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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 16:11


Christian Bourgois, 2008

 

Parution originale en 1990 La Pruba

120 pages

 

Dans le quartier de Flores, où si l’on a déjà lu  certains roman d’Aira,  on a coutume de faire de singulières et périlleuses rencontres (Les Nuits de Flores) .

Marcia, une lycéenne de seize ans qui marche en rêvassant, se fait accoster par Mao et Lénine, deux punkettes agressives qui prétendent vouloir la baiser, puis l’aimer. Les deux filles sont provocantes certes, mais aussi terriblement sérieuses. Marcia cherche à s’en défaire, mais en dépit du monde autour d’eux, elle se sent très seule…

Hésitant entre frayeur et fascination, Marcia les suit( jusqu’à quel point a-t-elle le choix, vu l’attitude des gens rencontrés) dans un troquet, leur parle, finit par les accompagner dans une dérive sanglante et spectaculaire, qui, pour elle en tout cas, constitue une « preuve » de leur amour pour elle…

Le roman, qui est davantage une longue nouvelle, est très bon jusqu’au milieu du livre, la tension ne se relâche pas, et l’exploration des mentalités des trois jeunes filles est bien menée et rendue. On apprécie l’ambiguïté des personnages secondaires rencontrés par les punkettes ( indifférence feinte, dissimulant la frayeur ou le désarroi lorsque la jeune fille sort un couteau ou moralisme pour couvrir une sorte de fascination).  

 

Pourtant, je trouve que la fin c’est un peu n’importe quoi ! L’auteur a voulu édifier un morceau de bravoure, et n’a réussi qu’un morceau de bravitude…

 

 

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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 23:59

 

 

 

les nuits de FloresCésar Aira Les Nuits de Flores

Edité aussi chez Christian Bourgois.

 

Aldo et Rosita un couple âgé, livre des pizzas le soir pour arrondir ses fins de mois. Ce qui est étonnant c’est qu’ils font ce travail à pied, comme si les clients vivant près de la pizzeria ne pouvaient pas se déplacer ! Mais Aldo et Rosita semblent aller loin et livrent régulièrement des pizzas à des bonnes sœurs ! Les autres livreurs sont bien sûr des adolescents et jeunes gens à mobylette qui se font de l’argent de poche. Ils ne semblent pas s’inquiéter du vieux couple.

 

Un jour, Jonathan l’un des jeunes livreurs est kidnappé et retrouvé mort. L’un de ses coéquipiers, Walter lui avait prêté son casque ; et cette même nuit, Walter poursuivait Diego, un autre jeune livreur, qu’il soupçonne d’être une jolie jeune fille déguisée.

Le vieux couple est bientôt escorté d’un personnage de très petite taille avec un bec de perroquet dont ils ne peuvent  se débarrasser.

Tous ces faits sont prétextes à des descriptions  somptueuses et originales du quartier la nuit, et  à des réflexions qui tirent le roman vers le social, tandis qu’une intrigue  policière se développe peu à peu…

 

Comme le précédent, l’intrigue se développe agréablement, le récit hésite entre délire surréaliste et discours rationnel, et la fin  est trop outrée à mon goût.

 

 

En dépit de ces réserves, les récits de César Aira sont très au-dessus de la production ordinaire de littérature, et davantage, ceux que j’ai chroniqué auparavant !

 

Moritz Rugendas,peintre et aventurier

 

  "J'étais une petite fille de sept ans"

 

  "Varamo"

 

Plutôt que de se tourner vers une morne rentrée littéraire où l’on n’entends déjà plus parler que du vulgaire macho de service et du chapeau de la gamine, tournons-nous vers l’Amérique du sud.

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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 23:08

Quitter le monde

Pocket,  2009, 694 pages.

Jane Howard, l’héroïne, a connu les affres d’une famille désunie. A l’âge d treize ans, elle a juré devant la énième querelle de ses parents, qu’elle ne se marierait pas et n’aurait pas d’enfant. Son père a quitté la maison ce jour-là pour ne plus revenir. L’un et l’autre parent ne cesseront jamais de lui reprocher d’avoir provoqué la rupture avec cette déclaration.

Jane quitte tôt la maison pour Harvard, a une liaison avec son professeur de thèse, mais l’affaire se termine mal … Plus tard elle tente de devenir trader pour changer de vie. Avec un doctorat de littérature ce n’est pas banal … et plutôt aventureux.

Bientôt elle a des ennuis à cause de son père, devenu escroc, qu’elle a aidé à quitter le pays. Puis elle se lie avec un cinéphile qui rêve de fonder sa propre agence de cinéma. Théo est un intellectuel comme elle, Jane le trouve passionnant quoique affligé de symptômes obsessionnels. Ils ont un enfant, et le jeune homme s’éloigne d’elle, pour monter une entreprise foireuse avec Adrienne Clegg une actrice intrigante vulgaire et sotte… Bien sûr Jane leur a prêté de l’argent et bien sûr elle se retrouve encore avec des créanciers sur le dos …

 

C’est à partir de l’apparition d’Adrienne Clegg que j’ai commencé à me lasser sérieusement du bouquin, soit à la page 300 environ.

 

Jusqu’ici j’avais avalé sans trop protester les aventures de Jane. Mais ce nouveau rebondissement m’a paru très artificiel et peu crédible. Comment son ami qu’elle présente comme intelligent et cultivé peut-il s’associer avec une femme aussi ridicule et peu tentante ? Il aurait pris une maîtresse normale c’eût été admissible. Mais là vu le portrait très chargé que l’on fait d’Adrienne … le comportement de Théo par la suite correspond de moins en moins à ce que l’on nous en a dit.

 

De plus l’auteur fait pleuvoir gratuitement des tonnes de catastrophes sur Jane, et l’on commence à passer les pages à grande vitesse. En outre l’auteur prend un fâcheux plaisir à faire durer des dialogues peu intéressants, et à lancer ses personnages dans des récits informatifs de leur situation qu’ils répètent à chaque nouvel interlocuteur !

Bref, on court aux derniers chapitres pour lire en diagonale la fin, on s’attarde sans réel plaisir à une nouvelle aventure de Jane devenue cette fois détective et justicière malgré elle… !

 

J’ai rarement connu D Kennedy aussi ennuyeux ! J’en suis à mon quatrième roman de lui, ( j’en lis un tous les ans en août) et les précédents, même s’ils possédaient des longueurs ne m’avaient point rebutée.

 

Là je dis stop ! Il tire à la ligne outrageusement…

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15 août 2010 7 15 /08 /août /2010 18:07

Après lecture de l'article de Keisha sur  le rouleau de l'oeuvre de Kerouac, et prenant conscience que certains des blogueurs qui me lisent, s'intéressent à ce document, je rediffuse mon article de 2008 ( ouais, ici, c'est aussi nul que la télé, on rediffuse à tour de bras...), sur mon expérience Kerouacquienne. Le billet n'ayant pas reçu de commentaires, et n'étant pas lié à une date significative, il ne perd rien à être publié à nouveau.

 

Fans de Kerouac profitez-en pour le défendre contre mes vilaines attaques!

 

 

 

  1) Début des années 70, je continue à lire les romans qu’il faut avoir lu à tout prix : me voilà plongée dans Kerouac.

 

 On the road est un des premiers livres que j’ai lu en VO; deux autres lectures, en version française,  l’avait précédé :«  Les Clochard célestes »(un des titres les plus stupides jamais inventés pour rendre «  The Dharma Bums » ) m’avait plu, et obtenu l‘aval de ma mère, ainsi que  « Le Vagabond solitaire » mais … 

 

en faisant connaissance avec au moins un texte en langue originale ,patatras!

 

Sur la route ( 1957) fut et reste pour moi  décevant.


Moriarty, un réprouvé, hors-la-loi, errant, est un personnage type de roman picaresque, genre auquel appartient pleinement Sur la route.

Il y a de bons romans picaresques : Jacques le fataliste est mon préféré.

Balzac, tout ce qui met en scène Vautrin, est picaresque et c'est très bon.

Il en est d'un peu longs, mais corrects ( La Ville des prodiges de Mendoza)

Il  en est de pénibles, mais fréquentables( la vie de Lazarillo de Tormes).

Il y en a d'interminables, illisibles : Don Quichotte, par exemple. "Sur la route" relève de  cette dernière catégorie...


Dean ne cherche pas à s'élever socialement. 

Il est vrai, dans le roman picaresque, ce n'est pas une obligation. Le picaro est fier de son origine et de son parcours.

Il  vient de sortir de prison lorsqu'il rencontre Sal Paradise (narrateurdu récit ) pour qui il sera un héros, une source inépuisable d'admiration. Sal est un étudiant qui n'étudie pas, et vit d'une modeste pension de guerre.

  Dean est un type minable, un petit  délinquant sans envergure, et Sal Paradise un  imbécile qui tient gentiment compagnie aux filles que Moriarty va baiser.

  Ils ne font rien de leur vie ni l’un ni l’autre, et ne sont même pas intelligents. Leurs copains sont pénibles aussi, et les filles sont très bêtes… ils font la route…  au début de cette lecture, on espère  apprendre à se repérer géographiquement dans les Etats Unis...


J’ai noté :

 

Sal Paradise, narrateur. Soleil Paradis.

 

Dean Moriarty un gars de l’Ouest de la race solaire

 

Marylou une belle petite poule (les filles sont toutes désignées de cette façon !!)

 Carlo Marx discours délirant  et loufoque

Elmer Hassel; Old Bull Lee criminel ricaneur

Chad le nitzschéen anthropologue

 

Rémi Boncoeur ; Lee Ann

 

Paterson (chez sa tante)

 

Greyhound 34 eme rue

 

Yonkers

 

Rive est de l’Hudson ( source des Adirondacks)

Le pont de Bear Mountain que franchit la route 6 venant de la Nlle Angleterre


Pennsylvanie ( tout se joue en Pennsylvannie??)

Ohio

 

Indiana

 

Chicago

 

Joliet ( Illinois) 

Iowa Davenport Des Moines Adel Stuart 

Council Bluffs 

Omaha le Missouri

 

Nebraska vallée du Platte 

Montana Shelton 

North Platte les grandes Landes  

Et puis zut! A Denver, ça recommence, les fêtes, les parties foireuses ,les bavardages, les errances. 

 

Un jour, Sal Paradise suit sa route sans son compagnon, et tombe sur une fille qui a un bébé (The Mexican Girl) part plusieurs mois avec elle, travaille dans les champs à cueillir du chanvre,  s’occupe un peu de l’enfant, commence une vie de couple avec de la tendresse et un peu de sexe.

C’est le seul bon passage du livre, mais Sal repart.


JOUER  CE ROLE, OUI UN PEU, MAIS PAS L'ASSUMER...


On ne fixe pas, on ne prend pas de responsabilité.

Sal passe aussi du temps chez un couple de français les Boncoeur, en Californie. Disputes violentes, beuveries. Sal se tire, retrouve Dean et ses voitures chouravées, ses drogués, ses " belles petites poules"...

 

J’abandonne…

 

C’est le livre le plus nul de toute la littérature me dis-je, en 1970.On m’a trompée. Ce Kerouac est réac et même patriote. Pas agnostique du tout. Je ne sais pourquoi, j’avais cru…

 

 

2) Je me prends à suspecter les autres écrivains beat. 

 

On me conseille Burroughs. J’ai lu le Festin nu : je n’ai aucun souvenir de ce livre, et ne pourrais en parler, mais à l’époque il m’avait intéressée.

Burroughs dit que la drogue, on n’a pas besoin de faire l’article pour la vendre…c'est plus simple que la prostitution par exemple : nul besoin de parer la marchandise de je ne sais quels attraits.


Je me suis intéressée à la technique du cut up qui a des points communs avec l’écriture automatique : j’ai même sorti le ruban magnétique de la cassette audio de Sergent Pepper et l’ai découpée en plusieurs morceaux que j’ai recollés avec du scotch. Puis j’ai réenroulé le ruban dans le support. Ce fut un travail considérable. Le ruban magnétique était incroyablement long. A l’écoute, on entendait des sons bizarres, mais pas de heurts , pas de mots scalpés… j’ai compris que j’avais réenroulé le ruban à l’envers. 

 


3) Nous sommes toujours en 1970.

Une copine à qui j’ai parlé de mon exploit « cut-up », se dit vivement intéressée :

« sur A Day In The Life, à l’envers, on entend les bruits du terrible accident qui coûta la vie à Paul Mc Cartney !

 

- Ah ? Parce qu’il est mort ?

 

- Bien sûr ! Mais on n’a pas voulu rendre publique la nouvelle ; on lui a trouvé un sosie, qui chante à sa place. Mais en guise de cérémonie funèbre, l’accident de voiture est reproduit sur l’envers d’A Day In The Life.

 

-Ben, dis-je, à l’écoute, c’est loin d’être évident…

 

Elle est venue écouter et n’a pas trouvé ça concluant, malgré qu’elle crût dur comme fer à cette histoire de sosie.


 

4) Nous sommes en 1972 :


J’ai lu « Junkie » !

Burroughs y dit que la femme est un être inférieur ; je ne m’attendais pas à ça ! J’ai jeté le bouquin par la fenêtre de la chambre du huitième  ( j’habitais une chambre de bonne.)

Sans compter que sa femme, il l'a tuée, et n'a pas été inquiété...

 


 

 

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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 18:07

 

la peine du menuisier

   Marie-Yvonne  subit un choc le jour où son petit voisin de deux ans décède d’une chute de vélo.

   Elle a déjà quatre ans  et ressent ce qu’est la mort.

 

     D’autant que dans sa propre famille, la mort est omniprésente, ainsi que la maladie, la souffrance, la solitude, et l’absence de communication. On parle peu et jamais de l’essentiel !

 

      Marie-Yvonne est née d’un couple déjà âgé, qui ne voulait plus d’enfants.

la sœur aînée de la fillette, Jeanne souffre de psychose, ou de retard mental ( on ne saura pas…) , plusieurs personnes de sa famille ( oncles, tantes, cousins …) sont morts en bas âge, ou jeunes. Sa mère Louise semble avoir des problèmes de surdité précoce.

 

Les drames se sont succédés, la famille semble frappée par le malheur «  l’Ankou «  en breton.

 

 Car cela  se passe en Bretagne, dans le Finistère ;  mais je n'ai pas ressenti  l’atmosphère de la Bretagne, je n'ai pas vu la mer, ni deviné  le Menez Hom, pourtant nommé. C’est bien dommage !

Il y a beaucoup de termes bretons et je n’ai pas trouvé, bizarrement, que ce fait nous enracinait… en Bretagne.

Ni ailleurs…

 

La narratrice passe son temps dans les cimetières, les albums photos des disparus, les greniers, à scruter des regards fermés, terrifiés, morts, à entendre des femmes en deuil prier interminablement.

Comme dirait Jacques Brel «  chez ces gens là on ne parle pas… on prie ».

 

Mais  c’est le Menuisier qui est surtout porteur d’un pénible secret.

 

Le Menuisier est en fait ouvrier à l’Arsenal, C’est à ses moments libres qu’il travaille le bois.

Marie-Yvonne la narratrice ne l’appelle que de ce nom, qui ne rend pas compte de leur filiation. Sa mère c’est « Louise », pas très proche non plus. Marie-Yvonne a le tort d’être née, et encore plus semble-t-il de ressembler à sa grand-mère paternelle.

 

Devenue adulte, elle enquête auprès de sa famille, des personnes âgées encore vivantes,  et finit par savoir …cette révélation me fait comprendre que cette famille, extrêmement superstitieuse, s’est crue maudite à jamais, et je crois aussi saisir pourquoi le père de Marie-Yvonne père craignait le contact avec elle.

 

A propos de l’événement traumatisant, dont elle prend connaissance, j’aurais bien voulu savoir ce qu’elle en pensait, ce qu’elle pensait de l’attitude des acteurs du drame,  et des autres priés de  se taire.

 

Je pense que tout cela manque de réflexion, de questionnement, de mise à distance, n’est pas approfondi, ni suffisamment mis en valeur.

 

Je n’ai pas aimé l’écriture et j’ai passé des pages pour savoir la fin. Une écriture sans coloration même pas «  blanche » qui ne réussit pas à créer une atmosphère.

 

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7 août 2010 6 07 /08 /août /2010 20:13

Les-Europeens

Points Seuil, 1993, 236 pages.

 

Il a paru en 1878, c’est l’un des premiers romans d’Henry James, alors âgé de trente-cinq ans.

 

L’auteur met en place  certaines  des constantes de son œuvre : l’opposition entre Nouveau et Ancien monde, les problèmes d’argent et d’ascension sociale.

 

Frère et sœur,  Félix et Eugénie viennent d’arriver à Boston. Américains, ayant toujours vécu en Europe, ils découvrent ce continent pour la première fois.

Sans fortune, Eugénie a dû contracter un mariage « morganatique » en Allemagne. Cela signifie qu’elle a épousé un prince, n’ayant pas elle-même d’origine noble.

Par ailleurs, on soupçonne aussi qu’elle n’est pas mariée légalement, puisque ledit prince veut la répudier. En tous cas, elle a fui cette situation sans issue.

Félix, son jeune frère d’un heureux caractère (comme l’indique son prénom) se définit comme un aventurier ; il a été comédien, chanteur, et maintenant dessinateur, et vit de petits jobs depuis toujours.

Leurs situations précaires les ont amenés à se souvenir de leurs riches cousins américains, dont ils espèrent tirer quelque bonne fortune.  Eugénie, déjà 33 ans, pourrait se remarier correctement…

 

  Les Wentworth vivent en banlieue.

Nous sommes au dix-neuvième siècle et ces banlieues rupines du Massachussetts sont fort agréables à Félix, un peu moins à Eugénie, qui depuis le début du récit se déplaît fort ici.

Il n’est pas facile de se présenter chez des cousins que l’on n’a jamais vus, avec des arrières pensées intéressées,  et de prétendre avoir seulement envie de les connaître, sans pouvoir réellement celer qu’on est  économiquement faible, comparé à eux.

    Les  Wentworth sont une famille austère.Ils  fréquentent l’église assidûment ,n’ont guère d’imagination et vivent tristement une routine ennuyeuse. La jeune fille sur laquelle Félix a jeté son dévolu, est promise à un pasteur plutôt coincé.

 

Habiles, charmants, aptes aux intrigues,  Eugénie et Félix s’invitent, se font héberger, courtisent et se font courtiser.   

Eugénie va se faire appeler «  la Baronne de Münster », et composer un personnage mystérieux, plein de bizarreries. A l’opposé, Félix adopte une spontanéité déjà presque américaine, et annonce pour tout métier «amateur », mot qui va faire effet auprès des Wentworth.

 

«  Je n’ai jamais étudié ; je n’ai pas de formation. Je fais un peu de tout, mais rien de bien . je ne suis qu’un amateur ».

Cela faisait encore plus de plaisir à Gertrude de penser qu’il était un amateur que de penser qu’il était un artiste ; le premier offrait à son imagination des associations encore plus subtiles… Mr Wentworth, lui, l’employait abondamment, car, bien qu’il ne lui fût à vrai dire pas très habituel, il le trouvait commode pour aider à situer Félix qui, jeune homme extrêmement intelligent, actif, apparemment honorable, et cependant sans profession définie, constituait un phénomène gênant. »

 

Il ne cache pas son passé aventurier «  bohème , et pierre qui roule » sachant l’impact que ces mots peuvent avoir sur une jeune fille élevée avec des principes, mais qui s’ennuie est et prête à la romance. Eugénie elle aussi, tente de faire le siège d’un cousin, puis d’un autre

 

les caractères que James prête à cette famille américaine ( naïveté,  générosité, ignorance des usages,  repli sur soi ,  puritanisme ) ne les empêchent pas de loger leurs cousins européens, et de les écouter en dépit de leur méfiance. De nos jours, la connaissance du vaste monde leur aurait moins fait défaut et leur sens de l’hospitalité en eût été amoindri.

Lorsque j’ai lu Daisy Miller ou Les Ailes de la colombe, les portraits des américains tels que les voit Henry James m’ont paru vraisemblables, et ceux-là un peu moins !

 

 

Le séjour d’Eugénie et Félix près de Boston, leurs marivaudages incessants,  ne manquent pas d’intérêt. Il y a beaucoup de parties dialoguées, avec de courtes répliques, bien plus que je n’en ai relevées dans mes précédentes lectures de l’auteur. Des métaphores amusantes et inédites, et des situations cocasses le récit n’en manque pas, mais il n’est pas tout rose, loin de là !

 

 

 L’ensemble est une lecture agréable, sans être aussi intéressant que mes précédentes lectures de James.

 

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30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 23:00

les lieux sombresSonatine, 450 pages

Voilà un roman que j’ai eu envie de lire après  avoir vu une dizaine d’avis positifs sur les blogs que je lis.

 

Début janvier 1985, dans une ferme du Kansas,près de la ville de Kinnakee, deux fillettes et leur mère ont été assassinées. La plus jeune fille Libby, âgée de sept ans, a eu la vie sauve. Son frère aîné Ben,15 ans, a été reconnu coupable de ce forfait et vit en prison.

 

25 ans plus tard, Libby la rescapée, narratrice de, l’histoire, n’a plus de quoi vivre. Elle a gagné de l’argent pendant longtemps, parce que le massacre de sa famille se vendait bien sous la forme de livres, articles, interviews diverses. A présent, le public a cessé de s’intéresser à ces meurtres. Sauf que Libby est encore contactée par un comité de défense de Ben, son frère, que de charitables visiteuses de prison, tiennent pour innocent et veulent faire libérer.

Libby enquête donc, sérieusement, sur ce passé auquel elle ne veut pas penser d’ordinaire. Elle est chargée de convoquer ses souvenirs et d’aller interviewer les amis de l’époque de Ben et le reste de sa famille, notamment son père…

En alternance de cette enquête de Libby, nous suivons deux récits relatant la veille de cette terrible nuit. L’un met en scène Patty, la mère de Libby et Ben. Endettée depuis très longtemps, menacée par un usurier, son mari, des parents d’élèves qui accusent Ben de pédophilie, plus le temps passe, plus les soucis pleuvent sur elle.

L’autre récit se focalise sur Ben et ses amis d’alors. Des adolescents déjantés, drogués, tentés par des actes fous, avec cette différence que Ben étant nécessiteux, ses amis de familles aisées l’humilient en permanence. A l’école, il est mal vu car il doit faire le ménage de l’école, pour gagner quelques sous.

 

Au total, on a un roman réussi surtout par les descriptions très réalistes des problèmes sociaux et psychologiques rencontrés par la famille Day, marginalisée par d'impitoyables voisins . Un aperçu de certaines dérives adolescentes, d’enfants laissés en plan par leurs familles, de diverses façons.  Les personnages de Libby et Ben sont fort bien observés, mais les rôles secondaires sont très intéressants aussi.

 

Pour ce qui est du suspens, puisqu’il s’agit d’une enquête, il est bien mené : la tension s’accroît à mesure que l’on approche du moment crucial, et les événements se précipitent.

 

Il reste que, pour  l’explication finale, certains éléments s’admettent, tandis que d’autres  ne tiennent pas debout.

On trouve aussi peu vraisemblable la facilité avec laquelle Libby retrouve des gens de l’entourage des Day, qu’elle n’a pour ainsi dire jamais vus, qui n’ont plus de contact avec sa famille depuis 25 ans...

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 12:32


Hôtel de la lune oisivePhébus, 2005

Titre original «  Collected Stories »

 

Choix de dix nouvelles publiées à des dates diverses entre 1967 et 1990.

 

Ces nouvelles ont pour thème la sujétion exercée par une personne ou un groupe de personnes sur une ou plusieurs autres, insistant sur les rapports de force, et les sévices qu’on fait subir à la victime, laquelle se trouve humiliée, et plus ou moins consciente,  mais que sa situation socio-psychologique défavorable,  rend impuissante à se défendre.

 

Dans la nouvelle titre, un couple, les Dankers  se font offrir l’hospitalité par un couple âgé de 90 ans et leur majordome guère plus frais. Ils feignent d’être en  panne de voiture. On comprend qu’ils sont des escrocs et ont choisi ces personnes pour leur grand âge qui les rend très vulnérables, mais aussi parce que leur maison est isolée et qu’ils n’ont pas le téléphone. Finalement les Dankers transforment la demeure de leurs hôtes en hôtel, et les écartent…

 

Mrs Malby ( Foyers Brisés «  Broken Homes ») est aussi une vieille dame isolée sans famille, légèrement sourde et qui craint de passer pour gâteuse et de faire l’objet d’une incarcération à l’hospice. C’est pourquoi elle n’ose pas refuser que l’éducateur qui a frappé chez elle, lui envoie des adolescents les «  broken homes »,  dont il s’occupe et qu’il veut faire travailler, pour lui repeindre sa cuisine. Les jeunes se comportent d’une façon désastreuse, et Mrs Malby va-t-elle appeler ses voisins les marchands de primeur, qui lui ont parfois témoigné une espèce de sollicitude ?

 

Ensuite, c’est un éleveur de dinde veuf qui se fait plumer par une femme endettée, apte à jouer les pique-assiette( Against The Odds soit en français «  contre toute probabilité »)

 

Un enfant prend conscience que son père boucher et alcoolique, est un tyran domestique que toute la famille craint, au moment où il renvoie son excellent employé dont il est jaloux ( Choisir  entre deux bouchers)

 

Dans «  Trinité » un jeune couple est envoyé par son bienfaiteur qu’ils appellent « tonton » à Venise pour dix jours… ils se retrouvent en Suisse près d’Interlaken sans savoir comment cette méprise a pu avoir lieu. En cheminant dans leurs pensées, on comprend que leur bienfaiteur les réduit à sa merci ; ils lui doivent leurs emplois, leur logement, en plus de ce voyage, et ils sont aussi l’objet de multiples quolibets insultants de la part de ce maudit bienfaiteur.

 

«  C’est arrivé à Drimaghleen »  Maureen la fille des Mc Dowd est retrouvée auprès de son ami et de la mère de celui-ci, morts tous les trois. On ne sait qui a tiré sur qui et qui s’est fait justice. Le maire incrimine la belle-mère très possessive.

Mais deux journalistes viennent donner de l’argent aux Mc Dowd, qui ne peuvent refuser, pour exploiter la tragédie à leur façon et la vendre à un journal. Du coup les Mc Down se rendent compte qu’ils ont aussi vendu leur honneur…

 

Les récits sont narrés de façon réaliste, progressant avec des dialogues et des descriptions de petits faits et de propos à priori insignifiants, et qui révèlent au contraire des personnalités et des sentiments complexes et ambigus.

 

L'humour noir est présent dans quelques unes de ces nouvelles.

 

 

Lu aussi  par Yvon( qui a chroniqué huit oeuvres de Trevor)

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17 juillet 2010 6 17 /07 /juillet /2010 13:37

Mère disparue

Titre original Missing Mom, 2005

 

Phlippe Rey, 2007, 289 pages.

 

L’auteur a placé en exergue «  En souvenir de Carolina Oates » ( 1916- 2003) qui fut prbablement la propre mère de l’auteur.

 

La mère du récit Gwendolyn Eaton, ( que l’on surnomme «  Gwen » et aussi « Plume ») organise un propre repas de fête des mère le 4 mai 2004, auquel sont conviées ses deux filles Nikki la narratrice, et Clare son aînée, accompagnée de son mari et de ses deux enfants. Il y a beaucoup d’autres invités, des vieilles tantes, un soupirant de Gwen, une amie de longue date, un révérend,   et même un employé venu  ce matin  pour exterminer les fourmis rouges dans la maison.

La maison de Gwen, c’est un peu la maison du Bon Dieu, elle  cultive une quantité appréciable de relations diverses,  nouées lors d’occupations variées : piscine, cours de loisirs créatifs, bénévolats divers, à la bibliothèque, à l’hôpital, à l’église car elle s’occupe de la réinsertion de délinquants avec l’aide du prêtre de la paroisse.

Dans l’ensemble, des personnes que Nikki supporte difficilement. Sa sœur mariée, embourgeoisée, la vieille amie hypocondriaque, le prêtre assommant, le soupirant ridicule…

Nikki a 31 ans, 25 de moins que sa mère ; elle se considère comme une rebelle, mais cette différence consiste surtout à se vêtir en punk et à en adopter la coiffure, à entretenir une liaison avec un homme marié, à ne pas avoir d’enfant, à être journaliste pour une revue Underground pour laquelle elle interviewe des chanteurs de blues et rock. Rien de bien extraordinaire à nos yeux mais nous sommes dans la petite ville de Mont Ephraïm dans l’état de New-York, une petite bourgade pleine de préjugés d’un autre âge, comme on a déjà pu le constater dans « Nous étions les Mulvaney ».

 

C’était  la dernière fois que Nikki voyait sa mère ; cette dernière va se faire assassiner une semaine plus tard, par un repris de justice dont elle s’occupait plus ou moins, à qui elle confiait de petits travaux. Nikki et sa sœur  l’avait déjà chassé, mais ni Gwen, ni le prêtre de la paroisse qui aidait aussi  à sa réinsertion ne l’avaient perçu comme dangereux.

 

L’action dure un an et consiste pour Nikki à vivre sans  sa mère, à survivre au choc ( c’est elle qui a trouvé le corps), à « faire le deuil » comme on dit souvent. Sauf que le récit s’achève sur es mots «  Ainsi s’acheva la première année où ma mère me manqua », ce qui laisse prévoir un deuil interminable. Nikki  n’ayant pas d’attaches familiales contrairement à sa sœur, et un emploi « à domicile »qui lui laisse du temps, c’est à elle que revient de s’occuper des affaires de sa mère, de s’en rapprocher,  de réfléchir sur le passé de sa mère, sur  sa relation avec elle.

Elle s’installe dans la maison de sa mère, et  s’adonne à certaines de ses activités, notamment apprendre ses recettes de cuisine, fréquenter ses relations, fouiller  dans son passé : elle n’y trouvera rien de très surprenant,  mais tout de même une sorte de réponse au fait que sa mère  se soit montrée bien trop charitable et même imprudente. .. Comment a-t-elle pu ne pas vouloir s’apercevoir que l’individu était dangereux ?

Par- delà cette introspection bienvenue, on peut s’inquiéter que la mère disparue devienne de plus en plus omniprésente. Le fait que la mort de Gwen ait été particulièrement tragique, aide à  ce renforcement de liens.

L’inspecteur qui s’occupe de l’enquête lui promet «  après le procès, votre vie recommencera ».

Ce n’est pas mon avis ! Après le procès, Nikki se rapproche encore plus étroitement de sa mère, au point de partir avec son nouvel  amant au lieu même où se propres parents allèrent en voyage de noces. Heureusement aucun mariage ne semble se profiler à l’horizon !

 

Le roman comprends cinq parties divisées chacune en plusieurs chapitres titrés au moyen de  bribes de phrases ou simples répliques, questions, mouvements d’humeur, exclamations… tout comme la narration qui est pleine de vivacité, à fleur de peau, manifestations de langage familier, dialogues enlevés, avec des passages plus classiques. Bien des scènes sont extrêmement vivantes et bien rendues. La découverte du corps par Nikki est un passage remarquable ; toutes les scènes avec le vieux chat de sa mère, l’amie farfelue et hypocondriaques, les essais de cuisine sont fort  bons.

Mais j’ai passé des pages !  Parce que les problèmes sentimentaux de Nikki, qui tiennent beaucoup de place sont extrêmement ennuyeux.  On est peut-être déçu aussi  que les principaux personnages ( Nikki et feu sa mère) n’aient pas changé à la fin du roman.

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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 13:28

Tar baby


10/18 ( Domaine étranger)1996, 432 pages

2dition d’origine : Tar Baby, 1981.AB+

 

Titre : Tar baby «  bébé goudron » est  une façon de désigner les noirs pas plus amène que « nigger » ;

 

Un homme en fuite, dénommé étrangement «  Fils » s’introduit clandestinement sur l’île des Chevaliers dans les Antilles, ayant suivi deux femmes.  Il rôde autour de la demeure de Valerian Street, 70 ans riche retraité qui passe ses journées dans une serre à écouter de la musique.

Les deux femmes s’avèrent être son épouse Margaret, qu’il a épousé très jeune et qui ne s’est jamais adaptée à son existance paraît-il facile, et Jadine  une jeune femme métisse nièce des employés de maison qui sert à Margaret de demoiselle de compagnie en attendant de rejoindre la France où elle travaille comme mannequin.

 

Tous attendent Noël et l’arrivée du fils des propriétaires Michael, qui a semble-t-il connu une enfance perturbée au milieu de cette engeance.

 

Mais c’est l’étranger,( «  fils », un surnom qu’il endure depuis toujours) qui sera l’invité-surprise, et va faire exploser le fragile équilibre de la maison, provoquant chez chacun une remise en question. Les employés de maison vont se sentir spoliés et après s’en être pris à l’étranger, vont se dresser contre leurs maîtres. Un autre couple de noirs infériorisés par les domestiques précédemment cités, et méprisés de tous, vont se rebeller à leur manière ; Jadine et l’étranger sont attirés l’un par l’autre, mais ils ne viennent pas non plus du même monde, quoique tous deux afro-américains, et leur union va se révéler problématique.

 

Un roman très riche qui traite de l’affrontement de milieux sociaux opposés, aussi bien chez les noirs que chez les blancs,  dont le rapprochement induit querelles et identification pour certains d’entre eux à d’anciennes révoltes d’esclaves noirs. La lucidité du texte est de montrer que les noirs  se dressent les uns contre les autres,  aussi bien que contre les blancs. La discorde révélée par l’apparition de l’étranger, ne cesse de provoquer des dissensions, des vengeances, que rien ne viendra apaiser.

Un récit vraiment réaliste et un roman social éclairé. J’ai remarqué aussi la façon qu’a l’auteur de faire parler les éléments naturels, en ce qu’ils participent de mythes fondateurs ; au départ dans cette île, des colons saccagèrent la nature, et s’affrontèrent  aux populations indigènes.

 

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