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30 octobre 2008 4 30 /10 /octobre /2008 07:00


Dans une petite ville portuaire, Maloin est veilleur de nuit. De sa guérite, il surveille les bateaux qui viennent mouiller  dans le port et les activités qui y sont afférentes.

Une nuit, il assiste à un combat entre deux voyageurs venus de Londres qui se disputent une valise. L'un d'eux tombe à l'eau avec son chargement et l'autre s'éclipse... Maloin récupère la valise à l'aide d'une gaffe et les 60 milles livres qu'elle contient.

Il commence par reprendre sa  fille Henriette officiellement  employée chez le boucher, qui la prostitue... mais le voleur survivant rôde toujours dans le coin, et un inspecteur arrive de Londres...


Je n'ai jamais lu ce «  Simenon » qui semble intéressant. Le cinéaste traite le sujet  avec un souci d'esthétique très poussé.

La photographie est en noir et blanc, choix assez rare de nos jours. Un goût prononcé pour le clair-obscur. Une photographie superbe...


L'action se caractérise par son extrême lenteur: l'incipit  nous montre l'étrave du bateau émergeant progressivement de paquets de brume d'ombre et de piliers sombre.

Le plan fixe est privilégié, surtout pour les visages en gros plan. Des visages marqués, parcourus de rides profondes ou d'imperfections,  désespérés ou hagards (Henriette, la fille de Maloin, peut paraître demeurée au premier coup d'œil, tant son regard est absent, ensuite on se rend compte qu'il n'en est rien.)

Des mouvements réguliers se répètent inlassablement. Un homme qui marche, son corps monte et descend, mais malgré ce « déplacement »,  le paysage reste quasiment immobile autour de lui. Des passagers descendus du navire avancent lentement vers le train où ils montent. Nous avons l'impression que c'est toujours le même passager effectuant des gestes immuables.

Les actions qu'on nous montre, en les détaillant,  sont les plus élémentaires possibles. Des ablutions, des taches ménagères, l'ingestion d'aliments et de boisson, la marche...les objets ordinaires sont également présents avec insistance ( une boule de billard dans l'hôtel).

De même les sons se répètent invariablement et contribuent à l'installation de l'atmosphère

En particulier quelques mesures d'accordéon,  se reproduisent à l'identique occupant  une grande partie de l'espace sonore.

Lorsque Maloin, sa femme et sa fille se mettent à table devant la soupe, un choc sourd se produit qui sera longuement répété. Je l'ai identifié comme étant une goutte d'eau s'écrasant toujours à la même place. Et j'ai même cru que la goutte d'eau venait de s'écraser dans l'assiette de la jeune fille, raison pour laquelle elle ne voulait pas toucher à son assiette de soupe... erreur ! On comprend bientôt que ses soucis sont autres. En tout cas le « ploc » se répète pendant un bon quart d'heure, pas forcément une goutte d'eau qui tombe quelque part, mais il renforce puissamment  l'impression de malaise.

Le langage que parlent les personnages est étrange : un français et un anglais à l'accent non identifiable, les mots sont prononcés avec précaution en tirant sur certaines syllabes ou au contraire à demi avalés...

La violence entre les personnages, les scènes de dispute entre Maloin et sa femme, entre Maloin et  la bouchère, est mise en scène de façon très particulière, gestes lents et lourds, répliques qui se télescopent, l'action prise dans une sorte de semi-ralenti effrayant.

Nombre de ces partis pris esthétiques produisent des effets hypnotiques (répétitions de sons, et de gestes identiques...)


Evidemment, Bela Tarr  a des velléités  qui relèvent de l'expressionnisme allemand. Il se souvient  de Fassbinder.


Dans l'ensemble, la volonté de faire partager un univers onirique singulier,  est la bienvenue, mais le cinéaste en fait trop : les plans sont décidément trop longs et affadissent  le propos.

Ce film a été récemment chroniqué par Dasola

 




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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 23:06


Avec les frères Dardenne, c'est toujours la première fois... Souvent, j'ai vu,mise en scène ,l'expérience de l'addiction à la drogue dure, mais je n'avais aucunement approché l'horreur de la chose, avant de voir la détresse de Claudy, composition prodigieuse de Jérémie Régnier (meilleur que dans l'Enfant)


Lorna est une jeune albanaise, jolie et volontaire,  qui  a contracté avec Claudy un mariage blanc, pour acquérir la nationalité belge. Lui voulait sans doute de l'argent pour s'acheter de l'héroïne, mais il essaie de se sevrer. Ce n'est pas le problème de Lorna,  pressée de divorcer, pour se remarier avec un Russe,  désireux lui aussi de devenir belge. Avec l'argent de ces secondes noces blanches, elle veut ouvrir un snack au centre ville, et vivre avec Sokol, son ami, qui travaille dans un réacteur nucléaire en Allemagne.

Lorna, elle-même ne chôme pas ; tous les jours, elle est levée à six heures ,et travaille dans un pressing jusquà la tombée de la nuit à blanchir on ne sait quel linge... Mais de mariage blanc en mariage blanc, elle en voit de toutes les couleurs.

Toutes ces transactions  sont réglées par Fabbio, une vraie crapule ,qui provoque le décès de Claudy par overdose, afin d'activer le processus.


Cette mort rend Lorna à elle-même. Elle se rend compte que la vie humaine ne vaut pas cher pour ces messieurs,  même pas aux yeux de son ami Sokol, qui en outre, l'a laissée  supporter de dures épreuves, sans y prendre part... Lorna comprend qu'elle avait noué des liens avec Claudy, dont elle se défendait, et qu'il était le seul à la respecter, à avoir de l'affection pour elle. Elle s'imagine enceinte de lui, refuse de poursuivre l'ignoble marché de Fabbio, se sauve dans la forêt, parlant à un être, son bébé imaginaire, et sans doute aussi le fantôme de Claudy. Car Claudy, dépendant,  se conduisait avec elle comme un enfant, réclamant de l'aide, qu'elle lui donnait avec parcimonie.


Comme tous les films des Dardenne, la fin n'est pas donnée. Le héros est engagé dans un processus, auquel on peut imaginer une issue plus ou moins favorable. Issue indécidable dans le Fils, peut-être favorable pour Rosetta qui renonce au suicide, presque happy end dans l'Enfant, ici nettement plus sombre. Lorna se trouve dans une situation impossible et de plus, elle semble avoir perdu la raison.


La caméra suit Lorna dans tous ses déplacements ; la jeune fille est tendue, volontaire, vive, énergique, éperdue à la fin.

Son existence « maritale » avec Claudy donne lieu à des scènes fortes et violentes.,  Nous soupçonnons que cet homme, qui l'avait épousée pour de l'argent,  s'en est épris, à sa manière.

  Dans ce film, un certain nombre de plans et  séquences sont des événements esthétiques.  Les frères Dardenne s'autorisent  maintenant l'esthétique, la beauté  plus ou moins gratuite...

Lorna vient d'entrer dans une pièce, sa silhouette se découpe sur un mur blanc et un peu de son ombre sur le mur voisin, l'effet est remarquable, je ne saurais dire pourquoi.

Lorna a signé pour acquérir les locaux où elle pense ouvrir un snack, elle grimpe à l'étage et se trouve face à une fenêtre obscure. On a  l'impression qu'elle va plonger dans le néant.  

Bizarrement, les fenêtres de l'hôpital où Claudy séjourne, donnent sur un paysage irréel blanc neigeux, où de vagues objets colorés émergent. La même apparence de paysage s'observe à travers la vitre du futur snack où Lorna dit  «  j'aperçois le jardin ».

La forêt où elle s'engage paraît bouleversante, les arbres y sont immenses, mais plantés de façon clairsemés. La jeune femme est  dans une situation de détresse, mais elle se déplace avec détermination. Ce n'est pas la femme perdue dans la grande forêt. Pas de feuillages touffus non plus.

On peut dire que, dans cette histoire,  tous les clichés sont évités ou contournés. Ce qui y contribue, c'est l'attention portée à tous les détails que l'on ne montre pas d'ordinaire. Le film s'ouvre sur un comptage de billets de banques qui passent d'un guichet à un autre. Paiement pour le mariage blanc. Les billets montrés en gros plan ont une mobilité inattendue.

Lorsque Lorna dit qu'elle va pisser dans le fossé, un alibi pour téléphoner, on la voit faire dans le menu, tous les gestes adéquats.

La comédienne participe à la tension dramatique : jamais éplorée, l'expression toujours fermée, tendue, sauf pour de brefs instants de joie, vite interrompus. Chacun des personnages même les secondaires, à l'exception du malfrat, et du copain Sokhol, semble vivre un drame intérieur

Un film inoubliable.

Pour davantage d'objectivité :

Lire L'avis de dasola

et aussi la chronique de Papillon


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14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 18:49

(2005)

N'ayant pu voir «  Le Conte de Noël » je me console avec le précédent...

Ce film  exploite avant tout le registre de la comédie, dans ses diverses facettes, de la farce à la comédie de caractère.

Le film est construit sur deux histoires en contrepoint, et qui se croisent : celle d'Ismaël, à tonalité comique celle de Norah, censée être tragique.


Ismaël joue le rôle d'un bouffon. Il garde, dans son appartement, une corde, pour ne pas se pendre, se promène dans la rue vêtu d'une cape évoquant un roi d'autrefois revu et corrigé par son fou. Des scènes telles que son internement, et ses péripéties à l'hôpital psychiatrique relèvent de la farce. Comique pas toujours subtil, la charge à propos de la psychanalyste, comme presque toujours au cinéma, pèse des tonnes. Quand je dis au cinéma... dans les romans c'est pareil... !

La présentation des parents d'Ismaël est mieux venue. A certains moments on rit franchement : le braquage de l'épicerie chez les parents du héros, le vol de médicaments à l'hôpital par l'avocat junkie.


Norah, son histoire ressortit  de la comédie de caractère et  flirte avec le tragique. Les éléments dramatiques outrés feraient pourtant presque rire même s'ils recèlent une part de vérité. L'interprétation d'Emmanuelle Devos, est ambiguë toujours entre rire et larmes.

J'apprécie les passages où elle est avec son fils Elias. Son rôle de mère se révèle problématique, l'entente avec l'enfant n'est pas donnée d'avance, jamais complète, toujours remise en question. Il n'y a pas non plus de recherche de fusion ni d'effusion. Lorsqu'elle va le chercher à la colonie de vacances, il ne veut plus lui parler, s'éloigne, se perd, se sauve. A d'autres moments il reste sagement à ses côtés mais absent, insaisissable.

Norah se comporte en petite fille craintive avec son père (qui s'est occupé d'Elias à cause des déboires conjugaux de sa file) Norah lui achète une gravure représentant une scène grecque » parce que tu es professeur de grec, lui dit-elle, comme si c'était là un fait qui lui était étranger, et ne suscitait qu'un sentiment lointain, une craintive admiration.

Elle ne connaît pas vraiment son père qu'elle a toujours côtoyé. Ni Ismaël avec qui elle a longtemps vécu...

Elle connaît d'autant moins ses proches qu'elle a cru en saisir quelque chose et se retrouve toujours en pleine confusion. Ce moment où elle trouve le Journal intime de son père après sa mort, et y lit de violents propos à son encontre » J'aimerais bien ma fille que ce soit toi qui ait mon cancer et que tu meures à ma place. Je te hais d'être en bonne santé » Norah pleure et le spectateur horrifié mais ravi,         est presque saisi d'un rire nerveux. Peut-être parce que l'on soupçonne que c'est bien ainsi que réagissent les gens en une telle circonstance et que ce n'est jamais mis en avant.


Qui sont les rois ?

Le roi de Pique c'est le père de Norah  la lance qui la blesse définitivement, la lecture de ce terrible Journal posthume et le fait qu'elle n'ait jamais eu le statut d'adulte  en face de lui.

Le roi de cœur, il faut supposer que c'est tout de même Ismaël (le bouffon) puisqu'elle veut qu'il adopte son fils et a connu une vraie vie de couple avec lui.

Le roi de trèfle c'est l'homme d'affaire qu'elle se prépare à épouser. Côté traditionnel et raisonnable de Norah , seule avec un enfant, malgré quelques revenus, elle a cherché  et trouvé un homme financièrement à l'aise. Pas du tout princesse, elle épouse réalistement le type qui a du pognon. Fin possible d'une histoire de mœurs d'un roman d'éducation.

Et le roi de carreau, c'est Pierre, ce premier amant de Norah, affaire tragique qui laisse Pierre suicidé «  sur le carreau ». La volonté de Norah de l'épouser à titre posthume, donnera lieu à une cérémonie religieuse mais pas à une reconnaissance de paternité.

La filiation : c'est le sujet du film.

Les relations père-fille et mère-enfant sont celles qui apparaissent le plus nettement. Je crois moins à la famille d'Ismaël pourtant tellement nombreuse ! Mais la relation qu'il entretient avec sa sœur est forte (ils se détestent, elle aide à le faire interner, ce n'est pas rien).


Ismaël et Elias :

Ismaël c'est ce fils qu'Abraham a eu avec sa servante, préludant à une relation légitime avec son épouse. Au moment de la filiation légitime, Ismaël et sa mère sont chassés. Injuste car La femme d'Abraham était si âgée que l'on peut soupçonner que la servant ait servi de mère porteuse... En tous cas, Ismaël crée une secte quelque part. On le dit ancêtre des musulmans.

Elias c'est Elie : le nom de Dieu le premier qui apparaît dans l'Ancien Testament, et le vrai ( pas une métaphore comme l'Eternel). Ces deux noms ne sont pas choisis par hasard.

Ismaël est au fond un enfant frappé d'illégitimité, chassé de chez lui. D'où le fait qu'il fasse toujours le fou, façon de se tirer d'affaire,  mais obligation de rester dans un monde de dérision.

Le discours d'Ismaël à Elias au Musée de l'Homme, qui clôt le film pourrait s'énoncer ainsi : il ne va pas l'adopter, parce qu'il ne se sent pas lui-même le fils de quelqu'un. Sa « nombreuse famille est sympathique mais  ne tient pas la route ». Et aussi parce qu'Elias n'est pas son fils biologique (jamais dit, cela pourrait compter un peu tout de même). Pour finir parce qu'il n'a rien à transmettre que des dettes très élevées et qui s'expriment uniquement en argent.


L'ambition  de Desplechin : réconcilier le cinéma de recherche et le cinéma populaire

Selon lui, le cinéma de recherche renonce au spectacle, et à l'histoire en même temps, et ne se réalise pas complètement de ce fait. S'il renonce au spectacle, c'est qu'il ne veut pas se mouiller. Le cinéma populaire est cantonné dans le registre de la bêtise et de la commercialisation à outrance.

Réussit-il à concilier les deux ? Ou à renoncer à l'un et à l'autre ?

La réflexion en tout cas est à l'œuvre.

Comme toujours chez Desplechin : des films dynamiques, tragi-comiques, pleins de mouvements, de conflits ouverts, de vérités qui d'ordinaire ne se disent pas. Un côté shakespearien à creuser. 

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9 août 2008 6 09 /08 /août /2008 10:26
Un parc d'attraction à Pékin, baptisé " Les Cinq continents". On y a reproduit, en dimensions réduites, quelques unes des « merveilles du monde » appréciées des touristes. Une Tour Effel de 108 mètres, une «  Amérique » avec les Twin Towers ( «  Les nôtres sont entières » explique fièrement le guide) ainsi que d'autres bâtiments new-yorkais       .. Une pyramide d'Egypte et son sphinx, un désert saharien avec un chameau, un cheval sur une piste, une Tour de Londres, une place Saint-Marc....

Les visiteurs vont de l'un à l'autre, en train  ou en bateau et font le  tour du « Monde » en 80 minutes. Ils peuvent également assister à des spectacles de danse, des tableaux vivants, et acheter des souvenirs dans les commerces du Village International.


Ce décor artificiel et ses coulisses sont la scène où se jouent les existences précaires de quelques couples qui font partie du personnel de ce parc d'attraction. Ils travaillent dur, sont logés dans des bâtiments exigus et obscurs, tassés les uns contre les autres. ; la plupart viennent de loin.


Tao vient du Nord, elle est danseuse depuis plusieurs années pour des spectacles kitsch, et fait de la pantomime, dans des tableaux publicitaires. Taisheng, son ami, est gardien de sécurité du parc. Il a fait embaucher son jeune frère, qui, ébloui par les magnificences du parc, ne cesse de chaparder jusqu'au renvoi. Tous les travailleurs venus de la campagne mènent une vie difficile. Ils se sentent fantomatiques, et, devant ces symboles culturels du monde entier, ne rêvent plus, et savent qu'ils n'iront jamais nulle part même pas en imagination... Les dernières illusions se perdent plus vite dans un décor aussi outré.

Tao avait pour amie Anna émigrée russe, dont elle apprend (par gestes car elles n'ont pa de langue commune) qu'elle est obligée de se prostituer plutôt que de continuer la vie précaire qu'elle mène ici. Car Anna doit subvenir aux besoins de ses enfants. Elle quitte donc le parc...

Son autre collègue de danse, Wei, est surveillée par un ami jaloux Niu, qui exige qu'elle ait son portable allumé en permanence pour contrôler ses allées et venues. Malgré  une persécution violente, elle se voit contrainte de l'épouser. Il lui fait du chantage au suicide.

Taisheng a une liaison avec Qun, qui fabrique des costumes, et, sur le point de partir pour Paris rejoindre son fiancé (dans cet endroit merveilleux qu'est ...Belleville, dont Taisheng s'étonne qu'il ne soit pas représenté au parc d'attraction !!!

Tao apprend cette liaison et, de retour dans les sinistres bâtiments qu'ils partagent, le suicide avec elle, au moyen du poêle qui tire fort mal...

Nous assistons à cette longue agonie...

Taisheng «  tu crois  qu'on est mort ? »

Tao «  Non, ce n'est que le début »

Les deux corps sont allongés dans la neige non loin du « désert », où l'employé se morfond à faire tourner le chameau dans un périmètre exigu...


Peu avant, le plus jeune des frères de Taisheng qui travaillait sur un chantier contigu au parc , tombe d'un échafaudage ;: il travaillait de nuit... sur son lit de mort, il écrit ses dernières volontés «  l'argent qu'il doit à divers commerçants et amis du quartier, de petites sommes qu'on devra payer à sa place, bien écrits, sagement éloignés sur la feuille de papier qu'on lui a remise.


Pendant le film les personnages sont toujours en déplacement : dans un ascenseur de Tour Effel, sur le cheval, dans le train qui les mène au travail ou les ramène chez eux. Dans ces véhicules il s semblent ne pas bouger. Les plans fixes sont d'ailleurs très nombreux.

Ce qui fait la beauté du film c'est aussi le contraste entre la lumière artificielle du parc en plein jour, et l'éclairage sommaire des petites chambres où les couples s'entretiennent le soir, éclairage intimiste mais sordide, du magasin de couture où Taisheng va rencontrer Qun, la lumière blafarde qui éclaire Tao, parlant avec son amie russe, les petites lampes dans les tramway qu'empruntent les employés du parc pour rentrer chez « eux » ou en partir ( le soleil n'est pas encore levé ou déjà couché, bien sûr...)



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27 juillet 2008 7 27 /07 /juillet /2008 09:06

1- Merlin la donne à Uter Pandragon afin qu'il pénètre dans le château de roiet prenne son apparence pour être accepté dans la couche d'Ygraine, sa femme qu'il convoite. Morgane, la fillette dYgraine assiste à l'étreinte.

2- Après la femme, Uter prend le château, le pouvoir... et les reperd ainsi que l'épée.

3- Merlin vient réclamer son dû : Arthur, fruit de l'union qu'il a permise, et qui doit fonder un royaume. Bien éduqué,devenu adolescent, il s'empare de l'épée fichée dans le roc.

4- Arthur est roi. Mais l'épée se brise lors de la première rencontre musclée avec Lancelot d'où Arthur reconnaît en Lancelot l'ami et l'ennemi. Ils font alliance.

5- la Dame du Lac redonne une épée intacte à Arthur.

6- Lancelot se blesse avec l'épée qui devient l'épée de la Mémoire; et l tombe amoureux de la reine.

7- Lancelot et Guenièvre s'éloignent du château pour consommer leur union. Arthur place l'épée entre eux ( épisode emprunté à «Tristan?») et quitte le royaume.
Chroniqueur de l'aventure, Merlin annonce« le temps du dieu unique».

8- Arthur retrouve l'épée près de Guenièvre retirée au couvent et la reprend.

9- Arthur se débarrasse de Mordred le fils incestueux qu'il a eu avec Morgane; grâce à son épée.

10- Mordred mort, Merlin se débarrasse de Morgane qu'il avait rendue magicienne. Répète sa morale « Le temps des enchanteurs est révolu, voici le dieu unique...»
Rend l'âme pour donner du poids à sa proposition.

11- Arthur retrouve Lancelot mourant sur le champ de bataille et l'assure de son amitié avant de maudire l'épée qui n'a pu sauver ce chevalier. L'épée est à présent faillible.

12- Arthur meurt à son tour, confirmant que l'épée est désormais sans valeur. Le petit valet la ramasse, et va la jeter dans le lac, comme Arthur le lui a fait promettre.

Dans le monde qui va naître, on se passera de l'épée magique.

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26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 23:00

Un professeur de menuiserie ( Oliver Gourmet) prend dans son atelier Francis, un apprenti de seize ans, plus ou moins illettré et avare de mots.

Cinq ans plus tôt, Francis fut l’assassin du propre fils de cet homme. Essayant de voler une autoradio, il a étranglé l’autre garçon qui tentait de l’en empêcher.

La femme d’Olivier s’est séparée de lui après la tragédie, a refait sa vie et vient lui annoncer qu’elle est enceinte. C’est alors qu’Olivier prend Francis  à son service et qu’il lui témoigne un intérêt certain, que ne peut ignorer cet adolescent, mis à l’écart. Il veut son professeur pour tuteur, n’ayant pas de père attitré (en outre, sa mère ne veut plus le voir).

Olivier lui apprend la vérité que Francis ignorait après lui avoir fait raconter son acte. Il lui demande même s’il regrette son geste

-Evidemment.
-Pourquoi, évidemment ?
- Ben, j’ai perdu cinq ans de ma vie à Frépon.
 

Le dialogue montre de façon elliptique que cette façon d’adopter un autre fils, précisément l’assassin du sien, est fort ambiguë.

Y-t-il une fascination pour le geste criminel ? Déplacement des sentiments éprouvés pour la victime sur l’assassin comme si le geste criminel les rapprochait ?

Amour et haine sont proches. Francis le sait, qui croit être tombé dans un traquenard, devoir subir la vengeance du père, puis doit accepter la gênante situation. Il ne sera jamais tout à fait en paix. Cet homme est-il là pour lui rappeler son crime ? Un jour futur ne sera-t-il pas la victime, à son tour ? Jusqu’à quel point la situation est-elle clarifiée à la fin du film qui résout une première crise mais nous ne voyons pas le mot fin s’inscrire.

La relation nouée entre eux peut se révéler fructueuse, mais la possibilité d’un retournement de situation est toujours patente.

La façon de filmer des frères Dardenne montre des visages fermés, de très gros plans, préférence pour le profil et le dos plutôt que le visage. Des cols et des nuques, des pellicules sur les vêtements. Des gestes lents, besogneux, un véritable intérêt pour le bois et le  travail  de ce matériau ; C’est ce rapport au travail et à la matière qui tend à authentifier, dans une certaine mesure, les relations entre le menuisier et son apprenti.

 

Télérama avait fait, je m’en souviens,  de ce film, une parabole évangélique : lorsque les jeunes apprentis portent des madriers et que Francis, manque d’habitude ou trouble, laisse tomber le sien et se blesse, il faudrait penser au Christ chutant sur le chemin de croix.

L’histoire entière porterait sur le pardon… etc.
C’est plausible.

Une autre lecture est permise, c’est pourquoi le film est intéressant. Le «  pardon » est une notion tout à fait ambiguë surtout chez ce charpentier qui n’est pas chrétien. Son intérêt pour le gamin  peut sembler tantôt louable, tantôt diabolique.

S’agit-il de pardon ? Pardonne-t-on à celui qui ne demande rien de tel, qui ne se repend pas de son geste ? Ici, il est nécessaire d’envisager autre chose. Celui qui a privé Olivier de son fils, occupe désormais une place similaire, sans que, bien sûr le défunt ne soit remplacé.

Le prix à payer pour avoir tué le fils d’Olivier, c’est pour Francis l’obligation de prendre sa place, que, peut-être, il convoitait.

«  La main qui inflige la blessure est aussi celle qui la guérit ».

 
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21 juillet 2008 1 21 /07 /juillet /2008 23:48
Charles Laughton La Nuit du chasseur
 

Comédien, Charles Laughton réalisa son unique long métrage à l’âge de 66 ans.

 

Le père de John et Susie , un brave petit Yankee de 20 ans est en prison. Il sourit encore et toujours avec la même innocence lorsqu’il se confie à son compagnon de cellule, un homme  dont nous comprenons tout de suite que l’on ne  devrait rien lui confier. Robert Mitchum, dont la mine hypocrite nous fait peur.

Il ne dira pas cependant où est l’argent qu’il a dérobé dans le braquage d’une banque. Il n’en sait rien.

Il se fait étrangler avec propreté et naturel par son voisin compatissant dont les muscles se crispent un peu trop vite…

Sorti de prison, le voisin criminel est devenu en peu de temps le Pasteur, craint et respecté et épouseur de la mère veuve de John et Susie, la jolie maman candide.

Ce n’est pas d’un bon œil que les enfants voient arriver le beau-père. Dès les premiers regards échangés par  le meurtrier et les deux enfants, ils savent qu’il veut le magot du père, et il sait qu’ils savent.

Susie serre sa poupée contre elle, et John décide que l’on ne cédera pas. Le butin confié par leur père, outre sa valeur marchande dont ils n’ont que faire( il détruiront le butin lorsqu’il aura perdu sa valeur symbolique), est un souvenir ambigu mais dont le caractère est sacré.

D’ailleurs comment le monstre saurait-il où il se trouve ?

Toutefois Mitchum apparaît bien comme le dieu vengeur qui vient les menacer pour avoir été complices de leur père.

Le meurtrier justicier dans la chambre conjugale : la mère se plaint, son nouveau mari ne veut pas la caresser. Elle porte une chemise blanche, une lampe éclaire faiblement ses traits anxieux, et le chasseur reste dans le noir. Dit que ce n’est pas correct pour un ecclésiastique puis qu’il n’a pas le temps. Nous tremblons ; mais ce sera tout simple :et elle ne va pas souffrir longtemps ; jetée à l’eau par le monstre, elle a la grâce des Ondines et des Ophélie noyées. Ses longs cheveux et un pan de sa chemise s’accrochent ; image déformée par les eaux et par la vision  trouble du pêcheur ivre, qui la ramène à l’air libre avec des précautions infinies.




nuit-du-chasseur.jpgfleuveangst.jpg


Débute la course-poursuite du chasseur  qui  traque John et Susie et leur butin, qui, plus que jamais, est tout ce à quoi ils tiennent. Il se laissent dériver sur l’eau un temps leurs territoire, en barque, sous les étoiles, rêveurs, oubliant quelque peu leur sort.

L’ombre du chasseur s’impose à John, qui se réveille le premier, émergeant de le meule de foin où ils ont cru sage de passer la nuit….

 

Cette « nuit » reste l’un des plus grands films noirs de tous les temps.  La dérive de John et Susie dans la rivière est d’une grande poésie en même temps que d’un suspense qui saisit à chaque nouvelle vision.

 
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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 16:07

J’ai  eu envie de répondre à ce questionnaire cinéphilique que j’ai trouvé chez Dasola, dont les réponses m’ont beaucoup intéressée. 

Donc j’y ai réfléchi une petite heure et voilà mon autoportrait « cinéma »


Si vous étiez...

1) Un film : La Dolce Vita de Fellini un film parfait où l’on traite de tous les problèmes de l’existence de façon convaincante en utilisant au mieux tous les procédés de la fiction de cinéma, tous les tons (équilibre remarquable entre le tragique et le comique, la narration et le dialogue). Mais il y en a une centaine d’autres tout aussi bons…

2) Un réalisateur : Agnès Varda. ( mais il y a en a une vingtaine d’autres…)

Une histoire d'amour : Meryl Streep et  Clint Eastwood dans La Route de Madison

Un sourire : Meryl Streep, sur cette même route.

Un regard : Victor, dans l’Enfant sauvage de Truffaut.

Un acteur : Michel Piccoli dans Eaux profondes ( Michel Deville) ; dans le Mépris de Godard. 

Robert de Niro dans Taxi Driver.  

 John  Gilguld dans Providence d’Alain Resnais.

Montgoméry Clift dans les Désaxés et Suddnly Last Summer (Mankiewicz)

Mastroianni dans n’importe lequel de ses films.

Peter Lorre dans le Faucon de Malte ;  Monsieur le Maudit

Quelques jeunes : Benoît Magimel, Melvil Poupaud.

Mais aussi Pierre Clémenti ! Dans …

Une actrice : Marie Rivière dans le Rayon vert de Rohmer

Valéria Bruni-Tedeschi dans Les Gens normaux n’on rien d’exceptionnel (Laurence Ferreira- Barbosa)

 Isabelle Huppert dans La Dentellière (Claude Goretta), Eaux profondes (Michel Deville).

Emmanuelle Riva dans Hiroshima mon amour.

 Ingrid Bergman dans Stromboli de Rossellini ; mais aussi dans Les Amants du capricorne, Voyage en Italie… et tous ses films…

Un début : la mer dans «  Conte d’hiver »  de Rohmer.


Une fin : La fin de Stromboli de Rossellini : Ingrid Bergman enceinte sur le flanc du volcan dans cette petite île perdue…


Un générique :

Une scène clé : je n’y crois pas.

Une révélation :

Un gag : Charlot mange sa godasse qu’il a fait cuire

Woody Allen, prisonnier en cavale, s’est fabriqué un flingue avec du savon et le voit fondre sous la pluie ( Take The Money And Run)


Un fou rire : In The Cut de Jane Campion : c’était outrancier, je n’y croyais pas un instant j’ai ri !

Une mort : celle de Dirk Bogarde dans Mort à Venise.

Une rencontre d'acteur : Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert dans la Cérémonie de Chabrol.

Un baiser : Heath Ledger et Jake Gyllenhal dans Le Secret de Brokeback  Mountain.


Une scène d'amour: dans  La Femme d’à côté de Truffaut  toutes les scènes entre Fanny Ardant et Depardieu. Autant d’amour que de haine.


Un plan séquence
 : lorsque dans « Elephant », le jeune tueur découvre le couple de lycéens réfugié dans la chambre froide. Toutes les scènes de ce film sont d’ailleurs admirables.

Dans  Soupçons d’Hichcock, Cary Grant donne à Joan Fontaine un verre de lait qu’elle croit empoisonné.

 Un plan tout court: dans Cléo de cinq à sept (d’Agnès Varda) le visage de Cléo lorsqu’elle se sait condamnée. 


Un choc plastique en couleurs: La Maison des Bories de Jacques Doniol-Valcroze.


Un choc plastique en N&B: La Nuit du chasseur

Un choc tout court: Lorsque l’enfant devient sourd dans There Will Be Blood

Un artiste surestimé : Jane Campion.

Humphrey Bogart. Jean Gabin.

Un traumatisme : Dolls de Kitano Takeshi

Un gâchis :

Une découverte récente : Une vieille cassette vidéo enregistrée en 1990, un téléfilm : «  Incognito » d’Alain bergala.


Une bande son : Parle avec elle (Almodovar)


Un somnifère : A bord du Darjeeling Limited.

Un monstre : La Bête dans la Belle et la Bête (Cocteau)

Un torrent de larmes :  Allemagne, terre blafarde d’Helma Sanders ( pleuré tout le temps).

Un frisson : Shining de Stanley Kubrick


Un artiste sous-estimé : Jacques Doniol-Valcroze.  André Delvaux.

Un rêve : voir un  film, c’est comme se souvenir d’un rêve, en beaucoup mieux.

Un fantasme : La persécution, le crime : dans la Nuit du chasseur, dans tous les films de Fritz Lang.

 

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17 juillet 2008 4 17 /07 /juillet /2008 12:11
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Une prof de lettres qui s’emmerde grave.
 
Elle récite tout le temps des fragments de livres, se fait des colliers de citations, en colle sur son frigo sur des post-it : à ne pas oublier.
Cette manie qu’elle a d’ouvrir son frigo à moitié plein pour ne rien y prendre…
Des citations sur les murs de son appartement, des affiches, des slogans… elle cherche à comprendre la vie, la sienne entre autres.
Et le monde dans quoi elle est tombée, avec l’aide du langage et des auteurs. Celui des littérateurs et celui de la rue.
Très bien.
 
Hélas, elle s’emmerde toujours autant, ça ne lui suffit pas…
Dans un bar ( « louche » évidemment) tout près de chez elle, aux toilettes, elle entrevoit un citoyen se faire sucer par une fille aux ongles bleu de cobalt. Ça l’excite terrible ! Pourtant, s’il m’est permis de faire une petite remarque, je dirai qu’il a l’air con et même pâmé, et surtout paumé. Et que son membre n'est même pas tatoué!  Mais les ongles bleus…
 
Retour chez elle. Elle ouvre  son frigo à toute volée pour s’envoyer un peu de fraîcheur  mais pas de nourriture, et masquer les citations sur la porte. Puis, aussi sec ( aussi mouillé…) elle se précipite au plume et en fait craquer violemment les ressorts. Gros plans sur le frotti-frotta, cinq minutes garanties.

Arrive sa sœur, dans un costume doré, arrive sa soeur, qui lui dit ses malheurs : on la poursuit pour harcèlement sexuel, cela fait six mois qu’elle tente de séduire son toubib en vain. La sœur est atteinte de cette maladie qui consiste à se croire aimé(e) des gens crédités d’une autorité supérieure.
Petits flash-back insistants  sur les malheurs de l’enfance des deux infortunées  nanas.  Notre prof, encore très sage, lui conseille de s’en tenir à la branlette.

Mais ni l’une ni l’autre ne vont suivre ces sages avis.

La bonne conseillère recherche le moustachu qui se faisait tailler une pipe au bar ( je vous l’avais pas dit qu’il avait une bacchante ? ),il l’aborde ; elle en bave ; il lui confie être détective et d’une voix haletante, les mirettes écarquillées, parle de son enquête : on a découpé une femme en morceaux on lui a tranché la tête, cette victime ( ai-je besoin de vous le dire) c’est la fille aux ongles bleus Atlantique. Notre prof en délire craque pour l’assassin présumé ( le flic à l’air pâmé-paumé ) .
Tous deux débutent une liaison, ma foi normale, mais qui semble perverse à l’héroïne, et en tous cas singulièrement excitante parce qu’elle suppose y risquer sa vie. Retour aux citations : entre deux coïts, elle égrène du Dante, croyant descendre tous les cercles de l’enfer à la vitesse supérieure. Espère ne pas s’arrêter là. La chance lui sourit : sa frangine se fait découper sous sa douche  et elle contemple le résultat dans la baignoire :« Psychose » à côté  c’est de la petite bière. Des indices de plus en plus convaincants suggèrent à notre héroïne que son moustachu de flic est le killer. Elle ne quitte plus sa baignoire tant que son amant ne lui aura pas fait la peau dans l’eau mousseuse. Las ! Il a pas l’air de piger ce qu’on attend de lui. Ou il se méfie, allez savoir ?
Pour le punir, elle le menotte et lui barbote son flingue, se tire pour retrouver le vrai tueur qui l’attend en bas devant sa bagnole. Ce vrai tueur est l’adjoint du flic,  un grand type vulgaire qui faisait des vannes lourdingues pas du tout dantesques, personne lui a prêté attention jusque là. Et pourtant c’est bien avec lui qu’a lieu le moment suprême : elle se fait entailler la peau et lui loge des balles côté cœur avec le flingue de son moustachu. Le Grandj Jeu!
 Retour au bercail, en nuisette, couverte d’hémoglobine, un peu dépeignée, quelques kilomètres d’autoroute et de centre urbain à pied, nul ne la prend en stop ; tous des salauds !!
Le même pas assassin gît au sol, toujours menotté, dans une mare de sang. Il bouge encore et peut-être qu’il vivra. C’est fou ce qu’on peut faire pour se donner des émotions fortes quand on est prof de lettres à New-York pour des ados à peine sortis du lycée.
 
 
 
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6 juillet 2008 7 06 /07 /juillet /2008 10:22
 
Fruit ou légume?
Béatrice, surnommée « Pomme », apprentie coiffeuse, est une jeune femme discrète et silencieuse. On ignore si sa réserve est le fait de la crainte, ou de la méfiance. Au salon elle ne progresse pas et doit se contenter des tâches les plus ingrates comme de balayer le sol. Marylène, une collègue très exubérante, l'emmène en vacances à Cabourg. Pomme y rencontre François, étudiant très timide, qui croit avoir trouvé en elle l’âme sœur. Ils se mettent en ménage, mais le silence s’installe entre eux, et lorsque le garçon rompt, Pomme est hospitalisée et ne s’occupera plus que travaux de dentelle.


Le film de Goretta, sorti en 1977, est inspiré du roman de Pascal Lainé, qui porte le même titre. Béatrice est une jeune fille qui ne demande rien et s’adresse si peu aux autres qu’elle ne paraît pas avoir le moindre souhait. Cela même lui confère une sorte de mystère. Si elle ne parle pas, c’est, pense-t-on, qu’elle réfléchit… si elle paraît s’ennuyer dans un night-club sans pour autant partir c’est qu’elle plane bien au-dessus de tout cela. Si elle ne participe pas aux activités de son groupe social (représenté par son exubérante copine), c’est qu’elle le dépasse.

 En restant là sans participer, toujours en elle-même, elle se détache, semble être l’incarnation d’une femme dans un tableau. Ce tableau pourrait-il vraiment être la Dentellière ?
On songe aussi au Portrait Ovale de Poe, pour le résultat de l’entreprise, car, d’avoir été idéalisée par un homme, toute vie s’est retirée d’elle. Le regard porté sur elle par le jeune homme qui commence à s’y intéresser est fait de malentendus. Ceux-ci consistent à prêter une vie intérieure à un être, qui, pour n’être pas tout à fait comme les autres, n’appartient pas pour autant à cette catégorie de rêveurs.


Dans le roman dont ce film est l’adaptation, on lit que « la chose qu’elle accomplissait, elle l’était en même temps ». Elle ne donne l’impression d’être absente, que d’être au contraire absolument présente, ici et maintenant, et de ne rien garder d’elle en réserve.  On l’appelle « Pomme » à cause de ses joues rondes et bien colorées. Ici dans le film, c'est Béatrice : le jeune homme qui s’intéresse à elle, y renonce facilement dans le roman au ton était ironique. On raillait le jeune homme dupe de sa construction de la femme idéale.

Le film n’a que sympathie pour les deux personnages, montrés comme essentiellement malheureux. Et Béatrice y est image de mort. Elle pose longuement devant le cimetière d’Arromanches, et ses grandes croix blanches. Elle porte une minijupe noire. Claude Goretta qui n’aime pas la noblesse a transformé « Aimeri de Béligné, élève de l’Ecole des Chartres et futur conservateur de musée, en un étudiant en Lettres modernes grand timide et boutonneux maigrichon, qui cherche à se cultiver. On le voit besogner sur ses livres, transpirer à ses cours de linguistique. Le premier était élégamment désenchanté, le second st douloureusement pathétique.


Idéalisée par son compagnon, Pomme-Béatrice est d’abord confortée dans le peu de narcissisme qu’elle a, mais il ne réussit pas le miracle de lui faire exprimer une demande d’amour. Il attend cela, croit le percevoir à d’infimes indices, avant que ne se produise la cassure. La fille tombe du piédestal où il l’avait mise et se retrouve en hôpital psychiatrique. Il vient la voir la trouve toute vêtue de noir, tassée sur elle-même, comme la pensionnaire d’un orphelinat, comme une nonne, petite image de cadavre frissonnant : sa métamorphose rappelle en défiguré la fille murée dans le silence mais en bonne santé qu’elle fut.


 Béatrice, comme la jeune fille qui inspire Dante dans la Vita Nova, et il ne fait que la contempler. Elle meurt sans qu’il ait pu lui parler. Néanmoins l’impression qu’elle laisse est si forte que son souvenir l’inspire et le fait écrire son grand œuvre. A la mort de Béatrice, il fait son deuil et décide d’écrire son chef d’œuvre. Le film laisse le spectateur à ses interprétations concernant le sens et à ses émotions devant certaines images sobres et pathétiques. Des scènes sonnent juste comme les essais de communication entre Pomme et son compagnon et la peur finale des deux devant le vide qu’elle incarne.

Le roman est psychologique et théorisant et plus dirigiste dans l’interprétation, tout en parlant beaucoup du problème de l’œuvre d’art. Il se demande de quoi Pomme est atteinte, schizophrène, autiste ? Suppose qu’elle pourrait endurer une vie sociale minimale, si on le lui permettait, mais nullement s’investir dans une relation amoureuse. Pourquoi cette fille qui demande si peu de l’existence, inspire-t-elle des hommes qui ne vont pas se plaire avec elle, qui vont s’angoisser de son silence, de son repli exclusif sur le ménage, la vaisselle, le rangement. ? Car pour la plupart des hommes, Pomme devrait être une femme remarquable : elle n’a pas de désirs personnels, ne lit jamais, ne coûte pas cher, accepte les relations sexuelles quand on se fait pressant, s’occupe exclusivement de travaux domestiques. Elle est aussi jolie et bien faite. Que veut-on de plus ?

C’est que Pomme ne les conforte pas dans leur vanité masculine.

Elle ne leur demande jamais ce qu’ils ont fait de leur journée, ne parlent que pour le strict nécessaire. Le vêtement qu’elle repasse la passionne davantage que celui qui va le porter.

Elle les nie en tant que personnes sociales psychologiques et douées de sentiments. Elle les angoisse. Pour ce qui est de l’œuvre d’art Pomme inspire les deux jeunes gens par son air absent qui ( leur) en dit long, par al distance qui émane d’elle. N’étant nulle part, elle leur semble être ailleurs où elle paraît parfois rayonner.


Le Portrait ovale : A mesure que le peintre réalise le portrait de sa femme sur une toile, celle-ci perd toute vie dans la réalité et n’existe plus que sur la toile, scène ou écran sur lesquels se projette le désir du peintre. De même dans le Portrait de Dorian Gray, l’image parfaite de Dorian prend de plus en plus d’importance pour lui au détriment de son être réel. Il ne vit que pour son portrait et agit de manière à y provoquer des modifications. Meurt pour ce portrait. La Dentellière : l’un et l’autre ne peuvent rien tirer de Pomme/ Béatrice. La femme n’est plus un idéal. Elle existe dans la vie de tous les jours. L’inspiratrice déçoit et déchoit. Pomme dispose du langage mais pas des formes de communication avec autrui exigées. Elle sait s’occuper d’elle-même, gérer le budget du ménage, mais pas se procurer de l’argent ( elle se fait renvoyer du salon de coiffure). Elle se laisse entraîner par le premier garçon venu qui la trouve une fascinante créature que l’on voit penchées à leur ouvrage dans un tableau de Vermeer. Pomme n’a pas besoin des gens.
Seulement de certains objets familiers et rassurants qui lui permettent de travailler. La dentellière aime la dentelle, le rouet, le fil, tissu. L’homme lui ne pense qu’au paradis perdu et appelle cette femme Pomme.
 Elle finit par être contente de le voir, de l’entendre, de le sentir un peu contre elle. Mais pas trop. Comment ce pathétique jeune homme transforme sa « Pomme » en légume, c’est là le problème.
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