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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 08:47

Gallimard, 2013, 310 pages.

En Inde, dans la petite ville de Kovalam, sud du pays, se déroule un festival culturel organisé par l’Alliance Française. La maîtresse de cérémonie c’est Géraldine, une jeune femme d’origine bretonne, qui a épousé un Indien musulman (ce qui ne lui pose aucun problème religieux!). Les participants sont Charlotte, française installée à New-York, réalisatrice d’un film sur elle et sa meilleure amie, dont elle pleure le récent décès. Il y a aussi Roland, auteur d’essais pseudo-philosophiques, sexagénaire venu avec sa très jeune amie italienne Renata , sa énième compagne . Et il y a Raphaël Eleuthère (serait-il Grec ?) un romancier genre « beau ténébreux », qui plaît aux femmes et les déconcerte par ses manières brusques, imprévisibles, bizarres.

Chacun d’entre eux va essayer de promouvoir son œuvre à l’occasion du festival, et Géraldine l’animatrice va tenter de faire valoir ses qualités propres. Hélas, Géraldine se distingue par son impréparation, Roland perd des places au classement du Nouvel Obs, Charlotte ne peut pas visionner son film, et Raphaël endort les quelques auditeurs avec ses dissertations. Heureusement Cupidon et ses flèches redynamisent l’atmosphère !

Ce roman est très classique dans sa forme, sans ambition stylistique, on le lit pour l’intrigue, espérant qu’elle soit intelligente et bien menée.

Les problèmes amoureux des participants sont agréables à suivre, quoique sans originalité. On pourrait déceler de la critique sociale dans le déroulement de cette manifestation culturelle coûteuse et qui ne sert pas à grand-chose et où finalement tout le monde s’ennuie, ce qui a pour résultat d’attiser les passions… les errements des personnages dans les environs de Kovalam et Delhi constituent une promenade touristique un peu cliché mais pas caricaturale. Les récits des enfances et vies des personnages ennuient un peu, mais dans l’ensemble on se laisse entraîner sans déplaisir.

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 09:51

Minuit, 2013, 169 pages.

Je n’avais pas lu JP Toussaint depuis longtemps, quelques relectures mises à part. Je me méfiais de ses histoires de Marie, supputant que son humour très particulier lui faisait faux bond dans ce type d’entreprise.

Et me voilà tout de même suivant Marie, artiste spécialiste de la haute couture, et désirant s’investir »en marge de la mode, sur un terrain expérimental proche des expériences les plus radicales de l’art contemporain.

C’est donc la fameuse robe de miel ! on pense vaguement aux robes de Peau d’âne couleur de Temps, de Lune etc. Mais pas du tout !c’est une robe de haute couture sans couture il s’agit de tartiner (d’enrober si on veut) une pauvre fille de la substance en question sur certaines parties du corps (les autres seront poudrées) et la faire suivre par un essaim d’abeilles au son d’une certaine musique électronique.

Le spectacle est parfaitement réussi « le top-modèle martyr entouré de multiples figures de douleur figées, les visages européens, asiatiques, interdits, ralentis, arrêtés, comme dans une vidéo de Bill Viola… » Et même au –delà de ce que l’on avait espéré, puisqu’il y a de l’imprévu parfaitement assumé par Marie.

Des vidéos de ce Bill Viola, on peut en regarder une ou deux pour se mettre dans l’ambiance…c’est plus fantomatique, plus étrange que le tableau qu’on imagine, mais tout dépend aussi de l’éclairage.

Après ce prologue violent, axé humour noir, qui vérifie le vieux proverbe « Honey soit qui miel y pense », c’est la relation amoureuse du narrateur avec Marie qui prend le relai : les partenaires sont séparés, bien que toujours ensemble, c’est à ce prix que dure la relation. En effet, Marie absente, le narrateur attend son appel téléphonique en rêvant d’elle, et autour d’elle, se construisant des fantasmes, jouissant en quelque sorte de cette pause dans la relation, suspendue, mais laissant la possibilité d’une reprise.

Le portrait qui est fait de Marie, n'est pas d'abord celui d'une femme particulière, mais un ensemble de traits :femme d'affaire, artiste très tendance avec goût pour le sadisme, élégance de la mise, nue ou pas, dispositions d'harmonie avec le monde (elle se fond bien dans le décor, on pense à des femmes de Julien Gracq), un ensemble composite, d'où émerge de temps à autre, une femme quasi "normale" avec des problèmes et des attitudes sans surprise.

De Tokyo à l’île d’Elbe, d’un vernissage auquel le narrateur assiste en voyeur, à une suite d’incendies dans une Toscane automnale guère plus gaie que la place Saint-Supplice, d’un cimetière lugubre à un hôtel sans chauffage, Marie et son compagnon se refont une santé. On est content de voir que l’amoureux narrateur supporte aussi bien la présence de Marie que son absence, et continue à la rêver esthétiquement, sans oublier la réalité concrète.

On leur souhaite tout le bonheur possible !

Certaines situations ont ce même potentiel d'étrangeté et d'absurde qu'autrefois, mais dans l'ensemble, l'amoureux narrateur a changé de ton.

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 18:35

Rivages-Poche, 233 pages.

Roman de 1965.

Un jeune couple marié et viscéralement catholique, au point que, si instruits et bien éduqués soient-ils, ils suivent à la lettre les principes de l’église, et ne s’autorisent aucune contraception, même pas le préservatif, s’en remettant à la méthode des « températures ». Plus sérieuse qu’Ogino, celle-ci consiste pour la femme à noter sa température tous les matins au réveil, sur des feuilles comme pour les malades. Au moment de l’ovulation, il y a une hausse de quelques centigrades, et au bout de trois jours de hausse, ils peuvent avoir des rapports jusqu’aux menstrues. En dehors de cela, ils pratiquent l’abstinence (ils pourraient au moins utiliser des préservatifs…). Bref, ils s’imposent un régime sévère, et ne réussissent pas à tenir. D’où le fait que trois enfants sont déjà nés depuis le mariage. Barbara craint d’être encore enceinte, ce matin-là. Adam, son époux fait une thèse sur la phrase longue dans les romans de DH Lawrence (Des romans où le sexe joue un grand rôle justement!).

Ce récit narre la journée d’Adam, laquelle ne devrait pas être pleine de péripéties, car il la passe à travailler dans la salle de lecture du British Museum. Mais justement ce jour-là, sera riche en événements curieux, souvent loufoques. Adam va rencontrer un Américain, venu dans l’espoir d’acheter le British Museum, Et aussi trois mystérieux Chinois venus à sa table de lecture , mais pourquoi donc? At cause d’un quiproquo au téléphone (qui n’’est pas sans rappeler le « 22 à Asnières ») , de fausses informations circulent. On craint le pire pour cette vénérable institution. Adam aura de gros problèmes administratifs. Il va aussi se rendre chez une dame pour obtenir des inédits d’un très mauvais et très catholique auteur. Cet épisode est d'ailleurs le plus réussi...

Dans l’ensemble, c’est divertissant, les effets comiques recherchés font mouche.

On n’arrive pourtant pas très bien à croire que ce jeune couple ne veuille pas du tout de contraception, alors qu’ils ne semblent pas inhibés sexuellement. Ces deux attitudes ne vont pas ensemble. On regrette aussi que Barbara doive se contenter d’être une mère au foyer, sans autres occupations.

Dans sa préface, Lodge prévient qu’il a glissé un certains nombre de passages parodiques « A la manière de » dans son récit. Il fait bien de le dire, car je n’aurais rien soupçonné. A part le monologue de Barbara imité de celui de Molly, très reconnaissable, les autres sont discrets.

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 17:38

Actes-sud, 2013, 347 pages.

Scénariste en fin de vie, Milo, allongé sur un lit d’hôpital rêve ce que fut sa vie et celles de ses proches.

Cela prend donc la forme d’un scénario-roman, qui suit alternativement Milo, demi-indien devenu Québécois puis Brésilien d’adoption, depuis son enfance chaotique, jusqu’à son état actuel, mais aussi son grand-père Neil Noirlac, irlandais , rêvant de devenir écrivain, admirateur de Yeats, pris dans la tourmente de la guerre entre les deux Irlande et les Anglais, puis contraint à l’exil. Le troisième personnage Awinita fut la mère de Milo, Indienne Crie, prostituée et ses efforts pour en sortir.

Le narrateur introduit dans le roman son ami Paul Schwarz, metteur en scène, pour que le récit que nous lisons prenne l’apparence des prémices d’un éventuel long métrage. « Coécrit par Milo Noirlac et Paul Schwarz et produit par Blackout film ». Sombre programme !!

En tant que cinéaste, il intervient pour commenter le récit, indiquer si c’est un plan ou une séquence, les changements de point de vue et les ruptures « on coupe » ou les fondus , au noir le plus souvent, puisque le noir est la couleur dominante, indiquée dans le titre, le nom d’un personnage, et les humeurs de Milo son « noir du noir ». Le récit est « noir » aussi, on s’en rend compte soit très douloureux et avec peu de bonheur. Le fameux « on coupe » est à double sens et ces moments de ruptures scandent les récits à bon escient. Tout cela au rythme d’une danse brésilienne, la capoeira, dont les différentes figures donnent aux chapitres leurs noms.

Dans l’ensemble, Nancy Huston reste fidèle aux techniques de narration qu’elle affectionne et qui lui réussissent – parfois très bien- depuis les « Variations Goldberg », à savoir le monologue intérieur, le dialogue au style direct, une oralité maîtrisée exprimant des sentiments vifs que l’on ressent « à fleur de peau »mais non sans humour… évidemment noir !

Ici elle mélange de façon savoureuse plusieurs langages, le français du Québec, l’anglais canadien familier, avec parfois un peu d’allemand, des extraits de poèmes (Yeats et Shakespeare en particulier) le français écrit, et celui en phrases courtes et sans verbes du récit scénaristique. Cette forme de roman-scénario convient bien au talent particulier de l’auteur : les récits de vie des trois personnages mettent en scène des époques, moments d’Histoire, lieux et situations personnelles très variées. On aime particulièrement le « nous », appliqué au vécu douloureux d’Awinita, et l’histoire de Neil (la plus intéressante des trois).

Ce récit est ambitieux et dans l’ensemble très réussi, quoique un peu bavard. On ne « coupe » peut-être pas assez ?

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 16:46

Seuil (Fiction et Cie) 2013, 330 pages.

Peu après la mort de Louis XIV, le Régent Philippe d’Orléans prend un bain et la décision de marier le futur Louis XV alors âgé de 11 ans avec la petite infante Anna Maria Victoria fille du Roi d’Espagne ; afin que les deux pays persévèrent dans leur bonne entente, et surtout parce que l’infante n’a que 4 ans et ne risque pas d’avoir un héritier de sitôt. Or Philippe espère régner ; son neveu l’ayant toujours écarté du pouvoir et des grandes décisions. Pour que le marché soit équitable, il donnera sa plus jeune fille âgée de douze ans à l’héritier du trône d’Espagne Luis, encore adolescent.

Le récit raconte l’histoire de cette transaction, le déroulement de ces mariages arrangés, en s’attachant aux destinées des deux princesses : la petite Marie Anne Victoire, venue d’Espagne avec ses poupées et sa nourrice, charmant toute la cour, en espérant toujours être aimée de Louis, et Louise-Elisabeth d’Orléans parachutée à la cour d’Espagne avec pour nouvelle famille une belle-mère tyrannique, un beau-père voyeur et un jeune époux niais et tremblant.

Les portraits des deux fillettes, leur façon de s’accommoder (ou pas) de ce qu’on attend d’elles, sont saisissants de vérité. On découvre que l’on peut à la fois être une princesse et « un paquet de linge sale ». Que la gloire et la déchéance peuvent survenir dans la prime enfance. Les second rôles sont nombreux et tous intéressants. On aime surtout la Princesse Palatine (Elisabeth Charlotte de Bavière) une femme vraiment exceptionnelle qui mériterait un roman pour elle seule. Un autre personnage écrivain, le Duc de Saint-Simon, n’a pas ici le beau rôle, il serait plutôt vu à travers ses ridicules.

Réalisme cru, poésie et humour noir se mêlent avec bonheur dans ces descriptions des familles princières et de leurs intérêts : goût ou horreur du pouvoir, hypocrisies et flatteries, des travers que l’on connaît bien, mais si bien mis en scène, qu’on dévore ce roman intelligent et sensible d’une seule traite.

Voir aussi de Chantal Thomas les Adieux à la Reine .

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 18:32

1971

Vienne ; rue de Hongrie ; café Landtmann ; Au vieux Denier ; Wiener Wald ; Kahlenberg ; le magnolia du Parc municipal ; Malina (rencontres manquées, graves malentendus ; rêvasseries idiotes) ; Béla Andras( enfants de Malina) ; Yvan ; le Pont de la Glan ; la Promenade du lac ; un bouquet de lis Martagon....

 

La narratrice évoque son compagnon Malina et son amant Yvan. Elle est coincée entre les deux. Ils vivent dans la même rue à Vienne (rue de Hongrie) et ça ne lui est pas difficile de se rendre chez son amant. Malina fait un travail intellectuel, Yvan est ingénieur et hongrois. On croit comprendre qu’elle a pris un amant pour avoir une vie personnelle secrète, mais l’identité de cet homme ne semble pas compter. Elle ne parle ni de l’un ni de l’autre comme si elle en était amoureuse. Il n’est pas question non plus d’attirance sexuelle (ni avec l’un ni avec l’autre). Mais peut-être n’ai-je pas compris…Ce qu’elle nomme le Bonheur (chapitre 2) soit ses rencontres avec Yvan, restent désenchantées, elle parle beaucoup de petits détails malheureux qui plombent les atmosphères… qui font l’effet de petits cailloux coupants blessant le pied, et gâchant le cheminement, dans une chaussure pourtant seyante.

Pour décrire son existence avec Malina,(pourquoi Malina ? pourquoi un nom à consonances féminine ?) elle invente des conversations courtes au style direct qui montrent qu’ils ne s’entendent pas trop bien. Mais pourquoi, je n’en sais rien. Avec Yvan, ça cloche aussi. Vers la fin du récit, on dirait que la liaison s’achève et qu’elle pense à se suicider. Mais rien n’est sûr, car tout le long du récit, elle est également contrariée. On dirait aussi que Malina sait qu’elle voit quelqu’un d’autre, mais son attitude est ambiguë.

Le récit se veut poétique avant tout ( Ingeborg Bachmann est célèbre pour sa poésie, et Malina est son seul roman). Le style « monologue intérieur », la façon primesautière, mélancolique, et sans transition visible de passer d’une idée, d’une métaphore, d’une constatation à l’autre, peuvent faire penser à Virginia Woolf.

Un ensemble qui me laisse dubitative. Je n’ai pas compris grand-chose ! je sais bien qu’Ingeborg Bachmann eut une liaison malheureuse avec Paul Celan( j’ai lu des extraits de cette correspondance) et une liaison différente avec Max Frisch. Cela ne m’aide en rien à saisir de ce texte la substantifique moelle… Si quelqu'un peut m'aider...

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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 16:54

L’Olivier, 153 pages.

Emma a envoyé Tristan à la chasse. Ils ont emménagé dans un petit village et Tristan doit s’intégrer. Le voilà donc parti avec trois acolytes pour complaire à Emma, qui le veut chasseur et viril, sinon rien. Tristan a du mal à jouer le jeu avec les trois types plus âgés que lui, dont il ne comprend pas les manières brutales, et n’aime pas le langage grossier. Le rituel de la chasse lui semble complexe. Il a tiré un lapin et l’a vite fourré dans sa gibecière. Le lapin vit encore et même s’exprime, poursuit une conversation secrète avec Tristan ; ils discutent des différences entre animaux et humains. Avec ses compagnons, en revanche c’est de plus en plus difficile… Voilà que Dumestre, le plus agressif tombe dans un trou. Les autres partent chercher du secours, et Tristan reste près de l’orifice. Il tente de communiquer avec le blessé …

On peut dire de ce texte, à l’allure de fable plus ou moins philosophique, qu’il est bien écrit, et pourtant le style m’agace. Le parti pris est celui du monologue intérieur à la troisième personne, qui va avec souplesse et fluidité de Tristan au lapin, et à un troisième individu, Farnèse. Des phrases courtes et quelques bonheurs d’expression. L’intrigue est plutôt relâchée, le vécu de certains personnages (la maman de Tristan, le nommé Farnèse, Emma…) est peu crédible parce que trop outré. Mais c’est une fable et l’on ne peut pas demander à une fable d’être réaliste. Sauf que je suis en peine de trouver la moralité, ni ce qu’a voulu dire l’auteur.

Extrait « Me pendre, oui, très simplement, pour arrêter ce que je n’ai pas le moyen d’arrêter autrement. Me pendre pour me punir (à ces mots, un afflux de sang au ventre, à la tête, la transe du soulagement, la danse de la culpabilité vaincue), hum, comme ce serait bon d’être bonne. Mais cela ne dure pas. La punition ne saurait laver l’injure, ni faire disparaître la souillure ».

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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 13:34

Calmann Lévy, 1999

Titre original : A Sight for Sore-Eyes (un régal pour les yeux)

En 1965, Harriet et Mark ont été portraiturés par le peintre Simon Alpheton ; ils posent en amoureux devant la luxueuse maison londonienne de Mark « Orcadia Place » ; la vigne vierge bien verte fait ressortir la chevelure auburn de Harriet.

Le tableau connaît une certaine célébrité ; c’est lui que l’on revoit à la Tate Gallery lors d’un vernissage quelque trente ans plus tard. A ce moment, Harriet, devenue quinquagénaire, a regagné Orcadia Place après bien des pérégrinations ; non loin du tableau, se trouve exposé le miroir réalisé par Teddy, (qui va bientôt se retrouver à Orcadia Place, vous verrez comment).

Partons maintenant à Neasden, dans la grande banlieue Nord Ouest où Teddy tente de cohabiter avec son oncle . Issu d’un milieu modeste, et de parents affectivement déficients, il n’en est pas moins, aux Arts Décoratifs, un élève talentueux ; Son miroir a obtenu un prix mérité. Timide et mal à l’aise, le garçon est ébloui par Francine, une admiratrice en robe blanche, mince et pâle aux longs cheveux noirs. Avant, Teddy ne s’est jamais intéressé à un être humain. Ce sont les objets, les beaux objets, qui le passionnent. Mais Francine est-elle pour lui autre chose qu’un objet ?

Un roman psychologique au suspense bien orchestré, deux jeunes gens qui vont se fréquenter alors que rien ne les rapproche « Et Teddy est-ce qu’elle l’aimait bien ? D’expérience et en vertu d’un savoir qui n’était pas de son âge, elle se dit que si elle avait eu de quoi s’occuper l’esprit, beaucoup d’amis, des centres d’intérêts et un vrai travail, elle l’aurait oublié du jour au lendemain. Mais elle ne possédait rien de tout ça, elle n’avait qu’un vide qu’il était à même de remplir », de l’ironie, un réalisme féroce, un soin méticuleux à décrire les lieux, les objets, et les faits, et le crime est au rendez-vous …

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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 19:22

Christian Bourgois, 213.

Publié en 1987 sous le titre « Las Fantasmas »

A Buenos Aires, un immeuble en construction. Un bâtiment pour riches propriétaires, six étages, un appartement par étage. Une piscine au dernier étage. Elle est encore vide. Les appartements manquent en partie de cloisons. Un trou préfigure l’ascenseur. Les escaliers n’ont pas de rampe.

Au dernier étage, vit une famille de Chiliens, les Vinas, un couple avec cinq enfants jeunes et une grande fille de 15 ans, Patri (Patricia). La famille est très pauvre et vit sans aucun confort. Aucun appareil ménager, pas même de frigo ou de lave-linge ne vient soulager Elisa la maîtresse de maison.

Nous sommes le 31décembre, on va fêter la nouvelle année et il fait une chaleur caniculaire. Au sixième étage, c’est pire évidemment.

Les ouvriers du chantier, ainsi que la famille Vinas, y compris les sœurs, et les cousins voient des fantômes à toute heure du jour, dans l’immeuble en construction. Les esprits apparaissent sous la forme d’hommes nus, pâles et couverts d’une substance plâtreuse. Ils naissent dans les endroits les plus invraisemblables. Ils semblent facétieux et serviables ; capables de refroidir une bouteille de vin et d’en améliorer le contenu par exemple si on place une bouteille entre leur main. Ils sont toujours nus et cela pourrait gêner mais nul ne semble en souffrir.

On se doute que ces personnages sont avant tout symboliques ; il n’empêche que c’est déconcertant, non qu’il y ait des fantômes, mais que nul ne s’en étonne, ni ne les craigne.

Elisa la maîtresse de maison, lave les vêtements de la famille avec de l’eau de Javel : cela déteint les vêtements et les abîme. Ce détail m’a attristée, comme si je la connaissais, et je ne sais d’ailleurs pas quelle signification accorder à cela. Imaginer ces personnes arborant tous les jours des vêtements sans couleur….

La journée avance; les ouvriers partent ; les Vinas attendent le reste de la famille pour fêter la Noël sur la terrasse de leur dernier étage. Patri, l’adolescente, vers le crépuscule, voit les fantômes d’une autre façon (comme des hommes) et voilà qu’ils lui adressent la parole…

Le récit, comme la plupart de ceux de l’auteur, présente une situation et des personnages réalistes, avec des détails très précis, et y ajoute une dimension qu’on peut admettre comme surnaturelle (ou non, c’est au choix). Fantasma signifie fantôme aussi bien que fantasme.

L’ensemble se veut un conte philosophique, portant sur les questions fondamentales (l’art, la vie, le rôle de l’art, la destinée) tout cela à travers le vécu d’une adolescente désenchantée, ressentant le « non-construit » de l’immeuble inachevé (trou pour l’ascenseur, cloisons absentes, ouvertures sur le vide, courants d’air, singularités des ombres) comme des insuffisances personnelles.

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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 17:15

titre original : Zommerhuis met zwembad ; 2011.

Belfond, 2013, 437 pages, traduit par Isabelle Rosselin.

Marc Schlosser, médecin généraliste, est accusé d’avoir causé le décès d’un de ses patients, Ralph Meier, acteur de théâtre jouissant d’une certaine notoriété.

Narrateur de l’histoire, Marc nous raconte comment sa famille et lui en sont venus à fréquenter Ralph davantage qu’ils ne l’auraient voulu, ce qui l’a conduit à des actes regrettables...

Non, Marc ne voulait pas passer des vacances avec Ralph, dragueur, fêtard, tonitruant, qu’il déteste tout en l’enviant. Il ne voulait pas de cette ambiance, de mœurs quelque peu relâchés, pour sa femme et ses filles. Mais, comment rencontrer Judith la femme de Ralph, sans passer quelques jours dans leur propriété ?...

Au départ, Marc n’aime pas sa vie.

Il n’aime pas son métier : le généraliste qu’il est se sent supérieur à ses confrères, même les spécialistes, mais il reste incompris, le pauvre. Il ne supporte pas ses patients, les trouve laids, sales, hypocondriaques, bavards ou stupides. Ses patients sont pour la plupart des « artistes », soit de vrais artistes, soit des animateurs de télé, starlettes, mannequins, et autres divertisseurs de public. C’est qu’il prescrit volontiers des substances dopantes sans restriction. Il se justifie de cela et d’autres actes en nous livrant ses idées sur l’existence héritées d’un professeur de biologie, lequel, à force de vouloir démontrer que ladite biologie gouverne entièrement les humains comme les animaux, en tire des principes moraux fort discutables, déjà défendus par le narrateur du roman précédent ( le Dîner) mais le docteur Schlosser( ô miracle !), éprouve encore quelques scrupules que l’autre n’avait pas, des scrupules que l’on voit s’amenuiser petit à petit tout au long du récit…

L’auteur s’est mis dans la peau d’un médecin ; un toubib que le corps de ses patients dégoûte, d’où quelques passages assez crus, quelques uns comiques tout de même, de la verve. Le personnage est plus complexe que celui du «Dîner » : bien que détestable dans l’ensemble, il lui arrive de dire des choses étonnamment justes, au moment où l’on s’y attend le moins. Le récit des fameuses vacances est parfaitement conduit avec beaucoup de suspense, parce que Marc cherche à interpréter tout ce qu’il voit, tantôt de mauvaise foi, tantôt naïf, tantôt lucide.

Un second roman encore une fois réussi.

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