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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 00:45

Actes sud, 2006, 903 pages.

 

  dans la main du diable 0

 

1913, Paris fin de l’été. Agota Kertesz, immigrée de Hongrie, est convoquée au ministère de la guerre. On lui apprend que son fils Endre, dont elle n’avait plus de nouvelles depuis cinq ans, est mort. Ingénieur chimiste, Il était parti en 1908 pour la Birmanie, envoyé par une société spécialisée dans la confection de colorants à usage industriel.  Agota est accompagnée de Gabrielle Demachy , sa nièce orpheline qu’elle a élevée comme sa fille. Gabrielle a vingt ans. Elle se considérait comme fiancée à Endre, qu’elle aime depuis toujours, grand frère aîné puis amant d’un jour dont elle attendait le retour…

Fini d’attendre ! Gabrielle veut agir à présent. Eclaircir les circonstances de la mort d’Endre. Justement, elle se heurte à ce jeune secrétaire du ministère, qui leur a expédié la malle avec les derniers effets d’Endre. Il s’appelle Michel, et veut l’aider à comprendre ce qui est arrivé à son cousin. Là-bas, en Birmanie, Endre connaissait le docteur Galay, un savant qui fait des recherches sur les maladies infectieuses à l’institut Pasteur. Il faut  approcher le docteur Galay, mais attention, il est sûrement pour quelque chose dans les infortunes d’Endre. La famille Galay recherche une institutrice pour Millie, la petite fille de ce docteur. Gabrielle va se faire embaucher…

L’intrigue de ce gros roman est bien amenée, de sorte que le lecteur s’intéresse aux personnages même secondaires, et suit avec ardeur et anxiété la quête de Gabrielle. Jeune fille instruite,  plutôt émancipée pour son époque, grâce à son amie Dora, son professeur de piano, qui lui a fait connaître une société d’artistes et d’intellectuels, Gabrielle est aussi déterminée, et prête à faire jaillir la vérité sur la mort de son cousin, tout en cherchant à aimer encore un homme digne d’elle. Elle est aidée par Dora, et toutes deux n’hésitent pas à fouiner partout, à suivre toutes les pistes apparemment prometteuses, quitte à se mettre en danger.  

Dans la main du diable est aussi un roman de mœurs, brossant fidèlement le tableau de la société juste avant la grande guerre et au tout début de celle-ci, grâce à un éventail varié de personnages et de situations destinés à illustrer les diverses facettes et classes sociales de cette société parisienne. J’ai aimé particulièrement les développements sur le cinéma naissant, les revendications ouvrières d’une usine en grève, l’animation dans les rues de Paris, l’actualité artistique et intellectuelle de l’époque…

Un roman d’amour, on s’en doute, et on n’est pas déçu de ce côté-là non plus. Un roman avec des passages loufoques que l’on doit au personnage de Dora. Un roman très classique, d’inspiration «  balzacienne »avec ses longueurs pas trop longues, tant la narration est bien enlevée, intelligente, et l’expression variée. Pourtant, l’attention faiblit lorsque la sentimentalité prend le dessus. On se lasse des pensées du méchant  évoquant  sa mère étouffante et folle. Des amours des deux héros dont on n’attend plus rien de neuf dès lors  qu’on est sûr que pour eux c’est à la vie à la mort.

Les noms des personnages me sont familiers : Kertesz et Gombrowicz évoquent la littérature ainsi qu’Agota; Terrier… est une taupe ! Gabrielle Demachy porte le nom d’un célèbre photographe pictorialiste, Robert Demachy. Ne dirait-t-on  pas que l’auteur s’est inspiré de certaines de ses photographies pour ses descriptions ?

 

 

 

Demachy-la-foule       La foule

 

 

demachy-Etude

demachy

 

Demachy---Struggle-1904

Struggle


Un ensemble convaincant

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 21:47

Le Salon du Wurtemberg  

Gallimard, 1986.

367 pages. 6 chapitres portant tous des noms de lieux.

C’est le recueil de souvenirs d’un violoncelliste retiré dans la demeure de son enfance ( Bergheim près de Stuttgart) qu’il a rachetée à l’occasion d’un héritage.

Le sujet du roman n’est pourtant pas un lieu, mais un homme, Florent Seinecé, ami du narrateur Charles Chenogne : « un nom qui chuinte et l’autre qui siffle ».

Le narrateur a perdu son ami, quatre ans plus tôt et écrit pour lui rendre hommage, et lutter contre l’oubli. Il est important de garder une trace –de ce qui bientôt ne nous importera plus et «  Qu’est-ce qui nous importe ? Qu’est-ce qui nous plaît ? Nous attire ? … un corps ou le vide qui nous en sépare ? Je parierai pour le vide qui nous en sépare ».

C’est au service militaire en 1963, qu’il fait la connaissance de Florent dans un salon de coiffure vide, après s’être fait arraché une dent. La demande initiale vient de Florent lui-même qui se met à chanter-mal- une comptine dont il réinvente les paroles. Ne l’ayant pas vu, l’autre rectifie naturellement les paroles et l’air. Florent est enchanté de cette intervention. , demande encore d’autres comptines, et offre des bonbons. Il collectionne les comptines et les bonbons.

Beaucoup de comptines rythment agréablement le récit. Elles ressemblent un peu à des haïkus. Les chansons sont encore plus nombreuses, dont on cite deux ou trois vers de temps à autre.

Les deux jeunes gens vont se fréquenter chez la vieille dame qui héberge Florent ( « la maison de St Germain en Laye ») . La pièce où loge Florent rappelle à Charles la salle de musique où il jouiat enfant, à Bergheim. Les Chenogne sont des Français ayant toujours vécu dans une province le Wurtemberg, aux frontières incertaines, revenue aux Prussiens en 1971, mais pas à la France en 1919, contrairement à l’Alsace et à la Lorraine. Charles et sa famille sont donc resté bilingues.

Florent et lui sont des personnages antagonistes, Florent connait bien les langues anciennes et Charles le violoncelle et l’allemand, Florent a déjà, jeune une femme et un enfant, et Charles passe de femme en femme, sans se fixer.

Le troisième lieu c’est Borme en Provence, où va se nouer une intrigue, puisque Isabelle, femme de Florent y sera entre les deux hommes.

Il n’y aura pas d’autres intrigues, dans ce roman, sauf l’évolution de la relation entre Charles et Florent. A l’occasion de nombreux passages « à vide », Charles s’interroge sur le lien qui l’unit à Florent. «  Le premier, Seinecé, m’avait offert, plus loin que la camaraderie, un peu d’affection désintéressée. Quelque chose qui me paraissait l’apanage des héros d’Homère mais certes pas des dieux , ni des disciples de Jésus ». L’égalité des échanges, et l’échange des positions entre les deux n’est que rarement obtenu. Le plus souvent, Florent est actif et demandeur dans la relation, et Charles est dans la position de celui qui reçoit d’où son insatisfaction, et sa culpabilité.

Le thème de l’amitié est ce qui m’a plu davantage dans le roman, mais il n’est pas le seul. Nous avons aussi les relations amoureuses de Charles ( un peu répétitives, les femmes sont toutes semblables à la première), ses souvenirs d’enfance, son évolution en tant que musicien, l’expérience du deuil, et ces lieux divers où il vit à des moments différents : le quai de la Tournelle, où il va revoir son ami, la Muette sur les bords de la Loire ( le narrateur y vit seul dans une ancienne maison de pêcheur à certains moments) ; la villa de Saint-Martin en Cause ( il y vit une liaison courte et orageuse) et la route des Grandes Alpes…

Au total, un récit poétique, et rempli de réflexions intéressantes ( qui sonnent souvent comme des citations), de belles descriptions, trois personnages au moins auxquels on s’attache, un rythme lent méditatif ( agréable à mes yeux, mais il faut aimer) et quelque longueurs tout de même. Les longueurs ce sont les récits des aventures amoureuses de Charles, dont il aurait pu ne retenir que la première, seule vraiment importante…

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 15:41

  l'agent secret 0

 

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Première publication en 1907. Vous pourriez le trouver en livre de poche.

 

Mr Verloc travaille pour les renseignements secrets à l’ambassade de Londres, ainsi que pour la police. Il les renseigne sur les activités des anarchistes, tout introduit qu’il est dans cette congrégation dont il écoute les discussions et suit les déplacements.

Officiellement, il tient un magasin où l’on vend de vagues articles de papeterie. Winnie, sa femme, beaucoup plus jeune que lui, l’a épousé parce qu’il avait un peu d’argent et voulait bien prendre chez lui sa vieille mère infirme et son frère débile auquel elle est si attachée, qu’elle ne se plaint pas de ne pas avoir d’enfants. Malmenée par un père cabaretier et alcoolique, elle a voué son existence à Stevie que le père battait comme plâtre. Elle sait que Mr Verloc supporte le garçon comme « un animal pas trop gênant ».

Se doute-t-elle des véritables activités de son époux ? Elle reste impénétrable, mais , parmi les douteuses fréquentations de son mari, elle aime bien Michaelis, qu’elle repère comme victime.

Cet homme, condamné jeune à perpétuité pour une affaire où il n’avait tenu qu’un rôle mineur, est devenu anarchiste, parce que sans place dans la société.

Loin de vouloir jouer les héros, Mr Verloc considère son travail comme la routine d’un petit fonctionnaire. C’est pourquoi il va perdre tous ses moyens, lorsque Mr Vladimir, secrétaire d’ambassade, le convoque un matin, et lui signifie son congé, à moins qu’il ne se lance dans une action spectaculaire destinée à, soi-disant, mécontenter et affoler la population, faire travailler la police ( qui s’endort paraît-il), et faire sortir les anarchistes de leur trou.

Bref, Mr Verloc devra faire exploser une bombe à Greenwich.

Est-ce une plaisanterie ? Mr Verloc , craignant de perdre son emploi, se lance dans l’élaboration du projet, de façon délirante, parce qu’il veut sauver sa peau, son emploi, sa sécurité…

 

Les anarchistes n’ont pas la part belle dans ce roman , en particulier les délégués du Comité Rouge, tous lâches et stupides, le phraseur Karl Yundt  le « camarade Ossipon » décrété docteur pour une vague année de médecine et qui joue un rôle ignoble auprès de la pauvre Winnie. Sans compter « l’homme au détonateur » qui ne se déplace jamais sans sa bombe. Mr Verloc n’est pas en reste, petit fonctionnaire grisâtre, devenu lâche , assassin, ignoble dès qu’il croit devoir se livrer à un acte héroïque. Parmi ce tas de pauvres crétins que le narrateur fustige à l’aide de traits mordants, de cynisme sec, et d’humour noir, Winnie est la seule à qui le lecteur reconnaît des sentiments humains et un certain courage. Par ailleurs, ce roman n’est pas « pessimiste » il est seulement lucide, et plein d’intelligence, tandis que l’intrigue est fort bien menée…

Après plusieurs Conrad, le dernier en date "Lord Jim" (pour aider ma fille qui devait le lire pour ses études) , j'ai eu la nette  impression de n'avoir  pas le pied marin. En effet, ce roman me convient mieux...

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 00:53

  Edith Clever La Marquise d'O

 

La Marquise d'O Edith Clever ( film de Rohmer)

 

 

 

la Marquise d'OLa nouvelle titre reprend une anecdote contée par Montaigne dans ses Essais

 

La marquise fait mettre une annonce dans les journaux locaux : elle est enceinte et prie le père de l’enfant de l’épouser. Or c’est une femme de bonne réputation veuve depuis trois ans, et déjà mère de famille nombreuse…

 

 

Il y a un an :

La marquise, en son château de M. ( Italie) attaqué par les russes est sur le point d’être violée par des soldats ; un officier le comte F. fait fuir les indésirables, la ^porte, évanouie dans une chambre que l’armée n’a pas envahie. Illui parle en français…

Cet officier disparaît, est même donné pour mort après avoir été blessé ; il criait dans son délire «  Julietta ! Cette balle te venge ! » A ce moment, le prénom de la marquise apparaît…

Aux premiers signes de la grossesse la marquise feint, ainsi que sa mère de n’y pas croire. . Le comte F. reparaît vivant , et lui offre de l’épouser. Il se fait éconduire.

Le combat douloureux se prolonge entre le comte qui tente de se faire accepter comme époux et de réparer sa faute( une faute grave car il est également amoureux). Et la marquise qui exige de lui des épreuves toujours plus importantes pour la mériter un jour.

Les épreuves : obligation de se déclarer publiquement pour ce qu’il fut , et que suggère l’annonce dans la gazette, de subir un refus ; le mariage finalement accompli, le Comte devra procéder par séries d’approches successives, pour « gagner son épouse »  et le droit de vivre avec elle maritalement.

La mère de la marquise est toujours présente pour énoncer à voix haute ce que sa fille pense dela situation et qu’elle tait, afin que le Comte poursuive son entreprise…

Ce rituel me semble prévu dès le début de l’aventure.  Menacée par des êtres dépravés, la marquise vit apparaître le Comte «  comme un ange ». L’Ange de l’Annonciation ?

Dans ces circonstances troublées, ils s’éprennent l’un de l’autre. Ces circonstances sont d’ailleurs tout à fait propices à la naissance d’un sentiment amoureux.

La marquise s’évanouit alors que  tout danger de la part des brutes est écarté. Son éducation  ne l’autorise pas à consentir de façon consciente. Plus tard, le Comte sera  à la hauteur de ce qu’on lui demande.  

 

Ce récit reprend de façon originale le thème du roman courtois. Il met en scène ce qu’une femme peut désirer d’un homme.

L’histoire se termine bien, profitez-en, car ce ne sera pas toujours le cas !

 

 

Le Tremblement de terre au Chili.

 

La situation historique a une importance symbolique. C’est une fin du monde.

Dona Joséfa fille de gentilhomme, mise enceinte par un jeune espagnol Jeronimo Rugera, est condamnée à mort. Lui, également emprisonné, veut se pendre.

A ce moment, donc la terre tremble à Santiago. Les éléments   naturels se mettent en accord avec la situation d’urgence désespérée des jeunes gens.

Le bouleversement rend le suicidaire décidé à sauver sa vie et épargne Josefa du châtiment promis .

Pendant les moments critiques le jeune couple et son bébé sont en sécurité. Les rescapés s’entendent entre eux, et les identités ne comptent plus.

C’est après le retour  en ville, que les deux jeunes gens sont à nouveau en danger. On va les accuser d’avoir provoqué le séisme en offensant Dieu….

 

Comme dans la précédente nouvelle, le thème du sentiment paternel est très présent. Jeronimo a tout de suite aimé son fils, et Don Fernando l’aimera comme un père, ayant perdu le sien.

 

Fiançailles à Saint-Domingue

Au temps de la révolution française, près de Port au Prince, l’abolition de l’esclavage a permis aux noirs  une certaine revanche.

 

Congo  Hoango s’est débarrassé de son patron et vit sur ses terres avec une servante et sa fille Toni, métisse. Les deux femmes doivent  attirer les voyageurs blancs que Hoango massacrera.

Un de ces voyageurs ( suisse de Genève) et Toni  se plaisent et passent la nuit ensemble. Ils décident de fuir, et de se marier plus tard.

Mais pour donner le change à son maître, Toni est forcé d’user de subterfuges qui paraissent à son amoureux très ambigus…

 

L’Enfant trouvé

En accueillant  le jeune Niccolo  atteint d’une maladie contagieuse,Piachi  prend un risque pour son propre fils Paolo. Ce dont meurt Paolo semble être du geste de son père, qui le met en danger pour un inconnu malade dont il ne sait rien. Geste étrange, car il n’est pas coutumier des « bonnes œuvres ».  Mais Elvire, la jeune épouse de Piachi  est possédée par des souvenirs…

  Adopté, Niccolo a tout pour devenir le fils maudit. En fait, il sera le révélateur de ce que la famille Piachi a de bizarre...

 

Toutes ces nouvelles mettent en scène des intrigues amoureuses, des passions, trahisons… qui font songer aux Chroniques italiennes de Stendhal.  Pour faire quelque chose de ces mélos, ce n’était pas gagné. Kleist y parvient grâce à ses narrations très classiques, l’absence de fioritures dans l’exposition des faits,  et l’abondance de non-dits, dans le récit et  les pensées des personnages.

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 00:23

silas marner  

Titre complet «  Silas Marner ou le tisserand de Raveloe »

Première publication en 1861.

 

Silas Marner, jeune tisserand orphelin, vit une existence ardente et même mystique, dans une secte religieuse « la cour de la Lanterne ». Il tient, de sa mère quelques vertus concernant les plantes médicinales, et pour le reste, est assez simple d’esprit et fort honnête. Sa naïveté lui joue un mauvais tour. Son ami de toujours, William Dane lui prend sa fiancée et le fait accuse d’avoir volé les économies d’un archevêque mourant qu’il veillait.

Silas ne sait se défendre, fuit la ville, et s’insalle à Raveloe : il ne peut rien partager avec ses voisins, croyant les hommes mauvais et le Ciel hostile envers lui. Pendant quinze ans, il s’occupe uniquement de tisser, et de contempler les pièces d’or et d’argent qu’il gagne, sans les dépenser. Il est donc deveu « avare » mais ce n’est pas par peur de manquer.

Godfrey Cass, le fils du squire de l’endroit, a mené une existence dissipée. Marié secrètement avec Molly, une pauvre fille droguée à l’opium et couverte de dettes. Il envoie son frère un gredin, vendre son cheval Eclair pour 120 roupies. Ivre, Dunsay tue le cheval, rentre, arrive par hasard chez Silas parti sans fermer la porte, et vole son argent avant de disparaître.

Godfrey se réjouit de cette disparition. Dunsay le faisait chanter menaçant de révéler son mariage secret.  Godfrey se rapproche de Nancy, sa promise officielle, à l’occasion du bal du jour de l’an.

Mais ce soir-là aussi, on retrouve Molly morte dans les buissons, et son enfant, une fille, réfugiée chez Silas qui, myope, la voyant entrer, a d’abord cru au retour de son or… !!!

C’est dire que la nouvelle arrivante est un vrai trésor. Sous le nom d’Eppie, elle va devenir le personnage numéro deux de ce roman qui dure 55 ans ( la vie entière de Silas) . Le rythme est très lent, et l’on ressent le silence ( c’est Silas qui préside à la narration) . L’on pénètre dans un monde rural, les gens du village parlent avec leurs langages respectifs, les descriptions et petits détails sont abondants, et la maison de Silas est le lieu de passage de diverses personnes, chaque passage dans cette demeure relance l’action.

L’ensemble est un peu lourd et passéiste.

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 00:29

Pays de neige

 

 

Biblio-roman, 2008

1ere publication 1955. 190 pages.

Ecrit entre 1935 et 1947.

 

Shimamura se rend dans une station thermale au début de l’hiver. Il voyage en train depuis Tokyo vers ces montagnes neigeuses non nommées. Au sortir d’un long tunnel, une jeune voyageuse s’adresse à un aiguilleur pour lui poser une question. Shimamura apprécie son timbre de voix chaud, profond, vibrant. Ensuite, il l’observe reflétée dans la vitre, s’occupant de son compagnon de train malade. Le jeu des lumières dans son visage reflété lui donne un aspect particulier. Cette jeune femme lui rappelle Komako, la femme qu’il va retrouver à la station thermale, devenue sa maîtresse à son premier séjour, au  printemps dernier, et il évoque cette époque. Son séjour hivernal va ressembler au précédent et en différer sur plusieurs points. La neige est omniprésente, Komako, devenue geisha à plein temps, est surmenée, insatisfaite de sa condition, et Yoko la femme du train apparaît de temps à autre pour soigner l’homme malade, puis bientôt l’enterrer. Elle était son infirmière et peut-être davantage. Komako a été aussi liée à cet homme. Shimamura cherche à en savoir plus, à comprendre le vécu de ces deux femmes. Mais les propos et attitudes de Komako et Yoko resteront en partie énigmatiques à  Shimamura. D’ailleurs, son regard sur les choses et les êtres est dominé par la contemplation esthétique, ainsi que par la perception de signes à déchiffrer.     

Il y aura aussi un troisième séjour de Shimamura, à l’automne suivant.

A chaque séjour, correspondent pour cet homme oisif et fortuné, qui a beaucoup écrit sur l’art traditionnel de son pays, les plaisirs esthétiques qui changent à chaque saison, blancheur et neige en hiver, nature renaissante au printemps, couleur rouge des bois d’érables en automne, et blancheur de première neige et d’étoiles, bleu et noir de la nuit( ces couleurs correspondent aussi à des événements importants), les plaisirs  qui se répètent, les bains et les rencontres avec sa maîtresse, ainsi que  les apparitions de Yoko. Le blanc et le rouge, en particulier, se retrouvent dans le maquillage de Komako, le noir dans sa chevelure.  Car les femmes aussi font  partie du paysage. Elles n’en sont pas moins vivantes, de plus en plus stressées à chaque séjour, et l’anxiété liée à leurs conditions précaires, augmente, jusqu’à créer un climat sombre et pessimiste. Shimamura est parfois pressé par l’une ou l’autre femme, de les emmener, en pure perte. Il a une famille à Tokyo. Il est aussi, et avant tout ,observateur, jouisseur, esthète, consommateur.

Même si les souvenirs de Shimamura remontent au printemps, le récit commence et s’achève par une voix de femme, celle de Yoko au début de l’hiver, inquiète, celle de Komako à la fin de l’automne suivant, effrayée et criant.  Entre les deux, cette histoire belle, étrange, et triste, où ce qui compte est suggéré davantage que dit.   

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 00:49

  Byatt-La-Vierge-dans-la-jardin.jpg

 

Dédié à son fils Charles (1961-1972)

 

1ere publication 1978.

619 pages. 44 chapitres titrés et trois parties.

Prologue ouvrant le roman : En 1968, au Musée National du Portrait à Londres. Trois personnages discutent nous ne savons pas très bien à propos de quoi.

Le récit rétrospectif qui suit, nous apprendra vit que ces trois personnes jouent chacun un rôle important dans l’histoire.

 

Ensuite, le narrateur nous transporte 15 ans plus tôt en 1953, à Blesford, un collège dans le North Riding  Lands ( Yorkshire). Alexander Wedderburn y est professuer, mais il écrit aussi des pièces de théâtre historiques en vers « modernes » imitées de Shakespeare. Celle qu’il vient d’écrire porte sur Elizabeth 1ere et s’intitule «  Astraea »( c’est l’année ou Elizabeth II va être couronnée). Alexander, à 35 ans, se considère comme « un embryon d’homme de lettres professionnel ». Sa pièce devra être montée en août. C’est une adolescente Frederica Potter, 17 ans, qui jouera le rôle d’Elizabeth jeune.

Elle est amoureuse d’Alexander, et sa préoccupation majeure est de perdre sa virginité. Ce qui, en 1953, peut paraître curieux… mais la famille Potter est plutôt spéciale dans l’ensemble. Le père Bill, directeur d’étude d’Alexander, chez lui tyran domestique, est une forte personnalité à la pesante morale agnostique. Stéphanie, la fille aînée, est résolument du côté du père. Bonne enseignante, pragmatique, elle se prépare à épouser Daniel Orton le vicaire de la paroisse.

D’un côté, nous avons ce couple rationaliste, voulant faire œuvre caritative, épris d’action sociale, dont nous suivrons le mariage à Pâques, et de l’autre les artistes Alexander et Frederica, tous deux au début d’une carrière que l’on suppose plus ou moins médiatique. Mais ces deux êtres ne s’entendent pas tant que cela. Plusieurs femmes s’intéressent à Alexander, qui, peu soucieux de s’engager dans une relation,  n’a de vrai penchant que pour les femmes de fiction.

Et  seul, le jeune frère de Stéphanie et Frederica, Marcus, n’est vraiment pas come tout le monde. Marcus, a des visions qui, méticuleusement décrites, nous apparaissent comme autant de tableaux plus ou moins abstraits et je dois le dire d’une certaine beauté. Il vit sans cesse dans un rêve éveillé, et n’a guère de contact avec sa famille. Un enseignant porté sur l’au-delà Lucas Simmonds, le prend pour un medium et veut le faire communiquer avec les esprits…

Pendant plusieurs mois, ces personnages et quelques autres évoluent, et le roman n’est pas exempt d’action, cependant, il s’agit surtout dans ce premier tome ( il y en a quatre) de planter un décor, démarrer des intrigues, et présenter les principaux personnages que nous suivrons encore s’ils nous conviennent. Pour ma part, c’est oui, je suis prête pour « Nature morte «  le second volume.

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 00:01

Une année étrangère 2  ***Stock 2009

 


Laura, 17 ans, part dans une famille allemande, officiellement pour parfaire, avant le bac, ses connaissances linguistiques, en fait, elle fuit sa famille. Depuis la mort accidentelle de son petit frère l’atmosphère familiale est détruite, ses parents s’accusent mutuellement.

Là-bas au nord de l’Allemagne, les Bergen ne sont guère plus drôles. Il y a un problème que Laura n’arrive pas à identifier. Bonne élève en France, elle a des difficultés avec la langue orale  et ne comprend pas tout ce qui se dit.  D’autre part,  les Bergen semblent indolents, se lèvent tard, la fillette manque souvent l’école, la mère de famille semble souffrir mais de quoi ?

Laura n’a pas de tâche définie, mais la famille pèse sur elle. On  ne lui demande rien mais on exige sa présence constante, sans qu’elle en sache la raison. Elle s’occupe à déchiffrer La Montagne magique, tous les soirs, mais ne peut aller dans la ville de Thomas Mann toute proche, pour faire un peu de tourisme culturel. Dommage car Lübeck (non nommée dans le livre) est un lieu charmant.


A défaut, elle s’identifie à Hans Castorp, venu au Berghof, mener la vie des tuberculeux, sans être malade lui-même, et se laissant envoûter par cette ambiance confortable étrange et mortifère… cette lecture aide Laura à s’interroger sur sa vie dans cette famille. Ses obligations envers les Bergen, apparemment bien floues,  vont se révéler très lourdes à porter…

Récit linéaire, écriture simple, rédigée comme une longue rédaction. Un récit d’apprentissage ; Laura apprend à manœuvrer dans des conditions délicate, et de loin, considère sa famille différemment.

L’auteur en profite pour explorer quelque peu cette situation curieuse, d’être au milieu d’un groupe dont on comprend imparfaitement la langue : les êtres et les conversations les plus banales vont être autant de messages à déchiffrer, et dans un lieu géographique où l’on peine à s’orienter. C’est ce qui est mis en avant dans le titre, un très bon titre.

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 16:01

  les revenants

 

 

 

Christian Bourgois, 598 pages.

 

Titre original : The Raising »

 

Une université américaine dans l’Ohio.

Craig étudiant de seconde année et Perry sont colocataires à la résidence Godwin Hall la plus ancienne du campus. Perry vient de la campagne ( Bad Axe, middle West) et Craig de la ville ( Massachussetts près de Boston).

Cette année s’annonce difficile. Au printemps, il s’est produit un tragique accident. Craig était en voiture la nuit en compagnie de Nicole Werner son amie( issue de la même ville que Perry) et l’auto s’est déportée. Nicole y a perdu la vie et Craig traumatisé  ne se souvient pas de l’accident ni des circonstances de sa virée en voiture, et à peine des mois qui suivirent.

Il aimait passionnément Nicole et se reproche de l’avoir tuée .

Mais Shelly, une femme quinquagénaire, qui travaille à l’école de musique de l’université, a vu l’accident, appelé les secours, et sait que sa version des événements ne correspond pas à e qui fut relaté dans les journaux et communément admis. Seulement nul ne veut l’écouter !

L’événement a aussi bouleversé Perry, qui connaissait Nicole depuis toujours et en était épris , quoique ses relations avec elles soient différentes de celles de Craig.

Depuis la rentrée, plusieurs étudiants ont cru voir le fantôme de Nicole. Dont Perry, qui veut y voir clair et s’inscrit au cours de Mira, anthropologue spécialiste des rituels funéraires, des manifestations de deuil,  et de tout ce qui touche  à la mort. Mira ne croit  pas aux fantômes, bien qu’elle ait vu de drôles de choses dans sa jeunesse. Sa vie est difficile entre un mari qui reste à la maison, et deux jumeaux dont elle n’arrive pas bien à s’occuper, en l’absence d’un personnel compétent.

C’est là un récit d’enquête ;  les quatre narrateurs, Mira, Shelly, et les deux étudiants Perry et Craig, rivaux et néanmoins amis, vont se croiser, parfois s’affronter, réfléchir sur l’accident du printemps, revenir sur certains faits, évoquer la vie à l’université, et leur existence passée, quelquefois à leurs risques et périls.  Nicole Werner, objet principal des investigations, faisait partie d’une sororité, organisée comme une véritable société secrète, aux rites  étranges…

 

Voilà encore un très bon livre de Laura Kasischke, certains disent son meilleur. Aussi bon en tout cas que « A moi pour toujours, également très intéressant pour l’étude socio-psychologique de quelques personnages et milieux sociaux. L’intrigue est tout simplement passionnante et fort bien menée, les personnages tous très attachants, le propos intelligent. Je n’ai qu’un reproche à faire, il  concerne l’épilogue un peu long et qui n’apporte rien au reste du récit.  

 

Des liens:

 

  Gammaphibêta , site de la plus ancienne sororité américaine.

 

 

D’autres billets sur les Revenants et de très bons!

 

  Sunclub

 

Lecture-écriture


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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 00:00

dora bruder

Folio, 2011 1ere publication 1997

145 pages.

 

A partir d’une annonce de disparition lue dans un vieux journal du 31 décembre 1941, L’auteur se met en quête de la jeune fille dont il était question, Dora Bruder, âgée de quinze ans au moment de ce qu’il identifiera comme une fugue.

Ses parents étaient des juifs immigrés d’Autriche et de Hongrie et tous trois vivaient dans une chambre d’hôtel du boulevard d’Ornano.

Au cours de son enquête complexe, pour laquelle il reçut l’aide du grand avocat Serge Klarsfeld, L’auteur identifie peu à peu Dora Bruder , l’invente comme un personnage, la réinvente plutôt, puisqu’elle a existé.

Outre ses mêmes origines juives, il se découvre des affinités avec Dora Bruder ( ce patronyme signifie « frère ») d’autant plus que le quartier de Clignancourt, où elle a vécu  lui rappelle bien des souvenirs. Etant enfant, il s’y rendait avec sa mère.

 «  je me souviens du boulevard Barbès et du boulevard d’Ornano déserts, un dimanche après-midi de soleil, en mai 1858. A chaque carrefour, des groupes de gardes mobiles, à cause des événements d’Algérie. »

Rue Championnet. 1965. «  je n’étais rien, je me confondais avec ce crépuscule, ces rues ».

Ce que j’ai pu attendre dans ces cafés… très tôt le matin quand il faisait nuit. En fin d’après-midi à la tombée de la nuit. Plus tard, à l’heure de la fermeture …

Les hivers se mêlent l’un à l’autre. Celui de 1965 et celui de 1942.

Petit à petit, on apprend que Dora fréquentait un établissement pour jeunes filles, rue Picpus ( Le Cœur de Marie), qu’elle s’en est enfuie, et a disparu quelques mois avant d’être victime avec ses parents des rafles nazies.

L’auteur ayant lui aussi fugué d’un internat à l’âge de dix ans trouve de nouvelles coïncidences entre Dora et lui.

«  la fugue-paraît-il- est un appel au secours et quelquefois une forme de suicide. Vous éprouvez quand même un bref sentiment d’éternité. Vous n’avez pas seulement tranché les liens avec le monde mais aussi avec le temps. »

De très belles phrases poétiques sur l’extase de la fugue. 

La fugue de Dora ayant duré plusieurs mois, en plein hiver, rigoureux, elle a dû être hébergée quelque part ; à mots couverts, il lui souhaite d’avoir pris du bon temps (le peu qu’elle pouvait en obtenir en ce temps-là).

Nous sommes dans le Paris de l’Occupation, et la situation des juifs y devient de plus en plus intenable. » Cette ville de décembre1941, son couvre-feu, ses soldats, sa police, tout lui était hostile et voulait sa perte. A seize ans, elle avait le monde entier contre elle, sans qu’elle sache pourquoi ».

Le narrateur ne se contente pas d’accompagner la jeune fille, dans la plupart de faits et gestes, devinés, supposés, inventés ; il l’associe également à quelques célèbres figures de la littérature telle Cosette, cachée par Jean Valjean dans ce quartier de Picpus, dont Hugo invente quelques rues et un couvent.

A partir de récits divers, il étoffe son héroïne, et ce destin, tout en préservant pour tous les personnages (lui-même y compris) une certaine impersonnalité qui se mêle aussi à des scènes très familières et souvent déchirantes.

Un ensemble d’une grande beauté ! C’était ma première lecture de Modiano. Il me semble pourtant le connaître depuis longtemps.

Nous voilà au cœur de l’hiver, soixante dix ans après que Dora Bruder ait disparu (j’ignorerais toujours à quoi elle passait ses journées, où elle se cachait, en compagnie de qui elle se trouvait…)  franchissons l’année nouvelle…

 


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