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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 09:54

 

Gallimard ( Du monde entier), 1988.

La première parution a eu lieu en 1967 au Japon.

 

Scène inaugurale :

Nous sommes en ville. Mitsu, Le narrateur, perturbé, descend en tremblant dans une fosse septique en construction dans son sous-sol. Il a perdu «  la sensation fiévreuse de l'attente". Il ressasse le suicide de son ami qu'il vient d'apprendre. Ce dernier s'est pendu, la figure peinte en rouge, avec un concombre dans l'anus. Un acte qui semblera provocateur à des occidentaux. L'ami avait subi un traitement dans un hôpital psychiatrique d'où tous les malades sortent abouliques.

Mitsu réfléchit aussi  à son enfant  anormal, dont sa femme et lui ne savent que faire.  Enfin, il évoque ce jour de son enfance où il a perdu un oeil, des camarades l'ayant blessé. Il ressent tous ces malheurs, au moment où débute le récit, comme une série de malédictions qui vont le mener à sa fin...

 

Afin d'y voir plus clair, Mitsu retourne à Shikkoku, l'île de son lieu de naissance, rencontrer sa famille, celle qui est encore en vie, et ses ancêtres...il doit notamment y voir son frère Taka.


La lignée familiale est difficile à porter. Leur père était suspect et désavoué par la mère, probablement trafiquant de drogues. L'arrière-grand -père fut un personnage . Il s'était enfermé dans son pavillon pendant une insurrection paysanne, et le frère de cet homme, qui avait conduit l'insurrection, disparut ensuite.

Des frères ennemis...

 

Mitsu et Taka reviennent sur les lieux de cette insurrection qui s'est produite un siècle auparavant, pour enquêter sur les circonstances .Et, sans l'avoir consciemment voulu, ils vont rejouer cette scène de l'histoire familiale et locale, Mitsu s'identifiant pour cela à l'arrière-grand père, Taka au frère de cet homme.

 

Ainsi les deux frères vont s'affronter au cours d'une action qui aura un sens pour tous les deux. Solitaire Mitsu contre leaderTaka, et que chacun trouve sa place dans l'histoire.

 

Alors cessera la malédiction.

 

Résultat : je dévoile tout, car le roman est un peu déconcertant, et il est utile de savoir où cela mène pour mieux saisir.

  Taka découvre qu'il veut le sacrifice, le rachat de sa propre vie , de ses fautes ( relations incestueuses avec sa sœur) et aspire à une mort violente. La situation le sert : dans leur village natal, la population manque de tout et il réussit sans peine à monter une vraie insurrection. D 'abord, il séduit la population en créant un club de football.

Le titre original du roman c'est «  le football ».C'est lui le "Jeu du siècle..."

 

Mitsu lui, est donc resté à l'écart de l'insurrection ( bien qu'elle prenne un tour positif) et finit par comprendre qu'il ne faut pas chercher à s'identifier à ses ancêtres. Il a raison. Malgré lui , il ne peut qu'imiter l'arrière-grand-père en se retranchant dans le pavillon.

Trompé par sa femme, enceinte de Taka, à présent défunt, il accepte un poste de traducteur en Afrique.

Il faut également composer avec l'ancêtre féroce Shosokabê ( sorte de père primitif sanguinaire) qui poursuit les fils, lesquels sont sauvés en se réfugiant dans un ravin habitable : c'est là une légende qui est à l'origine de la lignée dont Mitsu et Taka sont issus.


On s'étonne qu'il se produise un si grand nombre d'événements de contingence pure, dans un récit où le narrateur, semble d'un bout à l'autre, plongé dans la méditation et/ou le monologue.

 

Fin: Mitsu remonte de la cave où il s'était retranché, remonte vers la vie.

C'est une sorte de happy end auquel on n'osait croire...

 

  Challenge ABC 2009 lettre O

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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 10:21

      Ce volume est paru en 1888,classé comme seizième de la série « les Rougon-Macquart ». Ce n'est pas l'un des plus cités, mais le titre m'intriguait,

Quel type de récit peut se cacher derrière un titre qui pour moi est peu habituel à l'univers de Zola? Quels milieux sociaux, quelles luttes peuvent être décrites, quel type d'illusion peut être brisé?

 

Angélique, une orpheline de neuf ans, est recueillie un matin de Noël 1860 par les Hubert, près de la cathédrale de Beaumont en Picardie, où elle gisait transie dans la neige. Cette enfant est bien une Rougon, mais, abandonnée par sa mère et adoptée par les Hubert, elle ne portera jamais ce nom.

 

Les Hubert se sont mariés contre l'avis de la mère d'Hubertine, ont perdu l' enfant qu'ils attendaient et supposent que cette femme décédée par-delà la mort, les empêche d'avoir un autre enfant. Ils sont donc décidés à ce qu'Angélique soit heureuse et ne connaisse pas les affres de la passion. Ils l'élèvent en recluse, d'autant plus qu'ils craignent les gènes qu'elle aurait reçus de ses parents indignes. Elle ne sort que pour aller à la messe, et deux fois par an faire un pique nique dans les environs. Les reste du temps elle apprend l'art de la broderie, occupation professionnelle des Hubert. Ils brodent des chasubles, mitres et autres objets destinés au culte, et les responsables de la cathédrale sont leurs clients. Angélique y excelle et devient une véritable artiste. Elle brode d'après des croquis, non seulement des croix et des roses mais des scènes de la vie des saints. Son autre distraction est la lecture de la Légende dorée de Jacques Voragine, qui relate précisément des vies de saints, écrit en ancien français et abondamment illustré. Elle se passionne pour Sainte Agnès qui refusa d'épouser un gouverneur, fut traînée nue dans les chaînes, mais ses cheveux poussèrent en masse pour la vêtir... On voit dans quel univers mystique et miraculeux vit Angélique. Cependant, vers seize ans, elle commence à passer beaucoup de temps à son balcon d'où elle peut voir une rivière un pré d'herbe haute, divers jardins, une partie de la magnifique cathédrale, romane par endroits et gothique sous d'autres aspects, un vitrail représentant saint-Georges vainquant le dragon. Angélique accueille les manifestations de la puberté comme autant d'élans mystiques, et à ce balcon, elle attend éperdument un miracle, l'apparition de quelque créature merveilleuse, qui serait humaine et céleste en même temps.

 

Zola explore donc le domaine du « fantastique médiéval » un des préférés des auteurs du dix neuvième siècle. La cathédrale dépeinte fait signe à Notre-Dame de Paris dont elle est la petite cousine( le chef d'œuvre de Hugo date de 1831).Les personnages qui entourent cette merveille architecturale sont très différents de ceux d'Hugo, mais on y retrouve le même univers de légendes médiévales, de miracles, de béatitude et de férocité et de terreur aussi, car le Diable est partout présent.

De fait, pour bien lire ce roman, il serait souhaitable de reprendre celui de Hugo.

 

J'ai trouvé dans ce roman de très longues minutieuses et remarquables descriptions ( les processions liturgiques, les récits de la Légende dorée, la description de l'art de la broderie...) et relativement peu d'action même si le destin d'Angélique se réalise inexorablement. Le roman peut s'interpréter de diverses manières : Angélique vit-elle dans un rêve ou est-elle le rêve elle-même? Il est dit d'elle à plusieurs reprises «  elle était une apparence qui créée une illusion ».

 

Le thème religieux a sans doute son intérêt mais les scènes que je prèfère sont les plus réalistes : lorsque Angélique lave du linge dans la rivière et qu'un jeune homme vient l'aider à rattraper des chemises qui s'envolent où sont emportées par le courant, voilà une scène champêtre fort plaisante et dieu merci exempte de cette religiosité assez pesante à mon goût.

 

 

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5 septembre 2009 6 05 /09 /septembre /2009 16:43

 

 

 

 

Voici la première réduction de pal :

 

 

 

Christian Bourgois, 105 pages.

 


 

 

Titre original «  Disquiet »

 

Une femme revient d'Australie chez sa mère en France avec ses deux enfants ; elle s'introduit par effraction mais est correctement accueillie par sa père et la vieille servante, dans la grand propriété où elle a vécu jadis. Son mari la battait. En même temps, le frère de cette femme, et son épouse Sophie arrivent de l'hôpital. Sophie a donné naissance à une fillette mort-née : Alice. Elle ne veut pas s'en séparer.

 

Le récit se déroule sur plusieurs jours, et concerne essentiellement les tentatives des divers proches de Sophie pour lui faire abandonner son bébé défunt et pratiquer un enterrement. Ainsi que l'essai de fuite du petit garçon Andy et de sa soeur sur le lac de la propriété à bord d'un canot.

 

Le narrateur créé la surprise et voile d'anxiété l'atmosphère, en décrivant les allées et venues et actions des uns et des autres avec précision, ne distillant qu'avec parcimonie des informations nécessaires à la compréhension. Les dialogues sont nombreux et courts se limitant souvent à des informations pratiques, ou à des formules relevant de la fonction phatique.

Le narrateur désigne la mère et les deux enfants en disant «  la femme »; « le petit garçon »; « la petite fille, » alors que leurs proches les appellent par leurs prénoms et qu'ils se nomment eux-mêmes entre eux. Par ailleurs le narrateur appelle les autres personnages par leur nom.

Sans doute veut-il par là montrer à quel point cette femme est devenue étrangère à ses proches ainsi que ses enfants qui les voient pour la première fois.

Mais c'est la famille tout entière que le lecteur appréhende de façon distanciée, comme s'il les voyait de loin. Pourtant l'on partage le désarroi des uns et des autres concernant la folie de Sophie, qui impose la présence de son bébé mort à tous, se demandant si elle est destinée à durer. La femme et ses deux enfants reste plus mystérieuse, on ne sait pas quelles relations complexes elle avait noué avec cet homme en Australie, ni s'il faut le craindre.

 

C'est avant tout un récit d'atmosphère, une vision du monde inquiétante, donnée à ressentir  à travers quelques jours d'une famille vivant une situation délicate, mais non désespérée.

 

Une écriture et un type d'atmosphère que j'affectionne particulièrement. La situation de deuil et son évolution sont décrites avec une rare justesse!

 

Lu aussi par Mango  Papillon et Lilly

 

 


 

Julia Leigh  Julia Leigh est australienne, née à Sydney, et âgée de 40 ans. Elle a publié un autre roman traduit en français " le Chasseur" que je commanderais un jour sur Internet , car il est introuvable en librarie.


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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 20:12

10/ 18, 1985.

(1ère publication en 1960).

Gombrowicz est décédé neuf ans plus tard, il y a quarante ans déjà!








Le narrateur qui porte le même nom et prénom que l'auteur ( est-ce autobiographique?), fuit Varsovie en 1943 avec un ami Frédéric, pour se retirer à la campagne où un nommé Hippolyte les héberge.


Frédéric est un artiste qui s'est jadis occupé de théâtre. Pour effectuer les gestes les plus insignifiants, il a toujours l'air de jouer, c'est cette caractéristique qui a plu à Witold «  il ne faisait que se comporter, il se comportait sans cesse ».


Ces deux messieurs d'un certain âge, oisifs, et attirés par les jeunes gens, vont s'intéresser à la fille de leur hôte Hénia, et à Karol, un jeune voisin en rupture avec ses parents, que Hippolyte a accueilli chez lui en échange de menus services.

Les deux adolescents se connaissent depuis l'enfance.


C'est le premier dimanche de leur séjour, lorsque Witold et Frédéric se sont contraint à aller à la messe avec la famille, que l'esprit de Witold commence à battre la campagne.

La course en calèche l'énerve «  la perversité de cette randonnée me frappa tout à coup, car nous étions comme sortis d'une image d'Epinal-une photo morte du vieil albumde famille- et sur la colline le véhicule périmé était visible de très loin, ce qui rendait la contrée particulièrement ironique, d'une méprisante cruauté ».

Le plaisir qu'il escompte obtenir du manège de son ami Frédéric qui se comporte en parfait croyant allant même jusqu'à prier avec ferveur, ne lui sied pas autant qu'il le faudrait. «  l'église n'était plus une église. L'espace y avait fait irruption mais un espace cosmique, déjà noir,et cela ne se passait même plus sur terre, ou plutôt la terre se transforma en une planète suspendue dans le vide de l'univers, le cosmos fit sentir sa présence toute proche, nous étions en plein dedans... suspendus avec nos cierges et notre lumière et c'est là-bas dans l'espace infini, que nous manigancions ces choses étranges avec nous et entre nous, semblables à des singes qui grimaceraient dans le vide».


C'est ainsi, que pour faire exister ce « vide », il jette son dévolu sur les jeunes gens, la garçon d'abord, en fonction de ses penchants. Mais la réalisation de ses pulsions n'est pas possible, donc il invente une intrigue dramatique à propos des jeunes gens.


Ils se rend bientôt compte que Frédéric partage son goût.


Les deux compères, décident, par caprice et perversité, que les deux adolescents doivent se mettre ensemble : ce fantasme les poursuit et ils interrogent les jeunes gens sur leurs penchants :

Hénia est promise à Albert, un notaire nettement plus âgé qu'elle, et semble se contenter de cela, et Karol préfère les femmes mûres plus expérimentées que les jeune filles.

Les deux amis ne recueillent guère de succès dans leur entreprise, même si Frédéric fait accomplir des jeux théâtraux aux jeunes gens, en vue d' exciter la jalousie du notaire. Mais des événements fortuits vont les servir dans leur tâche...


Le style : le récit consiste en un monologue vif, enlevé, bavard, où Witold entrelace ses pensées avec le récit des événements et les dialogues des personnages qui viennent rompre une éventuelle monotonie du texte.


Du côté de l'intrigue, on est partiellement satisfait : on n'arrive pas à croire que les deux adolescents obéissent réellement à Witold et Frédéric pour leur plaire,on peut penser qu'ils agissent pour leur propre compte, et ne se sont jamais souciés de ces deux messieurs et de leurs manigances, en fait les gesticulations intellectuelles de ces deux messieurs et leurs prétendues manipulations des jeunes nous semblent vaines. Ainsi le fait que les deux jeunes gens se soient amusés à écraser le même ver de terre,chacun à un bout, lui paraît un signe: ce ver sera identifié à l'ennemi que les jeunes sont prêts à anéantir...


Reste la vision du monde du narrateur, originale, loufoque, qui intéresse sans séduire. Mélange de sarcasmes, comparaisons réalistes aussi bien que de rêveries romanesques.

 

Challenge ABC Lettre G

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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 23:00

A la poursuite du bonheur

 Blogotrésor n ° 4


Belfond, 2001.

 

Aux obsèques de sa mère, Kate, découvre une femme de 75 ans qu'elle n'a jamais vue, mais qui la regarde avec insistance et semble la connaître. Cette dame se recueille aussi sur la tombe du père de Kate, décédé alors qu'elle était toute petite..

Bientôt cette inconnue lui envoie des messages, lettres,emails,télégrammes,appels téléphoniques...

Cette soudaine intrusion irrite Kate, d'autant plus qu'elle connaît une existence difficile avec son ex-mari, son petit garçon, son frère qui n'entre en relation que pour demander de l'argent, et ce deuil d'une mère avec qui elle ne s'entendait pas...

Mais c'est aussi à cause de toutes ces frustrations qu'elle va accepter de prendre connaissance du récit de Sara Smythe .


En 1945,dans une soirée organisée par Eric son frère, Sara rencontre le père de Kate, Jack Malone. A cette époque, ils ont un peu plus de vingt ans, et fêtent la fin de la guerre. Sara est une jeune femme cultivée, à moitié émancipée, journaliste à New-York, très indépendante pour l'époque. Eric son frère cherche à percer comme auteur dramatique. Jack est soldat, mais lui aussi écrit.

Jack et Sara vivent ensemble une nuit avant qu'il ne reparte au front. Cet amour dure d'autant plus que les amants trouvent sur leur chemin une grande quantité d'obstacles( très variés) à leur bonheur, mais pas de totale impossibilité.


Et même pendant un certain temps, Sara sera très heureuse«  j'adorais la compagnie de Jack,l'avoir dans mon lit, parler avec lui, mais je ne détestais pas me retrouver en tête-tête avec moi-même quand le week-end arrivait. Ma brève et désastreuse cohabitation avec George m'avait prouvé que je n'étais pas de celles qui renoncent facilement à leur jardin privé, et malgré toute la passion que je vouais à Jack, je reconnaissais qu'il était bon de vivre trois jours à mon propre rythme, selon mes seules envies. »

mais cela ne va pas durer, rassurez-vous...!


Certains passages sont très bons : j'ai aimé celui où Sara devient  l' épouse d'un employé de banque obtus, et la  belle fille d'une maîtresse femme sadique, dans une petite ville de province. Les pages sur le marccarthysme dans les années cinquante sont également réalistes et bien documentées.


Mais il y a aussi des dialogues faibles et interminables, et un peu trop de catastrophes inutiles...

 

Voilà un roman bien romanesque, ficelé comme un bon saucisson, un peu trop gros toutefois, réservé aux appétits plutôt gargantuesques, et aux amateurs de fast-food ( de temps à autre, on se laisse tenter...)

 

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13 août 2009 4 13 /08 /août /2009 23:49

 

texte de 1897.

10/18, 1993, 241 pages.

 

Challenge ABC : J

 

Mrs Gereth est en conflit avec Owen, son fils qui, maintenant fiancé, veut s'installer dans la demeure familiale de Poynton dès qu'il aura épousé Mona Brigstock. Il a hérité de ces biens tandis que sa mère devra s'installer dans un modeste cottage à Ricks.

 

Mrs Gereth est très attachée à ce château, qu'elle a meublé et décoré elle-même avec des objets d'une réelle valeur artistique. Son fils ne comprend rien à l'art, sans parler de Mona, qui n'est sensible qu'à la valeur marchande, et à la possibilité d'en jeter plein la vue à ses relations.

 

Heureusement, la dame a rencontré Fleda Vetch, une jeune fille pleine d'esprit et de goût, qui a tout de suit aimé Poynton. Fledan n'a pas de domicile réel, vit tantôt chez son père, tantôt chez sa sœur mariée,dans des quartiers modestes, ou chez les gens qui l'invitent.

Mrs Gereth va la tirer de cette gênante situation en la prenant à son service. Le statut de la jeune fille n'est pas très bien défini. Elle est demoiselle de compagnie, mais doit aussi servir d'intermédiaire entre le fils et la mère qui ne se parlent plus.

En effet, Mrs Gereth a osé faire retirer de Poynton tous les objets de valeur auxquels elle tenait. Elle s'est mise hors la loi, et Mona ne veut plus se marier tant que les objets ne seront pas restitués. Mrs Gereth de son côté, a aussi ses exigences pour restituer lesdits objets, et dans son esprit Fleda doit jouer un rôle primordial auprès de son fils...Fleda accepte jusqu'à un certain point...

 

 

voilà un roman passionnant, une belle réussite d'Henry James. Le personnage de Fleda est vraiment magnifique, cette jeune fille pauvre, qui navigue entre plusieurs écueils, et maintient ses exigences :elle ne se soumettra à aucune bassesse, contrainte pour ce faire, de résister à la fois à Mrs Gereth et à Owen, que pourtant elle aime. Son sentiment amoureux la fait rêver mais ne l'aveugle pas. Mrs Gereth est une femme en même temps ingénieuse et idéaliste, qui croit pouvoir imposer ses volontés en usant d'un stratagème, oublieuse de la vraie nature des êtres. Le personnage du jeune homme est veule, fluctuant, assez bête, prêt à se jeter dans les bras de n'importe quelle femme, qui lui dit ce qu'il veut entendre; un pleutre, comme presque tous les hommes.

Tout cela est présenté, comme à l'ordinaire chez James, avec un grand sens du dialogue, du non-dit, de l'ellipse, toutes les ressources de l'ironie .

 

A ne pas manquer!

 

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11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 23:48

Phébus, 2006 ( Première publication en 1972).


Georges se rend en Afrique du sud dans la ferme que sa famille possède et dont il est l'héritier. Il a quitté le pays à l'âge de cinq ans, avec ses parents qui sont partis vers la Suisse fuyant des troubles sociaux. Georges est un Afrikaner ( ancêtre des colons hollandais). Il vit en Suisse, travaille comme journaliste.


Anna, la mère de Georges est décédée depuis peu. Pendant sa maladie, elle parlait avec nostalgie du pays natal, ce qui décidé Georges à s'y rendre. Même si personne ne le lui a demandé...


il a des souvenirs de sa petite enfance au pays, soupçonne de les avoir conçus à partir de récits entendus, et cependant la voilà dans la place. Ou presque.

Il va demander son chemin aux habitants d'une ferme des environs, qui l'accueille avec méfiance, Il y a là un couple d'âge mur,et leur quatre enfants, trois jeunes adultes ( probablement de l'âge de Georges) et un adolescent. Les parents ont connu sa mère.

Cette famille, tout comme celles des environs, possèdent de la terre, et ds propriétés, font de l'élevage et cultivent la terre, mais sont pauvres et travaillent toute la journée de l'aube au couchant. Ils semblent craindre quelque chose et ne vont en ville que pour vendre leur légumes.

La communication est difficile : George a un accent étranger. Il sent que les jeunes ont des sentiments mélangés à son égard. Ils l'envient d'être parti et de mener une vie paisible à l'étranger ; ils le méprisent un peu aussi et sont fiers d'être restés. Ils veulent le voir rester et rêvent de s'enfuir aussi... De la ferme de ses ancêtres ne subsiste que quelques ruines, un étang et des rosiers sauvages.

Georges ne comprend pas très bien ce qui se passe et le lecteur non plus. Car le roman est en focalisation externe. Nous ne saurons rien de plus que le héros.

Il croit comprendre que ces villageois, même en 1970 ( date approximative du récit), sont en état de semi-guerre avec le pouvoir (lequel?), qu'ils vivent encore sous une espèce de dictature.

La vie menée en Suisse avec ses parents et amis lui semble alors bien superficielle, mais celle de ces paysans rebelles,durs à la tâches, déchus et fiers, sans autre possibilité intellectuelle que d'écrire des poèmes épiques pour inciter à la révolte ne lui convient pas, lui qui a toujours vécu en temps de paix.

Plus le récit avance moins il se reconnaît de patrie, ni en Suisse, ni en Afrique du sud, ni ailleurs que dans quelques fantasmes, auxquels se réduit le « pays bien aimé ».


Voilà un récit qui contient un message assez clair quant aux illusions de retrouver sa terre natale et son enfance, de s'enraciner quelque part. Et par contre, l'Afrique du sud est un pays bien compliqué...


  Lu aussi par Eeguab

 

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9 août 2009 7 09 /08 /août /2009 23:34

GF-Flammarion ( Etonnants classiques), 1996.119 pages.


Cette nouvelle fut publiée en 1829, c'est l'un des premiers textes qu'il signa de son vrai nom.

Dans le catalogue de la Comédie Humaine, elle prend place dans la série «  Scènes de la vie privée »( Le Père Goriot est l'œuvre la plus célèbre de cet ensemble).


   Cette maison vieille de trois siècles, se tient au coeur de Paris, et possède entre autres bizarreries, une peinture naïve sur la façade «  représentant un chat qui pelotait... l'animal tenait dans une de ses pattes de devant une raquette aussi grande que lui, et se dressait sur ses pattes de derrière pour mirer une énorme balle que lui renvoyait en gentilhomme en habit brodé... la queue mouchetée du chat était découpée de telle façon, qu'on pouvait la prendre pour un spectateur, tant la queue des chats de nos ancêtres étaient grosse, haute et fournie ».

 


l'observateur, Théodore, est un jeune artiste  peintre de talent, et trouve l'enseigne idiote, et la maison curieuse, grotesque, digne d'intérêt, pleine de symboles à déchiffrer. Une aubaine pour un peintre!

Toutefois à force de contempler cette bicoque" qu'il examine avec un enthousiasme d'archéologue",  il va apercevoir la belle Augustine dix-huit ans, fille cadette de Guillaume le drapier,  à la fenêtre du troisième étage.

" Aucune expression de contrainte n'altérait ni l'ingénuité de ce visage, ni le calme de ses yeux immortalisés par avance dans la sublimes compositions de Raphaël... il existait un charmant contraste produit par la jeunesse des joues de cette figure, sur laquelle le sommeil avait comme mis en relief une surabondance de vie, et par la vieillesse de cette fenêtre massive aux contour grossiers dont l'appui était noir."


En effet la jeune fille vient juste de se réveiller quant elle va à la fenêtre,  ce qui lui donne l'air frais et dispos.

Mais habituellement, la contrainte, elle y est accoutumée presque autant que les autres...

Losque le narrateur nous décrit la vie austère et besogneuse de la famille Guillaume dont le maître de maison est économe jusqu'à l'avarice, nous saisissons bien qu'Augustine n'est pas épargnée. Surtout pas par sa mère!

le narrateur compare la vie de cette famille à une "cellule de Trappistes" !


Un jour, cependant, la jeune fille, qui ne sort jamais, obtient le droit d'accompagner une cousine au Louvre où elle voit un tableau représentant sa famille en train de travailler dans la boutique, avec elle au milieu, une peinture dont le traitement s'apparente à celle de l'école hollandaise . Mieux que cela, l'auteur du tableau est tout proche, et elle a le coup de foudre.


Après quelques tribulations, Augustine va épouser son peintre, tandis que sa sœur se contentera du premier commis. Mais ce qui ressemble d'abord à un conte de fée, va progressivement se révéler une mésalliance. Augustine a la façon de penser et de voir la vie de ses commerçants de parents qui sont très loin de l'univers artistique...quant au merveilleux tableau qui lui avait porté chance, il sera aussi bien cause de catastrophe...


Augustine, éduquée chichement, sans culture, ne va pas s'habituer à la vie d'artistes ni aux manières de Théodore. Quelques années après, Théodore ayant une maîtresse dans le faubourg St Germain, Augustine va voir cette femme pour lui demander comment regagner l'amour de son mari...


Un histoire très cruelle, où déjà Balzac est terriblement habile à peindre les milieux sociaux et les caractères de son époque.

Mais rien qu'à lire la magnifique description de cette maison qui introduit le texte, vous allez vous régaler. Je suppose que  les singularités de cette maison sont autant de signes de l'histoire à venir...



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5 août 2009 3 05 /08 /août /2009 23:00

Cette nouvelle célèbre que l'on peut trouver aussi dans l'intégrale des « Nouvelles » publiées chez Stock, raconte l'histoire d'un faux écrivain, gigolo et homosexuel raté.

 


L'infortuné Raoul Duquette, 26 ans. Il s'adresse au lecteur avec beaucoup d'auto-suffisance, mâtinée d'ironie et de dérision. Le garçon se moque de lui-même tout en se prenant au sérieux, et l'ambiguïté du ton est telle qu'on ne sait jamais jusqu'à quel point.


«  Réellement, je ne crois pas à l'âme humaine, je n'y ai jamais cru. J'ai la conviction quel les gens sont comme des valises ;remplies de choses diverses, elles sont expédiées, jusqu'à ce qu'enfin, l'Ultime Porteur les jette dans l'Ultime Train, et qu'elles roulent au loin dans un bruit de ferraille... »


Le narrateur se tient dans un petit café pas cher, à Paris dont il décrit la clientèle, et les allées et venues du serveur avec autant de brio que ses états d'âme et ses sentences farfelues.


«  Croyez-vous que chaque endroit ait son heure du jour, pendant laquelle il prend vie? Ce n'est pas là tout à fait ce que je veux dire; c'est plutôt ceci : il semble qu'en réalité il y ait un moment où vous sentez que vous arrivez par hasard sur la scène, à la minute exacte où vous y étiez attendu : tout est préparé, en suspens... »


Sur un coin de table, il écrit de petites phrases qu'il sait être assez mauvaises, parce qu'un jour il a repéré un dessous de main sur lequel était écrit « je ne parle pas français », phrase qui, comme la madeleine de Proust, fait déferler des réminiscences.


Ce détail a fait remonter en lui des souvenirs d'enfance sous la forme d'une blanchisseuse noire qui le caressait régulièrement, en échange d'une pâtisserie. La première «  qui ne parlait pas français ».

la deuxième ce fut une jeune anglaise «  Mouse » de laquelle il s'est vengé de l'humiliation que lui faisait subir son ami Dick, qui le trait comme un « fox-terrier » .

Il précise son ambiguïté sexuelle avec un autoportrait «  petit mince peau olivâtre, yeux noirs aux longs cils... petites dents cariées... on m'a dit «  vous avez des mains à faire des pâtisseries fines... je suis assez charmant, grassouillet, presque comme une fille.. »


Avant de nous conter par le menu, son histoire avec les deux Anglais, il commence son autobiographie et se met en scène dans un petit appartement à un cinquième étage, censé devenir écrivain sans y croire plus qu'à présent. Il fait des dettes, tâche de se produire dans des endroits à la mode, réussit à publier des textes aux noms évocateurs «  Fausse monnaie » ; «  Erreurs de porte »...


C'est un texte assez loufoque, Raoul s'y met en scène tantôt comme écrivain, nous gratifiant d'histoires qu'il invente ( parfois il demande au lecteur si le texte lui plaît), tantôt comme narrateur de sa propre vie, mélangeant fiction et réalité ainsi que le présent et le passé, et les différentes époques du passé, les pensées et les actions, le tout forme un monologue savamment décousu, tantôt cocasse tantôt triste, vif, et elliptique , en tout cas très original.

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 23:10

Vladimir Nabokov Lolita ou la Confession d'un veuf de race blanche

(première publication en 1959)



Ce frisson avant-coureur fut déclenché je ne sais trop comment
par la lecture d'un article de journal
relatant qu'un savant avait réussi, après des mois d'efforts,
à faire esquisser un dessin par
un grand singe du Jardin des Plantes ;
ce fusain, le premier qui eut été exécuté par un animal,
représentait les barreaux de la cage de la pauvre bête. »

(Nabokov, A propos de Lolita)



Comme nous l'annonce le mot mis en exergue, l'amour pour Lolita fut déclenché par cette vision d'un singe qui dessine les barreaux de sa cage.

Ce singe est-il Lolita? Ou est-ce Le narrateur?


Ce roman est présenté comme le récit que fit Humbert Humbert en prison où il attendait d'être jugé pour meurtre. H.H. est bien sûr un pseudonyme.

Celui qui le porte vient de décéder, et , selon son vœu, l'ouvrage peut être publié, Lolita étant morte elle aussi.



La Confession de Humbert est présfacée par un soi-disant docteur en philosophie «  Ray » et suivi d'un «  A propos  de l'auteur de Lolita »


Le Dr Ray donne Lolita comme une leçon de morale;  l'auteur ironisera là-dessus, spécifiant que le Dr Ray représente la «  mauvaise lecture par excellence ». Il insistera lui, sur le «  fait esthétique », que représente son amour pour Lolita...



L'histoire:


La première partie compte 33 chapitres, le dernier compte comme un épilogue.


Humbert s'adresse à ses juges et prétend reconstituer son journal intime, déchiré cinq ans auparavant. Il débute par un récit assez bref de sa vie sur le ton de l'ironie et du sarcasme.

Une vie qui comporte beaucoup d'invraisemblances dans les situations, et des morts violentes.

Malgré tout le narrateur est aussi très fleur bleue, sentimental à l'occasion, analytique dans d'autres cas, (érotique? pas tellement...)  ce qui fait un mélange bizarre.


Suisse franco-anglais, il a rencontré à l'âge de 13 ans Annabelle, aussi jeune que lui, en Italie, en est tombé amoureux, et ils se sont séparés.

Vingt-quatre ans plus tard, Humbert tombe amoureux une seconde fois de Dolorès ( Dolor) qu'il appellera Lolita ou «  ma Lo », lors d'un séjour en Amérique.

Nous sommes en 1947.

Il est professeur de littérature et écrit des manuels de français à l'usage des étudiants anglo-saxons. Il a connu plusieurs dépressions et fréquente des maisons de santé. Il cherche une retraite en Nlle Angleterre, et se sent d'humeur à travailler...

Or, il va hélas, cesser toute activité intellectuelle pour avoir aperçu la fille de sa future logeuse à Ramsdale où on lui propose d'emménager. Humbert constate qu'il plaît à Louise Haze sa logeuse. Ce fait l'insupporte, il  a horreur des femmes faites.

C'est sur une imitation de la Riviera, que Louise Haze la logeuse un peu snob  a posée sur sa pelouse, qu'il voit Lolita ,12 ans ½, nonchalamment allongée.

Il croit revoir Annabelle, son amour de 13 ans «  Annabelle Lee » que Poe chanta.



Il s'explique longuement sur son choix amoureux «  les nymphettes de 9 à 14 ans ». Les filles pépubères, ni complètement petites filles, ni tout à fait adolescentes, avec force références littéraires, et tente de capter le charme qu'elles exercent sur lui. Dante, Virgile, Pétrarque, selon lui,  ont aimé des fillettes et en ont fait leurs inspiratrices ( Béatrice, Didon, Laure).


A cause de Lolita, il emménage dans cette maison, supporte la maman, son club littéraire et ses bavardages, réussit à se satisfaire de Lolita en la touchant à peine. Il détaille une sorte de gymnastique acrobatique incroyable, comico-tragique, à laquelle il se livre, alors que la fillette lui est déjà devenue familière.

Les événements précipitent sa perte, son entrée dans l'illégalité. Lo est envoyée dans un camp de vacances. Pour la revoir, Humbert est contraint d'accepter les avances de sa mère et de l'épouser.

Hélas, la mère veut la mettre en pension. Pire, elle découvre l'agenda secret de son époux. Alors qu'il se croit perdu, assez comiquement, elle se fait écraser par une voiture en traversant la rue.

Nous voyons clairement que l'intrigue n'est qu'un prétexte, mais y prenons goût tout de même.



Le voilà en train de présenter son rival Clare Quilty, auteur dramatique de son âge, qui va aussi s'intéresser à Lolita....


Humbert se rebaptise plaisamment Mr Hyde. Jeune veuf, (il a trente-sept ans) il va retrouver Lolita au camp de vacances, et le périple commence. Il n'osait rien trop lui proposer à « l'hôtel des Chasseurs enchantés », mais elle «  se donne » et n 'était plus vierge. Humbert avait préparé de la drogue pour l'endormir mais n'a pas eu à en faire usage.


La deuxième partie c'est « notre grand voyage à travers les Etats-Unis ( d'aout 47 à 48 et jusqu'en 1952.) La Nlle Angleterre, Le sud, Dixieland, le Pays du coton, les Montagnes Rocheuses, les déserts du sud ( en hiver), la côte Pacifique jusqu'au Canada, l'est jusquà la côte Atlantique, avec pour point de chute le site universitaire de Beardsley où Lo fut à l'école quelque temps.

 

Car " Lolita " c'est aussi et peut-être avant tout, un road-movie très réussi, avec une remarquable course-poursuite...

 



Dans le dernier chapitre Humbert s'adresse à Lo.


L'aventure tourne assez mal.La relation de ce couple un peu spécial évolue vers la séparation.

Le professeur Humbert s'ennuie à mourir avec Lolita, fillette au demeurant assez vulgaire et sans goût pour se cultiver ; il se sent bientôt suivi et remarque que Lo disparaît et revient pour de courtes périodes. Il repère une voiture mais ne pourra empêcher Lolita de lui fausser définitivement compagnie en 1950, lors d'un séjour à l'hôpital.


Deux ans plus tard n'ayant pas trouvé son rival, qui se fait inscrire dans les hôtels sous des noms facétieux, il reçoit une lettre de Lo, mariée et enceinte. Elle a vécu avec Quilty, et s'est sauvée pour échapper à des partouzes. Elle a trouvé un ami de son âge, un ouvrier,l'a épousé...

Humbert va chercher Clarence...


__________________


L'auteur retient ce qu'il y a de pervers dans l'amour, pour à partir de cette perversion, en dégager une transmutation esthétique. De la perversion à l'art s'opère une transformation, qui n'est ni de la sublimation ( Humbert ne renonce pas à la sexualité) ni de l'idéalisation ( il reste cynique et lucide, quoique éperdu d'amour).


Il n'aime pas le Souvenir de Léonard de Freud.

Forcément, car il voudrait que son art soit inné, alors que Freud désignait ,à l'origine des œuvres d'art, des expériences fantasmatiques de l'enfance, que certaines personnes auraient ensuite arrangée de manière à produire une œuvre esthétique.


Nabo nous dit de remarquer le jeu de tennis de Lo . Sa façon de jouer au tennis est « perverse par excellence, » car elle ne cherche pas à atteindre le but fixé par le jeu, ni à marquer des points. C'est même dans cette façon de perdre qu'elle a les poses les plus singulières et les plus esthétiques.


«  Ma Lolita, en arrangeant l'essor ample et ductile du cycle de son service, avait une façon inimitable de lever son genou gauche légèrement plié et pendant une seconde on voyait naître et flotter ans le soleil la trame d'équilibre vital que formaient le bout de ce pied pointé, cette aisselle pure, ce bras poli et brun, sa raquette levée haut en arrière ».


Déesse «  Elle souriait, les dents étincelantes, au petit globe suspendu dans le ciel, au zénith de ce comos puissant et délicat qu'elle avait créé à seule fin de l'abattre d'un coup bref et retentissant de son fléau d'or ».


«  le long essor de la balle, dépourvu d'effet et de mordant »


elle y est toujours gaie ( «  elle l'est si rarement dans sa sombre existence auprès de moi »)


«  Son style de tennis... était au sommet de ce qu'on peut atteindre dans l'art du faux-semblant »

-clarté exquise de ses mouvements

  • contre-partie acoustique dans le claquement de chacun de ses coups.

Lorsqu'il tue Clarence c'est avec un « claquement ridiculement menu et infantile que le coup partit. La longueur du meurtre, le corps à corps dérisoire,le fait qu'il mette Clarence et lui sur le même plan ( un vieux drogué et un pervers au cœur malade) fait penser qu'il tue une mauvaise partie de lui-même, non artistique.


Nabokov cite largement la «  Recherche «  : il est clair que Lolita est une sorte d'Albertine  "je voudrais appeler la dernière partie «  Lolita disparue ».


La conclusion, Nabokov nous la joue « jamesienne » : Lui et Lolita « ce serait la vieille Europe, tendant ses bras fatigués à la Jeune Amérique ».


la « jeune Amérique », Lolita, c'est cette gamine de douze ans, forcée de vivre maritalement avec l'époux de sa défunte mère, puis avec l'homme qui les suivait, espérant être tombée en de meilleures mains; hélas, ce fut pire, et à 17 ans, sans ressources la voilà mariée à un ouvrier de son âge. Et enceinte. Elle se croit enfin tirée d'affaire, et mourra en couches...


Je n'ai pas répondu à la question: Lolita ne fut-elle, en dépit de toutes les grandes théories esthétiques de l'auteur qu'un petit singe que l'on dresse et dont on prend plaisir à voir qu'il sait dessiner les barreur de sa cage? Où est-ce le narrateur qui est prisonnier, et son roman le dessin des barreaux d'une cage?



Lolita a été adaptée au cinéma en 1962, par Stanley Kubrick. Un film critiqué, que, personnellement j'aime beaucoup, au moins autant que le roman. On y voit bien l'évolution de la relation d'Humbert avec l'adolescente qu'il fait passer pour sa fille avec plus ou moins de bonheur, les conflits qui naissent au sein de ce couple, et la composition de Peter Sellars en Quilty est remarquable.


 

 

Pour une autre expérience Nabokovienne, je vous conseille aussi et surtout " La vraie vie de Sébastien Knight" que j'ai chroniquée.


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