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2 août 2008 6 02 /08 /août /2008 23:00
Phyllis Dorothy James a 88 ans aujourdhui.



Tous ces romans sont publiés dans le Livre de poche policier.

Cet opus n'est pas tellement connu. On cite toujours «  Un certain goût pour la mort ».

 


J'ai un goût particulier pour celui-là, court et excellent que j'hésite à poster en littérature policière, d'autant plus que nul représentant de la loi, ni l'inspecteur Dalgliesh ( que j'aime profondément à l'égal de Mrs James elle-même) ni la courageuse Cordélia Gray n'interviennent dans cette  enquête menée par une jeune narratrice...


Philippa Palfrey vient d'avoir dix-huit ans. Adoptée dix ans plus tôt , sans aucun souvenir des ses premières années, elle se met en quête de ses origines, obtient de l'administration son acte de naissance :

«  Rose Ducton, fille de Marie et Martin Ducton ».


 A l'adresse où ses parents biologiques sont censés vivre, elle apprend que son père a violé une fillette 10 ans auparavant, et que sa mère étranglé l'enfant. Condamnée à perpétuité, Marie Ducton a été élargie et doit sortir le 15 août....


Très secouée par cette nouvelle, Philippa va s'expliquer bruyamment avec ses parents adoptifs. Maurice Palfrey est professeur de sociologie et chercheur ( l'intérêt qu'il a porté à Philippa enfant n'est pas étranger à ses préoccupations professionnelles). Hilda, son  épouse,  se passionne pour la cuisine et les travaux domestiques.

 Mal assorti, ce couple  a peu de choses en commun. Enfant précoce, Philippa semble avoir été adoptée aussi pour jouer un rôle d'interlocutrice cultivée avec Mrs Palfrey, rôle que sa femme ne tient pas.

 


 En dépit des mises en garde de ses parents adoptifs, Philippa décide de vivre trois mois ( ses vacances) avec sa mère biologique «  pour faire une expérience ». Elle veut devenir écrivain et imagine là une histoire inédite, qui, en outre, serait la sienne...

Mécontent de son départ, Maurice découvre qu'il tient à elle davantage qu'il ne pensait...


Philippa et sa mère s'installent dans un appartement modeste à Marylebone. Elles s'entendent bien, partagent les tâches domestiques, se découvrent des lectures communes.
Pourtant Philippa n'apprend rien de son enfance avant l'adoption. Sa mètre tente d'expliquer  le meurtre de la petite voisine,  mais se tait sur Philippa elle-même et leurs relations d'autrefois.

La jeune fille a des souvenirs fugitifs de violence extrême, mais ne veut pas   en savoir plus.
Les trois mois écoulés, elle ne veut plus quitter sa mère, capable de complicité voire d'amitié avec elle.
Philippa est en passe de renoncer à ses études, de se condamner à la solitude en vivant avec une reprise de justice...

Mais un homme, George Scase, cherche depuis longtemps la meurtrière de sa fillette, et peut faire évoluer la situation...



Voilà un roman excellent, par le suspense psychologique, l'art de la description et du dialogue, l'intelligence  des personnages, et de leurs motivations.


Grâce à ce talent, la petite cuisine d'un appartement miteux, un étalage de fruits et légumes, un pot de géranium, une roseraie,( apparue dans une sorte de rêve), une bibliothèque un meurtrier étrange vêtu d'un imperméable transparent , des mains qui tremblent, toutes ces petites choses  deviennent précieuses.


Les personnages : c'est la relation ambiguë entre Philippa et sa mère qui nous intéresse le plus, mais les autres personnages ont tous de l' envergure.

 Cette femme restera-elle  incompréhensible ?

Philippa peut évoquer une «  Marie Bell »* qui aurait bien tourné, grâce à une adoption-sauvetage, et au fait que ses géniteurs, délinquants jusqu'au crime, avaient, dès le départ, un désir particulier de s'élever dans leur misère.

Avec Georges Scase, PD James renouvelle le thème du vengeur. Peu convaincu de son désir de vengeance, promesse faite à l'épouse, il recherche dans son passé de petit garçon craintif ce qui pourrait le motiver...


* Marie Bell est une petite fille de onze ans qui a défrayé la chronique dans les années soixante. Sévèrement  maltraitée par sa mère, elle est devenue agressive jusqu'à tuer un camarade de classe...

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 23:58

 


Paru d'abord sous forme de feuilleton en 1895, Jude l'Obscur fit par sa façon franche de traiter des mœurs dans la campagne anglaise de la fin du siècle.

 


Jude Fawley est  orphelin et a dû travailler très tôt dans sa vie. Il livre tous les jours le pain de sa tante la boulangère en échange du gîte et du couvert. Mais il rêve de faire des études, de devenir enseignant écrivant ou chercheur. Lorsque débute le roman, l'instituteur Phillotson, va quitter la petite ville, et s'il avait été sincère, il aurait dû emmener Jude avec lui, connaissant ses aptitudes et ses ambitions. Mais il s'en fiche, admettra seulement de lui expédier des grammaires grecques et latines. Jude  apprendra seul en travaillant. A dix-huit ans, il part à pied pour Christminster (Oxford) après un mariage raté avec une paysanne qui a feint d'être enceinte de lui, Arabelle. Il a appris un métier : tailleur de pierre et s'est beaucoup instruit en autodidacte.

Mais à Christminster, il vit de son métier et ne trouve aucune embauche dans les milieux intellectuels. Les professeurs l'envoient promener en lui enjoignant de rester dans sa classe sociale (le monde ouvrier et artisan).

Jude rencontre sa cousine Sue, elle aussi en mauvaise posture. Elle a quitté ses parents qui ne pourvoient pas à ses besoins. Elle aussi est cultivée et pauvre.  Jude est épris d'elle depuis l'enfance et rêvait à partir de sa photographie.

Sue intègre une école d'institutrices, mais elle est trop libre de pensée et de caractère pour le supporter et s'enfuit. Quoique Jude et elle s'entendent bien, elle ne veut pas lui céder, soit par frigidité, soit pour d'autres mystérieuses raisons. Elle se résout à épouser l'instituteur, qui n'avait guère aidé Jude et qui sera décidément son rival....

Mais la vie conjugale avec cet homme lui répugne et elle s'enfuit encore, se met en ménage avec Jude. «La guerre terrible qui se livre entre la chair et l'esprit»

N'ayant pu vivre de leur  intelligence , ils végètent, font de petits jobs. Malgré leurs connaissances,  ils laissent venir les naissances inconsidérément. Jude doit récupérer le fils d'Arabelle, dont elle prétend qu'il est le sien. Ce petit garçon est  gravement perturbé et se suicide entrainant ses frères dans la mort. Le ménage n'était pas heureux, il explose, et Sue retourne avec M. Phillotson.

 Jude est atteint de tuberculose et  agonit seul dans la maison d'Arabelle, en prononçant des paroles désespérées du Livre de Job en guise d'excipit....






Jude l'obscur est un roman unique :

Thomas Hardy  écrivait dans son journal : «  ce sera une nouvelle sur un jeune homme qui n'a pu aller à Oxford. Ses efforts, son échec.» Hardy estime que «le monde doit savoir» quelles difficultés rencontrent les non-privilégiés pour s'instruire - l'ultime ambition de Jude.

L'auteur  veut aussi contester  les lois sur le mariage, qui «constituent la machinerie tragique de l'histoire».

Effectivement, traiter un tel sujet à l'époque, et avoir des revendications aussi radicales, c'est tout à fait remarquable.

Thomas Hardy n'a pourtant pas complètement réussi son roman. Il tourne au mélodrame : le nombre de pépins qui pleuvent sur les héros finit par agacer et nuit à la vraisemblance. 

Le retour d'Arabelle l'épouse de Jude et ce petit garçon  dont les  penchants sont  tellement destructeurs sont en trop. Le mariage avec Arabelle, tôt dans le roman, m'ennuie.   On a peine à croire que Jude la prenne au sérieus,  se contraigne à l'épouser. Il ne convient pas au roman qu'il soit à ce point naïf. On ne saisit pas très bien non plus pourquoi Jude et Sue, qui sont tout de même des esprits éclairés, enchaînent les naissances non désirées dès lors qu'ils se sont mis en ménage... !

Malgré ces imperfections, Jude l'Obscur reste un roman cher à mon cœur.


Le personnage de Sue est plus intéressant que ses homologues françaises tels que la Marie de l'Education sentimentale, ou encore  Louise de Rênal et Mathile de la Mole dans le Rouge et le noir, deux romans par ailleurs tout à fait bons...  Les romanciers français du 19eme siècle ( pour ne pas parler du 20eme...)  ne mettent en scène que des femmes incultes, tout juste bonnes à tomber amoureuses, faire des dettes,  et/ou à intriguer. Il faut lire les pages où Jude et sa cousine ont des conversations sur la littérature et la société.... !   




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26 mai 2008 1 26 /05 /mai /2008 23:08

(publié en 1961).

482 pages en Penguin classic, et 601 dans la traduction française faite pour les éditions POL qui avaient autrefois lancé une collection de littérature classique, abandonnée hélas, dont je possède encore quelques spécimens.

La préface, excellente, est de René Belletto, écrivain, guitariste, auteur de polars, traducteur.

Je n'achèverai pas ce blog sans avoir chroniqué un Belletto...mais lequel et quand?

 

Pour revenir aux Grandes espérances...

1)Un petit village dans une région marécageuse, à quelques heures de Londres en diligence.

L'ouverture est une scène de cimetière !

Pip, huit ans,  examine les pierres tombales.  Il  fait l'inventaire de sa famille disparue : sa mère Georgiana, et 4 frères. Cette promenade est rituelle.

Puis il s'en retourne chez Joe Gargery, forgeron qui l'élève avec l'aide de sa femme, Giorgiana,  qui est aussi la sœur aînée de Pip, la seule famille qui lui reste. Joe ne se défend pas, et ne veut pas défendre Pip contre cette tyranne domestique. Sa bonté un peu niaise influence même le jeune garçon.

Pip est apprenti forgeron.

Il  fréquente aussi son oncle Mr Pumblehook vendeur de grain, cynique et vaniteux, ainsi que Mr Wosple, le pasteur idéaliste qui rêve de devenir acteur. Deux occasions pour Dickens de camper des personnages pittoresques.

Dans cette ambiance, Pip est appelé chez l'étrange miss Havisham qui vit en robe de mariée depuis trente ans, terrée dans son logis aux persiennes toujours closes. Couverte de toiles d'araignée, elle rôde autour d'une table où trônent un gâteau moisi, et des couverts en piteux état. Son époux s'est enfui le jour des noces...

Pip tombe amoureux de sa fille adoptive, Estelle, jeune orpheline aux origines mystérieuses. Il prend  miss Havisham pour une sorte de bonne fée, (alors que le lecteur la perçoit comme une sorcière, le pendant bourgeois de Giorgiana),  rêve qu'elle lui donnera la main d'Estelle,  au terme d'une série d'épreuves qu'il lui  incombera de surmonter. Et que s'il se conduit bien, elle fera sa fortune, et le juge dès à présent digne de devenir un monsieur.


  Il atteint 15 ans lorsque sa  mâratre de sœur est victime d'une agression dont elle ne se remet pas. Gâteuse et affaiblie, elle ne martyrise plus personne. Une orpheline est employée pour vaquer aux soins de la maisonnée. Biddy va des vues sur Pip.

Mais voilà que le vœu du garçon semble se réaliser : un bienfaiteur dont le nom doit rester inconnu, veut qu'il fasse son éducation à Londres ; une grosse somme d'argent lui est allouée. Pip est sûr que Miss Havisham est derrière tout cela.


2) Pendant 5 ans, Pip va vivre ses années d'espèrance et d'oisiveté...

Cette partie londonienne lui fait croiser de nombreux personnages, le notaire Jagger, qui s'occupe de gérer son pécule à l'étude de la « petite Bretagne » et lui alloue une pension. Un ami, Herbert Pocket, dont la famille est couverte de dettes. 

Pip revient par intermittence visiter miss Havisham pour la faire parler, en vain. 
Estelle est lancée dans le monde, et fréquente l'abominable Drummle, ennemi juré de Pip, qui voit dans ce malotru un obstacle à vaincre pour conquérir Estelle. 

Herbert et lui s'endettent. Il lit beaucoup, mais ne prépare pas de cursus universitaire, ne songe à aucune profession ni occupation séreiuse. Un soir son bienfaiteur se présente : évidemment, ce n'était pas miss Havisham... mais le forçat Magwitch, que Pip avait caché et nourri au cimetière lorsque, à peine âgé de huit ans, il l'avait croisé, en se baladant parmi les pierres tombales.

Le forçat a fait fortune en Amérique, et envoyé de l'argent pour que Pip devienne un gentleman.

Cette révélation déçoit Pip. Il n'a pas aidé le forçat par bonté. Petit garçon, il en avait peur, et l'autre l'avait d'ailleurs menacé.


3)  Pip met Herbert dans le secret et Jaggers ferme les yeux. Magwitch a 60 ans il est toujour passible de la peine de mort. Pip décide de le renvoyer en Amérique par voie fluviale. Le forçat s'en fiche, sa vie s'achève, et il ne peut juger de l'effet réel provoqué sur Pip par ses largesses. 

Pip organise son évasion avec Herbert Startop et Wemich, clerc asscocié à Jaggers.

Entre temps Pip découvre les vraies origines d'Estelle, fille du forçat et d'une mère criminelle qui tenta de la tuer. Une dernière  visite à miss Havisham  se révèle peu probante. La vieille folle provoque un incendie qu'il maîtrise. Elle survit peu de temps, et Pip sera fort malade de ses brûlures. Au moment de faire évader Magwitch, il se rend à un rendez-vous anonyme et manque d'être assassiné par son ancien camarade de la forge, Orlich, qui était aussi l'auteur de l'agression de Giorgiana. Magwitch est repris, tue son  pire ennemi, et meurt à Newgate avant d'être pendu.

Pip et Herbert se décident à prendre des emplois de commis dans une entreprise d'import-export. Estelle a divorcé de Drummle qui la battait. Au village, Joe a épousé Biddy, et ils ont eu deux enfants. Le garçon s'appelle Pip. Ainsi Pip assure la descendance de son prénom, de son diminutif qu'il s'est choisi, mais pas de son nom "Pirrip".

Personne ne l'a jamais appelé autrement que Mr Pip...


Pip est le cousin de Lucien de Rubempré. Il n'a pas d'ambitions littéraires, mais il est comme l'autre, un héros négatif ne devant  son salut ou son infortune qu'à des  hasards qui le dépassent. Le forçat est un brave homme au contraire de Vautrin qui précipitait Lucien à sa perte. Les deux jeunes gens restent immatures. Outre Miss Havisham, personnage de sorcière intriguante, et Estelle qu'elle forme à lui ressembler et à la venger des hommes,  Magwitch est le forçat évadé et repenti, personnage emblématique lui ausssi.

Jaggers et Wemmich sont des notaires qui s'occupent de la fortune de Pip. Très réglementaire, Jaggers « s'en lave les mains », geste obsessionnel à double sens...

La famille Pocket est hystérique, couple mal assorti et enfants livrés à eux-mêmes, qui claquent de l'argent et passent leur temps à échapper à des créanciers. Les mêmes existent chez David Copperfield , et sont représentatifs de la famille de Dickens ...( Mr Pocket est prof d'université, dépassé par sa famille.)


 Dickens a un côté «  bon enfant » qui lui interdit de donner le premier rôle à un gredin tel que Vautrin. Cet auteur  a des idées chrétiennes qui n'effleurent pas Balzac. D'un autre côté sa façon de décrire les situations, de camper les personnages est plus légère, plus fine et humoristique que Balzac.

L'un se sert d'une plume et l'autre d'un gourdin a-t-on dit...

Les personnages les mieux réussis ne sont pas  les héros mais plutôt les seconds rôles importants tels que Jaggers le notaire rigide qui se fait comprendre à demi-mots lorqu'il veut communiquer quelque chose de personnel. L'abominable famille Pocket est bien vue aussi ainsi que Miss Havisham, qui crée une forte impression...



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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 17:34

J'avais éprouvé un intérêt certain pour «  Enduring Love », «  Une étrange séduction », » L'Enfant volé »  et le dernier «  Expiation ».

Ce n'est pas rien. Mais «  Samedi » m'a énervée.  Mc Ewan met en scène un neurochirurgien, persuadé que « tout est dans les gènes » !!

La journée de début de week-end qu'il va vivre sera  difficile pour lui  et les siens.  Cette famille bourgeoise  va vers  une confrontation difficile avec un  homme dangereux malade et  haineux (que le héros ressent comme tel).

D'habitude, les épreuves endurées par les héros bourgeois de Mc Ewan ne les laissent pas  indemnes. Bien souvent ces épreuves les détruisent, ou les poussent fortement à se remettre en question.

Le roman est tout simplement ennuyeux. Les pensées du chirurgien avec tous ces termes médicaux spécialisés que l'on n'a pas envie de connaître ... son échauffourée avec le  délinquant malade et rancunier qui veut se venger d'une aile de voiture froissée est interminable, elle lasse.

Le récit en flash-back de la rencontre du héros avec sa femme que bien sûr il a opérée autrefois, et sauvée,  paraît bien conventionnel. Ainsi que  l'évocation de ses enfants bien entendu surdoués, des parents exemplaires etc....

 Le suspense engendré par la crise des cinquante ou cent dernières pages est mieux enlevé.


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12 avril 2008 6 12 /04 /avril /2008 23:15


Publié aux éditions Rivages.

Ce livre avait été sélectionné pour le Booker Prize en 1971.

L'un des derniers ouvrages d'Elizabeth Taylor, qui compte parmi mes préférés avec « Noces de faïences ».

 Si son roman le plus célèbre est incontestablement «  Angel », ce n'est pas le meilleur. Celui là, ces 215 pages- là sont supérieures, l'auteur n'a pas changé de style mais elle va à l'essentiel et presque toutes les phrases sont choisies et font mouche.

En 1971, lors de la parution, l'auteur a 59 ans ; elle n'est pas aussi âgée que son héroïne ; sans qu'on le dise Mrs Palfrey semble être septuagénaire. Elizabeth Taylor a encore quatre ans à vivre, son héroïne entame sa dernière, lorsque, veuve, elle s'installe à l'hôtel Claremont «  un dimanche après-midi de janvier ». Au cœur de Londres, cette  pension abrite des hôtes de passage et des personnes âgées, qui ne peuvent plus rester dans leur famille ou n'en ont pas. Ce n'est pas une maison retraite car on n'y trouve pas de personnel de santé.

Comme le dit Mrs. Palfrey à un jeune homme rencontré au hasard d'une chute qu'elle fait dans une rue et qui s'occupe de la réconforter, «  Nous ne sommes pas autorisés à mourir ici ».

Lorsque les pensionnaires de l'hôtel le quittent c'est pour l'hôpital ou l'hospice. L'hospice surtout, attendu que, l'argent dont ils disposaient, ils l'ont dépensé à vivre dans cet hôtel.

Mrs Palfrey a un petit fils Desmond qui travaille au British Museum et vit à Hamstead. Des précisions qu'elle donne avec fierté aux autres pensionnaires, trois veuves et un veuf affectés de problèmes divers : Mrs. Arbuthnot d'arthrite, Mrs Burton d'alcoolisme, Mrs Past de mélancolie, et Mr. Osmond d'obsessions sexuelles.

Mrs Palrey parle de son petit-fils, seul moyen de se mettre en valeur, et annonce imprudemment sa prochaine visite. «  Desmond ne vint pas. Le pull que lui avait tricoté Mrs Palfrey était presque achevé et chacun savait  qu'il n'était pas venu le chercher. Sauver la face avait été un élément important de la vie en Extrême orient et Mrs Palfrey à présent s'y efforçait de nouveau. Une telle attitude entraîne généralement des ennuis, et les ennuis apparurent car elle se trouva obligée de mentir et de se souvenir des mensonges qu'elle avait proférés ».

Les mensonges ne font pas illusion et les autres pensionnaires lui témoignent de la pitié et une sympathie méprisante, quand ils ne suggèrent pas que ce petit fils  elle l'a inventé.

Heureusement elle fait une chute, retour de la bibliothèque municipale, un jeune homme la secourt qui vit dans un entresol en face de la rue où elle gît à terre. Ludo (nom qui évoque le jeu et le plaisir) est écrivain sans avoir rien publié, vit dans le dénuement le plus complet.

 Mrs Palfrey l'invite à Claremont pour le remercier. Ludo paraît surpris, consterné puis c'est l'allégresse qui le gagne : «  lorsque la voiture disparut, il retourna dans la pièce et, penché sur sa table, nota dans un calepin : «  longue culotte grise et pelucheuse... élastique...vine de la jambe couleur de raisin ...parfum d'eau de lavande (berk !)...taches brunes sur le dos des mains vernissées, veines apparentes...plis horizontaux. »

Ludo est apprenti écrivain et il travaille sur le motif. L'idée d'aller visiter Mrs Palfrey lui apparaît comme un matériau intéressant pour écrire. Ecrire sur les personnes âgées l'intéresse d'autant que Mrs Palfrey a prononcé sans le savoir, une phrase au contenu dramatique qui suppose un certain pathos maîtrisé « nous ne sommes pas autorisés à mourir ici » et, mine de rien  a désigné Claremont comme un lieu de passage symbolique ( antichambre  de la mort, scène où l'on fait son apprentissage de l'agonie, lieu de souffrance maquillé).

Cette phrase deviendra le titre du roman que Ludo  achève à la fin du livre que nous lisons.

« Ils ne sont pas autorisés à mourir ici »

Une relation forte s'établir entre Ludo et Mrs Palfrey, principal objet du livre. Ludo est un personnage très positif. Il ne se lasse pas d'écrire malgré la quasi-misère dans quoi il vit ; mélange de naïveté et d'honnêteté, il rend Mrs Palfrey amoureuse de lui, sans l'ignorer et sans chercher à en profiter non plus. Il lui emprunte de l'argent et travaille pour le lui rendre. Mrs Palfrey voudrait l'inscrire sur son testament : il n'en saura rien et elle  ne pourra pas. Son profit, il le trouve dans le matériau que cette dame et les autres pensionnaires lui fournissent involontairement pour l'écriture. Un roman que Mrs Palfrey n'aurait pas aimé se dit Ludo lorsqu'elle lui demande de lui en faire parvenir un exemplaire lorsqu'il sera publié. La  nature de leur relation est profondément réaliste et vraie à l'opposé de «  Harold et Maude » film contemporain du roman, et dont le sujet est quasiment le même : le jeune homme et la vieille dame.

Ce récit ne propose rien d'invraisemblable ni de faux. Rien d'idéaliste. Vraie et subtile, El. Taylor ne prétend pas que Ludo pourrait être amoureux d'une vieille dame. Il recherche la compagnie des filles de son âge. Il ne se plaît pas particulièrement avec Mrs.Palfrey. Le grand âge n'est pas idéalisé.  Mrs Palfrey, isolée,  tombe une deuxième fois pour avoir voulu échapper  à des avances importunes  et cette seconde chute lui ramène Ludo.

De  sorte que, nous rappelant Harold et Maude nous voyons ce qu'il y a de faux dans  ce film  en regard de ce roman.   Point ici de relation fusionnelle mais lucidité et respect mutuel.


Des intrigues secondaires, comiques et émouvantes en même temps, viennent étoffer le roman, l'apparition du vrai petit fils alors que les pensionnaires avaient adopté l'autre comme tel.

La vie de cette petite société de personnes âgées qui affrontent ou évitent les manquements ou les misères leur condition, leur tentative de participer à une «  boum » et les petites catastrophes qui s'ensuivent sont rapportées avec un  humour caustique parfois cruel.


Mais la surprise ce sont les deux personnages principaux, sympathiques et performants, rares chez Elizabeth Taylor qui préfère dénoncer les travers de la société dans ses personnages plutôt que  de montrer des êtres  intelligents.

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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 11:16

Titre original «  A House and its Head » publié en 1935. C'est le quatrième roman de l'une des plus célèbres romancières victoriennes, et à présent mon préféré avec «  Frères et sœurs » que j'ai également chroniqué.


 Je n'ai pas choisi ce roman parmi plusieurs autres : il était disponible à la bibliothèque, c'est  tout. Christiane Jordis a

publié un essai sur Ivy Compton-Burnett «  L'Univers concentrationnaire ».

Mais il n'y a rien dans ces familles victoriennes, haineuses et avides  de pouvoir ou d'argent qui ne se puisse retrouver dans n'importe quelle famille! Simplement, l'auteur veut mettre en lumière ce qui d'ordinaire ne se dit pas, et que nul n'ose même  penser sérieusement.   


Titre : « famille » (House) doit s'entendre sur un plan social davantage que psychologique : il s'agit d'une demeure où vivent des personnes de la même famille qui sont impliqués dans des conflits d'intérêts financier tout autant que familiaux.

« Head » : c'est l'instance qui commande, et n'est pas seulement le père de famille.


       Quelques jours après Noël  en 1885, Ellen Edgeworth, femme de Duncan, maître des lieux, meurt, dans  une indifférence à peu près totale. Elle était malade depuis longtemps, soumise, effrayée, contrainte par Duncan, tyran domestique, de travailler malgré son mal, lequel n'a pas été diagnostiqué. A peine enterrée, Ellen  est remplacée par Allison que Duncan ramène de chez «  la tante Maria ».

Allison  a 28 ans, Duncan 66. Le neveu de Duncan, Grant, qui est aussi son fils adoptif, se sent menacé dans son rôle d'héritier. Il fait aussitôt des avances à la nouvelle épouse. Enceinte, elle accouche d'un garçon Richard, qu'on reconnaît pour celui de Grant, car il a une mèche blanche dans les cheveux, signe que partagent les membres de cette famille.

Duncan  est averti. Qui est responsable de cette indiscrétion ? Il semble que Sybil, la fille cadette de Duncan, qui affiche une forte affection pour son père, ait « payé » la nurse pour faire des révélations. En tout cas les commérages vont bon train.


Allison s'enfuit avec  un galant. Duncan annonce son troisième mariage  avec Cassie, gouvernante des enfants, qui est la fille de Gretchen  une redoutable vieille femme qui régente son pasteur de fils  Oskar.

Au même moment, Grant, que son oncle n'a pas chassé malgré la disgrâce qu'il lui fait subir, se marie, lui aussi, avec Sybil.

Cassie et Sybil sont enceintes en même temps.

Le bébé Richard  est assassiné... 



Conflits :

Le principal est entre Duncan et Grant. La mort d'Ellen, met Grant en difficulté, le remariage de son oncle lui permet de faire un enfant à Allison  avant que Duncan (qui a 66ans) y ait lui-même réussi.  

Duncan tire la leçon de son échec : il épouse Cassie qui attendait son heure (Il devait l'épouser lorsqu'il s'est entiché d'Alisson...).

Que va faire Grant?

Sybil, jolie fille de 18 ans, voulait épouser Alméric, mais il s'enfuit avec Alisson. Que lui reste t'il ? Son père, qu'elle a déjà servi en lui faisant savoir que Richard n'était pas de lui ?

Sybil et Grant s'unissent en dépit de leurs dissentiments.

En tout cas ces intrigues  valent à Sybil a fortune de tante Maria. Son rôle dans l'histoire reste ambigu. Qui sert-elle vraiment ?

Nance : elle vise le pasteur Oskar et l'obtient (à la mort de Gretchen).

Elle intervient par ses remarques satiriques sur sa famille et n'épargne personne, à l'opposé de Sybil qui se donne le rôle d'aimer » tout le monde. Chacun son jeu !

Style : des dialogues brillants et cyniques. Les personnages sont tous brièvement présentés (comme des didascalies internes au texte), lors de leur entrée en scène. Ils sont plus complexes que cette présentation. Tout le monde parle des conflits évoqués  ci-dessus à travers des propos ordinaires et il faut saisir le double sens. Il est difficile de saisir exactement où en est chacun.  Il faut deviner à partir des propos elliptiques, des remarques apparemment insignifiantes, des pointes nombreuses et convenues. Apparemment assez simple, l'intrigue et les dialogues résistent à la première lecture.

Ce livre se révèle énigmatique contrairement à «  Frères et sœurs ». Il faut étudier les second sens des répliques, les relations entre elles qui peuvent mener à un plus grand dévoilement.


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8 septembre 2007 6 08 /09 /septembre /2007 12:50
Amis-l-INformation.jpg1ere parution en 1995.

Il s’agit de l’information que l’on recueille en faisant de l’espionnage : le renseignement eût également convenu.

 

Richard Tull vient d’avoir quarante ans. En pleine dépression. Dix ans plus tôt il a publié deux romans qui ont obtenu un succès d’estime. A présent il en est à son sixième. «  Sans titre » est un roman à problème, longue suite de monologues plus ou moins interrompus. Tous ceux qui ont tenté de le lire se sont tombés malades avant la dixième page, victimes d’un stress sévère ou de migraines aigues sinusites graves, troubles de la vision.

Richard gagne sa vie en faisant des comptes-rendus de lectures sous-payés et jalouse Gwynn Barry, son ancien mais de collège qui vend bien sa prose, passe à la télé, affiche un bonheur conjugal insolent. Richard lui, est devenu impuissant, ne parvient même pas à tromper sa femme. Obsédé par l’idée de nuire à Gwynn, il entre en relation avec Scozzy, dealer et tueur à gages avec mission de filer l’importun et de lui nuire.

 

«  The War Of Everyone Against Everyone » cet extrait du Léviathan de Hobbes concernant les rapports sociaux vaut également pour les écrivains. La littérature c’est la guerre continuée par d’autres moyens.

 

Gwynn et Barry forment un couple d’écrivains que tout oppose. Quasiment oublié, Richard envie le succès de son adversaire «  Il semblerait que Barry ait su capter une profonde aspiration collective.  Ainsi s’explique le succès de son livre qui ne doit rien à son contenu ».

 

Deux conceptions du monde s’affrontent. Richard Tull a renoncé au « roman » dans sa forme

traditionnelle. Ce dernier lui semble appartenir au monde de «  l’homocentrisme » d’un temps où l’homme se croyait au centre de l’univers ; Gwynn vit encore dans ce monde-là Du moins l’exploite t’il. Ses livres sont des utopies rassurantes, très new-age.

Ricahrd Tull a été lui, affecté par les progrès de la science de l’astronomie en particulier. Il veut témoigner dans ses écrits du fait que la place de l’homme dans l’univers est insignifiante, qu’il est passé du géocentrisme à l’héliocentrisme puis à l’idée que les galaxies s’interpénètrent et se rencontrent anonymement.

 

Ceci pur le côté noble de l’affaire. Car Richard est aussi un pauvre type qui n’assume pas ses désirs et n’est pas ou plus en phase avec l’écriture. Il tente de réduire à néant Gwynn, alors qu’il ne devrait même pas s’intéresser à lui. Imagine t’on un écrivain véritable, fût-il en panne de lecteurs, jalouser un Paolo Coelho et ses mélos pseudo ésotériques ?

En réalité les deux hommes vivent dans le même monde, ont un égal mépris des femmes, une avidité semblable de gloire vaine et d’argent facile, c’est ce qui les rapproche.

 

C’est avant tout un récit basé sur le comique de situations, de gestes, de mots, (néologismes fréquents parfois savoureux). Toutes les vaines tentatives de Richard pour réduire Richard à néant, sont autant de scènes grotesques. La satire du monde de l’édition et du journalisme fait souvent rire. Le portrait du délinquant Scozzy est assez fouillé.

L’écriture est elliptique, originale, mais trop de cynisme font tomber parfois le livre dans la dérision. Excepté les passages où Richard s’entretient avec son fils Marco sympathiques voire émouvants.

 
 
 
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21 juin 2007 4 21 /06 /juin /2007 20:22

poussi--re.jpgJ'ai treize ans  ( 1 966)  ma mère me met entre les mains «  Poussière » de Rosamond Lehmann, un roman qu’elle a lu dans sa jeunesse et vraiment apprécié.

Nous voici  dans la campagne anglaise, par-dessus le mur d’en face dans une grande propriété où Judith, l’héroïne, joue avec ses cousins (ou/ et amis) et les séduit tous : il y en a quatre ou cinq peut-être davantage et un arbre fruitier qui est peut-être un cerisier. On échange des serments. Quelque temps après cet été mémorable, elle part dans un internat et séduit au moins deux pensionnaires : l’une est qualifiée de réellement dépravée, mais elle l’observe de loin, avec la seconde elle partage des sentiment exaltés. Je me rappelle une scène de nu : l’amie de Judith (peut-être Jennifer ?) la moins dépravée se baigne nue dans la Tamise sous le regard de Judith, qui récite des vers et se promet de ne pas faire le mal.
Quelques années encore et elle retrouve ses cousins ; certains sont à présent indisponibles pour cause de décès dus à la guerre et à la maladie ; avec les autres aucun lien conjugal ne se noue.
On échange des lettres, des rendez-vous se donnent où l’on se promet d’en rester là, puis c’est la belle Jennifer qui sollicite une entrevue : heureusement, elle a posé un lapin car Judith était prête à tout !
Lorsque je replace le livre sur l’étagère, ma mère me demande ce que j’en pense : j’ai la sensation d’avoir lu un livre interdit puisqu’il y est question d’amitiés «  anormales » entre filles ; ma mère l’a lu avant moi ; elle me l’a sans doute conseillé pour tester ma probité. J’aurai dû, au milieu du livre, dès qu’il est question des amies d’internat, lui rendre son bien,à ma mère,  en lui disant,  la mine choquée, que je n’irai pas plus loin ; puis demander timidement des explications sur ce qui se passe d’ »anormal » dans ce récit, et  terminer le livre  tout de même  non sans   prétendre n’avoir  pas très bien compris,
m’indigner vertueusement…
mais je ne sais pas y faire je ne dis rien, je me tais, définitivement coupable à ses yeux.

Note : "Poussière" a été réédité chez Phébus il y a un an ou deux. 

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13 avril 2007 5 13 /04 /avril /2007 09:40

Jennifer Ehle rôle Elizabeth Bennet

Lizzie ( Jennifer Ehle)
Orgueils et préjugés Jane Austen 1813.
 

Les Bennett qui habitent dans le domaine de Longbourn ont cinq filles à marier.


C’est un problème car, en l’absence d’héritier mâle, et vu les oncles que ces jeunes filles ont la malchance d’avoir, le domaine revient  à ces messieurs. Les filles doivent se trouver un mari à la situation honorable, en ne faisant usage que de leurs charmes pour les conquérir.

Le second obstacle, c’est qu’aucune d’entre elles n’est décidée à épouser quelqu’un pour qui elle ne se sentirait aucune inclination sérieuse.

Les Bennett, enfin, n’ont, c’est le troisième obstacle, pas donné d’éducation sérieuse à leurs filles. Elles n’obtenaient des professeurs que si elles souhaitaient par elles même étudier quelque chose, et cessaient lorsque cela leur chantait.

 

A Netherfield , beau domaine près de chez elles, les filles voient arriver deux mecs : Mr. Bingley jeune et riche célibataire 4 à 5000 livres de rentes, et Mr. Darcy jeune, beau, fier, 10 000 livres de rentes.


Cela semble bien s’annoncer pour Jane Bennett et Mr. Bingley. Lizzy, la cadette, et Mr. Darcy, qui ont l'un et l'autre un peu d’esprit, débutent une relation  piquante sur le mode ironique, en se louant l’un l’autre par antiphrases.

 
 

Pendant ce temps, Kitty et Lydia, les benjamines, font la chasse aux officiers de Meryton, petite ville voisine.


Seule, Mary Bennett s’abîme dans des études compliquées qui ont le résultat, fâcheux pour sa réussite sociale féminine, de la faire parler par citations. Pire : elle ne veut ouvrir la bouche que si elle a quelque chose à dire d’intelligent!

 

Tout d’un coup, Netherfield se vide pour de mystérieuses raisons... Mr. Bingley et ses sœurs, ainsi que Mr. Darcy partent pour Londres et ne veulent pas revenir. Elizabeth décide d’enquêter…

 
  _____________________________________________________________________________________
 

Les personnages sont nombreux ; certains sont plaisants, d’autres inutiles.

Mrs Bennett, la mère,  est sotte et gaffeuse. Ces caractéristiques servent l’intrigue car elle fait fuir les prétendants qu’il faudra ensuite reconquérir.

Mrs Long, qui est une marieuse invétérée, favorise les contacts et complique les situations.

La sœur de Mr. Bingley, Caroline, et Mrs Hurst intriguent pour empêcher Lizzy d‘épouser Darcy. Les mêmes tentent de mettre Anne Darcy dans les bras de Charles Bingley.

Ces dames veulent créer des mésalliances, moins par méchanceté que pour tromper leur ennui.

Mr. Collins, le pasteur d’Hunsford, cousin des sœurs Bennett, hérite de Longbourn ; il devrait avoir de bonnes chances d’épouser une des sœurs. Homme peureux, quoique sensé, il répète sans trêve des phrases de cérémonie et de conciliation qui le font paraître extrêmement ennuyeux à ses cousines ; il épousera Charlotte Lucas amie d’Elizabeth, qui ne répugne pas à un pur mariage d’argent, et son amie la méprisera pour cela.

Charlotte n’est pas un personnage intéressant, ni drôle, mais elle est essentielle à l’action donc utile et l'on s'intéresse à elle.

 
 

  Elizabeth( Lizzie) est  ironique, intelligente, beaux yeux. Aime Mr. Darcy , met longtemps à s’en apercevoir, d’abord attirée par George Wickham, lieutenant « plein de charme douceâtre » qui doit gagner sa vie, alors qu’aucun métier ne lui convient.

Ce Darcy cultivé, orgueilleux fort riche, élégant, s’éprend d’Elizabeth qui n’est pas un parti pour lui.

Et cependant il s’y tiendra, ce qui donne au roman son allure « conte de fée ».

 

 

Lizzie et Mr Darcy

 

Lizzie et Mr Darcy

 

 

 

 

Leur relation qui se maintient longtemps sur le mode négatif, intéresse parce qu’ils se repoussent autant qu’ils s’attirent. Malgré les embûches mises sur leur route, leur lien évolue lentement mais sûrement ver la reconnaissance d’une inclination mutuelle.

Le prince et la princesse, quoique imparfaits, se retrouvent à l’état pur au milieu d’un univers réaliste qui ne cache rien des mesquineries de la société.


Mary la jeune sœur est une femme savante : elle ne trouve aucun parti. Représente l’auteur qui est restée célibataire. C’est un personnage esquissé, qu’on aimerait plus approfondi.

 

Certains personnages semblent inutiles et gagneraient à être supprimés : Kitty qui est Lydia en plus faible, n’est qu’un doublon. Les Bennett n’auraient dû avoir que quatre filles.

Mrs Hurst ne fait que « doubler » Caroline Bingley qui saurait aussi bien semer des obstacles seule.

 

 

 


 

la vieille peau

la vieille peau

 


 Jane Bennett et Charles sont là pour mettre en valeur Lizzy et Darcy : mais ils sont très conventionnels et finissent par ennuyer.

Il n’y a  pas dans « Mansfield Park »( voir l'article précédent)  de personnage "en trop "et de ce fait la composition a plus de force.


Mais dans  ce même Mansfield Park , on  subit une avalanche de sentiments chrétiens qui nous lassent sans compter la condamnation du théâtre par le jeune Edmond qui me le fait trouver assez antipathique alors que jusque là je l'avais à la bonne...


Ni dans ce livre-là, ni dans l’autre nous ne sommes dispensés d’une surabondance de lettres pour rendre compte de faits qui font progresser l'action. Ces péripéties nous parviennent de façon distanciée au travers d’une narration épistolaire.


Décidément je ne me fais pas aux longs récits par lettres !

Cependant les romans de Jane Austen ont  des qualités  d'intrigue, de suspense dramatique bien entretenu,  d'ironie fine et d'observation aiguë des moeurs de son époque.

Bah...! j'en lirai un troisième...un jour.
  Lire une  autre chronique d'Orgueil et préjugés  sur Passion des  livres
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13 avril 2007 5 13 /04 /avril /2007 09:36
mansfield-park.gifJane Austen

Mansfield Park. roman de mœurs et psychologique.
Année de publication : 1815
Edition : 10/18.


Trois sœurs, Lady Bertram, Mrs Norris et Mrs Price ont épousé la première un Lord, la deuxième un bourgeois, la troisième un matelot alcoolique.

 Mrs Norris n'a pas d'enfant et veut être charitable pour se prouver qu'elle est bonne. Elle fait venir de Portsmouth, sa nièce défavorisée Fanny Price âgée de dix ans pour l'élever chez elle à Mansfield Park, propriété familiale commune.

Mais la fillette devra habiter chez les Bertram et à leurs frais, Mrs Norris étant, en dépit de ses bonnes intentions,  trop avare pour la prendre.

Effrayée dans sa nouvelle demeure, tolérée davantage qu'aimée, la timide et honnête orpheline à l'on confie trop souvent des tâches ménagères, trouve un allié et un confident dans la personne de son cousin Edmond, seize ans. Un tendre sentiment les unit qu'ils ne s'avouent pas.

Quelques années plus tard, au presbytère des Grant, autres résidents de Mansfield Park, arrivent de Londres deux jeunes gens de bonne mine et à la rente confortable : Mary Crawford et son frère Henry.

Edmond s'éprend de Mary, mais, cette jeune femme un peu frivole va-t-elle vouloir d'un pasteur pour époux ?

Pendant que Mary intéresse Edmond, la pauvre Fanny, telle une Cendrillon, supporte un abandon relatif mais violemment ressenti : la jument qu'elle monte lui est ravie pour permettre à Mary de faire des balades ; lors d'une excusion familiale à Sotherton, elle passe la journée assise seule  sur un banc tandis que les couples passent à ses côtés.

 


 Cepndant, Henry tente sa chance auprès de toutes les filles de Sir Thomas Bertram, et fait une cour assidue à Fanny, qui vient d'avoir dix-huit ans et va faire son entrée dans le monde. Mais Fanny, que son oncle voudrait bien marier, va-t-elle vouloir d'un époux séducteur, malgré sa fortune et son beau parler ?

Un jeune homme Yates, fait son apparition chez les Bertram pendant l'absence du chef de famille et propose de monter une pièce de théâtre, Lover's vows, un drame  au langage assez libre dont l'héroïne est une mère célibataire...

Les jeunes gens et leur mères,  investissent la salle de billard, fabriquent des costumes et des décors, se répartissent les rôles. Edmond, le futeur pasteur juge tout cela inconvenant, mais  se laisse entraîner à donner la réplique à Mary!

Fanny, encore plus choquée que lui par la pièce, se révèle incapable, dans son "innocence" d'orpheline, de jouer un rôle.

L'arrivée inopinée de sir Thomas, le père, met fin aux réjouissances, et place au coeur d'Edmond une culpabilité qui  pourrait le rapprocher de Fanny et l'éloigner de Mary.

La condamnation du théâtre comme corrupteur des moeurs de cette famille fait penser à ce qu'en dit Rousseau ( Lettre à d'Alembert sur les arts et les spectacles), trente ou quarante ans plus tôt.

 

Fanny Price : un nom qui n'est pas choisi au hasard. Ses cousines qui sont censées valoir bien davantage ne font que se vendre au plus offrant, mais à des personnages médiocres. Fanny, qui paraît l'humilité même, et qui, à la vérité se sent redevable de la faveur qu'on lui a fait de l'éloigner de son milieu social défavorisé, ne peut que désirer la richesse spirituelle.

Et cependant, pour être retournée à Portsmouth, huit ans après avoir été adoptée par sir Thomas, son oncle, elle se rend compte que l'argent est nécessaire à faire valoir une personne qui a du prix …

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