Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 11:21


Robert Laffont (Pavillons ; poche) 2005, 10 euros 50

 

Titre original : «  Revolutionary Road » première parution en 1961.

 

 Le roman est fidèle au film de Sam Mendes. Bien plus que je ne m'y attendais ! La plupart des scènes ont été conservées, et sont présentées dans le même ordre que celles du récit, bien des phrases de dialogue se retrouvent aussi.

 

Cependant, nous découvrons en détail le passé du couple Frank/ April : ce troisième enfant qui les empêche de partir en Europe réaliser leur rêve de changement de vie, n'est qu'un remake : lorsque dix ans plus tôt ils vivaient dans le « Village », d'une façon bohème, ils espéraient déjà partir : April s'est trouvée enceinte pour la première fois et a hésité à se faire avorter...

Enfants, ils n'étaient pas désirés par leurs parents. Et pour ce qui est d'April, elle fut confiée à une de ses tantes et ne voyait jamais ses parents.

 

Installés dans leur vie de famille qui leur paraît étriquée, ennuyeuse, ils se querellent sans trêve. Le ratage de la pièce de théâtre inaugure une longue période de froid glaciaire. April ne veut pas se réconcilier.

 

 

Lorsqu'un soir April le reçoit bien de nouveau, et lui reparle de partir en Europe, Frank  voit bien qu'elle se conduit à nouveau comme au théâtre«  Et ce qu'il y eut de drôle, c'est qu'en dépit de sa profonde stupéfaction, il ne put s'empêcher de remarquer que la voix d'April... possédait une faculté de jouer la comédie, de prendre un ton d'intensité qui sonnait un peu faux : bref, un air de parler moins à lui qu'à une abstraction romanesque ».

Il lui emboîte la pas, ils  se joueront la comédie tous les deux, mais il veut croire que c'est pour un résultat positif.

 

En outre, il trouve du plaisir à se regarder jouer un rôle, et jette de fréquents coups d'œil à la fameuse fenêtre panoramique qui lui renvoie son image.

Dès l'âge de dix ans, lorsque son père l'emmène visiter l'usine dans laquelle  il travaille, il se plaît à regarder son image reflétée dans une glace quelconque :

«  Mais les yeux de Frank préféraient aux machines sa propre image que réfléchissait la glace de vitrage. Il se trouvait miraculeusement plein d'une dignité nouvelle grâce à son costume neuf, à son manteau et à sa cravate qui ressemblaient à ceux de son père ; et il était tout content de regarder le couple qu'ils formaient, le père et le fils, au milieu de la foule des passants sur le trottoir ». Ce geste intervient pour le rassurer car, en fait, il a détesté à la fois l'usine, le patron qu'on lui a présenté, l'attitude complaisante, voire servile de son père à l'égard du supérieur.

 

La différence réside aussi dans les points de vue narratifs. Contée à la troisième personne, l'histoire est vue la plupart du temps par Frank. Ensuite, c'est Shep Campbell, le voisin amoureux d'April,  qui prend le relais, ce qui en fait un personnage un peu plus consistant que dans le film.

La narration est également confiée sur de courtes périodes à l'agente immobilière qui nous saoule, qui a rendu sourd son mari et dingue son fils...

 

Pendant presque tout le récit April est vue par des yeux extérieurs, et connue par ses répliques dans les dialogues. Ce n'est que dans le final tragique, où elle décide de mettre fin à ses jours, que l'on sait ce qu'elle pense vraiment... « la seule faute réelle, l'unique erreur, la seule déloyauté qu'elle pouvait se reprocher, c'était qu'elle l'avait toujours pris pour ce qu'il était, rien de plus. Oh, pour un ou deux mois, histoire de se distraire, ç'aurait pu être très bien de jouer ce jeu-là  avec un garçon ; mais pendant tant d'années ... »

Le propos d'April est sans appel. Elle s'est trompée depuis le début... 

 

C'est un excellent roman, qui vaut la peine d'être lu, même après avoir vu le film.

 

 Keisha et Cuné se sont penchées aussi à cette fenêtre...


 

 

Partager cet article
Repost0
27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 11:51

Actes-sud, 430 pages. Titre original « Spieltrieb »

Le titre original signifie «  pulsion ludique ».

 

Mais le traducteur ne s'y est pas trompé. Cette fille sans qualités s'inscrit bien dans une perspective « musilienne ».

Ironie mordante, métaphores très « physiques », parfois inventives, goût pour la formule à l'emporte-pièce, et la « citationnite » implicite ou explicite. Ton souvent incisif,  personnages tendant vers le «  surhumain »... façon de titrer les chapitres par des phrases entières qui expriment une action.

Enfin l'Homme sans qualités est présent comme roman, le préféré du professeur, étudié par ses élèves.

 

  

Ada est une adolescente de 14 ans qui vient d'intégrer l'école privée Ernest Bloch. Elle s'est fait renvoyer des écoles précédentes pour actes de violence (y compris physiques) insolence, attitudes provocatrices. Très consciente de son intelligence, elle cultive un sentiment de supériorité et méprise les autres élèves. Ainsi que les professeurs, qu'elle remet à leur place, d'une seule réplique. Dans ce roman, les professeurs se laissent facilement déstabiliser, on se demande ce qu'ils feraient avec  une trentaine d'élèves  en difficulté.

 

En tout cas, dans son nouvel établissement, Ada va rencontrer Alev, un élève aux origines multiples( notamment iranienne), qui a la même certitude  d'avoir une intelligence supérieure, sentiment entretenu depuis toujours par les adultes autour de lui...ces élèves ont déjà tout lu, tout vu, tout pensé, ils sont désespérément à la recherche de quelque chose de neuf, et discourent à n'en plus finir sur la mort de Dieu, l'équivalence du bien et du mal.... Et sont à l'affût d'un divertissement à leur mesure.

 

Ada plaît beaucoup à Smutek, professeur de sport qui donne aussi des leçons d'allemand.  Alev et elle vont se servir de ce penchant pour démolir cet enseignant. Vont-ils y parvenir ? C'est ce que j'ignore, car j'ai arrêté ma lecture au bout de deux cent pages... allergique au style et aux personnages.

 

Les héros ont bien quelque chose de musilien, mais, ayant l'âge de l'élève Törless, les jeux auxquels ils se livrent sont plus proches de ceux de Beineberg et de Reiting dans ce roman, que de l'Homme sans qualités. Sans que soit développée cette esthétique particulière, qui peut encore plaire dans Törless.

 

Alev p. 146 «  Il ne lui faudrait pas longtemps pour se propulser au cœur de l'action, occuper la position enviée et redoutée d'un roi sans peuple, assailli par des nuées de sujets potentiels, d'autant plus désireux de le servir qu'il se refusait à accepter leurs services. Il avait gagné la partie un peu partout dans le monde... Alec estimait que les enseignants et les élèves du Lycée Ernst Bloch se laisseraient mener plus docilement qu'un troupeau de moutons privés de son bélier de tête ».

 

Déjà, en relisant des fragments de l'Homme sans qualités, j'avais été déçue par certaines pages (un de mes billets sur l'HSQ) et là je n'ai pas envie de reprendre Musil ( que j'avais adoré ...!)  pas plus que de pousser cette lecture plus avant...

 

Blogo-trésor choix N° 1

 

Vous avez lu La Fille sans qualité et l'avez aimée ? défendez-là !

 

 

Partager cet article
Repost0
21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 11:24

Régis Jauffret  Clémence Picot


Publié aux éditions Verticales en 1999.


C'est le portrait par elle-même, d'une infirmière de trente ans dont le prénom est Clémence peut-être parce qu'elle n'est pas clémente le moins du monde. Elle s'occupe principalement à persécuter son entourage, y compris elle-même. Les victimes sont ses patients, son vieil oncle qui vit dans le quartier du Marais, une voisine de son âge, Christine, veuve et alcoolique, Etienne le petit garçon de cette jeune femme, et un chien.


Et pourtant Clémence était pleine de bonnes intentions :

 Un jour lors de sa visite à  son vieil oncle, dans le Marais ( elle vit Boulevard St Michel) elle lui  apporta des gâteaux et lui fit la causette comme à l'ordinaire  non sans  lui annoncer qu'il devrait  bientôt aller en maison de retraite, de façon brutale. Suite à cette conversation,  le vieil homme s'est défenestré. On la désigna comme coupable du suicide, accusation qu'elle ressentit comme injuste. C'est à ce moment-là qu'elle devient pour de bon malfaisante.  Elle s'achète un chien Ric pour le blesser (en légitime défense, mais elle s'était employée à l'énerver) , feint de le soigner, tout en lui ménageant une agonie longue, avec peu de nourriture, obligation de manger son vomi, punitions diverses, promenades forcées alors que la bête est très faible.

Sa voisine d'appartement Christine, est alcoolique, ça m'a rendue folle, dit Clémence ( Qui rime avec démence...). Le petit garçon de Christine, elle le prend comme bouc émissaire : Clémence n'a pas d'enfant et veut procréer en « repeuplant la terre de créature de son cru », sans l'aide d'un homme cela va de soi. Elle sait comment on fait des enfants mais semble croire aussi à l'auto-engendrement. Etienne lui semble  d'une race inférieure et elle réussit à en persuader Christine disons que cette dernière fait mine de lui obéir. Son mode de persécution débute par des diatribes verbales mais se poursuit par des actes : débranchement  du tube à oxygène d'une malade ; saccage de l'appartement de Christine, dans lequel elle s'est introduite par effraction,  et  prétendu meurtre de l'enfant.

 A ce moment-là le lecteur commence à douter. Le texte est écrit à la première personne du singulier mais doit-on croire tout ce que dit la narratrice ?

Le fait qu'elle s'exprime sur le ton du constat sans rajout de sentiments peut accréditer ses propos. Clémence semble raconter sa vie au jour le jour sans fioritures. Elle nous a dit qu'enfant, elle tua un clochard ivre endormi à coups de marteau. Voilà qui nous paraît peu          vraisemblable...


Une seconde  narratrice fait son apparition. En effet, avant que Clémence ne relate le « meurtre » d'Etienne, dans l'appartement saccagé, c'est Christine l'amie qui prend la parole à son tour pour quelques chapitres et nous livre son propre point de vue qui n'est pas délirant. Elle était seule, s'est laissée faire, et même persécuter par Clémence : elle y voyait un jeu et ne soupçonnait pas le danger.

Christine semble parfois parodier Clémence, ce qui donne l'impression que l'autre l'a influencée plus que de raison. Ces pages sont assez désinvoltes.

Et voilà un troisième narrateur : l'intervention d'Etienne devenu adulte, courte, quoique parfaitement rationnelle.

Cette épilogue contredit Clémence mais n'est pas placée à la fin du texte.


On peut penser que Clémence joue à être Christine et Etienne, et laissant partiellement son délire, joue à proposer une autre fin,, avant la vraie.

Le conditionnel : Lorsque Clémence ne dit pas ce qu'elle croit vrai, mais qu'elle est dans un accès d'agitation maniaque, à imaginer ce qui pourrait arriver et ce qu'elle pourrait faire.

Ce conditionnel n'est pas utilisé pour le meurtre d'Etienne. L'a-t-elle tué ? Croit-elle l'avoir tué ? Veut-elle le faire croire ?


Mais peut-être que le lecteur ne doit pas se laisser intriguer ni se demander si, dans cette fiction, Clémence a réellement fait ce qu'elle dit puisque l'on ne peut trancher. Alors la vérité n'aurait pas d'importance. Le but serait simplement de vivre le délire de Clémence en la lisant. Il faudrait faire preuve d'empathie...


Dans les fictions où le narrateur visiblement fou, est conduit à tuer, on sait plus ou moins la vérité de la fiction. Soit que rien ne vienne contredire le narrateur, et qu'on lui donne l'accent de la vérité, soit qu'un document officiel, venant d'un autre narrateur considéré comme fiable, ne donne son point de vue.

Ici ce n'est pas la même chose. On ne peut croire personne. Clémence tient un journal, mais le genre d'artifice que j'appellerais l'accent de la vérité manque. On la croirait probablement si elle était seule à s'exprimer mais la présence de la seconde narratrice et de l'épilogue signé Etienne nous plonge dans la confusion.


L'écriture, le style :

Le ton est monotone. L'évolution du délire de Clémence n'a rien d'une aventure ni d'une découverte. Il n'y a pas de conflit intérieur. Clémence expose ses mauvaises et bonnes raisons sans état d'âme. Elle décrit des périodes d'agitation effrénées : courses la nuit dans les rues fous-rires incontrôlables dès l'enfance, gestes agressifs de destruction violente, course folle de la pensée lancée au mode conditionnel.

Puis relate des épisodes dépressifs : elle a pris des calmants pour dormir, dommage que je me réveille, heures passées à ne rien faire, ennui mortel. Le lecteur éprouve lui-aussi de l'ennui après être passé par la perplexité (l'enfance de la narratrice contée par elle-même) le dégoût (faire manger au chien son vomi) l'effroi (on craint pour l'enfant) la répulsion ( la narration accumule une foule de petits détails concrets, réalistes...)

Finalement le lecteur éprouve terreur et pitié, comme dans la tragédie grecque. (Et oui ! Régis Jauffret est bon !)  Pas pour Clémence ni pour Christine, mais pour l'enfant le chien et le jeune opérée du cerveau que Clémence dit avoir débranchée. Victimes innocentes d'un  méchant destin  qui les met entre les mains de Clémence.

Dans son délire, elle ne dit rien de très intelligent ni poétique, ce n'est pas Schreber. Rien de très étonnant on plus. Elle ne nous émeut pas ne nous fait pas peur. Ce délire est même assez ennuyeux. Il ressasse et tourne en rond.

C'est sur le plan du rythme ( conjugué à la monotonie du ton, aux détails salement concrets) que  ce délire est convainquant, un délire maniaco-dépressif qui va crescendo... puis retombe, une pensée extravagante qui  tourbillonne inlassablement, comme une feuille emportée à folle allure  puis lâchée et ré entraînée encore  par un vent capricieux.   

Partager cet article
Repost0
21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 11:01

 

Actes-sud, 1996. 155 pages.

 

Titre original «  De Wegen der Vebeelding » ; 1983.

 

Mis en exergue : «  Ce qui nous plaît le mieux dans toute la nature, ce n'est pas ce qu'on voit, c'est ce qu'on se figure ».

 

Voilà un roman qui m'attend depuis le Salon du livre dont l'invité était les Pays-Bas ( cela fait très longtemps....).

 

Le roman est découpé en portions de texte plus ou moins longues, séparées les unes des autres par des blancs. Certains de ces paragraphes occupent plusieurs pages.

 

Maya voyage avec ses trois enfants dans la cabine d'un cammionneur, Joop. La voiture familiale est en panne. Klaas et Paya devaient gagner le sud de la France pour des vacances studieuses. Le couple travaille pour un magazine de littérature «  L'Enigme ». Le directeur de la revue a commandé à Klaas une série policière qu'il doit écrire dans une propriété privée à Menton.

Pas facile pour Klaas qui ne voudrait s'occuper que de B. Mork, le poète  dont il a découvert par hasard,  les oeuvres «  Aubades à Eve », ( sensuels et érotiques) et des « Principes de recomposition «  ensemble de réflexions destinées à se mettre à distance de sa passion.

Il a aussi écrit «  Lettres à Baucis » , le personnage à qui il s'adresse étant probalbemnet sa compagne vieillissante.

Maya est un peu choquée que  Klaas l'ait laissée partir avec un routier alors qu'il  gagne le midi par ses propores moyens.

 

Arrivés à Menton, Maya et Klaas sont indisposés par le gardien de la propriété, Achille Secondi qui semble effrayé et doit «  cacher quelque chose dans le jardin".

Le couple pense que ce « quelque chose » est le cadavre de la vieille dame dont on leur a dit qu'elle voyageait à l'étranger, en lui laissant sa demeure à garder...

Les jours passent, l'atmosphère est tout ensemble perturbée et excitante...

 

 Toute la famille s'intéresse au mystère de la vieille dame disparue.

 

Klaas travaille aussi à écrire une présentation de l'oeuvre de B. Mork.

A Amsterdam il n'a pu rencontrer qu'une vieille dame farouche qui lui a donné un dossier, sa fille apparemment innocente, un homme paralysé sur une photographie, et un vieux monsieur qui avait connu B. Mork. Aucune de ces personnes ne lui a paru susceptible d'être l'auteur de cette œuvre.En même temps qu'il le lit et le commente,  Il s'interroge sur l'identité de cet écrivain...

 

Maya s'essaie à l'écriture, elle aussi. Son récit s'intitule «  Histoires du routier ». Ce sont les récits que le camionneur lui a relatés pendant le trajet. Des histoires de fantômes et d'ensorcellement, se produisant dans la vie quotidienne.

Nous lisons  ces cinq récits, en alternance avec les méditations de Klaas sur Mork, de nombreuses citations de son oeuvre à l'appui,  le schéma de son roman policier de commande, le mystère de la vieille dame disparue,  et les problèmes familiaux de Maya et Klaas ( vie du couple et obervations inquiète des faits et gestes des enfants).

Beaucoup de récits qui se veulent différents dans le contenu et la forme et qui, pourtant, racontent la même chose : comment on est ensorcelé par des fantômes ( les personnages des récits, la vieille dame disparue, le mystérieux B. Mork...) et comment Joop résiste toujours, lui !

 

 

 

Le roman est intéressant, a le mérite d'être ambitieux, mais  je me me suis ennuyée de temps à autre. Les histoires de fantômes du routier sont trop courtes pour installer une autre atmosphère,( c'est tout le problème des nouvelles brèves...)  ou les mots sont mal choisis, et  ne m'ont pas séduite.

 

Les recherches de Klaas sur Mork, ses réflexions sur l'oeuvre,  m'ont intéressée,  un autre petit bémol,  les poèmes d'amour  du mystérieux écrivain, j'ai eu l'impression d'en avoir souvent lu de semblables. Les Principes de recomposition sont meilleurs ( on croit une réponse à Cioran...) Quant aux lettres à Baucis, je n'y comprends rien!

 

La transformation de Maya, mère de famille et ménagère exemplaire, en conteuse tout aussi pleine de talent,  est un peu trop rapide pour être crédible. Les mots viennent facilement sous sa plume qui n'a encore jamais servi !

On voudrait un apprentissage plutôt qu'un enchantement un peu puéril...

Tout ce qui se rapporte à la vie du couple, aux enfants, ainsi qu'à l'atmosphère mystérieuse de leurs vacances, est en revanche excellent.

 

Un livre à relire plus tard. L'impression d'avoir manqué quelque chose.

 

Un autre roman néerlandais sur ce blog ( acheté à ce même Salon du livre) et très différent:

 

"Un coeur de pierre" de Renate Dorrenstein.

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 11:00


(Corfou, 1895- Genève, 1981)

Haut fonctionnaire à la S.D.N. , Albert Cohen avait la nationalité suisse et écrivait en français.   

Nous sommes à Céphalonie en Grèce. Les Solal sont une famille juive, respectueuse des traditions les plus ancestrales. Ici, le peuple Juif est confondu avec sa religion. On emploie même le mot de "race".

Le rabbin et sa femme, respectés et lettrés, ont un fils unique le héros de ce roman. Les autres membres de la famille ( Mangeclous; l'oncle Saltiel) sont des semi clochards,  autodidactes, pittoresques, tout à la fois, drôles et émouvant, exaspérants et naïfs, dont l'histoire se déroule en contrepoint de celle de Solal.

 Lorsque les deux se rencontrent, c'est le drame.

Le désir de Solal est de quitter cette famille qu’il tient pour dégénérée, et cette religion qu'il ne veut pas suivre. Il part faire carrière à l'étranger mais reste errant et quoiqu'il séduise, toujours déplacé.

Il épouse Aude de Maussane, chrétienne et protestante et devient ministre.

La cohorte conduite par l'oncle Saltiel reparaît. Se rendant compte que cette " tribu" est inconciliable avec le milieu où il vit, Solal rejette l’oncle Saltiel ainsi que son propre père venu le rechercher.

Le père se mutile les yeux avec un brasero pour se punir d'avoir engendré un renégat. Solal ne va pas résister à un tel geste. Il se croit une dette envers la tribu des Céphaloniens, rompt avec sa femme, abandonne sa carrière.

Nouveau départ : il se convertit au catholicisme, retourne vivre avec Aude, ce qui sera l'agonie du couple et la sienne propre. Pris de délire, se prenant pour le Christ, il se livre à une tragique pantomime de l'Evangile.

     Ce roman contient en germe tous les développements futurs de " Belle du seigneur ", et illustre tragiquement les ravages causés par la culpabilité et le fanatisme.

 

Je dois dire qu’en dépit de son incontestable talent, l’écriture hyperbolique d’ Albert Cohen m’épuise, et je ne lirai certainement pas «  Belle du seigneur » avant longtemps.      

Partager cet article
Repost0
21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 10:41

Edition : SEUIL, Point Roman, 1963.

 Fils d'un magnat de l'industrie, Hans Schnier, 20ans, s'est fait clown pour se révolter contre son milieu, et le tourner en dérision. Il vit avec Marie qui est catholique. Les représentants de son groupe socioculturel manifestent leur hostilité à son égard et commencent à l'exclure. Elle décide de quitter Hans pour Küpfner, premier dignitaire de l'église catholique allemande.
A Bonn, Hans, qui ne veut pas d'une autre femme, la cherche. Il s'est blessé au genou, s'alcoolise dans sa chambre d'hôtel, téléphone à tous ceux qui ont connu Marie ? Ne recueillant qu'hostilité, pitié ou mépris. Grimé, il s'installe sur le quai de la gare : c'est pour croiser Marie qui rentre de voyage de noces.


     Le roman est un long monologue et un mono dialogue téléphonique. Hans se souvient de l'époque nazie, de l'engagement de ses parents au troisième Reich, du sacrifice de sa sœur Henrietta, vendue à la DCA allemande en 1945. En même temps qu'il évoque le passé, il fustige les industriels, pour qui seul le point de vue économique compte, Adenauer, les catholiques sclérosés par l'amour et la miséricorde, et les protestants avec leurs problèmes de conscience.

Sa vision du mariage et des rôles homme femme, reste traditionnelle.

Partager cet article
Repost0
6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 19:41

Yoko Ogawa La Marche de Mina.

Actes-sud, 2008, 317 pages.

 

Publié une dizaine d'années après les nouvelles que j'ai déjà eu l'occasion d'apprécier (Les Abeilles, La Piscine...),  ce roman de Yoko Ogawa est d'esprit très différent. C'est un récit d'éducation de facture plus traditionnelle, sans éléments relevant du fantastique, et dépourvu aussi de la violence de sentiments qui animait un récit tels que « la Piscine » dans lequel la jalousie et la cruauté jouaient un grand rôle.

 

Tomoko se souvient d'une année de sa vie entre douze et treize ans qu'elle a passée dans la famille de sa tante à 100 kms de chez elle, suite au veuvage précoce de sa mère.

 

Elle ne connaît de cette famille que le landau qu'ils ont offert  à sa mère douze ans auparavant lequel était somptueux. Leur demeure, une vaste résidence occidentale,  l'est également. L'oncle de Tomoko dirige une usine qui fabrique une boisson sucrée le Fressy qui se vend très bien, et passe, dans la famille, pour un  complément alimentaire à vertus médicinales.

Tomoko est sous le charme de son oncle, très bel homme, d'origine allemande, qui a des secrets, car il s'éclipse souvent pendant de longues périodes. De la grand-mère Rosa qui évoque son Allemagne natale, de Mme Yoneda la cuisinière. De sa tante, qui occupe ses journées à boire du whisky, fumer, et prélever dans les documents qu'elle lit, des «  coquilles » pour les envoyer aux différents éditeurs ou directeurs des publications.

Les «  coquilles » sont rares explique-t-elle à Tomoko, lorsque l'on a la chance d'en trouver une, c'est comme une pierre précieuse...

 

 

Mais c'est sa cousine Mina, qui la subjugue le plus. A peine plus jeune que Tomoko, Mina lit de la littérature d'adulte. De santé fragile, on la laisse organiser sa vie selon ses caprices : elle est très attachée à Pochiko, un hippopotame nain, dernier vestige du jardin zoologique que fut le jardin de la propriété. Mina se rend à l'école à dos de Pochiko, conduite par le jardinier de la famille. Elle collectionne des boîtes d'allumettes et écrit dedans d'une écriture minuscule ce que les illustrations de la boîte lui inspirent. Ces récits sont empreints d'une réelle poésie, tel que celui des hippocampes assis sur un croissant de lune qui cherchent à sauter sur une étoile, ou les anges qui recousent leurs ailes déchirées, quand ce n'est pas la petite fille qui emprisonne des étoiles dans une bouteille...

Les deux fillettes passent aussi de longs moments dans la «  salle de bain de lumière »

«  il s'agissait d'une petite pièce sans fenêtre au sol carrelé, qui se trouvait dans le coin est du premier étage, décorée du sol au plafond de motifs géométriques musulmans. A u centre de la pièce, deux couchettes recouvertes d'un drap, dans un coin, une lanterne, et au plafond pendaient deux coupoles de forme très étrange comme des bassines en cuivre à l'envers. Rouge foncé,  bleu marine, vert profond, toutes sortes de fils entourés d'un tissu ignifuge pendaient du plafond, retenant  les coupoles. Tout autour en bordure, comme des pétales, huit ampoules étaient fixées, qui, lorsqu'on les allumait, se mettaient à tourner lentement sur elles-mêmes en diffusant une jolie lumière orangée.

Prendre un bain des ces rayons lumineux était considéré comme bon pour la santé. »

Il s'agit sans doute d'une sorte de rayons ultra-violets, peut-être  préconisés contre l'asthme dont souffre Mina. Les deux fillettes sont heureuses dans cette pièce, qui n'a pas de peine à leur apparaître comme magique, et  y passent le meilleur de leur temps, allant jusqu'à y prendre leur goûter.

 

La famille ne sort guère, cependant les fillettes découvrent le monde grâce à la télévision, encore suffisamment sérieuse à cette époque...

 

Récit d'une amitié d'enfance, qui ne se démentit pas à l'âge adulte, la Marche de Mina, est un roman plaisant, émouvant, plein d'imagination.

On s'attache à Pochiko nous aussi, et j'ai même trouvé  une vidéo, car je tenais à voir un hippopotame en action...

 

les débuts dans la vie d'un hippopotame nain.

 

Pour finir lisez l'excellent article de Chiffonnette.

 

Partager cet article
Repost0
6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 10:23

Editions Folio, 218 pages. Acheté au salon du livre dont l'invité était la Russie. Il y a plusieurs années de cela...


 On raconte les deux dernières semaines de vie d'un peintre juif russe, Alik,  émigré dans un loft de Manhattan depuis vingt ans .

Il est atteint d'une dégénérescence musculaire. Nous sommes dans le passé ( les années 90) : il n'y a ni téléphone portable, ni ordinateur...!


Ce sujet, souvent traité, du héros qui meurt et de la famille qui évolue autour de lui. Qui lui fabrique bruyamment son cercueil sous ses fenêtres ? Propos fielleux, fatalisme, sollicitude  hypocrite ? Non ! Pas du tout. Pas le genre !  Lui, Alik, il aime tous le monde et tout le monde l'aime. La famille, c'est une communauté d'émigrés : trois maîtresses principales dont deux au moins le tripotent amoureusement, parmi elles une épouse. Une fillette jamais reconnue ni élevée mais qui l'aime aussi. Des amis médecins qui lui font la conversation, une italienne qui lui fait la lecture, une polonaise qui lui fait la toilette,   des musiciens sud-américains qui lui font une aubade, un prêtre pour le baptiser, un rabbin pour s'y opposer. 

Le prêtre lui dit «  qu'il y a un troisième entre nous ».

Alik fut soudain accablé d'une tristesse mortelle. Lui, il ne sentait aucun troisième. D'ailleurs le troisième c'est un personnage d'histoire drôle. Et voilà que soudain c'était pour lui une souffrance atroce que sa gourde de Nina le sente, que ce pope naïf le sente, et que lui, Alik, ne sente rien. Et l'absence de cette présence, il la ressentait avec autant d'acuité que l'on ressent sans doute la présence elle-même, qui sait...

 

C'est triste, gai, drôle, humoristique, intelligent, plein de vie !


Partager cet article
Repost0
30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 21:34

  Lettre B du Challenge 

 

(The Angel On the Roof, 2000)

J'ai Lu, 156 pages, 3 euros 80.


Recueil de 10 nouvelles qui mettent en scène des hommes et des femmes à un moment de leur vie où un petit  événement contrariant  les remet en question et les plonge dans la confusion, la perplexité ; quelquefois le drame.

 


La première histoire « en guise d'introduction » est autobiographique. L'auteur y évoque les mensonges de ses parents lesquels l'ont mis mal à l'aise et forcé à réfléchir. Mythomane,  sa mère inventait des histoires la mettant en scène avec des personnes célèbres, prétendait ainsi avoir dédaigné un beau lycéen qui jouait avec elle dans une pièce, pour sortir avec son père. Mais l'auteur a enquêté et rétabli la vérité. Ainsi justifie-t-il sans doute son goût pour les fictions, et  a-t-il retenu les leçons de  sa mère, pour ne pas l' imiter «  Mes histoires n'ont pas de gens célèbres ».


Le père de Banks, lui, a raconté qu'il l'avait nommé Russell en souvenir d'un vieil oncle  qu'il aimait bien, or l'auteur découvre à l'âge adulte, que cet oncle n'a jamais existé. « ». lorsque j'ai su qu'il n'existait pas et que l'histoire, par conséquent, parlait non pas  de moi mais de mon père et qu'en outre, ce qui est pire, elle était inventée, je l'ai rejetée en m'en servant comme d'un indice qui me permettrait de résoudre le puzzle de la terrible psychologie de mon père  espérant sans doute démêler du même coup l'écheveau de la mienne et la mettre à bonne distance de la sienne. » 


Dans «  Assistée » , un fils et une mère âgée débattent de la façon dont ils doivent interpréter les faits et gestes du père, ancien époux de cette dame, à une époque où il s'est conduit de façon choquante, et quelle est la version des faits qui leur permettra de supporter la chose.


Le Maure met en scène un homme de cinquante ans et une femme âgée ;  ils ont eu une liaison trente ans plus tôt et se rencontrent de façon inopinée, lui, acteur occasionnel déguisé en prince arabe, et elle fêtant ses quatre-vingts ans. Pour ne pas abîmer leur ancienne histoire, ils vont se raconter des histoires,  auxquels ils ne croiront peut-être pas...


«  Moment privilégiés » relate quelques heures de vie commune entre un  père divorcé et sa fille : des moments qui n'ont rien de merveilleux, l'ironie amère du titre se dévoilant peu à peu...     .

Une de ces nouvelles «  Juste une vache » fait sourire même si elle n'est pas drôle. La narratrice raconte la vie familiale dans un mobil-home, la précarité, l'alcoolisme du couple, et la vache qu'ils élevaient pour avoir de la viande l'hiver, vache dénommée «  Protéine ».

Mal enfermée, Protéine s'est enfuie, et le couple part à sa recherche en pleine nuit...


Certaines histoires sont terribles : un homme à l'enfance malheureuse, devenu conférencier, revient sur les lieux de son enfance, cette maison, où sa mère le força à avouer qu'il avait vu son père avec une femme, puis la terrible correction du père. La maison où le traumatisme fut vécu est devenue un restaurant : le narrateur y voit un cuisinier découper des quartiers de viande et lui déclarer (ironie amère) qu'il a bien connu  son père, qu'il admirait sa forte personnalité...

La Soirée du homard : Une jeune serveuse de restaurant, Stacey, est attirée par son patron, cruel avec les animaux, dur avec ses employés,  et ambigu avec tout le monde.  Elle lui révèle un secret traumatisant de son adolescence, et redevient cette personne... les sentiments sont déplacés sur les animaux (en particulier ces homards promis à l'ébouillantage, qui se cognent contre les murs de l'aquarium).


Réalistes,  remplies de petits détails bien choisis, de personnages et situations ambigus,  dynamiques dans le ton et l'action, jamais convenues, ménageant la surprise même lorsque la fin est prévisible, ces nouvelles sont parfaites et nous les recevons comme des expériences vécues.

J'ai donc commencé mon «  challenge » avec plaisir, et avec la lettre B ; mais je pense que pour le mener à bien, cette année 2009 devra comporter vingt-six mois.


Amanda Meyre a aussi chroniqué cet ouvrage, qui lui a plu également.

 

Partager cet article
Repost0
26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 01:08

( 2003 édition originale) 2005 pour Flammarion, 120 pages.


Au début du texte, une jeune serveuse de restaurant, Theresa, observe  des  clients attablés en terrasse,  Lil et Roz, deux femmes dans la soixantaine, encore belles,  leurs fils, également magnifiques,  et leurs petites filles fort mignonnes «  Elle avait été amoureuse de Tom, et puis d'Ian, puis de nouveau de Tom pour leur beauté, leur aisance, et quelque chose de plus, un air comblé, comme s'ils avaient baigné toute leur vie dans un plaisir qui s'exprimait à présent sous forme d'ondes invisibles de contentement...Theresa était amoureuse d'eux tous... ce qui emplissait ses yeux de larmes c'était de les voir tous là, de les regarder comme en ce moment... sa vraie passion, c'était eux : la Famille. »

 Ce que Theresa, issue d'un milieu modeste, admire naïvement, c'est  la beauté de la classe possédante,  mais  aussi le fait qu'ils soient tous très soudés, complices, fusionnels. Voilà des gens qui n'ont pas quitté l'originelle félicité...


Puis elle déchante, la pauvre Theresa,  étant témoin d'une crise, d'un affrontement entre les grand-mères et leurs belles-filles qui viennent reprendre les enfants en brandissant un paquet de lettres coupables : « la lumière se retirait d'eux... », et décide de ne pas se marier, et même d'émigrer en Angleterre !


  Suit un long flash-back :

Lil et Roz sont inséparables depuis la petite enfance où à l'école elles se rencontrèrent, vivant dans la même rue, partageant la même vie facile, au bord de la mer, dans un pays au climat clément. Devenues grandes, elles s'arrangèrent pour ne jamais être loin l'une de l'autre, en dépit de carrières différentes. Se marièrent ensemble, eurent un fils à peu près en même temps, des époux qui ne comptaient guère, et dont l'un mourut prématurément tandis que l'autre partit planter ses choux ailleurs. Lorsque leurs fils furent pubères, chacun devint l'amant de l'amie de sa mère...et nul n'en a rien su,  jusqu'à l'affrontement  d'aujourd'hui.


Cette histoire est contée avec ironie, et rapidité, on  a l'impression d'une parodie de conte de fée. Les protagonistes sont parfaits, exagérément beaux, ils ont quelque chose de magique, restent toujours ensemble, sont heureux, et ont, sinon «  beaucoup d'enfants », juste assez pour, à chaque génération, reproduire le duo fusionnel : les deux fils sont inséparables, les deux petites filles aussi, qui sont l'incarnation de Lil et Roz maintenant grand-mères. Les personnages « intermédiaires » époux de Lil et Roz et épouses de leurs fils issus de la génération suivante, sont des adjuvants qui leur servent à se reproduire.

Mais tout cela aboutit à un conflit ouvert avec les épouses des garçons devenues des ennemies avec qui il faudra compter, et on ne sait qui va gagner....L'auteur va jusqu'à opposer les belles-filles, petites et brunes, aux autres éléments de cette fratrie in tantinet incestueuse, blonds grands et beaux... !

Le conte de fée qui pourrait mal finir contient peu d'éléments de roman social et psychologique, dont Doris Lessing est ordinairement prodigue,  et l'on ne peut le lire qu'au second degré. L'auteur est très ironique à propos de ses héros «  des êtres soignés et resplendissants, comme tous ceux qui savent profiter du soleil »,  ils sont des caricatures d'êtres humains. On assiste à leurs craintes à propos de possible chute, sans rien ressentir, et c'est un peu dommage !  


J'avais pris ce livre sur une impulsion, pour me familiariser avec l'état de grand-mère, mais  je ne me sens pas trop concernée par ce roman.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Nuagesetvent
  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
  • Contact

Rechercher

Archives Récentes