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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 23:33

sieclelumiereFolio, 1990.

1ere publication en 1962.

 

 

Ce titre qui désigne le 18eme siècle européen gouverné par la raison, est ironique ; on ne verra que des lumières s’obscurcissant.

C’est le seul roman historique de Carpentier qui veut montrer les effets de la Révolution française importée  dans les Caraïbes.

L’action débute en1789, et s’achève à l’insurrection des espagnols contre Napoléon en 1808.

Un action très riche en péripéties de toutes sortes, qui vous emmène de Cuba à La Guadeloupe, de Paris à Bayonne, de Pointe-Pitre à Parimambos, de la Havane à Madrid, en passant par la bagne de Cayenne, et j’en oublie…

Le roman débute par un prélude non daté mais que l’on pourra aisément resituer à la lecture du livre. Ce texte consiste en rêveries sombres d’un narrateur désenchanté, sur un navire, la nuit, à propos de « la Machine » instrument qu’on reconnaître aisément ( mais qui est aussi métaphore de l’Histoire ).

 

Ensuite, nous  sommes à la Havane, vers 1789. Trois adolescents, Sofia,  Juan  et Esteban viennent d’enterrer le père des deux premiers et oncle du troisième.  Ils vont vivre un temps dans la grande maison familiale, seuls, dans un hui-clos. Les domestiques s’occupent d’eux et du commerce des grains que l’adulte a laissé en plan. Vie trépidante, pleine de rêveries, de lectures  et d’expériences enivrantes, de théâtre et carnaval improvisé.  Le paradis prend fin avec l’arrivée de Victor Hugues commerçant à Port au Prince, qui s’installe chez eux en père et grand frère en même temps.  Victor Hugues leur plaît car il ressemble à un aventurier. Il se met à gérer leurs affaires, une bonne chose, car ces jeunes rêveurs se laissaient ruiner sans le savoir. 

Les jeunes gens s’ouvrent à une vie sociale, gagnent une sorte de maturité.  Sofia délaisse son cousin pour l’homme fait,pas vraiment contente mais fascinée tout de même. Les adolescents érpoouvent des sentiments ambigus pour Victor, mais dans l’ensemble, une admiration éperdue domine.

Le but de Victor Hugues,  qui est de les gagner à la cause révolutionnaire qu’il est décidé à importer dans les Antilles, semble gagné. Le quatuor quitte la Havane pour Santiago, par les voies navigables. Esteban est fasciné par l’aspect fantastique du  réel végétal, de la nature luxuriante, presque autant que par l’action sociale…

 

C’est pour moi une relecture que ce Siècle des Lumières, et je le trouve toujours aussi réussi. Roman complexe et ambitieux qui traite plusieurs sujets, l’engagement politique de l’artiste , les événements de la Révolution française et leur impacts aux Caraïbes ( comment faire pour que la Révolution soit  plus qu’une fête ou un mythe, comment faire pour que la pouvoir  n’avilissent pas ceux qui s’en emparent ?) , la formation des jeunes gens ( Esteban et Sofia) leurs évolutions, espoirs, déceptions , mûrissements, régressions ; des descriptions magnifiques, de la nature  ( c’est là qu’on se met à l’aimer), des mouvements de foule, des mouvements d’âme ; la transformation réussie de Victor Hugues, qui a réellement existé, en un personnage de fiction, sans compter des histoires d’amour pas du tout mièvres et très bien rendues. Dans l’ensemble, une écriture superbe.

 

 


 

Lu dans le cadre du" mois cubain" organisé par Cryssilda et Lamalie

  Le mois cubain

 

 

 

Alejo Carpentier ( 1904-1980)


De père français et de mère russe, Alejo Carpentier n’en passa pas moins son enfance à La Havane, et les Caraïbes sont sa vraie patrie. Cependant, il émigre à Paris et découvre la culture européenne, en particulier le mouvement surréaliste , auquel il collabore, et qui enchante sa jeunesse. Les quelques années qu’il passe à  Cuba, dans les années 20, en tant que  journaliste, il les vivra  dans les prisons du dictateur Machado. Ses séjours à Cuba le mèneront fréquemment à l’exil, jusqu’en 1959, où il devient ministre des affaires culturelles sous Fidel Castro. Cependant, plusieurs de ses romans dénoncent la tyrannie (comme celui que je viens de chroniquer) et c’est souvent à Paris qu’il les écrit.

Carpentier est aussi un musicologue émérite qui écrivit un ouvrage sur la musique cubaine et un roman ( Concert Baroque) se déroulant à Venise au 18eme siècle.

Il obtient le prix Médicis étranger en 1979, pour « la Harpe et l’ombre » un roman qui se situe aussi à l’intersection du Nouveau Monde et de l’Ancien. Car le héros en est Christophe Colomb, reconstitution et interrogation sur cette figure historique. Je lirai probablement celui-là d’ici la fin juin.  

On lui a célébré des funérailles nationales à Cuba en 1980, en dépit de ses critiques contre les régimes de dictature latinos, particulièrement évidentes dans son roman, le Recours de la méthode...

Sources : Encyclopédie Universalis, édition 2007.


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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 09:18

41ZYgZDp3HL. SL500 AA300LP, 348 p. 2010

Edition originale 2006 Vienne.

 

Un roman épistolaire par mails. C'est  mon premier

 

Emmi Rothner écrit au magazine Like pour résilier un abonnement. Elle se trompe et envoie son mail à Leike . Leike (Léo) est un particulier.  Comme elle persiste à se tromper, Léo et elle finissent par s’écrire, et faire connaissance. L’un et l’autre aimeraient avoir une aventure sentimentale, mais Emmi n’est pas libre. Mariée et « heureuse », elle n’est pas moins acharnée que Léo à poursuivre le flirt qu’ils ont commencé sur le mode ironique, flirt qui tourne au marivaudage.  En effet, ils  se donnent rendez-vous dans un café sans se dire à quoi ils ressemblent, et doivent chercher à deviner qui est l’autre… bientôt ils mettent à contribution des  amis et parents de leurs âges pour entrer dans leur jeu. 

Le jeu se révèle moins drôle qu’il n’y paraît. Le lecteur se lasse au bout d’une centaine de pages de leurs atermoiements ; il n’a plus envie de savoir s’ils vont vraiment se rencontrer ou non! pourtant j’ai continué ma lecture jusqu’à la dernière page, mais plus ou moins en diagonale.

Emmi et Leo sont censés être des gens cultivés ( elle est musicienne, et lui professeur de sciences du langage)mais leurs échanges  sont assez plats ; Ils se lisent comme   on regarde  un match de tennis de table entre deux partenaires de même force, moyennement doués. Si j’ai parfois souri aux  échanges sarcastiques de leur correspondance, apprécié la vivacité des répliques, j’ai détesté les  déclarations d’amour, de Leo en particulier, fort  ennuyeuses.

Je n’ai pas très bien compris où cela se passe. L’ennuyeux avec les mails, c’est que l’on ne sait pas très bien où vivent les gens, en dehors de leurs écrans.  Le grand café Huber où ils se sont aperçus sans se reconnaître, puisque tel était le jeu, ne permet pas de situer l’action. Il y a des cafés Huber un peu partout dans les villes autrichiennes.  On sait où ils partent en vacances, pas où ils vivent tous les jours. Et pourquoi voudrais-je savoir où ils vivent ? Ben, dans la plupart des romans que je lis, on habite dans un endroit précis, même s’il n’est pas nommé, même s'il est farfelu ... Ici, cela manque d’ancrage descriptif.

 

Je dois être l’une des dernières de toute la blogogirlbooksphère à lire cet ouvrage !

 

Celles qui ont aimé le livre ( et ont lu la suite assez souvent) 

Cuné

 Keisha

Fashion

Dasola

Mango

Karine

 

 

Celles qui se sont un peu ennuyées :

Aifelle

Chiffonnette

 

Ceux qui globalement n’ont pas aimé, en dépit de quelques points positifs ( à part moi)?

 

A franchement détesté

Anne-Sophie

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 20:30

laverandaaveugleblog

Actes-sud Babel,1987 ( 1ere  publication en 1981), 286 pages.

 

Ce roman est le premier d’une trilogie s’intitulant «  le livre de Tora ».

Tora est un enfant norvégienne, vivant sur une île au climat rude, très froid l’hiver, pas chaud l’été, balayée par de fréquentes tempêtes.  Elle vit avec sa mère Ingrid et son beau-père Henrick dans une demeure délabrée «  la maison des mille » où habitent également une famille de sept enfants et un célibataire. Tous sont pauvres, vivent de la pêche, soit en mer , soit pour procéder au conditionnement. 

Ingrid a eu Tora pendant la guerre avec un soldat allemand, ce qui vaut à le fillette d’être fréquemment traitée de boche.  Mais ce n’est pas le pire.

Le livre débute par le mot « Péril »

« Le péril : elle n’aurait pu dire à quel  moment elle en avait pris conscience. Mais ça avait été longtemps après s’être installée dans la petite arrière-cuisine que sa mère lui avait attribuée pour qu’elle ait sa chambre bien à elle.  Mais une chambre à soi, c’est une pièce que l’on peut fermer à clef lorsqu’on le juge nécessaire.  Et Tora n’a pas de clef. Dès lors, tous les manquements sont permis avec ce monstre qu’est son beau-père.

Tora n’osera jamais en parler, même si le péril augmente, et même pas à sa tante Rakel, qu’elle estime davantage que sa mère, même pas à d’autres rares personnes qui se montrent bienveillantes à son égard.  Elle n’a confiance en personne. Henrik  est trop bien toléré dans le pays, et trop violent aussi.

Il est vraisemblable qu' Ingrid se refuse à son exécrable époux, raison pour laquelle il abuse de Tora. Donc cette situation arrange la mère, qui préfère ne rien voir.

Abandonnée à son terrible sort, Tora s’enferme dans l’imaginaire, a des visions  qu’elle tente de rendre  idylliques…

Le lecteur devine beaucoup de non-dits à travers l’histoire de cette fillette martyre, de ces familles dont les conditions de vie précaires sont décrites par le menu. Des vies entières de labeur exténuant, très mal payé, peu de pauses,  peu de loisirs, une nourriture frustre et rationnée, peu de chauffage, des vêtements usés que l’on retaille sans cesse pour en faire de nouveaux.

L’aspect documentaire de cette fiction, est d’un intérêt remarquable.  Le romanesque est évité. La vision du monde de Tora mi réaliste, mi surnaturelle, est parfois originale ( descriptions de moments de bonheur fugitifs ou d’horreur extrêmement longs) mais le plus souvent désespérante.

Vais-je lire les autres tomes ? Pas sûr... ces lectures sont tout de même éprouvantes, et la suite ne laisse rien présager de nouveau. Mais je suis content d'avoir lu cette auteure.

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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 12:31

Le dieu des petits riens» Indes (booker prize de1998 )

 

langue anglaise nationalité indienne

 

 

 Un drame sur plusieurs génération. Une femme trop intelligente, obligée d'épouser un alcoolique pour se sortir de sa famille qui tient une épicerie au bord du Gange.

L'alcoolique n'a pas réellement d'argent, est bête, et lui a donné deux jumeaux garçon et fille.

 

Contrainte de revenir au logis familial, elle s'ennuie et s'éprend d'un "intouchable" qui vit de l'autre côté du fleuve. Les enfants, elle les repousse un peu. Leur grand-mère les martyrise surtout verbalement.

 

Voilà le frère aîné qui arrive d'Angleterre avec son épouse, et Sophie, la petite cousine des jumeaux. Les jumeaux sont jaloux de Sophie, parce que leur mère dont la vie est une impasse jalouse son frère et sa réussite assez médiocre mais dont il se vante.

 

Les événements se précipitent: les trois enfants vont jouer sur le fleuve, le frère découvre la liaison de sa soeur...


 

 

C’est assez vivant avec des personnages justement campés, des allers-retours du passé au présent qui sont harmonieusement distribués, un effort couronné de succès pour rendre les émotions et pensées enfantines. Les meilleures pages sont celles où les jumeaux et la cousine  sont seuls ensemble.


J’ai pourtant passé de longues pages de descriptions de la jungle et du fleuve, qui se veulent esthétiques, mais sont seulement lassantes parce que trop  verbeuses.

L'arrière-plan politique et social m'a  plu. Il est réaliste et bien documenté.

Je n'ai pas trop aimé  le traitement hyper romanesque, sentimental  mal maîtrisé, de sujets tels que l'inceste entre les jumeaux et  l'histoire d'amour impossible,  entre la mère et un intouchable.L'auteur en rajoute, décrivant la vie du garçon infirme de  manière à exciter la pitié...

 

J'apprécie que l'on traite des tels sujets mais un autre ton serait souhaitable.

 

 

Pour un premier roman, c'est néanmoins très bon.


 

L'auteur, une belle femme qui se consacre à la politique,désormais. Cependant elle travaille à une nouvelle oeuvre.


arundhati-roy

 

 

 

 

 

 

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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 23:28

Viviane Hamy, 300 pages.

la ballade d'Iza

première publication en 1963.

 

En 1960, en Hongrie, petite ville de province, Etelka vient de perdre son mari Vince. Elle a 75 ans. Sa fille Iza trentenaire surbookée,  l’emmène à Budapest vivre avec elle. Elle a une belle chambre d’amis ; Etelka (désignée par  l’expression la vieille femme la plupart du temps) ne s’accoutume pas et se sent inutile. Elle s’occupait surtout de travaux domestiques, cuisine, travaux d’aiguille, entretien de sa maison. Chez Iza, elle ne peut rien faire de tout cela. Sa cuisine trop calorifique déplaît ; son café à la Turque aussi. Elle ne peut tricoter pour Iza qui n’aime que le prêt-à-porter.

Elle a peur  des objets modernes. Le frigo lui paraît une grosse bête ronronnant. La cuisinière et le toaster ne valent pas un vrai feu. Elle s’ennuie sans son mari, duquel elle était exagérément dépendante. Il décidait de tout ce qui n’était pas le travail domestique.

Iza sa fille, est heureusement tout le contraire : elle a suivi l’exemple de son père. Médecin rhumatologue très appréciée, elle n’a besoin de personne, et règle parfaitement sa vie. Elle va de liaisons en liaisons sans s’engager ( a déjà divorcé après 7ans de vie commune).

Iza ne veut pas fonder de foyer, or les hommes cherchent cela. Son ex-mari est en train de s’attacher à une infirmière ( qui avait déjà donné de la joie au père d’Iza dans ses derniers moments).

Dans le même temps, on nous relate l’existence difficile et même héroïque, de certains des personnages de l’histoire, dans une Hongrie communiste, mais criminelle envers ses ouvriers, rapide à mettre à l’écart un juge qui  ne veut pas condamner un innocent, sans cadeau pour les fils et filles de travailleurs qui mettent toute leur énergie à faire des études supérieures, sans compter les  heures périlleuses de la guerre.

Le roman conte donc les relations d’incommunicabilité entre les différents personnages tous  exceptionnels.  Magda Szabo, ainsi que je m’en étais déjà aperçue, met en scène des héros, et on se sent bien insignifiant auprès d’eux.

Etelka, la vieille femme, n’en fait pourtant pas partie…ni son sympathique lapin que vous voyez sur la première de couverture.

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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 11:29

 

chaussures italiennesLe narrateur, Fredrik Walin, a 66 ans et vit dans une île au nord de la Suède, une île qui lui a été léguée par ses grands-parents. Il y vit seul avec un chien et un chat. Son seul contact est le postier hypocondriaque Jansson qui, en hiver, pilote un hydrocoptère().

Douze ans auparavant, Fredrik, chirurgien, a fait une faute professionnelle énorme, le genre de bêtise que ferait un chirurgien saoul ( ce qu’il n’était pas…). Depuis, il robinsonne, et,  tous les matins creuse un trou dans la glace et s’y plonge, dans un but d’expiation ou d’impossible régénérescence???

Un jour il voit arriver Harriett, une femme âgée et malade, avec qui il a eu une liaison  quarante ans plus tôt. La femme est vraiment très mal en point elle se déplace à l’aide d’un déambulateur sur la glace (ils sont incroyables ces suédois…). Elle se souvient toujours de lui, et l’aime encore. Tu parles d’une chance !

Elle l’entraîne vers un petit lac où il avait promis de l’emmener autrefois. Un lac noir. Fredrik quitte son île ; il va aussi rencontrer sa progéniture qu’il ignorait avoir : Louise, 37 ans, une femme  fantasque : elle vit dans une caravane, n’a pas l’eau courante, mais des souliers faits exprès pour ses pieds par un cordonnier artiste et italien.  Elle a fait de la boxe, et écrit des lettres aux « grands de ce monde » pour dénoncer les exactions dont elle les juge responsables.   Elle est fan du Caravage et s’identifie à lui.  Se déplace dans tous les musées du monde pour voir ses toiles.

Un personnage fait de bric  et de broc, un ensemble de singularités  qui ne se mêlent pas en un ensemble crédible.

Ce personnage qui aurait dû me paraître original m’a fortement déplu et même inquiétée.   Fredrik  lui, est très impressionné…

 

Dans l’ensemble, je n’ai pas été convaincue par ce roman. J’y ai trouvé beaucoup de bizarreries, qui, à mes yeux ne sont ni poétiques , ni  humoristiques , ni chargées de sens,  et par suite ne sont que des invraisemblances.  La partie cohérente du livre raconte tout simplement les retrouvailles romantiques de deux êtres qui se retrouvent longtemps après avoir rompu.

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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 10:41

 «  Histoire d’enfant » Gallimard, 1980.

 

histoire d'enfantHandke a condescendu à une paternité après de longues hésitations ça ne se faisait pas dans son monde d’intellectuels éclairés de tomber  assez  bas pour se reproduire.

 

c’est une fille;  il perd tous ses amis, se sépare de sa femme, et entame une relation privilégiée avec la fillette.

Il y a  une approche mystique.

En tout cas,  les soins et activités ordinairement routinières, que l'on donne et partage avec un jeune enfant sont ici autant de rituels solennisés.  Donc, on ne s'ennuie pas !

Une narration curieuse, différée qui ne nomme personne tout en disant « je ». Expérimentation intéressante, qui renouvelle ce type de récit. 

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 10:08

L’Homme-sœur de Patrick Lapeyre. POL, 2003.

 L’auteur veut séduire par l’ironie et y parvient pendant cinquante pages. Ensuite l’ennui s’installe jusqu’à la finale 274(mais l’on persiste). Il y a un certain acharnement à multiplier les métaphores issues du langage cinématographique et de celui des contes (y compris les citations implicites) et à produire un grand nombre de mots-valises et coq à l’âne. Un peu forcé.

 

 The Murder Room » PD James.

Ce crime dans un musée nous change agréablement des soutanes et des chapelles. Pas de surprise mais toujours une vraie qualité d’écriture. L’équipe policière se renouvelle avec plein de jeunes noirs assez vifs d’esprit et de propos de sorte que Dalgliesh se fait un peu voler la vedette.  

 

Laura Kaschichke. « La Vie devant ses yeux », Christian Bourgois. Roman américain. Rappelle « Elephant »pour la tragédie au collège ; dans l’ensemble on a su créer une atmosphère onirique  angoissante voire effrayante..

 

Jonathan Coe « Bienvenue au club » (The Rotter’s Club, 2001).

 Sophie et Patrick se rencontrent en 2001 ; la mère de Sophie et le père de Patrick se sont connus à Birmingham au début des années 70, sans qu’il n’en sorte rien. Ils fréquentaient une même école privée. Sophie évoque les souvenirs de Claire, sa mère,  et des amis qui l’entouraient. Cela donne un roman de collège intelligent et satirique et un roman de mœurs.

 

Jean-Pierre Ohl. « Monsieur Dick ».

 Des variations savantes et pleines de talent sur Dickens. 

 

Nancy Huston « Professeurs de désespoir » Actes sud.

 Elle s’est beaucoup ennuyée en essayant de lire Thomas Bernhardt, Schopenhauer, Elfride Jelinek et d’autres qu’elle qualifie avec raison de nihilistes. Moi aussi, j'ai éprouvé de l'ennui à tenter de les lire. J'y ai cependant réussi (pour Bernhard).

 

Hélas, ce livre est ennuyeux lui aussi !

 

Laurent Mauvignier. Le Lien. Minuit.

 Très sensible ; ressemble à une élégie. Influence de Duras prégnante. Pour être pris, il faut être en état de grâce, ma foi cela arrive…  .

 

Dominique Desanti : Les Années passion.(Presses de la Renaissance, 1992).

Très romanesque. Quelques belles formules. Des gens qui n’ont jamais grandi. Un monde d’héroïsme très adolescent.

 

 Patrice Robin « Matthieu disparaît ».POL.

 Descriptions minutieuses de travaux manuels et industriels, d’ambiances laborieuses, de compagnons de travail..

 

Annie Saumont « Moi, les enfants, j’aime pas tellement ».

Je croyais aimer Annie Saumont plus que ça, mais….

 

 Jean-François Millet. Catalogue d’exposition. Une découverte d’un vrai peintre que l’on croyait simplement pieux et champêtre…

 

Perette Fleutiaux «  Nous sommes éternels ».

 

  Un gros roman de 800 pages acheté 3 euros à la brocante… Seulement… Nous ne sommes pas éternels ! Pas du tout ! Et c’est plutôt ça que la littérature doit montrer, attendu que les gens sont persuadés du contraire !

 

 « Dictionnaire Jeanne Ponge » éd. L’Escarbille

 Achat au salon du livre. Petit roman centré sur le personnage d’une grand-mère vieille institutrice à Nevers, qui élève sa petite fille, narratrice et personnage no2 en importance. écriture correcte, précise, sans surprise.

 

 Ecrits volés d’Anne Vernon »de Jean Perrochaud L’Escarbille.

 Un style maîtrisé dans l’exclamatif, la formule, le jeu de mots, un peu d’invention verbale. Le ton : une candeur cynique. L’intrigue les péripéties tiennent du fait divers à sensation et sont invraisemblables..

si vous écrivez bien n'envoyez pas vos manuscrits là-bas!

 

 »T’en fais pas, je vais bien » Olivier Adam. Le Dilettante, 1998.

Elle ne va pas bien du tout !

Traite le problème du «  non-dit ». On cache les maladies, et on dissimule même à Claire la mort de son frère… l’auteur avait  25 ans, courtes phrases, langage oral plutôt qu’oralisé, style « mitraillette ». On se sent un peu essoufflé

 

Dominique Mainard »Leur histoire ». Joëlle Losfeld.

 Une histoire ancrée dans l’imaginaire des contes qui ressemble à un rêve d’enfant terrorisé. Ce serait bien si ne sourdait pas l’idéologie qu’on peut tout dire avec des mots, et sans aussi. On n’aime pas non plus qu’il y ait un sauveur et qu’il se nomme Merlin.

 

Michèle Lesbre. Boléro. Sabine Wespieser.

Avec ses 135 pages, la narratrice a juste le temps de nous conter l’histoire de ses amours adolescentes entre deux garçons dont l’un sera sacrifié par la logique de l’histoire la guerre d’Algérie et ses tendances suicidaires et l’autre formera avec elle un couple difficile hanté par le fantôme du disparu. Pas un mot de trop, et juste assez de mots ; pas une fois le récit n’est rogné. Mais on a l’impression d’avoir lu cela souvent : Les ados se passaient le Boléro mille fois par jours, adoraient les Westerns et vouaient un culte aux « Misfits »… ç’aurait pu être plus surprenant.

 

 Jean-David Salinger « Le Jour rêvé pour le poisson banane : nouvelles »

 JDS n’est pas exactement l’auteur mineur que l’on croit. Il fait mieux ici que pour L’Attrape cœur… et la moitié des textes au moins montrent de la trouvaille au niveau de l’expression comme de l’intrigue et une réelle subtilité ; elles se lisent avec plaisir.

 

David Bellos. « Georges Pérec : une vie dans les mots ».Seuil, 1993.

 Bellos a traduit la Vie mode d’emploi en 1987, et réussi à faire lire Pérec en GB et aux USA. Pas si mal. Puis on s’est plaint de cette biographie faite par un étranger qui n’était pas le mieux placé pour… mais ici en France, on ne se presse pas de mieux faire !

 

 

 

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 10:08


Rue KatalinViviane Hamy, 2006, 235 pages.

1er publication 1969.

 

Les Ekeles , leur fille Iren, et leur gendre Balint, vivent à l’étroit dans un appartement du centre de Budapest, avec  la petite fille qu’Iren a eue d’un premier mariage. Nous sommes en 1968. Ils ne sont pas heureux, ne cessent de penser au passé, lorsqu’ils vivaient rue Katalin, dans des maisons avec jardin, avant la guerre. Ces maisons ne sont plus, et certaines personnes chères ont également disparu, notamment Le couple Held et leur fille Henriette, compagne de jeu d’Iren et Balint, victimes des persécutions nazies.

Blanka, la sœur d’Iren vit loin d’eux dans une île au climat tropical, dépendante d’un époux et d’une famille riches, qui la séquestrent, tout en l’entourant de sollicitude

Henriette, disparue depuis longtemps, circule au milieu d’eux, comme fantôme, sans être reconnue. Vivants et morts sont obsédés par l’existence d’autrefois, tel un paradis perdu.

Au fil des chapitres, nous prenons connaissance de ce passé, plongés dans les pensées de l’un ou l’autre des protagonistes.

Tout commence en 1934, lorsqu’Henriette et ses parents arrivent rue Katalin, où vivent déjà les Elkeles et Balint, ainsi que son père. Dans les jeux des enfants perce déjà la rivalité amoureuse : les trois fillettes sont folles de Balint. Les parents sont difficiles, la vie est loin d’être idyllique, mais ces êtres sont jeunes et pleins de passion, quoique déjà perturbés…

 

Ce récit est surtout un roman psychologique et de mœurs. Bien sûr,  les événements historiques  (seconde guerre mondiale, persécution nazie, dictature communiste) y tiennent une part non négligeable, et se mêlent de gâcher irrémédiablement la vie, déjà bien  compliquée, des personnages.

  La narration souple navigue dans les pensées des uns et des autres, dans un va-et -vient du présent au passé et d’un personnage à l’autre. La forte présence du fantôme de la jeune Henriette qui se promène parmi les vivants  et prend de plus en plus d’importance est là  pour désigner  là une vraie tragédie : les survivants à la famille Held, vont se comporter comme des morts-vivants tout le restant de leurs jours. Les connaissances qu’ils font à l’âge adulte, ils les tiendront à distance, rejetant comme peu important tout ce qui n’a  pas de lien avec la rue Katalin. Soit qu’ils aient été traumatisés par leurs deuils, soit que leurs familles aient vécu trop repliées sur elles-mêmes la constat est désespérant.

 

Il n’empêche que pour l’auteur, l’âme humaine est généralement torturée, et  le présent  alourdi par les souvenirs et les regrets.

 

 

 

 Lu dans le cadre de la semaine hongroisesemaine hongroise 7 au 13 mars

 

D'autres billets chez Schlabaya et Cryssilda.

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 22:25

   PointOmegaDonDelilloActes sud 2010, 139 pages.

 

     C'est la première fois que je lis cet auteur. Et c'est son dernier livre.

L'idée m'en est venue en lisant lecture-écriture. Don Dellilo est l'auteur du mois choisi    par Sibylline.

 

         Je lis peu d'auteurs américains ( en dehors de Paul Auster,  et de certaines romancières).De temps à autre je me met en devoir de lire un de ces grands auteurs, avec des fortunes diverses.  Je n'ai jamais réussi àm'intéresser à Philip Roth, par exemple.

 

       Le texte consiste en  une introduction et une conclusion intitulées Anonymat 1 et anonymat 2 ; au milieu, le récit proprement dit en 4 parties.

 

        Dans « Anonymat » un homme  regarde «  24 heures psycho » de Douglas Gordon,  œuvre –vidéo qui consiste à projeter le film d’Hitchcock «  Psychose » au ralenti, de telle façon qu’il dure 24 heures. Sans le son, faut-il préciser.

Cette œuvre est ce que l’on appelle de nos jours «  une installation ».

 

         Elle occupe une salle d’un grand musée de New-York. Voir l’œuvre en continu n’est pas possible, car le musée ferme tous les  soirs  à 19 heures. L’homme en question considère que cette expérience de voir le film au ralenti «  c’était comme du film pur, du temps pur. L’horreur du vieux film d’épouvante était absorbée dans le temps. Combien de temps allait-il devoir rester là combien de semaines ou de mois, avant que le temps du film n’absorbe le sien  ». On voit qu’il  aspire à une  expérience plus ou moins métaphysique, en tout cas capable de changer radicalement ses habitudes de pensée et de perception des choses.

 

Le spectateur est « privé de tout recours à l’anticipation ». La narration et l’histoire racontés dans le film disparaissent. A une époque où l'idée que l'espace et le temps puissent se confondre nous est familière, on est intéressé par  toute tentative d'approcher un tel mystère. On pense aussi aux deux formes d'appréhension du temps dans la philosophie grecque? l'aion( le temps cosmique) et le chronos( le temps linéaire). Bref,cela peut nousentraîner bien loin!

 

Imaginant moi-même ce que peut donner un ralenti d'une telle intensité, il me semble que le résultat doit être déréalisant, voire angoissant pour le spectateur. Le ralentissement tend vers la mort...

 

L’homme  réfléchit en regardant ces mouvements étirés en longueur »Moins il y avait à voir, plus il regardait intensément, et plus il voyait… C’était le but du jeu. Voir  ce qui est là regarder, enfin, et savoir qu’on regarde, sentir le temps passer, avoir conscience de ce qui se produit à l’échelle des registres les lus infimes du mouvement. »


La deuxième  partie du récit commence, alors que "l’homme" n’a pas terminé son investigation. A présent,  nous sommes dans une région désertique, un pays tropical,  près d’un bungalow de fortune. Un jeune cinéaste Jim Finley est venu interviewer Richard Elster, 73 ans, qui fut employé au ministère de la guerre pour  y déployer son savoir en géopolitique. «  Division des opérations spéciales, troisième étage du Pentagone, disait-il. Le muscle et la frime. »

 

A présent, retraité, il vit dans son bungalow, sans autres repères  temporels que ceux fournis par la nature.

 

Jim Finley est l’auteur d’un film atypique dans lequel il filmait « des extraits de films et des programmes télévisés des années 50 « représentant  « Jerry Lewis jour et nuit et jusqu’au lendemain, héroïque, tragicomique, surréel ».

Jim ne sait pas si Elster va consentir à se laisser interviewer. Il est son hôte depuis douze jours, ils parlent ,mais la négociation n’avance pas.

Puis arrive la fille du maître, Jessie, et cela lui fait une compagnie.

 

Cette partie est faite de propos apparemment décousus,  mais toujours en relation avec cette réflexion sur le temps :

la façon de le ressentir bizarrement, a chronologiquement. Jessie raconte «  qu’elle s’est engagée sur un escalator immobile et, ne parvenant pas à s’adapter, elle avait dû fournir un effort conscient pour gravir les marches… une espèce de marche, mais qui donnait l’impression de n’aller nulle part parce que l’escalator ne bougeait pas ». C’est là une expérience banale ( et assez déroutante ) que tout le monde a faite un jour ou l’autre…

 

Elster voudrait que le tout soit contenu dans un seul instant. Le haïku l'inspire comme forme d'art.

 

Bientôt il sera aussi question de l'oeuvre  «  24 heures psycho » que les protagonistes ont également vu, et ce qu’ils ont ressenti….Elster évoque sa formation «  j’étudiais l’œuvre de Teilhard de Chardin…il disait que la pensée humaine est vivante, qu’elle circule. Et que la sphère de la pensée humaine collective approche de son terme, de l’explosion finale ».

 

 

Le texte est donc, vous l’aurez compris une longue méditation sur les grandes questions élémentaires qu’est l’homme comment peut-il vivre, comment trouver un sens à la vie promise à la mort ect…Elster semble penser que l’espèce humaine veut retourner à la matière inorganique.

  Elster  pense-t-il réellement comme ce théologien que l'homme doit rejoindre dieu en un point oméga?

 

Ses interlocuteurs ne le contrent ni ne l'approuvent. Nous ne lisons pas une discussion suivie, ni  une suite de dialogues où chacun défendrait un point de vue argumenté. Chaque personnage parle pour son propre compte, sans véritablement répondre à un autre, chacun enfermé dans son monde, même si  tous les trois semblent parler de la même chose...

 

Là-dessus, Jessie disparaît, seul événement survenant dans ce récit....

 

Nous avons là beaucoup de réflexions intéressantes sur lesquelles le lecteur peut argumenter à sa manière suivant  ses expériences et convictions personnelles.

 

Pour découvrir Don Dellilo romancier, il faudra que je me tourne  vers un autre titre.

 

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