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23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 16:39

  Non-dits0

Minuit, 2000

 

Mathilde retourne dans une ferme abandonnée sur les lieux de son enfance et adolescence, pour tirer au clair un drame qui s’y est joué, et dont on n’a jamais parlé qu’à mots couverts, que l’on n’a jamais commenté. Il s’agit d’une sale histoire.

Il y avait trois sœurs : Léa, cultivée, mélomane, a reçu de l’éducation. Camille, effacée, boude tous les jours, et Lisa, pie jacassante et haineuse, assure la conversation. Les deux dernières ne sont pas du même père que Léa mais ne veulent pas qu’on en parle.

A la mort des parents, elles se retrouvent ruinées dans un grand domaine impossible à faire fructifier.

Léa fréquente secrètement Léonce, un jeune homme cultivée comme elle. Le secret leur plaît, mais le mariage est pour bientôt. La même Léa qui semble tout commander à la maison, « arrange » un mariage entre Thomas le fils des métayers et Camille, sa sœur. Thomas a toujours jalousé cette famille de propriétaires.  Il aime bien la ferme et pense que l’on pourrait tirer quelque chose de ce bâtiment et de ses dépendances. Il croit aussi et surtout que les propriétaires ont de  l’argent.

Il se fait avoir, s’endette, remet malgré tout la ferme sur pieds, et se venge en courtisant Lisa et délaissant Camille. Il essaie même de pervertir Mathilde, progéniture de Léonce …et Lisa. Car Léonce a fréquenté Lisa pour s’amuser et l’a mise enceinte. Tandis que Léa crève de haine, et devient la vieille fille au piano.

Léonce est malheureux en ménage, et ne sait comment aimer Mathilde avec qui il parlait des grandes choses de la vie ; Lisa est jalouse de la complicité père fille. Puis le drame se produit…

 


L’histoire est racontée ne une vingtaine de chapitres, courts, monologues de quelques pages. Mathilde, Thomas, Léa, Camille, Lisa, Léonce s’y expriment à tout de rôle, trois ou quatre fois chacun.

Passé et présent se mêlent dans la tête des narrateurs. Si chacun raconte bien l’histoire de son point de vue, il n’y a pas pour autant de « voix » différentes. Des façons de dire , des rythmes, phrases, vocabulaires, propres à chacun, il y en a un peu, mais pas suffisamment. C’est d’ailleurs très difficile à obtenir….

Non-dit ; un thème important. Gisèle Fournier ose parler  de choses apparemment démodées tels que les mariages arrangés, forcés ( ça n’arrive pas que dans les « populations immigrées ») où ça n’arrange rien du tout, du conjoint qui voudrait partir et n’y réussit jamais ( Camille n’a pas de métier), de la jalousie dans le couple, de l’enfant qu’on ne désirait pas, d’un temps où l’on ne choisit pas. Elle ose parler d’argent, d’ambition, de classe sociale, de différences culturelles  rendant la compréhension impossible au sein d’une même fratrie.

Bourdieu disait : « ce qui est obscène, ce n’est plus de parler du sexe, c’est de parler du social » .L’un dépend de l’autre, on le voit ici.

Et ce récit, intelligent, attachant, lucide et écrit de façon très classique, est tout de même publié aux éditions de Minuit.

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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 18:28

Phébus, 1999. 234 pages. (Death in Summer, 1998.)

Quincunx : une grande propriété dans la campagne anglaise, où l'on vit dans une opulence discrète. Thaddeus Davenant vient de perdre sa femme victime d’un accident de vélo. Elle laisse une petite fille de quatre mois Georgina. On reçoit plusieurs jeunes filles pour un poste de baby-sitter à domicile. Pettie fait partie des concurrentes. C’est une orpheline, qui n’a plus de quoi payer sa chambre à Londres. Aucune jeune fille n’aura le poste, car Mrs Iveson, la belle-mère, tient beaucoup à s’occuper de sa petite fille, maintenant qu’elle a perdu Leticia. Mais Pettie ne s’en remet pas. Elle se croit amoureuse du maître de maison.

Son ami Albert, orphelin lui aussi, tente de la raisonner. Albert est considéré comme débile léger. Mais de tous les jeunes qui ont souffert à l’orphelinat, c’est lui le plus raisonnable, lui qui s’en tire le mieux. Pettie n’écoute pas ses conseils ; elle retourne rôder vers la propriété…

Un roman intéressant, avec pas mal de non-dits, concernant les intentions et les pensées des personnages. Une action qui s’installe doucement. Les réminiscences de Thaddeus sur son enfance, sa mère notamment, dévoilent un homme mal détaché du passé, devant faire face à un deuil au moment où tardivement, il prenait plaisir à être époux et père. Le personnage de Leticia l’épouse décédée reste assez énigmatique. La belle-mère est surprenante. En dépit d’une lenteur assez pesante,au début, le récit se révèle d’une grande justesse. Le choc de l’orpheline pauvre et sans repères, reçue par un homme aimable, dans une magnifique propriété, la vision du bébé, tout cela qui exaspère sa détresse, et précipite son malheur, est bien rendu et serre le cœur. Le drame vécu par Mrs Iveson et Thaddeus prend à la gorge. William Trevor sait fort bien installer des ambiances diversifiées, nous mener sans crier gare vers la tragédie, et brosse des portraits de personnages attachants. Les petits rôles,assez nombreux, sont très bien aussi.

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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 13:43

Gallimard, 2014, 326 pages.

Jeune employé au bureau de l’information, Thomas Foley est envoyé à l’exposition universelle de 1958 à Bruxelles, représenter la Grande Bretagne en contrôlant un pub le » Britannia ».

Habitué à du travail de bureau sans intérêt, Thomas est enchanté de l’aubaine, bien que cette embauche ne soit vraiment pas une promotion. Son univers étriqué pèse à ce gratte-papier. Marié à Sylvia, femme au foyer, essentiellement occupée du bébé qu’ils ont eu et des travaux domestiques, il s’ennuie ferme à Tooting dans la banlieue londonienne.

Il rêve de l’Atomium cet engin nouvellement construit qui semble cristalliser tous ses rêves d’aventure.

Avant de partir, Thomas est approché par deux messieurs qui lui posent des questions, sur ses opinions politiques, et sa conformité aux normes socioculturelles en vigueur. Le lecteur voit bien que ce sont des agents du renseignement mais pas Thomas, ce qui rend la chose comique.

Une fois à Bruxelles, il rencontre un Russe qui se prétend journaliste, et rencontre un compatriote, Tony, qui s’occupe de présenter une machine « Zeta » qui doit servir à fabriquer de l’énergie thermonucléaire à des fins domestiques. On place beaucoup d’espoir dans ces recherches ( qui n’ont jamais rien donné d’intéressant à l’heure actuelle). On s’inquiète vaguement des problèmes de santé que pourrait présenter les gros fumeurs. On vante les qualités d’une nouvelle pâte dentifrice « à rayure ». Dix ans plus tard l’hexachlorophène (bactéricide contenu dans les fameuses rayures) sera interdit à l’occasion de l’affaire du talc Morhange.

Au cours d’un pique-nique, on lira l’article d’un journaliste russe décrivant la vie sur terre en 2058, cent ans plus tard ! Article qui vaut son pesant d’or…

On respire une odeur d’optimisme et de foi dans le progrès qui contraste fortement avec la période actuelle où pratiquement toutes les substances (alimentaires, pharmaceutiques, domestiques, industrielles) sont suspectes ou dénoncés comme nuisibles.

On se rend compte que l’on vit une drôle d’époque. A moins que ce ne soit les années 50 qui sonnent bizarres ?

Heureux quoique souvent pris pour sous-fifre, Thomas n’a plus envie de retourner chez lui.

Ce roman ne m’a pas tellement plu. Le personnage de Thomas est un peu trop simple, et il ne lui arrive rien de palpitant. Coe nous habitué à davantage d’intrigues enlevées, de rebondissements et d’histoires cocasses.

En tant qu’espion malgré lui, il ne joue qu’un rôle très subalterne. Ses problèmes conjugaux n’évoluent pas, ses amourettes restent superficielles. Coe a voulu photographier une partie de la société de 1958, sa foi en l’avenir, ses idées toutes faites. C’est pas mal mais loin d’être aussi fouillé que par exemple « Testament à l’anglaise » pour les années Thatcher. Il y a aussi des situations comiques assez nombreuses mais toutes ne font pas mouche. Le meilleur curieusement c’est le très beau commentaire du morceau d’Arthur Honegger, Pastorale d’été, entendu dans un concert. Dans le détail, j’ai lu beaucoup de bons petits passages mais l’ensemble n’a pas réussi à m’intéresser vraiment. J’ai nettement préféré les deux précédents ( la Vie de Mr Sim et La Pluie avant qu’elle tombe).

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 15:06

2014 Gallimard, 430 pages.

De 1972 à 74 à Londres. Le MI5, les services secrets britanniques, emploie Serena, jeune femme de 21 ans, mal orientée dans ses études. La jeune femme ne fait pas de politique, n’a pas d’opinion arrêtée, et ignore tout de l’espionnage.

Ses parents l’ont contrainte à faire une licence de maths à Cambridge. Elle a eu quelques difficultés. En fait, Serena lit beaucoup de romans, d’abord pour se divertir « la lecture était un moyen de ne pas penser aux mathématiques … C’était un moyen de ne pas penser du tout ». Elle ne se passionne pas pour la belles-lettres « j’attachais peu d’importance aux thèmes ou aux phrases bien tournées, je sautais les descriptions… ll me fallait des personnages auxquels je puisse croire… je préférais qu’ils tombent amoureux ou se séparent, mais je ne leur en voulais pas trop s’ils essayaient de faire autre chose. Elle aime, avant le dénouement quelqu’un demander « veux-tu m’épouser ? »

Toutefois, elle évolue : écrit des chroniques de livres appréciées et s’intéresse à Soljenitsyne et l’Archipel du Goulag.

Jugée attirante, y compris par elle-même, elle fréquente des étudiants avec des fortunes diverses, puis un professeur de 30 ans son aîné. Ça y est, c’est l’amour !

Grâce à lui, elle est embauchée au MI5. Très mal rémunérée, mal logée, elle classe des dossiers toute la journée. Le MI5 s’attache à promotionner de jeunes écrivains, qui défendent la société capitaliste libérale, et critiquent les dictatures communistes. Comme Serena a la réputation de bien connaître la littérature contemporaine, elle est chargée d’infiltrer Tom Haley, jeune écrivain qui semble correspondre aux critères du MI5. Elle doit lui proposer une allocation pour écrire, versée par une fondation (évidemment fictive) qui lui trouve un talent prometteur.

Comme le vieil amant a disparu, Serena est avide de rencontrer Tom….

Ce récit décrit la situation politique et sociale de l’époque, du point de vue du MI5 ; le terrorisme de l’IRA y occupe une grande place, la Guerre Froide est encore active aussi. Il y a l’embargo palestinien sur l’essence, le fameux « premier choc pétrolier »: les grèves de mineurs, et d’autres groupes sociaux. La Grande Bretagne craint de manquer d’électricité et veut instaurer la semaine de trois jours. La jeune Serena qui sort tout de même de Cambridge ne touche que 14 livres la semaine en 1973, elle tire le diable par la queue ! Et dire que cette période fait partie des « Trente Glorieuses »…

Un autre thème est l’apprentissage de l’écriture par Tom Haley : ses nouvelles et son roman sont longuement racontées avec des passages cités en italique par Serena. L’écrivain en herbe revisite des grands thèmes littéraires à sa façon notamment l’Apocalypse, et le fétichisme. En réalité, la plus marquante de ces nouvelles, l’histoire de l’homme amoureux d’un mannequin, fut autrefois publiée par Mc Ewan lui-même sous le titre « Morte jouissance ». Après lecture de ces nouvelles, on s’attend à ce que Tom, le futur amour de Serena soit un type vraiment tordu… mais il va se révéler bien plus ordinaire que je ne l’avais imaginé.

le troisième thème c'est l'amour ; Serena est une héroïne sympathique mais un peu nunuche. Des clichés sur les femmes : oui elle est bonne en maths mais jusqu’à un certain point… elle pense beaucoup à l’amour, et n’est pas très ambitieuse. Elle sert de faire-valoir à deux hommes plus doués qu’elle.

La façon dont elle décrit ses différents amants (y compris Tom Haley) est très réaliste ; elle note des détails qui laisseraient penser qu’ils ne sont pas du tout excitants ! Tony Canning, tout d’abord « était très bel homme » puis l’intimité aidant « son pauvre corps nu ressemblait à une vieille chaussette éculée. Sa peau formait des plis en des endroits improbables jusque sous les bras …sous une certaine lumière Tony semblait du même jaune que les pages d’un vieux livre de poche… mais s’il me paraissait légèrement rouillé, et me rappelait parfois le vieil ours en peluche râpé de la demeure familiale, c’était un amant averti et courtois. » mais les jeunes ne sont pas très ragoûtants non plus… en dépit de cette lucidité bien venue, Serena se pâme d’amour !!

Bref, après m’être passionnée pour la première partie, brillante et ironique, j’ai été un peu déçue. Mon ennui a commencé lorsque Serena lit la troisième nouvelles de Tom, pas terrible. Résumer un seul de ses écrits (le meilleur) aurait suffi.

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 20:59

Seuil, 2014, 220 pages

En commençant ce récit, je croyais que « Bellegueule » était un patronyme inventé par l’auteur pour rendre son propos ironique ; mais il semble que ce soit là le nom véritable de sa famille qu’il a utilisé pour ce qui est tout de même une œuvre de fiction, dans la mesure où il est écrit « roman » et non « autobiographie » sur la 1ere de couverture. J’ai peine à y croire !

C’est un nom difficile à porter …

Le narrateur commence avec un chapitre intitulé « Rencontre »

Lorsqu’il entre au collège à dix ans, deux garçons plus âgés qu’il ne connaît pas, le coincent dans un couloir pour lui cracher dessus, l’insulter et le persécuter physiquement, au motif qu’il s’appelle « Bellegueule et qu’il est pédé ». A peine à l’école, il a déjà une réputation. Seul contre deux plus grands, Eddy ne peut se défendre ; il ne supplie pas qu’on arrête, et n’en parle à personne. Ce serait une humiliation supplémentaire. Le scénario se répète de nombreuses fois, et Eddy aura conscience d’une sorte de complicité avec ses bourreaux. Mais comment faire autrement ?

D’une manière générale, les enfants sont battus. Ainsi que les animaux, les femmes, et les hommes qui se battent entre eux, ivres, à la sortie du bistrot. On baigne dans un climat de violence généralisée. Les Bellegueule , comme toutes les familles alentour, sont tout en bas de l’échelle sociale. Les hommes travaillent à l’usine les femmes sont hôtesses de caisse, ou « lavent le cul des vieux ». Les familles souffrent de malnutrition, les logements sont sommaires, la chambre des enfants est séparée par un rideau de celle des parents, et ils ne sont pas discrets. Misère sociale, matérielle, on se console avec la télé, les boissons fortes, le football, la violence.

Eddy traverse ses quinze premières années à devoir se défendre dans ce monde hostile ; surtout contre les garçons et les hommes. Avec la gent masculine, impossible de discuter. Il a des échanges de propos, et des relations correctes, quoique souvent difficiles, avec sa mère (« Ma mère et ses histoires »), ses sœurs, et cette fille de son âge qu’il appelle Amélie. On saisit qu'il a toujours plus ou moins été le confident de sa mère, rôle qui favorise l'homosexualité chez les garçons.

Très tôt, avant de se rendre compte qu’il était homosexuel, Eddy, selon son entourage se comportait « comme une gonzesse ». Il a fait son possible pour le dissimuler sans y parvenir. C’est l’école, où il craignait d’aller, à cause de ses persécuteurs, qui l’a tiré d’affaire.

En effet, avoir des attitudes considérées comme ressortissant du genre féminin, n'a pas que des inconvénients.Eddy avait des aptitudes pour jouer des rôles, et fait du théâtre ; lui sur scène, ses persécuteurs ne peuvent plus le tabasser, ils sont obligés de l'applaudir. C'est par le biais du théâtre qu'il va rejoindre le lycée d'Amiens.

Le récit est parsemé de réflexions qui témoignent de la capacité aiguë de l’auteur à analyser les situations. Il a fait le choix de rendre les propos des gens en italique, dans un langage argotique familier, pour nous mettre dans l’ambiance, et, ma fois, c’est réussi.

Je regrette cette effervescence médiatique autour d’Édouard Louis qui aurait pu me détourner de son livre et contente qu’il n’en ait rien été. Pour certains lecteurs, ce livre est un règlement de comptes. Je n'en crois rien. Les lecteurs choqués ne savent tout simplement pas comment vit une partie non négligeable de la population dans les campagnes, les cités des villes dortoirs, et les quartiers défavorisés des grandes villes. Ils ignorent les méfaits de l'alcoolisme, et de la grande précarité sociale.

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 12:33

Gallimard, 243 pages

Premier roman ; l’auteur est né en 1982. Ce n’est pas vraiment un roman ; c’est surtout un témoignage.

Damien North professeur de philosophie dans une université, accusé un jour de pédopornographie. On a trouvé dans le disque dur de son ordinateur des milliers de photos de ce genre, vraiment perverses.

Damien a 45 ans, et ne fréquente plus de femme depuis qu’il a perdu sa compagne douze ans auparavant. Elle était d’ailleurs beaucoup plus âgée que lui. Il se consacre à son travail, à ses recherches, et ne s’intéresse plus guère à la sexualité. Timide, aimant la solitude attaché à son existence bien rangée avec ses rituels. Il croit qu’un virus a ramené ces photos dans l’ordinateur. Mais on n’en trouve pas. Il est arrêté, et doit plaider coupable car selon son avocat, c’est le meilleur moyen de s’en tirer à bon compte. Aussitôt la chose sue, Damien est suspecté par son frère, accusé par une étudiante à qui il n’a rien fait, mais qui lui en veut d’une mauvaise note...

Le récit de l’erreur judiciaire montre des psychiatres d’une grande bêtise, un commissaire cruel et stupide, une justice aveugle, un avocat bien intentionné mais qui donne de mauvais conseils, et la société autour s’éloignant du prévenu, l’espionnant, croyant l’avoir vu mal se conduire. La charge est impitoyable, le témoignage accablant !

Par exemple, lorsque Damien se porte volontaire pour passer des tests de psychiatrie, destiné à évaluer son degré de dangerosité. Bien qu’il réussisse à réagir selon les normes d’un homme hétéro, on le juge encore plus suspect, on l’accuse de simuler la normalité, parce que son potentiel culturel est élevé.

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 12:28

Gallimard, 121 pages.

La narratrice a onze ans. Elle apprend le français à La Plata. Nous sommes sous la dictature, en 1978. Ses parents, opposants actifs au régime, anciens compagnons du Che, ont été poursuivis. Son père est en prison, sa mère déjà réfugiée en France.

La fillette rejoint sa mère ; elles vivent dans une cité HLM au Blanc Mesnil et survivent vaillamment ; d’autres réfugiés les aident, on a procuré un emploi à la maman, pas facile et peu rémunérateur.

La fillette raconte un an de son existence ; ses lettres à son père, dans lesquelles on apprend la signification du titre Le Bleu des abeilles ( un ouvrage de Maeterlink que je ne connaissais pas) l’école où elle se fait des camarades, une semaine de vacances dans les Alpes, la langue française à laquelle elle s’accoutume plutôt bien, et qu’elle décrit de façon amusante et judicieuse.

L’auteur réussit bien à se remettre dans la peau de la fillette qu’elle fut. Elle trouve le ton juste pour parler d’un quotidien difficile à vivre mais qu’elle affronte avec calme et intelligence, dans un esprit de découverte, attentive aux épisodes de sa nouvelle vie, avide de communiquer avec les gens qui l’entourent. Car ses camarades de la cité HLM ont aussi leurs problèmes qu’elle partage pleinement.

Je lirai bien « les Passagers de l’Anna C. », dans lequel elle raconte l’expérience de ses parents au service d’une action politique combative.

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 10:06

(Small World, 1984) Rivages, 1991, 415 pages.

Ce monde est celui de quelques professeurs d’université, d’un traducteur, un romancier du mouvement « des Jeunes gens en colère », de quelques femmes de ces profs, ainsi que d’une jeune thésarde Angelika, très courtisée, cultivée et futée, qui joue des tours pendables aux plus jeunes comme aux plus âgés.

Les profs vont de colloques en congrès, poursuivant une promotion en or « la future chaire de littérature de l’UNESCO, cent mille dollars par an, et aucune charge d’enseignement ».

Le roman est une suite de saynètes humoristiques, satiriques, et l’esprit de l’auteur fait mouche la plupart du temps. Le suspense est bien orchestré. Nous suivons un grand nombre de personnages, dans des lieux et des situations qui changent tout le temps.

On est malheureux pour Persse , jeune prof irlandais enseignant à Limerick ( une très petite université où n’enseignent que trois profs) un pur catholique, veut rester chaste jusqu’au mariage( ce personnage est une parodie de Perceval le célèbre apprenti chevalier).Il est éperdument amoureux de l’insaisissable Angelika, qu’il suit jusqu’au bout du monde. Morris Zapp américain d’environ 60 ans, divorcé, est féru de structuralisme (nous sommes au milieu des années 80) tandis que son collègue Philip Swallow est résolument anti théoricien, et cœur d’artichaut. La femme divorcée de Zapp Désirée, écrit des romans à succès qui ressemblent déjà furieusement à Cinquante nuances de je ne sais quoi, tandis que le romancier Ronald Frobischer chef de file des « jeunes hommes en colère » donne du fil à retordre à son traducteur japonais lequel n’entend rien à ses jeux de mots obscènes, car il ne connaît que l’anglais classique. Il y a aussi L’étrange von Turpitz et sa main éternellement gantée de noir, le Turc Abkil plutôt mal loti dans son HLM en ruine, Fulvia Morgana une prof très vicieuse, très riche, et très gauchiste, le dépressif Dempsey, qui a élu psy un ordinateur, Rodney Wainwright qui n’arrive pas à dépasser la troisième page du texte qu’il doit présenter en conférence, une hôtesse de l’air très fleur bleue, une stripteaseuse et plein d’autres personnages amusants.

un classique de la littérature satirique...

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 17:47

Actes-sud, 772 pages.

Au soir de sa vie, vers 2003, à Barcelone, sa ville natale où il réside, Adria confie un manuscrit à son ami Bernat. Ce manuscrit, c’est le récit que nous lisons.

Adria Ardevol y raconte sa vie, celle de son père, et le destin d’un violon de grande valeur, depuis l’homme qui a récolté au 17 ème siècle le bois dont il fut fait, jusqu’à son ultime changement de propriétaire, en passant par les diverses transactions, souvent scélérates voire sanglantes, qui le firent passer de main en main.

Le destin du violon permet de traverser plusieurs périodes de l’histoire, un atelier de luthier, des monastères pendant l’Inquisition, les camps d’Auschwitz et leurs chefs nazis… et, bien sûr la maison familiale des Ardevol …

Adria vécut une enfance plutôt malheureuse, en dépit de son don pour les langues, et des ambitions de ses parents à son égard. Sa mère veut faire de lui un musicien violoniste, son père un érudit. Le couple ne s’entend pas, et n’aime pas l’enfant qui leur rappelle l’échec de leur mariage. Après le décès prématuré de son père, Adria va découvrir que ce tyran domestique, était aussi un délinquant notoire.

Le narrateur s’adresse à Sara, la femme qu’il a toujours aimée, ou à son ami Bernat, et puis glisse de la première à la troisième personne du singulier pour se désigner. De même, il passe sans transition apparente d’un récit à l’autre, son enfance, à la fuite de Jaschiam, bûcheron en Italie du Nord après qu’il eut vengé un acte scélérat, la vie estudiantine de son père à Rome, l’Inquisition, la barbarie nazie, d’autres époques de sa propre vie… parfois, il s’interrompt au cours d’une phrase ou d’un mot, pour revenir à un autre récit, ou , lors d’un dialogue au style direct, les interlocuteurs changent subitement d’identité et de propos, nous entrons dans un autre récit. Cependant, passant d’un récit à l’autre, le narrateur ne change ni de ton, ni de rythme, seul le langage peut changer, mais assez peu. Adria est atteint d’un Alzheimer ce qui doit expliquer qu’il manifeste un certain éparpillement dans son exposé. On doit penser qu’ayant brusquement oublié la suite de ce qu’il veut dire, il se lance dans un autre récit. Bien sûr, les alternances d’un récit à l’autre sont parfaitement orchestrées, et autorisent une lecture variée .

Les récits sont en nombre réduits, il y a pas mal de répétitions comme des leitmotivs, et l’on a tôt fait de se repérer. Si l’on hésite, l’auteur a prévu une nomenclature des personnages principaux et des personnages particuliers de chaque histoire, à la fin du roman.

On sait gré au narrateur de ne pas s’être contenté de raconter sa vie, et d’avoir évoqué plusieurs périodes sombres de l’histoire, grâce au violon qui sert de fil conducteur. Cela donne de l’ampleur au roman ; ou plutôt cela devrait en donner, mais la réussite n’est pas flagrante. Je me suis lassée assez vite, et ai passé un bon nombre de pages, à partir du milieu. Cela est dû au fait que les propos les plus intéressants sont déjà formulés au terme d’à peu près 300 pages, et qu’au-delà, Adria se répète avec monotonie, quelque soit le récit. D’autre part les dialogues au style direct sont interminables, et ne font avancer que très lentement le processus de pensée ou d’action.

Ainsi j'ai bien aimé le climat de l'enfance d'Adria, les personnages fictifs qu'il s'invente pour tenir le coup, ses discussions avec son père à propos de l'intérêt des objets , comment les apprécier sans fétichiser. Le travail du bois, la confection de l'instrument. l'Inquisiti, le Franquisme, le nazisme sont des passages obligés.

Les histoires d'amour des récits ont en revanche toutes très ennuyeuses, et toutes les hésitations d'Adria et Bernat sur dois-je ou non continuer telle discipline, suis-je ou non romancier, bon ou mauvais musicien, leurs interminables atermoiements, vraiment pénibles.

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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 20:31

Philippe Rey, 563 pages.

Mudwoman est un surnom ironique, pour une femme ayant connu un destin hors norme. Chaque titre de chapitre reprend ce surnom ( Mudgirl pour l’enfance et adolescence) suivi d’un fait particulier « Mudgirl sauvée par le Roi des Corbeaux » ; « Mudwoman fait une découverte »…

Ces entrées en matière font penser à un roman feuilleton, dans lequel l’héroïne de livrerait à certaines prouesses, vivrait des aventures exceptionnelles, ou encore à certains récits réservés aux enfants.

En fait si l’histoire de « Mudwoman » est par certain côtés extraordinaire, elle est aussi désolante et semée d’échecs, et se déroule tantôt dans un imaginaire horrifique qu’il lui plaît de reconstituer, tantôt dans une enfance fangeuse, tantôt dans le monde de tous les jours, rationnel et pas moins impitoyable.

Maltraitée par une mère aliénée, qui cherche à la noyer dans un marécage (elle converse avec Dieu et lui dit "Je Te la rend" en jetant la gamine dans la boue) la fillette est sauvée tout de même. Comme dans la Bible, Isaac ne fut pas sacrifié, physiquement en tout cas.

Comme dans bien des légendes, les êtres humains sont nés de la boue ( on dit aussi le limon), la petite Jedina subit une deuxième naissance ; elle se renomme elle-même Jewell ( c’est le nom de sa sœur qu'elle espère mieux traitée... et puis Jewell fait signe à Jewel, objet précieux).

Elle deviendra pour l’état civil « Meredith Ruth Neukirchen « . Le couple qui l’a adoptée, lui garantit une existence à l’abri du besoin et lui donne de l’affection. Mais Meredith découvre qu’elle ne fait que compenser la perte de leur enfant morte quelques années auparavant, et qu'il est interdit de parler du passé. " C'est Dieu qui t'a donné à nous" lui répète sa mère adoptive.

De fil en aiguille, l’héroïne est devenue M.R. Neukirchen, enseignante dans l'enseignement supérieur, puis présidente d’une grande université. Dieu est absent à présent... Nous voilà en 2002, et elle doit prononcer son discours d’inauguration, mais au même moment elle se sent attirée par cette rivière marécageuse où se fit autrefois son terrible baptême, et s’égare dans ces contrées aux paysages tout de même magnifiques. Chaque fois qu’une responsabilité lui incombe concernant ses nouvelles fonctions, elle retourne à son enfance, se voit couverte de boue, recherche des vestiges du passé, ou s’invente une aventure incroyable, par le biais du rêve. Le lecteur a envie de croire à certaine de ces aventures (par exemple Mudwoman In extremis, digne d’un fabuleux thriller). Si seulement cet épisode avait vraiment eu lieu!

En fait Mudwoman rêve d'agression et de viol ( le thème est omniprésent dans tous les romans de Oates...) et dans la vie, elle cherche à se trouver en mauvaise posture.

L’idée de l’auteur, est visiblement de jongler entre le mythe, le roman de formation, et la critique sociale (concernant les infâmes collègues de travail de MR, conservateurs, misogynes, négationnistes, et la situation troublée des USA sur fond de guerre d’Irak). Tout cela est très bien conçu… pourtant je n’ai pas tellement aimé le roman et j'ai même failli le lâcher plusieurs fois.

L’enfance et l’adolescence m’ont plu , ainsi que certaines des divagations de l’héroïne, les descriptions de paysage, son mal-être dans une certaine mesure, mais je n’arrive pas à croire à Mudwoman présidente d’université, cela semble plaqué sur le reste. Je ne crois pas non plus à sa vie sentimentale avec un astronome amant secret, ces évocations m’ont irritée au plus haut point. On ne croit même pas à Mudwoman diplômée de philosophie, malgré, (surtout) la présence de quelques citations et réflexions sans grande portée.

Il y a dans le roman trop de répétitions ( de propos peu intéressant pour l'histoire) et les monologues de Mudwoman sont souvent très affectés, les artifices employés par l'auteur ne me semblent pas convenir aux situations. Donc, ce qu'il y a de bon dans le récit est gâté par un certain maniérisme.

Il me semble que ce roman est un peu surestimé par la critique.

Je n'avais pas non plus tellement aimé " Petit oiseau du ciel" pour d'autres raisons, et je ne pense la lire une nouvelle fois cette année.

Voir l'avis de Keisha ( pas convaincue non plus).

De Claudialucia ( très positif).

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