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5 février 2008 2 05 /02 /février /2008 00:30

Le 21 janvier Arte a diffusé Jules et Jim pour fêter les 80 ans de Jeanne Moreau.   Je n’avais encore jamais vu ce film de Truffaut.

 

De ce roman de Pierre-Henri Roché (dont il adapta également Deux anglaises et le continent) , qui ,à lire, m’avait paru maniéré et ampoulé, il a tiré une tragi-comédie contée sur un ton à la fois léger et sérieux. Truffaut installe une distance grâce à la voix off, ironique, désinvolte, qui raconte en laissant défiler les images, la vie du couple sur une génération, laquelle comprend la Grande guerre qui va éloigner Jules de Jim: Catherine les remet en présence.

  On s’intéresse à  l’affaire sans éprouver de peine lorsque Catherine se suicide avec Jim qui se laisse faire et que Jules est doublement veuf.

 
D’ailleurs on dit qu’il est plutôt soulagé.
 

Ces deux hommes, me suis-je laissée dire, sont liés par un attachement homosexuel qu’ils ne veulent ou ne peuvent réaliser, et se servent d’une femme pour s’aimer par procuration.
Le coup de foudre c'est d'abord entre les deux jeune gens qu'il a lieu. Des jeunes gens oisifs, cultivés qui cherchent des occupations dans le journalisme, l'écriture, l'art, les femmes...
C'est ensemble qu'il s'éprennent d' une statue au regard sublime  et vont l'admirer en Grèce, puis croient en trouver l'incarnation, en la personne de Catherine dont le sourire  ressemble à la statue. Ce qui pourrait nous rappeler aussi Swann aimant une femme, Odette, qui présente une mystérieuse ressemblance avec la Vénus  de Boticcelli…
Catherine n'a d'une statue que le sourire, elle bouge tout le temps, papillonne, danse,court, instable, fantasque, inssaisissable.

 

Lorsque Jules Catherine et Jim sortent ensemble, on se souvient que celle-ci spontanément se déguise en garçon pour leur première promenade et fait illusion sur les passants.

Une sorte de pacte semble se conclure ( à quel moment, je n'en sais rien, je ne peux revoir le film...) et Catherine accepte de devenir la "reine" des deux hommes.

 Catherine n'est pas «  libre » comme on l’a dit, mais prise entre deux feux, va jouer tour à tour le jeu de l'un, le jeu de l'autre, devenir suicidaire, et entraîner Jim, consentant, jusque dans la mort.

 

Le  duo masculin est aussi soudé que conflictuel ; pendant la guerre, ils sont opposés l’un à l’autre par leur nationalité et craignent de s’entretuer.

 

(Je me rend compte que dans Rendez-vous à Braye, André  Delvaux a dû s’inspirer de Jules et Jim. Les ressemblances sont fortes : un Français et un Allemand lié s par une amitié sérieuse, une femme entre eux, une femme qui ressemble à une œuvre d’art,  la grande  guerre entre eux, et les noms aussi qui correspondent aux noms que Jim avait donné aux personnages de Jules et lui dans son roman (Julien et Jacques), Jacques qui est volage et julien qui est chaste…) 

 

Cependant Jules est décidé à faire quelque chose de sa vie qui soit  plus constructif que le fameux «  tourbillon ». Il épouse Catherine, l’installe dans une maison,  procrée, travaille à des tâches sérieuses. Jules est le personnage  qui tente de se tirer d’affaire.

 

Jim  croit désirer la même chose mais il échoue. Catherine et lui se servent d’une stratégie, prendre chacun un amant pour rendre l’autre jaloux. Ainsi ne savent-ils jamais ce qu’en réalité ils désirent, et s’en vont-ils vers la noyade, seule la mort peut les délivrer d’un jeu  qu’il ne maîtrisent pas, et qui les fait souffrir lorsqu’il a fini de les amuser.

 
 Il faudrait revoir " Deux anglaises et le Continent" qui  met également en scène un trio ( deux femmes et un homme) et des solutions encore différentes...

La télé a diffusé plusieurs films dont Jeanne Moreau est la vedette; l'un des plus intéressants est " Une Histoire immortelle" d'Orson Welles, s'ils pouvaient le passer...
 
 
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24 janvier 2008 4 24 /01 /janvier /2008 00:01

AbdelaHafsia-Herzi.jpgttif Kechiche La Graine et le mulet

 

 

 

A 61 ans, Slimane, ouvrier sur un chantier naval du port de Sète est mis au chômage. Il ne travaille plus assez vite, et, ici comme en Angleterre (Voir It’s A Free World), on préfère embaucher des étrangers, voire des clandestins, à bas prix, et sans mesures de sécurité.

 

Il ne peut espérer de retraite digne de ce nom même ayant travaillé trente cinq ans. En effet, la société qui l’embauche ne l’a déclaré que durant les quinze dernières années.

 

 

 

Il rentre chez lui plus soucieux que jamais, distribue un lot de poissons que lui ont donné ses amis pêcheurs à sa famille. Son ex-femme et sa fille ne font pas grand cas des mulets, son ex-femme préférerait de l'argent dont elle manque ;  sa fille aussi qui travaille à la conserverie, et  se bat pour conserver un salaire décent ; mais sa compagne qui tient un hôtel modeste où il vit, et  sa belle-fille, Rym, l’accueillent avec chaleur. Apprenant son problème,Rym  lui propose d’ouvrir un restaurant sur le port. Le bateau dont il est propriétaire servira à cet effet. Slimane, on le sent, ne s’intéresse pas vraiment au projet, tandis que Rym y tient beaucoup, elle ne veut pas finir sa vie comme serveuse de bar.

 

 

 

Cependant, digne et obstiné (comme un mulet ?)  il accompagne la jeune fille dans les démarches officielles qui s’avèrent peu prometteuses. Alors, Rym et lui décident de faire retaper le bateau et d’offrir un repas de couscous de poisson  à toute la municipalité. Ce plat doit devenir la spécialité du restaurant.

 

Slimane commence à y croire, fait travailler ses fils. Le soir tant attendu arrive. Des problèmes de ravitaillement inattendus vont causer des dommages irréparables, mais aussi réconcilier l’ex femme de Slimane et sa compagne actuelle, ainsi que les enfants de Slimane et sa belle fille, pour mener à bien le projet.

 

 

 

Ce film est comme une invitation. Abdelattif Kechiche nous convie dans sa communauté, nous fait vivre au plus près des membres de  cette  famille d’immigrés qui assument pleinement leur exil, assister à leurs déchirements, leurs joies, leurs espoirs, à tous les gestes de la vie quotidienne. Une ambiance chaleureuse, des gens sympathiques, sincères, artistes, surtout les femmes, et qui savent nous toucher.
Le metteur en scène montre aussi que la communauté maghébine  vit normalement sans la moindre trace de fanatisme religieux.

Nous les  admirons , car les français, pour la plupart n 'ont pas ces qualités humaines.

Comme dans  l'Esquive, Abdelatif Kechiche évite la grandiloquence, le happy end artificiel aussi bien que le mélodrame.   

 

 

 

  graineetlemulet04-copie-1.jpg

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20 janvier 2008 7 20 /01 /janvier /2008 12:16

Sean Penn Into The Wild, film américain 2008.Into-the-Wild-2006-2.jpg

 

 

 

Basé sur un roman de Krakauer qui relate une “histoire vraie » celle de Christopher Mc Candless, fraîchement diplômé de l’université,  qui entreprend en 1990, un voyage en stop, quittant sa Virginie natale pour le Colorado, l’Arizona, la Californie, l’Alaska enfin, avec pour but de survivre en milieu naturel  dans un environnement difficile,  aventure qui lui sera fatale.

 

 

 

Chris n’a pu raconter son histoire de vive voix mais il a laissé un journal de bord dont le romancier, puis le cinéaste, s’inspirent pour mettre en image et en dialogues son périple.

 

Ce qu’il raconte est assez banal : il en a marre de la civilisation et veut se mesurer aux éléments naturels, où se trouverait la vraie vie. Il part avec trois livres Tolstoï, Jack London, et Thoreau (ce dernier était très apprécié des hippies), auteur de Walden ou La Vie dans les bois.

 

La narration est alternée : Jena, la sœur de Chris s’exprime aussi sur les faits et gestes de son frère, et relate une version assez différente : Chris serait parti comme on fuit parce qu’il était perturbé par une enfance et une adolescence marquée par les disputes violentes des parents et leurs mensonges vis à vis des enfants. Mais, objecte-t-elle, « seul Chris pourrait raconter son histoire telle qu’il l’a vécue ».

Oui, mais  le fait-il ?

  
 

 La photo de paysage : Ce pourrait être intéressant si la mise en scène était bonne. Le cinéaste utilise la photographie de manière souvent fâcheuse ; comme une série de cartes postales à grand effet. Les blés sont trop jaunes, la rivière trop argentée, les flots trop brillants, les montagnes trop blanches et trop escarpées. Le cadrage non plus, n’est jamais original. Les passages au ralenti ennuient dans un film semblable.

   
 

Le personnage de Chris : il est inconsistant, avec sa tête de brave garçon au gentil sourire et restera peu expressif jusque dans l’agonie.

 

Il a l’habitude d’ouvrir les bras et de crier sur les hauteurs pour entendre son écho lui répondre avec une évidente satisfaction.

 

 Tout le long du parcours il va se réciter des phrases de ses auteurs favoris, comme des mantras. Je n’ai pas retenu ces citations qui sont nombreuses, pas un seul mot ; je peux seulement dire qu’elles m’ont paru pleines d’une naïve exaltation que je n’ai pas partagée. Bizarrement je n’ai retenu que le discours de sa sœur !

 

C’est énervant de le voir brûler des billets de banque (une manie chez ceux qui n’ont jamais manqué de rien).

 
 

Les rencontres : Chris va faire la connaissance d’une femme, dont le fils est parti sans laisser de nouvelles (comme lui), d’une très jeune chanteuse folk, Tracy, qui veut se donner à lui mais il n’accepte pas à cause de son âge, et se montre réservé, lui qui est tout sauf prudent…

 

Et finalement d’un septuagénaire sans famille, qui voudrait l’adopter, et l’emmène jusqu’en Alaska. Il se montre aimable avec tout le monde, peut-être voudrait-il une nouvelle famille ?

 
 

Et là, arrivé au but, se révèle la tendance suicidaire du jeune homme. Il s’installe dans un bus et rencontre des problèmes de ravitaillement. Bien que son grand-père adoptif lui ait donné un équipement de pêche, et que la rivière soit proche, il ne s’en sert pas. Il fait usage de son fusil pour tuer un élan, mais a la mauvaise idée de mettre les morceaux de viande dans un trou de terre, où les vers viennent grouiller ; s’il les avait conservés dans l’eau, il aurait eu de meilleures chances de les garder. Enfin, il s’empoisonne avec des plantes vénéneuses,  n’ayant pu acquérir en si peu de temps une faculté de reconnaître ce qui est mangeable.

 

On attend un  film d’apprentissage et l’on a une course au suicide.

 

 

 

 

 

 

 

 

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13 janvier 2008 7 13 /01 /janvier /2008 14:37

It-s-a-free-world2--copie-1.jpgxIt’s A Free World Ken Loach

 
 
 
Londres de nos jours.
 

Une jeune femme de 33 ans, Angie, recruteuse dans une anpe privée, est victime de harcèlement sexuel de la part de ses patrons? Ne voulant pas leur céder, elle perds son emploi.

 
 
 

Avec son amie Rose, égalment malchanceuse professionnellement, elle monte leur propre agence de recrutement dans l’arrière-cour de la brasserie qu’elle connaisse. Elles fournissent à des entreprises diverses, une main d’œuvre bon marché, de travailleurs immigrés. Ceux-ci sont en situation précaire, et même se retrouvent «  journalier » comme on disait autrefois !

 

Bientôt, elle doivent élargir leur recrutement aux sans-papiers, aux clandestins, voire à des réfugiés politiques ( ne bénéficiant pas de l’asile politique). Angie prévoit de travailler légalement dès qu’elle en aura les moyens mais cette issue heureuse se fait attendre, d’autant plus que, apparemment, les agences qui font travailler les clandestins, bénéficient d’une relative immunité.

 
 
 

Angie se venge de ses humiliations précédentes : elle est son propre maître, c’est elle aussi qui se choisit, parmi les travailleurs qu’elle recrute, des hommes sexuellement plausibles pour un soir, à l’occasion.

 
 
 

Si les autorités ferment les eux, le métier n’en est pas moins dangereux, Angie se fait molester par des ouvriers qu’elle n’a pu ou voulu payer, et qui, en outre, ont eu des accidents du travail, pour lesquels ils n’ont pu se faire soigner.

 

Elle continue, infatigable, quitte à se retrouver en contradiction avec elle-même : un jour, elle fait  chasser d’un bidonville des sans-papiers, pour y loger  un groupe de travailleurs clandestins qu’elle va placer dans  des entreprises. Dans ces victimes se trouve une famille qu’elle a autrefois hébergée…

 

Cette Angleterre que l’on nous montre, alors que Tony Blair fait sa publicité pour devenir gouverneur de l’Europe, est victime de l’ultra libéralisme. La grande majorité des gens travaillent énormément, dans de mauvaise conditions, pour de très mauvais salaires, sans couverture sociale (contrairement à ce que prétend Michel Moore dans Sicko qui voit la Grande Bretagne comme un paradis au niveau des soins médicaux).

 

Les Anglais, tels qu’Angie, se retrouvent souvent exploiteurs et exploités en même temps.


J'ose confesser que malgré son comportement fâcheux, j'ai bien aimé cette femme, vive, énergique, pleine de vie, comme d'ailleurs la jeune pianiste dans " Just A Kiss" ( un film plutôt mal accueilli,  et que je n'avais pas osé défendre).

Chez Ken Loach, il y a aussi un autre type  de personnage féminin,  des femmes vaincues par la société, déprimées, en pleine détresse physique et morale comme la mère du jeune garçon dans Sweet Sixteen, ou encore  la jeune fille de Family Life : on ne les oublie pas aisément non plus...

 
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23 octobre 2007 2 23 /10 /octobre /2007 10:09
Osman Elkharraz et Sara Forestier
© Rezo Films Galerie complète sur AlloCiné
Une cité HLM à Saint-Denis.

Krimo se lasse de son amie Magali et s’intéresse à Lydia qui joue un rôle dans la pièce de Marivaux «  Les Jeux de l’amour et du hasard » que les collégiens préparent avec leur prof de français pour une représentation de fin d’année.

Krimo veut plaire à Lydia, et pour ce faire, lui donner la réplique. Ses copains le critiquent disant que le théâtre c’est pour les pédés. Il tente néanmoins de jouer Arlequin, dans la scène où il déclare sa flamme à Lisette déguisée en Madame, et la démasqe. C’est le moment où les masques tombent pour les serviteurs.

 
l'esquive Krimo apprend le rôle

Krimo ne parvient pas à interpréter le rôle.  Le professeur, une femme, explique aux élèves le sens de la pièce. Marivaux veut dire qu’il n’y a ni amour ni hasard. Malgré les déguisements et les changements d’identité, les couples se forment comme la société le prévoit, les serviteurs ensemble, les enfants des maîtres idem, liés par intérêts et affinités de classe sociale, quand bien même ils invoqueraient l’amour.

Cette lecture est intéressante et mériterait un approfondissement.

 L'esquive Lydia et sa prof

Les rôles de cette scène correspondent à ce que vivent les adolescents. Lydia a plu à Krimo avec la robe de Madame dans laquelle elle se promenait fièrement dans tout le quartier. Elle se débrouille avec les langages et la cultures appris à l’école, et s’intègre à la société. Beau garçon, Krimo est déjà largué et condamné à rester dans la cité. La fille s’esquive et ne peut répondre, lorsqu’il lui demande de sortir avec elle.Car ils ne sont pas exactement du même monde, mais en cherchant à jouer Arlequin en dépit des quolibets de ses camarades, il lui a donné en quelque sorte, une preuve d'amour...


Cette hésitation, et les pressions exercées par les amis de Krimo sur le groupe de Lydia, créent une forte tension et une échauffourée avec des flics cogneurs.

 

Tous les clichés romanesques sont évités, et le cinéaste se garde bien de dénouer les conflits.

Les jeunes comédiens amateurs jouent d’une façon véridique avec beaucoup d’enthousiasme.

 

Ce film a été diffusé sur Arte le 3 septembre 2007. Malheureusement je ne l’ai pas vu en salle.

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18 octobre 2007 4 18 /10 /octobre /2007 10:03
Andy Gillet et Stéphanie de Crayencour
© Rezo Films Galerie complète sur AlloCiné

L’Astrée est un gros roman du début du 17eme siècle  un roman pastoral, en fait l’un des derniers du genre.

Il met en scène des bergers,  ce terme ne désigne pas un métier mais une façon de vivre à la campagne, sans autre occupation que l’amour, chanté, célébré de toute les façons, débattu, mais chaste en principe. Dans le film de Rohmer, c’est loin d’être  certain.

 Le roman pastoral  a quelque  rapport avec le roman courtois et l’on se souvient que Rohmer a adapté  Perceval dans les années 80.

   

L’action se situe dans une Gaule imaginaire. Astrée et Céladon sont  donc amants.

Astrée a vu son ami flirter avec une autre bergère au bal. Elle le chasse et lui ordonne de ne pas reparaître devant elle. Au désespoir, il se jette dans la rivière, est sauvé et recueilli par des nymphes et un druide. Libéré des assiduités pour lui importunes d’une des nymphes, il prétend cependant ne pouvoir reparaître devant Astrée sans l’accord de celle-ci qu’elle ne saurait lui donner puisqu’elle le croit mort. Après un séjour vagabond en forêt, à  chanter son affliction en vers libres, il accepte de se faire passer pour la fille du druide pour entrer en contact avec Astrée.

 

Le seul extrait du livre que je connaissais est le discours d’Hylas en faveur de l’amour libre. Les enseignants disaient que c’était très moderne pour l’époque ce plaidoyer. Mais pour notre époque qu’en dire ?

 

Lycidas, le copain de Phillis, amie d’Astrée, défend le point de vue de la fidélité : l'amour est éternel en l'autre on recherche ce qui est en soi ; dans l’amour, deux être ne font plus qu'un.

Hylas, partisan de l'amour libre, réplique au contraire on ne désire que ce qui est hors de soi. Disons : ce que l’on n’a pas ; l’autre que soi.

 Pour Lycidas l'autre forme un cercle avec soi. ??

Hylas lui répond  si tu te penses semblable à Phillis c’est que tu es une femme.

 Lycidas objecte que dans cette fusion amoureuse seules les  âmes sont semblables.

 Hylas lui dit tu vas garder l'âme de Phillis et tu me prêtes le reste, son corps, on verra qui sera le plus heureux.
C’est un joli tour de rhétorique et Hylas a gagné la partie.

Mais ils ont raison tous les deux l’amour est à la fois narcissique et recherche de ce qui nous manque et il s’éteindrait d’être comblé.

Ces débats pour ou contre la fidélité conjugale sont  intéressants mais  convenus et l’on sait que, de toute manière ni la fusion de deux en un, ni l’inconstance ne donnent de résultats satisfaisants.

Les mises en parallèle du monothéisme et de la fidélité conjugale, que professe le druide un peu plus tard,  Rohmer nous les sert depuis toujours. Mais les variations sur ce sujet furent plus piquantes dans des films comme Ma nuit chez Maud.

Ici rien de piquant car tout est donné d’avance et l’on sait pertinemment aussi comment va se terminer le différend amoureux des protagonistes. Absence de suspense et tout le monde est innocent. L’innocence la pureté l’absence de vraies contradictions chez les héros les rend niais. On assiste aussi à une grande quantité de célébrations et de rituels sacrés et champêtres qui finissent par lasser. 

Peut-être est-ce tout simplement que l’Astrée, monument que bien des agrégatifs redoutent de trouver au programme, n’est décidément pas recevable pour tous les publics de lecteurs d’aujourd’hui.

Rohmer s’il a eu l’intention de le moderniser on peut ne pas percevoir cette volonté. On a dit que le travestissement de Céladon était une péripétie passionnante.

Mais dans le film cela n’apparaît nullement comme une péripétie. Céladon avait réussi à fréquenter Astrée autrefois en se faisant passer pour sa copine aux yeux des parents. On se doute bien que le recommencent de leur relation va passer par le même biais.  

Pour moi le plus mauvais film de Rohmer.

Ses adaptations littéraires sont agréables si l’on aime l’ouvrage en question la marquise d’O. et moins déjà Perceval  avec ce choix de faire crucifier le chevalier à la fin. Il faut pourtant reconnaître que cette action avait quelque chose de terrifiant, de la grandeur. L’ensemble très fabriqué mais des passages délicieux comme celui de «  la pucelle aux petites manches » avec un André Dussolier génial.

Mais L’Astrée ce n’est  guère  palpitant.

 Le langage est pourtant assez agréable, je crois que ce sont les images qui  m’ennuient…

 
 
 
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23 septembre 2007 7 23 /09 /septembre /2007 22:12
Anamaria Marinca
© Bac Films Galerie complète sur AlloCiné
Un film de Cristian Mongiu, palme d’or à Cannes.
 

Dans la Roumanie de Ceaucescu, à Bucarest deux ans avant la chute du tyran. Gabila et Otilia sont étudiantes et partagent une chambre dans un foyer. Gabila est enceinte et ne veut pas garder l’enfant. L’avortement est interdit de puis 1966, et la contraception semble difficile dans un monde corrompu où l’on achète une absence aux cours par des paquets de cigarettes, où dans les hôtels règne une surveillance policière constante. Gabila a rendez-vous avec un avorteur, « monsieur Bébé ». Otilia a réuni l’argent qu’il demande et veut aider son amie dans ce moment difficile. Mais elle va de mauvaises surprises en mauvaises surprises. Gabila n’a pas réussi à retenir de chambre, elle oblige son amie à rencontrer l’avorteur à sa place… une fois dans la chambre, monsieur Bébé constate qu’elle est enceinte de quatre mois, fait la morale et force les deux filles à se prostituer. Quatre mois, comme le titre l’indique, elles ne peuvent plus reculer…

 
 
 

Ce film dénonce une société policière et corrompue. Il repose aussi sur le personnage d’Otilia, qui domine le film. Cette belle jeune fille à la forte personnalité, voit son existence chavirer en l’espace d’un jour et d’une nuit. Tandis que son amie se comporte de façon passive, elle vit à fond toutes les expériences pénibles, Une soirée dans la famille beauf de son ami, une course éperdue dans la nuit avec le fœtus dans son sac cherchant un endroit où se défaire du fardeau au milieu de quartier miteux et délabrés, stressée par des lumières violentes, des recoins sinistres, des passants douteux. Cette déambulation angoissée est un moment de cinéma très réussi.

 

 On n’oubliera pas non plus le regard d’Otilia qui découvre le fœtus et l’observe longuement, ce mélange de détresse, de sidération et de pitié contenues.

 
 
 
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11 septembre 2007 2 11 /09 /septembre /2007 10:47

La-Corde.jpgAlfred Hitchcock La Corde ( the Rope , 1948)

Un crime vient d’être commis par deux jeunes gens, Brandon et son bras droit Philip.

Dans la salle à manger de l’appartement à New york, ils ont étranglé un de leur camarade David, et l’enfouissent dans un coffre.

Ils ont organisé une fête pour les amis et parents de la victime, et leur professeur est invité.

Brandon veut dresser le buffet sur le coffre.

Brandon a pris au sérieux les théories de son professeur Rupert Cadelle selon lesquelles une élite peut s’arroger le droit de tuer des êtres jugés inférieurs qui ne serviraient en rien à la société et lui seraient de ce fait nuisibles parce qu’inutiles. La terrible théorie est celle que l’on peut lire aussi dans Crime et châtiment pour ne citer qu’un exemple.

Tuer simplement pour être le maître. Alors que, pour être le maître il existe de nombreuses procédures d’intimidation, (des discours…) directement autoritaires ou dissimulées derrière une avalanche de bons sentiments. Qui suffisent la plupart du temps.

Philip a obéi à son ami plutôt par force et nous ne connaissons pas ses propres motivations. Jamais ce complice ne semble se soucier des théories du professeur.

Le choix de la victime n’a pas été arbitraire, David était le préféré du professeur.

La mise en pratique de la théorie de Rupert pourrait n’être qu’un prétexte pour éliminer un autre étudiant dont ils sont jaloux. En effet David, était plutôt un âtre supérieur suivant le point de vue du professeur en tous cas.

En même temps le désir d’offrir à cet enseignant une victime sacrifiée semble patent chez ces deux jeunes psychopathes.

Au cours de la soirée, les assassins cherchent à faire énoncer à leur professeur la fameuse théorie et se rendent compte qu’elle est plus ambiguë qu’il n’y paraissait.

Ils sont contraints de se munir d’un revolver pour le laisser prendre connaissance de l’acte, lui montrer la victime sacrifiée. Rupert est obligé, quoiqu’il repousse le moment de les croire, d’apprendre la vérité, et de se sentir responsable. On l’a mal compris, on lui renvoyé ses paroles en pleine figure…

Temps : une soirée. Un seul plan prolongé (apparemment, en fait les spécialistes en repèrent plusieurs mais beaucoup moins qu’il n’en faut pour une film normal)

Cette technique fait que le film dans son déroulement ressemble à du théâtre filmé par une caméra qui accentue habilement le suspense.

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14 août 2007 2 14 /08 /août /2007 20:59

Saraband, Ingmar Bergmann

 

sarabandsmallUn homme âgé de 86 ans, retiré dans une vieille demeure, s’ennuie. Ne lui reste quela haine pour son fils de quarante cinq ans qui semble plus vieux  que son père et privé de son l’énergie .

Qu’a-t-il fait ce fils ?

D’abord ce n’est pas une fille ; ensuite il est professeur de violoncelle à l’université ; pire encore, il est veuf et reste attaché à sa femme qu’il aimait. Pour finir, sa fille, également violoncelliste, il la garde avec lui, la séquestre un tantinet, en a fait sa confidente, et leurs relations sont ambigües. 

L’ancienne maîtresse du vieux ( Liv Ullman) vient lui rendre visite et en profite pour lier connaissance avec le fils, et Karin la petite fille. Elle réussit à persuader cette jeune fille de partir à l’étranger étudier avec une amie, de fuir cette famille mortifère.

On a l’occasion de contempler tous les membres de cette famille en chemise de nuit.

Au cours d’une crise, Karin s’enfuit de la maison paternelle vêtue d’une chemise de nuit blanche, qu’elle tache à peine, rustique, jusqu’à un ruisseau où elle patauge, décidant finalement de ne pas s’y engloutir ni s’y noyer.

Liv Ullmann , 65 ans porte bien la chemise de nuit ( la même) avec une certaine majesté. Le grand-père en porte une lui aussi, plus courte, et lors d’une nuit d’angoisse lorsqu’il va retrouver son ex, il enlève la chemise, et Liv accueille ce corps fatigué pour un câlin.

Le leitmotiv, la photo de  là femme adorée du fils, disparue quelques années auparavant. Le cliché est en noir et blanc un visage lisse souriant , agréable. Ils la trouvent très belle fascinante, moi banale.

Karin parti, Le fils tente de se trancher la gorge, mais comme dit son père « il n’est même pas foutu de réussir quelque chose celui-là, même pas son suicide ».

Bergman ne se trompe pas sur la nature des relations familiales. La haine et l’esclavage l’emportent. Le passé est magnifié : la femme morte dont on voit la photo si souvent, était pour les survivants une sainte. Mais rein dans ce film me surprend ni ne me retient vraiment. Tout de déroule comme je l’attends. Les vieilles chemises sentent la naphtaline ;

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13 août 2007 1 13 /08 /août /2007 13:07
Profession-reporter.jpgMichelangelo Antonioni (1912-2007)

Titre anglais : The Passenger

Film de 1975
 

David Locke travaille pour la TV anglaise ; il doit rencontrer en Afrique noire un groupe de révolutionnaires qui veut renverser le régime en place et les interviewer. Sa voiture tombe en panne dans le désert. Il réussit à regagner l’hôtel et, dans la chambre contiguë à la sienne, découvre son voisin Robertson, mort dans son lit. A la surprise effrayée, succède le plaisir, généré par l’idée quelque peu diabolique qui lui vient à l’esprit. Echanger son identité civile avec celle du mort. Echange des photos sur les passeports, vol des affaires de Robertson, surtout son agenda avec ses rendez-vous. Transport du cadavre dans sa propre chambre ; annonce à la réception de la mort de Locke.

Puis, suivant les indications de l’agenda, il se rend à Munich pour y retrouver Achébé qui dirige le groupe de révolutionnaires africains. Robertson avait des plans d’armes à leur vendre. Locke se charge de la transaction, reçoit l’argent et rendez-vous à Barcelone pour un nouveau contrat.

Rachel, la femme de Locke, se trouve à Londres avec Martin, son employeur. Apprenant sa mort ils discutent ensemble de sa carrière. Sachant que Robertson est le dernier à avoir vu Martin vivant, ils cherchent à le joindre.

Achébé s’est fait prendre par la police à Munich, et Locke ne trouve personne à Barcelone. En revanche, il aperçoit Martin, qui cherche Robertson, et prend la fuite. Dissimulé dans la Casa Battlo, il rencontre une jeune fille, étudiante en architecture, se confie, lui demande de l’aide. Elle va récupérer ses affaires à son hôtel, sème Martin qui surveille les abords.

Mais Rachel, a trouvé les effets de David à l’ambassade d’Afrique, son passeport avec la photo de Robertson dessus, et avertit la police espagnole. Les policiers qui ont coffré Achébé partent à la recherche de  Robertson supposé l’avoir assassiné.  Rachel part à sa poursuite à lui.

La course-poursuite aboutit à Almeria où David fuit toujours avec son amie occasionnelle. Ils se séparent et il se rend à Osuna pour le rendez-vous suivant indiqué sur l’agenda. Descendu à l’hôtel, il y retrouve la jeune fille qui a pris le nom de « Mme Robertson »  la persuade de partir et s’enferme dans sa chambre. C’est par la fenêtre de cette chambre que l’on voit Rachel, les policiers, et la jeune fille découvrir Locke étendu mort sur son lit, après que l'on ait  longtemps contemplé la cour à travers les grilles de la chambre.

 

 

Film d’action et beaucoup plus que cela. Locke abandonne son identité pour celle de Robertson, homme d’affaire vendeur d’armes. Tandis que l’on évoque la personnalité et la carrière de Locke supposé mort ( grâce à Rachel et Martin) le vrai Locke se débarrasse de tout ce qui le représente concrètement, voiture, vêtement, matériel photo et caméra, et endosse la chemise de Robertson, utilise son billet d’avion, son agenda, son revolver.

Pourquoi a t’il échangé son identité ? David Locke tel que sa carrière est rapportée, n’était pas un raté, ne détestait pas sa profession, appréciait les situations difficiles en tant que reporter, était admiré et critiqué en même temps.

Robertson était un trafiquant d’armes, mais il les vendait à des révolutionnaires désireux de libérer leur pays, et il a été aussi…poète. Un homme encore plus mystérieux que Locke. On songe à Rimbaud…

 
Les deux hommes se sont parlés avant la mort de Robertson.

Dès lors que David se fait passer pour Robertson, ce dernier n’est plus tout à fait mort et David beaucoup moins vivant…

 

Petit à petit on se rend compte que  David Locke en avait marre d’être lui-même ; Robertson était plus efficace que lui, un véritable homme d ‘action.

David a voulu la liberté : faire table rase de lui-même, prendre la peau d’un autre. Il est dans une impasse. En lieu et place de sa caméra il n’a plus que ce revolver : il s’agit de viser une cible.

 En tant que reporter il agissait selon un plan par lui décidé, à présent il n’a plus qu’à suivre les indications d’un agenda. Ne prenant plus de décision, s’il veut savoir quoi faire de lui, il s’en remet à la jeune fille rencontrée à Barcelone. C’est elle qui lui conseille de continuer à être Robertson, afin d’avoir un but.

Locke : rapport avec le verbe to lock : verrouiller. Enfermer.

En effet si dans un moment d’absence David Locke prend l’identité d’un mort ( jeu sérieux) il s’enferme dans un itinéraire plus décevant qu’aventureux, dont les épreuves ne s’avèrent pas gratifiantes, et qui s’achèvent dans une course-poursuite. Pourtant c’est dans un hotel « Gloria » que prend fin son périple. Est-ce une dérision ? David n’a rien gagné à devenir Robertson. Il aurait pu se suicider d’abord, la fin eût été moins longue.

Juste avant sa propre fin, à l’hôtel Gloria, il dit à la jeune fille devenue sa confidente, qu’il a connu un aveugle qui a recouvré la vue à l’âge de quarante ans. Déçu de la transformation, ce dernier ne voyait que saleté et laideur par rapport à ce qu’il avait imaginé. Et ce qu’il voyait lui faisait peur : le mouvement, les choses en mouvement.

 Il s’enferma alors dans sa chambre et y vécut à nouveau dans l’obscurité, jusqu’à son suicide.

 

Antonioni est mort... 
 
Profession : reporter ( Antonioni )
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