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13 juin 2018 3 13 /06 /juin /2018 18:10

Se rendre invisible : c’est ce qu’a réussi à faire un jeune chimiste impécunieux, dans ce célèbre roman considéré comme un classique de la science-fiction.

Griffin, comme il l’expliquera à un de ses condisciples retrouvé, dont il espère faire son complice,  s’est focalisé sur ce type de recherche, parce qu’il est albinos : cette anomalie le conduit à faire des recherches sur les phénomènes de réflexion et réfraction des rayons lumineux et  les mécanismes  de ce qu'on appelle perception visuelle. L’absence chez un individu comme lui de mélatonine aurait favorisé son devenir « invisible »!

Au-delà de  ses théories loufoques,  les albinos étant mis à l’écart, voire persécutés, on sent bien qu’il aspire à l’invisibilité pour ne plus être remarqué. C’est pourtant l’inverse qui se produira. Et l’urgence de tester sa découverte sur lui-même, lui est dictée par le désir d’échapper aux nombreuses dettes qu’il a contractées…

L’homme invisible est d’abord un homme en fuite, et le récit est largement l’histoire de sa cavale.  le début de l'intrigue, son séjour à l'auberge d'Iping, petite ville du sud de l'Angleterre, est un mélange de burlesque et d'humour noir, ses agissements, et les réactions des  gens vont d'abord amuser le lecteur ; l'effet d'étrangeté qui, peut-être prévalait il y a un siècle, n'est plus guère de mise de nos jours. Cependant, le roman va vite devenir une haletante course-poursuite très bien menée.

L'intérêt est relancé lorsque  Griffin se révèle  un dangereux délinquant, rêvant de devenir maître du monde !

Etre invisible, voir sans être vu, est un fantasme vieux comme le monde.  On ne peut s'empêcher  d'évoquer  la légende grecque de l’anneau de Gygès : ce berger tombant par hasard sur un anneau qui rend invisible réussit à s’emparer du trône et à en évincer le roi.  La destinée de Griffin qu’on relit avec un mélange de peine et de soulagement est bien différente…

Un personnage complexe, des second rôles bien campés,  de l'action et du suspens, c'est là un classique qui vieillit plutôt bien.

 

retrouvez  Herbert-George Wells sur Lecture-écriture

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10 juin 2018 7 10 /06 /juin /2018 12:27

L’Olivier, 2017 ( The Fates and Furies)

Ce gros roman touffu relate le vécu d’un couple sur les quelques vingt cinq ans qu’ils ont enduré ensemble, sans se lasser l’un de l’autre, et sans enfants pour faire diversion. C’est une réussite, et cela mérite un récit. Dans la première partie, nous avons le point de vue de Lotto ( Lancelot) né en Floride , d’un père riche, qui a su exploiter des sources sur ses terres pour la vendre en bouteilles, et d’une mère extrêmement possessive… à 16 ans, on l’envoie dans une pension bien cotée du New Hamshire pour le séparer de ses copains délinquants du sud. Quelques années plus tard, il rencontre Malthide ,ils se plaisent et se marient presque aussitôt. Lotto veut devenir comédien ,il rêve de jouer du Shakespeare, mais c’est comme dramaturge qu’il s’accomplira. Mathilde, semble discrète à ses côtés, d’abord employée à divers travaux mal payés, elle devient « épouse » à plein temps lorsque Lotto commence à réussir. C’est un couple à l’ancienne, mais bien équilibré, non seulement ils se plaisent sur le long terme, mais ils ont des échanges intellectuels. Autour d’eux gravite une petite cour d’amis plus ou moins fidèles, et Rachel la sœur de Lotto.

Dans une seconde partie, nous sauront la vie difficile de Mathilde avant qu’elle ne rencontre son mari  qui ne l’a jamais tellement interrogée sur son passé : il ne voulait rien savoir, et faisait en somme comme si elle était apparue sur terre le jour où il avait posé les yeux sur elle, comme s’il l’avait conçue …attitude typiquement masculine ! mais Mathilde résiste et existe , en particulier, en lui refusant d’avoir des enfants.

Agréable au début, le récit devient ennuyeux aux deux tiers et j’ai eu  du mal à le terminer… dommage pour Mathilde !

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7 juin 2018 4 07 /06 /juin /2018 10:05

Verticales (Minimales), 128 pages, 2012.

Dans le Transsibérien se dirigeant vers la Sibérie, Un appelé, Aliocha, à peine majeur, songe à déserter . la future vie de caserne lui fait horreur, d’autres soldats plus âgés l’ont déjà tabassé… Il rencontre une française deux fois plus âgée que lui, Hélène, qui fuit une existence contraignante. Elle est montée à Irkoutsk, et n veut s’arrêter qu’au terminus à Valdivostock.  Il la force un petit peu à le cacher dans son compartiment de première classe. Traqués par l’adjudant chef Letchov,  et un sale type qui veut les dénoncer, Hélène et Aliocha, avec l’aide d’une employée du train, tentent  d’échapper à leurs poursuivants… Nous sommes dans la Russie actuelle, et l’on sent que l’URSS survit…

 

C’est une longue nouvelle, dan laquelle l’auteure parvient, comme elle sait toujours y faire, à insuffler un sentiment d’urgence, notre sympathie pour des personnages hors du commun, du suspense bien dosé, et  témoigner de la beauté de paysages naturels, le lac Baïkal y jouant un grand rôle, même si seulement aperçu de loin.

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3 juin 2018 7 03 /06 /juin /2018 23:03

Actes sud, 2012, 252 pages

Un jeune marocain de vingt ans, chassé par sa famille : il a couché avec sa cousine on les a surpris. La fille est envoyée quelque part au loin. Le garçon, Lakhdar, mène une vie errante, vagabondage, petits boulots, et finit par trouver une place fixe dans une communauté religieuse dirigée par le cheikh Nourredine : attiré par la chose écrite, il apprécie de vendre des livres de morale et préceptes religieux, et des Corans bon marché. Avec son ami de toujours, il va draguer et se fait une amie de Barcelone, Elena avec qui il réussit à nouer une relation sérieuse.

Mais la communauté du Cheikh, lors des soulèvements du printemps arabe, choisit le camp de la répression, et la veut plutôt sanglante… Lahkdar, qui n’a pour ami, que le Cheikh et Bassam,  choisit de fermer les yeux ; pourtant, la librairie explose, et il doit chercher ailleurs de quoi subsister…

 

C’est là un roman que je situerai dans la tradition picaresque, le héros part de rien, sa liaison avec sa cousine tourne à la  tragédie, à cause des mœurs rétrogrades de sa famille, il va d’aventures en aventures, vivant d’expédients, apprend peu à peu à ouvrir les yeux sur des vérités gênantes, et à choisir son camp… pour autant tout n’est pas recevable dans ce récit ; la fin me laisse dubitative. Les nombreuses références littéraires ne sont pas désagréables, ponctuant le récit de la triste vie quotidienne du héros, un peu répétitive. L’ensemble m’a plu.   Ce roman est davantage structuré que «  Boussole », qui avait aussi ses charmes. Le meilleur, pour moi, reste «  Parle leur de batailles de  rois et d’éléphants " mais je suis loin d'avoir tout lu de cet auteur !

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31 mai 2018 4 31 /05 /mai /2018 23:13

 

2017 , Gallmeister, 301 pages, 1ere publication 1996.  USA

Journal d’une jeune fille de 17 ans, Pénélope, (surnommée tantôt Nell, tantôt Pumpkin…) qui vit dans la propriété de ses parents avec sa sœur Eva (18 ans) sur une période d’un an. Les deux filles sont dans une situation critique : à 50 km de San Francisco, et 15 de Redwood, la ville la plus proche, elles vivent seules, orphelines depuis environ six mois.

Les parents sont morts l’un après l’autre et, en même temps, (comme si c’en était la métaphore), la qualité de vie aux USA s’est détériorée  à toute allure : coupures d’électricité, puis cessation complète de distribution, y compris  d’eau, et d’essence, magasins qui se vident et ferment, gens qui abandonnent leurs maisons et s’en vont à l’aventure, parfois chassés par des bandes de pillards. Une guerre (ou plusieurs) ont mis le pays KO, on ne sait trop s’il y a encore un gouvernement et ce qu’il fait… la vie se dégrade à tel point, que les gens meurent de maladie faute de médecins et de médicaments, introuvables…. Toute cette situation de science fiction reste dans le flou : guerre, épidémies, assorties de catastrophes nucléaires et naturelles localisées mais répétitives. La romancière se saisit de la dégradation de la société comme argument pour son récit, mais ne se préoccupe pas de nous expliquer le pourquoi de cette sorte de « fin du monde » : on pense au roman « la Route » de Mc Carthy ; ma lecture est lointaine, il me semble que «  La Route » avait davantage de puissance, mais il faudrait que je le relise…

Les deux filles sont restées chez elles, et se sont débrouillées ; car avant le désastre, la famille pratiquait  déjà une quasi- autarcie : loin de tout, à la lisière d’une forêt ; leurs parents avaient développé une façon spéciale de vivre : la mère avait délaissé sa carrière à la naissance du premier enfant, le père étant seul à avoir un lien social d’ailleurs modeste. Ils n’ont pas envoyé leurs filles à l’école et les ont éduquées à la maison, les jeunes de leur âge, elles les voyaient peu, et n’en fréquentaient pas  sérieusement.   C’est de l’expérience de leurs parents disparus qu’elles vont tirer leurs ressources. Il y a dans ce récit un côté « parents exemplaires, filles qui marchent sur leurs traces ».

 Apparemment cette éducation leur permet de se débrouiller plutôt mieux et différemment  des  autres …pour ce qu’elles en savent, et autrui quant il se manifeste représente une menace ou une option vaine ( le personnage d’Eli par exemple) …

La narratrice est très attachante et on s’identifie à elle ; l’intrigue progresse bien, et

La façon dont les filles  tirent parti des plus petites choses, et des situations critiques, avec courage et adresse, rendent la lecture agréable. La puissante relation sororale ajoute à l’intensité du texte. cette relation influence la fin de cette histoire; on aura l'impression que c'est la soeur qui gagne; la soeur dont les tendances schizophrènes sont renforcées par la situation

La traduction est globalement bonne, et l’original, on le sent bien, écrit avec un bon sens du suspens, des descriptions soignées, parfois inventives, bref on ne peut pas s’empêcher d’aimer ce texte, même si  dans la deuxième partie, la romancière ajoute une péripétie un peu trop romanesque, inutile, et peu convaincante.

La fin nous fait réfléchir : le retour à l’état sauvage étant impossible, le retour à la civilisation également, on se demande comment la situation pourrait évoluer. Je n'ai pas digéré que

Nell renonce à l’encyclopédie  qui la reliait au monde, c’est moche.

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13 décembre 2017 3 13 /12 /décembre /2017 09:58

 

Points, Grands romans, 804 pages.

1 ère publication 2009, actuelle en poche 2014

Trois récits en alternance : 1 ) Ivan, écrivain cubain exilé et devenu vétérinaire, raconte sa vie, et notamment sa rencontre, pas si fortuite,  de l’homme qui aimait les chiens...  Tous les protagonistes aiment les chiens dans ce récit, c'est ce qui les rapproche...et tous les personnages élèvent des " Barzoï " y compris Ramon Lopez Mercader: ce chien, un lévrier russe à poils longs, n'est pas n’importe quel chien. C'est une race qu’élevait traditionnellement la noblesse russe. Nos protagonistes, tous prolétaires, ou/ et révolutionnaires, vénèrent ces chiens... !

Yvan apprend de ce curieux homme malade accompagné de ses chiens, une incroyable histoire qu'il finira par écrire et dont nous avons le contenu dans les deux autres récits. augmenté de ses recherches sur le personnage de Trotski;  et de son vécu personnel très pénible à Cuba, dont le socialisme vieillit mal très mal.

2)  l’exil et le fuite de Trotski (Lev Davidovvitch) depuis son séjour forcé en Sibérie à Ama-Alta jusqu’à son assassinat près de Mexico le 20 août 1940 ; entre les deux les séjours en Turquie, puis en France (rapide et anxiogène) où résidait son fils, en Norvège, et au Mexique près de Frida Kalho et son compagnon Rivera entre autres.

Son travail acharné, ses écrits, son étonnement, ses remords de certaines décisions malencontreuses pour ne pas dire tragique. Les purges staliniennes sans fin, et la mort de tous ses enfants ; son effort pour regrouper ce qui lui reste de famille.

3) la vie et les œuvres de Ramon Mercader, assassin de Trotski : catalan, membre du PCE ainsi que sa mère et son frère, il devient résolument stalinien après une enfance et jeunesse chaotique. Le lent travail d’entraînement (physique et psychologique) auquel il se soumet, pour devenir agent infiltré et approcher sa victime, sous les ordres d’un certain Kotov ( qui change de nom tout le temps aussi) et de sa mère. Mercader a passé 20 ans en prison avant de rejoindre Moscou où il fut plutôt bien traité ( mieux que son mentor). Lorsque Ivan  le rencontre à Cuba, il semble avoir compris qu’on l’a manipulé et n’est plus si fier de son geste…

Un roman très bien documenté, où l’on plonge en pleine guerre civile d’Espagne, et où l’on comprend que toutes ces factions de gauche (socialiste, communistes, anarchistes, républicains, trotskistes) se faisaient la guerre entre eux , d’où comment s’étonner que Franco ait fini par gagner ?! On ressent que Mercader en se soumettant à sa mère et à son amant, n’a jamais réussi, ni cherché à être indépendant, se croyant un héros.

Le personnage de Trotski est plutôt bien vu, pas idéalisé, mais pas non plus antipathique, l’auteur a su être assez subtil. Staline apparaît comme un stratège rusé et efficace, puis comme un monstre, et aussi comme un rustre, sans culture ni éducation. Trotski aurait échoué parce qu'il  était trop intellectuel. C'est déjà l'idée qu'on s'en faisait.

Il ya tout de même beaucoup de répétitions (interminables les rencontres à Moscou entre Mercader et son mentor, qui n’avancent pas beaucoup dans le réflexion.

Un ensemble intéressant, plein d'informations sur Trotski, sur la vie à Cuba dans les très difficiles années 80, sur le lent et implacable travail pour devenir un agent infiltré, et un assassin...

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5 décembre 2017 2 05 /12 /décembre /2017 11:21

Albin Michel, 2017, 403 pages.

Henrietta vient de perdre son mari, et elle est encore toute déboussolée. Oona , sa fille, vient de se séparer de son mari, et est venue vivre chez sa mère. Lydia fille d’Oona, 15 ans, quitte un collège BCBG, dans le Vermont. Son petit ami lui a volé une photo d’elle nue et la fait circuler sur le net avec diverses variantes.

Toutes trois vont affronter leurs problèmes respectifs et améliorer leur ordinaire en s’entre aidant.

Il ya quelques invraisemblances dans cette histoire. Henrietta, et son mari tenaient à la fois une ferme et un restaurant haut de gamme (qui a périclité quelques temps avant le décès du mari). On se demande comment Henrietta pouvait élever les bêtes (dont la viande servait au restaurant), s’occuper du potager (idem pour les légumes) et du verger, toute seule ??? ça me paraît difficile d’autant que cette femme nous est présentée comme passionnée par les objets et les livres (elle était professeur dans on jeune temps) et n’a rien d’une fermière. Pour dîner, elle commande des plats indiens !

Autrefois, Henrietta , en plus de s’occuper de la ferme, a écrit un roman érotique, qu’elle envisage de republier pour éponger les nombreuses dettes contractées avec son époux. On ne sait pas trop pourquoi elle a eu besoin d’écrire ce roman, ni pourquoi son mari n’avait pas d’opinion là-dessus ???

La fille Oona , chirurgienne orthopédique, n’a pas une minute à elle, au début du roman ; puis elle semble avoir tout son temps subitement, pour s’occuper de sa mère et de sa fille.

Le papa de Lydia est franchement pénible, et les amours éphémères d’Oona avec un psy d’opérette ne tiennent pas debout !  Seule l’histoire et la personnalité de Lydia la lycéenne, entubée par son copain pervers, et malmenée par un groupe de filles dans une pension pas très honnête, a quelques cohérences. Dans l’ensemble, je me suis ennuyée, et l’auteur n’a pas su me faire avaler ses couleuvres.

Abandons : La Daronne Hannelore Cayre ( pouvait faire un bon sketch ou une courte nouvelle mais pour un roman même court, la lassitude vient vite).

Le Temps est assassin Michel Bussi.

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8 novembre 2017 3 08 /11 /novembre /2017 10:38

Laffont, Pavillons 2011 (1ere publication 1986)205 pages.

Au début de la 2 eme guerre mondiale, les Shepard père et fils se rendent dans une clinique d’optométrie au sud de Manhattan, pour tenter d’améliorer la mauvaise vue de Charles, le père. Ils n’y arriveront pas, la voiture tombe en panne dans le Queens. Bien qu’Evan, le fils soit mécanicien, il faut sonner chez les gens pour téléphoner à un garage. Ils tombent sur la famille Drake !

 Gloria est une femme de 50 ans, bavarde et esseulée, et ne veut pas laisser repartir les deux hommes. Sa fille Rachel est jolie, quoique effacée et intimidée. Phil le jeune frère de 16 ans, s’ennuie mortellement pendant les vacances, cherche un homme plus âgé à admirer... Tous trois sont subjugués par Evan, bien de sa personne, et Gloria mise sur le père. Les deux hommes se laissent plus ou moins faire. A Cold Spring, leur demeure, ils ne sont pas à la noce  avec la maman alcoolo-neurasthénique. Evan a déjà contracté un mariage,  est divorcé avec une petite fille qu’il voit toutes les semaines.

La situation s’envenime, lorsqu’Evan accepte d’épouser Rachel, et qu’ils louent une maison à Cold Spring avec la fatigante Gloria…

Ces deux familles sont très bien mises en scène avec leurs défauts, leur banalité, leurs manques divers, et assez souvent une certaine bonne volonté plus ou moins mise à mal. Le jeune Phil est presque le personnage que j’ai préféré, mais tout le monde est très bien, et cette humanité rend triste. Ces hommes qui ne pensent qu’à partir au front pour … devenir ou redevenir « des hommes » ! Ces femmes qui tournicotent dans leur logis, boivent, bavardent, perdent la tête… ! L’auteur est un admirateur de Raymond Carver et cela se sent.

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29 octobre 2017 7 29 /10 /octobre /2017 14:19

 

JC Lattès 2017, 316 pages.

Summer est la sœur du narrateur, disparue, au cours d’un pique-nique, près du lac Léman, il y a vingt-quatre ans de cela.

Le narrateur était le petit frère de 14 ans, boutonneux, sujet aux tics, qui accompagnait les quatre filles de 19 ans , Summer et ses amies. Mal à l’aise, fasciné par les cheveux, blond, bruns, dénoués comme des lianes, les bikinis et les petits shorts, les longues jambes dorées,  les rires complices et les chuchotements dont il est exclu, bien qu’elles soient gentilles avec lui… elles ont joué à cache-cache, et voilà Summer disparue !

Ces vingt-quatre ans, nous allons les vivre avec l’adolescent devenu un homme seul, qui n’a cessé de penser à sa sœur, à se demander où elle pouvait être, ce qui lui était arrivé. A ‘l’aide, de réminiscences (revivre des scènes à al fois ordinaires et énigmatiques,avec les parents, la sœur, les amies, le copain de Summer, les amis des parents, revivre des moments particuliers et les interroger, ces moment, à l’aide d’un questionnement qui fait la part belle aux métaphores filées de créatures marines, d’eaux scintillantes ou sombres, aux profondeurs pleines de secrets, de monstres et de poissons… Enfant, Summer possédait un aquarium qu’elle peuplait d’espèces particulières de poissons ; une passion qu’elle partageait avec son père.

Ce regard porté par le narrateur, observateur troublé, espion aussi, ressemble à celui des garçons dans Virgin Suicide ; difficile de ne pas évoquer ce film tant l’ambiance y ressemble.

Le garçon nous conte aussi ses expériences, un copain bizarre , une amie de Summer qui devient sa maîtresse mais ne lui révèle rien de ce qu’il veut savoir, et il la quitte, les parents toujours aussi agaçants, avec leurs non-dits,  les psys et autres sophrologues ( vraiment les pires qu’on puisse trouver apparemment…)

Il est mal parti, le mec ! Et pourtant, il va réussir, trouver ce que dans le fond il n’ignorait pas.

Il nous fait participer à cette quête, avec une écriture travaillée, il est vrai, mais pas très originale. Une rêverie aquatique, parfois un peu forcée, et d’autres métaphores plutôt sinistres (description du psy ) bref un ensemble soigné mais quelquefois à la limite du ridicule.  

Et voilà ce que ça donne :

Les profondeurs du  lac Léman, des masses sombres à la surface, monstres suffocants, imaginer l’intérieur de leur bouche chair rose

Quelquefois Summer est là, immobile sous la surface ; ses cheveux bougent dans le courant… Mais ce n’est pas elle, ce sont les algues qui ont dessiné un corps

La nuit, Summer me parle sous l’eau… Sa bouche est ouverte, palpitante, comme celle des poissons noirs. Comme un chuchotement de l’eau je suis là.

Cela a commencé il y a quatre mois…. Mon bureau de la tour USB des Eaux-vives à Genève… le jet d’eau semblait à portée de main… l’eau qui retombe en écume soyeuse , comme de la mousse , du champagne ou une gigantesque giclée de sperme.

La moquette beige, épaisse, dégageait l’odeur suave de ces produits d’entretien, dont le leu translucide évoque un ciel de printemps ou une mort hygiénique.

Le ciel translucide comme le cœur d’un dieu.

Il est tellement difficile de savoir ce qui a eu lieu, ce qui n’était qu’un rêve. Qui étions-nous ? Quelles forces souterraines habitaient nos cœurs ?

La construction du roman est bonne, les divers moments de vie qui se  superposent dans la conscience du narrateur sont présentés habilement. Les plages de rêveries sont coupées par des actions et des dialogues courts et secs, si bien qu’on se laisse entraîner.

 

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14 octobre 2017 6 14 /10 /octobre /2017 18:31

Gallimard, 2017, 485 pages titre original The Muse

Londres 1967 ; Odelle, venue de Trinidad travaille dans un magasin de chaussures ; elle en souffre car elle possède un diplôme d’enseignement supérieur et s’essaie à l’écriture. Elle souffre aussi du racisme, son origine et sa couleur de peau l’on reléguée à cet emploi subalterne qu’elle exerce depuis plusieurs années…

Sa candidature au Skelton ( une galerie d’art) est acceptée par la directrice Marjorie Quick , une femme étrange qui semble avoir des secrets. Odelle devient dactylo ; un jour un jeune homme Lawrie Scott se présente, muni d’un tableau que sa mère, récemment décédée lui a légué. La toile (une huile)  représente » d’un côté, une fille tenant la tête sans corps d’une autre fille entre ses mains, et de l’autre, un lion, assis, hésitant à bondir sur cette proie. « Le décor est pastoral jaune et vert, le ciel indigo, en arrière-plan on aperçoit un genre de petit château blanc.

Ensuite, nous sommes propulsés en 1936, en Andalousie : la famille Schloss fuyant l’Allemagne nazie s’est réfugiée dans une demeure qu’elle loue à un certain don Alfonso ; Harold le père vit du commerce de l’art, de plus en plus mal, la mère Sarah se contente d’être belle et dépressive,  la fille Olivia peint en secret.   Elle sait qu’elle a du talent, mais ne peut pas imaginer qu’en tant que femme, ses tableaux puissent intéresser.

Deux enfants naturels d’Alfonso, Isaac et Tereza leur servent de domestiques. En fait, ils sont aussi des amis de la famille. Le jeune Isaac devient communiste,  d’autant plus que  l’Espagne, dans une situation instable, va devenir franquiste…

Dès lors nous suivons en alternance les deux histoires celle de 1967, et celle de 1936 ; le tableau mystérieux, et ceux qui en sont proches  sont l’objet d’une quête et d’une enquête de la part d’Odelle.

C’est le récit de 1936 qui est le plus percutant ; et me plaît le plus. Les événements de 1967, semblent avoir été conçus pour mettre en valeur le devenir du tableau et des survivants de cette terrible époque. Il est certain qu’Odelle et Olivia sont jumelles par delà les époques et les lieux : toutes deux sont artistes et ont des difficultés à se mettre en valeur.

Pourtant  les deux histoires n’ont pas le même intérêt à mes yeux.  Surtout, je ne suis pas satisfaite du sort réservé à Marjorie Quick, et le personnage du jeune Lawrie semble bien fade.

Le roman reste intéressant dans l’ensemble, la légende de Rufina et Justa bien mise en perspective, et les protagonistes du drame andalou font un beau roman. Bien sûr je me suis demandé à quoi pouvait ressembler le tableau et ceux dont il est question dans le roman et qui ont le même sujet. En fait le tableau n’existe pas de la même manière que Miniaturiste, toutefois les tableaux dont l’auteure s’est inspirée sont très intéressants.

Voici un lien menant à un blog sur l'art , dans lequel on parle du roman de Jessie Burton, et où l'on trouve diverses peintures qui y sont rattachées : :https://americangirlsartclubinparis.com/2016/08/24/the-muse-by-jessie-burton-an-artists-view/

Tout le blog est intéressant, d'ailleurs...

 

Et  la Rufina de Vélazquez , merveilleuse…

 

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