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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 14:43

RebeccaMXM1IVL

 

 

 

Livre de Poche 1971 ; achat Brocante.


Ayant presque tout oublié de l’intrigue de ce roman, célèbre pour l’adaptation qu’Hitchcock en fit, je me suis lancée dans cette lecture, d’une jeune fille seule au monde, sans argent ni famille, demoiselle de compagnie d’une vieille harpie. Première moitié du 20 e siècle, à Monte Carlo, où sa patronne séjourne pour quelques jours. Elles y font connaissance de Maxim  de Winter, riche propriétaire du domaine de Manderley situé à l’ouest de l’Angleterre au bord de la mer.

Il a 42 ans, a perdu sa femme récemment qui s’est noyée son voilier ayant coulé. Il est morose, mais très vite, il se plaît dans la compagnie de ??? : On ne saura pas le prénom de l’héroïne ; elle parle à la première personne, et son nom n’est jamais mentionné : tour à tour, c’est «  vous ; mademoiselle, Madame, madame de Winter, la nouvelle Madame de Winter, ma chère, ma chère petite, ma chérie, mon enfant… »

On peut dire que le prénom de la sinistre Rebecca, ne lui aura pas permis d’officialiser le sien, même pour le lecteur !

La jeune fille trouve à Maxim de Winter quelque chose de médiéval ; elle en tombe amoureuse : il est riche,  gentil avec elle, encore très avenant pour son âge. Le mariage proposé apparaît comme un conte de fée.

Cependant, arrivés à Manderley, le nouvelle Mme de Winter, doit affronter la gouvernante Mme Danvers, qui vit dans le culte de Rebecca disparue, vient se recueillir dans son ancienne chambre gardée en l’état. En effet, Rebecca c’était l’œuvre de Mme Danvers qui l’a élevée, et lui a permis d’être ce qu’elle était. Rebecca, dressée par elle, lui permettait, par procuration, d’assouvir une vengeance personnelle contre les maîtres, spécialement les hommes. Et bien sûr, Mme Danvers adorait Rebecca, sa créature.

Tout cela la nouvelle venue ne le saisit que partiellement. Elle sait devoir se méfier de la domestique, mais n’y parvient pas. Maxim revenu à Manderley, reste triste et préoccupé. Il aime toujours Rebecca et en pense qu’à elle, se dit la jeune épousée. Elle ne comprend pas bien la situation, et nul ne vient l’éclairer. Puis, elle se sent inutile, inférieure à la précédente femme, qu’elle imagine parée de toutes les qualités. N’ayant pas l’habitude d’être servie, elle ne sait quoi dire aux domestiques, et fait semblant de s’occuper. Autrefois, elle dessinait, mais ici on lui dit «  c’est un joli petit talent que vous avez là », cependant ce n’est pas le genre de discipline à laquelle s’adonnent les femmes de son rang. Les propriétaires du coin chassent, font de l’équitation, du golf, les femmes ont de belles toilettes. On s’adonne aussi à la voile. Justement en se promenant avec le chien vers la mer, la jeune femme trouve une maisonnette dans laquelle Rebecca avait coutume de séjourner, et de se reposer de ses virées en mer. Pas seule, d’après ce que lui dit Ben, un brave homme retardé mental, mais observateur.

 

Le roman est assez pénible à suivre, surtout les pensées et imaginations de l’héroïne, ennuyeuses à souhait. Je les ai passées.  La description des mœurs de l’aristocratie de province est assez bonne, les descriptions de la nature soignées, mais moins intéressantes que la Cornouaille de l’Auberge de la Jamaïque. L’intrigue est menée avec beaucoup de lenteur. Pour ce qui est des personnages, Miss Danvers domine la distribution. Le portrait qui est fait de Rebecca est tout de même assez conventionnel, on l’espérait plus développé. Les autres personnages sont aussi très convenus.

L’auteur, c’est dommage,  n’a pas décrit l’incendie dont Hitchcock fit un morceau de bravoure…le Maître avait su également nous dispenser des états d’âme de l’héroïne, réduits à quelques phrases mélancoliques d’une voix off au début du film. Il avait su enchaîner rapidement des développements ici trop répétitifs. Bref, le film est très supérieur à ce roman…

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 10:59

le dîner.2 hermpan koch

 

 

 

Belfond, 332 pages. Néerlandais. Traduction : 2010, d’Isabelle Rosselin.

 

Paul Lohman narrateur de ce récit, et son épouse, sont invités par le frère aîné Serge, dans un restaurant chic d’Amsterdam,  genre le Fouquet’s. Serge fait de la politique, et espère devenir le prochain premier ministre. Mais ce soir, il a réuni  tout le monde pour parler des enfants. Michel, le fils de Paul, et ses cousins se sont rendu coupables d’un acte que la justice réprouve.

Paul déteste son frère, il doit le jalouser depuis longtemps. Il est le cadet (il s’appelle Paul ce qui veut dire : petit). « Petit » est un mot qu’il va répéter souvent au début du texte. Il est le petit frère, il est toujours passé en second, ce qu’il fait a toujours été jugé « petit ». Tout ce que fait Serge il le méprise, et le hait.

Voilà qui peut entraîner le lecteur sur une fausse piste. Paul décrit ce restaurant, où l’on fait tant de manières, où tout est si cher, où l’on sert des parts minuscules sous prétexte de gastronomie, où le serveur passe une demi-heure à expliquer comment le plat a été cuisiné et d’où viennent les ingrédients. On peut avoir l’impression que Paul est plus simple et plus honnête que son politicien de frère, tant il met d’application à ridiculiser et dénoncer les travers de cette société prétentieuse.

Et le temps passe sans qu’on parle des enfants. Peu avant de partir au restaurant, Paul a pourtant regardé des vidéos sur le portable de son fils adolescent et en a paru contrarié. On a l’impression qu’il espère que sa femme ne sait rien. Le lecteur  sent que nul ne veut aborder le sujet qui fâche.

Petit à petit, on découvre que si  Paul est contrarié, ce n’est pas parce que son fils et son neveu se sont rendus coupable d’actes répréhensibles. Bien au contraire ! Lui-même a des pulsions de violence qu’il maîtrise plus ou moins lorsqu’il pense que ça l’arrange ; un psychiatre lui a dit que c’était dans les gènes, et Paul qui n’a aucune morale s’en est trouvé satisfait.

Le récit se déroule pendant le dîner, on alterne les pensées et constatations de Paul, ses flash back sur son  propre passé, des communications téléphoniques avec son fils. Chaque chapitre comprend une étape du dîner, mais ce qui est servi au lecteur est de plus en plus… moche, et à la fin il aura peut-être envie de vomir.

 

En effet, le lecteur est de plus en plus horrifié par les propos de Paul, et les actes de certains des protagonistes, la délinquance en haut lieu, et son impunité...mais à une époque où les agissements de certains mouvements d'extrême droite en Europe inquiètent, ce livre est  important. Il va plus loin qu'une simple comédie sociale.

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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 23:07

Métailié, 2009, 208 pages.

 

Dans un pays abîmé et muselé par une dictature, une jeune femme prend le tramway, qui va la conduire  au lieu de sa convocation. Convoquée, elle l’est au moins tous les deux jours. Là ba l’attend le commandant Ablu qui valui faire subir un insupportable baisemain, s’arrangeant pour lui blesser les doitgs et les couvrir d’une sordide salive. Ensuite ce sera l’interrogatoire toujours les mêmes questions, toujours les mêmes réponses, toujours la même angoisse.

Reviendra-t-elle chez elle ce soir ? Ablu ira-t-il plus loin dans la persécution ?

 

Pendant le trajet, elle se remémore son passé ancien et récent, et observe les passagers du tramway. Des scènes minuscules prennent de l’importance, le conducteur qui mange un bretzel, une vieille dame qui s’impatiente, un homme avec un petit garçon, une femme qui mange des cerises, des hirondelles dans le ciel. La narratrice lutte jour après jour, pour ne pas s’effondrer psychologiquement, pour jouir de quelques petits agréments "son bonheur bancal". Cette résistance est sa fierté, et une raison de vivre.

 

En se  remémorant le passé, elle nous apprend pourquoi elle est ainsi convoquée. Empployée dans une usine de confection, elle a plusieurs fois glissé dans la doublure de pantalons masculins des petits messages de détresse s’adressant à l’homme qui porterait le vêtement et y laissant ses coordonnées… la narratrice a-t-elle vraiment cru qu’un italien viendrait ainsi la délivrer ? En de certaines circonstances, on jette des bouteilles à la mer.

 

Son geste découverts, elle a eu beaucoup d’ennuis, chantage sexuel de la part du chef de rayon, accusations diverses, renvoi de l’usine, pour en venir à ces convocations.

Dans ce que nous supposons être la Roumanie de Ceausescu, nombreux sont les gens qui ont tenté quelque chose d’interdit, soit pour améliorer leur existence misérable, soit pour quitter clandestinement le pays, et dans l’entourage de la narratrice, ils l’ont chèrement payé…. La jeune femme vit avec Paul, ouvrier dénoncé, renvoyé d’une usine pour avoir volé du matériel qu’il revendait. Elle se remémore Lilli son amie de toujours, une belle femme qui voulait vivre,  abattue en train de passer la frontière avec un homme. Le corps de Lilli morte, comme un tapis d'étranges coquelicots arrachés.

Les récits de son grand-père, déporté dans un camp, sur ordre d’un chef zélé« le communiste parfumé au cheval blanc », un personnage sinistre que je vous recommande. La narratrice s’est rendue ,le jour de son , que son beau-père serait cet individu,  son grand-père l'ayant reconnu à la fête…

Il y aura bien d’autres remémorations de fêtes ratées, et de moments  durs : on découvre aussi une population en proie à la malnutrition( les dictateurs affament les gens pour les affaiblir), la nourriture a beaucoup d’importance : elle a un goût affreux et si vous n’avez pas une légère nausée après tout ce que la narratrice se rappelle comme festin, vous aurez de la chance ; pourtant on est avide de ces produits avariés. Le moyen de faire autrement ? les hommes se saoulent  et ça compte beaucoup pour tenir.

On vit la dictature au jour le jour et sans fioritures, chaque scène débute avec un détail trivial, sordide parfois, ou banal, qui se révèle petit à petit recouvrir une situation particulière souvent terrible.

Cette façon de présenter les choses est originale et efficace. Elle nous fait réellement plonger dans un quotidien particulièrement horrible.

Un style vraiment personnel, et un grand livre.

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 14:09

 

Minuit, 2012 ; 155 pages.


Viviane et son mari se séparent. Julien a fui « l’horreur conjugale » et sort avec une jeunesse. Viviane et lui n’étaient mariés que depuis trois ans, et ont dépassé la quarantaine. Que s’est-il passé ? Viviane a eu un enfants sur le tard, elle ne croyait plus à la conjoncture mari-enfant la concernant, elle planait tellement qu’elle n’a pas bien évalué le potentiel de son conjoint.

Maintenant la voilà seule avec  l’enfant le bébé, ou « la petite », douze semaines.


Douze semaines ? Pourquoi pas trois mois ? On dit « une grossesse de x semaines », surtout dans le langage médical, mais dès que l’enfant est né et a dépassé un mois de vie, c’est rare que l’on compte en semaines.


Le narrateur parle à la deuxième personne du pluriel : Vous. Vous êtes Viviane … c’est dur d’être Viviane quand on vous le commande si expressément. Par chance, cet artifice qui pourrait vous bloquer, ne vous dérange pas trop. La narration fluide et alerte, vous y aide.


La situation aussi : Julien est un vrai salaud, vous n’avez aucune  peine à le haïr ; vous voulez bien reprendre le jeu de couteaux, cadeau de mariage auquel il n’a pas touché, et vous ressentez le malaise de Julia, pardon Elisabeth, non  Viviane, au moment de quitter ce qu’elle avait cru un foyer conjugal. Vous non elle, enfonce la touche »Psy » sur son portable. Vous n’auriez pas eu de mention « Psy » sur votre portable, mais simplement le nom du praticien. Non seulement c’est un « psy » mais en plus, on lui dit «  docteur », il prescrit des médicaments, et malgré tout cela il voudrait vous psychanalyser. On ne peut pas tout faire !

Donc, Viviane a tué cet imposteur. Crime de sang. C’est aller un peu loin mais « il n’a jamais vu en vous qu’une bourgeoise, une pâle carriériste, une névrosée de base qu’on domestique à coups de pilules blanches ou bleues ». La jeune femme ne lui a jamais fait aucune impression, c’est une patiente lambda, il est comme son Julien , et elle le tue à la place de son mari…

Comme dans l’Assassin à la pomme, il y a donc crime, et enquête, et cette intrigue on la vit rapidement comme  le prétexte à dérouler des phrases. Le fond semble se séparer  de la forme, si vous voulez.

Le criminel en herbe fait des choses de plus en plus bizarres, et  on ne voit pas très bien à quoi cela rime. La narration est élégante, aussi, les déambulations dans Paris précises, rigoureuses, bien balisées. Rue du Pot de Fer, du Roi de Sicile, rue de la Clef, Vocabulaire parfois original : « Oui, Jean-Paul, stridules-tu d’un air homicide » ( le patron aussi, elle voudrait bien le tuer). Viviane est aussi un peu jalouse de cette rouquine enceinte qu'elle suit et entreprend de faire parler.

A la fin Mme Hermant, Viviane, oui au fait quand s’appelle-t-elle Fauville ? , j’ai oublié … n’est guère plus avancée qu’au début.

Ce que j'ai ressenti moi, tout de même, c'est qu'elle voudrait  bien tuer plein de gens. Elle a la haine, c'est cela le message, il est tout simple, et  vous le comprenez.

Et la petite a peut-être bien treize semaines,maintenant, avec un peu de chance, ou douze et demie ?

 

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 23:01

  lassassin à la pomme verte

Editions Serge Safran, 2012 , 180 pages.


Un premier roman. Le premier roman surtout s’il se montre vers le mois de septembre, est un genre en soi. Un objet particulier, en voie de disparition.

En exergue du roman un passage de La Vie de Marianne qui trace le portrait d’une femme qui s’occupe principalement à plaire.

 

Rien à voir avec le roman lui-même...

 

Il s’agit du séjour d’une semaine dans un hôtel parisien « le Paradise » et l’on suit plusieurs personnes qui y séjournent : Sébastien le réceptionniste ; Craig le professeur de français venu des Etats Unis pour faire des recherches à la TGB. Elena venue d’Italie présenter des vêtements de mode pour le compte d’une maison de couture. Un autre italien qui porte un nom s’apparentant à Paparazzi, une femme de chambre, Amélie, et d'autres gens apparaissant plus tard.

 

Le nommé Paparzzi fait sensation en annonçant qu’il est polygame et a généreusement fécondé ses épouses. Craig est jaloux et il semble espérer une aventure avec Elena ; celle-ci est polie et aimable, et ne sait pas ce qu’elle pense de tout cela.

 

Le réceptionniste est un observateur assidu  des allée et venues de l'hôtel, e s'amuse à interpréter les comportements des clients.

 

Bientôt l’Italien polygame va être retrouvé mort par Amélie, la femme de chambre. On conclut au crime et l’on recherche l’assassin. Selon Sébastien, l’assassin est aussi discret que le personnage au chapeau melon de Magritte dissimulé derrière sa pomme verte.

Beaucoup  de personnages de Magritte ont le visage dissimulé par quelque chose. Moi j'ai une préférence pour la colombe, en fait. A propos de ce tableau Magritte disait « Chaque chose que nous voyons en cache une autre, nous désirons toujours voir ce qui est caché par ce que nous voyons. Il y a un intérêt pour ce qui est caché et que le visible ne nous montre pas. Cet intérêt peut prendre la forme d'un sentiment assez intense, une sorte de combat dirais-je, entre le visible caché et le visible apparent. » . Assurément le réceptionniste est curieux et réussit parfois à créer une ambiance de mystère, concernant sa propre vie, en tout cas.

C’est un récit à plusieurs voix. Chacun des personnages s’exprime de façon distinguée ( comme chez Marivaux ???). Il y a quelques expressions heureuses. Je ne me suis pas vraiment intéressée  aux personnages, Sébastien excepté, ni à l’intrigue, qui tourne vite au grand n’importe quoi !  Si le réceptionniste avait été seul à parler le roman aurait eu plus de force. Le rajout de personnages supplémentaires (surtout au milieu et à la fin) est une erreur. J’ai failli m’intéresser à Elena lorsqu’elle annonce qu’elle a perdu son emploi…c'est dire si l'intrigue principale m'a laissée froide.

Avec certains romans (les premiers comme les autres) on ne comprend pas très bien où l'auteur veut en venir...

 

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 21:08

le sermon sur la chute de Rome

 

 

 

Actes sud, 2012, 202 pages.

 


En dépit de ce titre austère, je ne pensais pas qu’Actes-sud faisait dans la littérature de prédication, et ce titre devait  à mon sens, être humoristique ou lu au second degré.

 C’est un roman d’éducation bien classique qui se joue là. Deux jeunes gens Corses, l’un Libéro, né et élevé en ce pays, l’autre Matthieu, dont ce sont les origines, et qui n’y passe que des vacances, sont amis et suivent un cursus universitaire de philosophie à Paris.

Pendant ce temps Marcel, un homme âgé, le grand –père de Matthieu, se penche sur son triste passé. Dernier enfant d’un couple déjà bien pourvu, né d’un père revenu mal en point de la Grande Guerre,  il a toujours souffert de malchance, d’ulcère, de mélancolie, ainsi que de deuils successifs.

Les deux jeunes gens abandonnent la philo après leurs masters. Matthieu a travaillé sur Leibniz et Libero sur Augustin.  Ils décident de reprendre le bar de Marie-Angèle, dans le petit village Corse que connaît bien Libero. Ce bar n’arrive pas à être correctement géré depuis que la fidèle servante l’a quitté une nuit sans explication.

Avoir envie de tenir  un bar peut semble curieux, lorsque l’on a suivi un cursus de philo. Cependant, ce n’est pas rare de voir des étudiants de philo désabusés s’orienter vers des destins particuliers. Matthieu suit les préceptes de Leibniz «  tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » il n’en retient que l’aspect «  cliché ». Libero, lui, est avide d’agir, d’avoir affaire à la matière concrète, à la vie.

Les deux amis doivent gérer une équipe disparate : un guitariste vantard et obscène qui anime les soirées musique, une serveuse en chef, qui a l’habitude se prostituer, d’autres serveuses qui attirent les clients mais ne tardent pas à poser des problèmes, des habitués qui viennent se saouler et chercher des filles. Sans compter d’autres personnages qui compliquent tout… notamment Marcel qui a permis à Matthieu d’ouvrir le bar, juste par malignité, semble-t-il.

On sait dès l’entrée que cela va mal se terminer. Que ce modeste établissement de boissons est promis à la déchéance «  au pillage et au sang ». Sauf pour Aurélie la sœur, partie faire des fouilles à Annaba l’ancienne Hippone, pour y retrouver des vestiges de la cathédrale d’Augustin.

Le sermon sert d’ouverture à la plupart des chapitres. «  Ce que L’homme fait, l’homme le détruit » ; «  car dieu a fait pour toi un monde périssable et tu es toi-même promis à la mort» ; « où ira-tu en dehors du monde ? » Dit à voix haute par Bossuet ça  aurait  sûrement de l’allure, et même par Augustin pourquoi pas ? Ici cela tombe un peu à plat.


Comparer la faillite tragique du bar avec la chute de Rome, ne donne pas, à mes yeux, de grandeur ni de signification supplémentaire à l’issue malheureuse de l’entreprise des deux jeunes gens trop idéalistes.Au contraire, cela gâche l'affaire!  les personnages vont nous paraître vite stéréotypés : Matthieu est trop candide, Aurélie est trop parfaite, Colonna trop méchant, Virgile trop fruste... tout le monde est trop quelque chose...


Pour apaiser ses amis chrétiens Augustin leur dit que la chute de Rome n’est pas la fin du monde. Puis que c’était prévisible, car dieu bâtit sur du sable… !

Pas nécessaire d’en passer par Dieu. Valéry disait au sortir de la Grande Guerre « Nous autres civilisations, savons maintenant que nous sommes  mortelles… nous sentons qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie» et autres considérations guère différentes de celles d’Augustin. Sauf qu’il nous fait grâce du jugement dernier et de la miséricorde divine.

A part le sermon d’Augustin, le récit est construit de façon classique. Une narration vigoureuse, des descriptions soignées, des dialogues crus pour animer les personnages.

Rien d’original. Rien de neuf. Ce roman est bien écrit, mais il sent la démonstration.

Ce récit s'inscrit dans une problématique de recherche du salut, où pénitence, péché et chute de l'homme jouent un rôle non négligeable.

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 22:12

les-lisieres,M91793

 

 

 

Flammarion, 2012, 454 pages

Paul Steiner quarante ans , écrivain, résidant en Bretagne, face à la mer, séparé de sa femme Sarah, temporairement espère-t-il, Porté sur la bouteille, atteint de temps  à autre d’une Maladie que l’on identifie comme un genre de dépression.

Son frère François, vétérinaire dans la région parisienne, lui enjoint de venir voir ses parents à V. dans la banlieue sud, car leur mère vient d’être hospitalisée suite à une fracture du col du fémur.

Paul ne va presque jamais dans cette banlieue où il a passé ses enfance et adolescence.  Depuis cette époque, il a fait du chemin. Il ne renie pas le milieu modeste dont il est issu, et dont il a souvent parlé dans ses livres, mais ne sait comment s’adresser à son père et à son frère,  et redoute de rencontrer ses anciens amis de là-bas. Là-bas, c’est la cité ouvrière, puis les petits pavillons un peu plus vivables, mais une ville fantôme rien qui ressemble à un lieu  où l’on vit vraiment.

Paul a changé de milieu social, mais il ne se sent bien nulle part, ni chez les intellectuels, ni chez les ouvriers, ni dans la petite bourgeoisie… d’ailleurs adolescent déjà, il préférait le cinéma de minuit aux virées entre copains pour voir des « blockbusters » , la littérature au journal l’Equipe, écoutait ses musiques préférées en cachette de tout le monde… en dépit de ses différences, il était et est toujours avide de contacts humains…

le paradis pour lui, c’est une plage bretonne par grand vent, et la ville de Kyôto au Japon. Justement, au Japon, c’est la catastrophe :la centrale nucléaire de Fukushima est fort mal en point.

Pendant quelques temps, Paul va toutefois affronter son passé, ses père et frère, tendance droite décomplexée, ses anciens camarades, aux prises avec le chômage,  la précarité sociale sous toutes ses formes, la pauvreté quelquefois. Tous lui en veulent : ce dont il parle dans ses livres, il ne le vit pas vraiment, lui c’est un planqué derrière son ordinateur dans sa belle maison. Pour son frère et son père, c’est encore pire : à leur yeux, écrire des livres et en parler ne revient qu’à faire le malin… Paul a toujours été irresponsable, c’est bien connu !

Du côté des femmes, d’autres problèmes l’attendent : un secret de famille que sa mère lui dévoile, son ex-amie de lycée Sophie qui semble vouloir lui tomber dans les bras après vingt ans de silence ! Paul ne se méfie pas et tombe dans plusieurs pièges.


Voilà un roman foisonnant à plusieurs entrées : le meilleur est la description sans fard des situations de ses anciens amis restés en banlieue se débattant dans des situations difficiles. Intéressant aussi est le malaise des retrouvailles avec les amis rencontrés, les difficultés de contact bien rendues. Les descriptions de la nature sont bonnes aussi, en particulier la Bretagne, les Côte d’Armor, plus précisément. Le moins bon c’est une certaine complaisance dans le malheur que Paul étale à l’envi, des longueurs lorsqu’il veut fustiger l’attitude de certaines personnes,  exagérant parfois le trait jusqu’à la caricature. Les récits  concernant sa femme et son amie érotomane sont un peu trop romanesques.

A sa place je ne me comparerais pas à Annie Ernaux : car leurs écritures sont complètement différentes. Adam recherche l’amplitude, le souffle, le lyrisme ( et les trouve parfois) tandis qu’Annie Ernaux recherche la sobriété.

On ne peut nier cependant qu’Olivier Adam écrive bien mieux que dans le précédent livre que j’ai lu de lui (Falaise).

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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 17:05

Le ciel de Bay city

 

 

Sabine Wespieser, 294 pages.

La narratrice Amy vit dans un petit pavillon de la grande banlieue de Chicago avec sa mère, sa tante Babette, son oncle brésilien, et son cousin Victor. Il apparaît aussi dans l’histoire un petit frère qui vient vivre avec eux. Sa mère et sa tante ont vécu à Paris où très jeunes, elles ont échappé aux camps d’extermination. Tous les autres membres de la famille y ont péri. Les deux femmes ont émigré aux USA, et ce sont installées à Bay City, petite ville sans caractère. La maison est en tôle, elle a été construite en peu de temps, semble fragile et artificielle, comme tout le quartier.  Les deux femmes, en plus d’être déracinées, et orphelines, se sont trouvées déclassées par rapport à leur niveau de vie d’enfants dont la tante Babette se souvient très bien. Babette a épousé un catholique latino (l’oncle, bienveillant avec Amy) et tient à pratiquer cette religion.

Amy est désespérée depuis toujours. Née avec un problème respiratoire, elle a survécu, et à 18 ans, pourrait être presque comme toutes les jeunes filles de son âge. Sauf que … non désirée par sa mère, et connaissant peu son père qui ne fait rien pour elle, Amy vit très mal. Elle est hantée par les souvenirs des camps de la mort qu’elle n’a pas connus, mais dont elle se sent dépositaire : Du corps de mes parents, de mes oncles de mes tantes, nous continuons à respirer les restes, poussés par les grands vents, lui dit sa tante Babette. Sa tante connaît le passé, et ne le dissimule pas. Mais curieusement, Amy déteste sa tante autant que sa mère....

   Amy  rejette tout et tout le monde. Y compris certains morts : sa sœur aînée Angie, mort-née qui repose au cimetière.

Le jour de ses dix-huit ans à Bay City, la maison a brûlé et tous les habitants avec, sauf Amy. Elle s’accuse de l’incendie et de l’avoir prémédité, mais on ne sait si on doit la croire.


En effet, sa vie, qu’elle nous relate, se lit en chapitres alternés : tantôt la vie à Bay City dite avec un réalisme cru et  haineux, son enfance et les jours juste avant l’incendie ; tantôt l’existence d’Amy après cet événement, complètement délirante. A mesure que la narration de sa vie "avant" s’approche du jour fatidique, le délire s’installe ; Amy vit avec les fantômes de ses grands-parents déportés, qui l’auraient aidée à mettre le feu. Elle se drogue copieusement…

La malédiction poursuit la narratrice : en faisant brûler tout le monde, elle recrée la déportation, perpétue non seulement le souvenir mais le désespoir et l’inhumanité de cette période, mais ne se débarrasse pas des fantômes qui la hantent, ni ne se venge des rescapées oublieuse de leur judéité (Ma mère et ma tante ont fait d’elles et de nous, avant même notre naissance, des rescapées du désastre)

Après, elle a passé du temps dans une unité psychiatrique, prétend avoir été en Inde, y avoir eu une fille Heaven, et une existence vouée à diverses quêtes, (dont celle du Nirvana, rien que ça !!!)… avoir été pilote de ligne, et bien d’autres choses…

Cependant, à la fin du récit, dans la maison qu’elle habite avec sa fille, les morts reparaissent,  et  les repères spatio-temporels sont vite brouillés. La réalité, on ne sait où elle commence, où elle finit…

Le récit repose sur l’absence de Dieu, le désir de croire en quelque chose. Le ciel est mauve des fumées de cheminées, ou rouge du soleil qui se couche, parfois violet, et aussi souvent « vide » comme celui de Baudelaire.

Le ciel n’est pas les cieux,  mais c’est ainsi pour tout le monde. Le ciel est l'affaire des humains, et les cieux, c'est pour dieu les anges et cie avec lesquels il faut garder ses distances.


L'auteur a fait le choix d'une écriture très primaire, faite pour provoquer des réactions vives. Ce lyrisme violent et désespéré ne me touche pas vraiment.

Elle écrit à ciel ouvert, voulant tout dire sans rien suggérer. Souvent avec une provocation très adolescente( elle fait ingurgiter son sang menstruel à ses petis amis, évidemment très nombreux, notre désespérée est une tombeuse, et Dieu comme ils aiment ça...) d'autres fois avec une curieuse naïveté sentimentale«  Je veux mourir sans arrière-pensée. M’offrir au Gange lascivement et laisser mes cendres balayer amoureusement sa surface. Qui sait ce que mes restes poussiéreux pourront alors caresser ».

Des phrases comme celles-là me font sourire ! Je les aurais prises au sérieux si j’avais eu dix-huit, vingt ans.

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 19:00

le monde à l'endroit

 

 

Seuil, 2012.

The World Made Straight, 2006.

 

En Caroline du nord, l’année 1962-63. Dans les environs d’Asheville, le comté de Madison.


Travis Shelton 17 ans, a quitté l’école. Il aide son père à s'occuper d'une plantation de tabac. Le vieux n’est jamais content, considère son garçon comme un bon à rien, et le bat volontiers. Travis est parti pêcher des truites pour les vendre, et se faire un peu d’argent de poche. Il tombe sur un champ où l’on cultive la marijuana. Après en avoir cueilli pas mal, il se met en contact avec Shank son ami pour les revendre. Shank l’amène chez Leonard Shuler. Leonard a l’âge d’être son père ; il vit dans un mobile home avec une femme toxicomane, deux chiens de chasse pas méchants du tout, des étagères pleines de livres, des disques de classique et country, et une belle Winchester.

  Renvoyé du collège où il enseignait l’histoire, Leonard est devenu dealer après avoir fait des tas de petits métiers. 

Lorsque Travis l’imprudent se fait coincer par les propriétaires du champ  de cannabis, Carlton Toomey et son fils, il  se réfugie chez Leonard, et se met à étudier et à lire, en vue de changer de vie. Une vie pas facile, les Toomey sont menaçants, le père de Travis le rejette, sa petite amie ne veut rien lui céder. Leonard voudrait qu’il réussisse là où il a échoué. Travis n’aime pas qu’on lui dicte sa conduite.

Une tragédie datant de la guerre de Sécession va symboliser l'antagonisme de Travis et Leonard. Leurs ancêtres n’étaient pas du même côté, et le massacre de Laurel Shelton pèse sur leur relation. Ils font des pèlerinages au lieu du massacre : Laurel Shelton est de ces lieux « qui te paraissent plus vrais que toi, donc, c’est qu’ils sont hantés ».

Travis s’est épris de David Shelton l’un de ses ancêtres, massacré là-bas à l’âge de douze ans.

Leonard affectionne son trisaïeul le docteur Candler, dont il possède le journal de bord ; le docteur Candler bon médecin et fin lettré, jeté dans cette guerre, fut-il coupable ? Et Leonard  qu’a-t-il été faire dans cette galère ?

Comment Travis le rebelle peut-il envisager son avenir ?

 


Un beau roman d’apprentissage, une langue  travaillée, poétique et abrupte, qui nous fait aimer cette terre montagneuse au climat rude et ses personnages tourmentés.

 

A écouter

 

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 23:54

Au nom du frère  

Seuil, 2002.

Le narrateur se présente come faisant son ultime rapport sous la forme d’un journal.

Paul, son frère, vient de mourir ( octobre 1984), on peut calculer l’année, mais elle n’est pas donnée. Il avait 43 ans, le rapporteur 44 et demi. Ils avaient toujours vécu ensemble. Paul a succombé au sida ( non nommé, facilement identifiable). Il était homosexuel, c’est également dit entre les lignes.

Jean, le frère aîné, avait décidé dans les années 60 de se mettre «  au service » de son frère.  On est frappé par cette expression…

Paul s’est enfermé au sous-sol de la maison familiale, pour écrire. Il avait alors vingt ans.  Jean, qui travaillait comme conseiller dans une entreprise, avait l’occasion de voir beaucoup de monde. Son travail consistait à s’occuper des employés , à les écouter exprimer leurs doléances. Ingénieur en ergonomie, en quelque sorte. Ous les soirs, il descendait raconter sa journée à Paul, ce qu’il avait appris de neuf sur les gens côtoyés. Ces précisions fournissaient à Paul une substance qu’il mettait en forme. En apparence Paul vit dans de bonnes conditions pour réaliser son rêve d’écriture ( que l’on appelle en famille sa « marotte »). Nul souci domestique,  solitude assurée, pas d’obligation de gagner sa vie. Une grande pièce pour lui tout seul.

Moralement, c’est très difficile à vivre. L’existence de Paul est seulement tolérée par la famille. Le père, médecin qu’on appelle « Grant », a longtemps insisté pour qu’il travaille. Léa, la belle-mère des jeunes gens ne dit rien et n’en pense pas moins. Jean, quant à lui, ai de son frère, comme onl’a dit, mais reconnaît que ce n’est pas sans ambiguïté de sentiments («  Je suis le gardien de mon frère »).

Paul est dépendant de ces trois personnes qui l’acceptent lui, son écriture, et son homosexualité, tout en le condamnant.

Le titre de la première partie «  Mort d’un hibou » ne laisse guère de doute sur les vrais sentiments de Jean, même s’il tente de les celer. Il écrit «  je n’ai pas eu le choix ».

Paul publiera un livre «  Le Seul moment » et ne parviendra plus à écrire. Alors, il écrira sur l’écriture, et l’impossibilité d’écrire. Déjà très dépendant de sa famille, couvé comme un enfant, il tombe malade et régresse trois ou quatre ans jusqu’à sa mort.

Pendant cette période, Jean commence à écrire. Il rédige son « rapport sur Paul », sur leur enfance, parents, amis, etc.… Nous découvrons, outre le « cas » (Paul), une famille fermée sur elle-même, dont Paul est le symptôme douloureux. Dans cette famille, on ne quitte la maison que pour mourir… le père mort, Léa vit avec Jean, espérant qu’il prendra la suite du père. Tous deux ont des liaisons sans importance pour passer le temps.

Dans la deuxième partie du récit « L’Eclaircie », son journal, Léa et lui se dissimulent de moins en moins que la disparition de Paul est un bienfait pour eux. Jean va rejoindre Léa en Egypte où elle est partie… mais il ne sort pas de la famille…

Un roman  qui ressemble à  Mauriac….

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