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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 00:17

Belfond, 2011, 467 pages.

Titre original : The Slap, 2008.

C’est un roman australien, d’un romancier d’origine grecque, conseillé par Manu, (dont on a tiré une série pour la TV que je n’ai pas vue) où s’expriment plusieurs personnages chacun faisant l’objet d’un chapitre.

Tous étaient présents au barbecue organisé chez Hector et Aisha, et tous ont été témoins de la fameuse gifle donnée par Harry, le cousin d’Hector, à Hugo, petit garçon de trois ans insupportable, brise-fer, agressif, affecté d’un père frustré et porté sur la bouteille, et d’une maman-poule qui l’allaite encore à la demande…

Cette gifle divise les protagonistes : deux camps se sont formés, ceux qui donnent raison à Harry, ou du moins excusent sa conduite, et ceux qui soutiennent les parents qui ont porté plainte, et ne veulent plus rien savoir de Harry. Les discussions sur la gifle engendrent des querelles entre les couples ( le couple qui a porté plainte, celui de Harry qui est accusé, les organisateur s du barbecue, et les parents d’Hector ) ; mais la gifle divise aussi trois amies intimes, une lycéenne et sa tante et derrière ces dissensions à propos de châtiment corporel, éclatent d’autres conflits jusque là laissés dans l’ombre…

En suivant chaque personnage de son point de vue, L’auteur raconte sa vie à la troisième personne, informe de ses pensées entre guillemets, et fait avancer l’intrigue qui va durer plusieurs mois. A travers Hector, Anouk, Harry, Connie, Manolis, Rosie, Aisha, et Richie, se dessine le portrait d’une société d’âges divers ( de dix-huit à 70 ans) de classes sociales et culturelles différentes, de projets de vie hétérogènes, de valeurs également diverses ainsi que les ethnies : (Grecs, anglais d’origine, aborigènes…)Chaque personnage s’exprime dans un langage qui lui est propre (plusieurs d’entre eux sont franchement vulgaires) ; on peut dire qu’en dépit des différences, tous sont portés à s’enivrer peu ou prou (sauf le couple musulman) ; et que tous ( excepté les septuagénaires et les musulmans) se droguent régulièrement : la coke, l’ecstasy le speed, sont des recours fréquents, assaisonnés de somnifères et de Valium.

Bref un microcosme censé révéler une société qui va mal, aussi bien les protagonistes que les personnages secondaires bien dessinés aux aussi. Un ensemble intéressant malgré certaines longueurs. Pour certains de ces personnages, le récit de leur vie est trop détaillé et se révèle ennuyeux. J’ai passé des pages concernant le papa d’Hector, qui enterre un de ses amis : je ne sais pas pourquoi les vieux couples m’ont énervée… question de subjectivité ! Dans l’ensemble ce récit est une bonne étude de mœurs.

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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 00:36

Actes sud, 2005, 365 pages

Le sens de « folly » est plus proche de loufoquerie, délire fantaisiste, divagation, que de démence et aliénation mentale.

Le récit débute par « je cherchais un endroit tranquille où mourir » et la suite dément immédiatement cette affirmation. Nathan convalescent presque remis d’une maladie grave, ne cherche qu’à vivre et ne veut surtout pas de tranquillité. Installé dans un appartement à Brooklyn, il rencontre par hasard, son neveu Tom, qu’il a perdu de vue, et qui travaille à présent dans une librairie à vendre des occasions et des éditions rares et anciennes. Ce neveu, étudiant brillant, a dû abandonner sa thèse de littérature, pour gagner sa vie. Tom a pour patron Harry, dont il raconte aussitôt à Tom le passé plutôt mouvementé. Autour de Tom gravite aussi la figure d’Aurore sa sœur, dont la vie est également très agitée, et dont il a momentanément perdu la trace. Nathan de son côté cherche à renouer avec sa fille : ils se sont brouillés bêtement.

Grâce à ces personnages qu’il suit de près, et dont il partage les multiples aventures, Nathan commence à écrire un livre « de la folie humaine » fourmillant d’histoires tristes et drôles, de coups du destin relançant tout le temps l’action. Il recherche avant tout la fantaisie, la joie de vivre pleinement, le mouvement perpétuel qui entraîne les protagonistes d’aventures en aventures, non sans ponctuer ses histoires de réflexions, voire de sentences.

On a un récit aimable, bavard, triste et gai, quelquefois agaçant, quelquefois très bon.

Le maître mot de ces histoires est qu’il faut pouvoir jouir de l’instant présent comme s’il était le dernier ; « assez étrangement, je n’avais pas peur ; la crise m’avait transporté ailleurs, dans une région où les questions de vie et de mort étaient sans importance. Il suffisait d’accepter. Vous preniez simplement ce qu’on vous donnait, et ce qu’on me donnait ce soir –là, c’était la mort –j’étais prêt à l’accepter ».

En dépit de passages irritants, semblables à des anecdotes un peu faciles, l’humour et la fantaisie de l’auteur emportent l’adhésion.

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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 21:33

LP 1er parution 1948 ; 285 pages.

Une ville non nommée, pendant une guerre, dans une situation ressemblant à Paris sous l’occupation. En tout cas un régime de dictature. Une ville (sans doute Flamande ?) où tous les personnages portent des noms germaniques.

Frank vit avec sa mère qui tient un salon de manucure (faux salon et vrai bordel) ; il a presque 19 ans et lui sert de rabatteur. En outre, il se fait de l’argent en se livrant à des trafics avec des voyous qu’il retrouve Chez Timo. Kromer, un de ses complices, de peu son aîné, se vante d’avoir étranglé une femme, et tué un homme. Il donne les détails. Frank décide de pratiquer l’homicide, lui aussi. La victime sera un militaire habitué de la brasserie, appelé « l’eunuque » ; il le poignardera et lui prendra son revolver. Dans une impasse, dans la neige, qui ne cesse de tomber.

Arrivé sur les lieux, il croise Gerhard Holst, un homme qui lui importe sans qu’il sache trop pourquoi. Holst et sa fille Sissy sont leurs voisins de palier ; ce sont des gens honnêtes et pauvres. A présent, Holst conduit des tramways, mais dans une autre vie, il était professeur. Frank voudrait que Holst le voie tuer l’eunuque avec son couteau.

Frank fait tout ce qu’il peut pour se faire remarquer avec ses activités illicites et tout l’argent qu’il gagne. Il se fait provoquant, et décide de séduire Sissy …

Un récit très sombre, où Frank à la recherche d’une raison de vivre et de l’approbation d’une figure paternelle, développe une attitude ambiguë et suicidaire.

Autour de lui gravite une société que l’état de guerre associé au totalitarisme a minée, et où la crapulerie et la misère sévissent. Sans compter la peur qui transforme les rapports humains. Tout cela est bien décrit par l’auteur .

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14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 21:45

Minuit, 2006, 373 pages.

A Bruxelles, le 28 mai 1985. Geoff et ses deux frères sont partis de Liverpool, leur ville, assister au match de football qui oppose Le club de cette ville, (dits les Reds) à la Juventus de Turin.

Geoff aurait préféré rester, il n’aime pas le foot, et n’ignore pas que ses frères, Doug en tête, sont des voyous. Pourtant, il espère depuis toujours, lui le petit dernier, se faire admettre dans la tribu familiale ( tout en souhaitant s’en détacher) ; on boit beaucoup, on jette des canettes de bière dans les pneus des voitures , on insulte tout le monde ; puis Geoff se rend compte que ses frères rejoignent un groupe de hooligans.

Jeff et Tonino eux aussi sont à Bruxelles ; ils viennent de Vendée. Étudiants en histoire de l’art, ils sont venus s'offrir quelques jours de détente. Tonino est originaire d’Italie du Nord. Ils font la connaissance d’un couple de jeunes, Gabriel et Virginie. Ceux-ci ont des billets pour le match que Gabriel vient juste de se faire offrir et il s’en vante imprudemment.

Le lendemain, Tonino et Jeff font connaissance d’un couple d’italiens jeunes mariés Francesco et Tana à qui leurs parents ont payé un voyage de noces qui comporte d’assister au fameux match.

Gabriel, furieux, rôde autour du stade pour retrouver Tonino et Jeff, qui ont volé leurs billets la veille.

La catastrophe a lieu : les hooligans et leurs copains (dont Geoff et ses frères) ont prit d’assaut une tribune et provoqué l’effondrement d’un mur et la chute d’un groupe de spectateurs : tombé les uns sur les autres, ils s’écrasent.

Polyphonique, le récit repose sur plusieurs monologues : Geoff le petit frère des hooligans qui a participé aux brutalités, Jeff l’ami de Tonino, et son rival malheureux en amour ; Gabriel qui assiste à la catastrophe de l’extérieur ; Tana, perdue dans la tourmente avec son jeune époux.

Les personnages sont complexes, travaillés par des élans conflictuels.

Le texte est très travaillé, souvent d’une grande beauté, et, le sujet s’y prête, d’une grande violence aussi. Les propos sont très vivants très dialogués, avec de longues plages de réflexion, et soudain l’affolement, et puis la stupéfaction. Fréquent changements de rythmes. Des leitmotivs scandent les récits, témoignant du ressassement des protagonistes, et poétisant le texte. C’est un récit élégiaque, surtout dans la seconde partie. Certains paragraphes s’apparentent au genre de la déploration.

Une belle œuvre.

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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 15:54

Seuil 2013, 362 pages.

La narratrice évoque trois amies qui lui furent chères et qu’elle rencontra entre 16 et 18 ans au Lycée ou à l’université. C’est encore jeune, qu’elle les a perdues de vue, ou perdu tout court. Florence, Suzanne et Judith l’ont marquée à vie.

Trois femmes ! sont-ce les Moires, les Parques ???

L’évolution de la vie des trois amies et de la relation avec la narratrice donne lieu plusieurs chapitres : sentiment de l’innocence, la perception de l’existence, le sentiment sexuel, le surgissement du réel, le temps des désillusions. C’est là une approche plutôt philosophique de ce qu’elle sait de ses trois amies, ce savoir englobant leurs enfances, les moments où elle les fréquenta (quelques années intenses), et ce qu’elles sont devenues.

Voulant donner une vision complète des trois femmes, la narratrice raconte aussi l’histoire de leurs parents (voire de leurs grands-parents) . Cela m’a induite quelque peu en erreur au début. De sa rencontre initiale avec Florence, La narratrice opère un soudain glissement, de sorte que je croyais lire la vie de Florence alors que c’était celle de sa mère ! Ensuite on s’habitue à ces glissements narratifs.

Ce sont de beaux hommages à ces trois amies. Il est bien sûr question de l’effervescence intellectuelle qui entoura mai 68 et se poursuivit tout au long de la décennie suivante, pour décroître petit à petit. La narratrice est ses trois amies eurent l’occasion d’y participer. Avec Florence le festival d’Avignon et les turbulences du Living Theatre, avec Suzanne les cours de Deleuze et les expériences à la clinique de La Borde, avec Judith les séminaires de Lacan, Julia Kristeva, Benveniste. Les trois femmes sont différentes mais se ressemblent pourtant en quelques points : elles sont aventureuses, ont le goût du risque, se mettent volontiers en danger, se comportent de façon très « libérée » et la narratrice, toujours un peu en retrait, les admire, les accompagne et finit par ne plus les suivre…

La façon dont ces trois amitiés si originales, tournent court assez vite pour des raisons diverses, autodestruction, mauvais destin, traumatisme suite à une maladie, induit une profonde tristesse.

Au moins la narratrice peut se souvenir de ses amies en revivant des moments forts et de riches expériences, des moments encore perçus comme valables ; aucune de ses amies ne l’a trahie, méprisée, ou rejetée, et pour elle l’amitié n’est pas un vain mot.

Je n’ai pas reçu ce récit comme un roman. J’ai l’impression que l’auteure a utilisé ses souvenirs ( et peut-être enquêté pour approfondir) et n’a pas eu vraiment recours à la fiction. Pas davantage que dans le récit « A ce soir » , que j’ai également aimé. Chacun de ces destins de femme pourrait donner lieu à un roman, ou une biographie plus longue. On le souhaite car on s’est attaché à elles.

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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 00:14

Seuil, 2013, 397 pages.

C’est une jeune femme de 25 ans, Nour, qui vient de quitter sa ville natale de Laghouat en Algérie pour rejoindre en France son mari Hassan.

Le couple avait d’abord vécu à Alger dans un studio. Hassan a un diplôme universitaire mais ne trouvait pas de travail. Il s’est lancé dans des combines, dont Nour ne savait rien, et ne voulait rien savoir.

Il est finalement parti en France, et a loué un appartement en Seine-Saint-Denis, dans la cité de Louveplaine, et devait travailler comme menuisier. N’ayant plus de nouvelles de lui, Nour prend l’avion.

Le récit décrit sept mois de sa vie à Louveplaine, une existence riche en événements et en épreuves.

Dans l’appartement presque vide, elle ne trouve que différentes sortes de drogues bien cachés, qu’elle finira par revendre lorsqu’elle aura rencontré Sonny. Ce lycéen de seize ans, un ami et collaborateur d’Hassan vient la voir, et s’occupe d’elle, la faisant participer aux diverses combines. Hassan et ses amis ne pratiquent pas seulement le trafic de stupéfiants mais l’organisation de combats de chiens dans les caves, spectacles sanglants qui attirent aussi de nombreux parieurs. J’ignorais jusqu’à l’existence de cette spécialité… Nour sympathise aussi avec Soufia une voisine infirmière, un vieux monsieur et son chien…

Le temps passe et Nour finit par bien connaître la cité, les amis de Sonny, les flics qui surveillent la cité les autres lycéens amis de Nour, et tout ce qui fait l’ordinaire de la vie là-bas : l’ascenseur qui ne fonctionne pas, le parc, l’autoroute, la tour Aragon que l’on va détruire sous ses yeux et la tour Triolet où elle survit tant bien que mal. Mais aussi des détails presque mythiques : le bois qui entoure Louveplaine et où l’on a vu un cerf ; le parc et ses splendeurs passées. Hélas Hassan lui-même reste introuvable…

C’est le deuxième roman d’une jeune romancière de trente ans, et ce texte est dans l’ensemble bien intéressant, parfois assez fort. L’univers qu’elle décrit est dur, impitoyable, mais elle sait le rendre attrayant et son intrigue est bien menée. Voulant donner de l’épaisseur à Louveplaine ainsi qu’à ses personnages, elle se lance aussi dans de nombreuses digressions concernant la vie et les sentiments des policiers du commissariat, du personnel de l’hôpital, l’historique de la cité et du parc, qui peuvent sembler un peu longs, mais le roman vaut le détour.

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 14:54

L’Olivier, 300 pages

Dans la grande banlieue londonienne, à Arlington Park la pluie tombe sur plusieurs pages, violente, insistante, dense, drue, interminable. Cette pluie, c’est l’existence quotidienne de plusieurs femmes entre trente et quarante ans, deux à quatre enfants en bas âge, des maris très occupés ( deux d’entre elles sont seules mais cela ne change rien). Des femmes dont la journée se résume à s’occuper des enfants, faire la cuisine, voire un peu de ménage, une sortie dans un magasin en groupe, un ennui incommensurable.

Juliet Randal est enseignante à mi-temps dans un lycée privé de filles. Titulaire d’un doctorat, elle aurait aimé un poste à l’université, et se sent humiliée, révoltée de son travail actuel, et de ce destin de ménagère et mère dont elle ne tire guère de joie. Amanda a cessé de travailler pour s’occuper des enfants, elle était dirigeante d’une importante société, elle n’est plus rien, et se venge sur le ménage, astiquant sans relâche, est presque heureuse au volant de sa voiture (son véhicule, elle en est le maître…).Christine a fait un beau mariage inespéré, et sa vie est bien meilleure qu’avant. Pourtant, elle est frustrée, insatisfaite, comme les autres. Solly n’a de distraction que la femme à qui elle loue la chambre d’amis, femme qu’elle jalouse, dont elle fouille les tiroirs obsessionnellement. Maisie ne fait plus ni cuisine ni ménage, son mari s’en occupe en rentrant, et c’est lui qui couche les enfants. Elle va devenir folle, il comprend.

Elles se savent privilégiées, ont de jolies maisons avec jardins, pas de gros travaux à effectuer, de bons revenus (mais ce sont pour l’essentiel ceux de leurs maris…). Les maris sont relativement compréhensifs, il y en a un ou deux qui s’occupent de tâches ménagères. Elles se fréquentent mais ne sont pas amies. Lors des réunions, le café pris en commun, la virée au magasin de vêtements, elles ne se disent rien d'important. En fait, elles sont très seules...

Juliet est la plus remontée de toutes ces femmes, c'est normal, elle possède une culture que les autres n'ont pas.

Elle n’aime plus rien ni personne ! Son mariage l’a « assassinée ». Le vendredi soir au club de lecture qu’elle anime à la bibliothèque du Lycée, elle tente d’initier les élèves à la littérature. De bonnes élèves qui ne posent aucun problème de discipline. Pourtant, elles ne sont pas très futées, le chapitre relaté en témoigne.

A propos des Hauts de Hurlevent, Juliet dit que le pasteur, le père des sœurs Brontoë assassina son épouse Maria. Les dictionnaires n’en disent rien. Je me demande d’où elle tient cette information et si elle est avérée.

On se demande pourquoi ces femmes, qui vivent dans l’aisance matérielle, ne font pas garder leurs enfants, pendant qu’elles se livreraient à une occupation sérieuse et gratifiante, rémunérée ou non ? Qui a décidé qu’elles devraient rester à la maison toute la journée ? Leur train de vie les autoriserait à faire autrement. On ne sous dit pas comment cette morne existence a été décidée ni pourquoi. Des enfants que leur mère garde, si elle est excédée et malheureuse de ce destin, ne sont pas heureux non plus, et ce n’est donc pas une bonne idée.

Personnellement, lorsque mes enfants étaient jeunes, soit je travaillais, soit je faisais des études, souvent les deux ( sans avoir d' aisance matérielle).

C’est un roman à l’image des premières pages, avec la pluie qui tombe sans relâche et l’on est souvent tenté d’arrêter la lecture. Bien que cette écriture ait des qualités, sans être spécialement inventive.

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 14:46

Grasset, 493 pages.

Nina et Samuel vivent une existence plutôt tristounette dans un studio à Clichy-sous-Bois. Lui, est travailleur social et elle mannequin pour Carrefour. Samuel écrit depuis longtemps et vise la grande édition. Ses manuscrits sont toujours refusés. Nina voudrait un enfant, elle frise la quarantaine, mais Samuel a toujours dit non. Enfant adopté, et deux fois orphelin, écrivain raté, il n’a plus envie de grand-chose.

Il y a vingt ans, étudiants ils vivaient déjà ensemble, lorsque leur ami commun Samir Tahar avait séduit Nina. Samuel l’avait regagnée suite à une tentative de suicide. Depuis, vingt ans se sont écoulés, et Samir a disparu de leurs vies.

Le couple tombe sur un reportage à la télévision : Samir est devenu un avocat réputé, et a épousé la fille d’un riche entrepreneur juif; il vit fastueusement à New-York. En outre, il ne s’appelle plus Samir… mais Samuel ! Et se prétend juif comme son ex-ami dont il a emprunté la biographie, ou du moins ses grandes lignes. En effet, Samir n’a obtenu son statut enviable, qu’au prix d’un mensonge sur ses origines. Sa vieille mère et son demi-frère maghrébins comme lui, vivent toujours dans la banlieue ouvrière dont il est issu, et nul ne sait leur existence, de même qu’ils ne connaissent pas la famille fondée par Samir aux Etats-Unis.

Samuel est jaloux et furieux contre son ex-ami, et Nina se souvient qu’elle l’a aimée… ils vont entrer en contact avec lui. Samuel veut s’assurer des sentiments de Nina à son égard, clarifier une situation depuis toujours bancale, et demander des comptes pour le vol de son identité.

La vie de ces trois personnages va changer complètement, suit à cette entrevue, et à d’autres péripéties. On se doute que Samir va devoir refaire face à ses origines…

C’est un récit qui coule comme un grand fleuve impétueux, bouillonnant, parfois majestueux, charriant une grande quantité d’alluvions. Abondance de phrases, d’adjectifs, de mots, ponctuation riche et marquée. Pour décrire une situation ou qualifier un élément, l’auteure emploie souvent plusieurs mots synonymes séparés par des tirets. Voilà qui instaure un certain rythme saccadé, violent. La narration se perd dans de longues digressions concernant la sexualité exubérante de Samir, les processus de naufrages lorsque les personnages ont tout perdu (ce qui leur arrive souvent) et les moments d’exaltation lorsque les mêmes sont follement heureux ou en tout cas bouleversés. C’est un récit cyclothymique (de nos jours on dit « bipolaire » je ne m’y habitue pas…) où l’on passe des sommets aux bas-fonds sans vraies transitions.

De nombreux personnages secondaires font de brèves apparitions et tous ont droit à de mini-biographies comme notes en bas de pages, ce qui m’a induite en erreur au début : j’ai eu l’impression qu’il y aurait un procès, et que ces notes avaient pour but de présenter les témoins qui viendraient à la barre !!

La colonne vertébrale qui tient le récit, c’est le personnage de Samir, dont le parcours et la personnalité intéressent et posent de vraies questions ; les autres ne sont que des faire-valoir ; le personnage de Nina m’a déçue, je l’aurai aimé plus consistant.

La fin est très bien.

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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 13:08

Christian Bourgois, 2013.

Ce roman met en scène Ringo, un jeune garçon qui vit à Barcelone, dans le quartier de Gracia, sous le régime franquiste, dans sa première partie, qui est sans doute la pire. L’action se déroule de 1943 à 1948 (de ses douze à ses quinze ans). L’existence est particulièrement difficile : la guerre se termine mais on doit se débrouiller avec des tickets de ravitaillement. Le père de Ringo est dératiseur, et il se vante de traquer des « rats bleus ». Ringo, troublé, se demande de quoi il peut s’agir : on pense que l’homme, antifranquiste, s’en prend à des Phalangistes, lors de virées secrètes, pendant lesquelles il disparaît pendant plusieurs jours. Mais on n’en est pas sûr … Le Raticide n’est pas le rebelle rêvé, tant il est vantard et imprudent, provoquant n’importe quel prêtre rencontré…

Adopté en 1933, peu de temps après sa naissance, Ringo l’apprend à l’âge de dix ans de sa grand-mère. De cette époque, il garde aussi le souvenir d’un moineau qu’il a tué à la carabine. On apprécie que les petits faits soient aussi importants pour lui, que les vicissitudes de l'Histoire.Sa mère Berta travaille dans un hôpital comme infirmière ; elle n’a pas le diplôme, et craint de se faire virer. Elle craint aussi que son mari n’ait des ennuis avec la police.

Ringo se réfugie dans la lecture, et les histoires qu’il raconte avec ses camarades de classe. Il rêve aussi d’être pianiste et a commencé à prendre des leçons, mais bientôt l’argent manque il doit abandonner. Devenu apprenti chez un orfèvre, il continue à rêver en travaillant et se fait happer la main droite par un laminoir. Résultat, plus d’index (« le doigt du destin »). Alors il passe du temps dans le bar Rosales de Paquita. Tout en lisant des romans des 19 eme et 20 eme siècles, il écoute les malheurs de Mme Victoria Mir, sa voisine, éperdument amoureuse d’un certain Alonso, qu’on soupçonne d’être un scélérat. Elle veut se suicider pour lui (enfin elle se donne en spectacle en se couchant sur les rails d’un tramway, qui ne passe plus par là…) Fasciné et dégoûté par Vicky, Ringo s’intéresse sexuellement à sa fille, Violeta.

Tous ces gens sont très malheureux, souvent pauvres, et vivent tant bien que mal. Ringo cultive des rêves plus élaborés que ses voisins ou parents. Il tente de devenir écrivain et nous assistons à ses premières tentatives.

Un beau roman de formation.

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 13:43

L’Olivier, 2013, 475 pages.

Le récit se présent comme une autobiographie partielle de Dell Parsons, à présent professeur de littérature à la retraite. Son existence a été brusquement infléchie par un événement particulier à l’adolescence : ses parents ont braqué une banque en août 1960, alors que sa sœur et lui avaient quinze ans. Le couple a été incarcéré. Les enfants, peu soucieux d’être envoyés à l’orphelinat, ont fugué chacun de leur côté, la fille avec un copain, tandis que Dell a profité de ce que sa mère avait préparé pour eux en cas de malheur : partir avec une infirmière de sa connaissance, et commencer une nouvelle vie au Canada…

Dell raconte longuement les circonstances du hold-up, se basant sur ses propres souvenirs, et la relation qu’en fit sa mère en prison.

Il cherche aussi à comprendre pourquoi ses parents agirent ainsi, d’où des pages de réflexions.

Son père Bev, il le décrit comme un homme du sud ( Alabama) militaire, mis très tôt à la retraite, débonnaire, hâbleur, peu instruit, irréfléchi, toujours lancé dans des combines douteuses. Sa mère, institutrice, rêvant d’écrire, et voulant pour ses enfants une bonne éducation et des études universitaires. Classes sociales, niveaux d’étude, caractères et aspirations très différents.

Lors des faits, ils vivent depuis quatre ans à Great Falls, Montana. Ils n’ont pas d’amis, et sont coupés définitivement de leur famille d’origine.

Bev Parsons le père, se retrouve piégé, lorsque son trafic tourne mal. Des créanciers les menacent de mort. C’est ainsi que l’idée du hold-up survient. Dell détaille par le menu la chose : la façon dont le couple organise et exécute le hold-up pourrait faire rire, tant c’est naïf et risqué, n’étaient les conséquences. L’aventure prend un tour surprenant lorsque Dell s’aperçoit que ses parents sont très heureux juste avant de faire cette folie. Enfin, ils ressemblent à un vrai couple !

Lorsque Dell part avec Mildred l’infirmière pour le Canada, une autre histoire commence. Dell va vivre près de Saskatchewan, une existence dure et aventureuse… comme terre à lui promise, le Canada doit se mériter.

Un roman écrit de façon très classique, intelligent, les différentes parties du récit sont bien alternées, la narration avec du suspense et de l’action, les descriptions soignées et suffisamment évocatrices , le rendu des ambiances et du vécu excellents dans l’ensemble, les réflexions sur les événements , intéressantes, et génératrice d’une éthique de vie très américaine à mon sens, très différente de la nôtre, mais pas dépourvue d’intérêt.

Pourtant, c’est un peu long, parfois répétitif, notamment ses aventures auprès d’Arthur Remlinger : il « tire à la ligne » dans cette partie, sans que ce soit mauvais pour autant !

On aimerait qu’il raconte un peu moins ce qui lui est arrivé et davantage la vie de sa sœur (à laquelle on ne comprend pas grand-chose).

C’est une lecture à laquelle j’ai pris plaisir, et je relirai sûrement Richard Ford.

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