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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 23:38

10/18 ( Domaine étranger), 2002 ( 1ere édition japonaise en 1992), 224 pages.

 

Hajime a rencontré Shimamoto alors qu'ils étaient encore enfants. Il se vivait différent des autres, parce qu'enfant unique, elle l'était aussi. De surcroît Shimamoto boitait suite à une poliomyélite. Avec la fillette il écoute de la musique (classique notamment) et lit beaucoup.

Cette relation privilégiée l'entraîne dans une vision du monde féminine, et l'éloigne encore davantage du groupe.

Mais au seuil de l'adolescence, il cesse de voir Shimamoto, comme s'il la fuyait.

 

Vingt ans plus tard, Hajime a connu des liaisons insatisfaisantes et s'est résigné à épouser Kukiko, femme au foyer, sans piquant, mais dévouée et bonne mère. Il a réussi à ouvrir un club de jazz , grâce à son beau-père, et s'ennuie.

Shimamoto, il l'a revue un jour de pluie, et suivie : lorsqu'elle s'enfuyait il s'est trouvé nez à nez avec un inconnu qui lui a donné une somme d'argent pour se taire, le prenant pour un autre...

Un soir de pluie, Shimamoto apparaît dans son club. Belle, maquillée, ornée de bijoux, mais sans bague, ne boitant plus. Elle ne veut rien dire de son existence.

Ils renouent, et vont une journée faire un voyage près d'un fleuve, où Shimamoto disperse les cendres d'un bébé qu'elle a eu l'an passé et qui n'a pas survécu.

Cette expérience forte les rapproche et ils décident de s'enfuir tous deux...

 

 

Cette aventure sentimentale évite le romantisme et la facilité, ce qui, avec de tels ingrédients, n'était pas gagné.  Shimamoto conserve son mystère, et une personnalité hors du commun,  même si on la soupçonne de se faire entretenir par un  souteneur, et de devoir tremper dans des affaires louches, ce qui n'a rien de beau ni d'original. C'est dans sa façon d'apparaître les soirs de pluie,  de s'éclipser sans que le narrateur s'en aperçoive, d'être fardée sans avoir l'air d'un mannequin ou d'une actrice, sans jamais de vulgarité, dans ses propos et ses gestes simples et profonds, si bien qu'elle transcende sa condition, et que jamais  Hajime n'essaie d'imaginer  les détails de sa sinistre existence.

Les deux protagonistes communient avec des morceaux de musique fétiches comme la chanson « the Star-Crossed Lovers » qui renvoie au titre du récit. Au Sud de la frontière c'est encore l'espoir, à l'Ouest du soleil, au contraire, c'est la fin, comme le relate ce récit inséré dans le texte à propos d'un paysan qui part chaque matin dans son champs et repart le soir après une journée de labeur où il n'a vu que le champ et le ciel, où le soleil décline vers l'ouest : un soir il s'en va vers l'ouest et disparaît...  

Le récit est donc hanté par la mort. L'expédition d'Hajime et de Shimamoto à la campagne le long d'un fleuve, en plein hiver, est d'une poésie sombre et  effrayante, amenée par petites touches, poésie à laquelle participent  les éléments liquides ( neige, eau, pluie)dont Shimamoto a besoin pour se maintenir en vie.

 

«  Un étroit chemin non asphalté serpentait le long du fleuve. J'ignore où il menait, mais il était terriblement désert et silencieux, et paraissait interminable...la neige accrochée aux talus formait de lignes blanches droites et nettes. Les corbeaux, innombrables, lançaient des cris brefs à notre vue, comme pour signaler notre arrivée à leurs camarades... nous pouvions voir de tout près leurs pattes aux couleurs vives et leurs becs acérés comme des pointes. »

Au retour de ce petit voyage funèbre, Shimamoto est victime d'une sorte  d'hypothermie assez sévère, et son compagnon croit voir la mort personnifiée...

 

 

 

Ce récit de Murakami m'a plu bien davantage que « Kafka sur le rivage ». Je l'avais d'ailleurs abandonné en cours de route.

Il appartient  à une source d'inspiration bien différente : un type de récit plus intimiste, plus sobre, avec presque toujours deux personnages principaux dont une femme mystérieuse, qui dissimule bien des choses la concernant, et que le narrateur aime ou par qui il est fasciné. Autour de ces éléments forts simples, c'est la vie et la mort de toute chose qui est ainsi, avec bonheur, mise en texte.

 « Les Amants du Spoutniks », appartient aussi à ce type de récit (avec des éléments de littérature fantastique) ainsi que « la Ballade de l'impossible » que je lirai sans doute aussi.

 

Lu dans le cadre de Blogotrésor choix N° 2

 

 

Lire aussi la chronique de Lou

 

 

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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 13:53

Phébus, 2008. 265 pages.


La narratrice est sur son lit de mort, du moins l'espère-t-elle. Une jeune fille la veille, qui s'est endormie. C'est donc la mourante qui veille la garde-malade. Laquelle lui rappelle une autre jeune fille qu'elle a souvent vue dans sa chambre autrefois, une autre jeune fille dont le souvenir la hante, ainsi la vision de son frère qui venait la rejoindre dans cette pièce, en escaladant la fenêtre de cette chambre de célibataire,  qui pourtant, n'a pas été de tout repos.

 Rejoindre qui ?

 

Peu à peu les fantômes se mettent en mouvement et la femme revoit sa vie entière, par fragments, images qui surgissent, récits, hypothèses (les questions sans réponses l'ont en partie maintenue en éveil).

Elle descend d'une famille néerlandaise implantée en Afrique du sud depuis plusieurs générations.

Sa mère a beaucoup souffert « elle vient d'une famille de  nomades qui sillonnaient le Karoo...avec une carriole déglinguée, quelques chiens squelettiques, et un petit troupeau de moutons rongés par la gale... petit groupe de nomades désespérés dans le soleil hivernal » ; cette femme, ne l'aime pas, la tolère à peine, elle ne s'explique pas entièrement pourquoi ?

Elle nous donne son patronyme, pas son nom, ni celui de ses parents qui resteront Papa et Maman et la manière dont ils furent nommés dans les propos des voisins qu'elle fut apte à surprendre au cours de sa vie. Une vie qu'elle n'a pas vraiment vécue sauf par procuration. «  Jakob, Pieter et moi-mais de moi que dire ?- ... nous avion hérité de la nature passionnée et du tempérament de Maman, mais tandis que les garçons n'avaient jamais appris à brider leur caractère ni à dissimuler leurs sentiments, l'on m'enseigna de bonne heure à rester tranquille, à obéir, et à accepter tant et si bien su les sentiments se sont recroquevillés tout au fond de moi et ont proliféré sous la surface »

 

Nous entrons dans l'intimité de cette femme qui n'en a jamais eu nous dit-elle. Vivant dans l'ombre de ses parents, et même des domestiques,  seulement «  tolérée » ayant «  le gîte et le couvert » à condition de participer aux travaux du ménage, et de ne se mêler de rien, de ne rien réclamer..., elle  a survécu, et compare le savoir qu'elle a accumulé «  au renflement de la terre qui révèle les routes cachées le long desquelles la taupe a creusé son tunnel ».

 

A défaut de s'entendre avec les gens, la narratrice a beaucoup aimé la pays où elle a toujours vécu et le célèbre avec lyrisme

«  Pays pauvre, pays rude pays chéri. Comment ai-je pu vivre ici toute ma vie sans jamais te regarder ou si peu, me contentant de temps à autre de coups d'œil furtifs, qui m'ont laissée inassouvie, brûlant du désir de te revoir ? Pays impitoyable... où le chat sauvage déchiquette le mouton et où l'aigle fond sur l'agneau.. Pays de lumière, pays gris aux reflets argentés qui s'éloigne de moi dans la nuit : émerveillée, je contemple la branche d'auryop étincelante dont les feuilles en spirales touffues capturent le reflet de lumière... et les rochers brillants d'un éclat terne sur les crêtes »...

 

 

Si cette femme a vécu si peu, elle le voit comme un destin, aggravé par la traumatisme qui la frappa encore presque enfant : la fascination exercée sur elle par le couple de son frère Pieter et sa belle-sœur Sofie, en particulier le jour du bal donné pour le mariage de Sofie avec Jakob, son véritable époux. «  Sans se préoccuper le moins du monde de l'absence de Jakob...Sofie dansa toute la nuit... mon frère Pieter tout aussi infatigable qu'elle,  lui servait de cavalier. Toute la soirée les invités admirèrent la souplesse de son corps tandis qu'il évoluait... Pieter en bras de chemise et Sofie dans sa robe étincelante de satin noir, réunis dans le nuage de poussière que les pieds des danseurs soulevaient ... réunis dans la lueur dorée des bougies finissantes... réunis dans un rêve tandis que dans un coin une enfant observait, écoutait se souvenait ».

 

Il y a un quelque chose de Lol V Stein chez cette narratrice non nommée, bien que l'écriture de Karel Shoeman n'évoque en rien celle de Marguerite Duras.

Le couple qui la fascine, semble s'être donné rendez-vous dans sa propre chambre ( elle ne sait pas si elle l'a rêvé ?), elle se vit comme spectatrice incognito de leurs étreintes , ils s'enfuient, soupçonnés de crime ; la narratrice fuit aussi dans le veld, perd l'esprit, tombe malade et se réveille longtemps après. Par la suite, elle cherchera encore et toujours à  retrouver les traces de Sofie et Pieter, des lieux où elle suppose qu'ils se réfugièrent. Cette absence à sa propre vie, dont elle sauve cependant la faculté de réfléchir de s'émerveiller, de profiter de précieux instants de solitude, elle ne la regrette pas : elle n'aurait pu vivre quelque chose d'aussi remarquable  que Pieter et Sofie. Seuls, de minables mariages de raison lui étaient promis...

 

Merci à Dominique qui m'a donné l'idée de lire ce beau livre.

 

   

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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 23:05

Gallimard, 1999.

 Roman psychologique avec des analyses de société.

Jane reçoit un paquet un manuscrit anonyme qui décrit sa propre vie sentimentale compliquée et sa carrière universitaire de professeur de français à Yale ceci sur une bonne décennie...

Elle lit avec surprise et inquiétude, se demandant qui peut bien en être l'auteur, qui donc en sait autant sur elle, et réfléchit : une de ses meilleures amies ? son ex-mari, d'autres amants du temps passé ? son ami Francisco ? le  collègue  Bronzino à la fois bienveillant amoureux et hostile ?

 

Ce  manuscrit qui raconte à Jane sa vie est une bonne idée d'intrigue, mais n'est pas exploitée suffisamment pour donner de très bons résultats ; il aurait fallu que Jane ne se reconnaisse pas aussi bien dans l'héroïne du manuscrit, qu'elle en critique des passages, de telle manière qu'on aie l'impression que cette Jane du manuscrit est une autre version d'elle, vraie et fausse à la fois. Cela aurait apporté l'ambigüité nécessaire à la crise d'identité que suggère précisément une intrigue de ce type.    Il  n'est pas agréable que les deux Jane ne fassent qu'un ; or c'est ce qui arrive, car Jane ne cesse de s'étonner que l'on en sache autant sur elle ! Mais pas que d'autre part on en sache aussi peu...

 

 

 

 

 

 


 

De sorte que le personnage du narrateur de ce livre dans le livre n'a pas assez de relief.  

Ensuite, dans l'histoire elle-même, j'ai trouvé de très bonnes choses : la relation de Jane et d'Eric est fouillée et finement analysée ; ses rapports avec Josh, Francisco, et Bronzino sont bien vus, les problèmes de carrière sont intéressants, en particulier les problèmes de titularisation, la jalousie des collègues, le travail de prof épuisant.

Mais les personnages qui occupent les cent dernières pages sont hâtivement campés, me semble t'il, et nuisent au reste du livre. On se prend alors à regretter que le style soit correct mais peu original, détail que je n'aurais pas songé à critiquer au début. Lorsque arrive le personnage d'Alex, je me suis rebellée : encore un ! et j'ai passé des pages, manquant presque la révélation finale !

Pour autant, ce roman ne manque pas de qualités, et j'en lirai certainement un autre.    

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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 23:03

  

      Zulma, 2009

    Un couple de retraités vient d'acheter un pavillon dans la résidence «  Les Conviviales » dans le sud de la France. Odette et Martial ne regrettent pas leur achat, mais ils s'ennuient. Il n'y a encore personne dans cette résidence, sauf le gardien, patibulaire, qui fait songer à un ministre de l'intérieur particulièrement sinistre... et il pleut tout le temps cet hiver sur la côte dite d'Azur... Martial compte ses clous et ses vis en vue de faire du rangement  pour le prochain bricolage, et son épouse s'essaye à la cuisine tropicale, celle qui fait se réveiller la nuit pour avaler plusieurs Alka-seltzer en même temps.

  Mars arrive : enfin, des voisins ! Maxime et Marlène ... de loin  Marlène fait drôlement jeune, mais je te parie qu'elle a soixante -dix ans !! son mari a des dents bien trop blanches. Où a-t-il pu dénicher une telle prothèse ? (des snobs ?)et ce piano blanc qu'ils amènent ? Qui est-ce qui en joue ?

 

De fil en aiguille, la résidence s'anime lentement, une « dame seule » vient y loger, une animatrice est embauchée pour le foyer socioculturel, la piscine ouvre... et des gitans s'installent dans les environ : des gitans !!!  Le gardien s'agite, Maxime veut protéger son monde...une arme à feu fait son apparition, les résidents vont de mal en pis. Problèmes sociaux, amoureux, technologiques, conflits de classe et d'intérêt, on n'en finit pas d'endurer les catastrophes dans cette maudite résidence...

Un humour très noir, une satire sociale très bien faite, un suspens sans faille. Des personnages de beaufs, suffisamment humains pour que la caricature soit évitée.

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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 10:03


Actes-sud ( Babel) 2000, 566 pages.

 

Bob Dubois réparateur de chaudière dans une petite ville du New Hampshire, laisse éclater sa rage à la veille de Noël 1979. Il n'en peut plus d'être ouvrier et de gagner un salaire de misère, même en faisant des heures supplémentaires la nuit.

Là-bas, en Floride, son frère Eddie et son pote Avery font «  des affaires », mènent la « grande vie », eux qui sont débrouillards... ils ont  promis à Bob un avenir riant.

En dépit de ses nombreuses qualités humaines, Bob est assez violent, et  sa femme n'a d'autre choix que d'accepter de tout quitter et de partir en Floride avec leurs deux fillettes.

Au paradis des moustiques et des escrocs, il ne devient pas, comme il le croyait, un self-made--man, un homme d'affaire aisé. A l'imitation de ses acolytes, il doit se lancer dans des opérations de petite et moyenne délinquance, dont il se sort mal, n'ayant pas l'âme d'une canaille, et aucune aptitude pour la malversation.


Pendant ce temps, en Haïti, l'autre héroïne, Vanise, une jeune femme pauvre, vit dans une hutte, à la merci du chef du village qui lui a fait un enfant et la délaisse déjà.

Un jour, elle  doit s'enfuir avec son neveu, son bébé, et un peu d'argent qu'elle cachait sous un matelas. En proie à la disette, ils ont volé un jambon, et sont menacés de mort.

Le bateau qu'ils ont pris doit les débarquer en Amérique, où elle a un frère,  mais on les lâche sur la minuscule île de Caicos, très loin de la Floride. Vanise n'a plus de ressources, doit travailler dur et vendre son corps, juste pour survivre avec les enfants, en espérant qu'un autre bateau l'emmène un peu plus loin...


Contées en alternance, ces deux histoires vont faire se rejoindre Bob Dubois et Vanise, au terme d'un éprouvant périple d'un peu plus d'un an...

 

Le roman est très touffu, riche, réaliste et poétique en même temps. La description de cérémonies Vaudou, les mises en perspectives du narrateur à  grands renfort de considérations cosmiques ne me convainquent qu'à moitié. En revanche, les deux histoires sont d'une grande intensité, et témoignent d'une lucidité implacable.

Le roman est pourvu d'une invocation en guise de prologue, et d'un envoi au terme du récit, comme dans les ballades. Ces deux textes sont très beaux.

Les deux personnages, victimes de l'exploitation de l'homme par l'homme, y sont magnifiés.


La dernière phrase du livre «  va mon livre, va détruire le monde tel qu'il est »  beaucoup d'illusions sont en effet détruites par ce roman.

 

Titre original «  Continental Drift », 1985.


Ce roman de Banks malgré ses longueurs m'a plu davantage que " De beaux lendemains".

Ma préférence va , sans conteste au recueil de nouvelles " l'Ange sur le toit".

 

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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 16:42

 

Métailié ( Suites) 1998, 504 pages.


Un livre qui m'attendait depuis longtemps, puisque j'ai écrit sur 2eme de couverture  janvier 1998, 76 F.


Sont réunis une cinquantaine de nouvelles et trente auteurs de fiction de tous les pays d'Amérique latine dont quatre femmes ( Silvina Ocampo, Gloria Alcorta, Luisa Mercedes Levinson, Elena Garro ).

Chaque auteur est présenté par une mini-biographie en italique et une explication de son œuvre et de l'évolution de celle-ci.

Evidemment tout cela peut sembler daté ! De nos jours, onze ans plus tard,  on ne parle plus des mêmes auteurs, excepté quelques grands classiques... ! La mode change à une vitesse stupéfiante.

Cette année Métailié a sorti un recueil de nouvelles  mexicaines pour le Salon ; mais je ne l'ai pas acheté. Il me fallait lire celui-là.


Certains des auteurs présentés sont de grands classiques tel Borges et Cortazar ; d'autres ont été célèbres et on n'en parle pas en ce moment ( Alejo Carpentier...).

Les nouvelles participent de ce réalisme magique qui est l'apanage de la littérature latino. « Nous n'avons pas à être surréaliste, a constaté Octavio Paz puisque nos pays le sont par nature. »( cité dans la préface).


J'ai relu pour la énième fois et sans m'en lasser «  le Sud » de Borges, l'une de ses meilleures nouvelles et de ses plus accessibles. On souffre toujours avec Johannes Dahlmann, fonctionnaire en bibliothèque à Buenos Aires, qui désire secrètement une destinée héroïque comme l'un de ses ancêtres «  qui mourut sur la frontière de la province de Buenos Aires, percé par les lances des Indiens de Catriel » et la réalise en rêve de façon incroyablement  réelle, alors qu'il est sans doute en train de mourir dans un lit, ou de dormir dans un train.

«  Aveugle pour les fautes, le destin peut être implacable pour la moindre distraction » profère le narrateur à propos de l'accident qui mena Dahlmann à succomber à son désir. Le conte est tout aussi plein de sentences que de suspense et d'éléments poétiques. Un récit parfait.


J'ai bien aimé aussi le conte d'Oscar Cerruto  (auteur bolivien né en 1912),  «  les Vautours » qui met en scène un homme qui prend un tramway, y remarque une jeune fille ; le tramway est victime d'un accident, mais notre homme, le voit continuer sa route, indéfiniment, passer des territoires improbables du désert au pôle nord, tandis que tous les passagers sont figés et ne bougent plus. Lui-même ne peut descendre, et attribue de fait à l'attraction  que la belle jeune fille lui inspire. Enfin, lorsque les fameux vautours viennent envahir la tram et attaquent les passagers, il devient de plus en plus évident que ce que l'homme nou narre avec un luxe de détails étranges et baroques, c'est ce que lui inspire son agonie car le tramway a réellement été accidenté et l'allure curieuse des autre voyageurs s'explique parce qu'ils sont morts. Mais rien n'est dit explicitement...


Dans la Maison en SucreSilvina Ocampo évoque des cas de possession et dédoublement ( une femme se prend pour la précédente locataire de la maison où elle emménage et lui dérobe sa personnalité)


Dans «  Retour aux sources », Alejo Carpentier ( auteur cubain du célèbre« Siècle des Lumières ») narre le temps qui fait marche arrière, transformant un mourant en homme en bonne santé puis le transportant vers son enfance, sa vie utérine, tandis que les meubles de la maison où il vit, abandonnent leur  forme pour revenir à l'état naturel.

 

Horacio Quiroga rapporte des fables animalières et César Vallejo( péruvien) une histoire de fou qui se prend pour un homme sain d'esprit et se voit entouré de villageois qui se prennent pour des singes ( Les Caynas) de sorte que l'on ne sait plus à la fin qui est fou... 

Sergio Galindo( Mexicain)conte «  L'homme aux champignons,  tragédie familiale de vengeance filiale...


l'humour est au rendez vous avec Juan-Jose Arreola (Mexicain) qui dans l'Aiguilleur met en scène un voyageur qui n'arrive pas à prendre son train : l'aiguilleur lui explique que les trains sont censés circuler mais ce n'est que virtuel et hypothétique «  le prochain tronçon de chemins de fer nationaux va être construit avec l'argent d'une seule personne qui vient de dépenser son immense fortune en billets d'aller et retour pour un trajet ferroviaire dont les plans qui comprennent des tunnels et des ponts n'ont même pas encore été approuvés par la Compagnie ... dans son désir de servir les citoyens la Compagnie ... fait circuler des trains dans des endroits impraticables. Ces convois expéditionnaires mettent parfois plusieurs années pour effectuer leur trajet, et la vie des voyageurs peut subir des transformations importantes...les décès  ne sont pas rares mais la Compagnie qui a tout prévu, ajoute à ces trains un wagon-chapelle ardente et un wagon-cimetière. Il faut voir avec quel orgueil les mécaniciens déposent le cadavre d'un voyageur-luxueusement embaumé- sur le quai de la gare mentionné sur le billet... »


Comme plusieurs de ces nouvelles, le véhicule de transport assume sa métaphore avec le temps qui passe et la course à la mort...


L'excellente nouvelle de Cortazar «  N'accusez personne » que j'ai chroniquée autrefois, se trouve aussi dans ce recueil.


Enfin, la nouvelle politique est bien illustrée par «  La Tache indélébile » de Juan Bosch( auteur dominicain de l'excellent recueil «  Vers le port d'origine »)  qui se déroule dans un pays totalitaire, où les citoyens se voient convoqués pour s'enlever leur tête qui sont ensuite exposées dans une vitrine...


Le recueil est précédé d'une préface de Claude Couffon, qui a assuré un certain nombre des traductions du livre. Il est utile de la lire, mais seulement après avoir pris connaissance des textes proposés.

 

Lettre H du challenge ABC ( je n'en ai lu que deux ...!)

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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 17:15


folio-bilingue.

J'ai acheté cet ouvrage au Salon du Livre, voulant par là jeter un coup d'œil sur le texte original, que je peux suivre, sans toutefois bien connaître l'espagnol. Mais Folio-bilingue n'a retenu que trois nouvelles ! Le recueil en contient dix-huit...

Je n'avais pas vu la mention «  choix » en dessous du titre.

J'avais aimé l'atmosphère fantomatiques et le concert de voix d'outre-tombe ( chœur, discutions, confidences...) de Pedro Paramo.

Ici, c'est plus ardu de s'impliquer dans ces courtes nouvelles.

 

Le Llano : c'est la terre qui a été distribuée aux paysans après la révolution mexicaine de 1920.  La plus grande confusion règne. Le gouvernement est en dessous de tout, et une rébellion fait se dresser les hommes les uns contre les autres.

C'est le contexte, mais le choix fait par l'éditeur de ces trois nouvelles ne nous met pas en contact avec la situation politique.

La première fait entendre la voix d'un homme en fuite, qui vient de tuer toute une famille La narration décrit sa fuite, la conjugue à sa voix.  En alternance, une autre voix celle de celui qui le poursuit pour venger les siens.

«  Il a fait du bon travail. Il ne les a même pas réveillés. Il a dû arriver vers une heure quand le sommeil est plus lourd ; quand les rêves commencent ; quand après le «  dors bien, on remet sa vie entre les mains de la nuit et quand la fatigue du corps ronge les cordes de la vigilance et les casse ».

«  Je n'aurais pas dû les tuer tous, a dit l'homme. Au moins, pas tous ». C'est ce qu'il a dit.

... Tout en bas, la rivière court, fait ballotter ses eaux sur les genévriers en fleur, berce en silence son courant épais ».

... j'aurais dû me contenter de celui que je devais tuer ; mais il faisait sombre et les formes se ressemblaient toutes. Après tout, pour plusieurs en même temps, comme ça, l'enterrement leur coûtera moins cher ».

Ce n'est pas du cynisme, ni même de l'humour noir. On sent bien que notre tueur est absolument sincère dans ces considérations pragmatiques.

Nous comprenons que le fuyard voulait venger un membre de sa famille, et que le poursuivant voudra à son tour venger ce meurtre, d'où l'impossibilité que cela cesse. En plus, le fuyard s'est trompé de personne et les a tués tous, excepté celui qu'il cherchait ( le poursuivant) !

 Puis la voix d'un témoin qui l'a plus ou moins hébergé et nourri, et dont le discours est je n'y suis pour rien...

 

La seconde nouvelle  Talpa est aussi un road-movie désespérant : Une jeune femme Natalia et son frère rentrent  de Talpa, où ils avaient emmené le mari de la jeune fille prier la vierge pour le guérir « depuis le jour où il s'est réveillé avec des cloques violettes un peu partout sur les bras et sur les jambes... les cloques sont devenues plaies, ce n'était plus du tout du sang qui en sortait mais un machin jaune une sorte de copal d'où suintait une eau épaisse. » Ce mal ressemble beaucoup aux ulcères dont souffrait Job et pour lesquels il maudissait le Seigneur. 

Mais il n'a pas guéri «  parce que Tanilo Santos, c'est Natalia et moi qui l'avons tué. Nous l'avons conduit à Talpa pour qu'il meure...nous savions qu'il ne pourrait pas faire un aussi long chemin ».

Les survivants sont écrasés de culpabilité. Evidemment la longue maladie de Tanilo l'éloignait des deux autres ; le frère et la belle-sœur se sont  rapprochés.

 

La dernière nouvelle met en scène Macario, un simple d'esprit qui vit avec sa tante, s'occupe surtout de se nourrir le corps, et évoque la façon dont la femme qui s'en occupe l'empêche de se jeter sur les gens pour les étrangler, les caresses que lui prodigue la servante Felipa. L'auteur de la préface et des notes trouve une grande ressemblance entre lui et Benjy du «  Bruit et la fureur ». Je pense que le rythme est très différent. Bien plus lent dans le Bruit et la fureur, plus effrayant aussi. Et le mental  de même car Benjy avait peur tout le temps ou presque, ayant subi de multiples agressions.  Ce narrateur-là ne se sent pas trop mal dans la vie...

 

Dans l'ensemble ces nouvelles témoignent de l'existence dans ce qu'elle a  d'élémentaire. Ceci fait alterner des notations très réalistes avec une vision presque mystique.

 

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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 23:31

51QFRQE5ZYL.-AA240-.jpgJuan Rulfo : Pedro Paramo. 1992. Gallimard ( L’Imaginaire)

 

Un village du Mexique. Les morts ne s’y tiennent pas tranquilles. Ils évoquent leur passé dans de nombreux et bruyants chuchotements, sans compter les apparitions innombrables qu’ils s’autorisent. Du souvenir des morts, qui forme tantôt un chœur, tantôt se présente sous la forme de confidences verbeuses, surgit l’histoire d’une communauté qui a connu des jours difficiles, des tragédies.

 

Juan Preciado, a promis à sa mère mourante, de venir à Comala, le village de son père, et de le retrouver pour lui demander des comptes. A peine arrivé à destination, il apprend que son père est mort, et qu’il était le père de tous les jeunes gens de son âge, et même de plus âgés que lui, parmi les habitants du village car ce tyran disposait de toutes les femmes de la commune ainsi que de toutes les terres.

 
Comment en est-on venu là ?
 

Ce sont ses acolytes, des hypocrites et des lâches, qui, croyant y trouver leur intérêt, l’ont laissé faire. Puis ceux qui ne voulaient pas de cette situation s’étant trouvés en minorité, ont dû céder.

 

Le curé du village entendait en confession les pires horreurs, et il n’a rien fait pour aider ses paroissiens à lutter contre le tyran. Rongé de culpabilité, il meurt aussi.

 

Juan Preciado ne va pas résister longtemps non plus. Les morts et leur bruyante mémoire ont raison de lui.

 

Il partage un caveau avec Dorotea. Ils se parlent et écoutent les mélopées, plaintes à voix plus ou moins hautes, des autres défunts.

 

Même Pedro Parãmo, le tyran craint et abhorré y va de son histoire. Ainsi que cette étrange Susanna qu’il aimait tant, et qui se mourait de mélancolie dans son lit avant de récidiver au tombeau.

 

Plaintes directes et propos rapportés. Discussion poétique éplorée. Chacun à sa manière raconte comment il ou elle a participé à l’installation du tyran , en a eu horreur et y a aussi trouvé son compte. Pourquoi ?

 
 
 

Expression poétique originale que ce concert de blues funèbre à plusieurs voix qui s’entrecroisent, sans compter les fantômes. Mais c’est le parlé qui domine. Les morts n’en finissent pas de se plaindre et de s’expliquer.

 
 
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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 12:55


 

 

GF-Flammarion, 1985, 340 pages.

Publié pour la première fois en 1951.

 

Marcello Clerici, un enfant de treize ans, livré à lui-même. Ses parents ont de graves problèmes de couple ; son père souffre d'une pathologie mentale sérieuse qui le pousse à des actes de violence incontrôlés.

Le jeune garçon est resté fixé à un stade infantile de développement : lorsque ses parents  vont dans leur chambre, il est persuadé que son père va tuer sa mère :

«  D'abord il ne vit, au fond de la chambre noyée dans la pénombre, derrière  le large lit bas, que les grands rideaux vaporeux des fenêtres, qui, poussés par un souffle de vent à l'intérieur de la pièce, se gonflaient jusq'au plafond. Ces rideaux silencieux, tout blanc dans la chambre sombre, donnaient une impression de désert, comme si les parents de Marcel s'étaient à leur tour, envolés de la fenêtre, dans la nuit estivale. Puis, dans le rayon de lumière qui, de la porte ouverte sur le corridor, arrivait jusqu'au lit, il aperçut enfin ses parents. Om plutôt il ne vit que son père, le dos de son père sous lequel sa mère disparaissait presque complètement, à part les cheveux épars sur l'oreiller et l'un des bras levés vers la tête du lit. Ce bras cherchait convulsivement à s'agripper sans pouvoir y parvenir. Et le père, écrasant sous son propre poids le corps de sa femme, faisait avec ses épaules et ses mains des gestes comme s'il eût voulu l'étrangler.

«  Il est en train de la tuer ! «  pensa Marcel, saisi, s'arrêtant sur le seuil. Une sensation insolite l'envahissait, une excitation combative et cruelle et tout ensemble un vif désir d'intervenir dans la lutte, que ce fût pour prêter main forte à son père ou pour défendre sa mère, car il ne savait encore quel parti prendre. »  

 

Je vous ai cité ce long passage afin que vous puissiez aussi juger si l'écriture vous convient. La langue de Moravia est belle, classique, introspective,  riche de situations ambiguës,  poussant sans cesse à la réflexion.

 

Marcello est violent aussi. Son désarroi se manifeste par des actes de destruction et de cruauté, il massacre des plantes, un chat, rêve de tuer son ami, de posséder un vrai revolver, s'effraie lui-même de ses penchants. On peut penser que ses rêves de violence sont une compensation à son apparence efféminée.

 

Ses camarades de classe le persécutent. Le seul adulte qui s'intéresse à lui est pédéraste et cherche à assouvir des pulsions sexuelles. Marcello réussit à s'emparer de son revolver et tire sur lui avant de s'enfuir. Nous sommes au début du siècle, en 1920.

 

En 1937, Marcello a trente ans...et travaille au ministère de l'Intérieur. Il n'a toujours pas d'interlocuteur, mais collabore activement au régime fasciste. Sous une apparence de respectabilité à laquelle il tient beaucoup et même réussit à s'identifier partiellement, il est délinquant comme autrefois, sans que personne ne s'en aperçoive ou ne s'en soucie.  Mais cela se manifeste de façon plus grave. Il a accepté de participer à l'élimination physique de son ancien professeur de philosophie, Quadri,  opposant actif au régime, et exilé à Paris. Cette mission doit se combiner avec son voyage de noces. Il a épousé une jeune femme qu'il espère assez naïve pour ne pas poser de questions...

 

Ces actions, celle qu'il considère médiocre(le mariage) et celle qu'il sait criminelle (participer au meurtre de Quadri) il les fait pour être comme tout le monde, se conformer aux normes et rompre avec son passé. Bien sûr il est en pleine contradiction avec lui-même ; il ne fait que continuer comme par le passé ! D'autre part, il n'est pas si conformiste qu'il le voudrait. Le vrai conformiste cautionne le régime politique au pouvoir (quel qu'il soit...) certes, mais lâchement, en fermant  les yeux sur tout ce qui lui paraît susceptible de le mettre en difficulté. La vrai conformiste ne se livre pas toujours à des actions criminelles, même s'il peut éventuellement les couvrir, sachant que cela ne lui coûte rien.

 Conformisme et délinquance ne sont pas incompatibles, pas synonymes non plus.

Etre dans la norme, est pour ce personnage une excuse derrière laquelle il se dissimule son désir de destruction, toujours actif.

Marcello lui s'engage à fond dans une entreprise dangereuse. Et pour peu de profit, sinon sa tranquillité d'esprit qu'il n'obtiendra pas. Le fait qu'il  s'en prenne à  un professeur de philosophie est significatif de la haine qu'il porte aux  pédagogues et aux maîtres à penser qui l'ont ignoré dans son enfance. On se rappelle le passage du chapitre 2 dans lequel Marcello, persécuté par ses congénères, et abandonné de ses parents,  demande du secours à son professeur de collège, lequel ne fait qu'aggraver la situation, le rendant encore plus ridicule auprès de ses camarades. C'est donc la vengeance qui le pousse ! Le professeur a une femme, dont il tombe immédiatement amoureux.  Ces moments d'amour nous le rendent sympathique.

Ce sont aussi les seuls moments où il manifeste une aptitude à des sentiments élevés. Le seul moment où il croira à quelque chose. Bien que dans cette subite passion il trouve encore le conformisme le « vrai » : «  Il retrouvait à travers Lina la normalité tant souhaitée ; non pas ce conformisme conventionnel qu'il avait recherché pendant tant d'années, mais un autre conformisme de nature en quelque sorte évangélique. En face de cette normalité lumineuse et éthérée, le lourd harnachement de ses engagements politiques, de son mariage avec Julie de  sa vie raisonnable et terne d'homme d'ordre, ne lui révélait autre chose qu'un déguisement encombrant, adopté dans l'attente inconsciente d'un plus digne destin. « 

Car Marcello, bien qu'il adhère au régime fasciste au point de travailler dangereusement pour eux, n'idéalise pas ses chefs, ni aucune personnalité. Il n'a pas non plus d'estime pour ses supérieurs, guère plus d'estime pour ceux  qu'il sert que pour celui qu'il envoie à la mort... Il n'a pas non plus  de pensée politique, n'adhère à aucune idéologie, reste indifférent à l'égard de la religion.

Tout au plus, dans sa « mission » pense-t-il  apprécier le rôle de Judas qui lui est dévolu.

Il est complètement nihiliste, sans le savoir...et néanmoins fin observateur de la société où il vit, des travers des gens. Intelligent et totalement aveugle.

Plus tard, trop tard, il se rendra compte qu'il se sent responsable de la famille qu'il a fondée, et les a conduits à leur perte.

 

Un portrait intelligent, réaliste, un roman plein de suspense, avec de belles pages. Le meilleur Moravia que j'aie lu jusqu'ici.

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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 11:39

  Gallimard, 1997

Titre original : Der Vorleser, 1995.202 pages

 

 

Au début des années 60, Michaël lycéen de 15 ans, est pris de malaise dans une rue. Une femme  le réconforte et le reconduit chez ses parents. Quelque mois plus tard, guéri de cette jaunisse, l'adolescent va lui porter des fleurs pour la remercier. Il est vivement excité par elle, et une liaison commence entre cette femme de trente ans, receveuse de tramway, et le lycéen, dont la famille est intellectuelle et aisée. Cette liaison dure plusieurs mois. Malgré une forme de sadomasochisme dans la relation, Michaël et Hannah s'entendent bien. Elle s'intéresse aussi à son travail de classe, et aime qu'il lui fasse la lecture des œuvres classiques qu'il étudie. La lecture fait  partie du rituel amoureux. Michaël se sent coupable de ne pas parler d'Hannah à ses amis, même s'il est clair que la liaison doit rester secrète... !

Puis Hannah disparaît subitement sans laisser d'adresse...

Michaël la retrouve quelques années plus tard, alors qu'étudiant en droit il assiste à des procès de criminels nazis. Hannah fait partie des accusés. En 1943, elle a quitté volontairement l'usine où elle était employée pour s'engager dans les SS, et fut engagée comme surveillante dans un camp de déportation.  Elle a envoyé des femmes à la mort...et ne s'en cache pas.  

C'est dans ces mêmes années qu'Hannah Arendt assista au procès d'Eichmann, et en tira son concept de la « banalité du mal ». Eichmann n'était qu'un petit fonctionnaire qui, en se bornant à obéir aux ordres, se rendit coupable de crimes.

Sans faire référence explicite à ce procès, Michaël se pose les mêmes questions, comment appréhender l'holocauste ? Doit-on chercher à comprendre ? N'est-ce pas se rendre complice que de chercher à expliquer de telles atrocités ?

Il se sent coupable aussi, appartenant à cette espèce humaine qui sait si bien faire preuve d'inhumanité.

Michaël souffre et cherche à comprendre comment Hannah a pu en arriver là. Il devine le secret  qui lui fait toujours choisir la pire solution, sans pour autant l'excuser...

 

Il va vouer son existence à réunir témoignages et réflexions sur la période nazie, et entrainer Hannah, détenue, dans son sillage, gardant un contact à la fois distant et familier avec elle...

 

A la fois roman d'apprentissage, récit d'un amour partagé et contrarié, réflexion sur les crimes de l'holocauste, et portrait d'une femme , c'est une œuvre délicate, intelligente, écrite d'une façon classique, simple et captivante.

 

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