Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 00:24

LES COEURS DETRUITS

1er publication en1938 sous le titre «  The Death of the Hearts ».

LP, 1973, 505 pages.

 

Voilà un titre qui paraît renfermer un contenu sentimental et romanesque ! En outre les trois parties du roman s’intitulent pompeusement «  Le Monde »,  «  La Chair » et « L’esprit du mal ».

Si je ne connaissais pas déjà Elizabeth Bowen, je ne me serais pas risquée dans l’aventure.

 

En fait il s’agit bien sûr d’un roman d’analyse psychologique, avec peu d’action, des bouleversements surtout intérieurs, beaucoup d’observations de mœurs et l’histoire d’amour y est bien peu romanesque. «  La Chair » ne comporte que des désirs frustrés et « L’Esprit du mal » ne fait apparaître que des méchancetés ordinaires équitablement distribuées entre plusieurs protagonistes.

Portia une adolescente orpheline de seize ans est recueillie par son demi-frère Thomas, au moins pendant un an, pour complaire au désir de son défunt père.

La jeune fille n’est pas la bienvenue !  Mr Quayne son père avait quitté la mère de Thomas pour aller vivre de façon aventureuse avec Irène très jeune femme sans le sou et la petite Portia, fruit de leurs entrailles.

Thomas Quayne et sa femme Anna vivent à Windsor’sTerrace une maison bourgeoise donnant sur Rengent’s Park. Portia n’a pas connu l’aisance et l’éducation en vigueur chez eux. Elle n’a pas appris à parler par litotes et antiphrases et suggestions, comme on le fait dans ce monde, et les trouve  hypocrites et vains, tout en les craignant et les admirant.

Elle n’a d’amie que sa vieille nourrice Matchett qui l’a suivie chez ces  gens.

Lorsque l’action débute, Anna vient s’épancher auprès de son ami écrivain St Quentin. Elle a découvert le journal intime de sa jeune belle-fille et l’a lu. Ce journal dans lequel Thomas elle et leurs amis sont portraiturés lui fait une pénible impression.

La prose de Portia, plus encore que sa présence à la maison soulignent le désaccord existant entre Anna et Thomas. Anna s’ennuie beaucoup avec son époux homme d’affaire pragmatique, peu loquace,  et invite chez elle pour se distraire, des hommes dont elle n’est pas la maîtresse, bien que ces liens paraissent ambigus. Des hommes dans le besoin (besoin d’argent, ou de conversation, souvent les deux) qui ne sont pas désintéressés….

L’un de ces hommes, Eddie, lui rappelle un ancien amant qu’elle a eu avant son mariage et rêve de revoir. Eddie, c’est un de ses protégés favoris. Mais voilà que Portia s’en est entichée elle aussi…

Malgré quelques longueurs, c’est un roman que j’ai lu avec intérêt lucide, intelligent, sans concessions.

En fait, Bowen est visiblement inspirée par Henry James dans ce roman.

 

Partager cet article
Repost0
25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 21:46

La Mauvaise rencontre

Grasset, 2009.

 


Loup est tout pour Nine, une tante qui l’a élevée. Tout pour Mando,   un garçon de son âge rencontré au Parc Monceau ; presque tout pour Gaby, une femme âgée, amie de sa mère.  Il les connaît depuis si longtemps que ses premiers souvenirs ce sont eux. Aucun des trois ne saurait se passer de lui, mais Nine est tellement chiante qu’il finit par l’éviter, Mando est tellement exigeant qu’il finit par lui échapper grâce à ses cours de psychanalyse, et Gaby est tellement chouette qu’il ne s’en lasse pas. Il les enterre tous les trois, avec mention passable pour Nine, morte de chagrin parce qu’il l’a délaissée, mention spéciale pour Gaby (importante veillée funéraire musicale et charnelle) et plus que spéciale pour Mando qui voulait se suicider et l’entraîner dans la mort. Cela fait trois mauvaises rencontres et non une.  Des rencontres, il faut bien en faire pourtant, et la plupart sont problématiques. Heureux l’être humain qui  survit et vit en croisant quelques êtres humains à qui il ne devra rien de plus qu’un salut. Cet être existe-t-il ? Même Robinson a fini par rencontrer Vendredi.

Loup soupçonne qu’être tout pour quelqu’un, c’est en fin de compte être le troisième pied d’un tabouret  qui  sans cet appui s’effondrera.  Ces êtres pour qui vous êtes tellement chers, vous vous rendez compte que cela n’a été qu’un grand vide, sans vrai dialogue. Mais comment exister  pour quelqu’un d’autre  sans être «  tout ou rien» pour lui ? Loup n’en sait rien. Moi non plus.

Voilà donc un roman psychologique, qui soulève d’intéressantes questions parfois assez bien posées. Mais un récit qui reste ennuyeux à lire, manquant de dynamisme et d’humour. Même lorsqu’il décrit les jeux d’enfants avec Mando, Loup reste lourd. Même lorsqu’il évoque la vieille dame originale avec qui il passait ses soirées, Loup demeure fort sérieux.  Même lorsqu’il évoque son professeur qui maniait bien l’humour noir, son propos reste sage et pesant.


Lu aussi par

 

Miss Alfie de croqlivres

 

à qui j'ai emprunté l'image de la première de couverture. Lisez son billet qui comporte des citations, lesquelles montrent bien à quel point le texte est ennuyeux. J'ai la flegme de citer...

Partager cet article
Repost0
24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 14:25

Desolations-David-Vann

 

Titre anglais "Caribou Island"

Gallmeister (Nature Writing), 2011.

 

Comme dans son précédent roman, il s’agit d’une île perdue dans l’océan au large de l’Alaska. Sinon déserte, du moins désertée. Un homme, Gary, veut s’y rendre pour y vivre par ses propres moyens pendant un temps assez long ; c’est un défi qu’il se lance. Il veut aussi nouer de profonds liens avec la nature sauvage.  Il a travaillé autrefois sur des sagas nordiques dans lesquelles l’homme est seul face aux éléments déchaînés. On pense à Robinson, et ce pourrait être une aventure excitante. Sauf qu’il entraîne avec lui un membre de sa famille récalcitrant, pour l’aider et lui tenir compagnie.  Et cela engendre des complications. Ici c’est Irène, sa compagne, qui doit jouer les Vendredi.

Irène n’approuve pas ce projet, d’autant plus , que pour vivre dans Caribou Island, il faudra construire une cabane. Son époux apparaît comme un grand rêveur qui n’a pas les moyens de ce qu’il se propose d’entreprendre : on pourrait construire une cabane avec des planches, dit-elle, pourquoi tiens-tu absolument aux rondins ?

Les rondins font partie du mythe.  La cabane ne saurait être qu’en rondins !

Irène n’a pas envie de suivre son époux, mais craint plus que tout d’être abandonnée, comme le fut sa mère, qui ne s’en est pas remise. Elle va donc se faire violence. Cependant une terrible migraine se déclare dont on ne trouve pas la cause, et que les analgésiques ne calment pas…

Le lecteur a beau savoir que David Vann n'a aucun goût pour les happy end, ça ne l’empêche pas d’être choqué par la tournure que prennent les événements.

 La nature est là, ni bonne ni hostile,et curieusement, c'est dans les grands espaces que  les personnages sont victimes d’enfermements…

 

Cependant le roman n’est pas réduit à ce huis-clos !

A l’opposé de  Sukkwann Island, l'auteur nous offre  les histoires d’autres personnages que le couple Irene-Gary, et cette diversion est la bienvenue.  Nous avons Carl et Monique, un couple d’étudiants venus passer l’été en Alaska, et obligés de camper ( brrr…) jusqu’à ce que Monique se tire d’affaire d’une manière qui m’a fait sourire. Mark, le fils d’Irene, et sa compagne Karen,  eux non plus ne font pas partie des affligés ! Enfin Rhoda, fille d’Irene, et son ami Jim, sont touchants de naïveté et de détresse.

Les dialogues simples et directs alternent avec  les descriptions de la nature, très justes, car elle est belle la nature, sans être magnifiée ni diabolisée.

Le roman précédent m'avait plu en partie et en tout cas vivement interpellée. Celui-là est meilleur, plus diversifié, plus approfondi.

 

David Vann est vraiment un auteur à suivre...

 

  Martine a lu aussi Désolations. Elle aime et en parle avec d'autres mots.

Partager cet article
Repost0
7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 13:14

j'apprends l'hébreu

Actes sud 2011, 236 pages

A Berlin, j’ai vu des noms projetés sur un mur. Ma classe avait quitté le lycée pour visiter le mémorial consacré aux juifs exterminés pendant la Seconde Guerre mondiale. Une liste interminable de noms… j’avais lu beaucoup de noms et  tout à coup, j’ai commencé à les entendre.

Une voix répétait ceux que j’avais  déjà oubliés.

… depuis ce jour de janvier 2007, les voix ne se taisent pas souvent…ces voix m’effraient. Je ne connais pas ces timbres de femmes, d’hommes, et d’enfants.

Dans sa détresse, Frédéric  a perçu les voix des déportés  juifs, et les a entendues de l’extérieur.

Deux ans plus tard Frédéric quitte Berlin pour Tel Aviv, et c’est le début de ce récit. C’est le récit du combat mené par l’adolescent contre les agressions d’une psychose qui le mine, le récit du questionnement  qu’il poursuit pour comprendre le monde, pour se situer quelque part. Frédéric a dix-sept ans, est français d’une mère suisse. Depuis qu’il est au monde il voyage souvent, au hasard des déplacements professionnels de son père.  Ses parents ne sont d’aucune aide. Il dissimule tant bien que mal ses symptômes, sentant le danger supplémentaire que représenterait une intervention de sa famille.

Il ne saisit plus ce que disent les autres à l’oral, et les enregistre au dictaphone, pour les retranscrire ensuite, y mettre de la distance.  Ses premiers moments dans la capitale administrative d’Israël sont difficiles, mais il voit une porte de salut à apprendre l’hébreu, langue si différente de celles qu’il a apprises. Elle se lit de droite à gauche, l’alphabet est totalement autre. S’appropriant la langue, pourra-t-il intérioriser les voix ?

Bientôt, il découvre Benjamin Herlz et ses écrits, s’en fait un ami, noue de bonnes relations avec ses voisins quoique toujours avec le dictaphone, interroge les passants dans la rue sur le sens du mot « territoire ». Les gens sont sympathiques et lui répondent. Il y en aura un pour lui dire je n’ai pas de territoire. C’est aussi le cas de Frédéric. En s’immergeant à sa manière dans les écrits de Benjamin son ami, il continue paradoxalement à s’enfoncer dans le délire.

C’est avec plus que de l’intérêt que l’on suit les pérégrinations mentales de Frédéric. Le personnage plongé dans la déréliction et ses courageuses et ingénieuses tentatives de tenir le coup suscitent l’empathie. Le récit est bien mené avec ses phrases courtes, tantôt questionnement, tantôt dialogue souvent impossible avec sa famille, possible avec ses voisins, tantôt constat. Les phrases qu’il énonce évoluent vers des sortes de « mantras » protecteurs, plutôt que de prières, lorsque la situation l’exige…

D’autres personnages que Frédéric interviennent dans le récit à la troisième personne. Son père, son frère ( il s’appelle César !) sa mère… des personnes assez insignifiantes, mais non dénuées de pouvoir, qui n’approchent pas du monde de Frédéric. Ils ne font que souligner son extrême solitude.

 

Merci à Sybilline sans qui je n'aurais pas découvert ce récit.

 

Lectrice des trois premiers romans de Denis Lachaud, je ne l'avais plus suivi après " Comme personne" et je vois que j'avais tort.

 


Partager cet article
Repost0
4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 00:58

L'amour d'une honnête femme

 

 

 

The Love Of A good Woman1998, Huit nouvelles.

Rivages : Poche Bibliothèque étrangère, 397 pages.

 


Ces nouvelles content chacune, un épisode perturbant de la vie d’une femme, et en filigrane l’essentiel de sa vie après et avant l’épisode en question.


Le titre du recueil peut dérouter. Cependant, aucune de ces femmes n’est  honnête au sens moralisant du terme.

La nouvelle dont le titre est celui du recueil est déconcertante justement (d’une façon qui me plaît)

Trois jeunes garçons découvrent une voiture et son occupant tombés dans la rivière près de laquelle ils ont coutume de se promener. L e récit se concentre sur le fait qu’ils n’osent pas en parler tout de suite ni à leurs familles, ni à la gendarmerie, ni à eux-mêmes, et sont coincés par ce mutisme un bon moment… aucune « good woman » n’apparaît dans cette première partie, mais on s’intéresse à cette impossibilité de parler et aux trois jeunes garçons, tant l’atmosphère est bien rendue. Dans une seconde partie, deux femmes occupent le terrain du récit, une grande malade et son infirmière à domicile. Comme le récit avance on est bien forcé de décider que la femme du titre est l’infirmière, mais  pour des raisons que je vous laisse découvrir, elle ne nous paraîtra pas si « good » que cela, et Le titre est finalement ironique…

 

Ma  nouvelle préférée est « le Rêve de ma mère », qui débute par un cauchemar angoissant et poétique, raconté ou imaginée pat la fille de l’héroïne, devenue adulte : la jeune femme voit la neige tomber en plein été et sait comme on sait dans les rêves qu’elle a laissé son bébé sous quelque part à présent enseveli. Emergeant du sommeil, elle reste longtemps entre rêve et réalité à contempler son bébé dans le berceau, sensation de froid, couverture jusqu’au dessus de la tête du petit être. Commence alors un flash-back  sur la vie de cette très jeune mère, entremêlée à son existence actuelle, pour en revenir au point précis qui a amené ce cauchemar. Une scène mi-comique, mi-tragique s’en suit, très réaliste.  L’auteur sait mêler plusieurs tons et types de récits dans une forme ramassée. 


Viennent ensuite «  Sauvez le moissonneur » , une actrice sur le retour, se promène en voiture avec son petit fils et ils jouent à suivre des autos sensées être occupées par des extra-terrestres. Le jeu va s’avérer plutôt dangereux…


Dans Cortes Island  une femme se souvient de l’époque où, jeune mariée,  elle vivait dans un sous-sol, et s’occupait de l’époux handicapé de sa logeuse. Un job  qui débouche sur d’étranges confidences faites par un homme quasiment aphasique…

Comme dans chaque recueil, on lira une nouvelle dont l’héroïne est une petite fille aux prises avec des adultes empêtrés dans leurs histoires et peu empressés de s’occuper d’elle. Karin s’était mis du rouge à lèvre et un béret pour plaire à l’ami de sa mère dont elle est amoureuse à sa façon… (Riche à crever).

 


Comme à l’ordinaire, j’ai aimé ces nouvelles de Munro, découverte cette année. J’en suis à mon troisième recueil, et je n’en resterai pas là !

Partager cet article
Repost0
4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 00:02


 nous-voila    Folio, 2009, 392 pages.

 


Février 1973 : lors d’une manifestation contre l’extension militaire du plateau du Larzac. Un manifestant s’empare d’une estafette, pendant l’absence momentanée du conducteur. Elle appartient à des types d’extrême-droite, et Salvador, ayant vu que le coffre est plein, espère y trouver des armes.

Le coffre renferme le cercueil du maréchal Pétain !

Au lieu d’abandonner quelque part le camion et son incroyable cargaison, il se confie à son ami Paul, et  planque le cercueil dans le garage du «  34 rue Chevaleret ». Paul y vit avec une communauté de jeunes gens tous acquis aux idées à la mode du temps.  Militantisme révolutionnaire, expériences de drogues hallucinogènes, pratiques d’avortement, sexualité dite « libre ».

On ne sait pas pourquoi ils ont décidé de garder ce cercueil.  Il n’y a pas d’explication plausible à ce sujet.

Le groupe d’extrême-droite cherche bien entendu à le récupérer (ils avaient décidé de transporter clandestinement la dépouille du maréchal à Douaumont parmi les héros de la Grande Guerre). Les deux jeunes gens, bientôt aidé par un troisième, veulent les en empêcher ce qui donne lieu à une course-poursuite sur plusieurs décennies.  Visiblement l’auteur veut nous divertir avec cette histoire, qui n’est pas drôle du tout. Les jeunes gens jouent le jeu de  l’extrême-droite, accordant une importance exagérée au  cercueil du maréchal et au cimetière  où il devrait se trouver…

Pendant ces années,  Paul, personnage principal (avec le maréchal) vivra sa vie sous nos yeux : il fait de petits travaux à mi-temps pour avoir le temps de penser. Et il pense principalement à Lena, une fille de cette communauté, qui lui donne du fil à retordre.

Il se récite aussi les lamentables sentences du maréchal, qui continue ses ravages, post mortem, de façon inattendue !

L’action se déroule de 1973 à 2007. De temps à autre, l’auteur livre le fil des événements politiques en un raccourci ironique.

Dans l’ensemble, c’est écrit de façon ordinaire, correct. Le constat est très pessimiste. L’auteur traite  ses personnages de façon fort désinvolte. Des personnages un peu trop caricaturés. La critique sociale pratiquée m’a semblé superficielle.

Partager cet article
Repost0
27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 23:38

 

BaudolinoLP, 2001 ; 666 pages.


C’est le quatrième roman d'Umberto Eco, après le Nom de la Rose , le Pendule de Foucault, et l’Ile du jour d’avant.

Le récit qui nous attend en introduction, est un parchemin de Baudolino lui-même, écrit à l’âge de treize ans, un charabia qui ne dépaysera pas le lecteur, si celui-ci est ou a été professeur de collège.

Notre héros  illettré est déjà savant tout de même, sur la façon de s’orienter  dans le brouillard du Piémont, de gratter un parchemin pour le réutiliser, d’organiser des parties lestes en compagnie de jeunes filles et de licornes, et ces mots allemands dont il est si fier. A force de vadrouiller  partout, Le jeune garçon se fait adopter par l’empereur  Frédéric, qui l’achète à ses parents pour trois fois rien.

Le lecteur du parchemin,  est Nicétas, orateur de son état, fuyant Constantinople mise à sac en 1205. Baudolino l’a sauvé, et ils se retrouvent en sûreté, retirés de la ville assiégée et pillée.

Il a environ soixante ans, estime Nicétas, et se montre désireux de raconter la suite de son histoire depuis le parchemin de ses treize ans.  Nicétas va l’écouter car l’homme parle un grec assez fluide et élégant. Et le personnage est vraiment très curieux !

Adopté par l’empereur Frédéric  surnommé Barberousse, Baudolino s’instruit ; c’est à Paris, en étudiant les Arts libéraux, qu’il se fait quelques amis fidèles, sa future petite cour personnelle : Abdul, troubadour ( calqué sur Jauffret Rudel, il aspire à une princesse lointaine) ; Boron philosophe qui discourt sur le vide et cherche le «  gradale » ; le Poète, qui n’écrit aucun vers mais se révèlera bon stratège politique, Kyot, venu de Bretagne chercher aussi le Vase sacré, et Solomon de Gérone rabbin avide de retrouver les dix tribus d’Israël, perdues en terres lointaines. Baudolino, lui, est en quête du royaume du Prêtre Jean. Leurs quêtes différent quelque peu mais pas leur destination ; ils aspirent à se mettre en route pour l’Orient .


Avant cela, ils devront assister Frédéric dans maintes batailles, soit pour assiéger telle ville, soit pour la défendre, manœuvrer  auprès du Pape (ce pape Anglais nommé Adrien,ennemi juré de Frédéric), fabriquer et vendre des reliques…

 

Ce roman appartient au genre picaresque. Baudolino, d’une naissance modeste ( un « gueux ») va s’élever dans la société, plus ou moins marginal, mais diablement intelligent et inventif, et connaître de multiples aventures avec ses comparses : Eco mêle des épisodes quasi bibliques, la quête de l’Amour Courtois, celle du Graal , l’Enfer de Dante et sa forêt obscure, des rencontres de philosophes grecs, de monstres  horrifiques, et même les Mille et une nuits car l’on voyage à dos d’oiseau Roc !

J’ai bien noté quelques longueurs (les démêlés de l'empereur Barberousse qui veut conquérir l'Italie, et du pape Adrien qui peine à défendre son bien, n'en finissent pas...) mais l’ensemble est vraiment bon ; tantôt l’on s’amuse, tantôt l’on s’instruit, non sans rafraîchir ses connaissances.

Partager cet article
Repost0
29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 23:53

la Passerelle 21 avril 2011

 


Dans l’Illinois, une année de la vie de Tassie, une étudiante de vingt ans à la recherche d'un job de baby sitter. C’est Sarah une femme de 45 ans, blonde peroxydée, amateur de musique classique qui l’emploie. Elle tient un restaurant de luxe,ce type d'établissement dans lequel vous pouvez commander des plats aux noms bizarres comme des titres de tableaux; vous vous demandez si c'est vraiment de la nourriture? et puis en définitive c'est tout simplement raffiné et excellent... sauf pour votre carte de crédit.

Sarah, on le sent tout de suite, est la carte maîtresse du récit. Un personnage complexe, à la fois intellectuelle, avec des penchants artistiques, excellente commerçante, souffrant de fréquentes sautes d'humeur, et d'égarements,

 

  Le bébé de Sarah n’est pas encore là! En fait, Sarah va acheter un bébé à une agence d’adoption ; celle-ci s’occupe de faire des transactions entre des »mères biologiques «  qui ne peuvent pas s’occuper de leurs enfants, et des parents voulant s'en procurer rapidement.

Tassie assiste aux procédures pour l’adoption de Mary-Emma une petite métisse de deux ans. Cette enfant est confiée à Sarah pour six mois à l’essai, avant l’adoption définitive.

 

 Tassie est narratrice de cette année si particulière de son existence.  Il s’agit non seulement du devenir de la fillette dont elle s’occupe, mais de ses relations avec  Sarah et son mari qui participe à l’adoption.  La fillette est en butte à un racisme tantôt violent tantôt bien pensant, et Sarah convoque d’autres parents d’enfants métisses ou de couleur pour discuter.

Nous avons droit à de longues conversations lassantes car rien de neuf n’en sort.

Mary-Emma est une fillette très sympathique ; en dépit de son exsitence compliquée et instable, elle est curieusement bien équilibrée, toujours contente, et plus raisonnable que les adultes. Cela est-il vraisemblable ?J'aurais aimé que l'enfant soit plus revendicatrice.

Plus intéressant : les futurs parents de Mary-Emma ont un secret, qui va être révélé…

 

Moins bien : la vie de Tassie chez ses parents à la campagne. Son père est agriculteurs et s’occupe principalement de la culture de certaines variétés de pommes de terre. Sa mère est dépressive et son frère va s’engager en Afghanistan.  Tout cela n’est pas rendu de façon bien neuve… 

 

Un ensemble assez intéressant, pas très original, malgré de bonnes pages. J’ai passé toutes les conversations assommantes entre parents qui racontent leurs vies, ainsi que pas mal de pages relatives  à la  mère de Tassie, à son frère, aux obsèques de son frère, à ses réactions… je suis sévère, mais j’ai lu tellement de romans et quelques uns dont ces types d’événements et les pensées qui en résultent ont des accents plus justes …

Partager cet article
Repost0
26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 23:26

portrait de femme2   10/18 690 pages.

     1er publication en 1881 c’est le dernier roman de la première période de James.

 


Je le trouve intéressant, parfois répétitif, avec  de merveilleux  passages que j’ai soulignés mais que je ne parviens pas à retrouver…

Isabelle Archer, orpheline, vit à Albany dans une maison spacieuse qui va bientôt être vendue par ses sœurs qui s’occupent des aspects pratiques de l’existence.  Elle vit seule, s’ennuie un peu, rêve de voir le monde, de voyager.

Arrive Mrs Touchett, Lydia, sa tante installée en Angleterre mais qui ne reste jamais longtemps en place ; Isabel plaît à sa tante, qui décide de s’occuper d’elle et l’emmène en Angleterre dans la propriété familiale de Gardencourt. Isabel y fait la connaissance de son oncle déjà malade, de son cousin Ralph, tuberculeux, de Lord Warburton  un ami de Ralph… tout le monde adore Isabel !

Elle a pour eux un charme particulier qui tient de ses manières assez libres (en paroles) de son sens de la répartie, de son langage brillamment impertinent. Et surtout, elle ne cherche pas à se marier, comme la plupart des jeunes filles de cette époque, elle donne l’impression » d’avoir des projets personnels », mais nul ne sait lesquels, cette ambiguïté plaît.

Isabel ressemble un peu au personnage de la Bête de la jungle, un homme persuadé d’avoir un destin, qu’elle doit découvrir.

Son soupirant américain Goodwood l’a suivie en Angleterre et lui fait une cour acharnée et assez agressive. Henrietta son amie journaliste, traverse aussi l’Atlantique, elle doit faire des articles sur le mode de vie anglais.

Isabel reçoit la demande en mariage de Lord Warburton qui est fort riche, puissant, et radical d’opinions.

Elle refuse ces deux prétendants (elle en aurait trois si Ralph n’était pas malade) elle veut vivre découvrir l’Europe, voyager, avant les chaînes du mariage. Le lecteur  croit comprendre aussi  qu’elle n’est pas amoureuse de ces messieurs, elle espère pouvoir se marier par amour.

A la mort de son oncle, elle hérite d’une belle fortune, grâce à son cousin.  Son train de vie va changer. Et les coureurs de dot attendent, ayant flairé la bonne fortune. Une Mme Merle lui fait du charme à l’aide de quelques notes frappées sur un piano ; à Florence cette dame lui fait  rencontrer Gilbert Osmond quadragénaire qui se pique de culture et d’art. On se doute qu’il en veut à son argent, mais Isabel éprouve enfin le sentiment amoureux ; elle va l’épouser.

Là,  je crois que je ne la comprends plus… et je ne suis pas la seule ! Son cousin, sa tante, son amie … ils sont nombreux à avoir saisi la supercherie, mais Isabel ne veut rien savoir.

Les charmes des ces merveilleuses villes italiennes (Florence mais aussi Rome) offrent un décor propice au développement du sentiment amoureux.  Décrites par James , elles donnent envie de s’y précipiter…

D’autre part, Isabel a une personnalité complexe, qui se dévoile peu à peu différente de ce que l’on avait cru au départ.

Préfère-t-elle donner sa main à un homme sans fortune, pour être sûre de le dominer ?

Eprouve-t-elle une sorte de culpabilité à avoir hérité de tant d’argent et se croit-elle tenue de le donner ?

Est-elle paralysée par l’admiration de son bienfaiteur de cousin, condamné à être  spectateur de la vie et surtout de celle d’Isabel qu’il observe incessamment?

 

Isabel ne peut souhaiter tant que cela la liberté et l’autonomie. L’exemple de son amie Henrietta , femme relativement libérée, qui travaille pour un journal, se met en ménage, se mariera plus tard, sûre de s’entendre durablement avec son ami, Isabel ne peut le suivre. Elle est très dépendante des hommes (et même d’une femme) qu’elle écoute beaucoup trop, qu’elle endure bien trop longtemps, car elle aime être courtisée, refuser les avances, et  se faire relancer.  Une tendance au masochisme  surgit aussi, entre les lignes, et ces jeux finissent mal…

Osmond se révèle un  tyran domestique, elle sera malheureuse. Ses anciens soupirants refont leurs apparitions à plusieurs reprises (en fait, ils la suivent partout, surtout l’homme d’affaire, le collant Goodwood, dont elle ne parvient pas à se débarrasser). Etonnant !

Dans ce gros roman riche, de nombreux personnages  dialoguent abondamment,  s’expriment entre les lignes et finissent par nous perdre.

Chaque lecteur interprète à sa manière les événements. Pour ma part j’y vois une suprême ironie de la part de l’auteur, d’avoir suscité l’impression que c’est le bienfaiteur qui fait le plus de mal.

 

Partager cet article
Repost0
23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 23:47


Minuit, 2011. 188 pages.

 

 

 

Prologue

Claire, une jeune femme de 24 ans remonte l’avenue Niel ( dix-septième arrondissement) en vélo pour rejoindre son ami Antoine, elle est excitée à l’idée d’aller au théâtre ce soir.

Le récit commence à la troisième personne, et glisse au monologue intérieur avec des bribes de dialogue s’intercalant sans que l’on s’en aperçoive tellement c’est bien agencé.

 

Claire se dépêche, pourtant elle n’aime pas Antoine avec qui elle ne partage pas grand-chose

 «Lui qui n’y va que pour me faire plaisir et bouge tout le temps ou s’endort… il est exactement comme papa… Vingt-cinq,  il peut attendre. J’irai seule au théâtre et je vais lui offrir son DVD de merde, tiens, grande et généreuse, si  si, je te l’offre, ça me fait plaisir, j’ai gagné au loto tu savais pas ? »


Claire a gagné un peu d’argent au loto, et sa grand-mère lui a fait la morale

 «  Elle qui roule sur l’or sans jamais avoir eu  à gagner un sou de sa vie, comme maman et toutes ces bonnes femmes qui ont tiré le gros lot rien qu’en… et moi, si j’épouse Antoine, si… mon gros lot, lui, mon… ? »

 

Pourtant, Claire est heureuse , elle rêve

offrant son visage au soleil, éblouie par quelque chose de beaucoup  plus grand que l’excitation de se rendre seule au théâtre le vendredi, comme si, sortant d’un bois, elle s’élançait en pédalant au milieu des champs de colza, la lumière et l’odeur et Claas l’attendant les bras ouverts au bout du chemin… Claas, près de la grange où enfin ce serait elle, son tour à elle, enfin…


Et c’est l’accident :

Il a freiné. Elle a senti la masse sombre et chaude se rapprocher et la frôler en grondant sur sa gauche : je tombe, grelots, Anne ma sœur Anne et Claas et Nathalie, maman et  Claas, maman, vrombissement aigu de son cri rouge, orange, bolide, fusée plongeant soudain dans du caoutchouc élastique, puis dur, noir, et tout fut silencieux.

 

Que va-t-il arriver à Claire ? Va-t-elle vivre ou mourir ?

Qui est ce Claas, tombeur de ces dames ?

Pourquoi  le papa de Claire est-il si nul ?

Pourquoi Claire croit-elle devoir faire un mariage d’argent de nos jours ?

 

 

Et voilà la « pièce rapportée » qui entre en scène : Elvire, la mère de Claire, bouleversée, qui voudrait bien se rendre au chevet de sa fille hospitalisée, mais sans rencontrer son mari, ce type arrogant hypocrite et vulgaire,  qui forcément s’y trouve aussi à l’hôpital. Les époux en conflit s’envoient des messages comme autant de flèches empoisonnées ; grâce au portable, Elvire évitera peut-être la confrontation.

Elvire dispose d’un appartement rue Bayen, qu’elle a acheté pour sa fille, elle s’y réfugie et, lorsque la panique la quitte momentanément, plonge dans les souvenirs:

 

Elle a épousé Frédéric vingt-cinq ans plus tôt « elle n’avait attentivement regardé l’homme qu’après avoir entendu le nom : Bohlander, qui, prononcé par Claas, semblait basculer doucement comme un rocking-chair, les accents se déplaçant vers l’avant, la première syllabe était longue, la deuxième lançait la dernière pour en faire un A juste entrouvert…Elvire Bohlander… des milliers de fois répétés avec la diction de Claas dans l’oreille, tandis que Frédéric poussait la balançoire plus haut, toujours plus haut, jusqu’à son père : Pierre Bohlander

«  C’est le nom et le père que j’épouse…ma bague, c’était celle de sa mère, il l’a donnée à Frédéric dans l’écrin original d’un joailler de Vienne...Je lui ai déjà parlé de toi, mon cousin allemand, mon frère, c’est ce que je dis aux gens maintenant pour te situer dans ma vie.

Simplement ça pendant dix ans, le regard aimant du père, une compréhension muette qui passai t aussi dans la voix


Entre Pierre le beau-père aimé à présent mort,  Frédéric le méchant mari, et Claas l’être merveilleux idolâtré, Elvire n’a pas eu la vie facile. Et Claire a été entraînée dans ce désordre.

Une écriture maîtrisée, agréable et souple, attentive aux détails, une exploitation judicieuse du langage familier, des passages poétiques,  un récit qui progresse vite et bien, de monologues angoissés butant sur les mots qui font peur,  en saynètes cruelles et tragi-comique.

On se demande jusqu’à quel point Elvire va devenir lucide ?

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Nuagesetvent
  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
  • Contact

Rechercher

Archives Récentes