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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 23:43

Ce roman, l'un des plus réussis de Virginia Woolf, paraît en 1926, entre «  Mrs Dalloway » et «  Orlando » : une période de création féconde mais qui génère chez l'auteur de graves crises de dépression, en particulier lorsque le roman est achevé, paru, et qu'elle ne peut encore se mettre sérieusement au suivant.




La famille Ramsay est en vacances, dans une propriété aux Nlles Hébrides.


L'auteur a pris pour modèle La propriété familiale de St Ives en Cornouailles, lieu de vacances, de la famille de Virginia enfant.


La maison est pleine : Huit enfants (filles et garçons de 6 à 18 ans) Mr Ramsay, prof de littérature à l'université, Mrs Ramsay, ménagère, mère au foyer. Des amis et voisins dont la plus importante est Lily Briscoe , artiste peintre, qui résiste à la tyrannie masculine pour se consacrer à son art.

Elle résiste aussi à la tentation de peindre des sujets à la mode du temps.


Mrs Ramsay est le personnage principal. Qui tient toute la place. Qui est reflétée et digérée par chacun des autres protagonistes. Qui ne vit que d'être irremplaçable. Rien ne doit se faire dans la maison ni au village sans qu'elle n'y joue un rôle central, négatif ou positif. Elle ne perd jamais des yeux un membre de la famille ni un objet de la maison

Le petit James, 6 ans, est couvé par sa mère, déteste M. Ramsay, écrivain présenté comme dominateur, intellectuel.

Le Phare brille tous les soirs, présence inaccessible. La promenade dont il est question dans le titre est toujours remise au lendemain pour des raisons fallacieuses. En fait, on sent que le phare doit rester loin et que la maison ne doit pas être désertée...

  1. Mr Ramsay a un admirateur, Charles Tansley, l'équivalent d'un jeune normalien en France, et William Banks un collègue sans enfant qui le critique d'avoir une si nombreuse famille, mais le jalouse en même temps. Le troisième allié est M. Carmichael, poète. 

Mrs Ramsay doute de son mari. Il aurait déjà écrit tout ce qui était important pour renouveler la philosophie de son temps, et son prestige actuel serait dû à ce passé. Il a écrit un nouveau livre mais il se répète et il le sait. Sa femme doit le réconforter le soir, et lui répéter qu'il est l'un des plus grands esprits de sa génération, tout en lisant à James le « conte du pêcheur ».


En réalité ce que ressent Mr. Ramsay, c'est une impression d'étrangeté, entre l'univers culturel où il vit en pensée, et la retombée subite au milieu de de sa vie de famille, des êtres qui lui sont chers, mais qu'il n'appréhende que de loin. Sa citation préférée est le letmotiv du roman: «  Nous pérîmes chacun tout seul » allusion à un naufrage décrit par Tennyson. La phrase deviendra obsédante dans la dernière partie de l'ouvrage.


La partie I, pendant laquelle nous pénétrons dans la conscience des différents personnages, se déroule pendant une après-midi et une soirée d'été, incluant le repas du soir qui représente un chapitre particulier.


Après ce repas, Mrs Ramsay a réussi à persuader Paul Raylay, un jeune homme qu'elle considère comme un simple d'esprit, d'épouser Minta Doyle, une jeune femme de 24 ans, dont elle craint qu'il ne plaise à son mari.



La partie 2 s'intitule «  Le Temps qui passe ». On relate une période de dix ans, probablement de 1913 à 1923: la grande guerre de 14-18 y est mentionnée, ainsi que la vie de la famille et celle de la maison de vacance : personne n'y vient plus et l'endroit se détériore plus ou moins malgré les soins d'une femme de service, Mrs Mc Nab.

La description de cette maison vide qui attend en vain que ses habitants viennent l'animer est déchirante, surtout dans les détails : la châle vert de Mrs Ramsay autour de la tête de sanglier qui plaisait à James, mais effrayait Cam, est finalement emporté par le vent en plusieurs phases.

Les lectures de jeunesse de Mr Ramsay ( Walter Scott) auxquels il tenait tant moisissent sur les rayonnages.

La vaisselle en porcelaine finit par se briser à cause des tempêtes.... la maison se désincarne, les tempêtes la font grincer et gémir , elle se plaint. Nous apprenons incidemment que les Ramsay ont connu des deuils : Mrs Ramsay est morte «  brusquement » annonce la femme de service, et Prue ( la plus jolie des quatre filles) à peine mariée, a succombé à son premier accouchement.

Andrew, le plus intelligent des quatre garçons, est tué à la guerre, des morts violentes, qui reviennent en écho dans les pensées des personnages restant, dans la troisième partie.


La partie III ,le Phare : Dix ans plus tard, Mr Ramsay n'a rien de plus pressé que de conduire James et Cam au phare, promenade que James désirait tant dix ans plus tôt, et qu'il n'a pas obtenue.

En souvenir de Mrs Ramsay, James et sa soeur, maintenant adolescents, vont pouvoir se rendre au Phare.

Et maintenant, ils s'en fichent mais tant pis!

James hait toujours son père, et imagine souvent lui planter un couteau dans le coeur, mais, durant cette traversée, il ne saura pas résister à un compliment,  lui disant qu'il conduit fort bien le voilier. Ce qui amuse Cam, la jeune soeur...

Cam s'ennuie, et James peste contre son père, qui essaie maladroitement de dialoguer avec eux.


Restée à terre, Lily recommence la toile inchevée dix ans auparavant, de la maison, sa façade, ses haies, le jardin, Mrs Ramsay et James dans un coin( «  le triangle violet ») .

Lily ne vit pas de sa peinture. Sa toile sera « roulée sous un lit ou accrochée dans le grenier »

Cependant son souci est d'équilibrer les masses d'ombre et de lumière. Elle doit représenter l'absence et la présence de Mrs Ramsay dans le trait blanc qu'elle trace au milieu des courbes qui figurent la maison et tendent vers un centre qui est vide : elle sait enfin quoi y mettre...

 


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13 juillet 2009 1 13 /07 /juillet /2009 11:37

 

Editions Quidam.

Plusieurs de mes blogueuse préférés ont chroniqué ce livre,  apparemment un premier roman,  attirant mon attentiolun sur lui, ainsi que sur les éditions Quidam,

dont je compte lire à présent d'autres parutions.




Xavier, le narrateur a deux métiers, restaurateur sur une île , et médecin de police sur une autre. Nous ne savons pas où cela se situe.

Être médecin de police signifie examiner tous ceux que l'on amène en vue de les arrêter.


C'est dans son restaurant, que Xavier est tombé amoureux d'une fille ( qu'il appelle « la fille ») attablée avec son ami. Le couple s'aime, il n'a aucun espoir( c'est injuste).

Xavier vit avec sa mère, dont la santé est fort altérée.

Il devra bientôt l'enterrer.


Xavier souffre aussi toutes sortes de douleurs morales ( chagrin d'amour, deuil de sa mère) et physiques car il doit faire face à des agressions qui mettent sa santé en péril:

La température se refroidit considérablement jusqu'à entrer dans « l'âge de glace ». Le narrateur endure des périodes d'hypothermie sévère, il est loin de tout ce qui donne de la chaleur ( amour, vie, occupations passionnantes).


La foule, qui, lors d'une fête fort vulgaire, veut le forcer à chanter au karaoké.

Des gens de passages qui presque tous, lui reprochent son asociabilité, tant ils sont attachés à l'instinct grégaire.


Il se raccroche à des sensations agréables : beauté du paysage, des tours de la cathédrale, sensations des pavés solides sous ses pieds, goût des daurades grillées... ces expériences esthétiques sont assez proches de celles de Proust ( sans que ce soit des réminiscences)car ce sont des moments de bonheurs dûs à une extrême sensibilité et concentration de l'attention sur des détails remarquables, à la limite de l'abstraction et cependant bien concrets et souvent élémentaires.

Les paysages sont quelquefois transcendés par la puissance de l'évocation : cathédrale, fleuve, mer, couple de cygnes...


Cependant le passage où il va voir la fille dans l'appartement qu'il lui a trouvé, et l'observe s'occuper d'un canari, évoque Werther ( regardant intensément Charlotte nourrir son serin, un joli passage...) ainsi que son amour impossible pour la jeune fille à qui il fait plusieurs fois des déclarations sans équivoque, tournées de la façon suivante, délicieuse et surannée «  Vous n'avez pas besoin de bijoux, d'ailleurs. Vous avez des bijoux naturels. Vos yeux, votre bouche, vos ongles sont eux-mêmes des bijoux ».

Le sentiment amoureux est fort bien décrit, avec simplicité et retenue, et c'est dans le livre, ce qui m'a interpellée dès les premières pages  «  le garçon a signifié d'un geste que c'était à elle de choisir et son regard très près de moi m'a frappé d'autant plus ; l'odeur de la fille,l'odeur de ses cheveux mouillés et de son parfum frais s'est répandue en moi comme un de ces souvenirs précieux qui revient avec l'odeur du printemps dans l'air de l'hiver. Elle a demandé au garçon s'il était d'accord avec son choix, en gardant une de ses mains enlacée dans les miennes »


Il tombe amoureux du couple lui-même, s'identifie au garçon, recherche la fille, est forcément repoussé nombre de fois «  la fille a sorti l'oiseau de sa boîte. Elle le tenai dans ses mains et l'a fait glisser dans la main du garçon. J'étais figé. j'avais la haine. J'ai serré ma main jusqu'à ce que j'entende un bruit net et aigu, suivi d'une fermeture brutale et complète de mon poing, et d'une sensation de chaleur fluide qui était pendant, pendant quelques instants, agréable. »

Xavier va jusqu'à se blesser lui-même physiquement de rage et d'impuissance, mais heureusement il na va pas se donner la mort. Au terme du roman, après avoir erré dans un cimetière et conversé avec le gardien, il déclare

«  je ne voulais pas être l'ami d'un spécialiste de la mort.

Je voulais une vie. »



 L'auteur a cherché à  faire de la poésie en partant du sentiment amoureux non partagé, déçu : mélancolie, angoisse , rage, désir de destruction, impuissance. C'est souvent réussi même si parfois on sent l'application.

Je note aussi une volonté parfois de naïveté et d'innocence à tous prix qui n'est pas forcément de mon goût.

Dans l'ensemble,pourtant,  ça me plaît.







 

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10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 14:56

Un monsieur âgé et handicapé, August Brill, se raconte une histoire la nuit pour occuper ses heures d'insomnies.

Une histoire comme quoi il y aurait une autre Amérique qui aurait connu avec l'entrée dans le 21eme siècle une destinée divergente de celle que nous connaissons : des état auraient fait césession et seraient devenus socialistes ( du moins en intention), sous le nom d'Etats-unis indépendants.

Les autres états ( Washington Californie, tout le fief de Bush) auraient pris le nom de Pacifica. Les deux groupes d'état se feraient une guerre sans merci.


Notre insomniaque jette dans cette tourmente, un citoyen vivant dans l'Amérique habituelle, Brick.

Brick dormait tranquillement auprès de son amie... le voilà au fond d'un trou, avec un casque de soldat sur la tête.

 

Il se retrouve en pleine guerre, caporal,et chargé d'une mission , tuer l'écrivain qui a créé cette Amérique démoniaque.


Brill s'appuie sur Giordano Bruno «  si Dieu existe, il a pu créer une infinité d'autres mondes ».

 

C'est presque tout. Car le jour, Dieu n'a pas créé grand chose de bon. L'insomniaque Brill ancien journaliste, vit avec se fille Miriam, et sa petite fille Katya : tous ont des problèmes de deuil respectifs et broient du noir, plus ou moins seuls. L'occupation préférée de notre homme est de regarder de vieux films au magnétoscope avec Katya et d'en faire une relecture à partir de l'attention portée à de petits détails restés souvent ignorés du spectateur moyen. Ainsi revoit-on d'un œil neuf Ozu et son «  Voyage à Tokyo ». La plupart des propos tournent autour de la condition féminine.

 

 

L'hi stoire de Brick dans l'autre monde pourrait avoir une certaine force, mais elle tourne court, le vieux monsieur n'ayant pas envie de la poursuivre : c'est l'aube, et Katya sa petite fille vient le rejoindre pour lui demander de raconter sa vraie vie à lui. Qui, on ne s'en étonne pas, sera assez proche de celle de Brick...

 

C'est un récit agréable, avec des réflexions pertinentes, mais un récit de Brick et de broc, pas un roman cohérent. J'ai préféré «  Dans le scriptorium » malgré son côté ... austère, et plus encore «  La Nuit de l'oracle » , pratiquement mon préféré...

 

Mais " Seul dans le noir" a ses afficionados, par exemple Fashion.


je serais plutôt d'accord avec Cuné, qui regrette que l'histoire de Brick ne soit pas plus développée...

 


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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 23:41

Christian Bourgois, 2008. ( titre original «  Feathered ») 227 pages



Deux lycéennes de 18 ans quittent leur Illinois natal : Anne et Michelle vont au Mexique pour les vacances de printemps. Elles sont proche de leur examen de fin d'études secondaires, et ce voyage doit signifier leur entrée dans la vie adulte, même s'il ne dure que cinq jours.


Michelle n'a pas eu de père. Sa mère ne trouvait personne à son goût et s'est fait inséminer artificiellement. Elle semble avoir choisi le spermatozoïde dans un catalogue de vente «  pour mille dollars, je sais qu'il a les yeux verts et qu'il est violoncelliste ».

La jeune fille ne cache pas qu'elle souffre de la situation, répétant souvent qu'être la fille d'un spermatozoïde ne laisse aucun cours à l'imagination, mais semble socialement adaptée. Elle est heureuse de quitter enfin une maman omniprésente,sur protectrice, certaine qu'il va enfin lui arriver quelque chose.


A peine arrivées à Cancun, le soleil et la mer les éblouissent, mais pas l'atmosphère bruyante qui règne dans cet hôtel, un lieu fait exprès pour le bronzage la baignade et la drague. La station balnéaire  touristique n'a rien de dépaysant.


Les deux amies acceptent la proposition d'un homme d'âge mûr, qui se prétend historien et archéologue. Il propose de les emmener au temple de Chichèn Itza. Là-bas, dans un décor impressionnant, se dresse une pyramide, où les anciens Mayas sacrifiaient des jeunes filles vierges pour offrir leur cœur à un dieu du même genre que le Quetzacoatl des Aztèques. Approcher d'un peu plus près une civilisation si différente de la leur serait la moindre des choses...

Ainsi, elles seraient venues au Mexique pour se cultiver, faire des découvertes, et pas seulement se regarder bronzer...

Anne craint l'homme : elles ne le connaissent pas, et n'auraient pas dû accepter la proposition. Les mères leur ont répété sur tous les tons de ne suivre aucun inconnu, même de bonne mine et avec les yeux bleus. D'ailleurs lui-même les raille en les qualifiant d'imprudentes!

Et pourtant, les voilà parties en voiture avec cet individu...

Ses propos sur les sacrifices et coutumes de vie des Mayas ne tardent pas à terrifier Anne.

L'homme est peut-être fou?

Ou simplement pervers?

Tandis que Michelle, au contraire, est de plus en plus heureuse jusqu'à boire les paroles de l'inconnu. Cette évolution contraire des sentiments des deux amies va les mettre en danger, car elles se désolidarisent, et se séparent ; Anne reste en bas de la pyramide, anxieuse, tandis que Michelle grimpe avec légèreté vers le ciel à la suite de son mentor.


Le roman est court, efficace, plein de détails réalistes, qui mettent en valeur les personnages: personnalité exaltée de Michelle son mysticisme ingénu, le désarroi croissant d'Anne. Le portrait au vitriol de la mère de Michelle fait sourire. Certains personnages-clefs restent ambigus aussi longtemps qu'il le faut pour nous tenir en haleine, et le tour que prend le récit ne cesse de surprendre jusqu'à la fin.

Le récit est écrit de deux points de vue alternatifs -Anne à la première personne- Michelle à la troisième.

Les adolescentes se trouvent prises au piège. Pour profiter de leur séjour, elles sont forcées de prendre quelques risques. On comprend qu'Anne soit effrayée et se jette dans la gueule du loup, alors qu'elle croit y échapper et que Michelle cède au désir de visiter une pyramide avec un bel inconnu. Toutefois l'adolescente est en pleine contradiction, voudrait vivre des aventures hors du commun, dont elle regrette qu'elles soient interdites aux femmes, mais en même temps elle est prête se sacrifier à un dieu pour donner un sens à sa vie!!


Le récit fait signe au «  Serpent à plume » de Lawrence, cité plusieurs fois dans le récit. En effet, dans ce roman ( publié vers 1930), l'écrivi anglais DH Lawrence y mettait en scène une femme voyageant au Mexique, qui, tentée par deux beaux jeunes gens qui s'identifiaient aux dieux mayas et aztèques, sacrifiait avec eux à des cérémonies rituelles. Mais cette héroïne, deux fois plus âgées que nos adolescentes, et aventureuse sans être folle, ne mettait   en danger ni ses jours ni sa vertu.

Toutefois les deux filles ne connaissent pas ce texte, et le lecteur, lui, se demande ce que pense Laura Kasischke de Lawrence, qui cherchait dans les rituels des ancien mayas une possibilité de régénération de l'homme spolié par la déshumanisation de l'ère industrielle.

Mais je n'ai pas de réponse à cela.

Simplement, cet ouvrage plein de suspense et au ton juste, est un bon moment de lecture.

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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 11:49

Blogotrésor N° 3

 

Le narrateur endure les vacances d'été, sur la côte normande, avec Anna sa femme, et ses deux enfants, des jumelles, qu'il appelle « les filles », sans jamais les différencier.

Des occupations répétitives, pas du tout culturelles, sans l'espoir d'une découverte.

Ce vide l'effraie.

Il ne se plaint pas mais on comprend entre les lignes, qu'il s'ennuie à mourir.

 

Il prend l'habitude d'aller visiter une voisine, Alice, une femme âgée, qu'il a aidée à porter ses courses un jour, et qui l'a retenu. Ces visites deviennent rituelles. Un lien curieux, mais fort, les enjoint de se rencontrer de plus en plus souvent.

Alice vit seule avec sa sœur dans une grande propriété, avec toutes sorte d'objets sacrés,des documents intéressants, beaucoup à raconter, et, semble-t-il, une confession à faire.

Alice est la fille du photographe Victor Berthier, ami de Breton, Max Ernst, Levi-Strauss,et d'autres artistes : ils ont embarqué en 1941 pour les Etats-Unis( avec Alice, encore enfant) ont vécu là-bas plusieurs années, dont une partie sur un plateau du Colorado, où vivaient des Indiens Hopi, dont ils ont partagé quelque peu l'existence. Cette cohabitation ne se fit pas sans heurt ni tragédies.

Le narrateur est passionné par cette étrange vieille dame et ses souvenirs, au risque de vivre dans le conflit avec sa femme, déconcertée par ce qui n' a rien d'une liaison classique.

 

Claudie Gallay ( dont je devais lire les « Déferlantes », mais je n'ai trouvé que ce roman là), pratique une manière d'écriture « blanche », très travaillée. Des phrases courtes détaillant des gestes simples ( rouler du tabac, tapoter un objet, lever la main) qui deviennent sous sa plume autant de singularités, voire de signes à interpréter.

Cette écriture interroge de près les cinq sens: ce l'on voit, entend , touche, ressent... lorsque l'on est vraiment attentif au temps qui passe.

Les rencontres et sorties des protagonistes sont décrites comme autant de cérémonies, dont on attend quelque révélation . Et je vous rassure : Alice a vraiment quelque chose à dire !

D'autres personnages font leur apparitions au travers de documents lus par le narrateur : ce sont plusieurs de ces Indiens Hopi dont l'existence fut bouleversée par l'intrusion de représentants d'une civilisation étrangère. Des représentants qui convoitent leurs objets sacrés, en lesquels ils voient des merveilles d'esthétique. Personne ne sortira indemne de ce choc de cultures.

 

Le titre est tiré de l'épitaphe inscrit sur la tombe d'André Breton, «  je cherche l'or du temps » au cimetière des Batignolles. Jolie métaphore pour revendiquer que le temps ne soit pas de l'argent...

La récente vente aux enchères des objets de Breton a certainement inspiré ce roman.

 

Au final, beaucoup de qualités d'écriture mises en œuvre par l'auteur, et un intérêt documentaire certain, donnent un livre intéressant mais tout de même assez ennuyeux quoiqu'il se lise sans aucune idée d'abandon et que l'on saute peu de pages.

Que se passe-t-il pour qu'Alice en fin de compte reste une vieille dame assez désagréable et pas vraiment pathétique en dépit des événements tragiques qu'elle porte en elle et ne parvient pas à nous faire totalement partager?

Pourquoi le narrateur n'a-t-il pas assez d'épaisseur?

Tout ce qui a trait à la famille du narrateur, Anna et les «  filles » irrite un peu car ce domaine reste faible, alors qu'il devrait fonctionner comme une force d'opposition face à Alice-le narrateur.

Si ce narrateur avait été célibataire, le récit eût été plus vigoureux.

 

L'auteur n'atteint pas tout à fait son but. Les phrases qu'elle voudrait chargées d'émotion, et comme en suspens, tombent un peu à plat. Ici ce sont les témoignages des Indiens qui emportent le plus l'adhésion( peut-être parce quelles sont racontées de façon plus simple et plus forte?), et certaines scènes, telle la danse du serpent sont vraiment belles.

 

 

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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 23:14

Stock ( Cosmopolite), 1998, 601 pages.


D'après «  We Were The Mulvaney » , 1996.


     l'histoire de cette famille nous est contée par le plus jeune d'entre eux Judd, né en 1963.


En 1993, il a trente ans et réussit à dvenir rédacteur en chef d'un périodique local relativement important de la ville où vécurent les Mulvaney à Mont-Ephraïm dans l'état de New-York.


A la première personne, il raconte, tantôt ce qu'il a vécu, tantôt ce qui lui a été rapporté, tantôt ce qu'il imagine comme vraisemblable d'après ce qu'il sait, de façon à reconstituer un récit linéaire.

«  Ce document n'est pas une confession.... j'y verrai plutôt un album de famille.... fait de souvenirs, de conjectures, de nostalgies, et c'est l'œuvre d'une vie, peut-être grande, et la seule œuvre de notre vie ».


Le ton est assez ironique dans les débuts devient plus grave ensuite, sans jamais se départir d'un léger détachement. Le plus jeune des Mulvaney peut parler de l'épreuve vécue par sa famille, car il y fut, de part son jeune âge, moins impliqué que ses frères et sœur, quoique ayant plus tard, accepté de jouer un rôle important.


Les Mulvaney sont une famille de la bourgeoisie provinciale installée à High Point Farm, une vaste propriété proche de Mont-Ephraïm dans l'état de New-York. Ils possèdent des vaches, des chevaux( chacun a le sien), des chèvres, des chiens, des chats, et des oiseaux.

Ils se servent des bêtes pour faire les intermédiaires dans leurs échanges entre eux. On s'adresse à un animal pour lui demander si Untel  aimerait ceci, ou lui dire ses impressions à propos d' Untel, ce dernier doit se reconnaître et répondre.

Cela paraît soit amusant, soit un peu étrange... et me met mal à l'aise.



La mère de famille, Corinne, aime chiner dans les brocantes et ramène toute sorte d'objets inutiles qui ravissent les enfants ou exaspèrent le père. Le père Michael a été lâché par ses parents, et a une revanche à prendre sur la vie. Il est devenu directeur d'une entreprise de revêtements pour toitures et a réussi à devenir membre d'un club privé de personnes snobs et arrivistes; il a l'impression d'être une sommité.

Corinne et Michael s'aiment. Ils sont un peu exhibitionnistes et se bécotent devant leur enfants, et en public comme s'ils avaient quelque chose à prouver!


Corinne aime son mari, même dans le mariage.

Son secret?

Jouer à s'imaginer qu'ils ne sont pas mariés...

«  lorsque papa et maman se rencontraient en public, même s'ils ne s'étaient quittés que quelques heures et que ce fut à l'école, le jour du matche de foot, au milieu d'une centaine de personnes,, papa accueillait maman avec un grand sourire, un « bon jour chérie! » et lui baisait tendrement la main : même Marianne rentrait sous terre; tellement c'était gênant.

Une des amies de maman lui demande un jour si elle et son mari avaient un secret, et maman répondit à voix basse: «  Oh, cet homme n'est pas mon mari. Nous faisons juste un essai ».



Par petites touches, on nous fait saisir le malaise qui règne dans cette famille ; les personnages sont un peu agaçants mais sympathiques en même temps, fragiles et moins adaptés à la communauté qu'on ne pourrait le croire.




En 1976, lorsque survient la catastrophe, les Mulvaney ont quatre enfants: Michaël 22 ans, Patrick 18 ans ( scientifique, passionné par Darwin), Marianne 17 ans «  belle, parfaite, merveilleuse et très comme il faut", et notre narrateur 13 ans.


Marianne se fait violer au bal de la saint-Valentin par un lycéen plus âgé qui la fait boire et lui raconte qu'il vaut se convertir et qu'elle seule peut le sauver. Marianne est très pieuse, à l'image de sa mère, et même chez les hommes on fait sa prière, à l'exception de Patrick. Cela peut étonner chez des jeunes en 1976, mais nous sommes dans une communauté américaine de petite bourgeoisie, dont l'auteur décrit bien les travers, les hypocrisies, les obsessions.

 

Du jour au lendemain, les Mulvaney sont bannis . Une descente en enfer les attend. En temps que lecteur, je n'ai pas été surprise par la réaction des prétendus «  amis » des Mulvaney mais choquée par l'attitude du père de Marianne, qui la répudie, et encore plus par sa mère, qui se range à l'avis de son mari et expédie sa fille chez une vague parente. A 17 ans, Marianne est livrée à elle-même, ne pouvant faire ses études, allant de place en place, servante, bonne à tout faire, rongée de culpabilité, cherchant à expier son « péché »...! Seul Patrick, son frère, s'émeut de ce traitement infâme, et va chercher à la venger...


J'ai été surprise par le happy end de l'épilogue, la réconciliation de Marianne avec un destin de « femme », tel qu'on l'entend dans cette société-là, ne me paraissait pas trop vraisemblable. Bien sûr qu'elle n'aurait pas dû non plus pardonner à sa mère : on voit à quel point les être humains peuvent être formatés!

La mère a élevé sa fille dans une atmosphère de pudibonderie, de non-dits, et l'a entourée d'animaux, et de croyances en l'innocence. Ni elle ni son mari ne feront jamais leur autocritique!


le mariage heureux et productif de l'aîné, et l'apparition hâtive de nouveaux personnages qu'on n'a pas le temps de connaitre à la fin, ne convainquent pas forcément. Cependant, nous comprenons que le plus jeune des Mulvaney tenait à montrer de quelle manière sa famille survit.




Pour ma première participation au blogoclub de lecture, j'ai apprécié ce roman familial de Oates, son observation aiguë des mœurs de son époque, et les qualités de la narration, même si je n'ai pas compris entièrement ce qu'elle voulait nous dire.

Par exemple, je ne saisis pas le sens de la phrase de Walt Whitman mise en exergue du roman. Elle pourrait avoir été choisie par le narrateur en hommage à son frère Patrick ?«  je me lègue à la terre pour pouvoir renaître de l'herbe que j'aime/ Si tu veux me revoir, cherche -moi sous la semelle de tes souliers.... »


J'ai hâte de lire les autres contributions, d'autres lectures seront les bienvenues pour moi!


je vou propose de lire l'article de Cléanthe qui interroge le texte intelligemment .

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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 23:38

Au Diable Vauvert, 2005, première parution aux USA en 1995.


Le parcours de deux garçons, qui ont été victime  d'actes pédophiles  à l'âge de huit ans dans une petite ville du Kansas, Hutchison. Le criminel fut leur entraîneur de base-ball.

Les deux histoires sont contées en narrations alternées.


Brian Lackey  ne se souvient de rien sauf de grands trous noirs au moment des agressions. «  cinq heures ont disparu de ma vie » . Et, à 19 ans, il enquête pour savoir ce qui lui est vraiment arrivé. Victime d'énurésie, d'évanouissements inexpliqués, vivant seul avec sa mère divorcée, sans vie sexuelle ni sociale,  il entretient un délire qui consiste à croire que pendant ces «  absences » il a été victime d'agressions de la part d'extra-terrestres. Une jeune fille, Avalyn, a vécu les mêmes choses et l'accompagne dans son enquête.

Immature, névrosé, mais pas stupide, il finit par renoncer à son explication délirante, et se lancer dans une vraie recherche qui le mène vers Neil Mc Cormick un gamin de son âge qui jouait aussi au base-ball avec lui....


Neil Mc Cormick l'autre victime, se souvient très bien,  de ce qui lui est arrivé. Il s'est laissé séduire par l'entraîneur sans difficulté, et éprouvé pour lui le sentiment amoureux.  Il vivait dans une atmosphère de relâchement sexuel, sa mère qui l'élevait étant alcoolique et nymphomane. Il appréciait les hommes vus sur ses magazines à elle.

Mais de là à franchir le fossé du fantasme à la réalité... ??

Nous comprenons que l'entraîneur a représenté pour lui une figure paternelle valorisante.

Il décrit bien, mais trop longuement les scènes qu'il vécut avec cet homme.

Le voilà aussi à 19 ans, délinquant, drogué( mais pas à mort), et prostitué aussi... c'est par l'intermédiaire d'Eric, un de ses amis, qu'il va enfin rencontrer Brian et lui raconter tout.


Ce roman  est  écrit assez correctement, mais pas suffisamment pour être une œuvre d'art, et même trop long pour un bon roman. Même chez un auteur tel que Jean Genet, dont les ambitions littéraires sont réelles et assumées, les scènes de sexe m'ennuient vite.

Ici, le talent de l'auteur, moyen, ne lui  laissait d'autre choix que le témoignage à  visée sociale.  Mais dans ce cas, il n'aurait pas dû s'étendre aussi longuement sur certains détails.

Les scènes de sexe sont trop longues, des suggestions ou quelques notations courtes eussent fait plus d'effet. Je ne vois nul intérêt à parler aussi abondamment de la vie de prostitué de Neil. Ce sont toujours les mêmes descriptions et le récit progresse peu ; sauf lorsqu'à la fin, il reçoit une raclée de la part d'un client (encore une fois il y a trop de détails inutiles pour que l'on s'émeuve, mais assez pour que l'on se dégoûte).

Trop long aussi les récits de Wendy et d'Eric, personnages utilitaires sans plus. Cinq six pages pour chacun aurait suffi. Les portraits de ces deux adolescents n'ont rien qui sorte de l'ordinaire...


L'enquête de Brian sur son passé est carrément assommante, lors de ses détours par les ovnis et extra- terrestres ! On croit difficilement que des jeunes de vingt ans puissent adhérer un seul instant à de telles sottises! J'avoue avoir passé des pages sur sa relation avec Avalyn.


Les jeunes gens vivent dans un milieu social évidemment défavorisé, avec des parents, soit délinquants eux-mêmes, soit indifférents, soit bizarrement naïfs ( la mère de Brian, celle de Neil aussi d'ailleurs, qui sont surtout bonnes cuisinière, mais rien de plus...). D'ailleurs ce même Brian, saisi d'un accès de lucidité, se dit que si ça se trouve, elle sait tout, sa mère,  mais préfère n'en pas parler. J'aurais aimé que l'on insiste sur ces non-dits car c'est là un aspect capital : que savaient ou soupçonnaient réellement les adultes, qui n'ont rien  dit et pourquoi ? On ne sait rien non plus du vrai coupable, jamais appréhendé.


Et  le témoignage à visée sociale se devait de faire intervenir un narrateur disant ce qu'il pense de la situation, en plus des récits des deux garçons.


Malgré tout, pour l'aspect documentaire,   j'aime assez le récit des festivités d'Halloween chez les enfants ; la description en est vivante et soignée.


Si  l'histoire était moins longue, elle pourrait se poursuivre utilement là où elle s'arrête, là où les deux garçons, réunis par la parole, pourraient envisager une nouvelle vie.

Mais cela n'intéresse pas forcément l'auteur. Je ne sais pas ce qu'il a voulu faire !


Ce  roman est conseillé par Ys, qui a éveillé mon attention.


J'ai exploré le site des éditions  Au Diable Vauvert,   où le roman a été publié en français. Les critiques sont élogieuses, on parle de poésie, de représentation réaliste de l'adolescence.


Je n'y ai pas été très sensible, tant pis!



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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 23:05


Laffont, (lot 49), 470 pages.

Titre original : The Echo Maker.


Michael Schluter, jeune homme de 27 ans, technicien de maintenance en informatique, est victime d'un accident. Son camion se déporte et tombe dans un fossé sur une grande route du Nebraska, à proximité de la rivière marécageuse ( célèbre ) où les grues viennent  faire halte en février, lors  de leur retour vers l'Alaska.

Grâce à un appel anonyme, il est transporté à l'hôpital, et sauvé de justesse, sort du coma pour reconnaître à son chevet, sa sœur Karin, mais nier que ce soit vraiment elle. Il développe une interprétation délirante : Ce serait une fausse Karin, un sosie ou une copie de la vraie, envoyée par on ne sait qui, à des fins malveillantes.

Il s'agit du syndrome de Capgras.

Karin est d'autant plus choquée qu'elle s'est toujours occupée de son frère, là où ses propres parents furent gravement défaillants.

Il y aussi, ce billet étrange que Mark a trouvé sur sa table de chevet «  je ne suis personne ; ce soir sur la North Line Dieu me conduit vers toi afin que tu puisses vivre et en ramène d'autres »


Qui a écrit ce texte ? Et quel sens lui donner ?

Pour Mark qui ne se souvient pas de l'accident, ce billet contient un message fort, il enquête pour trouver le rédacteur du billet qu'il appelle son « ange gardien ».

 Le billet  semble avoir un contenu religieux, Qu'avait en tête cet « ange gardien ? » Serait-ce un illuminé ?

L'accident de Mark serait-il un suicide ? Ou y aurait-il eu acte criminel ? La police établit que plusieurs véhicules se seraient trouvés au même moment sur cette route, en principe déserte, à l'heure où l'accident s'est produit...

Karin maintient sa présence auprès de son frère, et fait appel à un neurologue connu du grand public, Gerald Weber. Ce dernier a écrit plusieurs livres décrivant des cas particuliers de patients ayant développé des troubles psychiatriques à la suite de lésions cérébrales.

Il s'intéresse à Mark et vient faire un diagnostic.

Le problème c'est que Mark n'a pas subi de lésions cérébrales décelables. Ses troubles psychotiques relèvent donc d'une psychothérapie. Adepte des sciences cognitives, Weber n'est pas le toubib idéal pour lui, loin s'en faut !

Mark est entouré également de ses collègues de travail et amis, de sa copine, et d'une aide-soignante, Barbara, qui s'intéresse à lui au-delà de ce qui est requis.

Karin devient la tutrice de son frère, abandonne son job, renoue avec son ex-ami, Daniel, défenseur de l'environnement...


Dans ce roman, j'ai aimé le personnage principal, Mark : immédiatement sympathique au lecteur, plein d'énergie, et de curiosité, résolu à percer l'énigme de son accident ( il ne s'en souvient pas), doté d'un grand sens de l'humour(qui fait défaut aux autres personnages) et d'une verve exceptionnelle, où l'on trouve  le meilleur de l'écriture de l'auteur. Il nous fait parfois rire et il est bien le seul ! Son délire n'en fait pas un inquiétant paranoïaque ; il conserve du bon sens, de la joie de vivre, et une intelligence aiguë.

Le docteur Weber est un personnage sinistre, ennuyeux, et dangereux à la limite( il prescrit une thérapie comportementale, la pire des chose ! la psychologie pour les chiens !). Ses problèmes de couple nous ennuient autant que ses atermoiements,  ses interminables monologues, et sa psychologie de bazar.

D'autres personnages sont à la limite de la caricature, tel que Daniel, le défenseur de l'environnement, végétalien, vivant comme un moine, n'allumant jamais le chauffage, profondément inhibé...

Le récit comporte des pages assez belles sur les  grues et leurs déplacements : on nous explique aussi le rôle mythologique de ces animaux, dans la plupart des cultures.

On apprend aussi beaucoup de choses sur le Nebraska, son histoire, son avenir social compromis.

L'intrigue a pour signification un changement profond dans la vie de Mark, qui va mettre de la distance entre sa sœur et lui (c'est le sens de ses symptômes) et se découvrir une relation sérieuse avec une autre femme. Il le paie au prix fort, mais le résultat est à mon avis loin d'être négatif. Elle aussi Karin, change de vie, évolution lente douloureuse, frustrante. Elle s'est toujours occupée de son frère suite à une enfance traumatisante (évoquée de façon correcte) et il leur faut grandir, mener leur vie chacun de leur côté.  De ce point de vue, le récit, comme roman d'apprentissage,  est très réussi.


Nous avons aussi le contexte de l'immédiat après-onze septembre, et son influence sur les gens. C'est un peu la tarte à la crème du moment, et sur ce plan là, on n'apprendra rien que l'on ne sache déjà.

Donc, ce roman est à moitié bon. Non sans intérêt, mais décevant par rapport aux comptes-rendus, lus ici et là...je me serais bien passée du docteur Weber !!


Pour d'autres avis différent, Amanda et Keisha.


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23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 23:51

Folio, 2006, 301 pages.


Récit en quatre parties.


1 Ann Hidden, compositrice de musique, 47 ans. Son ami d'enfance Georges, qui ne l'a pas vue depuis l'école,  l'aperçoit par hasard à Choisy le Roi où il vit la voit  suivre un  homme,  observer  son entrée dans une maison où une femme lui ouvre la porte.

Ils refont connaissance. Georges vient de perdre sa mère. Ann vient de perdre son ami qui fréquente une nouvelle femme. Tous deux vivent un moment de crise.

Georges l'invite à vivre chez lui à Teilly (dans l'Yonne). Ann préfère organiser elle-même son changement de vie. Radical. Elle vend son appartement parisien, mettant son ami à la porte, se débarrassant de tout ce qui fit son existence passée, y compris ses pianos. Elle part en voyage avec de l'argent liquide, descend jusqu'en Italie, en passant par la Belgique, l'Allemagne...


2 Anne finit par s'installer à Ischia, dans une île au large de Naples ; une vieille dame (Amalia) lui cède une maison au bord de la mer Tyrrhénienne.

Elle compose à nouveau. Va souvent en Bretagne (où elle est née), voir sa mère et son amie Véri.

A Naples, elle rencontre un musicien russe Léo et sa petite fille Magdalena. Elle quitte sa toute nouvelle solitude. Son ami Georges vient les voir, mais ne se plaît pas à Ischia.


3 Cette partie est très mouvementée. Vers Ischia, Ann est sauvée de la noyade par un couple, Charles et Giulia.

Charles Chenogne devient le narrateur (peut-être l'est-il depuis le début ? mais maintenant il dit « je »).

Ce Charles, on se souvient qu'il était le personnage principal et narrateur d'un autre roman de Quignard «  le Salon du Wurtemberg » publié  au moins vingt ans plus tôt. Dans ce roman, Charles était musicien violoncelliste, comme dans celui-ci. Il avait des maîtresses (comme ici, Giulia). C'est donc le même avec vingt ans de plus.   J'attendais une  allusion  à l'intrigue de cet autre roman. La présence de Charles voudrait sans doute induire un fil conducteur entre les deux œuvres. La relation que ce personnage entretenait avec un ami très cher (dont j'ai oublié le nom) ressemble à  celle qui unit (et sépare) Ann et Georges.


Ann partage son temps entre  tous. Elle aime par-dessus tout la petite fille et rend les autres jaloux, y compris Georges. .

Cependant, une série de deuils perturbe la vie d'Ann, au premier chef la petite Lena à qui elle s'était surtout attachée. Puis sa mère. Toutes ses amitiés se défont dans la violence et la hâte. Elle revend Amalia, retourne en Bretagne, enterre sa maman.


4. Ann fait connaissance de son père (un homme de l'Europe de l'Est comme Léo son ex-ami, et  musicien de même). Ce dernier tente de lui expliquer comment et pourquoi il a quitté sa mère autrefois.

Il reste à Ann à s'installer enfin chez Georges, qu'elle accepte d'épouser, de l'enterrer une fois mort, puis de revendre ses biens,  et de se réinstaller à Paris dans un nouvel appartement.

Cette période est féconde en création : «  Les musicologues écrivaient des études très complexes sur ses œuvres si brèves et si précaires. A la vérité, la musique d'Ann Hidden était simplement marquée par la douleur.

C'était une douleur toute simple.

C'était la douleur inconsolable qui fait le fond du jour qu'on découvre.

Pudique, elle tournait en rond- rond qui tournait court dans un brusque abîme se souvenant de l'ombre »




C'est là toute une vie. La seconde vie d'Ann Hidden. Exil, rupture, choix d'un lieu  unique pour y vivre, mais surtout une existence nomade, faite de déplacements, d'errements, de Bretagne en Bourgogne, de Paris à Choisy, de Naples à Ischia,  sans compter les multiples endroits où elle fait des haltes plus ou moins brèves.

Les lieux sont pour Quignard, d'une importance capitale. Le moindre nous rester        a en tête : ce petit café à la gare Montparnasse où elle partage un petit déjeuner avec Georges, cette maison à Choisy, la vieille maison de Georges où gît le souvenir de sa mère, l'appartement qu'elle va quitter, le petit village de Teilly... tous ont autant d'importance. Il installe les personnages en vue  de les faire habiter certains lieux, plutôt que l'inverse. Rares sont les romans de Quignard qui ne portent pas comme titre un nom de lieu.

Des lieux qui  ne sont pas décrits de la façon ordinaire ; on trouve, dans ce texte, peu d'adjectifs qualificatifs, mais surtout des attributs.

«  L'île émergea du brouillard. Lourde, magique. Elle fuyait la mort. Elle fuyait sa mère. Elle fuyait Georges. Elle s'installa dans la maison quelque inconfortable qu'elle fût encore. Elle enfilait un ou deux pull-overs et allait petit-déjeuner sur la terrasse, dans le gris qui précède l'aube. Elle contemplait le jour qui se levait derrière le petit pin noir, les premiers rayons, rayons parfois d'or pâle, rayons parfois blancs comme des mèches d'archer.

Puis les premiers bleus.

Puis le surgissement violent, rapide, inexorable de la lumière s'arrachant à la mer. »

C'est aussi une écriture sobre, un style lapidaire, beaucoup de phrases courtes, sans verbe, de dialogues laconiques, pour décrire une vie intense marquée par les pertes, les deuils, et quelques rares moments de félicité. L'art y est davantage souffrance que plaisir ( il y a du romantisme là-dedans comme idée, pas dans le style, heureusement !).


Personnellement, j'ai aimé davantage le lien avec Georges ( bien présent dans le film de Benoît Jacquot) et celui avec la petite fille ( que l'on n'a pas retenu). La mère aussi est importante (bien rendue dans le film) les autres personnages sont un peu de trop.


Une écriture « très ardue, dense, opaque » comme Ann Hidden.  


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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 23:44

 ( The Rain Before It Falls, 2007)

Gallimard, 2009, 249 pages.

 

Rosamond vient de mourir, laissant sa nièce Gill être son exécuteur testamentaire. La vieille dame vivait retirée dans une maison du Shropshire qui lui était chère. La mort ne semble pas du tout naturelle. En outre Rosamond a laissé plusieurs cassettes enregistrées, qui doivent être écoutées si possible par Imogen, une petite cousine à elle.

Imogen à qui elle semble beaucoup tenir.


Pas simple ! Gill n'a vu Imogen qu'une seule fois, à l'anniversaire des cinquante ans de naissance de Rosamond. C'était une jolie petite fille de huit ans, aveugle, qui lui avait fait une forte impression. Et donné l'occasion de chercher à décrire ce qu'elle voyait.

Gill et ses deux filles, dont l'une est musicienne,  vont tenter de retrouver Imogen, mais en attendant, elles écoutent le récit enregistré de Rosamond, dont, faute de mieux, elles sont les dépositaires.

Rosamond a raconté sa vie à la jeune aveugle, pour que celle-ci apprenne d'où elle est issue. Car Imogen est une enfant adoptée.

Et c'est tout d'abord  la figure de Gracie que l'on voit surgir des mémoires de la vieille dame esseulée, à travers la première des vingt photographies qu'elle a choisi de décrire et commenter pour Imogen. La meilleure amie de Rosamond enfant, dont elle fut séparée par la guerre. Rosamond n'a pu lui dire adieu : son doigt était coincé dans le petit trou d'une barrière en bois... à la photo suivante, apparaît  Beatrix ...

Le récit a été conçu pour une aveugle. C'est donc en aveugle que le lecteur va le recevoir. Un choix judicieux car un lecteur ne voit jamais qu'en imagination ce que le narrateur veut lui dire ; d'où l'importance accordée à la description, à l'aspect visuel et musical de toutes choses.


Le récit de Rosamond est la vie d'une femme subjuguée très jeune par sa cousine, forte personnalité déséquilibrée, à laquelle elle se lie pour toujours, pour le meilleur et pour le pire, et lorsqu'elle n'a plus rien à en attendre, elle se tourne vers sa descendance : Beatrix. Dépourvue de disposition pour la maternité, cette dernière ne semble avoir un enfant que pour le donner à Rosamond et le lui reprendre, et sa propre fille agira de même. Tandis que Rosamond se trouve des compagnes de vie qui ne la satisfont jamais, Beatrix épouse des hommes qu'elle s'empresse de quitter. Les deux femmes sont liées mais Beatrix vit cette relation sur un mode haineux et destructeur.


Le titre «  la pluie avant qu'elle tombe » fait penser à ce sentiment de bonheur intense et terrifié dont on pressent qu'il va être suivi d' une catastrophe parce que c'est trop beau et que ça se paie... ou plus prosaïquement le changement de l'atmosphère lorsque la pluie menace, l'orage en particulier. On peut attendre d'un Anglais qu'il en  ait fait à de nombreuses reprises l'expérience...

Un récit mélancolique axé sur le destin que l'on doit endurer, plus que sur la critique sociale à quoi Jonathan Coe s'attachait surtout jusqu'ici. On retrouve cependant des références cinématographiques chères à l'auteur. Jennifer Jones dans "Duel au soleil" à laquelle ressemble l'héroïne principale du roman, Beatrix, portrait de femme au tempérament violent. Il est question d'un autre film " la Renarde" que je ne connais pas.


Il n'y a que des héroïnes femmes dans ce roman écrit par un homme ! Les   hommes y sont  réduits à très peu de choses. Aucun ne trouve grâce aux yeux de Rosamond, la narratrice...


Pourquoi Rosamond ? J'ai d'abord pensé à Rosebud, et puis je me suis rappelée de cette préface que Coe, en 1995,  consacra à « Poussière » de Rosamond Lehmann, préface que l'on peut lire dans la réédition de ce roman chez Phébus( année 2007).


Coe y reconnait Lehmann ( 1901-90) comme un de ses auteurs préférés «  un roman qui continue de m'ensorceler », la défend avec brio contre ceux qui  la jugent passéiste, admire «  les superbes portraits de personnages masculins » de son roman, qu'il aime particulièrement « la plupart des hommes y reconnaîtront des aspects d'eux-mêmes, et l'embarras les fera rougir ». Sans doute a-t-il voulu lui rendre hommage, et nous livrer de superbes portraits de personnages féminins,  ainsi que des descriptions merveilleuses de la campagne anglaise comme savent si bien le faire nombre de romancières de ce pays, ce qui explique que ce roman soit si différent de ceux qu'il écrit d'ordinaire, plus traditionnel dans sa construction, plus ciblé sur les émotions.

C'est une étape intéressante dans le parcours de Coe, mais il serait  malvenu de comparer cette œuvre singulière à ses autres romans.


L'avis de Dasola.

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