suggèrent pas que ce petit fils  elle l'a inventé.

Heureusement elle fait une chute, retour de la bibliothèque municipale, un jeune homme la secourt qui vit dans un entresol en face de la rue où elle gît à terre. Ludo (nom qui évoque le jeu et le plaisir) est écrivain sans avoir rien publié, vit dans le dénuement le plus complet.

 Mrs Palfrey l'invite à Claremont pour le remercier. Ludo paraît surpris, consterné puis c'est l'allégresse qui le gagne : «  lorsque la voiture disparut, il retourna dans la pièce et, penché sur sa table, nota dans un calepin : «  longue culotte grise et pelucheuse... élastique...vine de la jambe couleur de raisin ...parfum d'eau de lavande (berk !)...taches brunes sur le dos des mains vernissées, veines apparentes...plis horizontaux. »

Ludo est apprenti écrivain et il travaille sur le motif. L'idée d'aller visiter Mrs Palfrey lui apparaît comme un matériau intéressant pour écrire. Ecrire sur les personnes âgées l'intéresse d'autant que Mrs Palfrey a prononcé sans le savoir, une phrase au contenu dramatique qui suppose un certain pathos maîtrisé « nous ne sommes pas autorisés à mourir ici » et, mine de rien  a désigné Claremont comme un lieu de passage symbolique ( antichambre  de la mort, scène où l'on fait son apprentissage de l'agonie, lieu de souffrance maquillé).

Cette phrase deviendra le titre du roman que Ludo  achève à la fin du livre que nous lisons.

« Ils ne sont pas autorisés à mourir ici »

Une relation forte s'établir entre Ludo et Mrs Palfrey, principal objet du livre. Ludo est un personnage très positif. Il ne se lasse pas d'écrire malgré la quasi-misère dans quoi il vit ; mélange de naïveté et d'honnêteté, il rend Mrs Palfrey amoureuse de lui, sans l'ignorer et sans chercher à en profiter non plus. Il lui emprunte de l'argent et travaille pour le lui rendre. Mrs Palfrey voudrait l'inscrire sur son testament : il n'en saura rien et elle  ne pourra pas. Son profit, il le trouve dans le matériau que cette dame et les autres pensionnaires lui fournissent involontairement pour l'écriture. Un roman que Mrs Palfrey n'aurait pas aimé se dit Ludo lorsqu'elle lui demande de lui en faire parvenir un exemplaire lorsqu'il sera publié. La  nature de leur relation est profondément réaliste et vraie à l'opposé de «  Harold et Maude » film contemporain du roman, et dont le sujet est quasiment le même : le jeune homme et la vieille dame.

Ce récit ne propose rien d'invraisemblable ni de faux. Rien d'idéaliste. Vraie et subtile, El. Taylor ne prétend pas que Ludo pourrait être amoureux d'une vieille dame. Il recherche la compagnie des filles de son âge. Il ne se plaît pas particulièrement avec Mrs.Palfrey. Le grand âge n'est pas idéalisé.  Mrs Palfrey, isolée,  tombe une deuxième fois pour avoir voulu échapper  à des avances importunes  et cette seconde chute lui ramène Ludo.

De  sorte que, nous rappelant Harold et Maude nous voyons ce qu'il y a de faux dans  ce film  en regard de ce roman.   Point ici de relation fusionnelle mais lucidité et respect mutuel.


Des intrigues secondaires, comiques et émouvantes en même temps, viennent étoffer le roman, l'apparition du vrai petit fils alors que les pensionnaires avaient adopté l'autre comme tel.

La vie de cette petite société de personnes âgées qui affrontent ou évitent les manquements ou les misères leur condition, leur tentative de participer à une «  boum » et les petites catastrophes qui s'ensuivent sont rapportées avec un  humour caustique parfois cruel.


Mais la surprise ce sont les deux personnages principaux, sympathiques et performants, rares chez Elizabeth Taylor qui préfère dénoncer les travers de la société dans ses personnages plutôt que  de montrer des êtres  intelligents.

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11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 23:26

Seuil, 2006.

330 pages.

Surtout connu pour ses romans policiers, Henning Mankell a aussi écrit plusieurs romans ; celui-là est aussi bon que certains de ses polars.

Voilà un écrivain  qui  énerve son éditeur à ne publier que des recueils de « poèmes hermétiques ».  Ce dernier le presse d'écrire un polar pour se vendre enfin.  En outre, il vient de passer trois semaines aux îles et  se plaît à observer son bronzage. Son ami Andréa est infirmière parce qu'il est hypocondriaque ; mais elle va bientôt le quitter car il ne veut pas d'enfant et ils avoisinent la quarantaine.


Un jour, une lecture à la bibliothèque de Göteborg va changer la donne. Les  participants sont des travailleurs immigrés invités par la bibliothécaire pour  qu'ils prennent contact avec les livres. L'échange est plutôt  musclé,  il prend conscience qu'il existe un autre monde... à force de fréquenter les quartiers annexes, il  va faire la connaissance de trois jeunes filles. la première est africaine, la seconde russe : sans papières, ni domicile fixe, elles sont arrivées en Suède après avoir subi de terribles épreuves. La troisième, iranienne, persécutée par les hommes de sa famille vit aussi un enfer.

Il se met en tête d'écrire un livre pour les faire témoigner de leurs expériences, et leur obtenir  le droit de séjour...

Nous avons là trois récits bouleversants  sur  les problèmes et souffrances des immigrés en Suède.

Le portrait du romancier  me trouble: avant de connaître les trois jeunes filles et  le poids de la précarité sociale, le héros écrivait des poèmes hermétiques et se regardait bronzer. Je me demande  qui Mankell voulait épingler. Tous les poètes ne se regardent pas bronzer, et  le mot "hermétisme"  est-il ici une condamnation?

 

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11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 23:24

 

Métailié, 2007. 133 pages.

 

Pour ses quatre vingt ans, Camilleri a écrit un roman autobiographique, non policier.

Nous voilà dans la Sicile de la fin des années 30. Nenè est un petit garçon qui vit à côté d'une maison de tolérance. Il ignore ce qu'on y fait mais les femmes nues l'attirent déjà, vu que sa cousine et compagne de jeu Angela est assez délurée. En grandissant, il est admis avec deux de ses amis de lycée, à la pension. Mais bientôt la guerre mondiale arrive jusqu'en Sicile. Les péripéties que vivent les filles, les clients et la tenancière la Signura Flora vont se corser des divers tourments que peut rencontrer un pays en guerre.

Et pourtant, on observe des miracles à la pension Eva. Par exemple Ambra, une  jeune femme inspirée, voit descendre du ciel un ange nu qui atterrit sur la terrasse de la pension en repliant ses ailes... de parachute. Une autre va rencontrer saint Loca en personne. Un vieux monsieur très distingué retrouve sa fièvre virile à cause d'une bombe qui explose à ses côtés. Jacolino, un ami de Nenè, nul en latin et grec, s'améliore fortement en fréquentant la pension.  Il arrive que l'amour naisse entre un client et une fille, et leur avenir n'est pas tracé d'avance...

A la fois roman de formation, documentaire sans concession sur la guerre vécue chez les civils, et  récit plein de fantaisie et d'esprit, ce roman est  aussi bon, voire supérieur aux enquêtes policières. On peut noter aussi, que le langage est nettement plus classique que dans les romans policiers de l'auteur. Certains diront "moins inventif" d'autres "plus lisible"...


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8 avril 2008 2 08 /04 /avril /2008 23:10

Yoko-Ogawa.2.jpgActes sud Babel, (1995-97)
 

La Piscine : Aya vit dans un institut pour orphelins dont ses parents s'occupent, et elle partage la vie des enfants de tous âges qui  habitent là en attendant une  hypothétique adoption. Elle est très malheureuse, se trouve désavantagée par rapport aux orphelins car elle n'aura jamais la chance d'être adoptée. Manifestement les parents d'Aya n'ont pas su adopter leur fille....

 Elle se distrait à regarder plonger dans la piscine un adolescent de son âge Jun, qui est presque pour elle comme un frère. Elle aime son corps quand il plonge, ses gestes, ses muscles bandés, (il m'est arrivé parfois de vouloir définir la jouissance que j'éprouve au moment où il lève les deux mains comme pour saisir quelque chose dans l'espace avant de disparaître sous l'eau. Mais je n'ai jamais réussi à trouver les mots qui conviennent. Est-ce  parce qu'il s'enfonce dans la vallée reculée du temps, là où les mots n'arrivent jamais ?) ainsi que son humeur toujours agréable.  Jalouse des autres enfants, toutefois elle se plaît à persécuter Rie, une petite fille de deux ans, arrivée depuis peu : la fait pleurer, la fourre dans une grande jarre,( je voulais encore entendre des sanglots de bébés ; je voulais goûter à toutes sortes de pleurs) et finalement lui fait manger une pâtisserie avariée qui la rend très malade. L'originalité de la nouvelle est la façon méticuleuse dont elle décrit sa, perversité, ses sensations de jouissance, distanciée.

Souvent sous forme de questions rhétorique : Est-ce que Jun lui aussi laisse flotter ses muscles en liberté au fond de la piscine comme le fœtus dans le ventre de sa mère ?

 La chute est bonne lorsque Jun le garçon qu'elle chérit physiquement et moralement, tente de la mettre devant ses responsabilités et qu'elle se rend compte qu'il l'observe attentivement lui aussi.

L'Essaim : ce récit est d'une étrangeté totale et assumée. La narratrice se souviens d'une résidence universitaire où elle a vécu. Elle entre en résonnance avec ce bâtiment  lorsqu'elle entend un bruit particulier qui doit presque relever des ultrasons

Pendant que mon esprit remonte vers cette résidence. L'intérieur de ma tête devient tout blanc comme une vaste plaine enneigée et quelque chose résonne faiblement dans le ciel, tout là-haut au-dessus de moi.

En ce qui concerne ce bruit... sa source, son timbre et sa propagation est ambigu, je n'ai plus de mots... j'essaie de lui trouver des comparaisons. Le murmure d'une fontaine en hiver quand une pièce de monnaie tombe au fond en provoquant des éclaboussures ;: le tremblement de la lymphe dans le limaçon tout au fond de l'oreille interne , au moment om l'on descend de manège. ; le bruit de la nuit qui s'écoule à l'intérieur de la paume de la main qui a tenu le récepteur, après le coup de téléphone de l'amant...

 

Des comparaisons originales belles qui rendent le récit aussi poétique qu'effrayant.

Effrayant car la narratrice intervient auprès du directeur de la résidence pour que son cousin puisse y loger. Et le directeur de la résidence est unijambiste et dépourvu de bras. «  Il peut tout faire tout seul... Le matériel pour écrire, la vaisselle ou la télévision étaient disposés à l'endroit le mieux placé pour permettre une utilisation avec le menton, la clavicule et le pied..".

Je crois vous avoir convaincu que Yoko Ogawa,  surtout dans cette nouvelle, autorise le lecteur à faire preuve d'imagination pour se représenter  des scènes troublantes ...

Malgré sa dextérité, l'homme handicapé ne cesse de décliner rapidement, à l'image de sa résidence qui souffre «  d'une déstructuration particulière » ; elle semble se décatir et s'amenuiser à chaque visite ;  on pense à  la maison Usher,et à son triste occupant,  même   si l' assaisonnement est asiatique.

Le dernier étudiant a disparu, que le directeur affectionnait pour ses doigts de la main gauche d'une agilité remarquable, des doigts vivants. Une tache s'élargit au plafond et semble responsable de toutes ces métamorphoses...semble attirer toute chose dans un gouffre profond...

 

La Grossesse : la narratrice st témoin de la grossesse de sa sœur avec qui elle vit, et en relève les bizarreries. Elle finit par souhaiter que cet enfant ne vive pas...le thème me ramène à la toute première histoire...

 

 

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6 avril 2008 7 06 /04 /avril /2008 23:20

 

Publié aux éditions ArHsens, le 23 janvier 2008.

 


Edouard Prince s'est retiré dans un chalet des Vosges, vers  les Mille Etangs avec son  chien Pavlov. Il n'aime plus beaucoup sa vie : les livres pour enfants qu'il a écrits, il voudrait passer à la fiction pour adultes. Isabelle, son amie, il ne sait trop s'il veut s'engager sérieusement avec elle. Son passé aussi lui pose problème ; il ne sait comment vivre avec  ce qu'il a perdu.

 Voilà qu'allant faire ses courses, un enfant l'interpelle...

Qui s'appelle Edouard comme lui et lit ses romans pour enfants.


Une génération plus tôt, Gloria travaille dans une usine comme manutentionnaire. Elle voudrait tellement  avoir son propre bébé plutôt que de se contenter de garder ses neveux, les enfants de Mireille. Elle y pense tout le temps. Elle se distrait avec ses collègues et amis : Ginette, René, Sophie...

Edouard rentre chez lui après avoir évoqué la mort de son jumeau, enfant et son enfance triste,  rencontré Isabelle, et beaucoup cogité.  Nous faisons connaissance avec  la famille d'Isabelle, son  père, artiste peintre, qui paraît-il, ne l'aime pas, ne saurait aimer que son art. C'est du moins ce que pense la lampe qui pend au plafond de l'atelier de ce monsieur. Cette lampe est le troisième narrateur ; elle exprime  son indignation .


Lucien Cordo (père de Mireille et donc grand-père d'Edouard Prince) dont l'histoire est contée à la troisième personne, est le plus original de ces personnages. Il a quitté sa femme et ses filles (Gloria et Mireille)  parce qu'il avait été commotionné pendant la guerre et qu'il perdait la mémoire. Réfugié chez des paysans, Geneviève et Jacquot, il  s'adonne à l'art de façonner le métal pour en faire une  structure mi-humaine, mi animale.


Longtemps après ses épreuves, Edouard rencontre le gamin qu'il avait connu au centre commercial vosgien, et qui a dix-huit ans.

Les années ont fui... Edouard junior  s'inquiète : «   un homme sans passé peut-il vivre libre ? »


 Le récit est donc formé en partie de monologues à plusieurs voix, on s'exprime avec naturel,  en usant de termes  familiers. Le lecteur n'est pas tenu à distance, mais il  côtoie nombre de  métaphores et néologismes surprenants.

Voici un extrait afin que vous puissiez  entrer dans l'univers de Christine :

« C'est que je m'habitue moi à être sans joie ronchon décalé autocentré. Si elle m'aide je vais être obligé de lucidifier un verbe qui n'existe pas et qui fait vachement peur parce qu'en plus il ressemble à Lucifer. Elle est capable de me transformer en Edouard sûr de lui serein productif créateur responsable. Et qu'est-ce que je ferais du vieil Edouard ? Où est ce que j'entreposerais son cadavre ? Sur mes étagères entre deux phrases tartes ? Je ne sais pas si c'est très recommandé de marcher sans béquille. »


Christine anime aussi, avec RV, le blog  Posuto,, chroniques politiques et sociales nimbées d'humour et de fantaisie.


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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 11:16

Titre original «  A House and its Head » publié en 1935. C'est le quatrième roman de l'une des plus célèbres romancières victoriennes, et à présent mon préféré avec «  Frères et sœurs » que j'ai également chroniqué.


 Je n'ai pas choisi ce roman parmi plusieurs autres : il était disponible à la bibliothèque, c'est  tout. Christiane Jordis a

publié un essai sur Ivy Compton-Burnett «  L'Univers concentrationnaire ».

Mais il n'y a rien dans ces familles victoriennes, haineuses et avides  de pouvoir ou d'argent qui ne se puisse retrouver dans n'importe quelle famille! Simplement, l'auteur veut mettre en lumière ce qui d'ordinaire ne se dit pas, et que nul n'ose même  penser sérieusement.   


Titre : « famille » (House) doit s'entendre sur un plan social davantage que psychologique : il s'agit d'une demeure où vivent des personnes de la même famille qui sont impliqués dans des conflits d'intérêts financier tout autant que familiaux.

« Head » : c'est l'instance qui commande, et n'est pas seulement le père de famille.


       Quelques jours après Noël  en 1885, Ellen Edgeworth, femme de Duncan, maître des lieux, meurt, dans  une indifférence à peu près totale. Elle était malade depuis longtemps, soumise, effrayée, contrainte par Duncan, tyran domestique, de travailler malgré son mal, lequel n'a pas été diagnostiqué. A peine enterrée, Ellen  est remplacée par Allison que Duncan ramène de chez «  la tante Maria ».

Allison  a 28 ans, Duncan 66. Le neveu de Duncan, Grant, qui est aussi son fils adoptif, se sent menacé dans son rôle d'héritier. Il fait aussitôt des avances à la nouvelle épouse. Enceinte, elle accouche d'un garçon Richard, qu'on reconnaît pour celui de Grant, car il a une mèche blanche dans les cheveux, signe que partagent les membres de cette famille.

Duncan  est averti. Qui est responsable de cette indiscrétion ? Il semble que Sybil, la fille cadette de Duncan, qui affiche une forte affection pour son père, ait « payé » la nurse pour faire des révélations. En tout cas les commérages vont bon train.


Allison s'enfuit avec  un galant. Duncan annonce son troisième mariage  avec Cassie, gouvernante des enfants, qui est la fille de Gretchen  une redoutable vieille femme qui régente son pasteur de fils  Oskar.

Au même moment, Grant, que son oncle n'a pas chassé malgré la disgrâce qu'il lui fait subir, se marie, lui aussi, avec Sybil.

Cassie et Sybil sont enceintes en même temps.

Le bébé Richard  est assassiné... 



Conflits :

Le principal est entre Duncan et Grant. La mort d'Ellen, met Grant en difficulté, le remariage de son oncle lui permet de faire un enfant à Allison  avant que Duncan (qui a 66ans) y ait lui-même réussi.  

Duncan tire la leçon de son échec : il épouse Cassie qui attendait son heure (Il devait l'épouser lorsqu'il s'est entiché d'Alisson...).

Que va faire Grant?

Sybil, jolie fille de 18 ans, voulait épouser Alméric, mais il s'enfuit avec Alisson. Que lui reste t'il ? Son père, qu'elle a déjà servi en lui faisant savoir que Richard n'était pas de lui ?

Sybil et Grant s'unissent en dépit de leurs dissentiments.

En tout cas ces intrigues  valent à Sybil a fortune de tante Maria. Son rôle dans l'histoire reste ambigu. Qui sert-elle vraiment ?

Nance : elle vise le pasteur Oskar et l'obtient (à la mort de Gretchen).

Elle intervient par ses remarques satiriques sur sa famille et n'épargne personne, à l'opposé de Sybil qui se donne le rôle d'aimer » tout le monde. Chacun son jeu !

Style : des dialogues brillants et cyniques. Les personnages sont tous brièvement présentés (comme des didascalies internes au texte), lors de leur entrée en scène. Ils sont plus complexes que cette présentation. Tout le monde parle des conflits évoqués  ci-dessus à travers des propos ordinaires et il faut saisir le double sens. Il est difficile de saisir exactement où en est chacun.  Il faut deviner à partir des propos elliptiques, des remarques apparemment insignifiantes, des pointes nombreuses et convenues. Apparemment assez simple, l'intrigue et les dialogues résistent à la première lecture.

Ce livre se révèle énigmatique contrairement à «  Frères et sœurs ». Il faut étudier les second sens des répliques, les relations entre elles qui peuvent mener à un plus grand dévoilement.


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8 mars 2008 6 08 /03 /mars /2008 02:49

Cormac Mc Carthy. L’Obscurité du dehors

Titre original «  Outer Dark »publié en 1968, traduit en 1991 pour les éditions Actes sud.

236 pages.
 

J’ai eu l’idée de lire Mc Carthy en voulant lire l’original de No Country For Old Men, le film des frères Coen. J’ai trouvé ce roman qui réunit à peu près les mêmes ingrédients.

Mc Carthy est un auteur important ; on dira inspiré par Faulkner, comme tant d’autres et même un peu plus mais c’est une évidence, et il faudrait plutôt voir jusqu’à quel point il est différent.

 

 Quelque part dans le sud, Culla Holme et sa sœur vivent misérablement et dissimulés dans une cabane au fond des bois. Et maritalement aussi, puisque Rinthy accouche seule d’un petit garçon que son frère subtilise et abandonne dans la forêt. Après un épisode violents ils partent chacun de leur côté, elle pour retrouver son bébé qu’elle sait avoir été récupéré par un vieux colporteur, lui pour fuir, sans but précis. Deux errances parallèles et tragiques. Elle va de maison en maison acceptant un repas une couche pour la nuit, un parcours en carriole… des indications sur le colporteur. Il se fait journalier, et tous les jours fuit vers un autre village. Un trio de tueurs fous rôde dans les environs, s’attaque à des villageois et des passants au hasard, les pendent dans les arbres, profanent des tombes.

 

L’écriture est somptueuse, luxuriante parfois, précise ; on imagine aisément la silhouette le moindre petit détail d’une personne d’un lieu, d’un objet…

 

L’auteur a le goût du clair-obscur : «  Elle fut accueillie à la porte de la petite maison par un homme qui tenait en l’air une lanterne au-delà de laquelle se dessinait dans une frange de mince lumière les visages serrés de plusieurs femmes de tous âges, dont une antique commère qui n’avait point de nez »   

 

« son balluchon qu’elle tenait haut devant elle, la lampe juste à hauteur de son coude, tourmentée par un papillon de nuit dont la sombre forme projetée sur son visage semblait emprisonnée dans le crâne délicat, l’os mince et luisant d’une lueur rose comme une chose conservée dans un masque de porcelaine ».

«  Tard dans l’après-midi, elle entra dans la clairière, arrivant par le sentier où les étroites ornières des charrettes avaient écrasé les herbes et prenant ainsi à travers bois, à demi sauvage et hagarde dans son linceul informe, usé par le soleil, et pourtant si délicate comme l’est toujours une jeune biche, donc pénétrant dans la clairière et s’arrêtant un instant enclose dans une grâle de verdâtre et venteuse lumière, mince et tremblante et pâle avec des mains pareilles à des baguettes magiques pour interpeller ces formes sans squelette qui l’entouraient ».

 
 

Les dialogues sont remarquables de vérité, entre personnes qui parlent un langage simple pauvre même, mais que l’auteur sait rendre essentiel.

 

Le récit, vers la fin, tourne à la parabole biblique : des pourceaux qui courent et attaquent leurs maîtres, Culla, devenu bouc émissaire, doit fuir devant un prédicateur pervers et des porchers vindicatifs, il rencontre plusieurs fois un aveugle sur sa route et s’en suivent des considérations pseudo-philosophiques  sur les chemins qui vont et ne mènent nulle part, pour les voyants surtout…

Je dois dire que le récit me plaît moins vers la fin…

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8 mars 2008 6 08 /03 /mars /2008 00:03

 

Christian Bourgois, 2007.247 pages.


A l’âge de 17ans, Kristy Sweetland passe quelques jours de vacances à Pine Ridge avec d’autres pom-pom girls. Gymnastique, feux de camp, et conditionnement à outrance dans le style "aimer la patrie, faire le bien, positiver », etc.…

Au deuxième jour, elle n’en peut plus et part en balade dans son auto neuve avec deux amies Desiree et Kristi. Les filles rencontrent deux adolescents dans une vieille voiture, qui les suivent tant bien que mal . Elles  leur font un peu de strip-tease en les croisant sur la route, près d’un lac, et  rentrent au camp.

L’angoisse ne tarde pas à s’emparer de Kristy : selon sa voisine, les deux garçons rôdent aux alentours, selon Desiree, ils sont fous, selon les flics ils ont disparu de chez eux, et elle nie les avoir vus près du lac. Kristy a toujours vu des fantômes par les nuits obscures, elle se souvient d’expériences traumatisantes de sa vie, d'accidents mortels… Son amie Desiree sort avec le maître-nageur, et passe toutes le nuits dans les bois…les deux jeunes l’invitent le soir du 4 juillet à faire du canoé sur le lac des Amants et une partie triangulaire sur la plage.

Au matin, Kristy découvre la bagnole des garçons croisés deux jours avant près du lac : elle a dérapé dans le ravin …

 

Le récit est bien conduit, comme toujours avec cet auteur, le suspense est à l’œuvre, la critique sociale bien menée, les descriptions d’états d’âme justes, l’ambiguïté des deux amies de la narratrice est réussie.Cependant, on s’égare un peu dans les fantasmes de Kristy, mais on apprécie dans l’ensemble.

Dans «  La Vie devant ses yeux » du même auteur, une femme aussi était rongée par la culpabilité à propos d'une catastrophe survenue dans sa jeunesse, et plongeait en plein délire, bien restitué. Là aussi, ça s’achevait dans l’épouvante… 

 
 

 

 

 

 

 

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5 mars 2008 3 05 /03 /mars /2008 10:57

A l’émission "du Jour au lendemain",  César Aira, romancier argentin né en 1949,( auteur en particulier de « Varamo » et « Moritz Rugendas, peintre et aventurier », que j’affectionne particulièrement) a dit quelque chose de vrai : il est devenu très difficile en littérature d’être sérieux sans être ridicule. Georges Simenon y arrive très bien.

Par sérieux il entend  sans pratiquer l’ironie l’humour les jeux de langage les parodies volontaires, etc.


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