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14 octobre 2006 6 14 /10 /octobre /2006 08:39
RDV-16.jpgL’implicite ménage à trois :

Deux hommes très liés que tourmente une homosexualité latente : l’un a une amie dont il impose la présence à l’autre. Elle   leur sert de rempart et /ou prétexte …le thème est illustré tragiquement dans le « Château d’Argol » ,  premier roman de Julien Gracq.
Le thème est également présent dans « Le Roi Cophétua »traité d’une manière plus distanciée. Delvaux le reprend dans «  Rendez-vous à Bray » : ce qui ressort des flash-back , souvenirs de Julien, c'est que Jacques voulait partager Odile avec Julien. Ce dernier refuse les compromis. Alors Jacques lui « offre » une nuit avec sa maîtresse, la mise en scène étant orchestrée pour qu’il   se rende à La Fougeraie, croyant y rencontrer Jacques. A prendre lentement conscience que le rendez-vous sera différent de ce qu’il attendait,  
Le jeune homme n’a d’autre choix que jouer le jeu prévu. Un jeu qui se présente sous la forme d’un rituel initiatique finalement   insatisfaisant. Jacques se rappelle à lui par les cadeaux qui lui sont présentés, un nocturne composé pour lui, des photographies disposées avec goût, un repas dont les ingrédients sont ses plats préféré, et une femme avec qui il sera seul en apparence seulement puisque Jacques ne peut cesser d’être présent à son esprit.
Mort ? Vivant ? Rôdant aux alentours ? Maître du jeu en tout cas.

 
L’élément musical : c’est la musique et d’une manière générale toutes les harmoniques, qui unit Jacques et Julien et font que Julien accepte de jouer le jeu que Jacques invente pour lui. Jeu, dont Jacques apparaît comme non seulement le maître d’œuvre mais le voyeur d’un spectacle qu’il a lui-même imaginé. 
 
André Delvaux a mis en scène un personnage réellement musicien pour que compte l’écoute de divers morceaux de musique : de la musique classique, mais aussi des comptines( celle que Julien entend chanter par la petite fille de sa logeuse avant de quitter Paris), des énumérations de noms propres faites avec Jacques autrefois, qui scellaient leur amitié , de la musique populaire( Julien la jouait dans les cinémas) qui les sépare, Julien étant seul à l’aimer..
 Toutes ces musiques, outre les nombreux flash-back, nous renseignent sur les pensées de Julien davantage qu’une voix off.
Ce choix témoigne de la volonté du réalisateur de s’affranchir du texte de référence ( la nouvelle de Julien Gracq). Les aller et retour entre les pensées de Julien et  sa situation actuelle sont habilement distribués : la demeure de La Fougeraie, la mystérieuse jeune femme , l’absence de Jacques, prennent  une force obsédante.
 
 
 
 La  présence d'un récit d'apprentissage.

A revoir le film dont la mise en scène est très sophistiquée, on en apprécie toujours autant la beauté plastique mais le charme mystérieux de la première fois s’évapore au profit d’une  nouvelle appréhension du film comme  porteur d’une violence à quoi on n’avait pas prêté attention. D’une violence forte et d’un réalisme imprévu.
Les relations de Julien avec son entourage sont très conflictuelles : presque tous ses souvenirs avec Jacques et Odile se terminent par des scènes ; Julien se voit conspué par Jacques de sacrifier son talent à jouer du piano dans les cinémas ; il accepte  de donner un récital chez les Hausmann, de grands bourgeois qui ont une allure «  clan Verdurin » et repousse les avances de la maîtresse de maison avec un humour froid avant d’envoyer à la tête du maître de maison le verre de champagne qu’il lui tend et les billets de banque ( non dissimulés dans une enveloppe).
C’est une dimension « roman d’éducation » qui   est absente   du récit de  Julien Gracq.
L’ouverture du film nous montre Julien entrer dans l’imprimerie où l’on réalise la revue musicale pour laquelle il travaille et se faire admonester par le directeur de la revue. Qui lui reproche de ne pas faire la guerre de n’avoir pas d’opinions politiques, de ne pas savoir écrire un article, et de chercher à dévoyer Jacques «  Vraiment monsieur Nueil a le temps de vous voir ? » phrase qui a aussi le mérite d’introduire le premier doute dont on se souviendra par la suite sur le peu de vraisemblance du prétendu rendez-vous.
 
Julien ne participe pas au conflit parce qu’il vient d’un pays neutre mais avec son accent allemand, il ne sait trop pour qui on le prend et doit passer son temps à se justifier de ne pas faire la guerre : comme Jacques s’est engagé avec enthousiasme «  est allé à la guerre comme à une fête » Julien cherche, pour chaque interlocuteur, à se disculper d’être resté là à «  faire de la musique ».   
 Des évocations de Julien  on aurait tort aussi de ne pas relever  les scènes comiques : Odile ( Bulle Ogier) debout avec une assiette pleine de victuailles, tentant vainement de porter quelque aliment à sa bouche tout en relevant d’une main malhabile la bretelle de sa robe décolletée.

 
  Conclusion : 
A la deuxième projection je  perçois moins le « réalisme magique » et davantage de réalisme tout court. Je m’intéresse plus spécialement à l’ambiguïté des personnages et des situations, au comique, et à l’ironie, et  trouve moins étrange l'atmosphère. L’extrait de Fantômas est assez comique. Comment ces vielles histoires pourraient-elles encore nous inquiéter ? Et la façon dont Bulle Ogier raconte les épisodes ( en se trompant) amuse aussi.
Julien est un jeune idéaliste qui doit perdre ses illusions, il évoque presque autant Julien Sorel que Julien Gracq.
 
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12 octobre 2006 4 12 /10 /octobre /2006 17:03
RDV-8.jpgLe film Rendez-vous à Bray dont j’ai acheté le DVD à Bruxelles il y deux trois ans, n’a pas forcément été distribué en France.
 
Trente deux ans plus tôt il était bien sorti sur les écrans français et m’avait laissé un souvenir particulier.
Outre Matthieu Carrière, les deux rôles féminins Anna
Karina et Bulle Ogier ne laissent pas indifférent.
Matthieu Carrière et Bulle Ogier.
 
Julien Eschenbach est pianiste et critique musical à Paris. Trois ans après le début de la Grande Guerre, il est invité, peu avant la nouvelle année 1917 qui s’annonce sinistre, par son ami Jacques Nueil, également pianiste mais compositeur, dans la demeure de ce dernier à Bray la forêt dans la Somme, près du lieu des combats où se livra la sanglante bataille. Jacques, lieutenant dans l’aviation, dit avoir bénéficié d’une permission. Luxembourgeois, Julien n’a pas été mobilisé. Avant son départ, il remet un article à propos d’un concert dans une imprimerie, et constate que le journal où il paraîtra contient des espaces vierges, des « blancs » qu’il suppose correspondre à des informations importantes supprimées par une censure réelle et fantasmatique.
 
Dans le train qui le mène à Bray Julien se souvient d’une promenade en voiture avec Jacques, et Odile, une amie commune. Quoique le souvenir soit gai, la jeune femme ( Bulle Ogier) blonde, et les couleurs claires de l’été, Jacques flirte avec Odile et Julien s’apprête à seulement tenir la chandelle.
 
Parvenu dans la cour du vieux manoir « La Fougeraie » Julien aperçoit une silhouette sur la façade de la demeure. Puis derrière une fenêtre, une femme penchée sur une casserole à la lumière vive et instable d’un feu ou d’une bougie. Il se souvient alors à nouveau du trio qu’il formait avec Jacques et Odile dans un cinéma, regardant un film que lui-même accompagnait au piano.Du récit d’Odile à propos de ce film ( un épisode de Fantômas).
Julien est introduit dans le manoir par la jeune femme brune ( Anna Karina) qui se détache partiellement de l’ombre dont elle parait sortir. Julien attend le retour de Jacques dans une salle dont nous n’apprécions pas la globalité : les pièces sont éclairées par un feu de cheminée, un bougeoir, une chandelle parfois. L’électricité existe aussi à la Fougeraie mais elle est presque aussitôt coupée par les bombardements tout proches. L’on suit les déplacements et tâtonnements de Julien à travers le clair-obscur, les vives et soudaines trouées de lumière aussitôt évanouies.
Anna Karina
Anna Karina dans le rôle de "la servante"
 
L’attente de Julien est troublée par les allées e t venues de la jeune femme qui porte solennellement une torche, les tremblements des flammes des bougies, et la cannonade venant de la zone des combats qui font osciller les objets de cristal verres et carafes, car la jeune femme lui sert un repas qu’il mange seul.
Pour dissiper le malaise engendré par la situation, il évoque encore des promenades avec Jacques et Odile, un dîner dans une auberge ( partagé celui-là) avec ses deux amis : la blonde et claire Odile qui s’oppose définitivement à la servante.
 
Bulle Ogier Odile
Un accord tacite de ne pas parler se fait entre les deux protagonistes qui s’épient, se regardent à la dérobée, de préférence dans le reflet d’un miroir, se fuient et se cherchent à la faveur de discrets déplacements. Jusqu’à la conclusion sexuelle que tout prépare sans que rien ne l’entérine à priori.
En attendant, Julien convoque de plus en plus ses souvenirs, par nostalgie du passé et pour se défendre de la situation présente. Il a commencé à jouer un jeu, à entrer dans un scénario dont il ne saisit pas la clef.
Dans le salon où il dîne, il a repéré une reproduction du tableau symboliste d’Edward Burne-Jones « Le Roi Cophétua et la jeune mendiante .d’après une légende ce roi s’éprit de la jeune et belle vagabonde et l’épousa.
 
Au terme d’une longue attente, Julien suit la mystérieuse servante au premier étage dans une chambre qui lui appartient. Une autre reproduction picturale se trouve au mur, représentant cette fois une gravure de Goya « La Mala Noche » : on y voit deux femmes , deux sorcières, dont l’une est jeune, le jupon blanc relevé par un vent violent, dans une nuit d’encre.
 
La mala noche NEW
 
Il ne reste à Julien qu’à succomber au charme de l’étrange servante.
 
 La regardant dormir, peut-être s’interroge t’il ainsi que le spectateur : a-t-elle été la servante de Jacques qu’en était-il de leurs relations ? Jacques est-il absent pour une raison sérieuse ( mort ou blessure grave) ou délibérément ? Qui a préparé la mise en scène et envoyé le télégramme ?
 
  Au réveil, Julien est seul au lit et des bruits de vaisselles lui parviennent de la cuisine. Au grand jour, tout ce qui lui paraissait fascinant et laissait l’impresion d’une rencontre ne se présente plus de la même façon.
Matthieu Carrière Julien
Matthieu Carrière
 
Le jeune homme se précipite au dehors, la femme le voit partir par la fenêtre et s’arrête subitement dans sa tache ménagère.
Arrivé à la gare, Julien achète le journal et apprend que les avions n’ont pas décollé la veille au soir. Jacques n’a pas livré combat pendant la nuit. Julien revient sur ses pas, se dirige à nouveau vers le manoir. Nous ne savons pas ce qu’il a l’intention de faire.
 
Si toute la mise en scène de la nuit a été réellement orchestrée pour Julien (avec la complicité de Jacques ?) , s’agit-il pour la servante maîtresse de retrouver un autre partenaire ? Où d’un rituel d’initiation offert par Jacques auquel la femme ne fait qu’obéir ?
 
Des questions qu’on ne résout pas puisque le film s’arrête là.
 
Quant à moi, la première fois que je l’ai vu, je pensais que la femme avait envoyé elle-même le télégramme, profitant de l’absence de Jacques ( peut-être d’une absence définitive) elle aurait vu Julien sur les photos ( très en évidence dans le film) et aurait eu envie de le rencontrer.
 
Le film est tiré d’un récit de Julien Gracq c’est pour cela que André Delvaux a donné ce prénom au héros. Pourtant rappelons aussi que le célèbre Manneken-Pils qui peuple les magasin de souvenirs bruxellois avec la même constance que la Tour Effeil à Paris, s’appelle « le petit Julien ». L’interprète , Matthieu Carrière donne l’impression d’être grand, impression encore renforcée par sa structure longiligne, le long manteau qu’il porte, le pullover à fines torsades verticales. Faire grandir le « petit Julien », telle fut peut-être la noble intention d’André Delvaux, cette mission impossible étant masquée par des références littéraires nombreuses (Julien comme Gracq, Eschenbach comme Wolframm V. Eschenbach
Auteur de Parsifal…). Si c’est vrai, on comprend que le film ressuscité trente ans plus tard, intéresse les Belges au premier chef.
Le jeu distancié, retenu, ( aujourd’hui on dirait minimaliste) de Matthieu Carrière en fait un interprète attirant. André Delvaux l’a filmé « amoureusement » et l’on est sensible à ce travail là , réussi peut-être parce que l’acteur en reste au degré zéro de l’interprétation. Mais c'est le jeu d'Anna Karina qui est le plus convaincant.

 
Le Roi Cophetua, la nouvelle de Julien Gracq :
Le narrateur ne se nomme pas. Il est plus âgé que le Julien du film. Pour lui le passé c’est précisément la rencontre avec la servante « au temps de sa jeunesse finissante » ( pour Julien il s’agirait au contraire d’une jeunesse débutante) . Ce narrateur qui parle à la première personne du singulier, a fait la guerre au moment où il se souvient, a été blessé et rapatrié, il ne peut pas ressembler au jeune homme hésitant, presque timide, de Rendez-vous à Bray. Et par suite il ne ressent pas exactement de la même façon ce rendez-vous manqué avec Jacques et pas tellement réussi avec la servante maîtresse. Outre la légendedu Roi COphétua il insiste beaucoup sur le mythe d’Orphée. Le narrateur se perçoit comme descendu aux Enfers et y suivant Eurydice . Après avoir passé une partie de la nuit à ses côtés, il est réveillé par des bruits de vaisselle , et craignant la suite des événements ( « l’arrivée irréparable de la servante avec le plateau du petit-tdéjeuner ») il se sauve pour ne plus revenir « sans se retourner ». Contrairement à Orphée il ne perd pas Eurydice c’est à dire qu’il garde de cette aventure un souvenir magique, évitant de nouer des liens domestiques avec la jeune femme. Par ailleurs il ne nous dit rien du sort de Jacques, pas plus que dans le film. Il évite tout ce qui pourrait prolonger trivialement l’aventure .
Je dois pourtant dire que lorsque j'ai vu le film, la toute première fois ( en 1972 probablement) j'ai imaginé toutes sortes de suites et en ai même écrit une.
En revanche, lorsque j'ai lu la nouvelle de Gracq, dix ans plus tard environ( je ne savais rien de ce texte, et peu de choses de Gracq au moment où j'ai vu le film la première fois), je n'ai plus été frustrée . Dans la nouvelle de Gracq, le sort de Jacques importe moins que dans le film.
 
La Légende du Roi Cophetua : le roi épousa donc la jeune mendiante dont il s’était épris. Cette union morganatique eut des conséquences fâcheuses. La nouvelle épouse n’était pas acceptée par la cour, qui lui mena la vie dure ; on suppliait le roi de la bannir. Constamment persécutée, l’épouse conçut de la vengeance contre le roi. Ce dernier fut assassiné par le fils qu’il eut avec cette femme. Cette légende n’est pas rapportée dans la nouvelle de Gracq , qui se contente de l’évoquer sans en dire l’issue malheureuse.
J'ai trouvé le récit de la légende dans le roman de VS Naipaul"La Moitié d'une vie".
le narrateur y compare son existence malheureuse à cette légende. En effet le héros de Naipaul est fils d'un brahmane et d'une intouchable, et sa vie, ainsi que celle de ses parents est gâchée dans ce roman poignant. C'est pour cela qu'il tient pour certain que l'issue d'une telle union serait désastreuse dans la réalité.
 
Le tableau de Burnes-Jones est à la Tate de Londres. C'est un tableau vraiment grand et impressionnant. Il appartient à l'école pré-raphaëlite ce qui explique son charme un peu solennel,les poses hiératiques des personnages.

Le-Roi-Cophetua.jpg
suite et fin :
Rendez vous à Bray
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28 septembre 2006 4 28 /09 /septembre /2006 14:01
Lundi soir j’ai vu le dernier film de la trilogie de Lucas Bevaux «  Après la vie ».
 Ce film permet de mettre en place tous les éléments du puzzle de cette histoire : nous voyons à plusieurs reprises Jeanne (Catherine  Frot), Agnès (Dominique Blanc) et Cécile ( Ornella Muti) ensemble dans la salle des professeurs, et comprenons mieux les liens d’amitié qui les unissent depuis très longtemps.
 En outre, le film raconte un troisième histoire, celle de Pascal (Gilbert Melki) et Agnès. Depuis vingt ans il lui fournissait de la morphine, mais le fournisseur décide de lui couper les vivres à moins qu’il ne tue Bruno Leroux (Lucas Belvaux) l’ex-révolutionnaire qui vient de s’évader et veut régler ses comptes avec ceux qui l’ont balancé dix ans plus tôt.

 Pascal  ne peut se résoudre à un tel acte ; pendant tout le film il cherche  à se procurer de la dope non sans effectuer le travail de surveillance que lui demande Cécile à propos d’ Alain ( le malentendu entre eux était l’objet du premier film).
Agnès ne peut tenir sans morphine et sa souffrance de droguée en manque occupe la moitié du terrain, spectaculaire mais toujours vraisemblable ; crise de nerf, plaintes, longs hurlements douloureux ; évanouissement, angoisses, voire débuts d’hallucination ; le spectateur se sent en manque lui aussi, et même physiquement. A défaut de se rappeler son premier ( ou dernier) sevrage il va éprouver que quelque chose lui manque de façon urgente sans savoir quoi.
 
Agnès tente de se prostituer pour obtenir de la came, c’est ainsi qu’elle va rencontrer l’homme que Pascal recherche, le cacher à domicile,  qui lui apporte un petit réconfort mais pas de drogue «  adéquate ». C’est ce couple invraisemblable que Pascal va espionner dans sa propre maison où il rôde avec son arme sans intervenir. Se procurer enfin la drogue coûtera la vie au meilleur ami de Pascal et la précieuse manne arrive trop tard.
Agnès n’en veut plus.
Dès lors qu’elle renonce à cette came son visage change ( éclairage, plan, maquillage,expression)  Agnès devient belle...
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13 septembre 2006 3 13 /09 /septembre /2006 12:26

 C'était Lundi 11 septembre sur Arte. 


Lucas Belvaux a  raconté la même histoire ( même personnages, mêmes lieux, même temps) trois fois dans trois films aux titres différents en exploitant  trois registres : la comédie le thriller et le mélodrame.


Le premier de ces exercices de style met en scène un couple de bourgeois à Grenoble de nos jours, Alain ( François Morel) et Cécile ( Ornella Mutti)qui se soupçonnent mutuellement de graves délits : elle pense qu’il le trompe et se lance dans une entreprise d’espionnage fort poussée , avec pour complice la secrétaire d’Alain, Claire ( Valérie Mairesse) , et un détective  Pascal ( Gilbert Melki) pour lui filer le train. Alain n’a qu’une petite chose à cacher à sa femme : il doit subir une opération que son ami chirurgien lui présente comme bénigne ; mais il se croit cancéreux au dernier degré et  passe beaucoup de temps hors de chez lui à confier ses pensées macabres et son testament à un portable équipé d’un magnéto.


 Pire, il prétend avoir un rendez-vous d’affaire à l’étranger mais ne prend pas l’avion et se rend à l’hôpital. Tout se complique lorsque Pascal le détective, apporte avec lui ses propres problèmes conjugaux pour les mêler à l’affaire en cours et que son épouse Agnès ( Dominique Blanc) semble cacher de terribles  mystères derrière ses lunettes noires et son comportement étrange…d’autres personnages dont la propre fille du couple se trouve mêlés à cet imbroglio ; de soupçon en soupçons Alain se croit à son tour victime d’infidélités conjugales puis d’un complot international…Quoique un peu compliqué, le film est très enlevé et tous les comédiens que j’ai cités entre guillemet excellents, les second rôles le détective et sa femme sont les meilleurs parce qu’ils un jeu superbement ambigu.

 Ne pas rater le deuxième film lundi 18 «  La Cavale » façon « Thriller »

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12 septembre 2006 2 12 /09 /septembre /2006 09:23

Cinquième film que j'ai choisi pour représenter vivre-sa-vie.jpg la condition féminine.

« La prostitution sera aussi un des grands sujets du cinéma de Godard, depuis Vivre sa vie, avec Deux ou trois choses que je sais d’elle et Sauve qui peut (la vie), dans des registres à chaque fois différents, mais toujours choisi avec la conviction que la prostitution, vue du côté de la prostituée, est la bonne surface d’observation, l’analyseur de toute situation sociale. Ce qui intéresse Godard, dans la prostitution, c’est le moment où une femme comme les autres est amenée, dans certaines conditions, à se prostituer, le moment du passage où elle est encore celle d’avant tout en étant déjà différente (…) Alain Bergala

 

Et, pourrait-on ajouter, si Godard a tant parlé de prostitution dans ses filsm c'est que pour lui, les raltions humaines sont de la prostitution : évoluer dans la société, c'est se vendre, plus ou moins bien, avec plus ou moins de dégâts, et peu de plaisir. le " le vieux métier du monde" explicite bien cette manière de voir qui est à mon sens absolument juste.

 

L'histoire : C'est simple ; Nana a un ami dont elle ne veut plus, un enfant qui vit chez les grands parents, des jobs où on l'exploite sans lui donner un vrai salaire, un loyer qu'elle ne peut plus payer. Elle va "expliciter" sa situation, en  se prostituant, et vivre en peu de temps ce qu'elle aurait subi de façon édulcorée  jusqu'à un âge avancé.


.Avec le style  particulier de Godard.


 

1) Dialogue de couple dans un café : Nana (Anna Karina) et son ami Paul. On la voit de dos et lui  est hors champs. Dans la salle un type écoute sans rien dire. Nana fait face : on les entend parler à voix basse de leur  enfant  gardé par quelqu’un, des essais ratés de Paul dans le journalisme, et un peu plu fort  elle dit  qu’elle ne a marre d’être vissée : adieu Paul je vais vivre.

Gros plan sur le baby foot.

Nana raconte une histoire concernant une poule «  si on lui retire l’extérieur, on ne peut lui retirer l’intérieur ».

2) Nana vend des disques dans un magasin.

. Elle rentre chez elle se fait houspiller par la logeuse il manque 2000 francs  ( gros plan sur le chiffre) pour le loyer. Elle rencontre un type en sortant ; un dragueur. Lui explique

Je suis sans logis à présent.

3) Ils vont au cinéma et assistent à « La Passion de Jeanne d’Arc » de Dreyer. Jeanne à l’air ovin. Artaud est sublime et sarcastique. Nana comprend sa vocation.

4) Le café : le dragueur vient de sortir de son alfa Roméo et lui propose de l’argent pour poser nue, puis faire l’amour. Elle répond je ne veux pas être « une star sur le zinc ».

5) Nana est au commissariat : elle a volé de l’argent pour payer le loyer et a du le rendre. Elle raconte qu’elle a saisi le porte-monnaie tombé de la poche d’une dame, mais que celle-ci s’en est aperçue.  Elle décline son identité : un patronyme alsacien sa date de naissance : 15 avril 1940 correspond sans doute  à celle de l’actrice (22 ans).  L’employé de police lui donne des conseils qu’on n’entend pas. Le visage est dans l’ombre.

6) Elle marche lentement dans la rue (elle a pris une décision).

La voilà avec le souteneur décidée à accepter d’être pute : préparatifs normaux. Le premier homme. Savon, toilette, le fric apparaît, qu’elle guettait. Le pantalon tombe, le vêtement est très ample. A cette première passe, elle se défend et le client la rudoie.

Elle peine à supporter la chose 

7) Nana rencontre une copine, Yvette,  également devenue prostituée qui lui raconte son histoire (son copain l’avait poussée dehors, elle poinçonnait les tickets dans le métro  c’était pas une vie.…).

8) Café : elle retrouve Paul, son ami : mariée, c’est être l’esclave d’un seul. Le progrès, sans doute. Elle récite une tirade : « on est toujours responsable «  et continue en disant le contraire ; embarrassée de ce qu’elle ne peut s’exprimer, elle énonce le principe d’identité. A= A, la vie c’est la vie,  pour tout et on n’a qu’à aimer ça. C’est ce qu’on dit quand on ne sait plus quoi dire.

On entend une chanson mouloudjiste qui prend le relais

Un client au long nez et entourloupé dans un cache-nez  passe et repasse devant le baby-foot.

Paul et Nana  se querellent.  le client y prend part. Puis on entend des coups de feu.

9) Le café : Nana cherche une nouvelle place de prostituée : elle fait une lettre à laquelle  elle joint un curriculum vitae. Gros plan.

Revoilà le client évincé par Paul. Il se présente : Raoul. Regarde sa photo et lui dit qu’elle a de la bonté dans le regard. Offre de la prendre sous sa protection. Ça ne lui plaît pas .Étant donné qu’après tout c’est un souteneur et elle n’aime pas être pute. Elle lui dit qu’il est trop « catholique »

Enfin il devient tout de même son mac. «  C’est à l’heure où les lumières s’allument que commence la ronde sans espoir des filles de la nuit »

10) Vie de Nana en prostituée. Elle a ses règles. Une passe. Le coucher…. Courtes séquences prosaïques. L’hôtel de passe : Nous voyons des femmes nues de dos surtout et en peignoir. Teints granulés, peau accidentée, beaucoup de verrues, silhouettes laides.

Elle est un peu plus assurée ; c’est son travail à présent. Clients banals peu entreprenants «  le bonheur n’est pas gai ».

Enoncé en voix off des lois qui règlent la prostitution. Fichier sanitaire.

11) Café : Nana s’assoit près d’un philosophe (Brice Parain) dont on voit surtout la grande oreille verrue : elle l’avait d’abor pris pour un client et l’oreille la rebutait ; elle a une dissertation à la place d’un coït. Il lui  dit, par exemple, que la première fois qu’il a pensé il a failli en mourir. Parfois il se demande comment il est possible de mettre un pied devant l’autre. Alors il ne peut plus avancer.  Elle lui dit, elle, que quelquefois elle n’arrive pas à parler.

Il dit : «  c’est le signe qu’on va penser longue conversation sur le langage et la difficulté d’expression. Les mots devraient expliquer exactement ce que l’on veut dire. Les mots nous trahissent et nous les trahissons. Pour penser il faut parler et communiquer. Quand on parle c’est une autre vie ; il faut avoir passé  par la vie sans parler pour le savoir. Bien parler : regarder la vie avec détachement. On balance du silence à la parole. Peu de différence netre le mensonge subtil  et l’erreur. Nana veut parler de l’amour. Peut-on rechercher l’amour ? Le philosophe répond qu’on ne peut s’y soustraire. C’est la servitude de la vie. 

Ce passage recèle une annonce de la mort de Nana.

Un jeune homme accoste Nana près du billard. Il lui lit le « Portrait ovale » de Poe. C’est une sorte de déclaration d’amour funeste. Dans le Portrait ovale, un peintre raconte à un ami qui s’extasie devant un tableau de lui.  Qu’il avait  fait poser sa femme pour sa grande œuvre : un portrait d’elle. Qu’elle dépérissait tous les jours un peu plus. Et qu’elle en est morte alors que le Portrait prenait vie que l’œuvre naissait. 

Pré/figuration de sa mort.

12) Fin : Nana a été vendue par Raoul  à  ce nouveau souteneur, un confrère. (La lettre et le cv c’était pour lui faire croire qu’elle faisait une démarche personnelle).  Le confrère ne veut pas de la somme qu’on lui propose, c’est trop peu, et tente de reprendre la fille. Le second ne veut pas la lâcher. Un troisième s’en mêle et ils se tirent dessus. Nana est abattue dans la fusillade.

L’histoire est diaboliquement juste. Nana est tenue de se prostituer parce  que son travail  ne lui permet pas de se loger. Elle a assez de personnalité pour vouloir la liberté mais pas les moyens économiques. Le film sur Jeanne d’Arc lui montre comment elle finira. Sous les coups d’un feu bien plus expéditif.

Au lieu de liberté elle trouve l’esclavage, les clients, le mac, puis bientôt deux qui se l’arrachent et la suppriment par inadvertance. Marché des esclaves = marché des femmes. Elle n’aura compté pour personne  aura été un instant l’interlocutrice de l’homme à l’oreille verrue, le philosophe.

 

 

 

 

 

 

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8 septembre 2006 5 08 /09 /septembre /2006 19:59

Rosetta.jpgRosetta un film de Luc et Jean-Pierre Dardenne

 

 


   Le quatrième film que je chronique sur l’errance féminine est  un film d’hommes.

 


Les deux premiers films des frères Dardenne traitaient de la filiation. Le père a fauté dans «  La Promesse » et le retour du fils prodique s’accomplit dans «  Le Fils » . De ces problèmes complexes Rosetta ( Emilie Dequenne) n’a que faire.  Elle n’est rien d’autre que Rosetta née disent les Frères , du « désir de filmer un personnage féminin ».


Ce personnage est un garçon manqué comme on disait autrefois ( le terme n’a plus cours aujourd’hui on

vous  jettera à la tête le complexe de Diane et autre Œdipe mal résolu.) Donc Rosetta est un garçon manqué, ce qu souligne la petite jupe flottante qu’elle porte au-dessus d’énormes bottes d’égoutier.

Rosetta habite avec sa mère alcoolique une caravane  dans un terrain de camping «  le grand canyon »situé  entre une autoroute et un fleuve, à proximité d’une ville, Seraing.


Le prénom Rosetta , très féminin pour cette « guerrière » a été suggéré « par la femme de Jean-Pierre qui venait de lire un roman de Rosetta Loy »

Je ne vois pas que ce roman (il s’agit sans doute des « Chocolats chez Hanselmann ») ait une parenté esthétique avec ce que font les Dardenne. Peut-être Loy est il déterminant. Rosetta et la loi.

Loi bien injuste avec Rosetta. Au début du film elle vient d’être virée d’un emploi. Elle s’accroche, crie, fait un scandale «  J’ai bien fait mon travail, vous l’avez dit, alors pourquoi partirai-je ? » . Personne ne répond. C’était un contrat à durée déterminé. La plupart du temps, ils ne sont pas renouvelés sans qu’il y ait faute de la part du travailleur. Injustice cruelle.

Rosetta sait faire preuve de violence : elle arrache et bouscule tout sur son passage, refuse de partir, s’enferme dans  un placard. D’où on n’aura du mal à la déloger.

C’est l’incipit.

Rosetta bataille encore pour  écarter le type qui vient baiser sa mère en échange de boissons fortes. Elle veut entraîner sa ère dans un centre de désintoxication. La mère réussit à se débattre et envoie la fille dans la rivière. Rosetta manque se noyer elle crie «  Maman, il y  de la vase ! »  Nul ne vient. Elle réussit à accrocher un arbuste…

 

Rosetta

C’est aussi  une façon de mettre Vénus au bain.

Tous les jours, Rosetta passe devant le marchand de gaufres ( Olivier Gourmet). Le jeune vendeur, Riquet , l’a repérée, d’autant plus qu’elle demande à se faire embaucher par le patron. Riquet,ni laid ni beau, fait un tour au camping du  «  Grand canyon » : un corps à corps s’en suit avec Rosetta qui a mal accueilli Riquet. Tous deux roulent dans la boue. Simili-viol sans dénudation.

Rosetta est  engagée par le marchand de gaufres, apprend à  les cuisiner, réussit à louer une sorte de débarras que le propriétaire  intitule «  studio » . Riquet devient sympathique, passe des disques, paie une bière, cuisine du pain perdu. Rosetta, méfiante, change de tenue, porte maintenant un pantalon sur son dessus de jogging.

Deux jours plus tard, le patron la renvoie, il préfère faire travailler son fils. La jeune fille hurle et tempête, se sauve dans la cave. Rien n’y fait : elle doit retourner à la caravane, pêcher des poissons dans le fleuve à l’aide d’une bouteille au cul cassé. Riquet la rejoint et tombe à l’eau par accident. Elle voudrait bien qu’il se noie, mais ne peut résister à la tentation  de lui tendre une perche. Finalement elle ira dire au marchand de gaufres, que Riquet fabrique les siennes avec les ingrédients achetés par le patron et les vend pour son propre compte.  Il est renvoyé, elle reprend sa place.

Pas pour longtemps. Riquet la harcèle jusqu’à ce qu’elle abandonne son poste.

 

Rosetta 2

 

Rosetta à la caravane : photo magnifique!

 


Retour à la caravane : Rosetta  veut mourir. Elle ouvre le gaz et s’allonge comme il se doit. Rien n’arrive. La bouteille de gaz est vide.  Il faut aller en acheter une autre.

Riquet tourne dans le terrain avec sa mobylette décrit des cercles autour de Rosetta  chargée d’une bouteille de gaz et qui, après un long moment d’hésitation, la dépose à terre, laissant le garçon venir à elle.


Elle ne pourra éviter de se faire aider par Riquet. Devra sans doute supporter de devenir son amie. Il faut survivre, et Riquet est le seule personne qui se soit intéressée à elle. Il faut imaginer Rosetta en ménage avec Riquet. Car on préfère l'imaginer ainsi qu'avec sa mère....

 

  rosetta et Riquet

  Rosetta et Riquet

 

Mes autres chroniques de cinéma sur l'errance féminine :

 

Wanda film de Barbara Loden

 

Sue perdue dans Manhattan ( Amos Kollek)

 

Sans toi(t) ni loi, un film d'Agnès Varda


Vivre sa vie un film de JL Godard   

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8 septembre 2006 5 08 /09 /septembre /2006 16:23

Sans toit ni loi : Agnès Varda, 1986.


Un grand film sur l'exclusion.


    Il se présente comme une enquête sur une jeune fille de 18/20ans découverte morte dans un fossé en hiver le lendemain du mercredi des Cendres dans un petit village proche de Montpellier. Personne n'étant venu demander le corps, on interroge tous ceux qui l'ont rencontrée dans les derniers mois.

Mona (Sandrine Bonnaire) était une clocharde ( en 1985,on commençait à employer le terme SDF donc, sans toi(t) ni loi). Si elle vivait sans toit, c'est qu'elle endurait une situation d'exclusion, refusant toute relation avec l'autre .  On retrouve un grand nombre de gens qui ont croisé sa route, rencontres brèves la plupart du temps ; mais dans plusieurs cas le contact a duré de quelques heures à plusieurs jours. Avec un autre vagabond dans un manoir squatté par lui ; avec un marocain vigneron ; avec une spécialiste de l'écologie.


     Mona est une jeune fille qui marche vers sa mort : c'est aussi l'argument d'un autre film d'Agnès Varda,  tourné vingt ans plus tôt «  Cléo de cinq à sept ».

Dans "Cléo" , l'angoisse est forte mais la mort n'est pas certaine .

La venue de  l'été (21juin) remplace l'hiver de Sans toit ni loi (mercredi des Cendres en février) la blancheur et la blondeur de Cléo s'oppose au noir et à la crasse de Mona.  On note  de longues déambulations et des rencontres épisodiques dans les deux cas et l'angoisse de la mort taraude également les deux jeunes filles. Les deux films similaires et opposés. Le même personnage repris en « noir ». L'errance rurale à la place de l'errance urbaine. Le temps de l'histoire : deux heures pour Cléo( dont l'histoire était vécue en temps réel) et deux mois pour Mona, ce laps de temps étant reconstitué par l'enquêteur.


Ce parallèle  me dit que «  Sans toit ni loi «  n'est pas strictement un film sur les SDF  et leurs conditions de vie ; bien davantage sur l'exclusion et la mort . Dans Mona, il y a « non » et « nom » c'est-à-dire « non nommée ». C'est aussi le diminutif de Simone et  « Nomos = la loi. »

L'observation des derniers mois de Mona jusque dans les petits détails, le type de documentation que cela suppose de la part de la cinéaste en fait pourtant aussi bien un film réaliste (voire hyperréaliste).

-L'enquête en flash-back met en évidence le refus de la cinéaste de lui fabriquer un passé et donc des raisons  de faire la route ( pathologie, utopies) , elle ne s'est pas confiée aux personnes qu'elle a rencontrées, n'a pas répondu aux questions de  l'écologiste ou du philosophe devenu berger à propos des raisons qui l'auraient mises sur la route.


Elle revendique sobrement  et assume son existence de survie que nous savons ne pouvoir être un choix. Mona n'a aucun papier d'identité, on ne sait rien de sa famille, elle dit au « berger » avoir été secrétaire et à Mme Landier l'écolo, avoir eu un bac G. Elle précise « ça m'a fait chier d'être secrétaire » et au berger : «  si j'avais comme vous fait des études je ne m'emmerderais pas à garder des moutons ». Cette remarque ( qui vise au passage les « retours à la nature » et « bons sauvages » dont on commençait à mesurer l'utopie en 1985) doivent suffire à expliquer sa situation.

Les contraintes insupportables d'une vie médiocre et sans espoir vouée à des taches répétitives, le peu d'intérêt des contacts noués avec autrui l'ont déterminée à la solitude «  Seule, c'est bien » répète t'elle plusieurs fois. Mais la solitude  se paie cher  ; elle génère l'exclusion.

Cette élimination, on ne sait comment elle a commencé : refus des autres, et rejet de cette personne par autrui sont simultanés, réciproques. La sanction peut en être  le vagabondage tel que le subit Mona..    

Les témoins interrogés sur leur rencontre avec Mona sont mis en scène .Au moment où ils parlent ils sont dans une situation toute personnelle ( chez eux «  en situation ») .De leur paroles naît une reconstitution des faits en son et images. Ces témoins sont donc tous des personnages à part entière. Quelques uns des témoignages mis en scène précèdent les récits de la rencontre avec Mona.


On peut retenir  les rencontres les plus longues :

La plage : au début Mona campe sur la plage et se lave à la mer (ce sera la dernière fois qu'elle aura l'occasion de se laver) . Seule, elle est encore assez belle. Elle refait son sac et marche sur la dune. Nous voyons cela juste après la découverte du cadavre de Mona. C'est le premier flash-back.

Le « berger » : il  s'agit d'un couple qui a voulu retourner à la terre comme c'était la mode dans les années 70 et qui a persévéré. A présent cela étonne mais certains de ces intellectuels  ont choisi cette vie. Le « berger » ancien professeur, a une femme et un enfant. Il recueille Mona lui offre l'hospitalité et même lui donne une  possibilité de sortir de l'errance . Elle pourrait rester avec eux, s'installer dans une caravane, qui se trouve sur sur leur domaine. Mona accepte surtout parce qu'il fait froid.

Peu avant elle a trouvé de la neige autour de sa tente un matin et s'en est d'abord émerveillée:  elle est encore jeune.

Elle ne passe que deux jours dans la caravane . Elle lit : la lecture pour ces nouveaux bergers  devenus travailleurs  qui ont dû justement y renoncer, est devenu un acte antisocial. Mona devait s'installer et commencer à cultiver , aider la maîtresse de maison, elle lit, provoquant chez les nouveaux bergers un sentiment de frustration et l'homme la chasse.

l y a désaccord idéologique. Mona ne comprend pas pourquoi on mène une vie de galère « après avoir fait des études ».  Il commente ainsi son bef rapport avec Mona : « elle n'a ni projet, ni désir, ni but... elle est inutile et fait le jeu du système qu'elle refuse » .

Le berger est carrément  évangéliste : «  on t'a donné un arpent de terre et tu n'en a rien fait » ( parabole des talents : à celui qui n'a rien, il sera retiré même ce qu'il a : ce talent qu'il a conservé et n'a pas monnayé comme les aautres et que le maître lui retire, voyant qu'il ne l'a pas fait fructifier : talent non monnayable. On ne peut se vendre pour gagner sa vie : on est rejété, exclu.

Ceci ne prend pas en compte le fait que, exclue, Mona n'a pas le choix. Elle ne peut faire le jeu social ; ni monnayer son travail contre de l'argent et s'installer, ni bavarder ce qu'il faut pour que les gens soient sympathiques avec elle. Elle ne peut s'intégrer. Il y a impossibilité. Le spectateur lui-même peut ne pas le comprendre : Mona  assume son existence de manière à ne pas passer pour une victime.

La mise en scène  montre les deux visages de la jeune fille. 1) Mona est belle, fière et rebelle ; elle assume son existence : la façon de la filmer  la transcende surtout lorsqu'elle marche ( dans la neige, sur la dune, dans des terrains vagues) ces déambulations sont magnifiques. 2) Mona est misérable, elle ne se lave plus après son bain dans la mer, elle est repoussante, son « discours » de refus, discours bref, quelques mots pour dire non, ne trahit que sa déchéance.  On nous montre les détails sordides et réalistes : manger des sardines à même la boîte, casser ses bottes.


Le berger avait tout de même recensé les désavantages de cette vie «  tu dépends du mec qui ne te prend ou ne te prend pas. S'il te prend sans t'emmerder, tant mieux... »

Juste après cette rencontre, elle se fait violer.

Toutefois le viol véritable c'est à la fin du film lorsqu'elle est poursuivie par des jeunes gens grimés pour la «  Fête des Paillasses » c'est-à-dire du Mardi Gras et des Cendres, qui l'agressent et lui jettent du vin : cette agression est à la fois réelle et inoffensives dans l'intention.  Il s'agit d'un rituel dionysiaque violent, perpétré à la suite du Mardi Gras (jour où l'on sacrifie une victime)  et qui a ses lois mais ne vise pas à violenter autre que symboliquement. Toutefois Mona est affaiblie et transie, saisie par la panique. La victime sacrifiée ce sera elle.

La condamnation du berger et l'altercation violente sont une étape dans la chute de Mona.


La rencontre avec Mme Landier

C'est aussi une bourgeoise qui s'occupe de la nature : elle prend  Mona en stop lui pose des questions auxquelles la jeune fille ne répond que par monosyllabes (ses manières peu engageantes détermineront sans doute la sévérité de Mme Landier à son égard). Elle lui  explique que les ormes ont disparu de la région et qu'elle lutte contre cette maladie qui détruit aussi les platanes, emmène Mona au restaurant, mais ne la prend pas chez elle et l'abandonne au coin d'un bois.

Symboliquement, Mme Landier sera punie. Rentrant dans sa salle de bain, elle s'électrocute avec les lampes. On la croit morte. L'intervention de son ami l'agronome la sauve.  Ce même homme est piégé par son épouse (qui déteste Mona sans l'avoir vue) et le pousse à envoyer sa vieille mère à l'hospice pour récupérer un grand appartement : c'est l'un des intrigues qui parsèment le film : Mona n'y a pas sa place ; elle n'a sa place dans aucune intrigue, n'habite nulle part, est seule : les gens impliqués, installés, mariés, en ont : ces histoires de mœurs vont et viennent en contrepoint du cheminement  sans but de Mona.


Une femme mariée s'écrie à son mari en parlant de Mona qu'elle l'envie de sa liberté, elle qui s'est laissée coincer par le mariage.

La liberté de Mona je la vois dans quelques instants de grâce, glanés ici ou là,  arrachés à  son quotidien, Son choix d'existence n'est que servitude, contrainte, et souffrance.



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8 septembre 2006 5 08 /09 /septembre /2006 09:06

an-wanda.jpg« Wanda » film de Barbara Loden. 1971.

C’est une femme qui a perdu son travail. Son mari a demandé le divorce. Il l’accuse de ne pas s’occuper de leurs trois enfants et embauche sa mère à lui pour s’acquitter de cette tâche. Effrayée, angoissée, Wanda , ne sachant comment s’en tirer «  accepte » de persdre ses droits au jour le jour. Elle finit par coucher sur le canapé du salon, houspillée en permanence par son ex-époux et sa belle-mère. Elle n’ose plus approcher ses gosses. Ne fait pas appel aux services sociaux. L Tibuanl lui retire la garde des enfantd et son mari la jette dehors ; il n’en a sûrement pas le droit mais elle n’insiste pas, des mois de persécution l’ont usée et elle s’en va . On la voit surtout de profil et tête baissée. A l’entreprise de couture où elle travaillait autrefois, lle se présente à nouveau, et se fait chasser. On lui devait plusieurs mois de salaire qui ne seront pas réglés. Elle s’en va erer à travers le pays . Pas loin, bien sûr. Ne pouvant trouver ni emploi ni gîte, elle se prostitue pour avoir de quoi manger et dormir au jour le jour. Ce sotn des soldats de rencontre qui lui assurent ainsi une survie provisoire. Elle ne demande jamais d’argent, laisse suelement entendre qu’elle a faim. Malgré des rapports répétés, ou pour cette même raison, elle n’éprouve jamais de plaisir.

La rencontre d’un « assureur » lui donne peut-être quelques espoirs. Mais quelques passes plus tard, il s’avère être braqueur de banque ; il accepte de la nourrir à condition qu’elle couche avec lui et lui serve de complice pour ses braquages. Lorsque ce grand dadais de cambrioleur lui donne quelque argent pour s’acheter deux robes qui ne lui vont même pas, elle exulte : sur le terrain vague attenant au centre commercial ; elle danse, elle n’a jamais été plus heureuse. Elle s’achète même un chapeau.

Il la quitte pourtant, très simplement et sans même le vouloir. Lorsqu’il se fait tirer dessus au cours du cambriolage d’un grande banque, un coup que, dans sa naïveté, il croyait pouvoir réussir.  De nouveau, elle est  seule, elle pleure ; de nouveau sans ressources.

Le lendemain, elle se prostitue à nouveau, à un militaire pour obtenir un repas et un abri pour la nuit…

 Le film est en focalisation externe. On ne rentre pas dans la conscience des personnages, surtout pas celle qui nous importe : Wanda. On ignore ses pensées. Son visage est indéchiffrable. Pour cette raison, et en dépit de son côté très flou qui s’oppose à la détermination de Mona (Sans toit ni loi) elle lui ressemble.

On la suppose dégoûtée par l’asservissement que représentait un mariage peut-être forcé :comme elle suit le homme pour avoir un toit et un repas, un peu plus si possible, on devine qu’elle s’est mariée de la même façon et n’a pas réussi à trouver d’intérêt véritable à ce destin. Elle n’est pas une rebelle. Lorsqu’elle a droit à un semblant de contentement narcissique, d’estime d’elle-même ( s’acheter deux robes et un chapeau), elle semble revivre. Ces moments sont rares.

 

 

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8 septembre 2006 5 08 /09 /septembre /2006 09:03

Sue-lost-in-Manhattan.jpgSue perdue dans Manhattan . film d’Amos Kollek 1999.

 

 

 

Sa grande silhouette en caban et décolleté, son immense fichu, ses lunettes noires, son hésitation, puis refus à vivre de ses charmes. L’étonnement lorsque l’on voit son visage nu.

 

 

 

Venue de province, elle cherche assidûment du travail dans les bureaux, s’invente des licences de droit, de psychologie, après avoir dit la vérité qui n’intéressait pas les employeurs à savoir qu’elle avait étudié et pratiqué la danse moderne. Ses petits jobs ne durent pas longtemps. Un après-midi, revenue à 14heures prendre place à son bureau après la pause déjeuner, elle est licenciée sur le champs et sans explication. Elle vit de temps à autre avec un journaliste, se confie à lui, mais cette confidence qu’elle est stérile après un avortement la dessert et l’amant rompt.

Sue ne peut plu payer son loyer, elle est à la rue.

Elle téléphone à sa mère  en province atteinte de la maladie d’Alzheimer un dialogue de sourdes  s’instaure. Ensuite, elle ira trouver l’employé du téléphone discutera longuement avec elle pour compenser.

Elle parle à tout le monde dans la rue, dans les cafés, où elle s’installe, aux consommateurs, moins pour draguer que pour être moins seule, au moindre serveur… Linda, une étudiante mexicaine s’intéresse à elle, veut lui prêter de l’argent que Sue ( Anna Thompson) n’accepte pas. Après plusieurs rencontres, la jeune femme retourne au Mexique, liasse son adresse.

Sue essaie de retenir n’importe qui : un téléphoniste, un amant d’un soir, un serveur qui voudrait bien  s’en aller à minuit,  le journaliste plein aux as qui s’en va pour les Indes et ne l’emmène pas. Personne ne sait aqu’elle n’a plus de domicile.  Elle revient chercher les cartes postales envoyées par le jeune homme à l’adresse où elle n’a plus les moyens d’habiter.

Sue trouve refuge dans un square, accepte une boisson d’un homme vêtu de noir ous les jours sur un banc. Puis elle change de quartier…

Retrour au square : l’hiver est arrivé, la situation empire . Le monsieur en noir a dsiparu du banc, nul ne sait ce qu’il est devenu. L’amie Lola , qui a  fini par se prostituer , ne trouve plus de client et gèle sur le trottoir. Les retrouvailles sont rudes : Lola tente de faucher son porte-monnaie  à Sue avant de se jeter sous une voiture par égarement et mauvaise santé plus que par désir de suicide.

Tous les jours, Sue va au snack du coin et se paye un cornet de nouilles au sésame. Un jour, elle n’a plus de quoi y ajouter un café qu’on lui refuse. Voyant cela une autre consommatrice commande un café supplémentaire pour elle-même ? la détresse de Sue lui donnant soif..

Une fois encore, Sue appelle sa mère à qui elle explique sa situation, la mère dont on voit enfin le visage ébahi, dément, absent, trop coloré et les cheveux roux dans l’hospice, et qui ne dit plus rien.  Par contraste,le visage blême, bleui de froid de Sue , ses cheveux eux aussi presque décolorés .

Elle a quitté la cabine téléphonique et se dirige vers le square ; rencontre son ex-ami de retour des Indes, qui ne semble pas se douter qu’elle est victime d’hypothermie. Il lui offre néanmoins son avant-dernier repas.

Enfin, mais il n’est plus temps, Sue se décide à appeler son amie Linda qui promet de lui envoyer un mandat poste restante qu’elle recevra le lendemain. Chancelante, elle sort de la cabine téléphonique, va acheter encore une fois des nouilles au sésame et s’installe dans le square sur le banc givré. Perdue dans une sorte de délire, elle entend une fillette mexicaine qui joue au ballon, échange quelques mots avec elle, la prend pour Linda. La mort arrive par petites touches.

 

 

 

 

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26 août 2006 6 26 /08 /août /2006 14:20

 

 

 

le--on-de-piano.jpg

       

 

Un jour de 1850 sur une plage de Nouvelle-Zélande  débarque Ada, jeune femme célibataire au visage livide, aux lèvres minces et serrées, aux impeccables bandeaux de cheveux noirs très « Bovary » : « Son cou sortait d’un col blanc rabattu, ses cheveux, dont les deux bandeaux noirs semblaient chacun d’un seul morceau tant ils étaient lisses étaient séparés sur le milieu de la tête par une raie fine , qui s’enfonçaient légèrement selon la courbe du crâne… »Tressés sobrement sur l’arrière de la tête en un chignon ondé.

 Célibataire et mère d’une fillette de six-huit ans, Flora. Célibataire et muette. Depuis le « Médecin malgré lui » on sait que derrière le mutisme y’a plein de non-dit.

Muette depuis toujours mais pas sourde. Elle sait communiquer par gestes avec Flora.

Muette, mère et célibataire mais plus pour longtemps.  On l’a expédiée aux îles  pour épouser Stewart, colon anglais qu’elle ne connaît pas encore. Elle l’épouse et ne le connaît pas davantage. Il a tout l’air d’être impuissant. Il ne s’occupe pas non plus du piano qu’Ada, interprète accomplie, a emmené dans ses bagages. Elle se le fait transporter par Bairnes, un autre colon, bien installé, tatoué, et qui fraye avec les habitants.

Les indigènes. Ah, mon Dieu ! Comme ils ont bien campés ! A les voir je me croyais entrain de feuilleter «Tout l’univers » ce magazine auquel on m’avait abonnée  à la grande école pour mon édification culturelle.     

    Et la Nature, donc ! Les vagues, les déferlantes, les forêts spongieuses, les grands arbres, les Eléments… Bairnes a ce côté un peu sauvage auquel une Victorienne ne saurait résister bien longtemps. Même et surtout si elle a la trempe d’Ada. Stewart vend le piano à Bairnes, lequel en profite pour proposer à Ada de le lui rendre en échange d’un commerce sexuel sous couvert de leçons de musique. Timide au début, elle ne tarde pas à desserrer son corset. Le héros a des pectoraux rebondis, des bourrelets de graisse aux hanches, les fesses avachies. On pense devoir y saisir un message de la réalisatrice «  Non je ne sacrifierai pas à la facilité, je vous montrerais l’homme naturel avec tous ses défauts et non ces images de magazines de pub ». ça se défend, n’empêche je ne suis pas convaincue. Les beaux mecs existent ailleurs que dans les magazines de pub. On en voit dans le métro l’air de rien, on en voit partout. Ada, elle, n’a pas le choix. Il n’y a que cet homme là dans les environs, donc elle prend. Peut-être en pince t’elle pour les tatouages ? L’homme au visage à pelure d’orange n’en manque pas.  Elle regagne son piano touche par touche, et finit même par débaucher son propre mari que l’on croyait « Findus ». Il faut dire que là-bas la Démesure règne : lorsque les enfants de l’école de Flora montent un spectacle de Barbe Bleue aidés par leurs institutrices, les spectateurs ( à moitié « Sauvages ») prennent le spectacle au sérieux et envahissent la scène malmenant un peu tout le monde, en hurlant des messages incompréhensibles. Message de la réalisatrice : «  Dans ce monde élémentaire les passions se déchaînent » Ada est amoureuse de Bairnes son mari devient jaloux et lui tranche un doigt le majeur de la main droite . Ce doigt là à quoi peut-il servir en priorité ? A frapper des touches A faire une touche ? Où encore… ? Bref notre héroïne quitte la NouvelleZélande avec son majeur en moins et son amant en plus. Elle envoie son piano valdinguer par-dessus bord, et manque se noyer avec. On en rajoute façon pathos. Retour à la vie. Bairnes lui a acheté un nouveau piano, elle apprend à parler toute seule et donne des concerts avec un doigt métallique : « ça me singularise » dit-elle. Le film en aurait bien besoin.

 

 

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