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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 15:56

Arléa 1er Mille, 219 pages.

A l’occasion d’une admission à l’hôpital pour s’être blessé au bras, Jacques, la soixantaine, universitaire grammairien, doit dire son groupe sanguin. Laurence, sa fille de 35 ans environ, est présente. Ce groupe sanguin, comparé au sien, permet de dire qu’ils ne sont pas du même sang. Jacques l’admet mais ne veut rien dire de plus. En fouillant dans la chambre de sa mère, Laurence exhume des lettres d’un certain Guillermo Zorgen. Des lettres et des poèmes, plutôt lyriques et exaltés. Comment sa mère a-t-elle connu cet homme ?

Elle se renseigne sur Zorgen. Dans les années 70 il fut le chef du MLT, un groupe révolutionnaire « anti-capitaliste », prônant l’action directe. Laurence réussit à rencontrer d’anciens membres de ce groupe. Notamment Pierre, journaliste, qui était très proche de Zorgen. Mais aussi l’historien Dévoldère à présent passé à droite. Et une femme Francine, qui lui apprend bien des choses…

Laurence espère être la fille naturelle de Guillermo. Cette personnalité qui se dessine au fil des lettres, des témoignages, des articles de journaux, lui plaît. Guillermo n’est pas un gauchiste ordinaire. Il semble plus sincère, son langage est indemne de toute théorie absconse, il ne défend aucune théorie d’ailleurs, ni aucune vision du monde un peu originale.

Le groupe dont il est le chef provoquait des incendies et destructions d’appartements de banquiers et autres gens représentant le capitalisme. Il fit de la prison et fut impliqué dans un incendie criminel. Sa mort à trente trois ans au milieu des années 70 n’a pas été élucidée. Ses anciens amis pensent à un règlement de compte maquillé en suicide, mais le suicide n’est pas exclu non plus. Et quel fut le rôle des parents de Laurence dans tout cela ?

Ce roman prend la forme d’enquête où se succèdent des monologues de personnages (surtout Laurence), des articles de journaux, des lettres de Guillermo, des dialogues entre les différents protagonistes. Les narrations sont variées mais le récit est un peu trop court pour que l’on prenne la mesure des différents personnages, qui ne sont qu’esquissés. Guillermo, individu sans doute fictif, pourrait être inspiré de Pierre Goldman, du moins en partie.

On n'a aucune peine à suivre Laurence dans sa recherche passionnée. Problème : le personnage de Guillermo ne me plaît pas autant qu’à elle, loin de là !

Il ne m’inspire même aucune sympathie. Les témoignages des anciens amis ne cachent rien de ce que qu’il avait de déplaisant, violent, crâne, et tête brûlée. Et le groupe de rigoriste. De sorte qu’on ne saisit pas très bien pourquoi il séduisait tous ces gens. Les poèmes cités sont ceux là même que composent certains collégiens exaltés, et sa prose n’est pas différente. Je n’ai tout simplement pas pu m’intéresser à ce personnage !

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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 14:14

1803, révisé en 1815.

10/18 275 pages

Suivi d’une notice biographique courte mais précise de Jacques Roubaud, grand admirateur des romancières anglaises.

Catherine Morland 18 ans vivant à Fullerton, près de Salisbury, a maintenant 18 ans, et ses parents la trouvent « presque jolie ». Ils l’envoient passer quelques semaines à Bath avec un couple d’amis les Allen, pour qu’elle puisse aller au bal et se trouver un mari.

Là-bas, Catherine commence par s’ennuyer copieusement avec Mrs Allen qui ne sait parler que chiffons. D’autres rencontres vont faire évoluer l’action, d’abord celle des jeunes gens Thorpe : Isabelle, jeune femme complètement allumée, aussi à la chasse au mari, sauf que chez elle, cette démarche est consciente, sinon cohérente… les deux jeunes filles adorent les romans gothiques tels que les Mystère d’Udolphe et s’exaltent à propos d’énigmes, chambres secrètes, trésors enfouis, héros chevaleresques et criminels assoiffés de sang. Hélas le frère d’Isabelle John, un vrai goujat, doublé d’un parfait crétin, poursuit Catherine de ses assiduités.

Enfin, elle fait connaissance d’Henry, aimable, ironique, cultivé et qui sait même parler des toilettes féminines, chose vraiment rare ! Catherine s’en éprend bien vite.

La première partie du roman est amusante : Catherine s’évertue à éviter ce malotru de John Thorpe et à tenter de tomber sur Henry Tilney. Ce dernier se révèle très spirituel, voire un assez singulier personnage. La première rencontre est très réussie. La satire sociale s’exerce, en particulier aux dépens des Allen et des Thorpe. Les dialogues sont enlevés et savoureux.

En revanche, dès que Catherine arrive à Northanger Abbaye, on sent davantage que les jeux sont faits, on sait parfaitement comment va tourner l’intrigue. Henry devient sérieux et banal et ne tient plus ses promesses d’individu hors norme. Sa sœur Eleanor, sert l’intrigue, mais ne s’épanouit pas comme vrai personnage. On aime le moment où Catherine suspecte le maître de maison de crimes ou séquestration, et furète partout à la recherche de faits horrifiques. Dommage que tout cela retombe bien vite. J’aurais préféré d’ailleurs que Catherine soit en mesure de suspecter son bien- aimé, cela aurait eu plus de sel.

L’auteur se révèle moraliste « lorsque l’on désire plaire à quelqu’un, il faudrait toujours être ignorant. Trop d’instruction équivaut à une incapacité totale à flatter la vanité des autres, ce qu’une personne intelligente souhaitera toujours éviter. Une femme surtout, si elle a le malheur de savoir quoi que ce soit, devra le dissimuler aussi bien que possible »

Catherine est très ignorante, mais avide de s’instruire auprès de son bien-aimé, ce qui plaît à Henry, qui représente le modèle masculin raffiné. Eût-elle été cultivée autant que lui, elle n’avait aucune chance. Son autre prétendant ,John Thorpe, est prêt à épouser n’importe quelle jeune femme qu’il suppose riche.

Mais la plupart des hommes sont bien plus simples : ce qu’ils cherchent en se mettant en ménage, c’est la garantie d’avoir un service sexuel gratuit, fonctionnant autant de fois qu’ils le désirent. De nos jours, avoir une femme qui a de bons revenus n’est pas forcément appréciée par les hommes : plus une femme a de l’argent, moins elle sera soumise. La plupart du temps, si elle a de l'argent, c'est qu'elle le gagne. Même dans les autres cas, elle n'est pas souvent dans un tel état de dépendance.

Pour l’instruction, ce que dit Jane Austen est encore vrai de nos jours, et le restera.

En fin de compte, un récit d’intérêt inégal, les événements y deviennent vite trop prévisibles. Il ne se passe pas grand-chose !

Autres chroniques Austiniennes : Orgueil et préjugés

Mansfield Park

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 13:47

Gallmeister, 2013, 279 pages

Titre original : Dirt ( 2012)

Galen 22 ans, vit avec sa mère dans une grande propriété près de Sacramento en Californie. On est à la fin de juillet, c’est la canicule.

Cela nous change-t-il du froid terrible de l'Alaska? Oui et non! En enfer, on brûle souvent mais on gèle aussi!

Galen ne fait rien de ses journées, sauf relire le Siddhartha de Hesse, et le Prophète de Khalil Gibran,ainsi que des revues pornos. Il s’est converti à une sorte de bouddhisme très personnel mâtiné d’animisme. Il pratique la méditation, cherche à se détacher de l’enveloppe corporelle, s’impose des épreuves de résistance à la douleur, croit pouvoir léviter.

Mais Siddhârta était parti seul pour vivre son aventure ; Galen, lui, dépend de sa mère ses pratiques nous semblent des efforts naïfs pour se protéger de quelque terrible vérité, ou traduire sa situation par des métaphores: il se couvre fréquemment de terre, de boue ( le titre original est »Dirt » ) et la terre comme élément joue un rôle important. Évidemment, « dirt » c’est aussi l’abjection morale. Lesquels de ces personnages sont abjects,c'est au lecteur de décider…

De temps à autre, Galen rêve d’aller à l’université, de faire un voyage en Europe. Mais sa mère ne veut pas lui donner d’argent. Elle le veut près d’elle. Pourtant, l’attitude excentrique de Galen, ses pratiques « mystiques », ne lui inspirent que répulsion. Dans ses moments de lucidité, Galen réclame violemment à sa mère l'argent qui lui permettrait peut-être de vivre sa vie...

Le monde extérieur se résume à la grand-mère de Galen, une femme qui a perdu plus ou moins la tête, et « la mafia », c'est-à-dire la tante de Galen et Jennifer sa cousine de 17 ans, qui s’invitent chez eux, avec des intentions bien arrêtées. C’est par les deux femmes venues de l’extérieur que le scandale arrive. Galen déjà masochiste dans ses divagations, est pour sa cousine une proie facile. Il va aussi découvrir que les deux femmes, avec leurs manigances provocantes, réussissent à obtenir de ses mère et grand-mère plus qu’il n’en aura jamais !

Comme dans les autres romans de Vann, il s’agit d’un affrontement entre deux personnes proches qui évolue tragiquement. Le monde extérieur y est moins présent que dans « Désolations » et l’intrigue davantage resserrée entre deux personnages (comme dans Sukkwan Island). Si la tante et la cousine sont importantes pour l’intrigue, elles sont un peu limitées comme personnages. La mère de Galen est une présence insistante, une femme qui collectionne les moindres objets du passé. On aimerait en savoir plus sur elle, mais c’est le point de vue du jeune homme qui domine toute la narration.

Vivre dans la seule conscience de Galen se révèle pénible. Son « bouddhisme » est primaire, bourré de clichés, et cependant pathétique. On est impressionné par son effort pour se soutenir à l’aide des éléments naturels, du travail laborieux et de ses constructions délirantes. On apprécie encore le rendu de la violence inouïe qui règle les relations des

uns et les autres ; l’atmosphère de terreur, l’intensité et la déréliction.

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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 22:43

Belfond, 2010, 482 pages.

Titre original : The Six Suspects, 2008.

En dépit du titre français, il n’y a pas l’ombre d’une ressemblance entre le film de Peter Greenaway (Meurtre dans un jardin anglais dont le vrai titre était d’ailleurs autre), œuvre plutôt cérébrale, alors que celle-ci appartient au genre du roman populaire.

Nous sommes dans le nord de l’Inde, et nous lisons l’article d’un certain Arun, journaliste d’investigation qui veut éclaircir le meurtre de Vicky Rai, homme d’affaire corrompu, et ouvertement criminel. Ainsi a-t-il tué une serveuse de night-club qui lui refusait à boire parce que la boîte allait fermer. Acquitté, Vicky n’en soulevait pas moins de fortes vagues d’indignation. Pour cette affaire, comme pour bien d’autres auparavant, il collectionnait les ennemis…

Nous avons ici un roman d’aventures, bien plus qu’un roman policier, qui relate les parcours de six suspects, et les péripéties qui les ont menés à se trouver tous les six, un certain soir, à la garden-party de Vicky Rai, et à se faire appréhender par la police, en possession d’une arme, après l’assassinat du maître des lieux.

D’abord Mohan Kumar, haut fonctionnaire à la retraite, tout aussi ignoble que Vicky Rai ; Devenu fou, Il se prend pour Gandhi pendant des périodes plus ou moins longues. Pour Gandhi, ou plutôt pour l’idée qu’on peut s’en faire, superficiellement. Alors, il se conduit de façon opposée à sa personnalité réelle, entrainant divers malentendus. L’actrice Shabnam Saxena, s’est assuré la fortune en multipliant les rôles glamour dans les blockbusters. A force de lire son abondant courrier de fans, elle se laisse intriguer par la lettre d’une admiratrice de province. L’américain Larry Page, ouvrier naïf et bon enfant, est venu en Inde pour se marier avec une certaine Sapna, par le biais d’un site de rencontres. Munna dit « Mobile » est un jeune homme pauvre, spécialisé dans le vol de téléphones portables. Eketi, un jeune homme noir, vient des îles Andaman : il a quitté sa tribu pour retrouver une pierre noire sacrée, un « shivling » qu’on a volé à son peuple. Jagannath Rai, père de Vicky, et ministre de l’intérieur de l’Uttar Pradesh, doit faire face à toutes sortes de tracas, en rapport avec les malversations de son fils, lesquelles s’ajoutent fâcheusement aux siennes.

L’histoire de chacun des suspects est développée. Certains des récits sont relatés classiquement, d’autres sont des fragments de journaux intimes, et le récit concernant Jagannath Rai consiste en conversations téléphoniques. Les histoires les plus réussies sont celles de l’aborigène Eketi ( un vrai petit roman d’initiation) et de l’américain Larry ( loufoque, et assez amusante même si les effets sont faciles) ; comique aussi est le parcours de Mohan, tandis que l’histoire de Munna est pas mal dans le romanesque réaliste. Celles des deux derniers ( l’actrice et le ministre) sont relativement ennuyeuses, mais on est entraîné car on veut savoir ce qui est arrivé dans ce fameux jardin. On a assez vite compris qui était coupable, mais il y a bien d’autres aspects de l’affaire à éclaircir !

L’ensemble est inégal, mais tout de même agréable à suivre. Je ne connaissais pas les îles Andaman, ni cette tribu « onge », qui est menacée d’extinction ainsi que plusieurs autres dans la même région. On nous promène dans diverses autres contrées (de Bénarès au Pakistan !) et même si le survol est rapide, il donne envie de connaître l’Inde…

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 12:52

Mercure de France 2012, 193 pages.

Titre original: The Sense of an Ending

Tony, la soixantaine, enquête sur le suicide d’Adrian, qui fut son meilleur ami au Lycée.

Il vient de recevoir un héritage de la mère de Veronica. Veronica, la petite amie de ses vingt ans… qui fut aussi celle d’Adrian. La mère vient de décéder. Elle lui lègue 500 livres, une lettre, et le journal d’Adrian avant son suicide.

Mystère ! Il ne croit pas que cette femme lui doive quelque chose…ni lettres ni argent.

A l’époque, ils étaient un petit groupe de quatre amis fidèles, et Adrian était cependant différent. Plus cultivé que les autres et exercé à l’art du raisonnement, il intégra Cambridge avec une bourse. Les professeurs comme les élèves le regardaient comme supérieur.

En première année d’université Tony sort avec Veronica. Elle aussi est presque trop intelligente pour lui, et critique souvent ses choix notamment musicaux. Nous sommes au début des années 60, elle se laisse un peu tripoter, mais ne couche pas. C’est ce que Tony appelle, on sans ironie, « de l’infrasexe »

Un week-end chez les parents de Veronica, invité par elle, lui est resté en travers de la gorge. Le père se répand en mauvaises plaisanteries, Veronica et son frère semblent se moquer de lui, et la mère le met en garde contre sa fille.

Puis Adrian, qui s’intéresse à Veronica, et se suicide quelques temps après.

Tony brûle de lire le journal d’Adrian, afin d’éclairer un passé qui se rappelle à lui…

Un roman d’analyse psychologique, introspectif, bien mené, assez vivant. Dès qu’il interroge les faits, le concret, (ou les relate), le narrateur intéresse, amuse ou intrigue, mais il se laisse aller parfois à des considérations d’ordre général, qui se révèlent des truismes. Malgré tout l’intrigue est solide, le dévoilement progressif et jamais total. Les personnages sont plausibles. Le fameux week-end à Chislehurst, chez les parents de Veronica, et la façon du narrateur d’y revenir, en ressassant, pour en expliciter la signification, sont bien conçus. L’incipit en forme d’interrogation sur de petits détails gênants, est également très bon. Un ensemble qui donne envie de relire l’auteur.

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 12:51

L’Olivier, 2010.

Sarah a quitté mari et enfants pour le Japon, au bord de la mer, une maison où vivent des désespérés, qu’un ancien policier à la retraite, Natsume Dombori héberge après les avoir convaincus de ne pas se jeter des falaises toutes proches qui attirent les candidats au suicide.

Sarah vient de perdre son frère Nathan dont elle était très proche, d’un accident de voiture dont elle pense que c’était un suicide. Nathan était instable, tantôt apathique, tantôt « gonflé à bloc », maniaco-dépressif » comme de nombreux héros de romans actuels. La bipolarité est à la mode. Comme dans les années 70 la schizophrénie… vous avez remarqué que les gens atteints de bipolarité se multiplient comme les petits pains ?? Dans la fiction, mais aussi dans la réalité.

Nathan menait une existence plutôt chaotique et quelque peu aventureuse, vivait de petits boulots et écrivait un roman, qu’il a terminé avant de mourir. Il se débrouillait bien, mais empruntait souvent de l’argent à sa sœur où squattait son canapé. Bien qu’économiquement faible, il avait réussi à séjourner au Japon et comptait y retourner. C’est Sarah qui s’y rend. Pour y faire son « deuil » suppose-t-on.

Dans ce roman presque tout m’a semblé cliché, poncif et caricature. Sarah est cette jeune femme qui a réussi, fait un beau mariage, gagne bien sa vie, et n’aime pas cette vie, qu’elle trouve factice. Ses enfants adolescents travaillent trop bien, ils sont trop parfaits, son mari est trop gentil, sa vie est trop bien huilée, les gens autour d’elle sont hypocrites. Mais au Japon, elle sera encore malheureuse, elle sera attirée par les maudites falaises, et le souvenir de Nathan, qui y a laissé un souvenir mémorable. Il plaisait facilement.

D’accord, c’est triste, la vie, mais le Japon, c’est tout de même une chance de pouvoir y aller. Si malheureuse qu’elle soit, Sarah profite : elle découvre les temples, se fait héberger, visite Kyoto comme son frère avant elle, et voit de très belles choses. Ensuite, elle ira promener son vague à l’âme sur la côte d’Azur pendant plusieurs mois. Elle s’est fait licencier de son travail, mais n’est pas obligée de faire la queue à Pôle Emploi. Pas du tout ! Son trop gentil et ennuyeux mari lui a donné de l’argent. Elle se sent très seule, mais tout au long du récit, elle aura beaucoup de contacts intéressants, parfois positifs, avec un grand nombre de personnes.

J’ai détesté ce personnage qui se plains fréquemment d’une vie que bien des gens lui envieraient, et qui se prélasse dans une mélancolie au fond assez confortable.

Je ne nie pas que l’auteur se donne du mal pour être poétique et décrire les paysages et états d’âme :

« Sous le ciel dégagé d’un bleu encore pâle, les roches étaient presque jaunes, aucune trace de végétation ne venait troubler leur aridité, le jeu des brisures les lignes droites ». La mer bouillonnait à leur pieds se fracassait en écumant avant de s’écarter en une houle contradictoire. L’ensemble avait quelque chose de sévère, d’implacable, se pencher tout au bord c’était un vertige insensé, l’eau et les récifs agissaient comme un aimant, le corps entier paraissait attiré tandis que toute pensée s’absentait pour laisser la place au ressac et au sifflement du vent ».

Rare est la description juste qui touche, et bien plus fréquemment, on verse dans la bonne rédaction scolaire, pour moi, ce type de texte en fait partie.

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 21:36

(The Mariage Plot)

L’Olivier, 212 USA 580 pages

C’est l’histoire de trois étudiants d’un peu plus de vingt ans, en 1982/83. Au début du récit, ils vont obtenir leur diplôme de quatrième année à Brown, prestigieuse université située à Providence ( Rhode Island. )

Madeleine étudie la littérature et souhaite faire une thèse sur le roman victorien. Ses parents, de condition aisée, sont déjà dans l’enseignement supérieur. Hélas, le jour de la remise des diplômes, la jeune fille a passé la nuit à noyer un chagrin d’amour dans une fête alcoolisée.

Le responsable est Leonard, étudiant en biologie et philo. Madeleine et lui se sont rencontrés au cours de « Sémiotique 211 » où ils étaient censés se familiariser avec les thèses structuralistes : Derrida, Foucauld, Saussure, peut-être bien Jakobson, toutes les semaines un texte intimidant et impénétrable à lire. La pauvre jeune fille soupçonne que l’on veut culpabiliser les gens qui prennent du plaisir aux récits traditionnels avec intrigues et personnages. Qu’on les prend pour des cons. C’est là que Leonard, ce beau garçon bien baraqué, a remis à sa place un étudiants et un prof, snobs et branchés. Madeleine et lui se sont aimé et haï sous le haut patronage de Roland Barthes et ses Fragments d’un discours amoureux.

Mais Leonard, atteint de psychose maniaco-dépressive, est un homme souffrant et un amoureux plus que déroutant.

Le troisième élément du trio, Mitchell, étudiant en théologie, est amoureux de Madeleine, qui ne le lui rend pas. Pas encore, pense-t-il mais cela viendra. En attendant, il prépare un voyage en Europe et en Inde avec un ami. Pour s’initier à l’hindouisme ou au bouddhisme ? Non, c’est au catholicisme qu’il voudrait se convertir. Il aimerait s’occuper des miséreux mais une sorte d’élan mystique le trouble parfois.

La pauvre Madeleine est bien mal lotie ! Cependant, attirée par Leonard, elle veut le suivre dans son enfer, sachant que Mitchell, même à l’autre bout du monde, l’attend patiemment.

Il faudra un an pour que l’intrigue se dénoue. Pour le mieux, à mon avis…

En dépit du savoir-faire de l’auteur (bonne construction ; bon dosage des dialogues et de la narration ; progression correcte de l’intrigue) on s’ennuie un peu et même pas mal en particulier avec Mitchell, ses prières, son cheminement sans surprise ni révélation. Leonard intéresse davantage, son vécu en crise à lutter contre sa maladie donne de l’intensité au récit. Madeleine, c’est la fille, et elle sert un peu trop de faire-valoir pour les deux hommes.

Bien que très brillants sujets, les trois jeunes gens ont, à mon avis, des idées bien conformistes. Leonard est darwiniste, fort bien, mais il croit que tout vient des gènes, sa maladie, et aussi l’homosexualité ! Le fait est qu’on leur donne de drôles de professeurs pour une école réputée aussi élitiste ! La première partie est amusante parce qu’assez comique. Pour le reste, on s’enlise un peu, mais il y a des moments forts.

L’auteur sait nous rendre familiers et attachants les jeunes gens ; on veut savoir ce qui leur arrive. Les professeurs et les autres étudiants seconds rôles sont efficacement croqués. En revanche, les histoires concernant les parents et frère et sœurs des protagonistes sont vraiment de trop.

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 19:55

Titre original : Jeder stirbt für sich allein ; ( chacun meurt pour lui seul ?) 1ere publication 1965.

Folio, 556 pages 2002.

Quelques habitants d’un immeuble berlinois, rue Jablonski, juin 1940.

L’armistice vient d’être signé, et la famille Persicke se réjouit bruyamment en se rinçant le gosier sans modération. Ce sont des nazis offensifs, surtout le fils cadet Baldur, qui règne sans partage sur ses frères et son père. Un étage plus bas, le juge Fromm considère que la vieille Mme Rosenthal au dernier étage, est en danger ; son mari a été arrêté, et les Persicke vont venir la persécuter. Il s’apprête à cacher cette citoyenne chez lui. Eva Kluge, la postière vient apporter aux Quangel du premier étage la nouvelle que leur fils unique a perdu la vie au combat. Eva est résolument opposée au gouvernement en place et se fait violence pour rester prudente. Son mari, au contraire, se demande comment exploiter la situation pour tirer quelque profit par la dénonciation ou le chantage.

Otto et Anna Quangel, profondément affectés par la disparition de leur fils, décident d’agir. Ils se sentent trahis. Quelques années plus tôt, le gouvernement national-socialiste leur paraissait une bonne chose pour l’économie, et Otto avait obtenu un bon poste et un meilleur salaire. A présent, ils sont effondrés. Contremaître en menuiserie, Otto présidait à la fabrication de meubles et à présent, ce sont des cercueils qu’il livre. Le couple se met à écrire des tracts antinazis, qu’ils déposent incognito dans des immeubles, quadrillant plusieurs quartiers de la ville, éloignés du leur. Pendant plusieurs années ils vont se livrer à cette occupation et tenir en échec le commissaire de la police criminelle Escherich qui tente de mettre la main sur « le trouble-fête » comme il l’a surnommé. Les Quangel s’imaginent que leurs tracts circulent et amènent ceux qui les trouvent à réfléchir et s’indigner. Mais les gens, terrorisés, détruisent les tracts aussitôt qu’ils les ont en leur possession, et bien plus souvent, vont les remettre à la police, de sorte que, ironie amère, le commissaire devient le récipiendaire des brochures patiemment composées par les Quangel…

Un récit très classiquement composé, qui se lit facilement, un beau récit nécessaire et instructif sur le vécu des classes moyennes dans l’Allemagne nazie, la résistance courageuse obstinée, naïve au début, de gens qui se débrouillent avec leurs peu de moyens, et aussi la lâcheté et la délinquance de ceux, qui, dépourvus d’éthique personnelle, voient leur vils penchants encouragés par un régime ouvertement criminel. L’auteur suit ses personnages pendant toute la durée de la guerre : ils évoluent et certains nous surprennent. Pour les amateurs de péripéties, il y a, en outre, beaucoup de suspense et de rebondissements. La fin n’est pas complètement pessimiste…

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 10:33

Buchet-Chastel. Environ 250 pages.

Claire, fille de paysans, possédant une ferme dans le Cantal à mille mètre d’altitude pas trop loin de Saint-Flour.

Après sept années de pensionnat religieux à St-Flour, elle fait Lettres Classiques à la Sorbonne, devient prof, et nous la retrouvons à l’âge de quarante ans, propriétaire d’un appartement à Paris, passant ses vacances avec sa sœur aînée (sage-femme) et son neveu, en voyages et sorties culturelles. S’étant accommodée de sa double appartenance, Paris et le Cantal. Mieux vaut deux pays que pas du tout !

1ere partie : la narration est assumée par « on » entité comprenant Claire encore enfant, ses parents, son frère, et une relation chaleureuse avec sa tante et son oncle installés à Gentilly, elle postière et lui ouvrier à Paris ; une première approche de la capitale et de son ambiance. Les déplacements chez l’oncle et la tante, et observations de leurs différences lorsqu’ils rendent visite au pays.

Le pays natal est rendu avec bonheur ( je veux dire « bonheur d’expression ») : ce n’est pas un éden, c’est un lieu où l’on vit, où l’on travaille, la besogne est constante, des moments de repos sont durement gagnés, au passage on jouit fugacement « du feulement continu de la rivière », des « fragrances d’été, grillons têtus, » et « promenades de nuit…jonchées d’étoiles et lune laiteuse »

2me partie : Claire étudie à la Sorbonne, narration 3 me personne point de vue de Claire : trois ans avant son concours, axée surtout sur le latin et le grec. Ses difficultés » les études sont sa guerre » et ses triomphes discrets. Vivant chichement d’une bourse, et de remplacements dans une banque au Palais Royal deux mois l’été.

« Juillet flamboyait dans sa gloire de jambes nues, de pieds finement gainés de savantes lanières et de robes plus ou moins minimalistes … » . il y a de la beauté, ressentie par l’étudiante, de l’envie, une lucidité critique qui ne la quitte pas, même dans l’émoi.

Un professeur M ; Jaffre ; un étudiant allumé Jean-René, une étudiante généreuse Véronique. Une véritable amie Lucie, ses parents si agréables qui accueillent l’étudiante esseulée, une famille cultivée, qui fait découvrir à Claire la musique( Bach) la littérature ( dont Flaubert et Félicité) le cinéma ( le terrible A nos amours de Pialat ). Quelques amis hommes (pas mal mais ne méritent pas le nom d’aventures). Une femme de la banque Mme Rablot, ses problèmes avec les hommes mari fils frères « les deux syllabes de Michel, qui était celui de son défunt frère, creusaient dans sa voix un abîme de douceur fugitive et navrée ».

L’après midi chez Véronique et ses parents : « On écoute de la musique « La Callas, prêtresse majuscule s’évertuait, répandue, inqualifiable et difficile. C’est du moins l’impression majeure qu’en retira Claire, abasourdie par cette exécution en règle. L’air était grand ,et italien. Véronique et ses parents se taisaient dans le silence qui suivit l’éruption ; on se rhabillait, quelque chose resterait engorgé sous les mots, avait été nu dans la pièce tapissée de livres, une femme avait crié ».

3 me partie. Claire a quarante ans. Elle est devenue ce que j’ai dit dans le prologue. Vient chercher son père ( 70 ans) à la gare de Lyon et son neveu, pour quelques jours de vacances. Narration à la troisième personne, Claire d’abord, puis surtout son père. « Avec des femmes comme Claire, qui ne voulaient pas se charger d’une famille, supporter un mari, des enfants, et habitaient dans des appartements bourrés de livres, allaient à des spectacles ou voir des peintures dans des musées , à Paris , en Autriche, à New-York, au lieu d’élever des gosses et de s’occuper d’une maison, avec rien que des femmes comme elles , qui gagnaient leur argent sans attendre après les hommes, ça serait bientôt la fin du monde ». C’est par la voix et les réflexions désabusées du père, que nous comprenons que Claire a réussi sa vie.

Conclusion sur une visite au Louvre. Il trouve que les sols sont beaux.

Belle narration, langue choisie, phrases inspirées, sans rien d’ampoulé ni de faux ! On y croit, et on apprécie. Un ensemble assez désenchanté mais plein de vigueur, de la subtilité dans des phrases très travaillées. Un auteur à lire encore.

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 15:53

Seuil (Fiction et Cie) 2012, 220 pages.

Il s’agit d’un roman biographique, dont le personnage principal est Alexandre Yersin ( 1863- 1943), médecin, chercheur en biologie, inventeur, explorateur, grand voyageur… un homme exceptionnel, connu seulement dans les milieux scientifiques, avant que l’auteur ne le signale à l’attention du public littéraire.

« Comme nous tous, Yersin cherche à faire de sa vie une belle et harmonieuse composition… sauf que lui y parvient. »

Né dans le canton de Vaud, orphelin de père, Yersin montre très tôt de l’intérêt pour toutes les sciences expérimentales. Avant même d’être reçu médecin il devient chercheur en microbiologie, avec l’équipe de Pasteur qui vient de guérir de la rage le jeune Joseph Meister. Mieux encore, il va partir en Asie du sud-est avec la Compagnie Maritime, découvrir un espace inexploré et une tribu (les Moï) un espace qu’il va coloniser sous le nom de Nha-Trang ; il y aura d’autres épisodes mémorables notamment son action sur le bacille de la peste à Hong-Kong, ses étonnants travaux en botanique, et sur les animaux d’élevage et de laboratoire. Sans compter la triste vieillesse du chercheur qui aura connu le nazisme (voir le double sens du titre).

L’auteur raconte le vie de Yersin à la troisième personne, avec de belles phrases choisies, laconiques, désenchantées mais admiratives. Beaucoup de phrases sans verbes mais d’une haute tenue littéraire. Des phrases en suspens comme je les aime, et même de l’humour (les développements sur les animaux « sacrifiés » par Yersin, en principe pour trouver des vaccins…)

L’auteur parsème son récit de leitmotivs : par exemple le refrain lancinant à propos des hommes sans père, celui du besoin de mouvement des vrais aventuriers de la vie. Des refrains qui donnent un rythme étonnant à ce récit.

Patrick Deville a aussi mis en parallèle le personnage de Rimbaud avec celui de Yersin.

Ils ne se sont pas connu ; Rimbaud est plus âgé de 9 ans et mourut prématurément ( si Yersin était tombé sur lui, il eût sans doute pu le soigner !). En outre, la littérature n’était pas un objet dont Yersin aurait pu s’emparer avec profit. Ce qui les rapproche, c’est l’absence de père (et donc l’errance), le goût de l’aventure, la curiosité inlassable ; Rimbaud quitta les Parnassiens devenus routiniers, comme Yersin les « Pasteuriens » lorsqu’ils n’eurent plus rien à lui apprendre et lui plus rien à découvrir dans ce contexte…

Les héros de l’auteur sont des hommes passionnants et passionnés, qui n’aiment pas s’ennuyer et vont de découvertes en découvertes, même au péril de leur vie. Il sait nous faire partager son enthousiasme.

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