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29 décembre 2018 6 29 /12 /décembre /2018 18:59

Point-Poche, 2018, 591 pages.

 

Années 1780 peu avant le début de la Révolution française ; deux membres de l’Académie royale espagnole sont envoyés à Paris pour acheter et ramener les 28 volumes de l’Encyclopédie des Arts sciences et lettres  la première édition la seule vraiment complète. Il s’agit de Don Hermogenes et don Pedro ; l’un est le bibliothécaire de  l’Académie, l’autre un ancien amiral de l’Armée, ayant participé à la bataille de Toulon, et depuis composé un dictionnaire de la marine. Tous deux sont sexagénaires, érudits, convaincus du bien fondé de la philosophie des Lumières . Ils ont, sans le savoir, des ennemis : deux autres académiciens  embauchent un mercenaire pour leur mettre des bâtons dans les roues…

Le récit commence par un duel qui intrigue le lecteur. Qu’à- t’il pu arriver pour qu’un de ces messieurs ( des intellectuels, tout de même !) soit amené à se battre en duel ?

Le récit est fort bien documenté, et l’auteur nous fait participer à ses recherches et à la mise en scène de son roman, sans que pour autant nous cessions de croire à la fiction qu’il créé à partir de faits réels. Les personnages secondaires sont très bien, notamment l’abbé Bringas, fort singulier personnage qui va guider les deux voyageurs dans un Paris prérévolutionnaire.

Ce roman fait penser à Club Dumas ( lu il y a longtemps…) mais dans ce récit des années 90, c’est un traité de démonologie que l’on cherchait…

un de mes préférés de l'année.

 

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26 décembre 2018 3 26 /12 /décembre /2018 17:52

1830 : Une famille s’installe dans l’Ohio dans une terre marécageuse  « Black Swamp ».

Sadie et James ne s’entendent pas ; leur désaccord passe par leurs façons opposées de s’occuper de leur pommeraie. Lui aime les arbres «  reinettes dorées «  qui donnent des pommes au goût particulier (petit goût de noisette et d’ananas, rien que çà ! )  en fait ce sont des « Pinsmarston Pineappel » une variété que les ancêtres anglais de James ont plantée en Amérique. Sadie n’apprécie que  les pommiers à cidre parce qu’on peut en faire de l’eau de vie et qu’elle aime boire jusqu’à l’ivresse.

Elle est jalouse de l’intérêt de James pour ses pommiers.

Les deux époux ont une ferme, élèvent une vache un cochon des poules, font pousser des légumes et des céréales.

Mais ils travaillent tout le temps, ont eu dix enfants, dont cinq sont morts de la « fièvre des marais «  causée par un moustique. Cette fièvre, ils l’attrapent tous les ans en août, et une fois sur deux il y a un mort. Leur vie est donc bien dure, et sans aucun divertissement, ( la première ville est à vingt kms et il faut voyager en chariot à bœufs ) la seule distraction est le rassemblement religieux tous les ans  en juin ; on va écouter des prédicateurs divers ( méthodistes, Baptistes…) et on boit et mange avec d’autres infortunés fermiers.

 La famille en profite pour s’approvisionner au magasin en épicerie, sucre, tissu, outils, lorsqu’ils ont de quoi…

James ne vit que pour l’amour obsessionnel qu’il porte à ses pommiers, Sadie , elle n’a rien à quoi se raccrocher et on comprend qu’elle devienne alcoolique.

Des enfants, qui travaillent eux aussi toute la journée et ne vont pas à l’école, deux sont des personnages importants : Le benjamin Robert, à qui le père a inculqué l’amour des arbres, et Martha sa sœur préférée. Martha chante des cantiques et des gospels à longueur de journée ( soyez tranquille ça ne sauvera personne !). Robert est ordonné et  méticuleux.

Après le drame  Robert se sauve : il n’a que dix ans mais il va se débrouiller …. 18 ans plus tard il travaille pour un botaniste William Lobb à se procurer des plans de séquoias en Californie notamment dans la célèbre réserve de Calaveras : des Redwoods et aussi d’autres espèces vraiment gigantesques…

Et voilà que a sœur Martha s'apprête à le rejoindre...

Quelle famille de sauvages malheureux et désespérés, au taux de mortalité très élevé ! Un roman qui laisse un goût amer (comme celui des pommes à cidre je suppose…) 

Un ouvrage très bien documenté et écrit simplement (comme l’auteur sait le faire) .

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20 décembre 2018 4 20 /12 /décembre /2018 13:40

 

Un recueil de sept nouvelles qui a commencé par me plaire, et qui se révèle inégal.

j’aime les nouvelles qui mettent en scène plusieurs fillettes venant de milieux socioculturels différents dans la Russie des années 50 : dans « Un si bel amour », qui donne son nom au titre,  Tania, la fillette pauvre, amoureuse de sa prof, est prête à d'incroyables sacrifices  pour lui offrir une corbeille de fleurs ! Une déception s’en suit, mais le destin de cette presque adolescente, tôt rudoyée par la vie, ne cessera de nous étonner.   Deux autres nouvelles mettent en scène Tania et ses amies de classe : les jumelles d’origine arménienne ( rescapées du génocide) Aliona la fillette juive dont les parents sont relativement à l’aise ( et sa mère américaine) et quelques autres…ces filles d'origine et de milieu social très différents sont excellemment mises en scène  dans le Goûter d’anniversaire et  «  la varicelle », qui m'a plu  encore davantage…

La quatrième histoire est bien aussi, où l’on suit la pauvre Nina, veuve de son mari et de sa mère ( qui se détestaient ) et bizarrement persécutée par un gros chat noir, qui semble presque un fantôme maléfique , sorti d'une histoire de Poe. Titre : la Bête.

Ensuite ça se gâte : je n’ai pas aimé l’histoire fort longue et ennuyeuse de la vieille mégère qui tyrannise son monde, encore moins la nouvelle qui est inspirée de « Lolita » …

 

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20 novembre 2018 2 20 /11 /novembre /2018 12:13

L’Olivier, 2018. 297 pages.

Ce recueil est constituée d’histoires diverses et subtilement racontées :

les Râleuses qont deux femmes liées par une amitié solide et de longue durée : Della a maintenant 88 ans, et Cathy à peu près 70. Elles ont partagé un grand nombre de choses, des livres notamment et ce «  Cadeau du froid » qui relate l’histoire de deux amérindiennes, survivant dans un paysage enneigé. Ce n’est pas le dernier cadeau de Cathy à son amie, maintenant fragilisée par les âges mais c’est à coup sûr le plus significatif, et celui qui va l’accompagner jusqu’à la fin.

Avec «  par avion », Nous suivons maintenant un jeune homme, Mitchell, qui a quitté la maison familiale pour un grand voyage à travers l’Asie du sud est, et s’immerge dans une salade de spiritualité morbide inspirée par le bouddhisme et la méditation et qui doit le mener à la vie éternelle … Nous suivons le cheminement du garçon suicidaire, dont ses compagnons inquiet de son état ne soupçonnent pourtant pas la gravité. Horreur des lettres que Mitchell envoie à ses parents et qui racontent son délire et son obsession de la mort : description de lépreux, de la crémation d’un corps de femme… une ironie tragique baigne cette nouvelle, qui m’a presque traumatisée…

Mauvaise poire : A 40 ans, Tomasina, une femme libre et indépendante, a collectionné les amants sans se trouver de compagnon ; elle veut avoir un enfant avant que sa fertilité ne soit éteinte. Son idée est d’organiser une fête, où tous les hommes invités et présents (des ex ou non) donneront leur sperme qu’elle s’inséminera. Il y a pourtant un ex, Wally Mars, qui n’est pas tout à fait comme les autres ; il regrette leur liaison et serait partant pour la reprendre avec enfant à la clef. Sauf que Tomasina ne veut pas s’encombrer d’un homme. La semence de Wally fera son office mais il ne verra l’héritier qu’une seul fois » pour lui dire adieu ».

Musique ancienne : Rodney et Rebecca ont  deux jumelles et une grosse dette : la clavicorde, cet instrument ancien, que Rodney a acheté à crédit, et qui va lui être retiré car il ne peut plus payer. Diplômé en musicologie, le couple a failli achever autrefois un doctorat, et Rodney a même été interprète de clavicorde en une série de concerts en Allemagne, période dont il garde une profonde nostalgie. A présent, il est comptable dans une entreprise, et sa femme fabrique des chauff’souris des souris en peluche, le ventre rempli de substance diverses qui sentent bon quand on les place deux minutes au micro-onde… les souris ne rapportent pas assez et Rodney fait ses adieux au clavicorde…c’est aussi un texte ironique que souligne la proximité du clavicorde avec les chauff’souris qui traînent un peu partout dans la maison.

Multipropriété : c’est un homme qui commence à être âgé et à souffrir de problèmes de santé gênants : cependant, il a acheté une série de bungalows à retaper pour les louer en Floride ; il s’est ruiné pour cela, sa femme et son fils avec. Et ça ne fonctionne toujours pas. Récit très ironique.

Les autres nouvelles racontent le ratage de couples divers, et la difficile survie du conjoint divorcé. Elles m’ont moins plu mais se lisent très bien tout de même !

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29 octobre 2018 1 29 /10 /octobre /2018 00:24

Gallmeister, 2018 , 420 pages.

Au-dessus de Pendarosa, dans les montagnes de l'Idaho.

Ann a épousé Wade, un an après qu’un événement tragique se soit produit un après-midi d’aout,  lorsqu’il allait couper du bois pour l’hiver accompagné de Jenny sa femme, et de leurs  deux petites filles . Jenny, a tué May, six ans, d’un coup de machette.

Le récit tourne autour du drame; Ann s’efforce de le comprendre, et le revit obsessionnellement, d'autant plus qu'elle n'y a pas assisté, et que son mari ne veut pas en parler.  On a l'impression qu'elle éprouve de la culpabilité.

 

Le temps de la narration s'étend de  1970 ( Wade et sa femme faisaient connaissance)à 2025, un épilogue qui semble satisfaire les protagonistes ! mais le lecteur... peut-être pas . A vous de voir!  

Entre ces deux dates, les scènes sont nombreuses et nous transportent dans des lieux divers.

A partir des années 2000, Ann aide tant bien que mal Wade à vivre, il est atteint d’Alzheimer précoce, comme son père et son grand-père avant lui. Il y a aussi Jenny en prison à perpétuité  , avec Elizabeth sa compagne de cellule qui devient son amie. Car, Ann n'est pas la seule narratrice du roman...

Les différents récits s’organisent autour de l’événement tragique survenu en 1995, et que, progressant dans la lecture, on ne comprend toujours  pas . La mère aimait ses deux filles et s’était toujours comportée normalement avec elles.  Au début, j'ai même cru que Jenny s'accusait pour couvrir quelqu’un. Personne d’extérieur à la famille, n’a assisté à l’homicide de la petite May , et la mère s’est accusée immédiatement sans s’expliquer. La fille ainée a disparu .Les explications et  tentatives de reconstitution d'Ann, tendent à suggérer, de la part de Jenny, un terrible acte manqué. 

On a un récit des commencements de la vie du couple initial, qui a acheté la maison et plusieurs hectares de terrain dans la montagne lorsque Jenny était enceinte. Leur hiver , leur printemps et les premiers mois du bébé, leurs sentiments ambigus  pour une femme qu’ils ne connaîtront jamais,  l'apprentissage d'une existence rurale âpre , ses difficultés et ses joies. Ce récit ( sans doute le meilleur du roman) est-il imaginé par Ann? Je le crois trop précis pour cela. Je ne sais trop qui en est le narrateur...

Plusieurs autres  récits, avant le drame,  concernent May et son désarroi lorsque sa sœur qui grandit, n’est plus tout à fait la même partenaire de jeu. D’autres, la survie  de leur mère en prison. Mais la narratrice étant sa compagne de cellule à qui elle ne se confie pas,  nous ignorons ce qu’elle pense.

Certains récits se révèlent sans rapport avec l’intrigue principale, bien qu’on ait  pensé, d'abord,  qu’ils y étaient liés : l’avenir du garçon dont June( la fille aînée âgée de 9 ans) était amoureuse et son drame à lui.

La vie d’Elizabeth la compagne de la mère , ne nous intéresse que lorsqu’elles apprennent à se connaître , or on a droit à un long récit de la vie d’Elizabeth avant qu’elle n’intègre la cellule de Jenny…

Le texte  regorge de réminiscences,  de rêves éveillés, de souvenirs, et d’évocations : que serait devenue la fillette disparue ? A quoi ressemblerait-elle, que ferait-elle aujourd’hui ?

Ann vit avec les fantômes des absents. Sa vie avec Wade n'est pas une nouvelle existence, elle ne fait qu'imaginer le passé d'un homme qu'elle aimait depuis longtemps, mais qu'elle a  épousé dans des circonstances néfastes ; il n'a pas refait sa vie, et elle a oublié de vivre la sienne.

Un premier roman très travaillé, parfois on sent l'application de la bonne copie, la lourdeur de répétitions,  mais la richesse du propos est indéniable. L'impression dominante est négative : c'est  éprouvant, frustrant,  plein de rêves et de cauchemars, parfois  bien rendus. Évidemment, pour un premier roman, c'est  prometteur !

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27 octobre 2018 6 27 /10 /octobre /2018 09:42

Gallmeister, 2012 

C'est l'adolescence de Lucy de nos jours, dans une petite ville de Nouvelle Angleterre( Great Falls, panorama impressionnant, chutes ) ; Lucy qu'une situation familiale instable contraint de vivre à toute vitesse, d'arracher à la vie ce qu'elle peut en avoir.   Son père, elle le voit deux trois fois par an pendant une semaine, il vit au loin « à couper des arbres » et leur envoie à sa mère et elle des cartes postales d’un goût douteux tout au long de l’année. La mère, encore très jeune, travaille en télémarketing  et sort avec des copains de rencontre, que sa vie de presque célibat, lui rend possible.

Lucy de 14 à 16 ans, avec son copain fidèle,

l’ évolution progressive de leur relation , et deux autres garçons assez pénibles chacun dans leur genre… puis cette fin qui déçoit : Lucy méritait mieux…

Phrases simples, ton gouailleur, humour un peu passe-partout, description d’une gamine débrouillarde, dans un milieu plutôt hostile, la nature la plus élémentaire et celle qui est grandiose, sont bien rendues. On a la belle qualité " Gallmeister". 

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21 octobre 2018 7 21 /10 /octobre /2018 19:38

 

 

200 pages, 2017.

Titre  original : The Risen

 

Une fille nue apparaît près d’une rivière et elle plonge ; deux frères qui pêchaient la truite, l’ont aperçue. Et veulent la revoir, ce qui sera assez facile.

Ils auront l’occasion de s’amuser un peu, pour la première fois d’une vie dominée par le grand-père , tyran domestique, qui les élève avec beaucoup de sévérité, et sans craindre le recours à l’illégalité.

Bien plus tard, la soixantaine arrivée, le corps de l’ondine est retrouvé, émergeant de la rivière. Le frère aîné est devenu chirurgien comme son grand-père le voulait ; l’autre frère se noie dans l’alcool, depuis ce fatidique été, où « Ligeia » est repartie pour sa Floride natale ; c’est du moins ce que disait Bill, mais de toute évidence, il mentait… Eugene veut savoir la vérité.

le personnage d’Eugène  m’a lassée, car il est veule et sans aspérité ; toute une vie à se noyer dans l’alcool, puis à la découverte du cadavre, il contraint son frère à lui révéler quelque chose de plus … mais cela ne le rend pas plus attrayant.

Le sujet du livre n’est pas cette amourette de jeunesse mais comment l’infâme tyran qu’est le grand-père mène son monde grâce au chantage et à l’argent, et intimide toute la contrée. Un abominable personnage… !

L'écriture de Ron Rash est toujours belle mais  ce récit m'a laissée dubitative, je le trouve plutôt quelconque par rapport à ses précédents romans.

 

De lui, il me reste à lire "Incandescences" un recueil de nouvelles, et Serena...

 

 

 

 

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15 octobre 2018 1 15 /10 /octobre /2018 19:35

Actes sud, 2018, 420 pages.

Nous sommes en 1992, à Heillange, en Lorraine ; Anthony, 14 ans et «  le cousin » un peu plus âgé, s’ennuient sur une plage près du lac, la plus mauvaise plage ( elle jouxte une décharge municipale).  Les deux garçons empruntent un canot pour rejoindre la « plage des culs-nus » où Anthony espère voir des filles à poil pour de vrai. Il va en pincer durablement pour Stéphanie ( en maillot de bain). Ce fait l’entraîne dans une fête dans une maison bourgeoise où il se fait voler la moto de son père.

Stéphanie, la moto, Hacine,  le voisin à éviter qu’on retrouve toujours, les amis des jeunes et les soucis des parents( le chômage, l’alcoolisme)  vont être les leitmotivs qui rythmeront les vacances d’Anthony jusqu’à la fin des années 90…   Anthony est fâché avec l’école et  susceptible d’obtenir un bac technique qui ne servira à rien ; Hacine est déjà déscolarisé et décidé à s’enrichir dans la petite délinquance ; Stéphanie se dirige mollement vers un avenir de cadre sup ;  ces vacances relatées tous les deux ans mettent en scène la vie dans une cité et dans les pavillons en banlieue d’une ville moyenne. Les milieux sociaux sont minutieusement décrits, avec ces petits détails qui nous font vivre dans la peau des personnages, et arpenter ces lieux désolés ( hauts fourneaux éteints, terrains vagues, centres commerciaux où l’on traîne, bistrots , piscines municipales, plage de bord de lac, genre de faux centre ville, où l’on se rend avidement en quête d’un peu d’animation.

C’est un roman d’apprentissage de la vie, et il ne se passe rien de notoire. L’auteur a eu soin d’éviter les effets faciles : il y aura beaucoup de violence mais pas de crime, beaucoup de sexe mais souvent raté, des rêveries, mais pas de passion fatales ni d’avortements sanglants. Les dialogues des jeunes sont retranscrits dans une oralité scrupuleuse, avec les tics de langage de l’époque, et les non-dits qui sont palpables dans les propos échangés : les personnages  finissent toujours par remarquer plus ou moins explicitement «  au fond, on n’a rien à se dire ».

C’est une gageure de réussir à intéresser avec ce type de sujet. Nicolas Mathieu y parvient.

 

 

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10 octobre 2018 3 10 /10 /octobre /2018 10:43

 

Gallimard 2018 142 pages

1935, le narrateur intègre une prépa de sciences tenue par des « Jèzes » : il s’entiche de Conrad, un élève pas comme les autres, plus âgé, plus au fait des choses de la vie, notamment le sexe.  Plus encore,  il mène son existence en toute indépendance ; Robin, lui, est très proche de sa mère, et cela lui pèse. C’est un enfant »posthume » né d’un homme tué quelques mois plus tôt, dans les tranchées de la Grande Guerre.

A l’occasion d’un séjour dans la toute nouvelle station de ski de Val d’Isère, le jeune s’éprend d’une jeune fille qui voyage seule avec son carnet à dessin…

La trame narrative fait penser à ces romans dans lesquels un narrateur se lie d’amitié avec un camarade d’école différent des autres, qui le fascine et l’inquiète : le Silbermann de Lacretelle,  le Demian de Hesse, ou même,  plus simplement le Grand Meaulnes. Cette inclination mène souvent à une femme.

Dans ce roman, le protagoniste est destiné à progressivement perdre ses illusions, grâce à son nouvel ami, et ce processus est bien amené. Le collège de Jésuites est décrit comme un monde sans pitié qui préfigure l’écrasement de la guerre proche. Les scènes du village dans la neige m’ont plu également, le réalisme y côtoie le tragique et la beauté discrète des paysages. L’écriture est élégante, d’une belle tenue,  la narration sobre, un ensemble austère, un apprentissage difficile sur fond de Front populaire et nazisme menaçant.

Une auteure que je ne connaissais pas, et que je suis contente de découvrir, les hasards parfois heureux des emprunts en bibliothèque…

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3 octobre 2018 3 03 /10 /octobre /2018 10:10

 

 

 

Quai Voltaire, 528 pages.

Connecticut, environ de Chosen, sur la côte, une ferme isolée.

Février 1979. George Clare se présente chez ses voisins les plus proches pour dire qu’il a retrouvé sa femme assassinée dans son lit, d’un coup de hache. Un carreau a été brisé au ré-de –chaussée.

Le couple vivait là depuis le mois d’août précédent avec leur petite fille Franny. Celle-ci devait dormir au moment du drame. Elle ne semble pas avoir vu quelque chose. George était à l’université, donnant ses cours d’histoire de l’art.

Le shérif Lawton pense que George est coupable, et c’est loin d’être une opinion isolée. Le couple en s’entendait pas, George était brutal, imprévisible. Il avait eu une très jeune maîtresse, Willis, qui en sait long sur son passé, mais elle ne va pas pouvoir parler… et du coup,  on n’a aucune preuve.

De nombreux flash back nous ramènent en arrière : notamment lorsque la vieille ferme appartenait à la famille Hale : en faillite, ils se sont suicidés ( ou le mari a entraîné sa femme dans la mort sans qu’elle s’en doute, pour le lecteur ce serait plutôt ça ), laissant trois garçons de 12 à 18 ans. Depuis , la maison est tenue pour maudite et même hantée. Le fantôme de la femme erre dans ces lieux . La nouvelle maîtresse de maison sent sa présence et même la voit une ou deux fois. D’autres personnes sont conscientes d’une entité invisible.   

La femme assassinée Catherine, et George son époux sont les personnages principaux ; un couple très mal assorti, marié à cause de la grossesse surprise de Catherine. Celle-ci est très croyante, éprise de spiritualité, et son mari s’en exaspère. D’autres personnages sont développés : deux des fils Hale,  Cole qui venait garder la fillette, et Eddy son frère aîné qu’on employait à rénover la ferme. Willis une très jeune fille déprimée, serveuse dans l’auberge la plus proche, amie d’Eddy et maîtresse de George ; un couple de hippies d’âge mûr,  Bram et Justine qui exploitent une autre ferme avec sérieux. Les Lawton, lui, shérif et elle agente immobilière. Le chef du département de l’université qui emploie George : un homme qui apprécie Swedenborg et donc s’adonne à l’occultisme ; George faisait une thèse sur George Innes, un peintre de paysage de l’école d’Hudson.

Petit à petit se dévoile une partie du tempérament et des méfaits de George, mais on ne saura jamais tout. Le roman est bien construit, certaines descriptions sont  fortes.

Le roman est imprégné de  l’aspiration à la spiritualité, passant par la contemplation de la beauté : l’auteur est probablement adepte elle aussi des thèses de Swedenborg ; cela se sent. Cette atmosphère et cette idéologie m’ont gênée.  Trop de contemplation, et aussi, il faut le dire un certain manichéisme.

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