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15 novembre 2006 3 15 /11 /novembre /2006 12:27
2020194236-08--SCLZZZZZZZ-V24241512-AA240-.jpgnouvelle, 1891 (72 pages en français) 10/18 Domaine étranger.

Pemberton, jeune homme désargenté n’a plus de quoi payer sa chambre d’hôtel. Il a acquis de bons diplômes de Yale et Oxford qui ne lui servent à rien et une petite expérience de l’enseignement. Par relation il en arrive à se proposer comme précepteur dans une famille américaine les Moreen, installée à Nice. Morgan, le futur élève a douze ans. c’est le dernier né de la famille ne peut aller au collège, pour cause de faiblesse cardiaque.
Pemberton trouve l’enfant assez laid et intelligent. L’histoire s’ouvre sur un problème crucial. Combien Pemberton peut-il espérer être payé ? Il ne sait comment aborder la question et Mrs Moreeen à laquelle il trouve des airs de grande dame, le rassure sans l’éclairer. Quant à Morgan qui écoute la conversation, il lui décoche quelques flèches ironiques (« vous aurez tout ce que vous voulez » ; « nous sommes du dernier bien ») nettement au-dessus de son âge.
Pemberton n’a d’autre choix que de se faire embaucher sans avoir plus de précision sur son salaire. La famille habite une belle villa, ne semble manquer de rien mais « les deux sœurs se coiffent et se font leurs robes » le frère aîné Ulik « semble vivre de son club ». Comme d’ordinaire chez James les modalisateurs abondent et noient le lecteur sous les hypothèses de Pemberton.
La famille et l’élève le déconcertent par leur façon de vivre, imprévisible, bohème, quoique essayant d’être « chics ». Le fait qu’ils parlent un dialecte inventé par eux, mélange d’italien d’anglais et de français leur donne un charme particulier aux yeux de Pemberton.
Le temps passe insidieusement. Les Pemberton déménagent sans cesse de la Suisse à Florence, puis retour à Nice et subitement les voilà à Paris. Plus d’un an s’est écoulé et, Pemberton toujours sans salaire, soupçonne la famille d’accumuler des dettes et de se sauver au moment de payer, là encore ils déploient un savoir-faire digne d’admiration. Au cours d’un froid hiver parisien il reçoit trois cent francs : son premier et ultime salaire. Morgan est logé quasiment à la même enseigne et partage avec lui son argent de poche. Un jour il lui achète une cravate.
Les deux grandes sœurs reçoivent des « princes » certains jours de la semaine. Il s’avère que ce sont des vieux messieurs auxquels on essaie de les marier et qu’elles les reçoivent très mal, et les découragent. Grande fierté mais attitude suicidaire.
Malgré les avertissements répétés de Morgan qu’il devrait « filer », que c’est lui qui va être contraint de le mettre à la porte, que l’on ne se laisse pas exploiter ainsi, Pemberton n’écoute pas son élève et reste : à mesure que l’argent se fait des plus en plus rare, les découvertes de P. sur les Moreen lui fond perdre ses illusions sur une famille qu’il persistait à trouver remarquable : les Moreen pensent-il maintenant sont de petits aventuriers, voleurs autant qu’il peuvent, n’ayant goût que pour le paraître et ils l’entraînent avec eux dans la déchéance.
P trouve le moyen de se tirer de ce mauvais pas. Un élève stupide mais dont la famille le paie bien l’attend à Londres. Il n’y reste pas longtemps. Les Moreen lui font du chantage et peut-être Morgan aussi mais il n’ose pas le penser. Il quitte le confort et l’ennui parce que Morgan est « à l’article de la mort ». A peine est-il arrivé que la famille installée dans un hôtel parisien, visiblement menacée de graves problèmes financiers, lui enjoint pour toute récompense d’être venu, d’emmener Morgan (de les en débarrasser). Quelque mois s’écoulent, la famille est expulsée, se retrouve à la rue. Pemberton, vous devez partir avec Morgan supplie la maîtresse de maison ! Mais où ? P. n’a plus le sou vaillant lui non plus… heureusement, Morgan, trop ému soit par la détresse de sa famille, soit par la pensée d’aller vivre enfin avec son précepteur, meurt d’une providentielle crise cardiaque. Le récit se clôt sur Mr. Moreen , le père : « Mr. Moreen tremblait de tous ses membres et était à sa façon aussi affecté que sa femme. Mais dès qu’il se fut repris, il supporta sa perte en parfait homme du monde ».
Le récit est présenté comme un souvenir de Pemberton, à un âge non précisé. Le narrateur dit devoir suppléer à des souvenirs parfois défaillants, confondre les périodes les unes avec les autres. La transformation progressive de Morgan, d’abord enfant précoce intelligent qui charme son précepteur, en « fardeau anéantissant » est remarquable. P. apprend à être moins naïf, à moins se mentir, et c’est aussi la perte des illusions que le sujet de cette cruelle nouvelle. Le génial Morgan devient un garçon de 15ans qui fait pitié et irrite P. « c’était très joli de la part de Morgan de considérer comme une réparation le fait qu’il allait s’établir avec lui pour toujours, mais il y avait un vice irritant dans un pareil point de vue. Il voyait bien ce qui se passait dans l’esprit du jeune garçon. Puisque son ami avait eu la générosité de revenir, il devait lui montrer sa gratitude en lui donnant la vie. Mais le malheureux ami n’avait aucune envie de recevoir ce cadeau que pouvait-il bien faire de la misérable petite vie de Morgan ?...il se rappelait la raison première de tout ceci, raison très honorable pour Morgan et qui consistait tout simplement dans le fait qu’il vous faisait complètement oublier qu’il n’était q’un méchant galopin »
Le pauvre enfant est largement démasqué : tout simplement un enfant intellectuel qui s’emmerde dans une famille non attirée parles choses de l’esprit et fascinée par le paraître. Et qui ne peut les quitter parce qu’il est malade et sans le sou.
Le chantage : un thème qui court à travers toute l’œuvre de James, affectif et pécuniaire tout ensemble. L’examen des relation humaines comme marché de dupes voilà à quoi James excelle et il le montre avec talent dans un tel texte.
L’énigme restante : à la fin de cette nouvelle on ne sait toujours pas grand’ chose de cette étrange famille Moreen. On croit deviner bien des choses et l’on reste à ignorer l’essentiel. Ces gens profitent avec plus ou moins de bonheur d’un argent dont il peuvent s’emparer mais comment et jusqu’à quel point ?
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15 novembre 2006 3 15 /11 /novembre /2006 12:17
225303813X-08--SCLZZZZZZZ-AA240-.jpgRoman en deux parties : la première est contée selon le point de vue du prince Amérigo, la seconde selon son épouse, Maggie.

Jeune noble d'une vieille famille italienne, Amerigo va conclure un mariage de convenance avec Maggie Velver, jeune américaine dont le père est très riche. Il a accepté cette union afin de poursuivre la relation sexuelle et sentimentale qu'il entretient avec Charlotte Strant : cette dernière est pauvre, fière jusqu'à un certain point, aventurière par obligation plutôt que par choix. Ils sont devenus amants en Italie, deux ans plus tôt.
Reçue par Mr Velver, le père de Maggie, et aimée de lui, Charlotte espère qu'il va l'épouser. Ces deux unions seront fort pratiques pour permettre à Charlotte et Amerigo de se retrouver plus souvent.

Voici donc plusieurs couples :
1. Maggie et Amerigo qui feignent le bonheur des jeunes mariés. Maggie aime Amerigo. Elle a eu tout de suite l'intuition de son infortune, mais n'en devient que progressivement consciente.
2. Amerigo et Charlotte, couple adultère, qui se voient en secret, toujours épris l'un de l'autre, mais las de cette situation.
3. Mr Velver et Charlotte : le vieux monsieur riche, amoureux, et la jeune femme sans ressources, contrainte de vendre ses charmes par la voie respectable du mariage.
4. Mr Velver et sa fille Maggie. Le père et la fille sont de vieux complices depuis toujours, qui resserrent leurs liens à la naissance du petit fils.
5. Bob et Fanny Assingham : deux Anglais d'âge avancé, sans enfants. Elle est une intrigante , une "marieuse", se flatte de faire et défaire les destinées faute d'en avoir une significative, amuse son mari qui rentre flegmatiquement dans son jeu. Elle a marié le prince Amerigo , elle influence tout le monde... Ils assistent en voyeurs gourmands à ce qui se trame autour d'eux (ce qu'ils croient en deviner).


Deux jours avant le mariage de Maggie et d'Amerigo, Charlotte et lui dénichent à Londres chez un antiquaire, une coupe qui attire leur attention. Elle veut la lui offrir, il refuse, lui faisant remarquer la fêlure sur l'objet.
Quatre ans plus tard, Maggie ira elle-même chez cet antiquaire, situé dans le quartier où ils résident. Le commerçant se souvient de Charlotte et d'Amerigo et la renseigne implicitement sur le type de relations qu'ils entretiennent. Après achat de la coupe, elle la brise et annonce à son époux : " J'ai décidé de ne plus faire comme si je ne savais pas."

La situation se renverse. Amerigo commence à respecter sa femme. Il va rompre avec Charlotte, que son vieux mari a décidé d'éloigner et qu'il emmène à l'autre bout du monde. Ce sera aussi l'occasion pour Maggie de se détacher de son père.

Cette opération de redistribution des couples est contée au moyen de dialogues pleins de sous-entendus où il est difficile de démêler ce que chacun sait ou ne sait pas, veut ou ne veut pas. Ce roman qui, comme les " Ailes de la colombe" exploite la situation du ménage à trois, procède de façon beaucoup plus allusive et suggestive. La substance du récit est diluée dans un produit qui en rend la couleur pâle et indéfinissable.
Les personnages se ressentent du perfectionnement de la technique : moins vigoureux, moins dynamiques, éloignés de la vie. Charlotte ne sera guère plus qu'une amante déçue et mollement vengeresse. Pour décrire les sentiments, James parle d'un buffet, des oscillations d'un lustre au plafond. Les déplacements d'une théière autour des convives rendent compte du désarroi profond des êtres. Les bavardages de Mrs Assingham noient le poisson des événements. Les intrigues compliquées qu'elle déploie, sont un miroir déformant dans lequel il faut retrouver le vrai.
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9 novembre 2006 4 09 /11 /novembre /2006 09:40
Né en 1949, César Aira est un romancier argentin trop peu connu, héritier de Borgès et Cortazar, adepte d'une certaine forme de fantastique.

Certains de ses romans ont la ville pour cadre, notamment  le quartier de Flores à Buenos Aires.Ici ce n'est pas le cas, mais la petite ville où le narrateur évolue et se perd ressemble beaucoup à ce quartier...

L’action de Varamo se déroule au Panama dans la ville de Colòn en 1923.
Varamo, quinquagénaire employé aux écritures au Ministère de l’économie, vient toucher son mois de deux cents pesos. Il a une certitude : on est en train de lui refiler des faux billets ; il ne les refuse pas, parce qu’il se sent coupable de toucher cet argent et d’avoir un emploi « à vie »dans un pays petit, mais complexe, le Panama, où la plupart des gens vivotent de combines, de rapine et de contrebandes. Ce mois-ci, il se retrouve comme eux, à chercher un expédient pour lui et sa vieille mère.

Sa  soirée va se révéler exceptionnelle.  Poussé par la nécessité de trouver une solution pour réparer son acte manqué( accepter les billets qu'il a jugés faux), il va se trouver pris dans une série d’intenses réflexions et, sorti de nuit, à des heures différentes, fait des découvertes curieuses, rencontre des voisines qu’il ne connaissait pas, parle avec des éditeurs au café.
Pris dans un enchaînements singulier de causes et d’effets, il vérifie ce mot de Sartre « Le génie n’est pas un don mais la façon dont on invente dans des conditions désespérées » en produisant l’espace d’une nuit un grand poème rémunéré sans avoir jamais songé à écrire.  Et grâce à la fausse monnaie, découvre aussi une série de vérités qu’il ne soupçonnait pas.
Ce petit fonctionnaire anxieux, cousin de Joseph K, et de Bartleby, nous avons l’impression de le connaître. Sauf que pour son aventure, c’est un « Happy end » qui  l’attend, ce qui n’est pas la moindre des surprises de ce récit surréaliste, philosophique, proche de grands auteurs argentins, que j'ai cité plus haut...
 
 
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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 10:46

 

Publié aux éditions Gallimard ( L'un et l'autre) en 2002.

Etienne Vollard est libraire dans une petite ville des Alpes, située au pied du massif de " La Grande Chartreuse". Il tient cette boutique, à l'enseigne du " Verbe Etre", de façon indépendante, sans souci de confrères ni de concurrents éventuels, pas davantage des lois du Marché. Il a une connaissance infaillible de ses livres et se les récite volontiers. Il vit par les livres pour les livres et dans les livres. C'est un homme grand et corpulent, massif, semblable à la montagne qui surplombe la ville , et qui mène une vie ascétique comme les moines Chartreux . La nuit, pour pallier quelque effrayant souvenir, il se remémore des fragments d'oeuvres .Une trentaine de citations en italique relayent le texte, s'y insérant parfaitement.

Un soir de pluie, conduisant sa camionnette chargée de livres sur une voie à grande circulation, Vollard écrase une fillette venue littéralement se jeter sous ses roues. («3 tonnes de ferraille, 200 kilos de livres et 100 kilos de Vollard."..). Thérèse Blanchot était très en retard pour chercher sa fille à l'école : Eva s'est affolée, est partie en courant sans savoir où elle allait.

Profondément choqué, le libraire s'enfuit dans la montagne enneigée, y passe la nuit, se rend à l'hôpital. Il rencontre Thérèse Blanchot, une femme " étrange, transparente", qui lui confie rouler toute la journée en voiture ou en train, sans but, s'interrompt pour noter des phrases dans un carnet, peine à se souvenir de sa fille une fois perdue de vue, sa fille née par accident, non désirée.

Encouragé par une infirmière qui l'accueille comme le père, Vollard reste plusieurs semaines au chevet d'Eva, comateuse, s'adressant à elle par le biais de la littérature, lui contant des textes classiques qui conviennent aux enfants.

2-Le narrateur se fait connaître, à dessein d'évoquer Etienne Vollard, ancien camarade d'école qu'il jalousait et persécuta un temps avec ses amis. Il nous relate aussi les apparitions de Vollard en mai 68, au milieu des foules estudiantines, toujours debout, toujours lisant, dans les circonstances les moins appropriées à cet exercice, son intervention pour sauver un jeune mal en point. Devenu professeur, ce narrateur a été nommé dans la ville où habite Vollard, se rend régulièrement au " Verbe Etre", sans se faire connaître de Vollard, qui ne l'a pas remis. Il l'admire, mais que lui dirait-il?

3- Eva s'éveille peu avant Noël. Valide mais muette et anorexique. Dans le centre spécialisé où elle est placée, Vollard continue à s'occuper d'elle, lui conte toujours des histoires, l'emmène en promenade dans la montagne, tente de la faire jouer, lui propose des friandises.Il la baptise " La petite Chartreuse", s'attache à elle, retrouve en elle quelque chose de sa propre enfance, éprouve des satisfactions jusqu'ici ignorées au contact de l'enfance.

Vollard a changé : il ne surveille plus assez ses livres, perd sa librairie dans un incendie " sans feu", déambule dans la montagne trop près des ravins, attiré maintenant par des jeunes gens qui se livrent  avec plaisir au saut de l'élastique ( 108 mètres de vide! tentez l'aventure du vertige!), veut les imiter...

Se rendent-ils seulement compte, ceux qui ont vraiment des enfants, de ce banal miracle du renouvellement du monde? Se rendent-ils compte de cette étape de l'enfance? Eprouvent-ils la force de ce "oui" discret, étonné, joueur, qui permet qu'une suite ait lieu, de ce "oui" qui flotte sur le pire comme la brindille d'une chance nouvelle

-Questions du livre:

1-La solitude et l'isolement : comment jouir de l'une sans avoir à souffrir de l'autre?

" La privation de contact, je le savais, était finalement une catastrophe, tout comme autrefois elle avait été nécessité et bonheur".

En effet , cette solitude était pour Vollard, comme sans doute pour Thérèse, un choix, une expérience, mais l'isolement qui les habite, et les coupe du monde , est un piège qui les mène à leur perte. Thérèse n'a jamais pu s'adresser à sa fille : " Nos solitudes ne communiquent pas."

L'infirmière veut qu'elle lui parle : mais il n'y a pas de vrais souvenirs à évoquer.Le narrateur qui comprend si bien Vollard ne peut entrer en contact avec lui. Il n'aurait rien à lui dire. Vollard s'adresse à Eva surtout par l'intermédiaire des textes. Lorsque il devient, on le devine, plus familier, émerveillé par l'enfance, c'est déjà trop tard, et il ne peut que constater chez la fillette " cette effarante capacité de ne rien attendre".

Alors, il remarque des jeunes gens qui s'exercent au saut de l'élastique, " des jeunes gens amoureux de l'instant, des amis du réel. Leurs corps étaient immédiatement à leur place dans le monde, immédiatement accordés aux autres corps."

 

2-Que peut-on faire pour la littérature? Le livre nous montre les livres très menacés (le support "papier"), et la littérature moribonde, que Vollard (nom d'un critique d'art au début du vingtième siècle, Ambroise Vollard, qui fit connaître de nombreux peintres, Cézanne en particulier.) représente, et garde en mémoire pour la faire revivre. Le renouveau incarné par la frêle Eva ne peut survivre : sa rencontre avec Vollard a été trop violente.

Thérèse, la mère, ne s'appelle pas "Blanchot "par hasard. Il y a comme une métaphore de " la mort du dernier écrivain." Si Vollard lit, et retient l'intégralité des textes, cette hypermnésie lui permettant de vivre dans un monde qui ne l'exclut pas, Thérèse, qui paraît en deçà, ou au-delà des livres, écrit " des phrases sur un carnet à spirales".

Grande sagesse  ou pur nihilisme ?

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27 octobre 2006 5 27 /10 /octobre /2006 12:59
Une-tr--s-vieille-petite-fille.jpg
 
 j’ai poursuivi ma lecture d’ « Une très vieille petite fille » un roman de Michel Arrivé depuis longtemps à la fac de Nanterre où il enseigne la linguistique ; moi, pas encore partie !
Ce n’est pas un livre dont on parle ni dont on parlera : c’est à l’inverse le type même du livre qui sera oublié dans un petit coin ; il me ressemble, voilà aussi une raison d’en parler. 
 
 
 Geneviève, quatre-vingt onze ans, depuis longtemps veuve, voyant peu sa descendance, jouissant d’une bonne santé, a un idéal devenir  immortelle. Elle suit les cours de Madame Bertrand ( 85 ans) qui dirige le cours d’ »Astrologie et de graphologie transcendantale » : elle paie très cher ses cours du mardi. et  une partie de sa retraite d’institutrice  est engloutie par  Madame Bertrand pour des consultations de soixante euros en particulier pour ses conseils de longévité.    Mme Bertrand fait payer cher ses conseils.  Elle lui demande même de petits services comme de lui réserver une chambre d’hôtel. Aux frais de la pauvre Geneviève ça ne fait rien se dit Geneviève : j’ai reçu une lettre me disant que j’avais gagné un gros lot… Geneviève est comme toutes ces vieilles dames crédules ; elle reçoit de la pub par la poste. Vous avez gagné trois cent mille euros et elle y croit. Mais voilà ! Elle s’y croit et fait de nouveaux frais .Car elle adore se faire des cadeaux.
Puis voilà que Madame Bertrand lui dit «  Geneviève, vous savez si vous voulez vivre longtemps encore il ne faut plus écrire ! »
Encore une fois, Geneviève   se laisse berner . Mais elle écrit depuis toujours ( son père lui disait d’écrire une page de son journal chaque jour. Geneviève a toujours observé cette consigne et ne peut s’en passer ! Alors ?
Alors lui dit Mme Betterave le seul moyen c’est de désécrire : la mort dans l’âme Geneviève s’y prête : elle commence à désécrire ce à quoi elle tient le moins dans ses anciens cahiers. Supplice ! Mais elle tient bon.
Il y a là comme un souvenir de la Peau de Chagrin de Balzac : chaque fois que Raphaël manifestait un désir la peau qui représentait son espérance de vie rétrécissait. Cette peau qui était un parchemin où l’on aurait pu écrire.  Là c’est comme si l’espérance de vie éternelle de Geneviève,   était matérialisée et menacée en même temps  sous la forme de cette aigrefine de Mme Bertrand et s’amoindrissait chaque fois qu’elle note : écrire correspondrait donc à manifester un désir et à prendre du plaisir ( même problème que Raphaël…).
Cette vieille dame me ressemble en ce qu’elle se laisse berner : se croyant importante pour Madame Bertrand qui lui laisse croire qu’elle occupe une place importante dans le cours de «  graphologie et astrologie transcendantale » qu’elle y figure comme sujet irremplaçable. Mme Bertrand se sert d’elle à ne rien lui laisser, la fait souffrir. Mme Bertrand gagne de l’argent et du prestige à raconter des histoires de bonnes femmes à un tas de vieilles dames qui craignent de voir la mort approcher.
 Au fil du récit nous suivons les efforts de Geneviève pour désécrire, supprimer ses anciens registres, qui contiennent un exposé de son existence :  un sacrilège  sa page tous les jours , elle n’y avait jamais manqué.
elle se débarrasse de vieilles notes et de vieux souvenirs.  Les fait revivre : on s’aperçoit que cette ancienne institutrice, toujours respectueuse des rites religieux et laïques a su profiter de la vie en douce, sans problème de conscience. C’est que Geneviève vise l’efficacité et le plaisir. Elle y parvient par des chemins détournés.  
Mais le jeu consiste aussi à éliminer les vieux écrits : nul ne doit pouvoir les récupérer même dans sa poubelle. Et à écrire le moins possible moins qu’elle ne désécrit : l’opération doit toujours comporter un moins du point de vue de l’écriture.
Geneviève commence à se méfier de Mme Bertrand : cette dernière lui avait affirmé que sa vie était menacée par l’écriture car elle avait le même thème astral que des poètes morts jeunes : Rimbaud, Jules Laforgue et Alfred Jarry ; Mme Bertrand fait une incursion à la bibliothèque et consulte une encyclopédie qui donne les dates de naissantes des écrivains : elle constate que les poètes cités ne sont pas nés le même jour qu’elle ; pire : ils ne sont pas du même signe ! Elle va demander raison à Mme Bertrand de cette anomalie… esquive de la part de cette dame. Vous savez Geneviève, le problème c’est l’astrologie chinoise… Geneviève réfléchit : qu’est ce qui est dangereux dans l’écriture ? Sont-ce les lettres qui la menacent ? Non ; mais les gens dont elle parle. Ce qu’il faut supprimer , ce ne sont pas les lettres mais les gens…les gens dont elle parle dans ses écrits : on a cru que le mot tuait la chose ; Geneviève estime que c’est l’inverse : ses écrits rendent les êtres si présents qu’il en deviennent maléfiques. C’est donc Mme Bertrand, depuis plusieurs années objet de ses écrits puisqu’elle faisit un peu office de passeport pour l’immortalité,  qui la menace et il faut la supprimer. En effet, ce serait une bonne action que de faire disparaître cette vieille harpie profiteuse. Mais Geneviève ne réussit pas dans son entreprise. Voulant empoisonner son ennemie avec des somnifères dans du thé, elle la voit reparaître au prochain cours d’astro, fraîche comme un gardon ! Que s’est-il passé ? C’est le toubib de Geneviève qui est en cause : il lui fait prendre du Dormital depuis des lustres, l’ayant assurée que cet inoffensif petit calmant est un puissant somnifère !
 
On voit là une réflexion sur l’acte d’écrire ; le livre a été jugé naïf … par les naïfs. Geneviève est apparu comme un personnage ingénu qui se laisse rouler. ( à suivre)
 
 
 
 
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18 octobre 2006 3 18 /10 /octobre /2006 10:36
 
Dan Frank. Les Enfants. Grasset, 2002.
 
 L’auteur raconte la vie d’un homme divorcé qui se dispute la garde des enfants avec son ex-épouse, tente de profiter de sa liberté toute neuve, peut-être de  refaire sa vie avec des succès mitigés. En fait il n’y a pas de liberté qui tienne, la vie de divorcé est un enfer au même titre que les chaînes conjugales. C’est ce que veut prouver Dan Franck et il y réussit  parfaitement.
Pourtant il  utilise le langage familier, ainsi que le  parlé des jeunes, sans l’exploiter aussi bien que par exemple Annie Saumont, ou Claude Sarraute, de sorte que son style agace un peu, et fait parfois basculer le roman dans la démagogie.


 
 
 Jacques Drillon. « Face à face ». Gallimard (L’un et l’autre).

Il évoque la vie de son beau fils Antoine, mort à 25 ans en 2000, avec qui il vivait depuis 1980, lui tenant lieu de père. L’évolution de leur relation, l’éducation qu’il a tentée de lui donner. Antoine avait écrit, avant de mourir, un récit (de fiction) autobiographique « Végétal », que JD considère comme les débuts d’un véritable écrivain.
Ce livre tient de la biographie, et du panégyrique, mais tout simplement c’est un bon livre qui intéresse autant qu’il émeut.

Inversement à Dan Franck, Jacques Drillon évite le style journalistique et racoleur, ne cherche pas à la jouer djeun et branché, reste attaché à la langue classique, et  son propos n’en souffre pas, bien au contraire.
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18 octobre 2006 3 18 /10 /octobre /2006 10:08
Andréa Japp. Et le désert… Grasset, 2000
 Amitié passionnelle entre deux filles ; l’une, grande bourgeoise, meurt d’amour et peint l’autre, orpheline sans éducation, multiplie les aventures avec les hommes et étudie sérieusement l’informatique. S’ensuivent beaucoup de faits tragiques, le suicide de Claire, dont on rend Matha responsable. Foutaises ! Elles s’emmerdaient toutes les deux ensemble et séparées de même. Tout comme le lecteur, car le style est vulgaire, simplement vulgaire, et l’histoire vole très bas, parfois on pense à Houellebecq.

Mon traitement de texte me souligne Houellebecque en rouge : il ne le connais pas encore ! ? Il me propose « Houilleuse ». Houilleuse c’est pas mal ?

Vous en pensez quoi, vous autres,  internautes silencieux?


 
 Camille Laurens " Dans ces bras-là" POL
Camille, c’est une femme ;  qu’on se le dise !  elle nous le chante, elle nous le clame… quand elle ne se rappelle plus d’une chose qu’elle avait l’intention de dire à son psy elle susurre « J’ai un trou ». A mourir de rire.
 
Ces mots d’une chanson de Guy Béart auraient dû nous faire hésiter. Quelques passages intéressants mais la plupart d’une sottise affligeante.


 
Jeanne Benameur ; Les demeurées. LP.
 Je n’aime pas beaucoup le genre : ça sonne archi-faux ! un ton élégiaque qui sent le fabriqué, du lyrisme outrancier, en fait bourré de bons sentiments : l’institutrice sacrifiée à une vocation quasi religieuse, une apologie inconsciente de je ne sais quelle fusion originelle avec la mère ou une créature du même genre.

Une magnification de l’amour maternel à travers ses dégâts « sublimes »




Lydie Salvayre «  Les Belles âmes » Seuil.


Une congrégation de touristes, qui, occurrence hautement improbable, veulent visiter les HLM et les zones des banlieues craignos et plus ou moins bidonvillées d'Europe avec un chauffeur qui en fait partie, un guide du genre de l'abbé Pierre, et un jeune apprenti-guide, Jason, qui est de ces jeunes à problèmes, considérés comme dé sociabilisés, ainsi que sa copine Olympe.

 

Ça se veut une satire des bourgeois qui regardent les jeunes comme des bêtes curieuses et se font remettre à leurs places.

 

Mais les personnages sont stéréotypés, à la limite de la caricature, on n'y croit pas, il y a un personnage d'écrivain «  l'écrivain du groupe » qui semble être un écrivain célèbre, visé par LS, mais je ne l'ai pas reconnu...

 
 

 

 
 
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15 octobre 2006 7 15 /10 /octobre /2006 19:31

Gallimard, 2002, 460 pages.

 

 Thomas, Louise, Zoé, Esther, et le prof traître : des ados exceptionnels, des génies, beaux et intéressants à vous en couper le souffle, sexuellement matures et aptes à vivre libres et se tromper les uns les autres.

Et en plus, ils surfent sur la mer dans les Pyrénées (actuellement s'ils surfent sur le Net ça doit faire un malheur !), ils font des excursions, ils vivent mai 68 avec une réelle intensité, ils font preuve d'héroïsme et d'intelligence !!!

 

Ils contemplent les étoiles comme vous et moi ne le pourrions jamais, myopes et bêtes que nous sommes!!


Louise est fan d'Alexis ( St John Perse, qu'elle appelle par son petit nom et sur lequel elle a presque fait une thèse à seize ans.

 

Ils ont vécu Mai 68 comme personne.


On est chez les dieux...


Malgré cette ambiance, on peut apprécier des pages somptueuses de descriptions champêtres, un historique sérieux et documenté sur la planche à voile (surf), et les activités de cultivatrice de la mère (évidemment, elle aussi est un être exceptionnel...) 

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15 octobre 2006 7 15 /10 /octobre /2006 18:17

Editions de l'Escampette.

Voulant faire des parodies sérieuses, JD (auteur du célèbre traité de ponctuation française ainsi que de plusieurs livres sur la musique classique et contemporaine) reconstitue les dernier jours de Louis XIV, sous forme d'un journal du 30 août 1715 au 1er septembre jour où il mourut deux jours avant son soixante dix septième anniversaire. Il s'inspire de Saint-Simon, entre autres,  et ce journal d'agonisant est d'un naturel et d'une force peu commune qui engendre la sympathie pour le personnage du roi qu'à première vue on n'aime guère. C'était le but recherché (montrer l'humanité du roi qui n'est pourtant pas un sujet) et ce but est  atteint.


Suit une liste ou un inventaire dédié à Agnès Varda des noms des animaux de personnalités très diverses, encore vivantes, ou loin dans le passé, d'Hannibal à Matha Argerich (beaucoup de musiciens bien sûr). Surtout des chats et des chiens mais aussi des singes, des oiseaux, des poissons rouges, des gallinacés, des lions... pas de serpent mais des tortues (celles de Paulhan). On se demande jusqu'à quel point c'est vrai et où il a pu obtenir ces infos, quand on sait soi-même si peu de chose sur le sujet ! Je savais que la guenon de Ferré s'appelait Pépée, c'est à peu près tout !

Bien des associations font sourire dans cette liste, et sentent le canular (mais on s'en réjouit) tel que «  les chiens de Freud  des chow- chow s'appelaient  To-psy Joffri Youpi et Lun yu. Son chien loup Wolf » et encore «  La perruche de Glenn Gould Mozart, ses poissons rouges Bach, Beethoven, Chopin Haydn... »

On s'attend à ce que Colette ait une multitude de chats et l'on n'est pas déçu !

J'aurais bien vu Hemingway avec des chiens, mais ce sont cinquante sept matous  qu'il chérissait !

Il cite aussi les « chats de Jean-Louis Haguenauer [( un pianiste que j'ai  trop peu connu, au lycée, au début des années 70)] et Thomas Dupuis : Awa, Farfadet, Bouboule, Madécasse,    bibiche, Izmir. » On s'amuse aussi du « dogue d'Emily Brontoë  Keeper, ses oies Victoria et Adélaïde, son faucon Hero » et autres facéties qui sont peut-être vraies, on s'en fiche d'ailleurs. L'ensemble est poétique.


La liste suivante s'intitule «  choses qui ont retenu mon attention »miscellanées. Pour cette composition JD s'est souvenu des « Notes de chevet de Sei Sheinagôn » et il le rappelle. Là aussi, il a été bien inspiré. Ces séries de choses qui se croisent en contrepoint appartiennent à des registre différents, et l'on voit revenir les répétitions-variantes avec plaisir. Une série « mots d'esprit », une série citation, des variations prosaïques (les chariots de supermarchés qui roulent de travers) des vacheries (l'inculture de Matha Argerich), des notations littéraires (le cahier des charges de la « Vie mode d'emploi ») et au milieu son beau fils Antoine, évoqué par Antoine Doinel répété sur plusieurs lignes et s'interrompant au milieu d'une       « Antoine       Doi »,cette notation appartenant à une série «observation des enfants ».

L'ensemble est drôle, intelligent et émouvant.





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7 octobre 2006 6 07 /10 /octobre /2006 09:08
Norman Levine «  Vue sur la mer »
1963 Phébus (Domaine anglais)
 
Un écrivain, sa femme, ses trois filles, des récits de voyages, la  famille, les amis. Il gagne sa vie en écrivant des récits de voyages romancés. Un type cultivé qui a épousé une femme ordinaire, excellente maîtresse de maison et mère, et tenant à le rester. Elle n’apprécie pas de tout d’être obligée de travailler à temps plein comme institutrice lorsqu’il n’y a plus d’argent à la maison. ( « Elle me punit en se refusant à moi »).  C’est du moins ce qu’il imagine…

Il ne peut être sexuellement excité par une femme que si il se sent supérieur à elle. La tentative qu’il rapporte avec l’actrice qui lui fait des avances et qu’il ressent comme «  un peu plus qu’ordinaire, il dirait même exceptionnelle » n’aboutit pas.
C’est l’histoire, la vie quotidienne d’un macho, qui se raconte sans hypocrisie ni fioriture, avec une certaine innocence. Il est né en 1924. Il fréquente Francis Bacon, il est intelligent, sympathique, et ne fait pas semblant de penser que la femme est l’égale de l’homme. La plupart sont restés comme lui mais ils le dissimulent. 
Norman Levine est canadien d'origine, mais ce roman se situe en Angleterre où il a vécu une partie de son existence et appartient à la littérature anglaise.
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