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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 13:08

L'Olivier, 2008.

233 pages.


Lancelot Rubinstein, un nom difficile à porter ! Ni chevalier, ni musicien, nir rien.

Le pauvre homme plie sous le poids d'une l'existence complètement subie, à peine revendiquée.  Heureusement il a rencontré Irina.

Oui Irina, Sa voix ressemble à des clochettes qu'on agiterait pour éloigner les esprits

 

Irina encore : ses cheveux se détachant de son chignon en mèches folles ( qui avaient quelque chose d'aquatique, c'était comme des algues noires qui se balançaient mollement), sa silhouette minuscule auprès de lui malgré le vertige de ses talons gris, les cernes sous ses yeux de mosaïque byzantine formant de grands arcs bleus, toute sa personne luisant d'une façon si spéciale- c'était ce que Lancelot s'était dit, il ne pouvait exprimer la chose autrement-, quand il avait marché auprès d'Irina la première fois, il s'était senti si chaviré qu'il avait pu enfin entrevoir sa vie sous de justes proportions. 

 

Une passion sexuelle partagée s'en suit.

Lancelot  ne vit que pour elle.

Ni chevalier ni musicien, ni rien. Amoureux, c'est tout.

D'Irina, qui aime et protège activement les animaux et la nature, et qui l'aime aussi lui, et peut-être d'autres, c'est ce qu'il craint..

 

Il faut dire que Lancelot se montre vraiment collant, et on comprendrait que cette femme incomparable se tire sur la mointe des pieds.

il la prit dans ses bras,

Je vais t'attendre... répéta-t-il,

Et, au moment où il se mit à la serrer dans ses bras le plus délicatement possible, à lui caresser les chevaux et le visage, devinant ses os de mésange, à ce moment-là, Lancelot se sentit capable d'oublier le peignoir volé, le vinyle qui crissait et les ours mangeurs d'hommes. »


 

Irina meurt. Sa voiture est précipitée dans l'eau.

Lancelot recherche d'éventuels responsables, et  se souvient d'Irina, souvenir avec quoi il lui faut désormais vivre.

 

«  Quand il avait marché auprès d'Irina la première fois, le jour où elle portait son affreux imper mastic, »

« je vais t'attendre...

il pensa, Mon trésor ma mie ma lumière,

Tu reviendras saine et sauve...


On assiste à une intrigue policière vaseuse, qui mène Lancelot à interroger tous ceux qui pourraient savoir quelque chose concernant la mort d'Irina.
Mais ce qu'est le roman c'est avant  tout un poème d'amour sentimental, une  écriture précieuse, léchée, mièvre, un style de midinette, non sans ferveur certes, mais se lâcher à ce point-là, tout de même...!


Si vous êtes amoureux et que cette personne vous manque, peut-être serez-vous en phase avec Lancelot? Qui sait? On devient parfois stupide dans ces cas-là...on écrit de drôles de choses. Il n'est pas forcément  bon de les publier.

 

Un autre avis : Amanda Meyre


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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 23:58

 


Paru d'abord sous forme de feuilleton en 1895, Jude l'Obscur fit par sa façon franche de traiter des mœurs dans la campagne anglaise de la fin du siècle.

 


Jude Fawley est  orphelin et a dû travailler très tôt dans sa vie. Il livre tous les jours le pain de sa tante la boulangère en échange du gîte et du couvert. Mais il rêve de faire des études, de devenir enseignant écrivant ou chercheur. Lorsque débute le roman, l'instituteur Phillotson, va quitter la petite ville, et s'il avait été sincère, il aurait dû emmener Jude avec lui, connaissant ses aptitudes et ses ambitions. Mais il s'en fiche, admettra seulement de lui expédier des grammaires grecques et latines. Jude  apprendra seul en travaillant. A dix-huit ans, il part à pied pour Christminster (Oxford) après un mariage raté avec une paysanne qui a feint d'être enceinte de lui, Arabelle. Il a appris un métier : tailleur de pierre et s'est beaucoup instruit en autodidacte.

Mais à Christminster, il vit de son métier et ne trouve aucune embauche dans les milieux intellectuels. Les professeurs l'envoient promener en lui enjoignant de rester dans sa classe sociale (le monde ouvrier et artisan).

Jude rencontre sa cousine Sue, elle aussi en mauvaise posture. Elle a quitté ses parents qui ne pourvoient pas à ses besoins. Elle aussi est cultivée et pauvre.  Jude est épris d'elle depuis l'enfance et rêvait à partir de sa photographie.

Sue intègre une école d'institutrices, mais elle est trop libre de pensée et de caractère pour le supporter et s'enfuit. Quoique Jude et elle s'entendent bien, elle ne veut pas lui céder, soit par frigidité, soit pour d'autres mystérieuses raisons. Elle se résout à épouser l'instituteur, qui n'avait guère aidé Jude et qui sera décidément son rival....

Mais la vie conjugale avec cet homme lui répugne et elle s'enfuit encore, se met en ménage avec Jude. «La guerre terrible qui se livre entre la chair et l'esprit»

N'ayant pu vivre de leur  intelligence , ils végètent, font de petits jobs. Malgré leurs connaissances,  ils laissent venir les naissances inconsidérément. Jude doit récupérer le fils d'Arabelle, dont elle prétend qu'il est le sien. Ce petit garçon est  gravement perturbé et se suicide entrainant ses frères dans la mort. Le ménage n'était pas heureux, il explose, et Sue retourne avec M. Phillotson.

 Jude est atteint de tuberculose et  agonit seul dans la maison d'Arabelle, en prononçant des paroles désespérées du Livre de Job en guise d'excipit....






Jude l'obscur est un roman unique :

Thomas Hardy  écrivait dans son journal : «  ce sera une nouvelle sur un jeune homme qui n'a pu aller à Oxford. Ses efforts, son échec.» Hardy estime que «le monde doit savoir» quelles difficultés rencontrent les non-privilégiés pour s'instruire - l'ultime ambition de Jude.

L'auteur  veut aussi contester  les lois sur le mariage, qui «constituent la machinerie tragique de l'histoire».

Effectivement, traiter un tel sujet à l'époque, et avoir des revendications aussi radicales, c'est tout à fait remarquable.

Thomas Hardy n'a pourtant pas complètement réussi son roman. Il tourne au mélodrame : le nombre de pépins qui pleuvent sur les héros finit par agacer et nuit à la vraisemblance. 

Le retour d'Arabelle l'épouse de Jude et ce petit garçon  dont les  penchants sont  tellement destructeurs sont en trop. Le mariage avec Arabelle, tôt dans le roman, m'ennuie.   On a peine à croire que Jude la prenne au sérieus,  se contraigne à l'épouser. Il ne convient pas au roman qu'il soit à ce point naïf. On ne saisit pas très bien non plus pourquoi Jude et Sue, qui sont tout de même des esprits éclairés, enchaînent les naissances non désirées dès lors qu'ils se sont mis en ménage... !

Malgré ces imperfections, Jude l'Obscur reste un roman cher à mon cœur.


Le personnage de Sue est plus intéressant que ses homologues françaises tels que la Marie de l'Education sentimentale, ou encore  Louise de Rênal et Mathile de la Mole dans le Rouge et le noir, deux romans par ailleurs tout à fait bons...  Les romanciers français du 19eme siècle ( pour ne pas parler du 20eme...)  ne mettent en scène que des femmes incultes, tout juste bonnes à tomber amoureuses, faire des dettes,  et/ou à intriguer. Il faut lire les pages où Jude et sa cousine ont des conversations sur la littérature et la société.... !   




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26 mai 2008 1 26 /05 /mai /2008 23:08

(publié en 1961).

482 pages en Penguin classic, et 601 dans la traduction française faite pour les éditions POL qui avaient autrefois lancé une collection de littérature classique, abandonnée hélas, dont je possède encore quelques spécimens.

La préface, excellente, est de René Belletto, écrivain, guitariste, auteur de polars, traducteur.

Je n'achèverai pas ce blog sans avoir chroniqué un Belletto...mais lequel et quand?

 

Pour revenir aux Grandes espérances...

1)Un petit village dans une région marécageuse, à quelques heures de Londres en diligence.

L'ouverture est une scène de cimetière !

Pip, huit ans,  examine les pierres tombales.  Il  fait l'inventaire de sa famille disparue : sa mère Georgiana, et 4 frères. Cette promenade est rituelle.

Puis il s'en retourne chez Joe Gargery, forgeron qui l'élève avec l'aide de sa femme, Giorgiana,  qui est aussi la sœur aînée de Pip, la seule famille qui lui reste. Joe ne se défend pas, et ne veut pas défendre Pip contre cette tyranne domestique. Sa bonté un peu niaise influence même le jeune garçon.

Pip est apprenti forgeron.

Il  fréquente aussi son oncle Mr Pumblehook vendeur de grain, cynique et vaniteux, ainsi que Mr Wosple, le pasteur idéaliste qui rêve de devenir acteur. Deux occasions pour Dickens de camper des personnages pittoresques.

Dans cette ambiance, Pip est appelé chez l'étrange miss Havisham qui vit en robe de mariée depuis trente ans, terrée dans son logis aux persiennes toujours closes. Couverte de toiles d'araignée, elle rôde autour d'une table où trônent un gâteau moisi, et des couverts en piteux état. Son époux s'est enfui le jour des noces...

Pip tombe amoureux de sa fille adoptive, Estelle, jeune orpheline aux origines mystérieuses. Il prend  miss Havisham pour une sorte de bonne fée, (alors que le lecteur la perçoit comme une sorcière, le pendant bourgeois de Giorgiana),  rêve qu'elle lui donnera la main d'Estelle,  au terme d'une série d'épreuves qu'il lui  incombera de surmonter. Et que s'il se conduit bien, elle fera sa fortune, et le juge dès à présent digne de devenir un monsieur.


  Il atteint 15 ans lorsque sa  mâratre de sœur est victime d'une agression dont elle ne se remet pas. Gâteuse et affaiblie, elle ne martyrise plus personne. Une orpheline est employée pour vaquer aux soins de la maisonnée. Biddy va des vues sur Pip.

Mais voilà que le vœu du garçon semble se réaliser : un bienfaiteur dont le nom doit rester inconnu, veut qu'il fasse son éducation à Londres ; une grosse somme d'argent lui est allouée. Pip est sûr que Miss Havisham est derrière tout cela.


2) Pendant 5 ans, Pip va vivre ses années d'espèrance et d'oisiveté...

Cette partie londonienne lui fait croiser de nombreux personnages, le notaire Jagger, qui s'occupe de gérer son pécule à l'étude de la « petite Bretagne » et lui alloue une pension. Un ami, Herbert Pocket, dont la famille est couverte de dettes. 

Pip revient par intermittence visiter miss Havisham pour la faire parler, en vain. 
Estelle est lancée dans le monde, et fréquente l'abominable Drummle, ennemi juré de Pip, qui voit dans ce malotru un obstacle à vaincre pour conquérir Estelle. 

Herbert et lui s'endettent. Il lit beaucoup, mais ne prépare pas de cursus universitaire, ne songe à aucune profession ni occupation séreiuse. Un soir son bienfaiteur se présente : évidemment, ce n'était pas miss Havisham... mais le forçat Magwitch, que Pip avait caché et nourri au cimetière lorsque, à peine âgé de huit ans, il l'avait croisé, en se baladant parmi les pierres tombales.

Le forçat a fait fortune en Amérique, et envoyé de l'argent pour que Pip devienne un gentleman.

Cette révélation déçoit Pip. Il n'a pas aidé le forçat par bonté. Petit garçon, il en avait peur, et l'autre l'avait d'ailleurs menacé.


3)  Pip met Herbert dans le secret et Jaggers ferme les yeux. Magwitch a 60 ans il est toujour passible de la peine de mort. Pip décide de le renvoyer en Amérique par voie fluviale. Le forçat s'en fiche, sa vie s'achève, et il ne peut juger de l'effet réel provoqué sur Pip par ses largesses. 

Pip organise son évasion avec Herbert Startop et Wemich, clerc asscocié à Jaggers.

Entre temps Pip découvre les vraies origines d'Estelle, fille du forçat et d'une mère criminelle qui tenta de la tuer. Une dernière  visite à miss Havisham  se révèle peu probante. La vieille folle provoque un incendie qu'il maîtrise. Elle survit peu de temps, et Pip sera fort malade de ses brûlures. Au moment de faire évader Magwitch, il se rend à un rendez-vous anonyme et manque d'être assassiné par son ancien camarade de la forge, Orlich, qui était aussi l'auteur de l'agression de Giorgiana. Magwitch est repris, tue son  pire ennemi, et meurt à Newgate avant d'être pendu.

Pip et Herbert se décident à prendre des emplois de commis dans une entreprise d'import-export. Estelle a divorcé de Drummle qui la battait. Au village, Joe a épousé Biddy, et ils ont eu deux enfants. Le garçon s'appelle Pip. Ainsi Pip assure la descendance de son prénom, de son diminutif qu'il s'est choisi, mais pas de son nom "Pirrip".

Personne ne l'a jamais appelé autrement que Mr Pip...


Pip est le cousin de Lucien de Rubempré. Il n'a pas d'ambitions littéraires, mais il est comme l'autre, un héros négatif ne devant  son salut ou son infortune qu'à des  hasards qui le dépassent. Le forçat est un brave homme au contraire de Vautrin qui précipitait Lucien à sa perte. Les deux jeunes gens restent immatures. Outre Miss Havisham, personnage de sorcière intriguante, et Estelle qu'elle forme à lui ressembler et à la venger des hommes,  Magwitch est le forçat évadé et repenti, personnage emblématique lui ausssi.

Jaggers et Wemmich sont des notaires qui s'occupent de la fortune de Pip. Très réglementaire, Jaggers « s'en lave les mains », geste obsessionnel à double sens...

La famille Pocket est hystérique, couple mal assorti et enfants livrés à eux-mêmes, qui claquent de l'argent et passent leur temps à échapper à des créanciers. Les mêmes existent chez David Copperfield , et sont représentatifs de la famille de Dickens ...( Mr Pocket est prof d'université, dépassé par sa famille.)


 Dickens a un côté «  bon enfant » qui lui interdit de donner le premier rôle à un gredin tel que Vautrin. Cet auteur  a des idées chrétiennes qui n'effleurent pas Balzac. D'un autre côté sa façon de décrire les situations, de camper les personnages est plus légère, plus fine et humoristique que Balzac.

L'un se sert d'une plume et l'autre d'un gourdin a-t-on dit...

Les personnages les mieux réussis ne sont pas  les héros mais plutôt les seconds rôles importants tels que Jaggers le notaire rigide qui se fait comprendre à demi-mots lorqu'il veut communiquer quelque chose de personnel. L'abominable famille Pocket est bien vue aussi ainsi que Miss Havisham, qui crée une forte impression...



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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 09:01

Points romans, 2007.  270 pages.

 

Ancien photographe de guerre, Faulque s'est retiré dans une tour à Punto Umbria un petit port d'Espagne.  Il y travaille à une fresque qui occupe un pan de mur de son logis. C'est sa grande œuvre : elle représente  deux cités dont l'une antique, est en guerre, et comporte une grande quantité de scènes  où des civils sont mis à mal ainsi que leurs maison, l'autre attend le même sort, et ces deux villes sont séparées par un volcan en éruption. Il s'inspire de Basquiat  mais surtout des maîtres du passé Uccello, Piero della Francesca, Goya et Brugehel dont «  le Triomphe de la mort » déjà avait joué un rôle dans le Tableau du maître flamand.

En tant que photographe il a cherché «  le miracle qui, d'un coup, dessinerait à travers la lentille de l'objectif, dans la chambre noire... de son appareil et sur sa rétine, le secret de ce canevas d'une incroyable complication qui ramenait la vie à ce qu'elle était réellement : une course folle vers la mort et le néant ». En peinture, il le cherche encore.

A cet homme persuadé que la vérité ne peut apparaître qu'au milieu des conflits, il advient de recevoir la visite d'un  ancien soldat de l'armée croate, dont il a fait autrefois une photo qui est devenue célèbre.

Ivo Markovic lui apprend qu'à cause de cette photo il est devenu un symbole reconnaissable, a été torturé, a perdu femme et enfant. Il veut tuer Faulque, pas tout de suite, pas avant qu'ils  ne se soient bien expliqués.

Ces entretiens font l'objet du roman.

A travers ces rencontres les retours de Faulque sur son passé, et l'évocation par lui de sa femme Olvido,  on  chemine d'interrogations en interrogations sur le sens de la vie, la nature de l'art, la mise en question du  fait de photographier les scènes insoutenables... Perez-Reverte, auteur de polar et de romans picaresques, s'est engagé dans un roman philosophique.

 Un  peu long surtout lorsque Faulque se souvient de son amie Olvido, il a tendance à se répéter, il vaut la peine qu'on le suive.    

 

 

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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 19:00

 

Roman acheté, il y a plus de vingt ans que j'ai enfin lu!

 


Dans un manoir hanté sur une côte irlandaise sauvage, Hannah vit recluse mystérieusement entourée de serviteurs qui sont autant de geôliers.





c'est ce que constate  Marian, qui vient d'être engagée comme répétitrice de français auprès de Mrs Green-Smith ( Hannah) qui vit dans une sombre demeure isolée qu'entoure un jardin aux grilles défensives, un marécage mortifère, une falaise imposante, un vieux dolmen à l'air menaçant, et l'océan avec ses lames de fond.


Un certain Gerald s'occupe des affaires d'Hannah ainsi que d'elle en personne, d'une manière singulière. Protecteur, sournois, trop plein de sollicitude. D'autres protagonistes jouent le même rôle auprès de la belle jeune recluse.


Et il n'y a pas d'enfant ! Marian découvre que, loin d'être répétitrice, elle sera dame de compagnie d'Hannah. Une appréhension la saisit. Son penchant immédiat pour la maîtresse des lieux qu'elle s'avoue en partie, lui donne envie e savoir pourquoi elle mène cette existence en huis clos et craignant de sortir.

Lorsque Marian apprend quelque vérité sur Hannah, elle brûle de la faire évader, même contre son gré.

En effet, Hannah, victime d'un mariage qui se révéla vite une mésaliance , aurait poussé son mari du haut de la falaise, sept ans plus tôt. Et serait depuis sous bonne garde, grâce à des "amis" de ce mari, que Marian imagine terrifiant, et dont les occupants du manoir craignent le retour.

Cependant Hannah a eu un amant qui vit encore dan sl e manoir d'en face, à ½ heure de là en voiture.  Et aussi un prétendant, Effingham, qui lui propose en vain la fuite à deux pour tout recommencer de zéro.

Cherche-t-elle à expier une faute, est-elle la proie d'un enchantement, comme le croient les gens du voisinage ?

Est-elle seulement terrifiée par la menace latente que représente la situation qu'elle vit, la surveillance que l'on exerce sur elle, le retour de l'époux ?


Hannah est tous d'abord vécue comme une personne inaccessible, un être charmant ,intouchable, dangereux aussi comme l'être fabuleux qui donne son titre au roman. Autour d'elle, les geôliers comme des libérateurs en puissance, ne savent eux-mêmes, ce que signifie la liberté pour elle.

Ils apprendront à leurs dépends ce qu'a pu lui coûter certaines visions fantasmatiques.


Chacun interprète le silence d'Hannah et sa manière de vivre ou de supporter la vie, comme on cherche à décrypter les paroles de la Sybille. Pour Effingham, homme de quarante ans, narcissique, naïf et paresseux, Hannah et une enchanteresse, la femme inaccessible des roamns courtois.

Mais cet amoureux couard ( un peu caricaturé)n'est pas à la mesure des ancien troubadours !

Pour Max Lejour, le vieux professeur platonicien, qui vit à «  Rider's » autre propriété isolée, et qui est son  plus proche voisin, Hannah est en train de trouver la sagesse dans l'épreuve.


Pour Marian, Hannah est victime de sa peur et de la culpabilité, prisonnière mentalement plus que physiquement. Et il importe de la sauver .

Avec l'aide d'Effingham, elle tente de la soustraire à ses gardiens. Mais Hannah est très surveillée, et Effingham  bavard, et maladroit, précipite les événements...

La fin du roman montre qu'Hannah avait peur d'elle-même de ses réactions, mais une  partie m'est restée obscure.


Unr roman d'analyse psychologique, d'intrigue et de suspense, une parodie réussie  des romans gothiques, des réflexions sur des notions telles que culpabilité et liberté, et aussi une bonne dose de satire de mœurs, voilà les points forts du livre.


Effingham est un personnage assez vain qui donne à l'histoire ses moments comiques. Les autres personnages sont moins chargés mais l'ironie s'exerce sur tous ces gardiens de « harem » pour une seule femme, et même à l'égard d'Hannah elle-même et de ses tentatives de conjuration : la robe de chambre jaune, les deux plantes fétiches : la monnaie du pape et l'herbe de la pampa, la lecture de la Princesse de Clèves sur laquelle Marian et elle s'endorment, donne à l'ensemble une tonalité tragicomique.




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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 17:34

J'avais éprouvé un intérêt certain pour «  Enduring Love », «  Une étrange séduction », » L'Enfant volé »  et le dernier «  Expiation ».

Ce n'est pas rien. Mais «  Samedi » m'a énervée.  Mc Ewan met en scène un neurochirurgien, persuadé que « tout est dans les gènes » !!

La journée de début de week-end qu'il va vivre sera  difficile pour lui  et les siens.  Cette famille bourgeoise  va vers  une confrontation difficile avec un  homme dangereux malade et  haineux (que le héros ressent comme tel).

D'habitude, les épreuves endurées par les héros bourgeois de Mc Ewan ne les laissent pas  indemnes. Bien souvent ces épreuves les détruisent, ou les poussent fortement à se remettre en question.

Le roman est tout simplement ennuyeux. Les pensées du chirurgien avec tous ces termes médicaux spécialisés que l'on n'a pas envie de connaître ... son échauffourée avec le  délinquant malade et rancunier qui veut se venger d'une aile de voiture froissée est interminable, elle lasse.

Le récit en flash-back de la rencontre du héros avec sa femme que bien sûr il a opérée autrefois, et sauvée,  paraît bien conventionnel. Ainsi que  l'évocation de ses enfants bien entendu surdoués, des parents exemplaires etc....

 Le suspense engendré par la crise des cinquante ou cent dernières pages est mieux enlevé.


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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 23:24

Gallimard (l'Imaginaire) traduction Roger Caillois et René Durand, 1977

1) L'Immortel

Cette nouvelle est précédée d'un aphorisme de francis bacon «  Salomon said there is no new thing upon earth »

d'un extrait de Platon «  All knowlodge was but remembrance »
"J'ai été Homère, bientôt je serais Personne, comme Ulysse ; bientôt je serais tout le monde, je serais mort ».

 

 


Ainsi se termine le  fascicule indiqué comme étant la narration de Joseph Cartophile, que la princesse de Lucinges trouve à Londres dans un volume de  l'Iliade traduction de Pope, qui lui a été donné par le libraire, ce même Joseph qui a dissimulé son histoire dans l'Iliade.

 Le récit c'est sa lecture de ces feuillets :

A l' origine, écrit  Cartaphile, à la première personne du singulier,  il s'appelle Marcus, et il  est soldat de l'empereur Dioclétien.  Il a participé à des  conflits armés en Egypte notamment,  mais la guerre en tant que soldat romain ne lui  a pas permis  d'être un héros. Dans les jardins de Thèbes, un cavalier vient lui révéler l'existence d'un fleuve donnant l'immortalité et d'une cité «  des Immortels ».

Il part avec ses hommes (dont il se débarrasse en route) vers la cité en question,  se lance dans cette  aventure qu'il espère enfin héroïque.

Les philosophes romains disaient «  allonger la vie, c'est allonger l'agonie »  Cette pensée le fait hésiter.  Pourtant la vie avec la mort au bout est elle-même une agonie. Atteint dès le départ par le processus de vieillissement, le corps est  tout entier tendu vers la mort.

 Toutefois, il s'introduit dans le labyrinthe, une pièce donnant sur une autre toute semblable.... Tout en faisant des rêves prémonitoires, il atteint la cité en question.

Il rencontre les Troglodytes (ici cela a le sens de « barbare ») qui sont immortels  ils sont devenus muets et illettrés ; l'oubli a fondu sur eux.

Comme les Lotophages dans l'Odyssée.

Cette cité, raconte l'ex-soldat, n'est pas comme le labyrinthe conçu pour y parvenir et qui  plonge l'homme dans la confusion.

 La cité est seulement absurde, sans invention dans son architecture, un complet « non-sens »

Elle est insupportable et elle rend fou. Pas de description possible. Elle résiste à toute synthèse.

«  Etre immortels est insignifiant ; à part l'homme, il n'est rien qui ne le soit, puisque tout ignore la mort. Le divin, l'incompréhensible, c'est le savoir immortel ».

La roue des indiens : chaque vie est la conséquence d'une vie intérieure et détermine la suivante. Aucune ne détermine l'ensemble.

Les Immortels voulurent vivre (après la cité) dans la pensée et la pure spéculation ;  la vanité de toute entreprise leur est apparue.


Le héros boit à un ruisseau devant la cité  pour ne pas mourir de soif.

Devenu lui-même immortel, il  espère  « un autre fleuve » dont les eaux effacent l'immortalité. Car le mode de vie des Immortels c'est d'être invulnérable à la pitié, le destin personnel ne les intéresse plus. Corps dociles, animal domestique. Plaisir de la pensée. Parfois restitution du monde physique, grâce à une excitation particulière produite par ce phénomène naturel qu'est la pluie.


Mais l'aventure en est absente : ce qui fait l'intérêt de la vie, cette urgence qui donne du poids à ce que l'on fait, même les menues activités, c'est la pensée que l'on va mourir...
Si cette pensée vient à manquer, l'on sombre dans un cauchemar  qui n' ren de commun avec ceux des vivants.

Comme disait Franz Kafka " l'éternité c'est bien long, surtout vers la fin". Le héros du conte n'en peut plus...


En 1921, il se trouve à boire dans un ruisseau d'eau claire. Un arbuste le déchire et il sent la douleur et voit son sang : il est redevenu mortel tels qu'autrefois, ayant bu dans un fleuve qui entourait Thèbes. Il retrouve son état antérieur en buvant à une source un peu semblable à celle qui le fit muter.


Le héros évoque ensuite ses vies diverses dont il se souvient pour chaque d'un fait saillant : traducteur, joueur d'échec, astrologue lecteur d'Homère, assistant de Giambattista Vico qui conçut l'histoire «  circulaire » en opposition  à linéaire.

Commentaires sur ses vies : « mots déplacés et mutilés, mots empruntés à d'autres, telle fut la pauvre aumône que lui laissèrent les hommes et les siècles".

Lorsque s'approche la fin, il ne reste plus que des mots. «  Il n'est pas étrange que le temps ait confondu ceux qui  furent symboles du sort de l'homme qui m'accompagna tant de siècles. »

J.Cartaphile dit qu'il  lui semble parler un peu toutes les langues. Il est libraire en 1929.

 Meurt peu après.


Ce héros ressemble à Borges lui-même, pour qui l'héroïsme est un thème central. Il  veut, comme chez Hegel, mettre sa vie en jeu, et non travailler comme l'esclave.

L'autre thème est l'éternel retour (histoire circulaire, répétition des mêmes schémas toutefois dans des existences diverses).


Un conte philosophique  auquel on peut encore réfléchir.


 






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9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 23:00

le-Nom-de-la-rose.jpg

 

             Publié en 1980, le premier roman d'Eco fut traduit en français  deux ans plus tard aux éditions Grasset. Il fut un succès de librairie et  reçut le prix Médicis du meilleur livre étranger.

 

Jusque là Eco, professeur de sémiologie à Bologne, n'avait écrit que des ouvrages de critiques littéraires utilisant les découvertes linguistiques, les plus lus étant «  Lector in fabula » et «  « L'œuvre ouverte ».

 

Ce premier récit inaugurait une carrière de romancier prolixe, phénomène rare chez les linguistes. Actuellement, Eco a publié «  La Reine Luana » toujours dans la même veine, mêlant les  genres, aventure, histoire, et intrigue plus ou moins policière. Dans chacun de ses romans ( il en a publié 5 ou 6)  on est sûr de s'instruire sur un sujet donné.


Je lis peu de romans historiques, celui-là pourtant fut un véritable régal. D'une lecture apparemment facile et agréable, il ne s'est pourtant pas donné à moi tout entier la première fois, et, la dernière page tournée, restait une belle promesse. Ce qui est la condition idéale pour une, ou plusieurs relectures, voire pour une lecture attentive avec beaucoup de notes.Ici j'en ai tiré quelques vestiges.


A la fin de sa vie,  Adso de Melk, moine franciscain, rédige un épisode de son adolescence qui dura sept jours et le marqua pour toujours.


En novembre 1327, il accompagne Guillaume de Baskerville,  dont il est le novice, dans une abbaye bénédictine, en Italie du nord. L'ordre franciscain a envoyé Guillaume là-bas pour  organiser une rencontre  entre les  envoyés du pape Jean XXII, et les représentants de l'empereur Louis de Bavière,  qui doivent tenter de résoudre des conflits politico-religieux.

Arrivé à l'abbaye, Guillaume explique au moine cellier comment retrouver son cheval, et lui fait la description de l'animal, qu'il n'a jamais vu, des raisons pour lesquelles il a dû partir, et du lieu où il s'est rendu. Le lecteur reconnaît alors Guillaume pour un détective. Ce passage parodie ouvertement le Zadig de Voltaire. "Baskerville" désigne  aussi  le livre de Sherlock Holmes.

Le lecteur se trouve d'emblée  dans un espace d'intertextualité ludique, contrairement au narrateur Adso qui restera le naïf de l'histoire.


L'abbé Abbon, chef de l'abbaye, qui les reçoit, est affolé : le jeune moine Adelphe d'Otrante a été retrouvé mort au pied de la tour.

L'abbaye comprend une tour carrée dont chaque angle est interrompu par une tourelle octogonale.

Ces données nous orientent vers le roman gothique (Otrante, château, mort mystérieuse...)

Adelphe était enlumineur.

Guillaume s'intéresse vivement au crime, ainsi qu'à la bibliothèque de l'abbaye au-dessous des cuisines, où travaillait Adelme l'enlumineur. Dans le scriptorium, il apprend, du moine Béranger, qu'Adelme s'est jeté du mur d'enceinte et qu'un éboulement l'a fait glisser au pied de la tour.

Avec le vieux Jorge, conservateur aveugle de cette bibliothèque, l'atmosphère est tendue : cet homme ferme sa bibliothèque de l'intérieur, refuse l'accès à certains livres qu'il juge « impies » et qui, par exemple, font l'apologie du rire. Le rire vient du Malin.

Venantius, moine traducteur de grec, affirme, contre l'opinion de Jorge,  qu'il existe un traité du rire dont l'auteur est Aristote.Guillaume confie à Adso qu'il a accepté la mission diplomatique afin de consulter ce livre qu'il recherche depuis longtemps...

Le lendemain un autre moine est découvert  mort, dans une cuve emplie du sang d'un porc tué la veille... et ce n'est pas fini !


La suite de cet article intéressera surtout ceux qui ont lu le livre.


En plus de son enquête,   Guillaume reçoit  les visiteurs dont il doit organiser la rencontre. Parmi eux, Bernard Guidoni, inquisiteur de renom,  s'enchante de ces crimes, et désigne comme hérétiques deux moines de l'abbaye.  Ce personnage est un obstacle de taille à l'enquête, et force Guillaume à  préciser ses idées dans le domaine de l'éthique.

En effet il fut lui aussi un inquisiteur « qui  se trompait » et a révisé ses positions. A présent il est opposé aux actes de bravoure inutiles, et ne défend pas le moine, que Guidoni fera brûler, même s'il le juge innocent.

Au terme des sept jours,  Guillaume  réussit à  faire éclater la vérité sur les crimes de sang, et à en empêcher d'autres, au prix de mille tribulations, mais n'obtient pas ce qu'il désirait avant tout...

Adso reçoit de lui plusieurs  messages à méditer de l'aventure, d'abord un fort penchant pour le scepticisme. La passion de l'assassin pour une vérité unique, son fanatisme, le transforme en antéchrist alors qu'il croit servir Dieu. L'unique vérité est d'apprendre à nous libérer de toute passion pour nous approcher de la  vérité.

Le lecteur est un peu surpris qu'Aristote fasse figure de danger public. Dante, qui était chrétien, le considère comme un de ses maîtres. Mais Guillaume se méfie  des fictions et n'aime pas l'auteur de la Divine comédie. Guillaume a lui aussi ses limites.

Le vieux Jorge est à mon sens le vrai héros du livre, un héros tragique. La machine dramaturgique en œuvre dans le roman, le pathétique, l'émotion (tout ce qu'Aristote exige d'un héros tragique) sont assumés par le vieux Jorge.

Adso de Melk est un personnage secondaire et essentiel. Il a « tout enregistré de ce qui s'est passé » et le redit fidèlement, y incluant ce qu'il ne comprend pas, et même ce qui ne peut l'intéresser, dans un souci d'objectivité. Pour lui donner consistance, Eco lui invente une amourette avec une fille du village.

Le roman est à grand spectacle avec de longues descriptions : scènes vues par Adso sur le portail de l'église évoquant des toiles de Bosch.


Dans "l'Apostille au nom de la rose"( livre de poche biblio), Eco  prétend livrer en même temps que ses réactions  à la sortie du roman, les secrets de fabrication de son oeuvre. Il reconnaît avoir pris Borges pour modèle du vieux Jorge. Ce personnage est très négatif...  

Titre : le nom de la rose, c'est «  tout ce qu'on veut » dit Eco, la « structure ouverte «  du titre. " la rose" est un signifiant "ouvert" qui peut recouvrer  une infinité de  contenus  ( celui qui conviendra au lecteur).

Mais ce n'est pas comme si Eco avait écrit " Sans titre"...

On peut penser à la Rose de Paracelse de Borges (histoire très curieuse d'un alchimiste qui ne veut plus de disciples...).


 Eco explique le choix du  contexte historique :

-Guillaume a reçu les leçons du philosophe anglais Roger Bacon, il le cite et porte des lunettes inventées au treizième siècle.

-Pour que Guillaume, franciscain, puisse se conduire en détective, il faut dit Eco  que « les signes soient interprétés, non pas en tant que symboles, mais en tant que traces du réel ». Cela nécessite que l'on soit au moins au quatorzième siècle, vu l'évolution de la pensée.

-Adso doit pouvoir rapporter les discussions entre Guillaume et les émissaires du pape ainsi que les argumentations théologiques.  Il ne le peut qu'à partir du 14eme siècle.

 On apprend quel conflit divise  alors les franciscains. Les uns «  les petits frères des pauvres »aussi appelés les ordres mendiants,  adoptent une conduite sévère et  vivent dans la pauvreté...Attitude que Guillaume condamne comme fanatisme.

Les trompettes de l'Apocalypse : l'assassin a copié  des détails de ce livre de la Bible, pour perpétrer ses crimes et montrer qu'il exécute la vengeance de Dieu.

Ce petit opuscule est intéressant mais ne répond pas à toutes les questions.


Cela reste un bon livre. Peut-être est-ce à lui que l'on doit cette avalanche de  romans  utilisant l'enquête policière, un contexte historique donné,  et l'ésotérisme, car Eco a lancé une mode.  Certains sont excellents, d'autres, comme les Da Vinci code, ne sont pas du tout à la hauteur...



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6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 18:13

  A partir de six ans, j'ai lu   beaucoup d' histoires d'enfants battus, bien évidemment la célèbre comtesse, mais aussi «  Le Petit chose » et «  La petite Cosette ».

 Je me disais «  Il n'y aura pas de Jean Valjean pour toi, rien que des Jean Foutre ».

 J'ai lu l'histoire du Petit Chose en pensant que je lui ressemblais mais aujourd'hui  cela m'indispose que l'on fasse lire aux enfants  l'histoire lamentable de ce jeune homme qui veut devenir poète et finit vendeur d'assiettes.

Je versais presque autant de larmes sur la destinée calamiteuse du pauvre Daniel Eyssette que lui-même, et ce n'est pas peu dire ! L'entrée du petit C. au collège de Lyon ressemble à celle de Charles Bovary dans un collège normand, excepté que l'auteur ne s'y entend pas à décrire quelque fabuleuse casquette. Le narrateur se moque de lui-même gentiment, dit-on et inquiète ou fait sourire les enfants avec ses «  Pauvre petit Chose, tu ne savais pas ce qui t'attendait » et « Qui était sur le mont du navire ? Voyez-vous ça ! le petit Chose qui se prenait pour un grand Philosophe » .

On s'énerve et on pleure lorsque le petit C. rencontre un certain abbé Germane qui ne lui apprend rien, excepté qu'il « restera toujours un enfant ».

Plus tard, vers dix ans, je lus en livre de poche l'intégralité de cette détestable histoire, qui nous emmène dans la loge d'une actrice vénale pour que Petit Chose  fasse  fonctionner sa petite chose en vue d'une perdition certaine ; celle-ci devient définitive lorsque, recueilli par « la Princesse et son Père » (mademoiselle Pierrotte, autrefois appelée «  les yeux noirs », devenue une brave jeune fille sans attrait et pleine de compassion, et son  Papa qui tient boutique), il devient le Petit Chose de porcelaine, vendeur d'assiettes et de théières sous la protection des bienfaiteurs ci-dessus nommées. On a dit que Mme Daudet est l'auteur du «  Petit Chose » ainsi que de tous les mélos non régionalistes signés Alphonse. Je crois en effet que seule une femme peut ridiculiser un personnage du sexe 1 avec autant de férocité.

Cependant je me sentais moi-même atteinte, fragilisée, comme si j'étais promise au même sort.

 

 

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1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 23:47

Titre original " The Sweet Thereafter".

Actes-sud (Babel), 1994. 327 pages.


    Un accident d'autocar a eu lieu dans le nord de l'état de New-York à Sam Dent, une petite bourgade enneigée. Les victimes sont quatorze enfants du coin que le bus ramasse tous les matins pour les emmener à l'école.


Le roman consiste en cinq monologues de personnes ayant un rapport proche ou lointain avec l'accident. D'abord la conductrice Dolorès Driscoll, qui a freiné brutalement ce matin là, ayant cru voir un chien juste devant elle. Le bus a fait un plongeon dans le ravin (sans garde-fou) et  la moitié arrière s'est abîmée en contrebas dans une sablière pleine d'eau.

Dolorès donne au lecteur les informations nécessaires à une première appréhension de la tragédie et  raconte ce trajet qui s'avéra  mortel, cherchant, sans les trouver, des pressentiments et des causes plausibles. Dans son examen (qui est aussi un examen de conscience)  elle présente les principales familles concernées, leurs enfants maintenant morts (ou non), leurs différents problèmes sociaux et personnels. Ainsi que sa vie à elle, son mari Abbott, paralytique, et parlant par borborygmes qu'elle interprète comme s'il était une pythie...

Ensuite c'est Billy Ansel, le garagiste, veuf, et maintenant privé aussi de ses deux jumeaux.  Depuis l'accident, il a renoncé à sa liaison avec Risa et tous deux ne se parlent plus. Ce monologue est une longue méditation sur la culpabilité et le deuil.

L'avocat Stephens s'exprime  à son tour : il a voulu s'occuper de l'affaire pour  accuser de négligence   la municipalité, les services sociaux et la compagnie de bus, et tenter de faire verser des indemnités aux familles. Il visite les sinistrés et nous en donne une idée différente de celle des deux précédents narrateurs.

L'avocat  a aussi des ennuis familiaux, sa fille Zoé qui se drogue et se détruit à petit feu, raison pour laquelle il se sent en phase avec les victimes.

Nicole Burnell une rescapée de quatorze ans, se retrouve désormais en chaise roulante. Avant l'accident, elle songeait au suicide, son père  la forçait à des relations incestueuses. A présent, il n'osera plus la toucher, et elle pourra toujours s'enfermer dans  sa chambre. Etant donné qu'elle est interrogée par des avocats, elle lui fait peur et tire satisfaction (amère) de sa vengeance.

Elle trouve des avantages à sa nouvelle situation. Le titre «  The Sweet Thereafter » trouve ici une justification, tout aussi ironique que pour les autres narrateurs, mais plus concrète...

Là aussi le thème de la culpabilité est à l'œuvre et l'accident a mis fin à des relations sexuelles prohibées.

Le dernier monologue est à nouveau  Dolorès Driscoll, mais je n'ai pas eu envie de le lire. Je pense qu'il n'apporte rien de plus...

Un roman réaliste, en prise avec les problèmes sociaux. Des gens qui, à l'occasion  d'un coup dur, très dur, tentent  non seulement de survivre (parfois au prix de se considérer mort) mais de  tirer de cette nouvelle situation des vérités sur eux.

Le premier monologue m'a bien plu ; Dolorès à la fois naïve et réaliste, vive et  méticuleuse dans sa restitution des événements et des sensations,  augure bien du roman. Billy Ansel paraît étonnamment lucide, mis à distance de sa vie passée et capable d'en tirer ce qui en était déconcertant, ce qui suscite des questions. Au milieu du monologue d'Ansel, j'ai commencé pourtant à me lasser, et cet ennui relatif a perduré tout le long du rapport de Stephen Mitchell.

L'intérêt s'est relancé pour Nicole Burnell : le point de vue de l'adolescente  nous fait changer de monde.

Mais je n'ai pas lu le dernier monologue.

D'où vient cet ennui relatif ?


A chaque monologue, l'auteur épouse bien le point de vue du personnage, son entourage, ses expériences personnelles sont bien décrites de sa place.

Un autre travail est de changer  de  voix et de ton pour donner à chacun son accent particulier. L'auteur s'est efforcé de faire parler l'adolescente d'une façon plus directe et plus vive, avec  du mordant. Dolorès a aussi un certain brio, tandis qu'Ansel est porté sur l'introspection, et l'avocat considère les êtres de l'extérieur avec l'objectivité particulière de celui qui ne dépend pas de cette communauté.

Cela ne suffit pas toujours à garantir l'originalité du récit. Lorsque le même événement, la même description est répétée par un personnage différent,  il ne rend pas toujours un autre son, n'apporte pas toujours de nouvelles informations. Un certain piétinement, un ressassement sont à l'œuvre.


Dans l'ensemble, c'est tout de même un livre important.

L'avis d'Amanda

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