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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 21:45

Phébus, 518 pages, 2000.

 

inishowenEllen Donnelly, américaine, est partie pour l’Irlande, quittant mari et enfants. Elle y est née près d’inishowen, péninsule du nord de l’Irlande, quarante cinq ans plus tôt. Enfant abandonnée, adoptée par une famille américaine, elle est devenue professeur de littérature anglaise et a tojurs nourri une passion pour sa patrie d’origine dont elle fut privée . Atteinte d’une grave maladie elle veut rejoindre Inishowen pour y rencontrer sa mère biologique.

Fortuitement, elle va rencontrer  Martin Aitken, inspecteur de police à Dublin, qui a une bonne raison lui-aussi de se rendre dans ce coin sauvage et désolé.

 

L’action dure une dizaine de jours pendant la période des fêtes de fin d’année au milieu des nineties.

L’auteur a fait part égale entre dialogues, descriptions, et narrations à la troisième personne, entre humour  parfois féroce,  périodes contemplatives, situations burlesques et  atmosphère dramatique. Et même un épisode purement mélodramatique, que je n’aime pas tant que cela, mais il est de courte durée.  Donc, beaucoup de variété.

Les protagonistes vivent une histoire d’amour, plus réaliste que sentimentale.  Ces deux caractères sont intéressants mais les seconds rôles ne déparent pas. 

C’est un roman polyphonique, où l’on entend aussi bien les voix des personnages secondaires, le conjoint d’Ellen, ses enfants, son beau-fils, des policiers haut en couleurs. Tous les rôles sont bien tenus. Nous  sommes plongés dans l’Irlande, son passé historique, récent et ancien, ses coutumes, ses chansons, ses routes...

 

Inishowen Peninsula. Ireland-Brooding view from Malin Head


C’est agréable ! Aucun romancier irlandais ne m’a encore donné autant l’illusion d’habiter son pays pendant la durée de la lecture.

J’ai lu ce roman sur le conseil d’Anis, et  l’en remercie ! J’ai découvert un auteur.

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 19:15

 le cerveau de Kennedy  Seuil, 2008.

 

Louise Cantor est archéologue et dirige un chantier de fouilles en Grèce.  Elle se passionne pour son travail, mais se sent un peu seule.  Son mari Aron  elle n’en a plus de nouvelles depuis longtemps.

Elle envisage de faire un break pour rendre visite à son fils étudiant à Stockholm. Hélas, lorsqu’elle parvient à destination le jeune homme est mort sur son lit.

La police conclut à un suicide. Louise est convaincue qu’Henrik ne s’est pas tué. Pourquoi portait-il un pyjama ? D’ordinaire, il dormait nu, affirme Louise, qui  semble bien connaître son fils !

Mais elle va bientôt comprendre qu’Henrik était pour elle un inconnu…

Des jeunes filles font leur apparition, des amies d’Henrik. Elle ne lui en connaissait pas.

A force de fouiller dans ses papiers, elle trouve des documents où le défunt s’interrogeait sur le cerveau disparu du président assassiné.  Puis avec l’aide de son époux retrouvé, elle se rend à Barcelone, où Henrik vivait dans un appartement dont il n’avait jamais parlé. Là encore, une belle jeune fille sort de l’ombre. Et il y en aurait une autre en Afrique (Mozambique)que Louise voudrait bien interroger. Elle devra s’y rendre seule malgré le danger qu’elle pressent, car Aron disparaît…

 

L’enquête mouvementée de Louise, nous la suivons avec peine. Elle va faire des découvertes rudes tant en ce qui concerne  des pratiques criminelles à l’encontre de certaines populations sans défense, que sur son fils, individu moins recommandable qu’il n’y paraissait au départ, et surtout empêtré dans des contradictions insolubles…

 

Autant le dire tout de suite, je n’ai pas tellement apprécié ce roman.

Le style pour commencer d’une lourdeur pénible avec de nombreuses redondances. Louise, le personnage principal, monologue en italique. Hélas ses tristes pensées ne font que reprendre le récit principal sans rien y ajouter d’intéressant.

Ensuite, l’intrigue me pose des problèmes. Je n’ai pas compris le pourquoi de certaines actions ( mais je ne peux pas développer sans dévoiler l’intrigue)donc je me contente de dire que si  certaines données sont répétées inutilement jusqu’au ressassement, d’autres faits souffrent d’un manque total d’explication.

Et pour finir, les personnages ne sont pas convaincants. On n’apprend que peu de choses sur les amies d’Henrik, on aurait bien voulu qu’une au moins soit mise particulièrement en valeur, Lucinda  pour ne pas la nommer.

Henrik lui-même est un personnage incohérent, dont on ne voit pas très bien ce qu’il voulait réellement faire. Louise le voit, elle, mais le lecteur reste en deçà des effusions maternelles.

 

Et le cerveau de Kennedy ? Eh bien, je ne sais toujours pas ce qu’il vient faire là-dedans !

En tout cas celui de Mankell ne me semble pas avoir tourné à plein régime…

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 19:11

   la vie très privée de Mr Sim(The Terrible Privacy Of Maxwell Sim, 2010)

Gallimard,  2011, 450 pages.

 

 

Le roman est divisé en quatre parties portant chacune le titre d’un itinéraire parcouru par Mr Sim qui, en mars –avril 2009, voyage beaucoup à pied en avion et en auto…voyages qui ont un air initiatique et se révèlent  riches de rencontres,  les unes insolites, les autres attendues et décevantes…

 

Dans Watford-Sidney , Mr Sim quadragénaire déprimé, en congé longue durée,  va reprendre l’avion pour l’Angleterre,  tout en déplorant le manque total de communication avec autrui, notamment  son père qu’il est venu voir.  Ce dernier lui recommande d’aller dans son appartement de Lichfied pour lire le contenu d’un certain classeur bleu…

Sim  envie une chinoise et sa fille en train de jouer aux cartes, si joyeuses et conviviales.  Sa fille à lui, il ne la voit guère, elle est partie vivre avec sa femme loin du domicile conjugal. Mais  comment pourrait-il partager la joie de ces deux personnes ?

Dans l’avion du retour, il rencontre une jeune fille  avec qui il ne parlera guère plus ;  elle lui donne  un étonnant compte-rendu du voyage que Donald Crowhurst, navigateur solitaire, entreprit pour faire la course autour du monde à la voile en 1969….On apprend que Crowhurst, guère plus marin que n'importe qui, ne fit pas la course mais feignit seulement de concourir, et se laissa prendre à son propre piège; c'est un double du personnage principal.

Pour avoir un contact avec sa femme Mr Sim est contraint de changer d’identité et d’utiliser Internet…puis de lire  les nouvelles qu’elle écrit.

 

Arrivés là, notre héros («  bien peu héros » , comme dirait Stendhal) va donc être en possession de trois documents écrits dont deux le concernent directement.

Cet esseulé de Mr Sim est tenté de  s’identifier au malheureux faux navigateur, mais solitaire au plus haut point, et, découragé par l’incommunication dont il est l’agent  un peu, la victime surtout, ne trouve de réconfort que dans la voix sereine de son GPS, alors que le voilà lancé sur les routes vers l’Ecosse où il doit… vendre des brosses à dents écologiques.  

J’aime bien l’écriture de Coe, à la fois loufoque, humoristique, sentimentale, et  ses narrations apparemment décousues ses coups de théâtre  fréquents, et je le suis volontiers, même s’il y a des longueurs comme ici. De très bons passages aussi, dont les déboires avec Internet , outil qui devrait autoriser plus de communication entre les êtres mais ne tient pas ses promesses ; le dialogue avec le GPS Emma( non ce n’est pas Emma Bovary l’inspiratrice, mais Emma Thompson l’actrice )est une merveille d’humour noir !

Du suspense, de multiples aventures qui tournent court,  ce que vérifie pleinement  la chute finale.

Un roman très amer, très pessimiste, mais tellement juste.

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 15:50

La fille tatouée

Joyce-Carol  Oates  La Fille tatouée ***

Stock Cosmopolite ( The Tattooed Girl, 2003)

374 pages.

 

 

Alma , la fille tatouée est arrivée dans la petite ville de Mount Carmel.  Vingt ans plus tôt elle naissait en Pennsylvanie dans l’Akron Valley, connue pour  son air pollué par la suie. Elle a fui sa famille usée par le travail à la mine et l’alcoolisme, la police qui la recherchait pour drogue et prostitution.

Et ce la ne fait que commencer. A peine échouée dans la première brasserie venue, elle est repérée par Dmitri, barman et proxénète à l’occasion, qui voit en elle une  aubaine….

Sur la Colline, dans une demeure cossue, désordonnée, pleine de livres, Joshua Sieg l écrivian de bientôt quarante ans est en train de traduire l’Eneide. Il est l’auteur de plusieurs livres dont »les Ombres »dans lequel  il relate la déportation de ses ancêtres juifs, récit transmis dans sa famille paternelle. Il n’aime plus ce récit, se sentant gêné d’avoir écrit à la première personne ce qu’il  n’a pas lui-même vécu.  Non seulement il ne l’a  pas vécu mais il l’a  arrangé pour que les victimes aient l’air héroïques… Il  s’inquiète aussi  de sa santé. Des symptômes lui sont apparus qui font penser à une dégénérescence  musculaire.

Joshua se cherche un assistant pour l’aider à trier ses papiers faire du secrétariat répondre au téléphone, et peut-être davantage, il ignore comment son mal va évoluer.

Aucun candidat  ne lui convient…

Il est peu probable qu’Alma la fille tatouée puisse faire l’affaire ! et pourtant, il va l’embaucher ; il n’a pas honte de ses symptômes devant Alma, et peut les lui cacher. Elle n’est pas  non plus, croit-il, en mesure de critiquer ses écrits ni de lui poser des questions gênantes et en cas de besoin, elle pourra servir d’infirmière.

Au-delà de leurs préjugés, ces deux êtres vont se trouver pris dans une relation qui va les transformer tous es deux.  La haine qu’éprouve Alma  pour son employeur, va  évoluer vers la  considération et  davantage. Joshua va pouvoir l’apprécier au-delà de ce qu’il pensait… dès lors qu’ils auront des  conversations sérieuses sur la shoah, l’antisémitisme, la  misère à Akron Valley abandonnée par les pouvoirs sociaux, les  problèmes humains fondamentaux.

Deux portraits d’être humains et l’histoire d’une relation qui sonne étonnamment juste. A mes yeux tout au moins…  Deux êtres qui réussissent à communiquer au-delà de leurs différences de classe sociale.  Mais la société autour d’eux  va se montrer stupide, féroce, impitoyable…un  récit très noir qui s’achève encore plus mal que les précédents.

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 15:50

metamorphose-dun-mariageLivre de poche, 2008, 500 pages. Traduit du hongrois.

 

Ce roman  met en scène trois personnages deux femmes, et un homme qui les a épousées l’une après l’autre, en tout trois dialogues que ces trois protagonistes énoncent  tour à tour, chacun s’adressant à un ou une amie, longtemps après les faits, pour raconter ce mariage, mais aussi sa vie tout entière. 

Ce sont en fait des monologues car l’interlocuteur ne parle pas , mais on évoque ses réponses, destinées à relancer le récit…

C’est Ilonka,  première épouse de Peter, qui ouvre le feu.

Elle est issue de  la bourgeoisie moyenne et a épousé en Peter un bourgeois aisé. Sa vie a changé dut tout au tout. Sa vie conjugale a été ratée, son mari étant toujours occupé ailleurs, elle a passé le temps à chercher l’nnemie la rivale ( quitte dans un premier temps à l’imaginer en la personne d’un ami de Peter)…à conquérir son mari inaccessible…

 

Ensuite Peter s’exprime, pour évoquer ses deux mariages l’n très convenable avec Ilonka l’autre qui lui paru très aventureux et excitant avec Judit, jeune femme qui servait dans sa famille de bonne à tout faire…il parle aussi longuement de son enfance, de sa jeunesse, de ses voyages, de son ennui profond, de son regret de n’être pas artiste ou écrivain.

 

Puis c’est Judit , la servante devenue maîtresse de maison, après avoir vécu une enfance misérable à la campagne et une vie de bonniche bien meilleure chez ses bourgeois aisés, qu’elle mérpisait tout en les enviant…

S'approprier les biens matériels et culturels de la classe dominante, tel est son but ; elle les apprécie tout en les méprisant, ce qui n'est pas sans provoquer des contradictions chez ce personnage.

 

Ces trois témoignages ( en fait il y en a quatre...) ne manquent pas d’intérêt. On y vérifie ou l’on y découvre, c’est selon que chacun désire  ce qui lui paraît inaccessible,qui se refuse à lui,  et ce qui lui fait figure d’interdit. Ilonka aime son mari qu’elle a senti loin d’elle dès le départ . Chaque personnage est conditionné par sa classe sociale, et son sexe ( les préjugés véhiculés à propos de son sexe, et auquel il se conforme).  Tout cela est fort bien observé. Ilonka est prisonnière de ce qu’on lui a dit sur les femmes, les femmes n’ont pour but qu’aimer un homme et avoir un ou des enfants, les femmes ont besoin du bonheur, pas les hommes.

Les femmes ne sont pas intéressées par la politique, ainsi il sera peu question des bouleversements qu’elle a vécu : deux guerres mondiales, l’installation d’une  démocratie communiste, sa chute , rien de tout cela nel’a marquée sérieusement ! Pauvre Ilonka, toujours à la poursuite de sa rivale, elle est vraiment cruche, mais comment lui en vouloir ?

 

Peter décrit longuement les travers de la bourgeoisie, et les idées préconçues sur les hommes, dont  il ne s’est pas affranchi car il les a trouvées à son avantage.  Le contexte politique est un peu plus présent  dans sa vie.  Toute fois ses préoccupations sont avant tout intellectuelles, etlorsqu'il tente d’annalyser ses échecs conjugaux , il a une façon particulière de faire semblant de se mettre  en question, en se réservant tout de même le beau rôle.

Toutefois, c’est  Judit, la servante qu’il a épousée, qui  a vraiment vécu les conflits sociaux-politiques, guerres, dictatures,  et la déportation des juifs  ne lui a pas échappé contrairement aux deux autres…

 

Il y a aussi Lazar, cet écrivain original, qui joue un rôle pour chacun des protagonistes, et dont la mélancolie décadente est présente dans chacun des récits...

 

L’écriture est assez originale surtout les métaphores employées.

Un défaut tout de même, ces monologues sont un peu longs, et répétitifs concernant les enfances des protagonistes, et redondants parfois.On passe quelque pages de temps à autre. L’ensemble est néanmoins riche d’analyse socio-psychologiques de trois êtres très différents, (cinq en réalité), et de méditations sur divers sujets fondamentaux.

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 00:10

Alive-Munro-Fugitives

 

Recueil de nouvelles assez longues première incursion chez cet auteur canadienne ( et pas la dernière!!).

 

«  Runaway », édition originale 2004

Point-roman, 2008.

 

Carla prof d’équitation anime un manège avec Clark. Elle a choisi cette vie, les chevaux,  la nature, et un peu moins son compagnon. Leur conflit se noue autour d’une voisine Mme Jamisson. Carla veut partir avec l’aide de  cette femme… mais le peut-elle ? Le désire-t-elle ?

Juliet jeune licenciée de grec et latin part en train rejoindre un homme qu’elle a rencontré six mois plus tôt dans un autre train. Pour cette jeune femme venue d’un milieu conformiste ( bien que ses parents ne le soient pas tant que cela) il s’agit d’un coup d’éclat, car elle ignore s’il l’attend vraiment et pourrait se faire éconduire… plus tard, son existence prend un tour particulier lorsque sa fille Penelope disparaît…

c’est la plus longue nouvelle, occupant trois chapitres et plus de 100 pages.

 

Ensuite, on va connaître Grace, employée d’hôtel orpheline, qui fréquente les Travers une famille bourgeoise et plaît à la mère et au fils. Ce fils de famille, Maury, veut l’épouser. Grace ne se sent pas bien dans ce rôle en dépit des avantages d’un tel mariage… que va-t-elle faire ?

Lauren a onze ans, des parents non conformistes « hippies » qui lui posent des problèmes. Surtout ce qu’Harry son père lui a confié, un secret vraiment lourd la concernant de près … Cela empire lorsque la réceptionniste de l’hôtel, Delphine, s’intéresse exagérément à elle…

 

Robin est une jeune femme de 26 ans responsable de sa sœur handicapée. Tous les ans, Robin se rend à Stradford voir une pièce de Shakespeare, puis manger en ville et flâner jusqu’à l’heure du train du soir. Toute l’année, elle vit pour cette unique sortie ! En sortant d’ Antoine et Cléopâtre, son destin change…

 

Nancy va épouser un toubib. En réalité, c’est son cousin Ollie qu’elle aime. Mais elle confie Ollie à Tessa, jeune femme spéciale un peu sorcière, qu’elle aime beaucoup… ces couples connaîtront plus de mauvaises fortunes que de bonnes… je n’ai pas tout compris de cette nouvelle…

 

 

 

Des récits non chronologiques, dont l’incipit, toujours insolite, se situe quelque part dans l’action, ni au début ni à la fin. Des flash-back nombreux, épousant la pensée d’héroïnes qui reviennent sur leurs expériences passées dans un apparent désordre…les caractères sont fort bien dessinés, même les tous petits rôles. Ces femmes et cette fillette fuient chacune un destin contraire, une personne ressentie néfaste, une vie morne, un secret gênant… quitte à revenir vers ce qu’elles ont laissé … ou pas. Dans tous les cas, des récits d’une grande subtilité. Les chutes ne s’achèvent pas par une pointe, mais en points de suspension. L’auteur sait éviter le happy end autant que la tragédie.

 

 

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 19:40

kasischke monde parfait

 

Christian Bourgois, 2010, 332 pages.

 

Edition originale 2009  même titre.

 

Jiselle, hôtesse de l’air romanesque, vient d’épouser son beau pilote Mark Dorn. Lune de miel dans les pays les plus exotiques, argent qui coule à flot, belles fringues, bijoux de prix, bonne entente physique, mariage en grande pompe… ! Elle nage dans le bonheur…

 

En dépit des avertissements de sa mère «  Quel genre de femme consent à épouser un homme qu’elle connaît depuis trois mois ? Un homme qui a trois enfants ? Un homme dont elle n’a pas rencontré les enfants ? »

… «  Bien sûr, il y avait quelque chose en plus, en plus de l’amour, sinon pourquoi le mariage et pourquoi cette hâte ? Mais comment aurait-elle pu expliquer à quiconque le mystère étrange et fou que c’était pour elle ? Se prenant à s’imaginer en mariée, elle avait capitulé ! Et puis …le commandant Dorn ! Le plus bel homme de la terre ! »

 

Jiselle s’installe dans la propriété des Dorn, au vert, à soixante kilomètres de Chicago et vingt du premier centre commercial, avec les enfants de Mark.  Ses deux belles-filles adolescentes la détestent, la cadette ouvertement, mais elle s’entend bien avec Sam le petit dernier. Mark est veuf d’une belle femme, Joy, dont le portrait la toise en plusieurs endroits. Elle apprend à devenir « femme au foyer ». N’a aucune peine à préférer les tâches domestiques, dont elle ignore tout, au métier d’hôtesse qui était devenu une insupportable routine. En effet, ces tâches domestiques apparaissent comme de véritables conquêtes, et Jiselle se met à régner sur ce petit monde, qui va s’agrandir du fait de circonstances particulières.

 

Elle voit son époux en coup de vent entre deux escales : c’est bon pour l’amour ! La frustration entretient le désir, et elle n’apprend pas à le connaître, restant sur de bons souvenirs.

 

Un jour, Mark est retenu en Allemagne, à cause de l’épidémie de » grippe de Phoenix ». 

Après quelques temps d 'affolement,  Mark va s'effacer de sa mémoire et encore plus vite de celle de ses enfants et voisins, pour faire place à de vraies priorités...

 

Jiselle ne s’est jamais beaucoup informée de la "grippe de Phoenix", mais elle constate des difficultés croissantes. Pannes de courant, omniprésence de la maladie qui rôde insidieusement, renaissance de superstitions, relations des époques de peste par son voisin historien, communiqués peu éclairants des médias lorsqu'ils fonctionnent.

L’existence qui l’attend est  très différente de ce qu’elle avait pu imaginer…

 

L’auteur a mis en scène une détérioration des USA, qui pourrait bien évoluer comme «  La Route » de Mc Carthy, mais nous arrête à mi-chemin, détaillant avec finesse les stratégies et la volonté de survie d’un groupe plein d'entrain, dans lequel Jiselle tient le rôle principal.

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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 00:15

le goût des pépins de pommeAnne Carrière,  2010-268 pages

Der Geschmack von Apfelkernen, 2008.

 

Iris a hérité de sa grand-mère une propriété avec un grand jardin. 

La vieille dame vient de décéder d’une pathologie apparentée à la maladie d’Alzheimer. Iris était sa seule petite fille vivante.

 

La jeune fille  prend possession de la maison, et réfléchit aux événements qui se sont déroulés là, quelquefois en sa présence, car elle venait en vacances y séjourner avec sa cousine et une amie. Des événements tragiques,  en rapport avec le pommier du verger, ainsi qu' avec le tilleul… Elle découvre que la maison et le jardin sont entretenus par l’instituteur du village qui aimait beaucoup sa grand-mère.

 

Plongée dans les souvenirs, mais toujours active, elle rencontre dans ses déambulations, un jeune homme qu’elle espérait  trouver là, sans se le dire clairement, ni lui non plus. Ces quelques journées se passent donc en réminiscences parfois douloureuses, et flirt ironique dont la fin est attendue.

 

C’est là un roman familial qui manque de presque tout ce qui faisait la force de » Purge ». Il y a trop de romantisme dans ces pommiers qui se mettent à donner des fruits en juin, après avoir accueilli des amants sous leur ramure la nuit précédente, dans ces héroïnes qui meurent à petit ou grand feu, dès la première déception sentimentale, et tout cela agace et ne tient pas vraiment la route. Les descriptions très soignées  mais plates font penser à de bonnes rédactions scolaires.

 

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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 10:58

fille-noire-fille-blanche,M28051    Philippe Rey, 2009, 378 pages.

(Black Girl, White Girl, 2006.)

 

     A la rentrée 1974, Genna Meade intègre le Schuyller College pour y débuter ses études supérieures. Cette université a été fondée par une ancêtre de sa lignée paternelle dans l’intention d’y cultiver un harmonieux mélange des races. Genna espère y trouver ses repères. Le foyer familial qu’elle a connu était confus et instable : son père, activiste gauchiste se voue à des causes généreuses, mais verse dans la délinquance, et il est toujours en fuite. Sa mère est de mœurs très libérales. La maison était envahie en permanence par des amis squatters, drogués, fêtards, hippies… on suppose «  que le FBI les espionne » .

 

        Au contraire de Genna, sa camarade de chambre, Minette, vient d’une famille hyper conservatrice  son père est pasteur, sa mère à la maison.  Elle est croyante et très pratiquante, lit la Bible et prie. Peu fortunée, alors que Genna a toujours eu de l’argent.

L’autre différence, annoncée  dans le titre  c’est que Genna est blanche, et Minette noire.

           Deux jeunes filles que tout oppose, et qui pourtant ont un point commun, la dépendance mortifère à leurs pères respectifs. Minette se récite la Bible toute la journée, Genna se récite le catéchisme du militant révolutionnaire, voulant être à la hauteur des idéaux de son père, dont elle ignore les dérapages.

Genna voudrait être l’amie de Minette. Et de toute sa famille, si différente de la sienne.  C’est même chez elle une obsession. Or Minette la tient à l’écart, s’aperçoit à peine de sa présence, pas plus que de celle des autres filles, parmi lesquelles d’autres jeunes noires, apparemment plus sociables que Minette. Laquelle n’est guère aimée. Genna ayant remarqué les difficultés de sa camarade, se consacre à sa protection.

Quelques temps après son arrivée, Minette remarque un carreau fêlé à la fenêtre, devant son bureau. Cela pourrait être la tempête qui a sévi hier. Mais pour Minette, manifestement il s’agit d’un acte malveillant qui la vise. D’autres suivront : on a déchiré son anthologie de littérature, volé un de ses gants, puis se commettent des actes à connotation ouvertement raciste. Là encore, Genna intervient pour « protéger » Minette, contre son gré semble-t-il.

Minette est persécutée : qui peut lui en vouloir ? Pourquoi les autres jeunes filles noires ne se plaignent-t-elles  de rien ?

 

Le roman ne donne pas toutes les réponses. Chacun interprète à sa façon.

 

Nous avons là un huis-clos entre deux jeunes femmes, comme dans « Solstices », dont l’une fragile psychologiquement, est  fascinée par l’autre, qui souffre d’une pathologie différente.

 

Ici, par la voix de Genna, revenant sur son passé, quinze ans plus tard, Oates réussit un portrait bouleversant de Minette, jeune étudiante noire, inadaptée, perdue dans un monde hostile, que sa situation incline à s’identifier à ses ancêtres réduits en esclavage,  et de sa descente aux enfers sous le regard impuissant de sa camarade qui peut-être ne fait qu’aggraver les choses… L’agitation bien-pensante autour de Minette et des persécutions racistes dont elle se plaint, sont dénoncées avec vigueur comme des manifestations de vaine bonne conscience.

On regrette toutefois que la défense des droits de l’homme, le socialisme, la justice sociale, soient représentés dans ce roman par des êtres aussi irresponsables que les parents de Genna !  

Genna dont l’existence, vouée à la personne de son père, son travail qui ne témoigne pas non plus d’un choix personnel, nous navre presque autant que la tragédie de Minette.

 

Malgré ses grandes qualités, encore un roman très pessimiste !

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 11:47

 

Stock Cosmopolite, 2010, 1ere publication 2010

 

 

Purge

  La maison

 

 

  Aliide  a presque toujours vécu dans cette maison familiale en plein cœur de l’Estonie, une maison "nourricière"et un toit relativement protecteur, dont elle tire tout ce dont elle peut encore  jouir.

Elle y est née, y a grandi, l'a perdue et regagnée, la défend contre l'adversité, fait corps avec elle,  et espère y mourir.

 

      Elle y a souffert. Elle était la sœur cadette, éclipsée en toutes choses par son aînée Inga. L’avènement du communisme, puis l’occupation allemande  n’ont apporté que des malheurs supplémentaires ; disparitions des parents, désertion du  beau-frère qu’il  faut cacher, ce qui rend   la famille suspecte à jamais aux yeux du régime dictatorial, sans compter la pauvreté et  les privations en tout genre, qui sont le lot des pays en guerre.

Un pays gouverné par des dictateurs est un pays en guerre de toute façon!!   

      Maintenant l’Estonie est indépendante, Aliide est veuve et seule, sa fille unique vit en Finlande.

 

Elle vit toujours dans la crainte, des voleurs, des jeunes gens du coin, et du surgissement  de son passé.

 

la jeune fille 

La jeune fille qu’elle vient de trouver inanimée près d’un arbre, elle ne la laisse pas entrer sans méfiance. Mais il vaut mieux examiner l’ennemi de près… 

Zara, la jeune fille,  est en fuite.   Venue de Russie où elle n’avait aucun avenir,  pour être serveuse dans un bar à Berlin, elle s’est retrouvée  la proie de dangereux proxénètes. Si elle a atterri chez Aliide ce n’est pas par hasard… mais Aliide n’en sait encore rien…

 

le combat 

Ce  roman très prenant, relate le vécu de deux femmes en particulier, et plusieurs autres, qui, victimes de conditions de vie particulièrement désespérantes, mènent un combat  acharné pour survivre, conserver un peu de dignité, et avoir un minimum de plaisir, fût-ce au prix du crime.

 

 

les mouche 

La force du récit tient dans le fait que les situations sont décrites à l’aide de petits détails présentés comme essentiels, de métaphores filées qui prennent du sens au fur et à mesure de la lecture, par exemple ces mouches qui reviennent tout le temps obséder Aliide…et dont on comprend à la fin du livre la réelle signification.

 

les hommes

J'ai l'impression que "Purge" est un roman qui plaît surtout aux femmes.  En particulier aux femmes qui ont  eu des problèmes avec l'autre sexe.C'est à dire quatre-vingt dix pour cent au moins...

 

Le constat du livre c'est que les hommes sont vraiment  des tyrans, des pervers, ou sinon des imbéciles, et souvent tout cela à la fois. Le contexte historique de guerre et de dictature, puis d"indépendance, où règne un certain chaos, autorise les pires atrocités de la part des hommes, dont les instincts lamentables se révèlent alors qu'en démocratie et en temps de paix, ils sont relativement dissimulés.

 

Le personnage de Hans qui devrait " racheter" les autres n'est pas très positif. Enfin, il fait ce qu'il peut, et ne peut pas grand chose!!!

 

Un constat très pessimiste...

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