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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 00:22

Le Corbeau par Gustave Doré

 

 

 

Poe : il lui a manqué un » t » pour être un vrai poet en anglais et un T + un E en français, disent les mauvaises langues. Injuste ! Car  il est vraiment poète ! Je viens de lire son corbeau. C'est musicalement réussi !

 

Corbeau ( Raven est un de mes mots préférés je le répète souvent seule «  raven » raven : ça me fait penser à ravage, à rave et à rage  ; corbeau c'est moins bien. Le corbeau dans la littérature française est perché sur un arbre avec un fromage... ou encore il s'acharne sur sa proie «  Pies et corbeau nous ont les yeux cavés et arraché la barbe et les sourciz! »

 

 

A lire le Corbeau, j'ai ressenti quelque chose de bizarre : au lieu du nervermore je me suis surprise à répéter « encore « ! je voulais pourtant pas que le poème dure plus longtemps. Pas davantage n'étais-je charmée par la situation. Un corbeau qui entre chez vous et s'incruste en ânonnant le même mot, supposé fantôme de votre défunt bien aimé (il ne vous aimait pas tant  pour vous faire ce coup-là...un vrai coup de Poe)  avec ce que l'on imagine de croasserie, et qui ne veut pas se tirer, l'odieux personnage,  n'a rien d'alléchant.

Non, je ne sais pas ! Le sortilège des mots ?

Par ailleurs, ce poème me fait penser à l'Aigle noir de Barbara. 

 

J'ai relu un récit de Poe au hasard «  Le Cœur révélateur ». C'est un homme qui vit avec un vieux monsieur. On ne sait rien du contexte : on  ignore ce qu'est le vieux monsieur à l'œil effrayant pour le narrateur, on ne sait pas non plus ce que ces messieurs font dans la vie. Le fait est que cet œil se révèle avoir un cœur en plus !

Je remarque que le narrateur est puni de son crime : chez Poe il l'est toujours. Et le châtiment, longuement décrit, est la chute du récit, parfois aussi le corps, de sorte que vous ne pouvez le manquer. Le narrateur du chat noir est puni par le chat, William Wilson est puni par son double, l'arracheur de dents (Bérénice) est puni, l'arracheur d'œil est puni par le battement de cœur, le ministre est puni car Dupin retrouve la lettre, les sujets d'un certain roi attrapent la peste, Roderick Usher et sa sœur sont punis de leurs relations trop intimes, le magnétiseur est puni d'avoir exercé ses talents morbides sur Mr Valdemar, par l'infâme spectacle de sa dépouille mortelle vieille de neuf mois de décomposition ...bon sang que cet univers est donc moral !

Rien d'étonnant. C'est à la même époque que sévit Nathaniel Hawthorne (une sacrée épine....) et sa Lettre écarlate. Souvenez vous de ce pasteur coupable, qui défaille tout le temps, éperdu, le cœur lui manque, il s'effondre sur son estrade à cause du cœur lui aussi, de trop intenses battements. Pulsations.

Battement d'aile de corbeau.

 Une époque terrible, pleine de péchés, de remords de punitions atroces.

Et cependant Poe est drôle parfois : ce n'est pas pour rien que Breton a sélectionné son «  ange du bizarre » pour l'anthologie de l'humour noir.

 

Poe est né aujourd'hui il y a deux cents ans, trois semaines avant Abraham Lincoln ; avant que cet homme ne devienne président, Poe aura des milliers de fois trempé sa plume dans le goudron,  et aura perdu la vie. De toute manières, à lire Poe, vous n'apprenez  rien sur la société et la politique et vous ne saurez même pas que vous êtes aux  Etats-Unis. D'ailleurs la plupart du temps vous serez  dans un vieux manoir éloigné de tout, dans une prison espagnole au temps de l'Inquisition, dans une salle de bal  royale au Moyen âge, dans un hôtel particulier à Paris, dans une public school vaguement britannique, dans le ciel néerlandais perdant du lest, sur un bateau qui tangue dans les eaux tourbillonnantes d'une rivière scandinave, dans un tombeau quelque part dans une cave ....  Alors partez en voyage avec Poe ; n'hésitez pas à sauter les premières pages, concentrez-vous sur le cœur du récit, oubliez les points d'exclamation et la moitié des superlatifs.

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12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 22:23


Gallimard 2008.242 pages 


Le dernier roman d'Annie Ernaux  appartient comme tous les autres au genre de l'autobiographie qu'elle explore depuis ses débuts dans la littérature. Cet opus est davantage centré sur la mémoire et le temps. Comment garder une trace de son vécu  intime et collectif, comment le transmettre, comment «  sauver quelque chose du temps où l'on ne sera plus jamais »

De fait, le prologue de ce récit est une sorte de mise en scène des derniers moments d'une personne ces derniers instants où l'on dit que l'on revoit toute sa vie en très peu de temps...

Dans l'esprit de la narratrice défilent  saynètes, anecdotes, sentences, bouts de phrase, de chansons,   souvenirs à caractère visuels,  qui l'ont touchée personnellement, et appartiennent aussi à l'imaginaire collectif.

«  Tout s'effacera en une seconde. Le dictionnaire accumulé du berceau au dernier lit s'éliminera. Ce sera le silence et aucun mot pour le dire... la langue continuera à mettre en mots le monde. Dans les conversations autour d'une table de fête , on ne sera qu'un prénom de plus en plus sans visage, jusqu'à disparaître dans la masse anonyme d'une lointaine génération. »



La narratrice a prélevé une douzaine de photographies que lesquelles elle figure, de quelques mois à 60 ans et des poussières, les décrit avec une sèche précision de manière à pouvoir  se situer à chaque cliché dans son époque, sa famille, son  milieu social, tout en élargissant le propos à des considérations sur l'état du monde et des mentalités, les faits politiques, à ce  moment qu'elle vécut avec tant d'autres. Ces souvenirs ne prétendent ni à l'objectivité totale ni à l'exhaustivité. De photo en photo nous progressons de la 2emme guerre mondiale à presque nos jours. Les faits évoqués, comme dans le prologue sont connus de tous, de sorte que le lecteur participe aisément même s'il est nettement plus jeune.  

L'auteur se met en scène à la troisième personne, et ne s'étale pas complaisamment, tout en revisaitant son histoire personnelle avec simplicité et franchise. Lorsqu'elle évoque l'état du monde, elle utilise les pronoms «  nous «  et « on », ainsi que des groupes «  les filles » « ceux qui... » Les gens » « les parents... ».

A la fin de cette longue évocation, elle parle du récit qu'elle va écrire celui-là même que nous venons de lire «  ce sera un récit glissant, dans un imparfait continu, absolu, dévorant le présent au fur et à mesure jusqu'à la dernière image d'une vie. Une coulée suspendue, cependant, à intervalles réguliers par des photos et des séquences de films qui saisiront les formes corporelles et les positions sociales successives de son être_ constituant des arrêts sur mémoire e n même temps que des rapports sur l'évolution de son existence... »


 Et c'est assez réussi même si l'on peine dans le premier tiers parce que peut-être on lit des choses que l'on a souvent entendues quelque soit l'habileté de l'agencement de l'auteur.

Mais il y a de vrais bonheurs d'expression : 

«  A faire l'amour avec le même homme, les femmes avaient l'impression de redevenir vierges ».

J'ai apprécié qu'Annie Ernaux montre ici une grande compréhension des problèmes que soulève la vie conjugale,  le sentiment amoureux, et  le désir sexuel. Elle formule bien les limites du mariage,  mais aussi ce que l'amour sexuel contient de soumission, et  à quel point on peut y être attaché.

 

De même, elle stigmatise les modes et les engouements de certaines époques :

«  La généalogie s'emparait des gens. Ils allaient dans les mairies de leur région natale collectionnaient les actes de naissance et de décès fascinés et déçus devant des archives muettes où n'apparaissaient que des noms des dates, et des professions. »

 

Elle promène sur la politique un regard déabusé

«  Jaruzelski en lunettes noires de mafioso reçu à l' Elysée ».

Rafarin qui a l'air d'un rond-de cuir du dixneuvième siècle

" au fond on préférait ne rien attendre avec la gauche au pouvoit plutôt que de s'énerver avec la droite"

 

Elle constate les ravages du temps :

«  A mesure qu'on vieillissait on n'avait plus d'âge »

 

Elle  décrit admirablement  la déréalisation dans laquelle nous plongent les effets de la consommation à outrance :

«  les espaces marchands s'élargissaient et se multipliaient jusque dans les campagnes en rectangles de béton hérissés de panonceaux lisibles depuis l'autoroute. Des lieux de consommation dure où l'acte d'acheter s'effectuait dans un dépouillement aride, blocs de construction à la soviétique contenant chacun, en quantité monstrueuse, la totalité des objets disponibles d'une même gamme, chaussure, vêtements bricolage, et un Mac Do en récompense pour les enfants »

mais à d'autres moments, elle parle aussi du plaisir que l'on peut y prendre...

 

Il est aussi question de la confusion engendrée par les nouveautés technologiques  :

«  cette étrange présence des êtres absents, tellement forte qu'elle suscitait un sentiment de faute lorsqu'on ne décrochait pas le combiné et qu'on laissait parler le répondeur »


Annie Ernaux n'est pas mauvaise en chroniqueuse de son époque. Elle dit souvent vrai sans se servir de formules percutantes, sans brillance ni emphase mais avec intelligence. Elle ne sombre jamais dans le moralisme. A la lire, vous ne vous sentirez coupables de rien, ni de fumer , ni de boire, ni d'être mauvaise mère, ni d'aimer la solitude, ni de vos désirs sexuels, vous n'aurez pas envie de devenir végétarien, ni abstinent, pas plus que jousisseur... et ce n'est pas si courant dans un ouvrage comme celui-ci où vous êtes à la lisière de la fiction et de la réalité.



Je vais vous mettre un bon lien, celui de Sylvie, dont le billet est très détaillé, et qui vous donne beaucoup d'autre liens intéressants sur Annie Ernaux.

L' avis de Dasola tout aussi positif
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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 00:11

Challenge ABC " S"

 

Publié aux éditions Les Allusifs.

 

En fait, c'était un professeur agrégé un soupçon soûlographe, dans la cinquantaine, pourvu d'une épouse à l'embonpoint un soupçon trop prononcé, et avec qui il prenait chaque matin son petit déjeuner... »

 

Ce matin, Elias Rukla donne un cours de norvégien à ses élèves de Terminale ; il leur commente pendant deux heures quelques scènes du Canard Sauvage d'Ibsen. Une œuvre classique. Comme à chaque fois, il remarque que les élèves s'ennuient profondément et qu'ils le manifestent par de l'indifférence, des soupirs, une sourde hostilité. Lorsqu'il demande que l'on lise une scène, l'élève s'acquitte de sa tâche de mauvaise grâce, d'une voix atone ou exagérément appliquée...

 

Mais cet ennui se dit-il n'est pas le même que celui qu'il éprouvait lorsque lycéen, il s'attelait lui-même au Canard sauvage ou à d'autres œuvres classique. Autrefois les élèves l'admettaient comme un parcours obligé pour se cultiver et progresser dans la vie, ils adhéraient aux valeurs du professeur.

A présent, ils ont leur propre culture, et considèrent comme un scandale de devoir étudier les œuvres classiques.

 

Le professeur ressent cette exclusion ; en même temps il réfléchit sur le Canard sauvage, qui, loin de lui apparaître une répétition du même cours que l'an passé, lui semble au contraire tout neuf. Il s'intéresse plus que d'ordinaire au Docteur Relling, personnage apparemment secondaire, mais qui pourrait être le porte-parole d'Ibsen, et en qui il se reconnaît lui-même, le professeur.

« Le docteur Relling est l'ennemi de la pièce ; la totalité de ses propos ne suivent qu'un seul et même objectif, détruire, détruire ce drame qu'écrit Ibsen,... » Le docteur Relling est là pour rabaisser tous les personnages, pour en révéler la bassesse et la misère.

 

Ses cogitations sur Relling et ses réflexions sur ses élèves et leur mauvais vouloir prennent un tour  interrogatif. Comment pourrait-il les intéresser à Ibsen ? Serait-ce en leur disant qu'au fond le Canard sauvage est un roman policier avant la lettre ? Présenter chaque auteur classique comme l'ancêtre du roman policier, voilà un cliché auquel ont recours bien des profs avec des fortunes diverses... mais au fait pourquoi les élèves ne sont-ils pas touchés par Hedvig, l'héroïne, une adolescente qui se suicide ? Cela ne devrait-il pas les concerner ?

 

 

 

La matinée s'écoule et le professeur est plus énervé qu'il ne le croit par ce énième cours que les élèves décrient. Parvenu dans la cour du lycée, il veut déployer son parapluie qui lui résiste, et furieux, s'obstine sur l'engin récalcitrant, se blesse, et finit par le mettre en pièces. Bien sûr,  les élèves regardent la scène avec un intérêt qu'ils n'ont pas manifesté pour Ibsen, et,  pris de rage, il se prend à insulter une grande blonde qui le dévisage  d'un peu trop près...

C'est fini pense-t-il en sortant du lycée, je ne reviendrai plus, mais comment vivre à présent, comment annoncer cela à ma femme ?

De fil en aiguille, il remonte à ses années d'étudiants, lorsqu'il a rencontré sa future femme, alors la petite amie de ce « Johan Cornéliussen , son ami à lui, un brillant jeune philosophe, qu'ils admiraient un peu trop...

 

«  les regards qu'elle lui adressait, la manière dont elle le dévisageait, la manière dont elle lui souriait- autant d'expressions qui avaient forcé Elias Rukla à baisser les paupières , ému qu'il puisse être possible d'adresser de tels regards à un simple mortel. A un moment, elle avait épousseté la manche de Johna Corneliussen, enlevant une poussière ou une cendre de cigarette, et ce geste avait fait comprendre à Elias Rukla que la presque invraisemblablement belle Eva Linde était tout entière tombée en adoration devant John Corneliussen, si bien que, une fois encore, il avait dû détourner la tête, ébloui par la solennité de cette réalité ».

 

La dévotion fait bien du mal aux hommes comme aux femmes ! Le roman entier est, même si ce n'est pas ce qui apparaît de prime abord le principal à retenir, une mise ne garde contre la dévotion que l'on est tenté de porter à certaines personnes. Elias Rukla a fichu sa vie en l'air d'avoir mis son ami sur un piédestal, d'être resté toujours dans son ombre, et d'être son remplaçant auprès de sa femme (qu'il affuble de superlatifs ironiques, comme s'il ne pouvait la décrire).

Le Canard sauvage lui apparaît comme une mise en abîme de sa propre vie.

En effet, dans cette pièce, la famille Ekdal est entretenue par les Werlé qui ont causé leur chute et veulent réparer le mal, ne faisant que les entretenir dans l'irresponsabilité. Rukla n'a jamais été libre non plus vis-à-vis de Cornéliussen.

 

Son ami ayant quitté sa famille et abandonné son emploi d'intellectuel pour partir aux USA comme cadre commercial, Elias a épousé sa femme et adopté sa fille, sur son injonction, vit avec elles dans « ce mensonge vital » dénoncé par le docteur Relling et qu'en cette matinée cruciale, il va briser comme ce parapluie...

Si vous enlevez le mensonge vital à un homme ordinaire, vous lui enlevez aussi le bonheur »

Un monologue à la troisième personne, un homme de cinquante ans qui fait un bilan de son passé un bilan d'investigation ; il cherche à comprendre. Pourquoi il est devenu professeur, pourquoi il étudia la littérature, comment il en vint à épouser cette femme...

 

 

 

La narration est tantôt classique, comme une plongée dans l'autobiographie, qui va vers l'enfance, et se déploie dans le récit introspectif, tantôt épouse des formes modernes. Certains passages sont imités du style de Thomas Bernhardt : ressassement de tronçons de phrases somme des leitmotivs qui donnent au récit l'aspect de rengaines visant à montrer l'absurdité de l'existence, le piétinement de la pensée qui se répète et avance difficilement, la répétition significative de certains processus. L'utilisation de la troisième personne permet une distanciation, le récit ne manque pas d'humour noir, et de vivacité malgré le côté introspectif.

 

Il y a aussi de belles descriptions de la ville d'Oslo, un suspense intellectuel indéniable où vont mener les cogitations et déambulations du professeur ?

 

On est surpris toutefois, au début, pas vraiment, à mi-parcours davantage, par des erreurs de syntaxe dans la traduction, ainsi que par des effets de style dont on se demande s'ils sont voulus par l'auteur ? Une lourdeur de style (que vous avez pu observer dans le passage cité plus haut), des allitérations pénibles,  des phrases complexes qui alternent avec d'autres lapidaires, et le vocabulaire soutenu qui se mêle à des formules d'un parlé très usuel.

Ne sachant trop ce qui, dans la forme, est dû à la traduction plutôt qu'aux intentions de l'auteur, je ne suis pas certaine de pouvoir conclure.

 

L'ensemble est toutefois intéressant.

 

 

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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 00:20

1820. Edition Lafont ( Bouquins) :" les Romans terrifiants".

Melmoth est l'un des derniers romans « gothiques ». J'en lis ( ou relis ) un tous les dix ans...en 1998 j'ai lu pour la première fois " Frankenstein" et cette année je me suis replongée dans Melmoth...ceux qui ont lu le Baptême de la télé, fort nombreux comme en témoignent les stats d'over-blog ( 13 visites à ce jour) savent que Melmoth m'a follement impressionnée dans mon jeune temps....


En 1816, le 19 octobre, John Melmoth part chercher un héritage chez un vieil oncle dans le comté de Wicklow. La mort attendue du vieil avare arrivée, le jeune homme s'aperçoit qu'il a aussi hérité d'un ancêtre «  l'Etranger », qui est toujours vivant depuis le 17eme siècle qui l'a vu naître. Il a manifestement noué un pacte avec le Diable. Deux jours après son arrivée, il s'approche d'un navire en perdition sur la côte de Wicklow.

Un espagnol, Alonso de Monçada est le seul survivant.

Il raconte au jeune Melmoth sa rencontre avec son diabolique ancêtre dans les prisons de l'inquisition, et comment il a refusé d'échanger sa destinée pourtant horrible avec lui.


D'une famille noble mais destiné au couvent, Alonso s'en était évadé, raison pour laquelle il se trouva incarcéré au moment de l'Inquisition. Recueilli par un Juif dans une de leurs maisons madrilènes labyrinthiques, il doit déchiffrer un manuscrit et le copier. Cet ouvrage relate la rencontre de Melmoth dans le nord des Indes (une île connue pour être enchantée) avec une jeune fille Immalia réchappée d'un naufrage et qui vit une existence robinsonnienne. L'amour naît entre elle et Melmoth. Mais il ne la désire qu'à moitié. Obligé d'obéir à son Maître le Diable il instruit la jeune fille tout en la séduisant... Trois ans plus tard en Espagne, retrouvée par sa famille Immalia est devenue Isadora et vit à Séville. Elle est promise à un jeune homme mais s'entretient en secret avec Melmoth la nuit.

En attendant les funestes noces, d'autres narrations se succèdent dans le manuscrit : l'une de Melmoth en personne conte de quelle manière il a entrepris de prévenir le père d'Isadora en lui faisant peur mais sans succès.

Un autre narrateur avait déjà été envoyé auprès du père d'Isadora  l'informer que Melmoth avait tenté Guzman, un chef de famille allemande déshéritée à Séville, de vendre son âme pour sauver sa famille. Trop bavard le narrateur meurt la nuit même.

Au retour du père, Isadora, enceinte de Melmoth, doit révéler la vérité. Melmoth tue Fernand le frère de la mariée, qui l'avait défié. Elle est livrée à l'Inquisition tue son bébé qu'on voulait lui prendre, et refuse elle aussi d'échanger sa destinée contre celle de Melmoth...


A la fin de la narration d'Alonso, Melmoth junior  a des réminiscences : Lui aussi a été informé de son ancêtre, en lisant le  manuscrit de Stanton, écrivain-voyageur, qui révélait que John Melmoth «  le Wanderer » vit toujours depuis 1646 ; Il l'a rencontré en 1876, qui semait la panique dans un monastère du royaume de Valence, au cours d'une cérémonie de mariage, causant la mort de plusieurs personnes dont la mariée.

Melmoth s'en prend à Stanton lui-même, le fait enfermer dans un asile. Quand il le sait presque fou, il lui propose le pacte sacrilège que Stanton refuse. Sorti d'affaire, il poursuit le Tentateur mais en vain.


Alonso et Melmoth junior voient alors apparaître l'ancêtre qui a fait l'objet de leurs discussions. Melmoth leur annonce que son temps est achevé : ces 150 ans pendant lesquels on l'avait condamné à errer mi-homme, mi-démon, pour avoir été «  trop curieux ». Il prétend n'avoir pas fait autant de mal qu'on  l'a dit : il ne voulait qu'échanger sa destinée maudite contre une d'agonisant ordinaire et s'en  fut proposer la transaction à des êtres qu'il vit ou fit mettre lui-même en mauvaise posture. Tous refusèrent. Il a dû subir son sort jusqu'au bout. Il vieillit soudain très vite et prévient ses compagnons de ne pas chercher à savoir, de peur de se retrouver comme lui.

Des forces inconnues le précipitent des falaises de Wicklow le font couler à pic. John Melmoth junior récupère sa cravate, seul souvenir qui lui restera.


Melmoth en 2008:


Sa cravate, car Melmoth était un personnage élégant ;  et fort intelligent. Toutes ces qualités lui viennent du Diable y compris ses brillants discours et ses vertus pédagogiques. L'intelligence, la beauté, l'art oratoire  sont le fait du Malin. Il ne reste à Dieu que la bêtise la laideur qu'il a voulues pour ses créatures coupables d'être devenues intelligentes en mangeant le fruit.

Les nombreuses narrations qui s'enchaînent les unes aux autres ou s'emboîtent sont habituelles au roman gothique. On emploie un vocabulaire mélodramatique. C'est un roman fleuve interminable, bourré de péripéties. Cependant, comme Frankenstein, Melmoth est un exemple convaincant de héros romantique à la fois homme et créature monstrueuse puisque diabolique. 

D'ailleurs le seul personnage qui s'intéressait à Melmoth et sort victorieux de l'épreuve, c'est Stanton le voyageur cultivé,  qui a laissé un manuscrit dans la maison de  l'oncle mourant de Melmoth junior.

Un récit  convenable mais la  forme est datée.  l' histoire est trop longue elle me saoule.

Nous sommes là dans une époque qui sacralise le Diable. On retrouvera le même penchant dans le Faust de Goethe, dans le roman de Mann  sur le musicien dont le pacte avec Satan révéla le génie ( Adrian Leverkühn, j'ai oublié le titre du roman...)une oeuvre de 1947 tout de même....   pour ne citer que les deux qui me viennent à l'esprit... le pacte avec le Diable est un sujet qui m'intéresse encore beaucoup. Reste à en trouver les équivalents actuels très nombreux . Faire un pacte avec le Diable dans un récit actuel ne pourrait se dire que sous une forme  comique.

 




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17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 00:10


 Dans une ville afghane, une femme s'occupe de son mari qui a reçu une balle dans la nuque : il semble inconscient, et ne peut plus bouger. Son regard ne dit rien non plus, bien que selon sa femme il conserve cet air vaguement moqueur qu'il a toujours eu .


Il était soldat ; le pays est ravagé par une guerre civile, et la ville est devenue dangereuse : mais la femme ne sait pas pour quelle cause les uns se battent contre les autres.

Loin, quelque part dans la ville, l'explosion d'une bombe. Violente, elle détruit peut-être quelques maisons, quelques rêves. On riposte. Les répliques lacèrent le silence de midi, font vibrer les vitres, mais ne réveillent pas les enfants. Elles immobilisent pour un instant- juste deux grains du chapelet-les épaules de la femme.

Elle s'occupe de «  son homme » comme une véritable infirmière : perfusion, soins intensifs, hygiène... et aussi aide psychologique, car elle ne cesse de lui parler.

Au début, elle murmure des prières «  Al-Qahhâr , répète-t'elle. Elle le répète à chaque respiration de l'homme. Et à chaque mot, elle fait glisser entre ses doigts un grain de chapelet ». Ces rites sont destinés à lui rendre la vie.

Elle s'en lasse, et vient à lui parler plus directement.  


Ce sont essentiellement des reproches, reproches d'abord de ne pas se réveiller. Puis de sa conduite passée. Il était tout le temps à la guerre, et rarement à la maison. Elle déplore son absence, pourtant cet homme était un tyran domestique et la faisait souffrir. Ses souvenirs  de femme mariée la renvoient à son propre père qui l'avait battue et enfermée dans une cave avec un chat  parce qu'elle avait libéré une de ses cailles de combat. Le père avait perdu de l'argent en pariant sur une caille et vendu une de ses filles de douze ans...

Nous sommes dans un pays où les femmes sont esclaves des hommes, maltraitées, persécutées.

Cette femme s'est un peu rebellée et a  observé comment sa tante (qui s'est enfuie de chez elle) a dû se réfugier dans une maison close... elle ne voit donc pas de solution. Elle évoque aussi son beau-père avec qui elle réfléchissait sur des récits mythiques, seule littérature à laquelle elle ait eu droit avec le Coran.

C'est un récit mythique qui lui a appris que la pierre de patience «  syngué sabour », était une pierre précieuse devant laquelle on se confiait et qui éclatait à la fin du récit. Son mari qui ne bouge pas plus qu'une pierre est devenu pour elle cette syngué sabour.

. Dans la mythologie perse, il s'agit d'une pierre magique que l'on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères... On lui confie tout ce que l'on n'ose pas révéler aux autres... Et la pierre écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate... Et ce jour-là on est délivré.

De jour en jour, la femme se fait plus audacieuse dans sa parole et ses reproches, osant proférer des gros mots, et parfois se croyant possédée du démon, car elle est  engluée dans la religion.

Après avoir tout dit, le mari cesse d'être cette pierre et se réveille... s'ensuit un affrontement mortel...


L'auteur a écrit directement en français. Il connaît cette langue depuis son adolescence. Il s'est inspiré de Marguerite Duras, dont il a eu la révélation avec «  Hiroshima mon amour ».


Son style est  descriptif  écrit au présent simple, précis, poétique.

Effectivement, dans le texte, on lit nombre de phrases comme des incantations.

Goût aussi de la phrase suspendue.

De la phrase qui tient en un mot.

Du silence et du vide.

«  Elle regarde lentement autour d'elle. La pièce. Son homme. Ce corps dans le vide. Ce corps vide.

L'inquiétude envahit son regard. Elle se lève, replie le tapis, le remet à sa place, dans l'angle de la chambre, et s'en va ».



Voir l'article de Biblo-obs.com.


Le livre d'Atiq Rahimi est dédié à Nadia Anjuman, poétesse afghane de 25 ans assassinée par son mari,  il y a trois ans à Hérat, parce qu'elle était trop libre.

Des hommes et des écrivains comme Atiq Rahimi, il en faudrait  bien davantage.



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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 14:32


Calmann-Lévy, 2001.


Christopher Banks fait le point sur sa vie et ses souvenirs  et ses réflexions nous sont relatées à plusieurs moments-clef de son existence.


Le 24 juillet 1930, à Londres, il fait le bilan des sept années qui viennent de s'écouler. Il se souvient de l'été de 1923 «  le plus merveilleux des étés. Après bien des années où j'avais été  constamment environné de camarades, au pensionnat, puis à Cambridge, je prenais le plus grand agrément à ma seule compagnie ».


C'est en effet, seul que sa mémoire se mettra en route efficacement.


Il rencontre un ami James Osbourne qui l'invite à une soirée. Christopher y croise des personnalités, remarque Sarah Hemmings, une belle jeune femme singulière, «  une jeune femme de petite taille, aux chevaux foncés qui lui tombaient sur les épaules et dont l'allure faisait un peu songer à un elfe. Bien qu'elle s'efforça d visiblement de charmer les deux hommes avec qui elle s'entretenait, je pus voir dans on sourire quelque chose qui aurait pu dans l'instant tourner au ricanement. Une légère voussure des épaules, comme celle d'un oiseau de proie, donnait à son attitude je ne sais quoi de calculateur. Surtout je remarquai dans es yeux une expression particulière- une sorte de sévérité, d'exigence sans bienveillance- Dont j'ai conscience aujourd'hui, rétrospectivement , que ce fut sûrement cela plus que tout autre chose qui me conduisit à la scruter des yeux avec tant de fascination ce soir là ». Ce portrait témoigne de la tenue de langue du récit, élégante, raffinée, cherchant à capter les éléments dissimulés.


Sourire froid et grâce hautaine, elle lui plait tout de suite. Cette jeune femme ne cesse de se fiancer avec des hommes d'envergure, dont elle attend beaucoup et qui sombrent dans la déchéance, ou ratent leurs objectifs,  dès lors qu'elle s'intéresse à eux, comme si elle leur jetait un mauvais sort...

Le jeune homme se prépare à devenir détective privé : son choix est déterminé par  le traumatisme qu'il a vécu enfant : à l'âge de dix ans, vers 1910,  alors qu'il vivait à  Shangaï avec ses parents, tous deux disparurent sans laisser de traces et Christopher fut rapatrié en Angleterre, sa patrie qu'il ne connaissait pas,  et adopté par une vieille tante.


Les années passant il devient un brillant détective, revoit Sarah qui commence à s'intéresser à lui, cherche à la fuir autant qu'à l'attirer, ce mouvement contradictoire les faisant se rapprocher lentement l'un de l'autre. En même temps, il enquête sur la disparition de ses parents, en fouillant dans des archives, interrogeant des personnes, et aussi surtout,  faisant des investigations dans sa mémoire.


Le 15 mai 1931, quelques mois plus tard, il  nous entretient à nouveau de ses souvenirs et s'immerge dans son enfance à Shangaï : La petite famille vivait en huis-clos dans une petite société d'Anglais issus du colonialisme, la Concession coloniale. Malgré l'apparente cohérence de ce microcosme,  il fit d'Akira, un enfant japonais, son ami véritable, plutôt que d'un anglais.  Il cherche à déchiffrer les souvenirs qui lui ont laissé une impression bizarre. Le père travaillait pour le compte de Morgan and Brook, la mère (une belle femme dans la tradition victorienne)  menait des campagnes actives contre le trafic d'opium qui mine la population.  Or la société où travaillait le père importait de l'opium. C'est du moins ce qu'apprend son épouse. Les  parents se querellent, le père décide de s'amender et va même jusqu'à s'accuser devant l'enfant. Voir son père s'accuse devant lui, impression pénible pour un enfant et parfaitement rendue.

 D'autres faits sont évoqués. La peur terrible qu'enfant, Akira et lui avaient d'un domestique censé collectionner des mains coupées et les transformer en araignées... l'atmosphère de son enfance paraît inquiétante, les événements se précipitent : Christopher est prêt à revivre la disparition de ses parents, s'interroge sur son oncle Philip et son rôle dans l'affaire,  puis bientôt, il  retournera à Shangaï, faire la lumière. Sa mission est de retrouver ses parents.

 Sarah l'y suit, mariée avec un homme à la retraite. La situation est ambiguë dans la mesure où l'on s'attendait à ce qu'elle épouse Christopher ! Mais il ne veut rien faire de sa vie avant d'avoir  su à quoi s'en tenir pour ses parents,  pouvoir enfin assumer sa condition d'orphelin.

Là-bas à Shangaï d'autres problèmes l'attendent : la société qu'il a connue a volé en éclat, la maison familiale est occupée par une famille chinoise ; nous sommes à présent en pleine guerre sino-japonaise, et c'est dans ce contexte tragique que Christopher se  démène pour retrouver ses parents. Il vit à moitié dans le passé, ce qui pourrait lui faire commettre des erreurs...




Ishiguro mène ce récit avec ses qualités habituelles ; le personnage enquête sur son passé, pour retrouver son identité, dévoiler une vérité qui lui aura été dissimulée ; l'ambiance est à l'investigation non sans effets de nostalgie, de mystère,  d'étrangeté.   Les situations sont toujours ambiguës, le non-dit prédomine,  l'ensemble prend la forme d'une enquête passionnante et douloureuse, où l'on est conduit à s'interroger  sur les personnes et les actes.

La quête de Christopher croise aussi l'Histoire (la guerre sino-japonaise) qui est l'occasion de descriptions de tableaux effrayants et justes.


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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 00:48

1ere publication en 1963 sous le titre " The Little Girls"


En 1960, Diana Piggot, une dame de soixante ans  bien conservée, vit à Applegate, belle propriété dans le Somerset. 

A présent seule, le mari disparu et les enfants mariés, elle s'adonne à une activité quelque peu névrotique : enterrer des objets actuels  avec l'idée de les garder étanches dans des coffres, et d'expliquer aux descendants qui les ouvriront,   à quel point ils sont la trace de l'époque actuelle. Elle envisage aussi de sceller la grotte de son domaine pour que les objets enfouis puissent «  commencer leur attente ».

Elle a un complice, le major Wilkins, son voisin, tout aussi désœuvré,  qui lui prête main-forte. Ce "caprice" prend de telles proportions que les deux  amis  semblent atteints du syndrome d'accumulation.


Mais Diana a aussi des réminiscences qui la travaillent : une balançoire de travers dans son jardin, la phrase «  scellons le » qu'elle a entendu prononcer par une voix particulière et qui la poursuit.

Subitement, elle se souvient qu' en 1914, à l'âge de onze ans, juste avant la guerre, elle  enterra, dans le jardin de l'école qu'elle fréquentait,  avec deux amies de l'époque, un coffre qui leur importait au plus haut point avec un message pour les descendants...


Bouleversée, elle met des annonces dans les journaux pour retrouver ses anciennes compagnes, Sheila et Clare...

Appelées d'urgence, les deux amies sont méfiantes, ne comprennent pas pourquoi il faudrait se revoir ! Toutefois, elles acceptent de se rencontrer dans un salon de thé. Sheila et Clare se souviennent du coffre, mais l'idée fixe de Diana, revenir sur les lieux et le déterrer suscite de leur part bien des réticences et quelques moqueries...



Voilà un roman tout à fait passionnant ! Construit en trois parties avec des points de vue narratifs qui changent  à chaque  partie, il  permet à trois femmes de replonger dans leur passé et de faire le point sur leur vie actuelle à partir de la reconstitution de ces derniers jours de classe en 1914,  où en dépit de leur très jeune âge, elles se sentaient vivre la fin d'un monde.

L'image qui est donnée de l'enfance est loin d'être idyllique. Il n'y a pas eu d'instants magiques, rien à  magnifier. C'est même pour cela, le sentiment de danger lié à la guerre et à la fin  de l'enfance aidant, qu'elles ont voulu enterrer un coffre avec le sentiment d'y laisser quelque chose d'elles-mêmes qui serait meilleur que ce qu'elles vivaient tous les jours.

Meilleur ou pire ? Les objets choisis,  marqués  d'ambigüité, représentent-ils ce à quoi elles tenaient le plus, ou ce dont elles voulaient se débarrasser ?

Loin d'une recherche du temps perdu ( auquel il peut cependant faire penser) ce roman multiplie les apories à propos du souvenir, de la mémoire, de la mort, de ce que l'on peut ou doit  avoir comme attitude...


Autour de ces interrogations, les trois amies se retrouvent pour mieux se contredire ;  Sheila et Clare envient à Dinah retrouvée ses enfants, son ami, et une certaine conservation physique, qui la rend plus jeune que les autres. Cette « jeunesse » témoigne aussi d'une incapacité à avoir son âge actuel, mais ses deux amies profiteront à leur manière de cette plongée dans le passé, de ces investigations qui apprendront à chacune à mieux se connaître.


J'avais bien aimé « Emeline », mais ce roman-là lui est supérieur ( il est vrai qu' Elizabeth Bowen l'a publié 30 ans après...). Les personnages sont tous bien observés, y compris les petits rôles, le récit est parfaitement conduit, et  outre une histoire vivante et bien racontée, le suspens qui naît  de la  reconstitution de scènes passées,  il offre le privilège de donner des pistes de réflexion, de s'élever à des interrogations essentielles, mélangeant les tons, ironie, drame, comédie... il s'agit sûrement du chef d'œuvre de cette auteure.

 

 

31 janvier 2009 : Florinette vient de publier un billet sur ce roman qui ne lui a pas plu. Elle aimerait lire un autre avis!!! Ma chronique date de deux mois environ...



 

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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 12:10

Je ne me suis jamais intéressée de près au prix Goncourt !

Lorsque j'ai commencé à lire l'actualité littéraire (dans le Magazine Littéraire et le Nouvel Obs),  j'étais furieusement révoltée et je détestais par principe tout ce qui avait l'allure d' une institution. Il faut dire que c'était aux alentours de 1968. Le " prix Goncourt" dès que j'en ai entendu parler m'a fait l'effet d'une organisation créée pour couronner de mauvais livres, forcément " de droite", gnangan ou répressifs,inféodés au pouvoir, manquant d'originalité de toute manière.

Je ne lisais donc surtout pas de Goncourt, sauf par inadvertance. Les autres prix littéraires je les  considérais d'un oeil à peine moins critique.

C' est curieux car les deux medias que je lisais ci-dessus cités, ne condamnaient pas le Goncourt... Le Magazine Littéraire de Décembre 1968, que je possède encore, consacre une double page au prix Goncourt  de l'année, Bernard Clavel, et se dit satisfait d'un tel choix.
Bernard Clavel était labellisé "socialiste" , "roman du terroir", et  relativement passéiste pour le style. Rien qui pouvait me plaire à l'époque. Ni maintenant.

Dans ce même Magazine Littéraire de décembre 68, ( le numéro 24, il valait 3F.) j'apprends qurante ans plus tard que le Renaudot fut décerné à Yambo Ouologuen pour le " Devoir de violence".
" un africain lyrique visionnaire et lucide en même temps qui hausse cette littérature" , sur le plan du "roman", au même niveau qu'un Césaire, par exemple, lui avait déjà fait atteindre au théâtre."

Qui s'en souvient?

 Jean-Louis Bory  journaliste au Nouvel Obs et écrivain avait lui-même obtenu un Goncourt longtemps auparavant, et ne pouvait donc pas s'en gausser...
 
J'ai lu des Goncourt, sans le savoir au début. Dans le grenier de mes grands-parents se trouvait  " La Maternelle " de Léon Frapié, un roman  à propos d'une institutrice qui s'occupe d'enfants déshérités à Ménilmontant au début du siècle. Ce roman a eu le Goncourt, un des premiers, je l'ai su plus tard. Alors je l'ai trouvé  débile, misérabiliste...

 L e " Rivage des Syrtes" de Gracq est un Goncourt ( refusé) qui est  devenu un classique. Ansi que " les jeunes filles en fleurs" de Proust.
Y-en-a t'il d'autres?

En 1984 on m'a offert " L'Amant" de Duras qui venait d'obtenir le Goncourt. je ne voulais pas le lire et je l'ai trouvé mauvais par principe puisqu'il avait obtenu ce prix. Mais je me suis aperçue plus tard que ce bouquin était bien meilleur que ce que j'avais pensé.
Bientôt j'ai jeté un oeil sur les Goncourt dans la mesure où ils étaient publié chez un éditeur à priori non-Goncourable.
Il y eu " les Champs d'honneur" de Jean Rouaud en 1990, et je l'ai lu.
Depuis, je ne sais pas.

Je compte sur les blogs pour me faire savoir si le Goncourt de cette année  vaut d'être lu.

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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 00:32

(The Night Watch) 10/18,2008.

1947 à Londres : Helen et Vivien tiennent une agence matrimoniale. Elles s'entendent bien mais pensent  chacune de son côté, aux épreuves traversées pendant la guerre toute proche, alors que Londres était bombardée. Helen vit avec Julia, écrivain de romans noirs. Elle est très jalouse de Julia des rencontres qu'elle peut faire en dehors d'elle, la surveille...Viv a un amant Reggie, marié et père, une liaison qui ne lui plaît plus mais elle ne sait comment y mettre fin. Le frère de Viv, Duncan, quoique jeune vit avec un vieux monsieur arthritique qu'il connaît de longue date. Ce monsieur va consulter un spirite pour supporter ses douleurs et sa condition... Dans cette même maison loge Kay, qui fait de longues balades tous les jours, et regrette son travail d'ambulancière pendant la guerre...

Chacun de ces personnages vit mal son existence actuelle, non sans craindre tout changement possible...


Le roman est divisé en trois parties,  qui remontent dans le temps, jusqu'en 1941 où l'on voit les protagonistes s'affronter au problème qui va les poursuivre pendant la guerre et après...

 Le  récit, bien équilibré,  alterne les points de vue des quatre personnages importants,  sans changement de paragraphe ou de chapitre, ce qui donne un parfait enchaînement et un rythme soutenu.  Le récit est classique, romanesque sans être sentimental, réaliste, le plan social et psychologique bien rendu.

La seconde partie est la mieux venue avec de terribles et belles descriptions de Londres bombardée et des errances des divers personnages dans cette épreuve.

Merci Chiffonnette pour ce beau roman choisi pour moi à l'occasion du swap londonien.
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20 octobre 2008 1 20 /10 /octobre /2008 23:10

  Titre français : Sur la plage de Chesil



Vintage, 2008, 166 pages.

Ce roman est le septième Mc Ewan que je lis.


Un jeune couple, d'un peu plus de vingt ans, dans une auberge du Dorset, proche de la mer, s'attaque pesamment à sa lune de miel.


 Nous sommes en 1962, Edward Mayhew vient d'épouser Florence Ponting. Ils se sont rencontrés deux ans plus tôt au cours d'un meeting contre le nucléaire.


Florence est issue d'un couple atypique, son père est un homme d'affaire, sa mère prof de philosophie. Elle est violoniste et s'occupe activement de mener à la gloire le quatuor à cordes qu'elle a formé.

Edward vient d'un milieu plus modeste son père est instituteur, sa mère, handicapée mentale suite à un accident, a rendu chaotique l'existence des siens. Le jeune homme, fraîchement  licencié d'histoire,  rêve encore d'écrire des monographies de personnages marginaux et héroïques, bien qu'il ait dû, pour avoir Florence,  accepter un emploi de représentant multicarte dans l'entreprise de son père. Pour avoir Florence, il a fait des concessions,   mais va-t- il la posséder charnellement ?


Florence aime Edward, mais n'est pas le moins du monde attirée par la sexualité.

Aujourd'hui on dira que c'est impossible d'aimer sans désir sexuel.

Pour avoir du désir, elle devrait avoir l'impression de faire quelque chose d'interdit.  A mon avis c'est la sensation de faire queque chose d'interdit ( au sens large du mot) qui prédispose  au désir et non je ne sais quelle nécessité bio-physique...( je ne dirais pas que l'auteur est de cet avis mais il le rend évident sans le savoir).

Or Florence  vient de promettre au prêtre d'appartenir corps et âme à Edward.  c'est son devoir, c'est ce qu'elle se répète...

A chaque attouchement, elle réagit par des symptômes hystériques qu'elle tente de dissimuler,   quelquefois en encourageant ses manœuvres. Elle est prête à faire semblant et a lu un manuel de bonne conduite sexuelle,  qu'elle se remémore.


Edward est lui aussi encore vierge, et même, assez innocemment, il s'est abstenu de toute pratique masturbatoire récente, en vue du grand soir.( He felt trapped between the pressure of his excitement and the burden of his ignorance. Beyond the films,t he dirty jokes, and the wild anicdotes, most of what he knew about women was derived from Florence itself). Lui a ressenti, dès qu'il l'a connue, que Florence résistait,  sans se le dire.


Elle n'en sait rien. Ils n'ont jamais parlé de sexualité...


L'auteur a voulu me semble t'il montrer un couple emblématique du début des années 60, en même temps qu'il dote chacun des protagonistes de traits particuliers, pour mélanger la comédie de mœurs au roman psychologique. C'est assez réussi.

Le récit de la nuit de noces ratée alterne avec les souvenirs obsédants des deux jeunes gens de situations pénibles qui viennent ajouter à leur confusion. Lorsqu' Edward voulut venger un ami juif, victime d'antisémitisme actif et  que ce dernier s'estima humilié, davantage par l'action de son ami, que par le mal infligé par son ennemi...


  Le ton est  vif, ironique, sans pour autant nous empêcher de participer aux épreuves des deux jeunes gens. Les dialogues s'entremêlent de notations détaillées et concrètes des mouvements et sensations des jeunes gens assaisonnés des propos ironiques du narrateur.


Un roman  d'une intelligence aiguë.

D'autres avis sur " Chesil' : Jules 

Amanda Meyre

Sylvie



Toutefois le meilleur Mc Ewan, le plus abouti  est " Expiation".

Ensuite viennent Délire d'amour, Un Bonheur de rencontre, L'Enfant volé, et le Jardin en ciment , tous intéressants et qui valent celui-ci.


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