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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 00:17

 

 

Dans le cadre du challenge «  lire les classiques », organisé par Marie L , j'ai eu l'idée de reprendre le Grand Meaulnes. Mon édition est de 1967.

Cet ouvrage à l'époque m'avait plu,qu'en penserai-je quarante ans plus tard?


De nouvelles éditions de ce roman ont paru mais je m'en suis tenu à mon vieux livre de poche...


Nous sommes à la fin du dix-neuvième siècle à Ste Agathe dans le Berry, la ville la plus proche étant Vierzon.

Un petit village retranché du monde. On y vit au rythme des saisons, sans référence à une actualité politique et sociale quelconque.

Le narrateur François Seurel vit entre ses parents tous deux instituteurs : il appelle sa mère « Millie » et son père «  monsieur Seurel », voyant chez lui le maître davantage que le père. A 15 ans il est écolier et s'ennuie copieusement, lorsque Augustin Meaulnes un peu plus âgé que lui, devient pensionnaire chez ses parents et va partager toutes ses journées.

Le nouveau a du charisme et devient aussitôt le meneur du groupe, en même temps que l'ami de François.

Bientôt ce garçon disparaît pendant trois jours et revient sans s'excuser ni donner d'explication auprès des parents de François qui ne lui demandent rien.

Meaulne fait la loi aussi chez les adultes.


Il se confie à François : s'étant perdu dans la campagne, il s'est trouvé par hasard mêlé à une fête «  étrange »costumée dans un manoir, et s'est fait passer facilement pour un invité. Il y a rencontré Yvonne la jeune châtelaine qui lui a plu et on peut penser que c'est réciproque. Ainsi que son frère Frantz jeune garçon trop gâté, transi par une déception amoureuse..

Meaulne et François ne vivent désormais que pour retrouver ces deux êtres tellement séduisants, et ce château baptisé tantôt «  le Domaine Mystérieux » tantôt le « Pays perdu » ce qui le fait ressembler au paradis perdu.



Un quatuor de personnages se met en place : François, à travers Meaulne aime Yvonne de Galais et Meaulnes aime également Yvonne mais surtout Frantz ce garçon romantique exalté qui est son double aristocratique. Les deux jeunes châtelains sont attirés par les roturiers comme dans les contes.

 Le côté " conte " tout plein de détails oniriques  et le côté "roman du terroir" avec ses nombreuse notations réalistes se mélangent et forment un assemblage curieux.


Le Grand Meaulnes se lit toujours avec plaisir, il ne manque ni d'agrément ni même de charme.

A 25 ans, Alain Fournier était fort talentueux d'écrire avec cohérence habileté et quelques bonheurs d'expression ce récit qui tient à la fois du roman régionaliste, du conte et aussi, hélas, du mélodrame.



 

 

 

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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 00:54

 Gallimard, 2009

175 pages

 

     la narratrice, Leda est en vacances au bord de la mer du côté de Naples. Assise sur la plage, elle prépare ses cours de littérature anglaise pour la rentrée, et observe les estivants.

Elle suit les évolutions de Nina une jolie jeune fille et de sa petite fille de 3 ans, Elena, ainsi qu'à la poupée d'Elena, Nani, à laquelle la fillette est attachée comme à un objet transitionnel. La relation de la fille et de la mère puis de la fillette et de la poupée lui semblent tour à tour fascinantes et insupportables. Elle ne tarde pas à faire des retours sur son passé, et les moments heureux ou douloureux qu'elle endura avec ses filles en tant que mère.

Bientôt, elle se lie avec Nina s'intéresse à son sort : la jeune fille a quitté tôt l'université pour se marier et s'occuper de sa fille et se sent frustrée, d'autant plus que sa belle famille est vulgaire et sans culture.

 

Un jour, Elena se perd sur la plage et c'est Leda qui la retrouve ; chose étrange, la narratrice lui dérobe sa poupée qu'elle entoure de soins, habille, tout en sachant que l'enfant, privée de celle-ci, est désespérée...

 

Le récit décrit et développe cette crise de Leda, prise d'une sorte de folie, accompagnée d'une réflexion sur la maternité. Le propos n'est pas clos sur lui-même, et les gestes des protagonistes restent ambigus. Une histoire qui laisse le lecteur en proie à l'interrogation, à chaque page, et même à la fin!  On ne s'ennuie donc jamais, on participe à l'évolution des personnages, à la crise elle-même. Le ton est très varié, ironie,humour,colère, anxiété, frayeur, doute...des sentiments bien rendus.

L'écriture est classique avec de très bons choix, introspective, tout en restant reste légère et vive, avec des phases orales bien maîtrisées.

 

Malgré l'intrigue fort mince, l'histoire ne manque pas de suspense et tous les personnages sont fort bien vus y compris les petits rôles.

 

Je ne sais si l'histoire de Leda et du Cygne joue un rôle dans cette histoire...Leda a eu deux filles comme la déesse de la mythologie...à vous de voir.

 

 

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 00:25

1998, 464 pages.

Avec une citation de Rosamond Lehman, en exergue: cette romancière semble avoir durablement influencé Coe. 

 

Dans le manoir anglais d'Ashdown, au bord d'une falaise, vivent plusieurs étudiants, au milieu des années 80. C'est leur dernière année d'université.

Sarah souffre de troubles du sommeil; parfois, elle croit avoir vécu ce qu'elle a rêvé. Ses songes sont très concrets et imitent méchamment la réalité d'où des quiproquos parfois drôles souvent pénibles. Gregory est devenu son ami : 'il s'intéresse à ses bizarreries davantage qu'à sa personne, ce qui a pour conséquence de la faire fuir. Un autre étudiant Robert, en est amoureux, mais elle se tourne vers une femme. Terry se passionne pour le cinéma et recherche le film perdu d'un certain Salvatore Ortese, cinéaste hyperréaliste, marginal, proche de Pasolini par le style.

 

Nous suivons leurs destinées sur deux époques en même temps, car les chapitres impairs sont consacrés aux mêmes personnages douze ans plus tard, lorsque lancés dans la vie active, ils vont bientôt se rencontrer à nouveau, dans cette même demeure attrayante et angoissante, que le docteur Duden a transformée en laboratoire, pour s'y livrer à des expériences inquiétantes.

 

Je ne sais trop quoi penser de ce roman. Il se lit avec plaisir, et l'on suit volontiers le devenir des différents personnages : Sarah et Terry sont vraiment intéressants. Les autres m'ont surtout paru des faire-valoir, et Coe n'aurait pas dû se pencher autant sur leur cas.

Certains aspects m'ont irritée notamment le sentimentalisme de Robert, quelque peu outré, surtout dans ces conséquences. Sarah et lui ont affaire à des psychiatres intrusifs, voire complètement dingues, ces caricatures de psy, que l'on rencontre bien souvent dans les romans finissent par m'ennuyer. La critique sociale dans ce roman est moins bien venue que dans ses autres livres. Dans l'ensemble, je ne suis pas très convaincue. Si j'ai tant attendu pour le lire, ne soupçonnais-je pas précisément qu'il me déplairait?

D'ordinaire, si j'ai un roman de Coe en main, je le lis sur-le-champs.

Je mettrais cet opus loin derrière «  Testament à l'anglaise »( qui reste son meilleur), Bienvenue au club, et La Pluie avant qu'elle tombe...

Et voilà le problème, avec la PAL: ce sont des livres que l'on remet à plus tard, parce, dans plusieurs cas, on a senti, sans se le dire, qu'on avait eu tort de les acheter...

 

Cette lecture est commune avec George, je me demande si elle sera moins sévère que moi...

 

 

 

 

 

 

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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 00:46

The Crying Of Lot 49, 1 er publication mars 1966; traduction en 1987 au Seuil( Fiction & Cie).  

 

Oedipa Maas, l'héroïne, s'ennuie avec quelques amies à une tupperware party. Elle a trop bu.

De retour chez elle, une lettre l'attend pour l'informer de la mort de son ex-amant Inverarity Pierce, promoteur immobilier. Il l'a nommée exécutrice testamentaire, ce qui lui vaut de devoir se rendre à San Narciso ( Californie) pour s'occuper de l'affaire.

 

A San Narciso, elle va rencontrer Metzger autre exécuteur testamentaire. Il faudra vendre l'immense collection de timbres appartenant à Pierce.

Du temps où elle fréquentait cet individu, sa collection l'irritait .A présent, elle trouve sur chacun d'eux le dessin d'un cor postal muni d'une sourdine. Ce dessin, elle l'a vu aussi plusieurs fois sur les murs de la ville ainsi que dans les toilettes d'une auberge avec l'inscription WASTE, un nom ou un acronyme?


Un certain Mike Fallopian au bar du Scope lui conte l'histoire de soldats pris dans une embuscade en Italie, «  des postiers de l'armée » dont on repêcha les os après qu'ils se furent noyés; Lesquels os furent vendus à diverses firmes et servirent à fabriquer des filtres à cigarettes : une société que Pierce exploitait.


Avec la sympathique compagnie, des Paranoïds groupe de rock fondé par de vrais quadruplés ,elle    

assiste à une pièce élisabéthaine «  la Tragédie du courrier »particulièrement sanglante.

L'héritier d'un duché italien, Niccolo, menacé par la famille de son demi-frère bâtard, et tenu à la clandestinité, s'est enrôlé comme postier; il est assassiné par des brigands .


Oedipa médite sur des vers apparemment obscurs «

 Comme Thun and Taxis celui que l'on connut

Tombe sous le stylet toujours par thorn tenu

Tacite désormais pose sa corne d'or

Nulle étoile sacrée ne veille quand il dort

Sur l'ancien compagnon du pauvre Trystero.

 

Le nom de Trystero l'interpelle, bien qu'il ne soit prononcé qu'une seule fois dans la pièce. Il lui faut savoir qui est ce personnage.

Dès lors l'interprétation du testament de Pierce va se confondre avec le possible déchiffrement de ce nom « Trystero », et la démarche d'Oedipa devient une quête fort complexe.

 

Mi résultat d'enquête, mi affabulation de sa part, elle finit par établir qu'un réseau de courrier postal clandestin s'est développé en Europe au 15eme siècle. Le service postal du Saint-Empire romain germanique » Thun and Taxis » fut doublé par un certain « Trystero », l'héritier déshérité d'un membre honorable et décédé dudit service postal.

Ses compagnons et lui pervertirent le service postal ordinaire, soit en volant le courrier , soit en attaquant les messagers officiels, soit en intervertissant les lettres aux destinataires... l'emblème du réseau Trystero fut ce ce cor muni d'une sourdine.

 

Héritier déshérité, imposteur, trafiquant de timbres, bandit des grands chemins,

ancêtre des «  amoureux anonymes », de part sa parenté phonétique avec Tristan, qui fut Trystero ?

 

Oedipa ( Oedipe au féminin) se débat dans une foule de messages mystérieux. Elle attend du «  système Trystero » l'expression d'une marginalisation étouffée depuis longtemps.

 

Ce mystère devrait s'éclairer avec l'apparition de l'acheteur du lot de timbres.

«  49 » est aussi l'âge de l'auteur lors de la parution du livre ( Pynchon est né en 1937).

 

 

 

«  Si Trystero n'est rien alors l'Amérique est fichue » dit Oedipa dans un long monologue final. Elle s'est entichée et nous la comprenons de ce héros marginal mythique et pense qu'il se manifestera par delà les siècles pour lui apporter un Message Essentiel.

 

Pourtant, la reconstitution au fil des siècles du système Trystero ( qui n'est autre que la métaphore de la littérature selon Pynchon ,autre langage que l'officiel, messages parallèles et codés, invention d'une autre vie «  souterraine »; tiers exclu de la société, perversion des messages officiels,...) souffre bien des lacunes.

En effet, notre triste héro-ïne,Oedipa, est amateur de boissons forte : durant toute l'histoire, elle ne dessaoule pas, et ses interlocuteurs non plus,quitte à se pinter...au vin de pissenlit, lorsqu'ils ne trouvent rien de mieux!

 

Dans cette œuvre ouverte ( au sens d'Eco) le nombre de sphinx consultés est élevé : tous se piquent de savoir quelque chose

Il est vrai que souvent c'est l'héroïne qui les met au défi de lui apprendre quelque chose et sollicite des histoires...

 


 

 

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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 13:21

l-amant-de-Lady-Chatterley.jpgAprès lecture du carnet de la cinéaste Pascale Ferran, dans un vieux numéro des Cahiers du cinéma j’ai eu envie de me replonger dans Lady Chatt, lu à l’adolescence, bien oublié depuis . 


A la Fnac, j’ai opté pour l'édition folio-classique avec une intro du professeur Topia ( André)  qui souhaite expliquer l’intérêt socio-culturel d’un roman qu’il serait injuste de considérer comme une partie de jambes en l’air même fort réussie.

 Il  nous dit entre autre que Lawrence jugeait Jane Austen mesquine et sèche,  et qu’il rêvait de l’Angleterre rurale d’avant l’industrialisation. 


Dans la fusion entre deux être se révèle ce qu’ils ont d’unique, pensait cet idéaliste.


…..

Constance ( Connie) est une fille « libre »: elle va à l'université,  et  son père, un intellectuel, la laisse fréquenter  des jeunes gens à sa guise.  Nous sommes au début du vingtième siècle.


Après une première histoire gentillette avec un musicien, elle rencontre Clifford issu de l’aristocratie rurale, qui n’aime fréquenter que ceux de son groupe, tandis que la citadine Connie, bourgeoisie libérale aisée, jouit d'une grande souplesse de mœurs.


Clifford est dépeint comme un jeune homme désabusé jusqu’au cynisme, trouvant tout «  ridicule » : plusieurs pages sont consacrées au « ridicule » selon Clifford, qui s’enferme dans une nihilisme sommaire. L’amour physique fait également partie des ces activités qu’il trouve grossières, et ne supporte qu’à titre de formalité.


Lorsque ce jeune homme revient de guerre, impuissant et paralytique, Connie est encore jeune et n’a plus rien à vivre d’important avec lui, sauf jouer les infirmières ; ils se déclament du Racine, un auteur, qui, pour Lawrence est conforme aux prédispositions de Clifford, pour qui la jouissance esthétique se trouve dans la pureté et le dépouillement.

Clifford finira par s’inventer des plaisirs de chair avec une Mrs Bolton qui ne le cède en rien à cette Irina Palm qui passa sur les écrans, il ya quelques temps .


Et l’histoire d’amour de Connie avec le garde-chasse ?

Vous l’attendiez ?

C’est un brave homme Mellors, il n’est pas bégueule (vous le saviez déjà ?).

Il se dit de jolies choses sur ce que peuvent éprouver une homme et une femme, dans une relation sexuelle réussie.

 Connie ne savait pas grand chose de ce qu'une relation sexuelle peut provoquer, et  sa découverte du plaisir se fait par étapes, lente mais sûre.

Mais pourquoi faut-il que Mellors qui est apte aux plaisirs charnels soit peu instruit et que Clifford, l’intellectuel, ne soit bon à rien ?

Pourquoi faut-il qu’il déclare sa femme d’une «  race inférieure » parce qu’elle a couché avec un « domestique ».

Qu’est-ce que cette sorte d’intellectuel ?

Tout cela est sous-tendu par une idéologie assez primaire.

L'avis d'Ys qui a trouvé les scènes de sexe ennuyeuses. Je suis assez d'accord!

C'est vrai qu'à présent, on varie davantage les postures et les aventures. Pensez que Connie n'a eu finalement que trois amants ( en comptant son mari et le musicien, j'espère que je n'oublie personne? corrigez-moi au besoin...) , c'est peu pour une jeune femmede trente ans . Ajoutez à cela qu'elle n'a pas essayé l'homosexualité, ni les accessoires érotiques.... !!!
 
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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 08:56

 

Descriptions des milieux artistiques dans le Paris du second empire.


Claude Lantier, fils de Gervaise ( l'Assommoir ), peintre, est monté de Plassans, son village provençal, pour faire carrière à Paris. Il est accompagné de Pierre Sandoz, écrivains, et de Dubuche ( architecte).

Tous trois veulent faire de l'art, sans concession, mais parvenir à gagner leur vie.

Leur chemin croise ceux d'autres jeunes gens, qui évoluent aussi dans les milieux artistiques, plus ou moins opportunistes.

L'art de Claude est révolutionnaire : il s'inscrit contre l'académisme de son temps, voulant un art plus proche de la nature, peindre sur le motif, employer des couleurs gaies et claires, plus de liberté dans le traitement des sujets. Il s'inspire de Delacroix Ingres, et Courbet, désireux d'aller plus loin qu'eux. Mais il semble n'arriver qu'à faire de magnifiques ébauches, qu'il gâte en les travaillant trop.

 

Lorsqu'il rencontre Christine, jeune orpheline que des religieuses ont placé comme demoiselle de compagnie, il travaille à un grand tableau représentant un homme vêtu allongé dans l'herbe entouré de baigneuses nues. Le modèle sera Christine qu'il convainc de poser. Le tableau est refusé; mais l'on met en place un « salon des refusés »où l'art d'avant-garde peut tout de même s'exposer...

 

 

Ce roman explore plusieurs domaines et se veut témoin de son temps.

1 Les milieux artistiques où évolue Claude : Zola met en évidence la difficulté de créer selon sa propre exigence, sans tenir compte de la mode, et des conventions en cours. Le marché de l'art est sans pitié : Au début de son installation Claude est recherché par des marchands ( Malgras ) véritable amateur, qui n'achète que des œuvres qu'il juge bonnes. Mais l'année suivante, un marchand tel que Naudet considère les oeuvres pour ce qu'elles peuvent rapporter sans considération artistiques ; il achète un tableau pour une somme modeste et le revend très cher, aidé en cela par des amis de Claude un journaliste ( Jory) qui excelle à lancer des modes, et un autre peintre Fougerolles qui copie Claude tout en assaisonnant ces trouvailles de détails qui plairont : ces messieurs sont – comme on dirait à présent- des experts en communication doublés de carriéristes affairés et Claude qui n'est qu'un artiste, ne peut bientôt plus suivre !

 

2 Son ami Sandoz, en qui on reconnaît Zola lui-même lorsqu'il explique son projet :

«  Je vais prendre une famille et j'en étudierai les membres un à un , d'où ils viennent, où ils vont... D'autre part, je mettrai mes bonshommes dans une période historique déterminée ce qui me donnera le milieu et les circonstances... une série de bouquins, quinze, vingt bouquins...»), s'en tire mieux, parce qu'il ne s'en laisse pas conter... mais il est plu habile que Claude, et réussit à persuader son éditeurs qu'il suit une voie mi novatrice mi conformiste...alors que Claude ne sait rien faire d'autre que montrer ses toiles, sans jamais argumenter.

 

A suivre Sandoz, on apprend à connaître Zola qui s'est mis en scène dans ce personnage. On remarquera qu'il s'est représenté à son avantage : Sandoz est le meilleur de tous, il réussit à force de travail, sans éclat mais avec mérite, sans faire de compromis. Il est de plus un ami fidèle, raisonnable, sensible , stable... bref un exemple pour tous les autres. Et en outre c'est lui qui régale tous le monde les jeudi soirs ( les fameuses soirées de Médan). Malgré cette peinture subjective, on a un bon aperçu de Zola et de son évolution.

Par ailleurs on goûte fort les études de moeurs de ses amis, Dubuche l'architecte( promis aussi à un triste sort), Gagnaire un rêveur à peine éveillé, Mahoudeau le sculpteur,et les opportunistes décrits plus hauts.

 

3 Une autre piste de lecture est l'évolution de la peinture, au temps où certains mouvements, alors révolutionnaire,tel l'impressionnisme, font des débuts difficiles.

Zola se veut peintre aussi : ses descriptions de Paris tel que Claude le voit et le veut peindre sont remarquables et rendent justice à la capitale de cette époque là.

Paris allumé s'était endormi, il n'y avait plus là que la vie des becs de gaz, des taches rondes qui scintillaient, qui se rapetissaient pour n'être, au loin, qu'une poussière d'étoiles fixes. D'abord, les quais se déroulaient, avec leur double rang de perles lumineuses, dont la réverbération éclairait d'une lueur les façades des premiers plans, à gauche, les maisons du quai du Louvre, à droite, les deux ailes de l'Institut, masses confuses de bâtiments et de bâtisses qui se perdaient ensuite en un redoublement d'ombre, piqué des étincelles lointaines. Puis entre ces cordons fuyant à perte de vue, les ponts jetaient des barres de lumières, de plus en plus minces, faites chacune d'une traînée de paillettes, par groupes et comme suspendues. Et là, dans la Seine éclatait la splendeur nocturne de l'eau vivante des villes, chaque bec de gaz reflétait sa flamme, un noyau qui s'allongeait en une queue de comète.

 

4 Les moeurs de Claude et ses amis sont étudiés aussi et offrent d'autre facettes du roman : Claude est décidément atteint d'un déséquilibre psychique : il se met en ménage avec une jeune femme qu'il désire, mais qui n'a que lui; or, il est impropre à la vie maritale «  et lui pendant ces promenades , ens e retrouvant seul après des mois de continuelle existence à deux,s'étonnait de la façon dont avait tourné sa vie,en dehors de sa volonté. Jamais il n'avait voulu ce ménage,même avec elle; il en avait eu l'horreur si on l'avait consulté; et ça s'était fait cependant,et ça n'était plus à défaire; ; car sans parler de l'enfant,il était de ceux qui n'ont point le courage de rompre ».

 

Ce mariage malheureux tourne au ménage à trois comme toujours chez Zola mais le troisième, le tourmenteur n'est pas le fantôme d'un amant jaloux comme dans Germinal ou Thérèse Raquin, c'est la peinture elle-même, l'art qui se dresse entre Claude et Christine...

 

Il ne contrôle pas plus sa vie que son oeuvre, ( détruit ses tableaux),et ce roman est un des plus déprimants que l'on puisse lire : la dure loi du marché, les collègues malhonnêtes, la tendance à l'autodestruction, la fatalité semblent se conjuguer pour perdre Claude son amie et sa malheureuse descendance.

 

Certains aspects du roman ont vieilli notamment cette manie de rapporter tous les problèmes psychiques à l'hérédité.  Disons aussi que la condition des femmes dans ce roman  n'est pas brillante : ménagère, modèle du peintre, femmes entretenues (plus ou moins bien ), elles ne sont bonnes qu'à servir les hommes, et cela est vraiment détestable.


Dans l'ensemble j'ai éprouvé de l'intérêt pour ce témoignage, et apprécié les somptueuses descriptions.

 

Challenge ABC lettre Z

 

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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 09:05

Minuit, 2009.


Le jour des soixante ans de Solange, Bernard, son frère que, depuis belle lurette, on appelle «  Feu-de -Bois », lui apporte un cadeau : une boîte bleu-nuit contenant une broche très onéreuse,qu'il n'a pu payer lui-même. En effet Bernard

est un marginal, abandonné depuis longtemps par sa femme et ses enfants, alcoolique, négligé, vivant de la charité de ses frère et soeur, et il n'est pas invité aux fêtes de famille. On l'accuse d'avoir volé l'argent à sa vieille mère.

 

Rabroué, insulté, Bernard se précipite chez Chefraoui qu'il appelle le bougnoule et y laisse des traces...

 

Va-t-on porter plainte conte Bernard et le faire enfermer? Une sorte de conseil de famille se tient pour décider de la suite à apporter aux événements.

 

Rabut, le cousin de Bernard est narrateur de l'histoire. Ils ont le même âge,et sont allés ensemble en Algérie comme appelés en 1960, âgés d'environ vingt ans. Il rapporte les propos que l'on dit à propos de Bernard, pour l'accuser le défendre, se souvenir de ce que l'on sait de son passé, et enjoindre de se taire, mêlés à ses propres pensées à lui Rabut, un nom qui flirte avec rebut rabot et buté : Rabut ne se sent pas disposé à défendre Bernard mais lui-même se souvient que tout n'est pas si simple, qu'il est lui-même meurtri par la vie et mal à l'aise, tout comme Bernard et qu'ils ont vécu des épreuves communes.

 

C'est un passé insupportable que Bernard a ramené au jour et qu'il incarne avec son existence de vagabond alcoolique, et sa boîte bleu-nuit avec la broche, ce cadeau importun, obscène, ce bijou qui fait l'effet d'une bombe, offert à une soeur qu'il aime vraiment «  dans la voiture, je me disais, qu'est-ce qu'elle va faire maintenant, Solange, est-ce qu'elle va retrouver sur la table de la cuisine la petite boîte bleu-nuit... comme ces obus qu'on retrouve des vieilles guerres et qu'il faut désamorcer, la prendre avec précaution et la remettre dans la salle à manger... »

 

A compter du chapitre «  la nuit » , les souvenirs des anciens jeunes soldats envoyés en Algérie, submergent la narration de Rabut : les voix se mêlent s'ajoutent, renchérissent, se contredisent, supplient de se taire, et reprennent avec ténacité jusqu'à l'épilogue, «  matin » où il ne sera plus tellement question de régler son compte à Bernard ni à qui que ce soit...

 

Mauvignier crée un concert fait à plusieurs voix, utilisant un lexique simple, mêlant savamment réminiscences, récits, descriptions, parties dialoguées exprimant l'indignation, la plainte, la colère, le doute... imprécations jurons supplications, tout est unifié dans une longue coulée dense de phrases au rythme tendu, une tension qui ne se relâche pas la dernière page tournée.


Un très beau texte.

 

 

 

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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 17:56

 Charles, Emma, Léon : remarques sur Madame Bovary :
 

Charles Bovary, en retard sur ses condisciples intègre une classe de cinquième, complètement inadapté. Il se fait moquer de lui même par le maître. La description de sa casquette ( un objet extraordinaire jamais vu, et difficile à visualiser est un des morceau de bravoure de ce livre qui n’en manque pas).


Charles devient officier de santé : il est mauvais élève ne comprend rien, ne va pas aux cours, et échoue à l’examen, mais sa mère lui achète le diplôme.


Il  va quitter  cette  maman si utile pour épouser une femme sèche et maigre  Héloïse ( 45 ans et  1200 livres de rentes) qui va mourir assez vite . Cette femme que sa mère lui a trouvée...


Enfin! Emma Rouault, fille d’un « riche » paysan, fait son apparition  page 71 (le roman en comprend 500).


Charles a connu le père Rouault en le soignant d’une fracture « simple, la plus facile qu’il eût pu rêver. » Pendant ses visites à son malade, il remarque Emma, sa fille, à peine sortie du couvent, qui vit seule avec ce veuf.

Il s’en éprend et a  le temps de faire sa connaissance.  Il croit le  père Rouault riche,à l’apparence de la ferme et à la présence de quelques vaches, et de troupeaux de volailles variées.   En vrai, Rouault a beaucoup de dettes, est avare,  et  se  réjouit de l’attachement de Charles pour sa fille dont il ne sait que faire, car elle ne sert à rien dans une  ferme. La dot qu’il concède est maigre ; mais Charles, qui est  complètement dans  les vapes, ne va pas s’en apercevoir, et ne réclamera rien. Le père Rouault  fait une bonne affaire .

Pour la noce, on relève le deuxième objet extravagant du roman, tout aussi célèbre que la casquette de Charles : la pièce montée du repas de mariage.


Emma est une  très jeune fille, jolie et ignorante,  à première vue,elle fait le bonheur de Charles mais  ne tarde pas à s’ennuyer avec lui. Une éducation brève et nourrie de romans sentimentaux (la Bibliothèque Bleue, mais aussi Paul et Virginie et sans doute Manon Lescaut... Emma sait lire!)l'ont fait rêver. Elle sort peu, et un seul bal au château de Vaubyessard suffit à l’éblouir : belle vaisselle, beaux cavaliers, tapis et tentures, valses, candélabres en argent… Charles décide de déménager.

On quitte Tostes (déjà Toste Funèbre dans le souvenir d’Emma), le petit village normand, pour Yonville, un gros bourg.

La superstar de Yonville c’est le pharmacien Homais, un homme pédant et prétentieux dont les propos stupides provoquent le fou rire chez le lecteur.J'ai beaucoup ri en lisant Flaubert.  Mais dans le pays Homais est très écouté.
Emma se lie avec Léon, un jeune clerc de notaire de vingt ans, aussi romanesque qu’elle.  Toutefois, il ne lui plaît guère, physiquement parlant.

A son arrivée à Yonville, elle était enceinte, et à la fin de l’automne, elle accouche d’une fille, Berthe, et ne cache pas sa déception. L’enfant est mise en nourrice. Emma se distrait en achetant des meubles, des articles de décoration, et de la lingerie. Elle commence à s’endetter.

 Aux fêtes du comice agricole elle rencontre Rodolphe Boulanger, petit propriétaire foncier qui s’amuse à la conquérir. Emma prends cela au sérieux, croit vivre une grande passion. Rodolphe enlève moi !
Rodolphe rompt. Désespérée, Emma reprend Berthe, va souvent à confesse, rencontre à nouveau Léon, à Rouen, un jour que Charles l’avait emmenée au théâtre.

Charles ne fait que des sottises : voulant opérer un homme d’un pied bot avec l’aide d’Homais, ils échouent, et le malade qui manque mourir, doit être amputé de la jambe entière.

Emma trouve insupportable ce nouvel échec public de Charles.

Elle se contente désormais d’ébats peu satisfaisants avec Léon, qu’elle voit tous les jeudis à Rouen, sous prétexte de leçons de piano.  Ces maigres consolations ne lui suffisent pas, et elle continue à s’endetter. Son créancier, Lheureux, lui fait vendre une propriété  appartenant à Charles, signer des billets à ordre, courir à sa ruine. Menacée de saisie, elle demande de l’argent à Léon qui  refuse, à Maître Guillaumin notaire, qui lui conseille de se prostituer, et à Rodolphe qui la repousse  avec impatience.


Justin, l’employé d’Homais, a toujours eu un béguin fou pour Emma. Hélas, ce n’est pas de l’argent qu’il détient mais la clef du capharnaüm, qu’il lui donne, et où elle trouve de l’arsenic pour s’empoisonner. S’ensuivent une longue agonie, puis la mort, et les propos cyniques du pharmacien et du curé qui veillent le corps.


Epilogue : Charles apprend qu’il est ruiné mais il aime toujours Emma par delà la mort. Il surprend Rodolphe, qui lui explique sans ménagement que sa femme le trompait, en ne manifestant ni jalousie ni ressentiment viril. Assez vite, il  suit dans  le trépas cette femme que, tout simplement, il aimait. Orpheline, Berthe est envoyée à l’usine, comme ouvrière. Homais se lance dans le journalisme, autant dire la politique, et reçoit une croix d’honneur. Aux dernières nouvelles, il a sa place réservée au Fouquet's, et on a cru l'apercevoir y entrer dans le film de Serge Halimi " Les Nouveaux chiens de garde".

Le mouvement est très lent : Charles a quinze ans lors de la scène inaugurale, au collège, et une longue éclipse suit, pendant laquelle il trouve un métier, et une première femme qui meurt. Lorsqu’il débute sa cour à Emma, elle a 16 ans. L’action proprement dite commence, qui va durer dix à douze ans et 500 pages.  L’impression de lenteur subsiste jusqu’à la fin. Le temps ne passe pas. C'est sans doute ce qui insupporte nombre de lycéens et même des étudiants. Je n'ai, pour ma part, lu Bovary( et tout  Flaubert à la suite) qu'à 28 ans, pendant des vacances ensoleillées sous la tente à Foix( Ariège).

En dehors de tout contexte scolaire!!  J'ai été émerveillée. Je reprends ces textes assez fréquemment.

 

Que penser de la première scène du roman ? En quoi constitue-elle  un incipit pour un roman qui s’intitule «  Madame Bovary » ?

le récit débute par un « nous » qui englobe les camarades d’école de Charles « Nous étions à l’étude quand le nouveau arriva » et l’on retrouve ce « nous » de temps à autre dans le roman pour parler de Charles. 

Le roman entier pourrait être écrit par  un collègue de Charles à qui il se serait confié après la mort de sa femme, et qui serait désireux de conter, non l’histoire d’Emma, mais celle de Charles, (y compris les événements auxquels il n’a pas assisté, et qu’il imaginerait) dont Emma est le personnage central. Ce « nous » implique une solidarité de l’auteur vis à vis de Charles. Ce "collègue de Charles" est très proche de Flaubert.

Il n’empêche pourtant pas que l’on ait de la difficulté, parfois, à saisir le point de vue de ce narrateur aux phrases assassines.
 

L’exercice de style : Zola dira que Flaubert change considérablement le roman après  Balzac

«  Il l’a assujetti à des règles fixes d’observation, l’a débarrassé de l’enflure fausse  des personnages, l’a changé en une œuvre d’art harmonique, impersonnelle, vivant de sa beauté propre ainsi qu’un beau marbre ».
Cela n’incite pas nécessairement à la lecture ; le marbre est froid, dur et inattaquable. Vous vous souvenez de Plus que le marbre froid me plaît l'ardoise fine? Mais dans Madame Bovary, vous trouverez les deux! 

Le lecteur se prend d’amitié pour Charles,  Emma et Léon (des « losers » comme on dit à présent) et trouve que les  autres sont bien campés.


Les émois de Charles sont les nôtres : « il prit l’habitude du cabaret, avec la passion des dominos. S’enfermer chaque soir dans un sale appartement public pour y taper sur des  tables de marbres de petits os de mouton marqués de points noirs, lui semblait un acte précieux de sa liberté  qui le rehaussait d’estime vis à vis de lui-même. C’était comme l’initiation au monde, l’accès des plaisirs défendus ; et, en entrant, il posait la main sur le bouton de la porte avec une joie presque sensuelle ».


Il est apte à s’enthousiasmer pour ce qui lui paraît défendu. Et ce sont de toutes petites choses, des joies minuscules, qui peuvent sembler banales, parce que Charles, vous l'aurez remarqué, tout lui est refusé dans la vie, et depuis toujours. Un " loser"  grande pointure. Je ne dirais pas "un pauvre type". Bien au contraire...j'aime beaucoup Charles.


Emma aussi, comme nous tous, se plaît à ce qui lui résiste, ce qui  se dérobe à elle.

Mais  elle ne trouve pas  les fruits défendus  si facilement que Charles. C'est là le noeud de l'intrigue.

 

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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 17:16

4166S57SA4L.-AA240-.jpgMoravia Alberto ( Rome, 22 /11/ 1907- Rome 26/0/ 1990)

 
Eléments biographiques :
 

Fils d’un architecte, famille juive, ni rite ni conviction religieuse ; sa mère préfère le catholicisme. Formation marquée par une maladie ( tuberculose osseuse) et le fascisme montant puis triomphant ( 1917-1927). Mussolini prends les pleins pouvoirs en 1925.

1929 ; parution de « les Indifférents » qu’il avait commencé à l’âge de 17ans.


En suite, pendant quinze ans il fait de « l’expérimentation littéraire » selon des propres mots. On retient « L’imbroglio » et « Rêves du paresseux «


En 1943 Mussolini est arrêté et constitue dans le sud de l’Italie une « république sociale » qui s’achève avec la défaite allemande. Menacé par les rafles allemandes, Moravia se réfugie avec Elsa Morante son épouse, dans un village de la banlieue romaine. Il vivent alors dans une communauté paysanne pauvre dont il fit plus tard la description dans un roman « La Ciociara » en 1957.

Avec la fin de la guerre, Moravia publie « Agostino » en 1944 et retrouve la notoriété des « Indifférents «. On considère qu’il est un des représentants du courant néo-réaliste avec Pavese. On admire chez lui l’analyse psychologique ; mais il se réclame de l’existentialisme sartrien dans des œuvres comme « Le Mépris « en 1954 , « L’Ennui » en 1960 ; on apprécie ses « fresques sociales » ses descriptions d’individus aux prises avec la société dont la vie difficile, violente rappelle celle des « Ragazzi di vita » que Pasolini , dont il est l’ami, montre au cinéma. Dans cet ordre d’idées , il convient de citer « Le Conformiste « en 1951 (mis en scène par Bernardo Bertolucci, 20 ans plus tard), « La Provinciale et autres récits »,en 1952, « Nouvelles romaines » en 1954.

Il fut également voyageur et journaliste pour Le Corriere della sera et livre ses réflexions sur le monde contemporain qui ont été publiées. Considéré par certains comme un compagnon de route des communistes, il ne s’engagea jamais mais accepta en 1984 de se porter candidat à l’élection au parlement européen et fut élu sur une liste d’indépendants de gauche.

Il vécut 25 ans avec Elsa Morante, 18 avec Daria Maraini, dix avec Carmen Llera, sans compter de nombreuses aventures féminines.

 

 
 
Le Mépris.

Richard Molteni, scénariste, et Emilia sa femme forment un couple sans histoire mais Emilia se montre d’une froideur déconcertante, et un jour dit à son mari qu’elle ne l’aime plus et même qu’elle le méprise. Le récit est consacré aux vains efforts déployés par Richard pour tenter de comprendre. Ai-je commis une faute ? Me méprise-t-elle pour ce que j’ai fait ou pour ce que je suis ?

Emilie le quitte, et meurt peu après la rupture, d’un accident de voiture.

Molteni envisage d’écrire ses souvenirs à la première personne, pour comprendre ce qui s’est passé. Les récits rétrospectifs, assortis de réflexions, doivent préluder à l’écriture proprement dite du narrateur.


Au début de leur union, ils habitaient dans une chambre meublée ; Richard écrivait pour le théâtre mais n’avait que de petits revenus. Emilia souffrait de n’avoir pas de maison. C’est à la suite d’un achat d’appartement qu’il se voit contraint, pour payer les échéances, de devenir scénariste pour des films à succès, emploi qui lui est proposé par un producteur de cinéma ( Battista). Richard n’aime guère ce travail, qui n’est pas, pour lui, créatif . De plus, il est au service de Battista qui s’oppose à toute sorte de productions (par exemple, au réalisme dans le cinéma, parce qu’il montre des aspects négatifs de l’existence). Emilia se prend d’aversion pour Battista alors même que Richard tente de composer avec lui. Dans le même temps elle devient froide à l’égard de Richard ; il comprend d’autant moins son attitude que c’est pour elle qu’il a dû prendre cet emploi déplaisant.

Suit la scène pénible : Emilie lui dit qu’elle ne l’aime plus et qu’elle le méprise. Elle ne dit pas pourquoi.


II
Richard et Emilia partent travailler à Capri. Battista et Rheingold, metteur en scène allemand, tournent un film sur Ulysse, et Richard doit se joindre à eux.

Rheingold explique que cette histoire mettra en lumière le problème conjugal entre Ulysse et Pénélope : Ulysse tarde à rentrer à Ithaque non par goût pour l’aventure ou du fait du hasard, mais parce qu’il craint, en retrouvant sa femme, d’essuyer son mépris à cause des prétendants qu’il a laissé s’installer dans sa maison et combler Pénélope de leur dons. Il ne s’est pas comporté en « homme ». Pire : il multiplie les obstacles pour retarder son retour et aggrave la situation comme en témoigne le nombre d’indésirables qu’il a dû finalement affronter... Le travail de Richard est d'écrire un scénario sur ce sujet,àpartir de l'Odyssée.

Richard ne peut éviter de le comparer à sa propre histoire ; il craint qu’Emilie le méprise pour les mêmes raisons, et finit par comprendre qu’il a donné à sa femme l’impression qu’il souhaitait qu’elle séduise Battista pour améliorer leurs revenus. Bref qu'il l'a prostituait...

Qu'y-a-t-il de vrai dans tout cela?


Malgré tout, il ne croit pas à l’interprétation de Rheingold, et a pour ce film des idées précises qui le mènent à cent lieues de son « problème conjugal ».

Se considérant dans une impasse, il décide de rompre avec Battista, de renoncer au film et plier bagage illico avec Emilie.

Cependant, Emilie a sans doute cédé à Battista : elle part avec lui en voiture et l’accident se produit peu après.


III  


Malgré les faits , ce qui s’est passé est loin d’être clair ; qui était vraiment Emilie ? Et lui-même ? A-t-il poussé Emilie dans les bras du producteur ? Si c’était le cas, l’a-t-il fait parce qu’ils ne s’entendaient plus ? Sinon est-ce une méprise d’Emilie qui la conduit au mépris? Pourquoi l’accident ? Ne pouvant répondre aux questions il commence à écrire « pour exorciser « un fantôme"


Roman d’analyse psychologique, le Mépris s’explique au premier abord par des considérations d’ordre social qui rendent Emilie moins « mystérieuse » que son amant ne le voudrait. L’origine sociale modeste d’Emilie la conduit à s’éloigner de Richard ; c’est avant tout une femme d’intérieur qui se plaît à s’occuper de sa maison. Lui est surtout préoccupé d’écriture et de théâtre. Tous deux s’ennuient peut-être ensemble et ne se l’avouent pas pour préserver leur entente sexuelle.Là, j'interprète, je lis entre les lignes...


Lorsque Richard lui présente le producteur Battista,si elle le soupçonne de vouloir la lui vendre, c’est que Battista est plus proche d’elIe. Il ressemble aux hommes qu’elle a dû côtoyer autrefois, dans son milieu social : inculture, vulgarité, promptitude à la séduire sans y mettre les formes. Si Richard ne s’aperçoit de rien, c’est qu’il ne veut pas savoir. Aussi se demande-t-on s’il ne cherche pas à se débarrasser de sa femme tout simplement, sans nécessairement chercher à la « vendre » ?

S’il la juge mal, pourquoi cède-t-elle au producteur ? Mais cet accident ne serait-il pas un suicide maquillé ?

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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 08:37

1ere parution 1885.

 

Etienne Lantier fils de Gervaise ( héroïne de l'Assommoir), arrive à Montsou, une nuit de fin d'hiver,vers 1860, venant de Lille où il a perdu son emploi de machineur pour avoir giflé un chef. Il s'arrête près d'un puits d'où l'on extrait le charbon, pour se chauffer. Il y rencontre le vieux père Maheu que l'on appelle Bonnemort, qui travaille de nuit. Etienne sympathise et se fait embaucher comme mineur, lui qui a toujours travaillé en usine. C'est la fosse du Voreux qui l'accueille : le «  Voreux «  est vorace, il engloutit tous les petits matins une grande quantité de mineurs de huit à soixante ans, pour les envoyer à sept cent mètres sous terre extraire des blocs charbon et les charger dans des wagonnets, pendant dix heures de suite. Il sont payés trente à cinquante sous la quinzaine suivant le rendement.

 

Embauché grâce à Maheu le fils de Bonnemort, Etienne sympathise avec cette famille de sept enfants, qui souffre de malnutrition chronique. Il s'éprend de Catherine la fille de la maison, mais, déjà courtisée par un garçon brutal Chaval,elle n'arrive pas à fair valoir ses sentiments. L'amour est un luxe que ne peuvent se payer les ouvriers ( pas plus que les bourgeois d'ailleurs...).

Etienne est logé à l'auberge du Bon-Joyeux, tenue par Rasseneur, socialiste modéré.Il fait la connaissance de Souvarine, ouvrier Russe anarchiste, qui a fui son pays. Entre les deux, Etienne va affirmer sa conscience politique qui le porte vers le communisme.

Peu de temps après son installation, les mineurs apprennent que leur maigre salaire va être réduit. Etienne cherche à convaincre les mineurs de se mettre en grève. Avec l'aide de Pluchart un ouvrier du Nord, il leur fait créer une caisse de prévoyance, et les fait adhérer à l'Internationale socialiste....

 

 

Cependant Etienne a des adversaires : le directeur de la mine Deneulin, et des petits actionnaires qui vivent du travail des ouvriers. Ainsi que le grand capital,que nul personnage ne représente, notion qui reste abstraite aux ouvriers.

 

Ce roman mérite d'avoir survécu, témoignage inoubliable de la vie et des luttes de classes des mineurs au dix neuvième siècle.

On partage l'existence de ces personnages , on découvre avec effroi ces existences toutes de souffrance.

L'initiation d'Etienne Lantier, pendant son premier jour à la mine nous fait froid dans le dos. Dix heures par jour à sept cent mètres de fond perdus dans des galeries, qui évoquent aussi bien l'antique Labyrinthe, que les feux de l'Enfer, ceci sous la plume inspirée de Zola, nous devenons claustrophobes et étouffons, c'est dire le talent de l'auteur.

 

 

Etienne est un personnage pétri de contradictions comme on les aime : les mineurs sont ses camarades et il partage leur misère de classe sociale incroyablement opprimée; mais il se sent aussi supérieur à eux, rêve d'une carrière politique à Paris, se grise de son pouvoir , d'influencer tant d'hommes …

Des hommes mais aussi des femmes. Lors de la révolte, elles seront les plus actives à l'offensive, et l'un desmoments clef sera peut-être la vengeance sanglante contre l'épicier Maigrat, un commerçant vénal qui donnait quelques provisions aux ménagères et à leurs filles en échange de relations sexuelles.

 

Titre : Germinal est l'un des mois imaginés par les Révoultionnaires de 1992 pour remplacer le calendrier et inaugurer une ère nouvelle.

Mais le peuple de Germinal n'est pas celui de la Révoution française. Ce peuple est devenu le prolétariat, les travailleurs des mines ,des usines et des chantiers, ainsi que l'a transformé la révolution industrielle.

Ce titre peut néanmoins faire penser à un dénouement heureux. L'action a duré un an; Etienne est arrivé fin mars et repart au mois d'avril de l'année suivante, il veut croire que les mineurs sont désormais acquis à la lutte sociale et que la Révolution germe en eux. Je les trouve moi, p)lus démunis qu'auparavant... à vous de voir!

 

 

 

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