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13 mai 2008 2 13 /05 /mai /2008 09:18
Une variation sur le thème : un homme devient père.
 

Il y a la même autoroute que l’on traverse à toute allure au milieu d’un flot de voitures. Et de l’autre côté, la Meuse où l’on manquera de se noyer à nouveau. Il y a une fille qi porte une minijupe et des bottes. Ce n’est plus Rosetta : la jupe lui sied, les jambes sont plus longues , le corps plus délié. Elle porte aussi une belle chevelure et ne craint pas d’être jolie. Elle arrive de la maternité avec son bébé dans les bras. Son ami Bruno est devenu père et ne le sait que trop. Quand elle arrive à l’appartement, un couple l’occupe, affairé au plaisir charnel ? un couple à qui Bruno a sous-loué le studio.

Pourtant, il va tenter de faire plaisir à Sonia, acheter un landau, faire avec elle et l’enfant une virée en voiture, et, mine de rien, reconnaître légalement Jimmy, Nicolas.

Dès lors il n’a de cesse de se débarrasser de cet encombrant fardeau, de la façon qui lui paraît la plus naturelle dans le monde de petite délinquance où il vit : vendre le bébé. Le landau, il ne peut le vendre parce  que cet objet a  un prix. Le bébé, lui, n’a pas de prix.

Tout au long du film, il va se trouver à pousser un landau, vide le plus souvent,  voire à s’en charger dans le tramway ou le métro.
Ces déambulations de Bruno poussant un landau vide, sont  des séquences fortes et  qui symbolisent son désarroi.

Ayant retrouvé le bébé, Bruno va le rendre à Sonia, et, pour cette séquence-là, il le tient dans ses bras pendant tout le trajet, tout à fait comme il le faut.

Mais bien sûr il n’est pas quitte. Pour échapper à la bande avec laquelle il avait fait la transaction à présent annulée, Bruno n’a plus qu’à se faire arrêter pour un nouveau larcin…

 
 

A propos de la faute de Bruno (la vente du bébé) on a voulu souligner qu’elle est différente de se tirer en clamant ça n’est pas le mien. Cette ignoble déclaration, Bruno tente de la faire, pourtant, lorsque l’on a porté plainte contre lui ; la lâcheté de ses semblables lui souffle ces mots. Mais il a déjà reconnu l’enfant. Il vends un enfant qu'il a déjà reconnu comme le sien et se trouve donc en contradiction avec lui-même.

Le délit «  faire du commerce avec l’enfant » existe ici sous son expression la plus élémentaire. Il est bien des façons plus sophistiquées et plus hypocrites de tirer profit d’un enfant. Beaucoup considèrent l’enfant comme un placement pour lequel on investit et qui doit rapporter. De l’argent ?  Pas  toujours : on demande aussi à un enfant de la reconnaissance,  un comportement dont on puisse être fier, de réussir dans la vie… en échange des soins qu’on lui donne.

Le film nous force à réfléchir sur le statut d’un enfant que l’on met au monde, sur la façon de le considérer.

Le refus d’être père, il repose ici pour une bonne part, sur l’impossibilité d’avoir quelque chose à transmettre à un descendant, lorsque l'on vit dans une extrême précarité. Cette précarité peut être morale, culturelle, sans être financière.

J'aime beaucoup ce que font les frères Dardenne et ce film me le confirme. J'ai toutefois tendance à préférer Rosetta et Le Fils, que j'ai autrefois chroniqués

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4 mai 2008 7 04 /05 /mai /2008 23:38

Matthew, qui fut un jeune américain venu faire ses études à Paris, se souvient de la façon dont il a vécu « mai 68 ».

Il occupe une belle chambre dans un hôtel cossu, belle mais dépourvue de toilette, raison pour laquelle il pisse fréquemment dans la cuvette du lavabo. Mince, il asperge  sa brosse à dent, dites donc ! Tant pis, il ne s'en sert pas, il se le fait au doigt...

Ne croyez pas que je dise cela  en vain. C'est une de ses occupations principales, en plus d'écrire à sa mère.

Il est  en grève, les cours ayant cessé. La cinémathèque est occupée et Henri Langlois démis de ses fonctions. Au cours de la manifestation de soutien,iI fait la rencontre de deux  jumeaux de 17/18 ans, Théo et Isabelle, étudiants en cinéma comme lui. Ils l'invitent dans l'appartement, rue de Valois, que les parents ont délaissé pour partir en vacances, leur  laissant des chèques sur le frigo.

Les trois adolescents jouent à mimer des scènes de film célèbres, que les autres doivent deviner. Ainsi Isabelle dit « je suis née en 1959 sur les Champs Elysées » et Matthew visionne Jean Seberg vendant des journaux sur cette avenue dans A bout de souffle.

Ensuite, on mime la Reine Christine, les lumières de la ville, Keaton, Scarface, Freaks, Bande à part... Isabelle  c'est Eva Green, le nom me dit quelque chose mais je ne l'avais jamais vue. Elle est mignonne. Louis Garrel  (Théo) semble abonnés aux rôles d'étudiants révoltés et  introspectifs. Ça lui va plutôt bien.

Les trois adolescents vont former un huis-clos dans l'appartement.  Tandis que leurs  camarades politisés manifestent  et se battent sous leurs fenêtre, ils  s'adonnent à des jeux sexuels : Théo se masturbe tandis qu'Isabelle lui plante un ballet O'cédar dans les fesses... Matthew est choqué et fasciné. Bientôt il a un gage et doit faire l'amour à Isabelle  sous le regard de Théo. Il la déflore, le frangin est jaloux. On tente le ménage à trois sans vrai succès.

Les garçons se disputent parce que Matthew se rend compte qu'il y a un soulèvement social d'importance, et que Théo ne va pas rejoindre les grévistes actifs, ce qui ne l'empêche pas de répéter des slogans maoïstes.

Bientôt tout cela ne les amuse plus, et tous les chèques des parents sont dépensés... ils vont fouiller dans les poubelles : il y a du choix ! Les éboueurs sont en grève...
Les jeunes gens s'ennuient : pour lutter contre  dépression, aller dans la rue s'occuper à monter les barricades paraît une solution au moins provisoire !

Ça me fait penser aux Enfants terribles de Cocteau,  en moins terrible, car ici, l'on assiste à une sorte de "mi-happy end".
  En effet, dans  les " Enfants terribles", le huis-clos s'achève sur la mort de tous, et dans "Innocents", celui qui joue le rôle du troisième ( Matthew) ne va pas jouer le jeu jusqu'au bout. Sa fonction est de séparer les jumeaux, et de les abandonner, moins heureux qu'ils n'étaient au début. Lui-même se sent davantage concerné à la fin du film et  commence à  comprendre quelle attitude il veut avoir, vis-à-vis de ses amis, envers la situation politique aussi

Le titre "innocents" laisse à penser que les trois jeunes sont  en-deçà du péché, qu'ils se meuvent dans un espace libre de contraintes,  situation qui se révèle  finalement contraignante. La fin  de l'innocence?

Mais on risque d'interpréter le film comme une dénonciation de  la fameuse «  démission des parents intellectuels qui ne savent pas quoi faire de leurs mômes » ? (cliché rebattu). Ou que les  jeunes de mai 68 sont descendus dans la rue parce qu'ils avaient besoin de tutelle... !

Pas tous !

Ce deuxième DVD du coffret Télérama «  les films de mai 68 » me paraît moins  original, dans son traitement, que «  les Amants réguliers » mais pas si différent : c'est  un film où l'on se rend compte lentement que l'on doit perdre ses illusions et ses rêves à l'approche de l'âge adulte.

Il se laisse voir sans déplaisir mais  je n'y trouve pas la force de grands films de Bertolucci tels que " Le Conformiste".

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24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 13:45

Le fils dure 175 minutes, il est en noir et blanc.


Je ne suis pas très familière des films de Philippe Garrel. A 18 ans, j'ai vu «  La Cicatrice intérieure » que j'ai reçu comme un rituel énigmatique et érotique, dont le sens ne m'a pas paru clair.


Ici, il s'agit, plus réalistement de revenir sur mai 68 et ses  retombées.

François (Louis Garrel, fils du cinéaste) a vingt ans en mai 68. Il étudie la littérature. le soir il fume de l'opium avec ses amis Antoine et Jean-Christophe, puis s'en va dormir chez sa mère. Au matin, la police vient à cause de son service militaire qu'il ne veut pas effectuer.

 

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Louis Garrel François


François s'enfuit, et se retrouve dans la rue. Vu sa situation délicate, il est enchanté, et on le comprend, de pouvoir participer à ce que l'on croit pouvoir appeler «  la révolution », aux combats de rue.

 

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Mai 68 de nuit

 


Nous le voyons attendre devant une barricade, attendre longtemps, rêver tout éveillé  en substituant la scène présente en une scène de la révolution française.

 Il dit à ses compagnons qu'il ne veut pas lancer de cocktail Molotov, qu'il ne peut se résoudre à la violence, en regardant flamber des carcasses de voitures.

Fuite, soudain, poursuivi par deux CRS. Il se réfugie sur un toit et y passe quelques heures, réussissant même à somnoler.


Somnoler, c'est un peu ce qu'ils feront ses amis et lui, dans la demeure héritée par l'un d'entre eux, Antoine, pendant deux ans, fumant l'opium dans de longues pipes, défoncés comme de vieux canapés. Deux jeunes filles les ont rejoint.


 Ils ne veulent pas être militants, « Etre militant, c'est être moine ») préfèrent s'essayer à l'art.

 L'un s'adonne à la peinture, l'autre écrit des vers, le troisième s'habille et se promène. Ils se montrent leurs productions respectives.

 

On lit un poème, réalisé dans un registre plutôt romantique :

Les nuages, quelques fumées neigeuses
Sont là tellement sur le bleu
Qu'on ne peut les imaginer autres
On dirait des anges
Dans ce lit là, il a dormi celui
Dont le regard s'éveille au hasard
De ce ciel dans l'oubli



En effet la partie amoureuse a commencé à se jouer. Louis et Lilie sont devenus amants sans qu'on l'ait remarqué, car le cinéaste filme avec lenteur certains gestes de  la vie quotidienne, des gestes en eux-mêmes peu significatifs, et des attitudes, quelqu'un se mire dans une glace, réajuste sa coiffure (c'est toujours un homme), deux ou trois se passent une pipe en parlant à voix basse. Nous sommes dans la durée, plutôt que dans le temps et les séquences se succèdent sans heurts.

 

 

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Clotilde Hesme Lilie


Lilie veut devenir sculpteur pour réaliser le rêve de son père qui s'adonnait au dessin en cachette de sa mégère de femme, à des moments volés à son travail sans intérêt.

Lilie est de ce fait l'héroïne du groupe, énergique et vraiment impliquée dans un projet qui lui tient à cœur.. En amour, elle a aussi des idées. Lorsqu'elle veut changer de partenaire sans changer d'ami, elle le demande simplement à Louis (je suis attirée par Antoine, puis-je aller avec lui) et Louis répond avec embarras, gêne, ou flegme ? Que, oui, elle peut, ça ne changera rien entre eux.

 

 

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Clotilde Hesme

 



A cinq ils forment ce qu'on appelait une communauté  . Maintenant nous dirions une colocation et l'on entendrait des discussions à propos du partage des tâches et des lieux, de l'argent à donner à Antoine, le propriétaire, chaque mois. Les jeunes auraient tous des occupations à l'extérieur. Lorsqu'un couple se formerait il quitterait les lieux...


A  ce moment-là, c'est le contraire : les couples se défont,lorsqu'il faut partir...

 

 

 

vlcsnap-00206François et Lilie couple en voie d'extinction


les jeunes cherchent du travail et parlent d'argent à gagner,  lorsqu'Antoine décide de  rejiondre le Maroc, pour devenir journaliste, et qu'ils doivent tous partir. D'ailleurs, le logis est surveillé et fouillé par les flics. ..

 

Nous a voyons Lilie travailler dans un atelier, chercher un professeur, se faire des relations et partir aux USA.

 

Louis se terre dans une chambre, avec les mêmes problèmes qu'avant, et pas de solution.  Il lit les lettres que Lilie lui envoie.

 

Ce grand jeune homme à chemise blanche et visage blême est plongé dans un désarroi qui tourne à la pathologie...

 

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Louis Garrel François dépression

 

 


Pourquoi les «  Amants réguliers » ?

Il y a contradiction entre l'aventure que suggère l'expression « être amants » et le sens habituel de «  régulier », conforme à une norme. Peut-être est-ce un titre ironique même si le film ne l'est pas. L'aventure n'était pas au rendez-vous entre eux, ni l'aventure amoureuse, ni l'artistique, ni la révolution. Et ils furent normatifs en fin de compte.


Voilà un film intéressant qui nous interroge sur  mai 68. Les deux interprètes principaux  Louis Garrel et Cécile Hesme sont extrêmement convaincants dans leurs rôles respectifs et filmés d'une manière originale.



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26 mars 2008 3 26 /03 /mars /2008 00:53
junopic10.jpg
Elle est mignonne, voire jolie, piquante, théâtrale, s'habille avec une négligence très étudiée, se balade avec une pipe à la bouche, fourmille de réparties cinglantes et cocasses. On l'a appelée Juno parce que c'est le nom de l'épouse de Zeus...mais son petit ami ne sort pas de la cuisse de Jupiter. N'empêche : elle  a réussi à lui tomber son short orange  sur un fauteuil dans une clairière.

La voilà dans un état intéressant et comme elle adore faire son intéressante, elle ne se trouble pas de trop.

Décidée à se faire avorter, Juno renonce après avoir vu des femmes enceintes stressées dans le salon d'attente, et rencontré une amie « pro-life », brandissant une pancarte «  Laissez-les vivre », qui lui assure que son fœtus a déjà des ongles...

Elle va donner le fruit de ses entrailles à couple stérile, sans contrepartie, et sans savoir ce que deviendra le bébé.

Le personnage de Juno,  que l'on ressent marginale, impertinente, ne colle pas  avec ce geste.

 Même si l'adolescente est satisfaite d'être le centre des regards et des conversations, même si elle croit avoir trouvé le couple idéal qui s'aime et aimera l'enfant.

Ce film  sonne  comme un manifeste anti-avortement. Juno, personnage attractif,  dont les faits et gestes sont  rythmés  d'une bande son de vieilles chansons folk, est là pour faire passer la pilule,  et l'on voudrait nous faire croire  qu'une fille intelligente, aux idées libérales, sans penchant particulier pour la religion,  ferait de gaieté de cœur un tel sacrifice : supporter neuf mois de grossesse, et un accouchement, pour renoncer au bébé, auquel on s'attache, pendant tout ce temps-là, si on a décidé de le garder. 

J'espère qu'aucune  jeune fille ne tombera dans le panneau.

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17 mars 2008 1 17 /03 /mars /2008 19:11

Daniel Plainview, pionner besogneux et hardi, trouve du pétrole au fond d’un trou, dans lequel il cherchait de l’or. De trou en trou, au péril de sa vie, il finit par mettre sur pied un pipe-line et s’entoure d’ouvriers.

Paul Sunday, venu de Californie, se fait payer une certaine somme pour l’informer de la présence d’un gisement de pétrole sur le terrain où vit sa famille, en Californie.

Daniel s’y rend avec son fils adoptif HW, nourri au lait et au whisky,  et y trouve une famille de paysans extrémistes chrétiens, que Paul a bien fait de larguer. En effet,  Ely son frère, est un prédicateur illuminé et un tyran domestique de la pire espèce. Daniel et lui entrent en conflit, lors qu’Ely insiste pour promouvoir sa secte de «  la troisième révélation ».

Cependant, l’exploitation du pétrole commence. Daniel a promis aux villageois de la région que l’exploitation des gisements allait apporter «  la richesse, la culture du blé, l’éducation pour les enfants, de l’emploi pour tous ».

Mais... il s’enrichit, les terres restent arides, et les gens n’auront rien d’autre que la religion! On connaît la chanson...! l'intérêt du film n'est pas de nous montrer que le grand patron n'est pas altruiste. Le serait-il que cette histoire paraîtrait invraisemblable.

Les mentalités n’évoluent pas : Plainview est un gagneur, qui se plaît au combat et ne se reconnaît que des concurrents à abattre.

 Daniel est même obligé de se faire baptiser et d’avouer ses «  péchés » pour avoir le droit de creuser sur les terres d’un vieux paysan entêté.

Une explosion de gaz provoque la maladie de son fils qui devient sourd.

 A partir de ce moment, Daniel devient féroce,  alcoolique et même criminel…

 
 

Le film insiste sur le caractère solitaire de Daniel qui rate ses rendez-vous avec les autres s’il réussit celui avec la fortune ; son frère qui vient pour travailler avec lui est un faux frère, il le savait depuis le début mais leur relation s’envenime. Il se détache de son fils (adopté par intérêt mais auquel il s’était attaché) lorsqu’il devient sourd, l’abandonne dans un train, la retrouve pour finir par l’agonir d’injures.

Il aura raison du prédicateur, lui jetant ses vérités à la figure, avec verve. Je dois dire que dans sa cruauté finale  à l’égard de cet illuminé, il fait rire…

 

Dans l’ensemble le film est angoissant. La bande sonore y joue un rôle majeur, multipliant les bruits fort, assénés, les crissements, les sons de coups de pioche répétés, des cliquetis et des grincements insistants. De temps à autre, un silence de plomb tombe sur nous, pour figurer la surdité du garçon, et alourdir l’atmosphère. Cette surdité pèse sur nous.  Vrai, l’effet est impressionnant,  je me suis sentie sourde !!

Le film est très riche : bien que l’histoire soit fort simple et traitée de façon linéaire, que la longueur soit au rendez-vous (2heures 40) on ne s’ennuie pas.

La façon de filmer les détails les plus élémentaires de l’existence les rend fondamentaux,  retient toujours l’attention. Les scènes d’action, la contemplation des paysages et de l’incendie du pipe-line, les dialogues brusques et vifs, les scènes de conflit nombreuses et ouvertes, rien n’est de trop. 

Paul Thomas Anderson (jeune cinéaste de 37 ans) dont j’avais vu Punch Drunk Love, drôle de film d’humour noir, stylisé, sur un célibataire aux prise avec des sites de rencontre, s‘attaque à un «  grand » sujet, conquiert l’espace américain avec bonheur grâce à cette étonnante anti-épopée. Le voilà dans sa maturité.

 
 
 
 
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1 mars 2008 6 01 /03 /mars /2008 18:50

Klein-photo-Mr--Klein-1976-6.jpgEn ouverture, nous assistons à une visite médicale : on examine une femme, dévêtue, suspectée d’être juive ; un prétendu médecin énumère les « particularités de son anatomie » à une religieuse qui prend des notes. Les particularités relevées sont d’une  cruelle précision ( mesure de l’espace aéro-nasal, du front, remarque sur la courbure des lèvres, mimique, faciès…). Le cas est jugé douteux. Dans l’escalier vers la sortie, la femme, mal à l’aise, rejoint son époux qui a subi le même sort. Ils s’interrogent avec anxiété «  comment ça s’est passé ? »

 

-Bien

 undefined

 

 

Nous voilà chez monsieur Klein (Alain Delon), marchand d’art, d’abord dans sa chambre à coucher cossue, une fille mi-nue sur le lit. Pétain cause à la radio. Nous sommes le 16 janvier 1942. En robe de chambre, Robert Klein, vêtu d’une robe de chambre luxueuse à grandes rayures longitudinales ,  prépare une transaction avec un client  hollandais ( Jean Bouise, excellent comédien) qui lui cède pour 300 francs un Van Ostade «  Portrait d’un gentilhomme ». Klein regrette ironiquement de l’acquérir à un prix tellement dérisoire, l’autre le reprend avec colère et dignité «  Alors ne l’achetez pas ! »

 

Mais l’homme n’a pas le choix…

 

 

 

Au moment où il franchit le seuil, Klein aperçoit «  Informations juives » qui émerge de dessous le tapis de porte. Le client hollandais sort de sa poche le même périodique.

 

 Robert se  rend compte que le journal était adressé à un autre Robert Klein, dont l’adresse a été biffée et remplacée par la sienne.

 

Klein se rend au local d’ »Informations juives » reporter le périodique  et demander qu’on le raye de la liste. Le directeur des affaires de la communauté juive ne peut rien pour lui,  il a dû remettre le fichier des abonnés à la Préfecture.

 

A la Préfecture, Klein explique encore une fois  son cas au commissaire général aux «  questions juives », qui note son nom et va s’occuper de son affaire…

 

Klein est rassuré, nous pas. A sa place on n’aurait pas alerté les autorités.

 

 Il pense que les juifs sont surveillés, en vertu d’une certaine logique, qu’être juif dans ce contexte, c’est répondre à certaines caractéristiques  et que lui, Klein est non juif.

 

 Il se lance dans une enquête personnelle, qui le mène à l’adresse de l’autre Klein,

 

quitte la rue du Bac où il vit pour visiter l’appart dans le modeste quartier des Abbesses. La logeuse a peur, elle ne sait rien de Robert Klein  qui a fui, ou se dissimule,  et craint que celui là ne soit envoyé par la police. Robert fouille le studio de son homonyme, repart avec une pellicule photo qu’il fait développer : Sur le cliché brouillé émerge la silhouette de l’ancien locataire avec un gros chien. Il ne ressemble à personne que connaisse Klein.

 

A une soirée, Klein s’entretient avec son ami avocat, Pierre,  (Michel Lonsdale) et sa femme, qui est sa maîtresse en titre : elle lui reproche d’avoir une sous-maîtresse et de ne pas le cacher.

 

Pendant la fête, deux policiers viennent parler à Klein  provoquant les soupçons de ses amis.

 

Klein reçoit une lettre d’une certaine Florence, qui lui dit de la rejoindre à Ivry la Bataille ( petite localité près d’Evreux, Normandie).

 

Il se doute que ce message concerne l’autre Robert Klein, et, piqué de curiosité, autant que désireux d’éclaircir cette affaire «  pour son bien », il répond encore présent à ce nouvel appel.

 

Vers minuit, il fait les cent pas, dans la sinistre petite gare d’Ivry. Un taxi l’attend, le voilà dans une somptueuse propriété, où se donne une fête plus aristocratique que celles qu’il connaît.

 

Florence (Jeanne Moreau) l’avise que son message visait l’autre Robert.

 

Robert 1 passe la nuit  dans une chambre, les relations entre Florence et lui sont tendues.

 

Robert 1 est vexé que  son homonyme juif  ait une maîtresse plus intéressante que les siennes…

 

Florence fait un portrait flatteur de  l’autre Robert Klein : intellectuel, philosophe, scientifique …avec une conscience et des activités politiques. Robert 1 est dépourvu de ces qualités. Désormais, L’autre Robert est en quelque sorte son double et son concurrent.

 

Peu après les faits, la compagnie qui vivait clandestinement à Ivry, a disparu «  pour le Mexique et revendu la propriété »…

 

Ont-ils fui ? ont-ils été arrêtés ?

 

A force de répondre présent à tous les appels  concernant  Robert Klein 2, Robert 1 est réellement suspecté de judéité. On lui ordonne de produire les certificats de naissance de ses grands parents paternels, et, il apprend que sa famille a une branche hollandaise dont elle ne sait rien.

 

Il tente de se divertir avec sa première maîtresse dans une brasserie où l’on donne un spectacle de pantomime : une femme vêtue de noir (la mort) voilée chante une mélopée devant une danseuse blonde et fardée en tutu rose. La femme en noir enlève son voile, elle ressemble à un Pierrot et aussi à un homme… apparaît un Gnafron qui représente le juif, en lequel Robert croit voir son client hollandais déguisé… Il se promène avec une pancarte ; la caméra s’attarde sur l’assemblée, coiffures et chapeaux extravagants, agapes, tout le monde se goinfre. Toute une population s’affiche, obscène, en pleine guerre  dans les lieux de plaisir.

 

Dans la salle, un serveur dit qu’on demande Klein au téléphone. Comme à l’ordinaire, Klein  se rue sur l’appareil au lieu de faire le mort.

 

Plus tard dans la nuit, il retourne rue des Abbesses, le téléphone sonne : c’est « Isabelle » qui a vu de la lumière et appelle de la rue en face. Klein raccroche. Il enquête désormais sur cette femme qui se trouve avoir de multiples identités ; elle se cache, de même que l’autre Robert, que Klein  voudrait surprendre dans  son studio la nuit

 

Un chien commence à suivre  Robert comme son maître. Il croit reconnaître le berger allemand de la photo floue.

 

Robert rentre chez lui, des voilures, se remplissent de policiers et filent à toute allure comme pour une chasse à l’homme. L’atmosphère est de plus en plus angoissante. La police est chez Robert et fouille. Robert proteste de son innocence, il ne s’est caché de rien ni de personne

 

«  Ce ne serait pas la première fois que l’on se montre pour mieux se cacher ».

 

 

 

Klein est saisi de folie. Pierre procure à Robert de faux papiers pour fuir. Ils s’arrangent pour la vente de son appartement. Dans le train il a pour voisine la femme  aux identités multiples …. Il se rend compte que Robert Klein 2  l’a accompagnée à la gare et qu’il l’a croisé sans le savoir. L’urgence d’une rencontre avec ce double rival dont la vie parallèle intervient dans la sienne, se fait sentir. Klein revient chez lui et appelle rue des Abbesses. Les deux Klein se donnent enfin rendez-vous sans intermédiaire…

 

Pierre, l’ami avocat  l’informe qu’il a fait arrêter  Robert Klein 2 avant que la rencontre n’ait lieu.

 

 Le lendemain Klein 1 est « arrêté » lui-même à l’occasion de  la rafle du Vel d’hiv  le 16 juillet 1942, du moins est-il « pris » dans le mouvement. Va t’il enfin rencontrer Klein2 ? Dans la foule, il reconnaît le client hollandais,  qui l’observe un instant… ou peut-être ne reconnaît-il personne ? En tout cas le spectateur les voit réunis comme ils le furent lors de la vente du tableau…

 

C’est un très grand film, une réussite sur tous les tableaux. Traitement subtil du thème du double, dénonciation crue et efficace du racisme, de ceux qui s’enrichissent frauduleusement pendant la guerre, dynamisme du film noir, excellence du suspense, monstration de la culpabilité inconsciente  du grand bourgeois irrésistiblement conduit à devenir "Klein," et à le payer cher.

 

Sur une note comme celle-là le blog peut s’achever.  

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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 23:00
Le-Messager.jpgLe film a été réalisé d’après le roman de Leslie-Pole Hartley.
 

Dans un train roulant à vivre allure, un vieux monsieur célibataire chuchote des bribes de mots à une dame encore plus âgée. Maria veut que Léo parle à son petit-fils d’événements anciens, dans lesquels Léo a joué un rôle important et qui pourraient renseigner ce jeune homme sur sa filiation.

 

Il y a cinquante ans Léo Colston est un garçonnet qui vit seul avec sa mère. Leurs revenus sont modestes. Néanmoins il fréquente une public school, son intégration y est fragile, toutefois Marcus Maudsley, l’un de ses camarades l’invite quelques jours dans la propriété familiale à la campagne.

Léo n’est fier que d’une chose qu’il répète avec anxiété : «  il est un Lion (Léo) et va avoir treize ans le 27juillet ». Il croit aussi à la magie et sait faire des « tours » pour amuser l’assistance. La chaleur, une fois n’est pas coutume, déferle sur l’Angleterre en juillet 1900. Léo ne possède pas de vêtements légers. Marian (Julie Christie), la sœur aînée de David, titille sa virilité naissante. Il tente de gauches manœuvres de séduction à son égard, près de la rivière. Mais, aussitôt apparaît un nageur musclé : le fermier  Ted Burgess qui, au passage, éclabousse tout le monde. Plus tard, Léo se distingue dans un matche de criquet et réussit à se faire rhabiller. Maria lui achète un costume d’été …vert. Ce vert, « green » est un sujet de plaisanterie et de jeux de mots à l’encontre de Léo.

Marian s’intéresse à Burgess, c’est une évidence pour le gamin. Il rôde aux alentours de la ferme.

David attrape la scarlatine et doit garder la chambre. Plus seul que jamais, Léo erre dans la propriété sans la protection  de son alter ego.  Sur une demande de Ted, il accepte de jouer le facteur qui fait circuler les lettres entre Marian et Burgess. La poursuite de cette relation qui doit rester secrète, dépend de lui. Marian est fiancée à  Hugh Trimingham, un jeune noble qui pérore abondamment. Léo ne saisit pas le sens de ses discours, mais  commence à se sentir coupable, tente de se soustraire à son rôle.

C’est trop tard : Marian le menace, et Burgess aussi. Léo tente de tirer sa petite épingle du jeu ; il va trouver Burgess chez lui, avec la lettre du jour, le trouve en train de manier un revolver… Léo admire l’arme (dont suppose t’on, il aimerait se servir à l’encontre de l’homme), essaie de parler à Burgess, de lui faire expliquer ce que sont les relations sexuelles. Le fermier ne sait quoi dire, rabroue l’enfant, le chasse.

David est sorti de sa chambre, et maintenant Léo le trouve embarrassant, la difficulté à remettre les messages devient grande. Le 27 juillet, pour l’anniversaire de Léo, on prévoie de lui offrir un vélo. Mais c’est aussi ce jour là que Marian est en retars pour le dîner, qu’un orage survient, que la mère de Maria surprend les deux amants en flagrant délit dans la grange de Burgess. Lequel se suicide effectivement, tandis que Marian enceinte, épouse Trimingham.

  

 A travers l’évocation du passé, Marian et Léo devenus vieux, surgissent plusieurs fois avec la nouvelle sollicitation de Marian à son égard. Mais Léo ne s’est pas remis des aventures de l’été cinquante ans plus tôt.

Il est resté célibataire, seul, et semble t’il fixé à une attitude de petit garçon, complice d’un couple. Il refuse de parler au petit fils de Marian, de servir à nouveau d’intermédiaire. 

 

Le gamin qu’interprète Léo, Dominic Guard, a une expression inoubliable, l’air traqué, gêné, effrayé, avec son petit sourire d’excuse.

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27 février 2008 3 27 /02 /février /2008 23:03

rodeur.jpgJoseph Losey Le Rôdeur ( The Prowler) 1950.

Ce film américain est considéré comme appartenant au genre “noir »

Susan Gilvray passe ses nuits à la maison en compagnie de son speaker de mari qui est disc-jockey à la radio, payé pour procurer aux auditeurs des distractions.

Cette voix sonne comme un agréable rappel à l’ordre et elle est tenue de l’écouter. Son époux l’interrogera sur ce qu’il a dit. Elle agrémente ce cérémonial d’un verre de whisky, assise sur le lit conjugal, un livre ouvert devant elle.

 

 

 

Depuis quelques jours, elle croit avoir vu un rôdeur près de ses fenêtres. La police est appelée ; deux agents se présentent pour monter la garde. L’un d’entre eux Webb Garwood n’est pas un inconnu pour elle ; ils étaient ensemble au collège…

Elle l’invite à boire un verre la nuit suivante pour causer encore un peu. Ils coupent le son, et deviennent amants.

Cette femme que son mari étouffe à la surveiller sans cesse, y compris lorsqu'il n'est pas là, dont elle entends la voix tous les soirs ( elle y est contrainte,  car il l'interroge sur l'émission qu'il a animée) ,bref cette malheureuse femme n'en peut plus de ce despote, elle saute sur la première occasion venue, pour s'en libérer.

 

 Susan hériterait de son mari en cas de décès... Webb veut s’enfuir avec elle, quitter la police, ouvrir un motel… changer de vie.

Elle s’attache à lui, comme prévu, mais tarde à accepter le plan, et  il lui fait du chantage au suicide.

  Un soir que, par extraordinaire, le mari  était à la maison, Webb qui espionne dans les alentours,   l’attire  dehors, le  tue en légitime défense, faisant mine de l’avoir pris pour le fameux rôdeur,  et se blesse avec l’arme.

Susan ne sait plus que croire, mais il la convainc qu’il ne l’a pas tué volontairement.

Mariage, installation à Las Vegas.

Avant la mort de son mari, elle était tombée enceinte de Webb, et hésite à le lui dire…

 
 
 
 
 

Il lui fait une scène, l’emmène dans le désert pour l’accoucher lui-même. Cette fois, elle s’est procuré un revolver et le tient en joue.

Il a peur autant qu’elle, fait venir un toubib parce qu’il ne veut pas qu’elle meure et que ça se sache. Au médecin, elle remet l’enfant, un bébé qui a eu l’à propos de naître lorsque l’infortuné et criminel père s’était un peu éloigné.

Pour la dernière course-poursuite, le médecin chargé de l’enfant , échappe à l’homme.

Le criminel s’effondre durant la scène d’explication finale «  j’ai tué pour quelques dollars ! »

Il se sauve dans la montagne et se fait tuer. On comprend que cet homme là tout occupé de ses machinations, n’a pas pris le temps de se rendre compte qu’il était marié à une jolie femme, et qu’ils auraient pu fuir et vivre ensemble avec ce bébé conçu trop tôt.

Le criminel rate son coup, car on se rend compte que, contrairement à ce qu’il dit, il n’a pas tué pour quelques dollars. Sans le savoir, il s’est attaché à la femme, n’a pas su la quitter au moment propice.

Une histoire misérable, un petit flic pitoyable, une femme un peu niaise, et amoureuse. Un nouveau né rusé. La nuit, souvent  et le désert (de jour). Pas un instant d’ennui.

 
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26 février 2008 2 26 /02 /février /2008 18:00

Wim Wenders Paris Texas ( 1984)

 
Le sous-titre est «  Fancy Woman ». 
 

Travis arrive du désert, malade et muet, probablement amnésique et  débarque chez  Walt , son frère. Ils ont recueilli Hunter, son fils de 4 ans.

 

Walt est colleur d’affiches et Travis, en attendant de se remettre l’accompagne dans ses trajets. Il observe intensément, ce nouveau décor où se découpent des silhouettes. La grande ville fait oublier le désert. Juqu’à ce que Travis, perdu depuis quatre ans ne commence à parler pour dire à Walt qu’il veut aller à Paris. Son frère le croit délirant. Travis exhibe une petite photo : c’est Paris, Texas, morceau de désert, sa patrie, lieu vide, et lieu où ses parents se sont jadis rencontrés, et où il a été conçu.

 

Nous comprenons aussi que le père de Travis se complaisait en plaisanteries sur Paris, lui laissant croire au gamin, qu’à Paris, en France, il avait rencontré des femmes «  légères » des «  fancy women ».

 

Travis vit à nouveau avec son fils et Walt. Il tourne en rond. Il veut repartir avec Hunter, se promettant de retrouver Jane, sa femme et la mère d’Hunter. On sait que Jane travaille à Houston car elle envoie de l’argent tous les mois pour Hunter.

 

Jane est devenue une «  fancy woman ». Elle travaille dans un peep show, une maison de passe améliorée, où les clients viennent lui conter leurs histoires derrière une glace sans tain. Ils la voient et elle évolue en conséquence.

 

Travis prend un ticket et devient client. Il accuse Jane de se prostituer. Elle ne répond ni oui ni non. Et il repart, désespéré.

 

Le soir suivant, il revient à la même place, et relate un scénario : il raconte à Jane lé récit de leur aventure conjugale douloureuse qui s’acheva par la rupture.

 

Il fait ce récit à la troisième personne. Jane va le reconnaître progressivement. Nous écoutons cette histoire : Travis était d’une jalousie pathologique. Il la séquestrait, craignant qu’elle ne devienne une dévergondée, une femme de Paris, France, une de ces femmes que son père évoquait lorsqu’il était enfant. 

 

La rupture fit que Jane devient effectivement ce qu’il avait craint et lui avait donné l’idée de devenir.

 
Elle s’est conformée à cette image qu’il avait d’elle
 
La réminiscence est un moment émouvant. Nastassia Kinski est troublante.
 

Travis laisse son fils à sa femme (elle croyait quelle n’y avait pas droit) et repart vers la quête de ses origines.

Paris-Texas.jpg

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14 février 2008 4 14 /02 /février /2008 00:00
Un film de Ethan et Joel Coen, d'après le roman de Cormac Mc Carthy.
 

 A la frontière mexicaine, côté Texas, Llewyn Moss, qui  vit chichement dans une caravane, découvre, lors d’une sortie de chasse à la biche, une brochette de dix à douze malheureux cadavres, copieusement ensanglantés,  à l’air stupide de ceux qui se sont  figés pour l’éternité sans avoir eu le temps de prendre une petite pose.

Sur la scène macabre, il recueille, dans une camionnette, les ultimes borborygmes d’un pas tout à fait mort,  détrousse les défunts, et, outre de la drogue,  tombe sur une  valise bourrée de billets de banque, de quoi faire nettement mieux qu’arrondir ses fins de mois. C’est son jour de chance, mais il risque de le payer plus cher que tout l’argent contenu dans la valise si l’on considère que rien ne vaut la vie… il se saisit du magot en dépit du danger.


En effet le mec à qui appartient la valise a embauché un tueur à gage d’un genre particulier : un  mexicain énigmatique qui assassine tous les gens qu’il trouve sur sa route avec une arme à air comprimé, destinée à estourbir les bœufs dans les abattoirs. Il l’utilise  également pour casser toutes les serrures.


Llewyn envoie sa femme au loin, dans sa famille, et quitte la caravane. Une course-poursuite de grande qualité s’ensuit,  au travers d’un parcours  constellé d’émotions fortes, d’hémoglobine. Les savants effets de clair-obscur  font rayonner ces scènes d'action.
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Le tueur porte un nom étrange non mémorisable. Llewyn l’appelle «  Sugar », par dérision.  C’est le genre de type qui, si vous le croisez,  à priori  ne vous effraie pas,  mais vous intrigue. Il n’a pas l’air d’être avec vous, ni l’air plongé dans ses pensées: sa présence est évidente, mais nimbée d’une sorte de vide  dans l’expression,  dans le  sourire neutre, sur la face : vous avez le temps de penser ça : « tiens, il y a un petit truc qui cloche chez lui… »  avant de passer ad patres…


 Cependant, il fait grâce au  tenancier du comptoir,  chez qui il est venu prendre de l’essence : il lui propose de jouer sa vie à pile ou face. L’homme qui n’a rien à perdre, accepte.


Le visage de Sugar est figé comme un masque. On peut penser qu’il est là pour venger la population mexicaine,  mais il tue aussi des gens du pays.  Il m’apparaît comme la représentation de la mort en personne. Il est indestructible. Sérieusement blessé, il revient sans trop d’efforts à la vie.   

Le shérif (Tommy Lee Jones),le " vieil homme" du titre,  flic sexagénaire usé,  suit l’affaire sans pouvoir réellement enquêter. Ce problème dépasse les compétences des autorités légales.  Il fait de la philosophie, et raconte sesTommy-Lee-Jone-No-Country.jpg souvenirs,  en voix off et en personne.  Où sont passées les vraies valeurs ? Est-ce que Dieu pense à lui, dans ses moments perdus, et croit-Il encore en l’Amérique ? Il ressemble au personnage qu’il jouait dans « les Trois enterrements de Melquiadès » mais n’a plus envie de donner des leçons et se plaît dans une mélancolie désabusée, petite musique triste et douce qui vient en contrepoint des scènes de feu et de sang, les ponctuant.

 

J’aime bien la séquence ou Moss, blessé, les vêtements maculés de sang, rencontre deux jeunes gens et paie l’un d’entre eux pour un blouson qui masquera sa misère.  La séquence se répète, plus tard  avec Sugar, lui-même ensanglanté, qui va  croiser  deux gamins, et l’un deux lui donnera sa chemise, avec élan.   Ces scènes sont de bons sketches  pour parodier la charité chrétienne. La façon dont les passants réagissent face à l’homme en sang (d’abord faire comme si de rien n’était, puis tout de même proposer timidement de l’aide) et le fait que l’on donne sa chemise au tueur, mais que l’on vend un blouson au brave type…

 

Dans l’ensemble, on prend plaisir à ce film. Les frères Coen se servent avec habileté des ficelles du road-movie et du western.   

 
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