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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 20:51

le Tambour 2 Du gros roman picaresque violent ironique et cruel de Gunther Grass, le cinéaste a gardé le récit  rétrospectif qu’Oscar Matzerath fait de sa vie, depuis les jupes de sa grand-mère dans le champ de pommes de terre en 1922, deux ans avant sa naissance, jusqu’à son vingt et unième anniversaire en 1945. A ce moment il enterre Matzerath son « père légitime »( il a toujours espéré qu’il n’était pas le vrai) et jette son tambour sur le cercueil, s’autorisant par ce geste symbolique à renoncer à certains de ses attachements, et soudain, grandit…

 

Cela permet d’achever l’histoire sur une note optimiste. Oscar enterre son passé, la guerre se termine, on peut imaginer un avenir satisfaisant. Dieu sait si , hélas, le roman de Grass ne s’en tient pas là. Schlöndorff nous épargne les neufs longues années d’errance d’Oscar jusqu’en  mars 1953, au lendemain de la mort de Staline, période qui attaque et clôt le récit initial. Oscar avait passé du temps dans les hôpitaux psychiatriques.

Schlöndorff a opté pour un traitement hyperréaliste, malgré les éléments surnaturels préservés ( la voix d’Oscar fait réellement briser le verre). Il s’inspire de l’expressionnisme, et l’on pense aux » Freaks » plus d’une fois. Oscar n’est pas un monstre de foire, mais  l’atmosphère du film est violemment carnavalesque.

Il s’est efforcé retrouver un Oscar à la hauteur si j’ose dire, du héros de Grass, ce qui l’a conduit à faire jouer David Bennent, qui avait douze treize ans au moment du tournage( cela se voit sur son visage)  mais était très petit  pour son âge ; la voix off  qui monologue, n’a pas d’âge ; sarcastique, cynique, humoristique, prophétique, prédicative, conteuse, chroniqueuse, voix off censée être celle d’Oscar, munie d’un accent qui accentue son caractère sauvage, reprenant les litanies du texte ( il était une fois…). Le passage fréquent du « je «  au « il » n’est cependant pas toujours facile à expliciter.

Certaines scènes sont empreintes d’un romanesque outré : l’aventure avec  Roswitha, est présentée dans  le film comme une véritable idylle ; dans le ramona Oscars sait  bien et le dit que Roswitha na va pas avec lui par amour mais par peur, comme on boit dans les caves au moment des bombardements. J’avais imaginé Roswitha comme la naine des Ménines …

Oscar est en permanence en dialogue concerté avec son inconscient et prend le spectateur à témoin.les visions, effets grossissants, démesurés ( flammes qui lèchent longuement et cruellement) sont largement exploitées. G. Grass dénonçait une certaine idée que l’on se fait de l’enfance, innocente et naïve. Cette lucidité d’Oscar est fort bien rendue.  Oscar est au courant de tout, les haines entre adultes,  les sentiments de haine envers  lui, la sexualité des adultes comme la sienne ( les scène avec Maria sont toutes bonnes), et l’histoire perturbée qui est celle de son pays.

Certaines scène sont miraculeuses Oscar se dissimulant sous la tribune des orateurs nazis et réussissant à entraîner la foule à jouer le Beau Danube bleu en lieu et place de l’hymne national-socialiste.

La première fois que j’ai vu le Tambour, j’ai été fascinée. La seconde fois, dix ou douze ans plus tard j’ai acheté la cassette vidéo et l’ai passée aux enfants, pour leur faire partager mon intérêt pour ce film essentiel. Ils ont détesté. Le film est très violent…

Maintenant, trente ans après,  c’est moi qui supporte mal l’atmosphère carnavalesque dont je parlais plus  haut…

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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 17:12

 

 

Un professeur de lycée doit assurer pendant une semaine un cours sur l'autocratie.

Il enseigne le sport (le football aquatique) et la politique. Ses attributions semblent assez mal définies dans la mesure où l'on ignore quelle est sa spécialité. On le perçoit d'abord comme un prof d'éducation physique.

Pour faire cours sur l'autocratie, et afin de bien montrer comment naît une dictature,  il met ses élèves en situation, inventant une sorte de jeu de rôle où les adolescents deviennent  membres d'une confrérie intitulée «  La Vague », dont le prof serait le chef. Les adolescents adoptent quelques attitudes simples : un signe de ralliement, un uniforme (chemises blanches et jeans), goût de la discipline, solidarité active, fêtes communes avec pour but de gagner un match de foot à la fin de la semaine. Le professeur est tout surpris de se faire enfin respecter en racontant un baratin où l'on entend, entre autre  «  ensemble tout devient possible » air connu...

Le jeu a pour effet de rendre les élèves fort sages en classe, et délirant ailleurs ; il  plaît beaucoup à certains d'entre eux,  et ce qui est plus grave, au prof lui-même, ainsi qu'à madame le proviseur.


L'un des élèves se montre très assidu et va se révéler dangereux...


Ce film se clôt à peu près comme «  la Journée de la jupe » : un professeur et ses élèves sont enfermés dans une classe, un élève en plein délire tient une arme à la main, le prof  a perdu le contrôle des troupes ( ne l'a sans doute jamais eu...) il y aura un mort et un blessé...

Ces deux professeurs avaient-ils quelque chose en commun ?

Tous deux issus d'un milieu défavorisé, ils ne sont pas à l'aise dans leur métier, se sentent rejetés par la société et mal intégrés à l'équipe éducative. Ils partagent ce sentiment d'échec et de détresse avec quelques uns de leurs élèves et cette proximité gênante se révèle petit à petit.






Pour que la leçon fonctionne tout à fait et soit vraiment perturbante, il aurait fallu des motifs d'engagement et de soumission autrement plus séduisants que ceux exposés dans la salle de cours. S'habiller tout en blanc, répondre en chœur et faire la vague avec la main en guise de signe de ralliement, c'est un peu court.


Dit Jacques Morice qui, dans Télérama, critique le film, qu'il juge décidément trop démonstratif...et invraisemblable : qu'est-ce qui peut séduire des adolescents dans ce programme ?

Je ne suis pas du tout d'accord ! Plus le message est bête, simpliste, plus le timbre de voix est autoritaire, plus les symboles sont banals, et mieux ça marche !

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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 09:44

 Avec Emilie Dequenne, Catherine Deneuve, Michel Blanc ( bons tous les trois)

 

Jeanne, jeune fille d'une vingtaine d'année, demandeur d'emploi, vit avec sa mère ( Catherine Deneuve) qui garde des enfants dans une maison riante avec un jardinet plein de verdure, troublée malgré tout par les fréquents passages du RER à  proximité, qui fait trembler les meubles, et troue le silence avec fracas. Personnage  important du film, le RER joue un rôle déstabilisant...

Le spectateur suit le train à grande vitesse le long de couloirs sinistres.

Jeanne mène une petite vie étriquée, seule avec sa mère depuis toujours, et se console en faisant du roller interminablement sur de la musique entraînante.

Sur le conseil de sa mère, elle se présente à l'étude de maître Bleustein(un ancien ami à elle) pour y solliciter un emploi. Elle est reçue par sa fille une grande et belle femme brune et austère. La jeune fille est si touchante, pathétique même, à  dire avec simplicité «  je dois absolument travailler, je peux tout faire, je ne demande qu'à apprendre » qu'on l'embaucherait sur le champ.

Mais elle se fait éconduire.

Il s'ensuit quelques épisodes éprouvants pour elle, la rencontre avec un jeune homme agressif tatoué des pieds à la tête qui l'entraîne dans une aventure traumatisante.

Après cet épisode difficile, Jeanne invente son mensonge,  tiré du fait divers bien connu. Elle se blesse devant un miroir, va au commissariat, prétend être juive, avoir été  physiquement agressée par plusieurs hommes de races différentes. Dans le RER, qui joue sans doute le rôle d'un symbole édulcoré des "trains de la mort'.


Téchiné a inventé les conditions qui rendent plausible le délire de Jeanne. Elle veut une reconnaissance en tant que victime, rêve aussi d'appartenir à cette famille juive qu'elle idéalise et déteste en même temps, et qui a refusé de l'employer. Son geste et ses motivations sont complexes mais elle se trouve, de par sona acte,  en position difficile, ayant sans le vouloir, insulté non seulement les juifs mais les noirs( il y en avait dans ses agresseurs prétend-elle...)

Le film s'achève avec une sorte de happy-end, puisqu'elle entre en contact avec la famille Bleustein, et que des échanges fructueux se produisent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Emilie Dequenne aussi blonde et féminine en Jeanne qu'elle fut brune et garçon manqué en Rosetta se montre apte à renouveler son jeu, à se couler dans un rôle différent.

Téchiné a recours à plusieurs effets esthétiques qui lui sont habituels, le moment sombre ( la pluie tombe dru la photo est  filtrée bleu nuit et l'héroïne est en proie au tourment) mais aussi plusieurs périodes «  solaires », temps radieux, robes fleuries, et variations impressionnistes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je préfère ce film au précédent (les témoins) sans être totalement conquise. Même si la photographie me paraît superbe...

 

 

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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 09:39

«  La Journée de la jupe » de Philippe Lilienfield avec Isabelle Adjani et Denis Podalydès

Seule en scène


Sonia Bergerac est professeur de français dans un collège difficile. Frustrée dans son enseignement ainsi que dans sa féminité, elle a décidé aujourd'hui de porter une jupe, bien que le principal l'ait déconseillé car il en faut peu pour provoquer les élèves.

Et quelle jupe !

Grisâtre, mal coupée, pas repassée, ni courte ni longue, ni classique... elle ne ferait envie à personne. Heureusement, Sonia  se rattrape avec la  jolie veste d'un blanc immaculé.

Elle emmène ses élèves dans la salle de théâtre pour répéter le Bourgeois gentilhomme. Des élèves, bruyants, insolents, injurieux, comme on en voit beaucoup sur les écrans de cinéma actuellement.

Ils n'en finissent pas de se lancer leurs sacs à la figure, Sonia réussit à en intercepter un, mais c'est pour y trouver un revolver chargé...

Elle s'en empare, s'enferme avec son monde. Un peu refroidis, les élèves se voient contraints d'entendre le cours sur Molière qu'elle a toujours rêvé de faire. Et ils se résignent à répéter le vrai nom du dramaturge. Sonia leur assène un discours de morale digne de Jules Ferry.

C'est alors qu'un élève réussit à lui reprendre l'arme....s'ensuit un règlement de compte entre élèves où il apparaît qu'une des filles a été violée et filmés et que les gars regardaient ça sur leur portables pendant la classe. L'horreur...

J'oubliais qu'à l'extérieur la police est présente, la télé aussi, et Sonia doit les affronter autant que les élèves.


Nous sommes des spectateurs de télévision (plutôt que de cinéma)  : nous entendons et voyons les acteurs du drame-fait divers, avec les yeux et les oreilles de la caméra télé :   les gens qui s'expriment sont filmés pour les Actualités et le savent :  répliques, parfois comiques, le plus souvent  aberrantes, de drôles de propos à l'extérieur comme à l'intérieur. Le prof qui cite le Coran pour plaire à ses élèves, le principal qui ne veut pas risquer d'être mal noté en dénonçant tel ou tel type de situation, les parents qui se plaignent d'être parqués dans la cité comme des animaux, les plaintes sur l'incapacité de la police, l'indigence du ministre...


La situation tragi-comique évolue  le film devrait être une comédie, dans lequel l'actrice meurt en scène ( un peu comme Molière ?). Les moments de théâtre sont réussis, les passages télé ne sont pas subtils, le film que l'on suit jusqu'au bout, entraîné, comme à la télé.





Des temps morts pourtant, le cours de morale de Sonia, on l'a entendu mille fois et je ne le crois pas pertinent. Les vrais élèves en travaillent ni pour réussir, ni pour faire plaisir à leurs parents, mais pour eux, parce qu'ils aiment étudier. En dehors de cela le jeu n'en vaut pas la chandelle.

Et le personnage assez invraisemblable du lieutenant de police négociateur et malheureux en ménage ( Denis Podalydès) qui assume un rôle difficile.

Isabelle Adjani a des dispositions pour le rôle du professeur tout de frayeur, d'émotion de réactions à chaud. Dans ce type de situation, on peut bégayer, rouler des yeux, s'agiter ect...


Pour en savoir plus, lisez Dasola


Et aussi Anjelica 

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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 09:37
Tommy Lee Jones
© TFM Distribution Galerie complète sur AlloCiné



film américain de Bertrand Tavernier avec Tommy Lee Jones.


En Louisiane, le shérif Dave Robicheaux  enquête sur des crimes pervers de jeunes prostituées assassinées. En même temps, il s'intéresse à un autre meurtre, celui d'un jeune prisonnier noir torturé et tué en 1963, par un de ses gardiens racistes.


On  imagine  que les deux meurtriers ne font qu'un. Robicheaux les recherche activement, sillonnant tout le pays en voiture, quitte à s'enfoncer dans le  marais.... Ce qui nous vaut de très belles photos de paysages.


Il fait toutes sortes de rencontres, un multimilliardaire crapuleux, énorme, vautré dans le stupre et la corruption, qu'il soupçonne de savoir la vérité, un type vraiment très méchant et même que ça se voit un peu trop ;  un acteur alcoolique gentil rêveur, vomissant tripe et boyaux, enrôlé dans un film sur la guerre de sécession et qu'il aide, étant lui-même ancien buveur ; des fantômes de soldats sudistes fraîchement débarqués du cimetière, notamment un général avec qui il devise sur la méchanceté humaine et  la probité des hommes de loi, des fantômes  pas effrayants du tout, raisonneurs, sérieux...


Je voudrais mentionner aussi sa femme qui l'attend nuit et jour avec impatience et résignation (comme c'est souvent le cas chez les femmes de policiers dans les fictions), sa fillette mignonne et délurée, dont on suppose qu'elle va être enlevée par le tueur et prise en otage ( mais ce parcours obligé sera bref et économe en frayeur, merci !).


Ces figures restent secondaires : les personnages sont Tommy Lee Jones et le bayou. Le passé le présent, l'enquête, tout cela  se confond en une personne et un lieu.


Donc un film policier très classique : j'attendais quelque chose de plus surprenant, un climat d'étrangeté par exemple. Ou une intrigue à couper le souffle. Rien de tout ça. Mais c'est un bon film. Si vous ne connaissez que le marais poitevin, ça vaut le coup de faire connaissance avec la Louisiane...

 

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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 23:00
A History of Violence de David Cronenberg
 

 
Une voiture qui s’apprête à repartir deux types à l’avant l’un prétend avoir soif et retourne à l’épicerie qu’ils viennent juste de quitter.
Revenir sur les lieux du crime : il enjambe quelques corps avant de chercher à atteindre une canette de bière dans le congélateur. Sur le seuil de la porte apparaît une fillette blonde, nœud dans les cheveux et peluche dans les bras.
Elle fait un pas, médusée, terrifiée.  At the wrong time , on the wrong place...
Pas encore désaltéré, le tueur ajuste son revolver... une scène qu’on a l’impression d’avoir déjà vue souvent , par exemple dans « Il était une fois dans l’ouest »  lorsqu’un enfant revient chez lui pour contempler les corps ensanglantés de ses parents frère et sœur fraîchement estourbis, et qu’en relevant la tête, son regard croise celui du bandit non encore déguerpi, qui va l’ajouter à sa liste de victimes.
Mais ici la fillette se réveille, dans son lit, indemne, et crie : père, mère, fils aîné, s’amènent d’urgence pour entendre le message : Il faut exterminer les monstres qui rôdent parmi nous.
 
Appel entendu. Son père, Tom Stall, ancien monstre, va sauver la famille. S’il réussit , c’est qu’il n’est pas innocent. Ce monde de violence a été le sien. Il fut un tueur redoutable et le passé revient lui faire signe. On saura plus tard que son frère a voulu l’étrangler, enfant, et que sa mère l’a sauvé, mais qu’elle a dû mourir et qu’il a vécu sous la loi du frère.
 
Histoire édifiante, conte de fée, dont le happy end dépasse de loin tout ce que l’on peut rêver de mieux. Histoire à se conter dans les moments de stress pour se remonter le moral.
 
Non seulement Tom Stall élimine tous les truands de son passé, qui le menacent,  mais son fils, grand garçon timide et gauche, apprend à se défendre et sans faux pas. Lui qui n’a jamais fait de mal à une mouche, envoie d’un seul coup au tapis deux durs de son lycée qui le narguaient. Mieux encore, il sauve la vie de son père en abattant le terrible Carl Fogerty, venu exprès de Philadelphie, dans cette petite maison de la prairie pour éliminer Tom Stall.
 
Et quel tueur ce Fogarty ! le visage grêle et marqué comme une peau d’orange, la grimace tordue, le vêtement très noir, le crâne très chauve, l’œil de verre très peu coloré, voire presque blanc, qu’il exhibe volontiers : il le sort de l’orbite pour le faire mieux voir.
C’est Joe Cusak ( alias Tom Stall) qui l’a jadis arrangé ainsi.
 
Aprés le film on peut se dire : mais pourquoi n’ai-je pas ri en voyant cette figure si exemplaire ? Il y en a eu de plus terribles et des variations nettement plus ambiguës : les visages de Peter Lorre peut-être et Paul Meurisse ect… défileront devant nos yeux. Fogarty frôle la caricature.
 Mal éclairé pour un tueur de ce genre :  on ne le voit qu’en plein jour, il ne surgit jamais de l’ombre.
Et pourtant on n’a pas ri. Peut-être même a-t-on eu peur ?
 
Quel honneur pour Tom Stall qu’on vienne le chercher de si loin. Le mérite-t’il ? Il est discret, un peu fruste, trapu, la démarche un peu lourde, le large sourire aimable qui ne cherche surtout pas d’histoire et fait son travail de barman au jour le jour avec célérité. Pour le trouver excitant, sa femme s’imagine qu’elle vient le retrouver en catimini dans la maison de ses parents et qu’ils copulent en risquant d’être découverts par on ne sait quel paternel peu accommodant. Elle s’habille d’une minijupe et d’un tee-shirt avec une inscription et se jette sur son bonhomme à la blouse qui se laisse faire gentiment. On plaint cette épouse mais voilà que le passé ranimé en Tom lui inspire de l’érotisme dans le genre bagarreur et musclé. La prise dans l’escalier , maladroite mais c’est son charme, prouve que le couple s’invente une sexualité plus corrosive.
Tom doit s’expliquer : et il manque d’imagination. Pourquoi as-tu pris le pseudo «  Stall » Heuh… il était disponible. Joey indique qu’il a passé du temps dans le désert, comme Jésus, avant de devenir Tom que le Diable ne tente plus.
 
Vient le règlement de compte décisif : sans perdre son air emprunté, son sourire prudent, et son regard vigilant sous la lourdeur provinciale, feu Joey Cusack va se débarrasser de tous ceux qu’il gêne ( on ne saura pas en quoi il les gêne) .
 
Le matin venu, Tom sort de la maison du crime, sous un ciel très clair, dans un silence recueilli, pour aller laver ses plaies dans un étang large et tranquille dans une eau transparente et pure. On a déjà vu cette scène, peut-être dans «Pat Garett et  Billy The Kid » entre autre… mais ce héros allait mourir.
Pas Tom Stall.
Il est sauf.
Pour cette scène le visage du héros ( ces traits de  travailleur aimable mais vigilant du Midwest) nous est dissimulé en partie, et ayant perdu sa blouse dans l’affaire, il ne montre plus qu’un dos nu, une pose vraiment belle.
 
Retour à la maison. Tom arrive pour le dîner ; il est un peu en retard tout de même. Avec une sobre gravité, la fillette pose son assiette à sa place restée vacante. Et si cela ne nous fait pas rire c’est que la fillette ouvrait aussi le film, que c’était son rêve, et qu’on a regardé avec ses yeux à elle. Toutes les anciennes fillettes qui ont rêvé d’un semblable père apprécieront. Et pourquoi pas les garçons ?

 
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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 19:28

L'histoire du devenir d'une usine de fabrication d'avions militaires à Chengdu, et de ses employés, à travers des témoignages d'ouvriers et d'enfants d'ouvriers sur plusieurs générations. Les premiers témoins sont nés dans les années 30, les derniers dans les années 80.

L'usine a fini par fermer, elle laissera place à des immeubles de bon standing. Elle est encore debout mais désaffectée...

Un premier ouvrier raconte comment il a appris à se servir d'un racloir, et à en faire bon usage, ce qu'il croit devoir  à ses maîtres. Une réunion émue rassemble l'ancien ouvrier et son contremaître.

 Dans les années cinquante, une femme est venue de Shangaï, encore très jeune , avec son mari pour travailler dans l'usine, un long périple, et a perdu son enfant dans la foule, au moment d'arriver...mais ils ont dû se refaire une vie.

  Une quinquagénaire, raconte son quotidien de travailleuse à la chaîne, les licenciements qui leur sont tombés dessus, les petits boulots  qu'elle effectue depuis pour faire vivre la famille.

Et c'est une autre femme qui se souvient  qu'ils devaient tout à l'usine-mère, qui les nourrissait en leur donnant du travail. Mise également au chômage, elle soit demander l'aide de sa sœur...

 Une autre femme à peine plus jeune, ( interprétée par l' actrice Joan Chen) surnommée Petite Fleur, témoigne de son sort de femme certes jolie et courtisée, mais condamnée à la chasse aux maris, interdite d'épouser au-dessus de sa condition,  et qui finalement a renoncé à ce destin pour conquérir une certaine indépendance... un homme de quarante ans, évoque le monde de l'usine : une vraie ville, où l'on vivait en circuit fermé, qui avait ses écoles, ses commerces.  Il n'osait pas s'aventurer au dehors. Le jour où il voulut couper ce cordon ombilical, les enfants qu'il rencontra à l'extérieur de l'usine manquèrent de le cogner...

Ensuite, viennent les témoignages des jeunes générations qui  ne dépendent plus de l'usine.  Un trentenaire qui débarquait avec son diplôme de technicien, s'est effrayé de devoir polir tous les jours des centaines de pièces à l'aide d'une meule. Il s'est débrouillé pour gagner sa vie autrement. La plus jeune interviewée, vingt cinq ans, est cadre commercial, et s'efforce de mettre de l'argent de côté pour acheter un appartement à ses parents dont elle mesure la souffrance physique et psychique au service de l'usine. Ce rôle est joué aussi par une actrice ( Zhou Tao).

Après coup, j'ai appris que toutes femmes qui témoignent sont des actrices, et que leur témoignage est en partie inventé ; la fiction est donc nettement plus présente qu'elle n'en a l'air au premier abord.


Entre deux témoignages, nous voyons l'usine, le travail sale et usant à différente époques, les logis auxquels les ouvriers sont affectés, pauvres et  à peine salubres, les transformations,  les maçons qui travaillent à édifier les futurs appartements, suspendus au-dessus du vide, sans aucune protection.

Nous voyons aussi les aléas de la vie collective, les ouvrières en train de chanter, de converser. Un groupe de femmes s'apprêter à jouer des scènes du «  Rêve dans le pavillon rouge » de Xuequin. 

Et au milieu du film tandis qu'une foule  interprète l'Internationale, certains  bâtiments de l'usine s'écroulent, en gros plan,  pour laisser place  à un nouveau chantier. Cet effondrement semble durer longtemps bien qu'il n'y ait pas de ralenti et la poussière jaune envahit progressivement tout l'écran.


Jia Zhang Khe montre  un monde nouveau en train de naître, au prix de mille souffrances, chutes, destructions,  comme dans «  Still Life », le barrage des Trois- Gorges s'édifiait, en supprimant les logis de milliers de gens.

Un film politique et social d'une grande intelligence, plein d'émotion, toujours d'une belle esthétique.

On apprécie également dans le film, des extraits de poésie et des chansons, qui rythment l'ensemble, mais que je ne saurais plus identifier à l'heure actuelle...

 

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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 19:24

 

 


Précédé  d'un slogan «  voici le renouveau de la grande comédie italienne » ce film met en scène Gianni ( acteur et réalisateur) cinquante ans, chômeur qui a toujours vécu avec sa maman et  s'en tire plutôt mal  avec suppose-t-ton la pension de réversion de la dame. Il est toujours endetté.

 La veille su 15 Août le syndic des copropriétaires du logement où il vit avec sa mère lui propose de garder sa vieille maman à lui en plus de la sienne,  

pour le weekend en échange de l'effacement de certaines dettes ( loyers non payés, facture d'eau, d'électricité....) et lui donne aussi quelque billets.

Le marché conclu, Grazia la vieille maman coquette et coquine, arrive avec une tante dont il ne sait que faire non plus...

Ensuite, le toubib vient faire sa visite, que Gianni ne peut pas payer et il lui envoie aussi sa mère... Gianni se retrouve avec quatre dames âgées sur les bras,  gentilles, bavardes, capricieuses,  coquettes parfois, ou encore vantardes, qu'il gardera au-delà du 15 août, et du vin  pour se consoler.

On craint que son avenir ne soit d'ouvrir une maison de retraite...

C'est plus une étude de mœurs qu'une vraie comédie. Il n'y a pas d'intrigue, les répliques sont moyennement drôles, les situations attendues. Le film est sympathique mais  pas percutant le moins du monde.

On retournera avec profit à Dino Risi. A tous les vieux maîtres...

 Les quatre dames, non professionnelles, jouent d'une façon remarquable.

 

 

 

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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 15:38


   Ce film documentaire retrace quelques moments forts de la vie du planning familial de plusieurs villes frannçaises.

Au travers d'une série de cas tous courants et tous singuliers, nous écoutons des jeunes filles qui viennent pour demander la pilule, qui craignent d'être enceintes, ou  le sont effectivement. La crainte des parents, plus spécialement de la mère, est ce qui les hante le plus.

Des femmes plus âgées qui viennent demander une IVG, certaines sont dans des situations particulières.

Une femme mariée ne sait pas de qui elle est enceinte : elle raconte son quotidien infernal, agressée en permanence par son mari et son autre partenaire. Cette femme était en danger, on aurait dû lui offrir un hébergement pour elle et sa petite fille, menacée aussi. Car dans ce cas précis, l'avortement n'aurait rien résolu, le problème étant que cette femme était la proie de violences conjugales et extraconjugales.

On reçoit un couple : l'homme est obsédé par la virginité de sa compagne qu'il met en doute ; il hurle, elle baisse les yeux, regarde le tapis, se tait.

Une jeune femme suivie en psychiatrie n'osait pas garder sa grossesse parce qu'elle ne se sentait pas le droit d'avoir un enfant, étant « un cas ».

Une jeune fille a tellement peur de sa mère fureteuse,  qu'elle passe son temps à dissimuler sa boîte de pilule dans les endroits les plus improbables.

Une jeune femme est «  tout le temps enceinte » en dépit de moyens contraceptifs divers qui tous échouent, pilule, stérilet, préservatifs... et se pense victime d'une incroyable fatalité. Une autre n'espérait plus être enceinte mais ne peut pas le garder.

Des femmes enceintes de trois mois révolus ne peuvent avorter en France et doivent se rendre dans une clinique à Barcelone, seules le plus souvent, avec au moins quatre cent euros en argent liquide. Après l'intervention, elles reprennent le train, sans avoir le temps de se remettre. Une jeune barmaid va refaire ce trajet pour la deuxième fois, avec un brave sourire. Elle travaille dix heures par jour, et n'a pas le temps de s'arrêter pour réfléchir, penser à  sa vie. Tout va trop vite...  La misère du monde.

Dans la plupart des cas, on sent curieusement que l'ambivalence est le sentiment qui domine. Une femme qui veut garder sa grossesse est toujours  tentée par l'avortement, et inversement.


Les conseillers conjugaux sont interprétés par des comédiens (Nathalie Baye, Anne Alvaro, Michel Boujenah, et aussi Lolita Chammah, fille d'Isabelle Huppert, que je vois à l'écran pour la première fois...). Ces travailleurs sociaux, pleins d'empathie, nous sont fort agréables, mais on partage aussi leur stress quotidien, leur solidarité, leurs moments de solitude. Et en fin de compte, on distingue aussi bien qu'eux la limite de leurs interventions dans les cas les plus épineux. Une marge d'intervention de plus en plus étroite, un métier de plus en plus difficile, avec la baisse drastique des subventions, et  la montée des extrémismes religieux.

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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 23:26

Manuela est mère célibataire.  Son fils,Esteban, qui atteint la majorité légale,  a écrit  le brouillon d'un roman qui s'intitule " Tout sur ma mère"...En fait  c'est de son père qu' Estéban veut tout savoir, son père qu'il ne connaît pas, et Manuela hésite à lui en parler.


Ils regardent un film à la télévision, un film de Manckiewicz " Eve". l'histoire d'une actrice peu scrupuleuse qui va se faire voler la vedette par une jeune...



Manuela emmène Estéban voir « Un Tramway nommé désir » pour son dix-huitième anniversaire. Elle a joué autrefois le rôle de Stella et le père d'Esteban  était l'époux. Ils étaient couplés dans la vie aussi et l'on suppose que leur séparation est due à l'arrivée d'une femme comme dans la pièce.

  Ce sera une façon détournée de lui parler de son père. Ou peut-être une introduction...

Mais Esteban ne saura rien de plus.

Après la pièce, il se précipite pour demander un autographe à Huma qui jouait le rôle de Blanche, la femme nymphomane, et se fait renverser par une voiture. Il meurt.


Manuela retourne dans la ville où elle a conçu Esteban et mené sa vie avant lui. Le père du garçon défunt, comédien, est devenu travesti, se fait appeler Lola et vit avec un autre transsexuel, Agrado. Lorsque Manuela arrive chez eux, Lola a fui avec l'argent du ménage !


En le cherchant, Manuela rencontre une jeune religieuse que Lola a mise enceinte (Penelope Cruz)la ramène dans l'appartement qu'elle a loué, et s'en occupe. La jeune Rosa est séropositive et mal en point. Manuela va recueillir l'enfant de Rosa, qui meurt à l'accouchement.

Manuela s'occupe aussi de la pièce Un Tramway nommé désir, devient l'habilleuse de Huma, vedette de la pièce.

Le bébé de Rosa et Lola, bien que conçu par un couple contaminé par le sida, reste séronégatif. Manuela l'appelle Esteban, comme son fils mort et va l'élever : elle aura l'occasion de le montrer à Lola avant que celui-ci ne meure.


Le fil directeur semble être une quête et un souci de filiation. Laquelle s'avère dangereuse et ardue. Le besoin pressant d'Esteban de savoir ses origines paternelles le conduit à la mort. C'est à l'actrice qui joue l'héroïne perturbée qu'il va demander un autographe.


La quête de Manuela la  mène vers ce père problématique, devenu " Lola", et  elle ne le contactera vraiment que pour lui annoncer à la fois la mort de son premier  fils et  la survie de son autre progéniture en excellente santé. Les pleurs de Lola qui n'a plus guère à vivre, et apprend qu'il a une descendance, sont un beau moment de cinéma. On se rappelle aussi que dans " De chair et d'os", le film débute et se clôt sur une naissance. 

La façon qu' a Almodovar de mettre en scène des transsexuels, et d'une manière générale des personnes à la sexualité indécise, est sublime. On adore Lola, comme on aimera plus tard le pathétique  héros de la "Mauvaise éducation".


Pénélope Cruz est ici une jolie jeune fille complètement perdue, qui deviendra une jeune femme épanouie dans " Volver".

 

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