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8 août 2007 3 08 /08 /août /2007 11:01
Persona.jpgPersona ( Ingar Bergmann, 1966) trente cinq ans après.
 

Lorsque je l’ai vu pour la première fois( mai 1971) , j’ai été fort impressionnée par le prologue : un tourbillon de visions de cauchemars, une bobine de film qui brûle, un squelette dans un film muet qui se précipite sur une femme alitée, un insecte bourdonnant, le dépeçage en gros plan partiels d’un animal ( ?), un clou que l’on enfonce dans une paume de main, un garçonnet aux lèvres pleines avec de grandes lunettes qui promène ses mains sur un écran où se dessine un visage de femme ( celui de la mère) flou, et en suit les contours…

 J’osais à peine regarder et dans le même temps je prenais cela tellement au sérieux, j’avais tellement l’impression d’assister à des moments sacrés rares et qui devaient magnifier ma médiocre existence, que chaque image était un cadeau que l’on observe à peine comme si l’on n’avait pas le droit à la vue pleine et entière. Et je croyais aussi qu’Elisabeth, la comédienne , qui, un jour en scène jouant Electre, est prise d’un fou rire et demeure silencieuse, s’était trouvée littéralement sans voix, et que si, par la suite, elle ne reparlait pas ou presque jamais, c’ait que, matériellement, elle en était devenue incapable. Que les sons ne sortaient plus de sa bouche.

 On peut penser qu’ Elisabeth Vogler cesse de parler délibérément : elle s’est vue en train de jouer la comédie, s’est vue d’un peu trop loin et n’a pu réinvestir ce rôle. Ni les autres, ceux qu’elle jouait sans conviction dans la vie. Persona, c’est le masque endossé pour la comédie sociale.

Une amie « psychologue » lui dit je vous comprends Elisabeth mais, refuser de parler et de jouer réagir par l’inertie et l’apathie, c’est une façon de jouer un autre rôle. Vous ne ferez impression à personne de cette manière. «  Personne, à part vous, ne se demande si vous êtes vraie ou fausse »

Cette femme a raison, à tel point que le film pourrait s’arrêter là.

 

Et pourtant, c’est là qu’il commence. Elisabeth se voit attribuer une infirmière Alma, l’âme, en attendant qu’elle guérisse. Dès sa prise de contact, Alma est impressionnée par sa patiente et la décrit : visage doux et enfantin mais regard dur. Elle déborde d’admiration pour cette grande artiste avec qui elle a l’honneur de se trouver en tête à tête.

Ses dispositions vis à vis d’Elisabeth confortent l’artiste dans sa position de mutisme.,.

Elle partent au bord de mer dans l’île de Farö,  magnifiquement photographiée, se baignent, chantent ensemble, épluchent des champignons, se caressent.

Alma fait la lecture à Elisabeth, et, autant pour remplir le vide de la non parole, que parce qu’elle perçoit de l’intérêt dans les mimiques de sa malade, commence à raconter sa vie, confiante, et se prenant au jeu avec des détails que l’on ne confie qu’à une intime. Elle  croit  

Entretenir avec elle une relation privilégiée

La pluie arrive, et Alma, postant les lettres de sa compagne ne peut résister à en lire une, adressée à l’amie psychologue. C’est Psyché (l’âme)  qui cherche à voir Amour.

Alma lit  une suite de commentaires ironiques à propos de ses confessions, apprend  qu’Elisabeth se moque d’elle.

 La période suivante est celle du conflit ouvert.

Trouver des défauts physiques à son amie qu’elle regarde dormir (comme Psyché regarde Amour),  lui faire mal physiquement, lui raconter son histoire, qui semble correspondre trop exactement à ce qu’Elisabeth aurait pu dire elle-même (A propos de la maternité mal vécue, de l’enfant qu’elle repousse) prendre sa place auprès de l’époux aveugle d’Elisabeth...
il la prend pour elle, ne saisit pas que c’est la voix d’une autre : un aveugle ne devrait pas s’y tromper…

Mais peut-être joue t’il aussi la comédie ?

Les propos tenus sont inutilement sentimentaux : que penser d’un conjoint qui dit «  nous sommes des enfants tourmentés ; pleins de bonne volonté, portés par des forces qui nous dépassent » ils ont plus de trente ans, voire quarante !

Elisabeth ne reparlera pas, mais un jour,  l’amour et la haine auront pris fin, Alma aura obtenu d’Elisabeth qu’elle recolle la photographie déchirée de son fils. Elles cesseront de se dédoubler et de se prendre l’une pour l’autre.

Nous auront été gratifiés du visage en gros plan d’Elisabeth muette, mimant la surprise, l’étonnement, la peur, la frayeur, la joie, dans l’espoir d’y croire à nouveau. Et des deux visages superposés.

J’avoue qu’à présent je suis gênée, voire irritée  par l’usage du gros plan des visages et de leur utilisation à des fins dramatiques et immédiatement émotionnelles. Ainsi qu’à cette avalanche d’effets …

Je ne  suis plus sous le charme !

 
 
 .
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5 août 2007 7 05 /08 /août /2007 21:23

Hiroshima 2

 

Never(s) more…

 

     Au début du mois d’août à Hiroshima, une actrice française ( Emmanuelle Riva) veut jouer dans un reportage filmé sur la catastrophe nucléaire. Elle a rencontré un architecte japonais.

Entre deux étreintes, ils parlent de la catastrophe impossible à  montrer,  sinon à dire… «  Dix mille soleils «   éclatèrent sur Hiroshima. Il n’y était pas et fut épargné mais y perdit sa famille.

Elle habitait Nevers (était «  la petite folle de N’vers ») et son amant d’alors était un soldat allemand. Un jour, il fut abattu sous ses yeux.

Ses parents l’enfermèrent dans une cave après qu’elle fut tondue et conspuée. En 1945, c’était la Libération, elle sortit de la cave et s’en fut à Paris en vélo.

Hiroshima se présente sous forme de dialogues lyriques, dialogues entre deux témoins victimes de deux guerres meurtrières.  Les deux amants d'un jour exorcisent en quelque sorte leur douleur passée, en se la racontant, en se parlant aussi à eux-mêmes.

Mais ils veulent se souvenir, encore davantage, ressentir encore plus et autrement, surtout ne pas oublier.

Hiroshima et Nevers se font écho, le premier écrasé par le soleil qui rappelle la lumière meurtrière et le second toujours dans une sorte de pénombre.

Des phrases scandées, construites comme des litanies se répètent, se répondent «  tu n’as rien à faire à Hiroshima( voix off) «  j’étais la petite fille de N’vers »

Ces incantations sont spéciales à Marguerite Duras! Elles ne plaisent pas à tout le monde " Hiroshima mon amour? pouquoi pas Auschwitz mon loulou? " ironisait cruellement Desproges...mais hélas n'avait-il pas un peu raison? 

La première fois que j'ai vu le film j'ai pleuré. Cette première fois me semble bien loin!

On connaît les dialogues par coeur, et ils font l'effet d'une vieille chanson qui aurait été autrefois un tube et dont on fredonnerait la ritournelle avec plaisir... si seulement c'était une chanson! Malheureusement ce n'est pas une chanson et avec le temps ces incantations me semblent un peu ridicules.

Les images, à l'opposé, me  surprennent encore. D'abord,en gros plan, des détails du corps des amants enlacés. Le grain de la peau. Filmé de telle sorte que cela pourrait être aussi des morceaux de corps brûlés des victimes d'Hiroshima, avant que la caméra ne s'éloigne pour faire apparaître les deux protagonistes nus.

De fait, très vite, défilent d'horribles images de la catastrophe.

j'aime encore les rues encombrées de comédiens qui défilent, l'homme et la femme qui se perdent et se cherchent. Le vélo de la jeune fille qui bondit sur les monticules de terre et d'herbe surplombant la Loire.

La musique est tonique, pas du tout mélancolique,excellente.

 

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25 juillet 2007 3 25 /07 /juillet /2007 17:53

J’ai vu le film de Vittorio de Sica en 1971, à la TV, en noir et blanc puisque l’on n’avait pas la couleur. J’ai été séduite par Dominique Sanda, interprète du rôle de Micol, jeune femme énigmatique que le narrateur cherche à comprendre à défaut de lui plaire, alors même que la répression mussolinniene des juifs, lui ouvre les portes de la demeure des Finzi-contini, famille refermée sur elle-même, pour fréquenter leur cours de tennis. Les Finzi-Contini, au début des années 40, apparemment peu impressionnés par les manœuvres anti-juives, se croient intouchables ou  restent étrangement indifférents à leur sort.

 

Il ne m’en reste que des images éloignées du contexte : Micol jouant au tennis avec une élégance nonchalante, à tel point que j’ai commencé à regarder des matchs de tennis… Micol penchée sur son frère malade ( Helmut Berger) maternelle et hautaine à la fois ; Micol parlant à Giorgio de ses hypothétiques travaux sur Emily Dickinson ce qui fait Giorgio se demander si elle ne devient pas mystique. Micol qui ne veut pas de lui, alorsqu'ils semblent  faits l'un pour l'autre... .  Giorgio de plus en plus amoureux se demande si elle ne se moque pas de lui tout en la trouvant de plus en plus troublante.

En fait, il n'y a pas de vrai mystère, elle lui préfère un autre avec qui elle n'a pas de souvenir passé...

 

 

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Micol ( Dominique Sanda ) et Fabio

 

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Helmut Berger ( le frère de Micol) un être tourmenté et bientôt atteint d'une grave maladie

 

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Quand j’ai vu le film pour la première fois, j’avais le béguin pour Helmut Berger, mais aujourd'hui  Giorgio plaît davantage; plus de caractère, plus vivant... il faut dire que Alberto  est éteint, déjà presque mort  dès le début (c'est le rôle qui veut cela). Dominique Sanda que j’avais trouvée énigmatique,  me semble bien plus facile à comprendre.

Le paysage est magnifique, le cinéaste tire des effets de la blancheur des vêtements des jeunes, parfois rehaussés d'un trait de couleur vive, et à la fin ils sont tous vêtus de noir... endeuillés  et  aussi prêts pour la déportation car on le sait, tout  cela se termine très mal...Le jardin est mortifère, les Finzi-Contini avaient les moyens de fuir alors qu'il en était temps, mais il ne leur vient jamais à l'esprit de quitter leur domaine, qui se referme sur eux comme un piège. Giorgio a de la chance que Micol ne veuille pas de lui, c'est en sorte ce qui le sauve.

  • Le Jardin des Finzi-Contini qui est projeté sur trois écrans parisiens Le Balzac , Le cinéma de la place St Germain des Prés, dont j'ai oublié le nom, et à Montparnasse , ainsi que dans la Seine-saint-Denis.

 

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7 juin 2007 4 07 /06 /juin /2007 12:32


Et dite  tout de même…

1987 DVD***

 


     En France les derniers films où un ecclésiastique jouait un grand rôle furent signés Bresson et sont antérieurs aux années 80.

 

 

Il faut être italien pour encore commettre un tel film !

 

 

Giulio est resté attaché à sa mère,  il lui reste fidèle en devenant prêtre.  Voué au célibat, il n’a pas de problème de sexe, et on le voit  jouer comme un enfant plusieurs fois ( au ballon, au train électrique, au baby foot, à mettre très fort le son d’un transistor pour ne pas entendre son interlocuteur…)

Sa vocation est avant tout humaniste ; aider les autres.

Il n’y arrive point ! bien au contraire, tout semble se dégrader à son approche, la sœur qui veut se faire avorter,

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le père qui part avec une femme plus jeune de trente ans, son prédécesseur défroqué marié et père, l’un de ses amis profondément déprimé, un autre en taule pour terrorisme… la mère qui se suicide…

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Des scènes de violence forte, on tente de le noyer dans la fontaine, on le menace d’un couteau, lui-même est violent en parole et même physiquement… Certaines scènes sont intéressantes.

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La mise en scène est forte, la photo de paysage bien belle,  et ces qualités  sauvent en partie le propos pas forcément passionnant.

 

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27 mai 2007 7 27 /05 /mai /2007 21:06

 

oiseaux-bosch.jpg

Mélanie Daniels , jeune femme fortunée, coquette,  citadine, veut épouser  Micht ( avocat et plutôt rustre d'allure)  qu’elle a rencontré dans une oisellerie : il y cherchait des « inséparables » à offrir à sa petite soeur. Intéressés l'un par l'autre, ils se sont d'abord querellé et quitté en mauvais termes.

 Cependant Mélanie  a fait l’acquisition d'un couple de ces petites perruches, et se rend chez l'homme qui lui plaît,  sur une île,  à bord d’un  bateau, porteuse  de ce cadeau, officiellement pour la fillette, implicitement pour lui. Il ne lui avait pas doné ses coordonnées mais elle les a trouvées à partir de l'immatriculation de sa voiture.

 Les «  inséparables » (en anglais « love-birds »)est un cadeau équivalent à une  lettre d’amour. 

Assez bien reçue, sauf par la mère de Mitch, Mélanie s’installe dans la propriété. Alors les oiseaux commencent à attaquer les humains ; d’abord une mouette, puis des corbeaux,  et même des martinets et des moineaux.

Ils font des morts et des blessés.

La révolte des oiseaux est un mythe ancien. Une malédiction qui tombe sur l’homme pécheur et un fléau biblique s’apparentant aux sauterelles sorties du bâton d’Aaron pour s’abattre sur le pays d’Egypte.

  Contrairement  à Psychose, son film précédent   dont  le climat très angoissant n’empêchait pas une explication rationnelle d’intervenir pour tout expliquer,  les Oiseaux sont le premier film d’Hitchcock à faire intervenir le fantastique  sous la forme  du  surnaturel.  

 

     Dans ce film le thème de l’intrigue amoureuse se mêle à la révolte aviaire, ces corbeaux menaçants qui noircissent les fils électriques des poteaux télégraphiques, des antennes, de toute la contrée.

Micht, le fiancé a commencé par résister à Mélanie. Celle-ci apprendra par une institutrice du village (future victime) qu’elle a tenté, avant elle, de séduire cet homme et s’est heurtée à la mère.

La cage aux love-birds désigne t’elle Michael et Melanie ou Michael et sa mère ?

Il est sûr que c'est par Melanie que le scandale arrive! la première victime c'est elle ( la dernière aussi ...) mais pourquoi les oiseaux s'en prennent-ils aux enfants? et comment expliquer que les morts soient des gens installés dans le village depuis longtemps ?

Il s’agit aussi bien d’une révolte contre la mise en cage, l'enfermement,  : les oiseaux devenus prédateurs obligent tous les villageois à s’enfermer, à mettre des protections à leurs fenêtres. Cernée par une volée de féroces mouettes, Melanie doit trouver refuge dans une cabine téléphonique hermétiquement close.

Les love-birds eux-mêmes ne participent pas à la révolte bien qu’ils en soient à l’origine.

Le film se clôt lui-même sur un paysage de crépuscule  lunaire. Magnifique et effrayant tableau! 

les milliers d’oiseaux, noirs et blancs, postés partout sur les branches, sur le sol, en rang serrés, ou formant des tapis compacts, surveillent la scène Micht emmène Melanie, blessée à l’hôpital, la jeune sœur de Michael et la presque belle-mère de la jeune femme, les suit avec la cage aux love-birds. On ne sait pas si les oiseaux vont partir ou rester, attaquer encore ou non, et si  la petite famille reviendra dans sa maison ? Une fin ouverte... 

 
 
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26 mai 2007 6 26 /05 /mai /2007 09:39
lip-l-imagination-au-pouvoir.pngLes LIP l’imagination au pouvoir, un film de Christian Rouaud.
 

L’aventure commence en Avril 1973  quand  l’usine LIP (implantée à Besançon) qui fabrique des montres électroniques va être rachetée. En ces temps où les luttes ouvrières étaient   la règle, les délégués syndicaux CDDT séquestre les négociateurs qui leur sont envoyés, après lecture d’un papier où ils lisent que quelques centaines d’entre eux vont être «  largués ».

Après un bras de fer avec les CRS, ils occupent l’usine, et, révolté par la façon dont on veut les traiter («  ce n’était pas encore l’époque où l’on acceptait d’être traités comme des bêtes »), emportent les montres qu’ils ont produites et les outils nécessaires à  la fabrication et au maintien de la chaîne de production, pour les planquer dans des endroits sûrs.

Pendant deux mois de juin à août, les ouvriers vont fabriquer eux-mêmes leurs montres, les vendre,  et se payer sans être superviciés par un patron.

 Avec pour  porte-parole, une dizaine d’ouvriers délégués syndicaux SFDT, hommes et femmes, dont un  prêtre dominicain, gauchiste plein d’humour, et un cadre commercial, une équipe incroyablement bien soudée et organisée par des années de discipline dans la lutte pour la défense des intérêts de tous .

Les ouvriers ne vendent plus leur force de travail, mais le produit de ce travail. Ils se redistribuent les richesses aussitôt acquises.

En août Mesmer, premier ministre de Pompidou,  fait évacuer l’usine par la force. Les lip se réinstallent dans plusieurs salles à Besançon pour tenir des assemblées et pour une moindre mesure continuer à produire.

Le 28 septembre une grande manifestation de soutien est organisée, le 12 octobre avec les accords de Dôle, l’usine est, par l’entremise du PSU, confiée à Claude Neuschwanger, un chef d’entreprise de gauche.

L’année suivante les ouvriers sont tous réembauchés, l’usine fonctionne à nouveau avec une « tête » mais Neuschwanger est bien toléré et même apprécié. Il envisage un bel avenir pour Lip…une croissance économique dans l’honnêteté,  on peut appeler ça un «  ordre juste »

En 1976, Chirac, chef du gouvernement Giscard,  casse le marché de Lip, fait cesser toutes le commandes pour punir ces manœuvres visant à empêcher le profit patronal. Les ouvriers sont mis définitivement au chômage, et leur nouveau chef à pied. L’heure a sonné.  «  Ce sont les années de la honte qui commencent » regrette Charles Piaget, principal porte-parole des ouvriers de l’époque.  

« C’est avec Lip que commence le libéralisme proprement dit, le capitalisme financier remplace désormais le capitalisme d’entreprise… et on jouera les usines au Monopoly » dit Neuschanger… trente ans plus tard.  Ce dernier ajoute que l’idéologie qu’on fit courir dans les années 80 comme quoi il n’existait plus de classes sociales est un mensonge éhonté d’autant plus que l’écart entre les nantis et les autre n’a cessé de se creuser.

1976 : c’est la fin des Trente Glorieuses.
 

Le documentaire est réalisé d’une façon  classique et précise : on fait alterner les films d’archive noir et blanc, manifestations, meetings et gestes au quotidien, et les interviewes d’une dizaine de personnes, presque toutes déléguées CDDT.

C’est le point de vue des ouvriers, des producteurs, et des militants de base qui domine. Nous sommes donc au plus près d’une certaine vérité élémentaire et originelle. Les acteurs de l’époque, se méfiaient des récupérations des dirigeants de tous les partis de gauche, ainsi que de leurs propres chefs. On nous en montre très peu et ils semblent n’être là que pour constater les faits et tenter de les reprendre à leurs avantages. Nos alliés, disent les acteurs de cette remarquable rébellion, furent des militants anonymes tout comme nous, ou des organisations politiques telles que  les Cahiers de mai, qui  privilégiaient la lutte efficace au jour le jour plutôt que les grandes  envolées lyriques et les discours creux.

Ce divorce entre la base et le sommet est ici flagrant. Et intéresse autant que  la réalisation unique en son genre de l’expérience LIP.  

 
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20 mai 2007 7 20 /05 /mai /2007 22:30
Elephant.jpgElephant de Gus Van Sant. Quelques remarques.
 

Un proverbe « les aveugles et l’éléphant » dit que chaque aveugle appréhendant avec le toucher une partie différente d’un éléphant s’en fait une vision partielle. La vision globale, nul ne l’a.

 

Inspiré par l’hécatombe au Lycée Columbine en 1999, le cinéaste ne reconstitue pas les faits « exacts » dans un souci documentaire mais, pendant quelques heures d’une journée fatale suit une dizaine de personnages jeunes gens et adultes dans leurs faits et gestes ordinaires, y compris les deux tueurs que l’on voit préparer leur forfait.

Plusieurs des scènes essentielles sont répétées plusieurs fois sous des angles différents.

Le film n’est pas linéaire ; il n’est pas évident à première vue de reconstituer un début et une fin.

Le récit est en focalisation externe en principe, on a parlé de la grande objectivité du traitement du film. En fait, le film est empli de signes et de fausses pistes.

John c’est le premier à nous être présenté, un jeune garçon brun teint en blond platine, la racine brune bien visible. Nous croyons d’abord que c’est lui le tueur à cause de sa blondeur, de son air anxieux, de son allure angélique. De son tee-shirt avec un taureau noir imprimé dessus.

Mais ce sera lui qui évitera à certains d’entrer dans le lycée.

 

Son ami Elias mitraille tout et tout le monde avec son appareil photo (on pose facilement pour lui) et développe immédiatement les clichés en surveillant l’apparition des négatifs avec ferveur. Son premier geste, en voyant ses « copains »devant lui armés jusqu’aux dents et prêts à tirer sera de les

photographier ; un mitraillage d’une autre nature viendra en retour lui trouer la peau.

La caméra apparaît comme une arme pacifique, une façon de témoigner. La photo d’Elias lui survivra.

 

Michelle : la jeune fille aux épaules rentrées qui travaille à la bibliothèque pour financer ses études sera la première victime. Exécutée alors qu’elle s’apprête à poser une question inquiète « mais qu’est-ce qu… » Interrompue. Tee–shirt avec un tigre imprimé dessus.

Les plus doux des lycéens( Michelle et John) ont des animaux féroces imprimés sur leurs vêtements.

 

Alex lui a un tee-shirt où s’étale le mot « triomphe ».

Alex a un « grand frère » tout aussi sanguinaire, l’Alex d’Orange Mécanique (1971). Cet Alex-là était bruyant et vulgaire, celui d’Elephant est un esthète en comparaison. Mais tous les deux apprécient Beethoven. Alex d’Orange Mécanique avait choisi la Marche des Anges de la neuvième symphonie.

L’autre Alex joue au piano des pièces de Beethoven avec une certaine lenteur langoureuse. Ces morceaux : La Lettre à Elise et la sonate au Clair de Lune sont des déclarations d’amour alors que nous parierons plutôt sur la haine…

On entend ces musiques à intervalles réguliers.

 

Le couloir du lycée est immense, interminable, comme un couloir de la mort et revient périodiquement emprunté longuement par chacun des protagonistes.

Cette comparaison avec le couloir de la mort implique que le lycée est une prison. Selon Michel Foucault « la prison est un modèle pour toutes les autres institutions « y compris l’école. (in Surveiller et punir : naissance de la prison).

Les tueurs Alex et Eric, se font livrer les armes commandées sur Internet, le postier les salue aimablement.

Ils écoutent des émissions sur le nazisme apprécient la représentation de l’incendie du Reischtag. « Plus de culture, Hitler haïssait les intellectuels ».

Les mitraillettes sont très puissantes ; se manient facilement et font peu de bruit.

Les garçons prennent leur douche, se caressent, préparent leur plan avec minutie et de l’air le plus naturel du monde, sans fougue, mais avec plaisir, disent « on va se faire un sacré carton » et aussi « aujourd’hui, on va mourir ».

De temps à autre, on voit en plan fixe un assortiment de gros nuages gris et bleus déchiquetés, censés peut-être représenter leur paysage mental, ou le ciel d’automne ?

Lorsqu’ils arrivent aux portes de l’école avec leur sinistre équipement, John est seul à les apercevoir et les interpeller.

« Ne rentre pas, ça va chier à mort » disent-ils et John répète l’info autour de lui : plusieurs personnes dont un jeune couple et le proviseur en personne ne le croient pas, entrent tout de même.

A l’intérieur dans une salle des jeunes répètent des clichés sur l’homosexualité sous la direction d’un professeur veule. D’autres sont parqués dans un cours de physique ; là le prof est pointu et besogneux et les élèves s’envoient des boulettes.

Plusieurs adolescentes créent un réel malaise en allant aux toilettes se faire vomir le peu qu’elles viennent de manger à la cantine. Mais à la cantine aussi, Alex repère les lieux en vue du massacre.

Le couple de jeunes se cache dans la chambre froide derrière les bœufs pendus aux crochets de cuisine. Alex les y trouve et va les transformer en écorchés. Il leur chante une comptine avant de les abattre.

le couple est hors champs.

On voit peu les victimes. Des flammes ici et là, des gens fuir ou tomber comme on glisse, un seul corps à terre, peu de sang, peu de vulgarité, des cris et des bruits lointains comme désincarnés.

 

Eric exécute sommairement le proviseur dans le fameux couloir » de la mort » après a voir dit quelques banalités à priori sans rapport avec l’horreur de la situation (« tu ne nous feras plus chier Alex et moi… »)

Cet adulte est montré en état de frayeur, qui lui donne une expression stupide, s’humiliant inutilement en suppliant le garçon de lui faire grâce.

Un autre adulte, le père de John, est toujours saoul.
Les parents d’Alex sont à peine visibles.

Alex est nonchalamment assis à la cantine au milieu de corps qu’on devine à peine, tendant le bras vers un jus de fruit laissé sur un plateau ; Eric lui annonce qu’il a tué le proviseur ; aussitôt l’autre le tue, on suppose que c’était à Alex (le chef) de tuer le proviseur ? A moins que ce ne soit à lui de tuer le copain et de se faire justice ?

 
 
 
 
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4 mai 2007 5 04 /05 /mai /2007 21:16

tres-bien2.jpgCe sont trois adverbes, que l’on prononce plus souvent en manière d’antiphrase pour se débarrasser d’un gêneur, ou indiquer poliment qu’on n’en peut plus

Alex (Gilbert Melki), écope d’une amende pour avoir fumé dans le métro et trouve insupportable de se faire vérifier l’identité par des agents de la sécurités brutaux et insolents.

Deux jours plus tard, il apprend que son meilleur collègue est viré parce qu’il coûtait trop cher à l’entreprise et comprend à des remarques anodines que c’est bientôt son tour.

De retour chez lui, il assiste à un contrôle d’identité pour délit de faciès, et reste sur les lieux à observer, sans rien dire, ni faire : il est illico emmené au commissariat par deux policiers et inculpé d’outrage à agent… de fil en aiguille son « cas » s’aggrave … et prend une tournure irrationnelle et plausible à la fois.

Comédie ou tragédie, on n’en sait rien.

Il y aura une sorte de happy end, très ironique auquel on n’arrive pas à croire.

Un film sobre, angoissant, et qui nous emmène dans les lieux et les circonstances où se trouvent entravés la grande majorité des citoyens qui subissent les assauts d’un appareil répressif, créant avec une sobriété ironique un climat d’absurdité. Le métro, souvent bondé où deux qui marchent ensemble, n’arrivent pas à se rejoindre, les voitures qui n’en finissent pas de se succéder, la foule silencieuse groggy abattue de tous les soirs, l’hôpital où l’on attend des journées entières sans connaître son sort, les salles d’attente multiples ; on attend une éternité le DRH qui vous a convoqué mais ne vous reçoit pas ; le médecin fantôme qui doit vous renseigner sur la disparition d’un être cher dans l’énorme machine, et vous fait signer un texte de formalités administratives que vous croyez être un laissez-passer pour la libération et qui est en réalité un placement d’office en HP. La salle commune où les détenus fument pour tenter de tuer le temps. Des espaces vides, immenses, glacials.

A la maison, ça ne s’arrange pas : vous récitez pendant des heures des phrases d’anglais devant votre téléviseur essayant d’imiter une voix artificielle, à en devenir fou…

Béatrice, femme d’Alex, est conductrice de taxi. Les clients se succèdent, anxieux, sans un sou, perdus, affolants et affolés.

Sandrine Kiberlain, au visage en lame de couteau, tout ensemble déterminée, et égarée compose un rôle intelligent et subtil.

Dans une société où on n’a plus envie que de se flinguer.
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15 avril 2007 7 15 /04 /avril /2007 17:49

18431904-w434-h289-q80.jpgLe Secret de Brokeback Mountain (Ang Lee, 2004)

 

En1963, dans le Wyoming, deux jeunes gens se font embaucher par un éleveur de moutons  pendant la période de transhumance.

Ennis (Jake Gyllenhal) est sérieux, timide, méfiant, avare de paroles. Jack Twist joue les dandies de montagne, tire des sons approximatifs d’un harmonica, caracole sur son cheval. Petit à petit ces deux êtres différents unis par la solitude forcée et   l’aversion pour le patron   qui les exploite se rapprochent l’un de l’autre d’aussi près qu’il soit possible physiquement et moralement.

Redescendus du nid d’amour, ils se disent adieu et tentent de se faire à la vie de couple avec des femmes qu’ils épousent.

Au terme de quatre ans de difficultés matérielles et conjugales, Ennis reçoit une carte postale de Jack et la liaison reprend, passionnée comme au premier jour, rencontres sporadiques, dangereuses, limitées par les contraintes sociales et familiales.

Elle va durer vingt ans environ...
 
 

Les circonstances sont propices à l’amour : non seulement le partage de fantasmes communs, mais la conscience ( plus forte chez Ennis) de la transgression et de la faute ( après la première étreinte, il découvre un agneau éventré par un coyote ) la crainte d’être découverts et châtiés ( Ennis a vu enfant un homosexuel déclaré assassiné et mutilé que l’on montrait du doigt) ; le lieu solitaire où ils se retirent du monde, la frustration engendrée par de longues périodes d’absence de l’objet aimé.

Le film relate une longue durée, opte pour une construction elliptique.

Le décor de la nature est très « carte postale », pâturages trop verts, couchants exagérément incendiaires, plongées larges et insistantes sur les troupeaux bêlants, nuages immenses et lourds, orages subits et violents. Cela peut lasser. Heureusement la romance entre les deux hommes est crédible. Si Jack joue trop au cow-boy publicitaire, Ennis est un personnage solide et émouvant et l’un dans l’autre ils finissent par l’emporter auprès du spectateur.

Le mariage d’Ennis, sa vie de couple, ses relations avec sa progéniture et ses problèmes    professionnels sont bien rendus par des séquences courtes et fortes. 

 Le couple qui, au moment de l’étreinte, parle de factures impayées et de grossesse indésirable, avant qu’ Ennis n’avoue qu’il entend bien se passer du devoir conjugal.

Une séquence-panique montre les parents dans une épicerie, à contre-jour, qui tentent de se refiler les petites filles l’un à l’autre, car aucun ne peut les garder ; l’une des gamines fait voler en éclat une pyramide de bocaux en verre.

 

En revanche le vie de Jack en dehors de ses rencontres avec Ennis semble bâclée, artificielle, peu crédible, les personnages qui s’y rattachent à la frontière de la caricature.

 
Le film s’achève tragiquement mais dans une émouvante sobriété, vu que c’est Ennis qui l’

assume. Ainsi que cette très belle chanson du folklore « He Was A Friend Of Mine ».

S’ils avaient pris la direction d’un ranch comme le voulait Jack et s’étaient installés comme un couple véritable, ils auraient dû bien plus tôt faire face à des représailles. Mais plus sûrement encore se seraient-ils dégoûtés l’un de l’autre, détruits par la vie quotidienne.

 
 
 
 
 
 
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12 avril 2007 4 12 /04 /avril /2007 09:37

Stephen Frears «  Les Liaisons dangereuses » 1989

 

Lundi  9 avril 07 Antenne 2.

 

 

Les Liaisons , un roman du dix-huitième siècle, avant la Révolution,  resté fameux mais qui possède les inconvénient du récit épistolaire, lequel est souvent  un piège pour le romancier.

Nous attendons autant de tons et de voix qu'il y a de personnages qui écrivent,  comme  au théâtre, puisque chacun  écrit en son nom. Mais l'on ne trouve pas cela dans les «  Liaisons » ; chacun des personnages même les protagonistes  écrivent toujours la même lettre. Bien sûr ces lettres sont distinctes, parce qu'on y adopte le point de vue et  les sentiments du correspondant en question,  mais le style du narrateur ne change pas de l'une à l'autre.

 

 Même lorsque l'un ou l'autre écrit «  c'est bien de vous cette phrase «  ou encore «  maintenant vous parlez un autre langage », pour convaincre le lecteur...

Le problème est le même dans les romans où le récit est pris en charge  par  plusieurs personnages qui s'expriment  tous à la première personne du singulier en une  suite de narrations alternées. Plus les personnages sont nombreux moins on est convaincus ! Je l'ai déjà dit à propos de Pascal Dessaint un auteur de polars contemporain qui possède un certain savoir-faire mais  manque de crédibilité  sur le récit à plusieurs personnages. Choderlos de Laclos ne fait pas mieux que lui.      

 

Dans l'adaptation cinématographique de Stephen Frears nous avons la satisfaction de voir enfin des êtres différents parler un langage qui, pour être le même ( il a repris le texte avec une grande fidélité), n'est pas énoncé de la même façon,  sort de bouches différentes, se diversifie d'expressions diverses.  Pour le lecteur qui manque d'imagination, comme moi, ce film est une vraie chance de goûter enfin les "Liaisons."

 

En incipit, le cinéaste présente les  deux personnages principaux : Merteuil et Valmont.

 

La marquise se tient bien droite, l'œil fier, et regarde vers Valmont ou vers son avenir comme si elle regardait le téléspectateur. Elle se fait habiller, poudrer, lacer le corsage, farder.

 

Valmont fait de même mais il baisse les yeux, évite de dévisager le spectateur, évite le regard de la  marquise en signe de ( faux)  respect.

St. Frears a choisi de montrer la marquise fière et conquérante, et Valmont déjà prêt à un combat inutile : c'est sur son épée qu'il baisse les yeux.

 

Chacun enfile un masque, au cours d ‘un long rituel, se prépare pour une joute costumée.

 

On entre tout de suite dans le conflit qui oppose les deux protagonistes. : Merteuil propose à Valmont son complice« une affaire », la séduction de Cécile de Volange et l'humiliation qui en découlera, pour la famille de cette gamine que l'on veut marier prochainement.

 

Valmont refuse parce qu'il est déjà occupé ailleurs  par Mme de Tourvel. Ces informations sont données avec un maximum de rapidité et d'efficacité. Nous ne subissons pas les longues lettres alambiquées.

 

Le couple Merteuil-Valmont : ils vivent de se prouver l'un à l'autre leur amour ( en supposant que cela peut être appelé ainsi?) en réalisant des « affaires » libertines. L'affaire Volange est une preuve d'amour que Merteuil demande à Valmont, d'autant plus que, ce faisant, il doit  la venger, le futur mari de Cécile, Dancenys étant un intime de la Marquise. Cécile est une victime à  sacrifier par Valmont  sur l'autel de la Marquise.

 Merteuil  qui veut avoir un rôle actif, joue le même jeu que Valmont ,mais sans lui donner ses proies.

 

Ce couple  fonctionne ainsi, ce n'est pas aussi original que le croit Merteuil dans sa célèbre Lettre où elle pense être en train de venger les femmes. Elle a essayé comme bien d'autres,  d'être libre, mais, en dépit du contexte libertin, l'union avec Valmont  est structurée de telle manière qu'elle dépend de lui comme lui d'elle.

 

L'argument de l'intrigue,  c'est que Valmont est en train de se détourner de Merteuil pour Mme de Tourvel. il n'agit plus pour le compte de la Marquise mais pour le sien propre ; et cela  va rompre le contrat qui les liait.

En somme, il s'apprête à demander le divorce...

Valmont cependant feint de n'avoir pas changé «  Vous allez voir comme je vais susciter votre admiration par une action plus difficile que d'ordinaire ». Est-ce vraiment une feinte?

N'est-il plus amoureux de la marquise ? Veut-il se détacher de son emprise en prenant Mme de Tourvel comme prétexte ?

Leur échange de regards ratés dans l'incipit, témoigne d'un couple qui se défait.

Surtout le regard de Valmont ( on ne pouvait mieux trouver que John Malkovitch) qui, sans cesse se dérobe, intéresse le spectateur. Que nous cache t'il ? 

Car ce couple qui se veut libre est ligoté par cette contrainte qu'ils se donnent  de séduire et  corrompre une victime désignée par l'autre.

 

Cela ne fonctionne plus : Valmont  est contraint de se battre pour la Marquise et de mourir pour elle, non  sans  s'être vengé. La Maquise doit faire retraite et change son masque pour celui de la petite vérole...

 

Merteuil et Valmont, libertins, s'enorgueillissent de leur perversité. Mais ils sont bien plus vertueux qu'ils ne le croient , car  n'hésitant pas à s'acheminer aveuglément vers une fin tragique.

 

Merteuil pense être au-dessus des autres femmes. Erreur ! Elle se conduit comme une femme amoureuse ! elle croit ourdir des machinations pour son plaisir ? elle le fait pour Valmont et c'est pour lui qu'elle se perd.

Hait-elle la société ? Oui, mais tous les amoureux  la haïssent pour ne voir que l'objet de leur amour.

d'ailleurs l'objet de son amour n'est pas Valmont lui-même mais les machinations qu'ils ourdissent.

La marquise se venge de Valmont :elle est persuadée qu'il aime Mme de Tourvel bien qu'il ne l'avoue jamais. 

Doit-on croire à cet attachement pour Mme de Tourvel?

 

Il faut dire que si les deux acteurs principaux ( Glenn Close et John Malkovich ) sont excellents, Michelle Pfeiffer dans le rôle de Mme de Tourvel n'a pas beaucoup de piquant ; quand on pense que Pfeiffer signifie « poivre ».... !

 

Les liaisons dangereuses ne sont rien d'autres que les liaisons amoureuses : c'est l'amour qui est dangereux.

 

 

 

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